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Podcast / conversationLe Média (sur YouTube)· 25 décembre 2019 53 minComplaisantActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesSolidarités & familleInstitutions & électionsEnvironnement & énergie

COMPRENDRE LE KAPITAL, POUR MIEUX LE COMBATTRE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 20 %Attaque 60 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 5:00Monique Pinçon-CharlotFait
    « la sociologue est heureuse parce que tous les jours, grâce à Emmanuel Macron, les riches nous servent la soupe et il faudrait écrire, écrire, écrire tout le temps tellement tout va toujours dans le même sens, c'est-à-dire qu'ils s'accaparent de plus en plus de, par tous les... tous les bouts, toutes les richesses et tous les pouvoirs »
  • 6:00Monique Pinçon-CharlotFait
    « le sous-titre de ce jeu c'est "Qui gagnera la guerre des classes" »
  • 7:00Monique Pinçon-CharlotFait
    « avec le dérèglement climatique dont seuls les capitalistes sont les responsables, hein, c'est eux qui ont... qui accumulent des profits en pillant la terre, en pillant les ressources naturelles, en les payant pas »
  • 8:00Monique Pinçon-CharlotFait
    « C'est eux qui doivent être condamnés pour crime contre l'humanité. Il y a une cour pénale internationale. Comment se fait-il qu'il n'y ait jamais eu un seul blanc là-dedans ? »
  • 10:00Monique Pinçon-CharlotChiffre
    « 90 % des médias sont détenus par des milliardaires »
  • 11:00Monique Pinçon-CharlotChiffre
    « les retraites chapeaux des patrons du CAC 40 se chiffrent en millions d'euros »
  • 18:00Monique Pinçon-CharlotChiffre
    « Les 5 % des plus riches ont capté, en 2018, 40 % de la richesse nationale et 1 % des plus riches en ont capté 20 % »
  • 20:00Monique Pinçon-CharlotChiffre
    « il y a 472 niches fiscales qui représentent 100 milliards d'euros qui manquent chaque année dans les recettes fiscales de l'État »
  • 21:00Monique Pinçon-CharlotChiffre
    « la niche fiscale Copé qui coûte presque 16 milliards d'euros par an dans les caisses de l'État »
  • 30:00Monique Pinçon-CharlotFait
    « Bernard Arnault, première fortune française, troisième fortune mondiale »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Nous lançons une nouvelle campagne d'appel au don et c'est moi qui ouvre le bal. Tous nos programmes seront désormais précédés d'une courte capsule d'appel au don comme celle-ci car nombre de gens qui nous regardent n'ont pas conscience que nous avons besoin de financement citoyen. Nous ne dépendons que de vous, alors, pour nous soutenir, rendez-vous sur | Notre survie en dépend.

Et, tout de suite, un nouveau numéro de TOUT PEUT ARRIVER. [Générique] – Bonjour Denis. – Bonjour Monique.

Euh, la dernière fois que je t'ai vue, je crois qu'on sortait un livre tous les deux, on était avec François Ruffin dans une librairie. – Oui. – Et puis, moi, je te vois un peu sur internet.

J'attendais le moment que tu viennes, tu vois, c'était… Et là, il y a l'occasion de la sortie de ce jeu qui s'appelle Kapital, avec un K, donc on va jouer. – Oui. Tu vas m'apprendre, je connais rien à ce jeu et je trouve que c'est une super idée.

Le packaging est nickel. – Oui. – Et, donc, c'est Monique et Michel Pinçon-Charlot qui nous présentent ça.

Mais avant, je voulais savoir comment, ben, j'sais pas, comment tu vas, c'est quoi ta vie ? Qu'est-ce que tu fais en ce moment ? – Bah, je suis, comment je dirais, une sociologue heureuse mais une citoyenne malheureuse.

Dans la mesure où la sociologue est heureuse parce que tous les jours, grâce à Emmanuel Macron, les riches nous servent la soupe et il faudrait écrire, écrire, écrire tout le temps tellement tout va toujours dans le même sens, c'est-à-dire qu'ils s'accaparent de plus en plus de, par tous les… tous les bouts, toutes les richesses et tous les pouvoirs et ils écrasent de plus en plus les salariés, les travailleurs, les classes moyennes, voire une partie des classes supérieures. Et donc, notre hypothèse d'une guerre de classe, est d'une actualité absolument brulante. Et d'ailleurs le sous-titre de ce jeu c'est "Qui gagnera la guerre des classes".

Et, évidemment, dans la période dans laquelle on est, moi je suis trop contente d'être là, d'expliquer, d'expliquer ce jeu de société parce que, à partir du 5 décembre, on sent qu'on va rentrer dans quelque chose de, j'espère, qui va vraiment malmener, les criminels que sont aujourd'hui les capitalistes. – Alors, toi tu vas… – On emploie tous les deux "Les prédateurs". – Ouais. – "Les criminels". – Et là, tu montes d'un cran avec "Les criminels". – Bah oui, parce que… – Toi qui connais les mots et la sémantique. – Oui, c'est-à-dire que… je le fais consciemment.

