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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 30 avril 2021 8 minContradictoireActualité / polémiqueSantéTravail & emploi

Stéphane Gaudry : "La quasi-totalité du personnel soignant se sent abandonnée par la population et l'exécutif"

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 70 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:25OuverteRéponse directe

    Comment recevez-vous ces annonces de déconfinement ?

  • 1:17FerméeRéponse directe

    La troisième vague n'est absolument pas terminée ?

  • 2:02OuverteRéponse directe

    Quel est le planning d'un soignant à l'hôpital Avicenne aujourd'hui ?

  • 3:16OuverteRéponse directe

    Vous répondez quoi à la déclaration d'Emmanuel Macron sur ses choix ?

  • 4:11OuverteRéponse directe

    Vous vous sentez abandonné par le gouvernement ?

  • 4:57OuverteRéponse directe

    Les mesures de freinage localisées vous rassurent ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:04Invité politiqueFait
    « une situation absolument très très mauvaise à tous les points de vue, avec énormément d'entrées toujours en réanimation »
  • 1:10Invité politiqueChiffre
    « un pourcentage de déprogrammation entre 40 et 60% encore actuellement »
  • 1:26Invité politiqueFait
    « la troisième vague nous sommes dans le moment le pire, c'est-à-dire le moment où il y a le plus de malades dans les services de réanimation »
  • 1:32Invité politiqueFait
    « ça fait 15 jours que ça dure puisque ça fait 15 jours qu'on est sur un plateau »
  • 2:28Invité politiqueChiffre
    « des personnes qui font entre 70 et 90 heures par semaine »
  • 3:40Invité politiqueFait
    « la mauvaise prise de décision, c'est de ne pas avoir décidé de prendre une mesure de freinage très forte fin janvier et au mois de février »
  • 7:26Invité politiqueFait
    « des personnes très jeunes de 30 à 50 ans qui meurent régulièrement dans notre service »

Temps de parole

  • Invité politique77 %
  • Présentateur23 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonjour Stéphane Gaudry, professeur de médecine intensive et réanimation à l'hôpital Avicenne de Bobigny. Emmanuel Macron annonce donc ce matin le calendrier du déconfinement, 4 étapes jusqu'au 30 juin avec en résumé levé des restrictions de déplacement lundi, réouverture des terrasses, dessiner des musées des théâtres le 19 mai, couvre-feu décalé à 23h le 9 juin et le retour des concerts du public dans les stades. Et enfin le 30 juin, la levée de toutes les restrictions.

Alors c'est un calendrier précis, national, Stéphane Gaudry, de votre point de vue à vous qui vivez la crise sanitaire au sein de votre hôpital et dont les lits de réanimation sont tous occupés, comment vous recevez ces annonces ?

0:38
Invité politique

Écoutez c'est compliqué parce que d'un point de vue strictement personnel et puis je parle un peu pour les autres personnels aussi soignants, c'est sûr qu'on a tous envie de reprendre une vie à peu près normale comme on avait avant. Donc ça sur ce point de vue là on est plutôt content. Maintenant sur le plan de la réalité du terrain, c'est en contradiction avec ce que nous on voit, c'est-à-dire une situation absolument très très mauvaise à tous les points de vue, avec énormément d'entrées toujours en réanimation, un service saturé et malheureusement beaucoup beaucoup de déprogrammation, un pourcentage de déprogrammation entre 40 et 60% encore actuellement.

Donc c'est sûr que vous voyez il y a un peu les deux sentiments là ce matin.

1:17
Présentateur

Concrètement pour vous en fait la troisième vague n'est absolument pas terminée ?

1:22
Invité politique

En fait pour être très clair, la troisième vague nous sommes dans le moment le pire, c'est-à-dire le moment où il y a le plus de malades dans les services de réanimation et où nous sommes le plus saturés. Et ça, ça fait 15 jours que ça dure puisque ça fait 15 jours qu'on est sur un plateau. Donc là on voit bien que ça va probablement baisser un petit peu pendant les semaines à venir, parce qu'il y a des projections qui sont faites et qui sont à peu près toutes avec ce profil-là. Néanmoins ça ne va pas baisser suffisamment pour nous permettre de reprogrammer toutes les interventions qui ont été déprogrammées depuis des semaines.

On va rester avec un niveau de déprogrammation probablement un peu élevé.

1:58
Présentateur

Alors il y a ce que vivent les patients qui sont Covid et pas Covid, mais par exemple pour vous, le planning d'un soignant à l'hôpital Avicenne aujourd'hui, c'est combien d'heures de travail par semaine avec ou sans jour de vacances ? C'est quoi concrètement ?

2:10
Invité politique

Alors le planning, je vais parler pour les médecins réanimateurs, parce que c'est le planning que je connais absolument le mieux. C'est en fonction de l'âge des médecins réanimateurs, entre 5 et 10 gardes par mois. Les gardes se rajoutent à un temps de travail normal de semaine. Et donc vous avez des personnes qui font entre 70 et 90 heures par semaine et qui n'ont pas de vacances depuis plusieurs mois, puisque la situation est très tendue depuis plusieurs mois. Et donc avec un épuisement qui est majeur. Alors on a la chance, nous, dans notre service, d'avoir un lien et d'être très très soudés entre nous. Ce n'est pas toujours le cas partout.

Et la moindre faiblesse dans un service de réanimation actuellement, ça aboutit à des burn-out, des arrêts de travail et des personnels qui arrêtent complètement leur carrière parce qu'ils sont épuisés. Donc on est face en fait à une situation très très difficile humainement avec des personnels tant du côté médical que du côté paramédical qui sont épuisés sur le plan physique et psychique. Et je ne sais pas combien de temps on arrivera à tenir.

3:16
Présentateur

Emmanuel Macron dit « Je n'ai jamais fait de paris sur la santé et la sécurité des gens. J'assume mes choix. Ce ne sont pas des paris. Nous avons fait le choix de l'humain avant tout. » Vous répondez quoi à ça, Stéphane Gaudry ?

3:28
Invité politique

Écoutez, c'est de la sémantique. Il y a eu une prise de décision que je pense être une prise de décision mauvaise, bien qu'il y ait eu beaucoup de prises de décision bonnes au cours de cette crise, si on regarde bien.

Mais la mauvaise prise de décision, c'est de ne pas avoir décidé de prendre une mesure de freinage très forte fin janvier et au mois de février comme l'avait été conseillé par le conseil scientifique puisque si ça avait été fait, et encore une fois, on l'a dit, il fallait le faire, et on le redit encore, il aurait fallu le faire, eh bien nous aurions une situation beaucoup plus claire aujourd'hui avec beaucoup moins de contamination et nous pourrions réouvrir dans des conditions bien meilleures. et nous aurions déjà commencé à réouvrir.

4:11
Présentateur

Mais vous vous sentez, vous, en tant que personnel médical, alors vous avez été salué pendant le premier confinement, vous vous sentez abandonné aujourd'hui par le gouvernement, par exemple ?

4:20
Invité politique

Alors, écoutez, je vais être assez clair, la quasi-totalité du personnel, en tout cas qui travaille dans les services de réanimation et les services Covid en Ile-de-France, que je connais très très bien, oui, ont ce sentiment-là, puisqu'il n'y a plus de soutien, on va dire, ni de la population, et on peut comprendre, les gens, ils en ont marre d'entendre parler du Covid, d'entendre parler des malades graves, etc., on peut le comprendre, mais ni de soutien de l'exécutif, en fait, si vous voulez, et ça, on le ressent très très fortement.

4:55
Présentateur

C'est un déconfinement, on l'a dit, qui sera national, mais en même temps, Emmanuel Macron, disant en son interview, que certains départements, et on imagine que la Seine-Saint-Denis sera concerné, il y aura des mesures de freinage particulière si le virus circule trop. Ça, ça vous rassure ?

5:09
Invité politique

Écoutez, ça, je pense que c'est de la communication, comme d'ailleurs beaucoup d'autres choses. On dit qu'on va déconfiner, alors qu'on dit qu'on n'a pas confiné. Les mesures de confinement étaient des mesures insuffisantes de freinage, donc on a cette situation-là. Et là, dans les mesures de déconfinement, on met aussi des, entre guillemets, un peu de, comment dire, on limite aussi ce type de mesures en disant, oui, mais dans certains cas, on ne va peut-être pas le faire, et puis oui, dans certains cas, on va peut-être attendre.

Donc tout ça, on est malheureusement dans les conséquences de la mauvaise décision initiale, qui était de ne pas prendre des mesures de freinage fortes initialement, qui aura permis de sortir dans de meilleures conditions. Donc on est obligé de s'adapter.

5:52
Présentateur

Obligé de s'adapter avec ce qu'il y a maintenant, ce qui est proposé. Quelle est la mesure, par exemple, qui vous fait tiquer le plus, pour ne pas dire, qui vous effraie le plus dans ce déconfinement ?

6:02
Invité politique

En fait, ce ne sont pas les mesures, quand on les prend individuellement, si vous regardez bien ces mesures, c'est des petites mesures de réouverture. En fait, ce qui fait le plus, ce qui inquiète le plus, c'est le message qu'on envoie à la population. Et ça, c'est bien démontré. Quand vous envoyez un message de, entre guillemets, tout va bien, eh bien, les gens reprennent une activité, une vie normale, et on comprend bien, c'est-à-dire, ils vont voir des amis, ils se contaminent entre eux, ils refont un peu moins attention, et c'est normal, encore une fois, ce n'est pas une critique.

Et c'est la même chose quand il commence à y avoir une augmentation du nombre de cas et du nombre de malades en réanimation, avant même qu'il y ait des prises de décision, de freinage, on voit bien que les gens modifient leur comportement. Et là, le problème, le plus inquiétant, c'est alors qu'on a des services de réanimation qui sont complètement pleins, on envoie un message à la population qui est, en fait, ça va, ne vous inquiétez pas, on peut recommencer. Et ça, ça va modifier complètement les comportements, et c'est ça qui est le plus inquiétant.

7:01
Présentateur

Et vous êtes en colère, quelque part, parce qu'on sent votre lassitude, on la sent bien, mais est-ce qu'il n'y a pas une certaine colère chez vous ?

7:09
Invité politique

Alors, oui, il y a une certaine... Enfin, oui, si vous voulez, je ne vais pas utiliser des mots très forts. Encore une fois, la chose la plus difficile pour le personnel soignant, c'est d'être face à toute une misère, avec des cas dramatiques, qu'on n'a pas l'habitude de voir en situation normale, en tout cas dans cette quantité-là, avec des personnes très jeunes de 30 à 50 ans qui meurent régulièrement dans notre service. Et donc, ça, c'est difficile pour le moral.

Mais surtout, et si vous parlez de colère, ben oui, la colère, elle monte au sein du personnel parce que le personnel est épuisé, et qu'on leur demande, là, d'assumer encore ces décisions-là, en continuant à travailler à 150 ou 200% des capacités habituelles pour pouvoir aller dans le sens des décisions qui ont été prises. Donc, c'est vrai que ça commence à être un petit peu difficile de tenir les personnels qui n'en peuvent plus et qui ont vraiment envie de s'exprimer et de dire que ça suffit, quoi.

8:11
Présentateur

Merci Stéphane Gaudry, chef du service de réanimation à l'hôpital Abyssen de Bobigny. Vous étiez l'invité du 5-7.

Stéphane Gaudry : "La quasi-totalité du personnel soignant se sent abandonnée par la population et l'exécutif" · Pourquijevote