Avec le dérèglement climatique dont seuls les capitalistes sont les responsables, hein, c'est eux qui ont… qui accumulent des profits en pillant la terre, en pillant les ressources naturelles, en les payant pas, enfin, en les pillant, en marchandisant absolument toute la planète. C'est eux qui doivent être condamnés pour crime contre l'humanité. Il y a une cour pénale internationale.

Comment se fait-il qu'il n'y ait jamais eu un seul blanc là-dedans ? Hein, c'est toujours tous des noirs. – Ouais, ou des dictateurs des pays de l'Est ou des… – Voilà, peut-être.

Mais, non, vraiment, il y a un crime, là, précisément contre l'humanité. – Mais c'est marrant, enfin c'est marrant, c'est triste, parce que on a… moi qui te suis depuis longtemps, qui connais tes livres, euh, c'est-à-dire que c'est… tout ce que tu avais prédit, écrit, démontré d'une manière un peu théorique ou sociologique, se retrouve plus qu'accompli, quoi ! C'est-à-dire que… alors, ça va au-delà de ce que tu dénonçais mais, en même temps, il y a une, il y a comme… toi, tu parles du 5, j'espère aussi que le 5 pourra être ce moment de bascule… mais il y a quand même une capacité d'acceptation pour, pour, on va dire, le peuple ou les gens, qui est… Qui est au-delà de ce qu'on peut imaginer.

Enfin, comment tu… Tu crois pas qu'avec toute… enfin, pourquoi ça se révolte pas plus vite et plus tôt ? – Ben, pour plusieurs raisons. La première, c'est que… ils ont tout.

Ils possèdent, enfin, pas Le Média ici, mais ils possèdent tous les médias, 90 % des médias sont détenus par des milliardaires. Merci Acrimed ! Du coup, nos cerveaux sont quand même manipulés à un point inimaginable.

C'est-à-dire que, par exemple, par rapport au problème des régimes spéciaux des retraites, on ne parle pas, chez la coiffeuse, on ne parle pas, dans la vie ordinaire, des régimes spéciaux des plus riches. Hein, on parle que de celui des cheminots, voilà. Et les retraites chapeaux des patrons du CAC 40 se chiffrent en millions d'euros.

Et c'est, voilà, ça, c'est des retraites chapeaux qu'il faut qu'on récupère pour nous. Tous les parachutes dorés, les retraites aussi des sénateurs, des députés, avec des avantages, du Président de la République, n'en parlons pas. Pour moi, la politique, elle ne doit pas être aux mains de l'argent et on ne doit jamais retirer un centime d'argent parce qu'on fait de la politique.

La politique, c'est notre bien commun, c'est notre citoyenneté et personne n'a le droit de la capter, de la voler. Or, aujourd'hui, depuis qu'Emmanuel Macron est arrivé, a été placé par les puissances d'argent à l'Élysée, eh bien, tout, tout est, aux mains, de ces capitalistes, de ces milliardaires. Et donc, on a… c'est une, une… il faut pas que je m'énerve, hein.

J'avais décidé de rester cool. – Là, on est cool, y'a pas de… . … que j'allais rester calme.

Ils ont absolument tous les pouvoirs. Ils ont opéré, avec Emmanuel Macron et bien avant, mais disons que lui, il a donné un coup d'accélérateur incroyable, une révolution conservatrice de type autoritaire, de type néolibéral, une violence des riches implacable qui ne fera de cadeaux à personne, qui est allée jusqu'à enlever les yeux des Gilets Jaunes, à utiliser des armes de guerre, les LBD 40. Emmanuel Macron a même été, je ne sais pas s'il a été condamné symboliquement ou… par la cour de justice européenne, par l'ONU, – Hum, par l'ONU. – Rappelé, rappelé à l'ordre du moins. – Et toi, enfin, en t'écoutant, tu, je te vois encore, tu continues à être invitée, à aller… ?

Tu parlais des médias qui appartiennent à des gens proches du pouvoir, tu y vas toujours, enfin, t'es toujours invitée ? Et t'as pas l'impression de… que quand t'y vas, que ta parole est un peu écrasée ou que t'es un peu la rebelle de service ? – Ah, ben, c'est plus que ça, oui, elle est pas écrasée, elle est censurée, elle est… Non, mais, j'y vais parce que notre stratégie à Michel et moi, du coup.

Tu vois, en 1986, quand on a décidé, on avait le statut de chercheur au CNRS, et on était passé chargé de recherches et donc notre statut était inamovible, on ne pouvait pas être licencié, sauf si on faisait quelque chose de grave, mais là… et donc, nous, on a décidé tous les deux, on a annoncé qu'on allait travailler tous les deux ensemble sur la grande bourgeoisie. Eh bien, dès le départ, comme par hasard, avant on avait de l'argent pour travailler, on n'en a plus eu. Avant, les chercheurs, les collègues nous aimaient beaucoup et faisaient des comptes-rendus louangeurs sur notre travail, voilà, tout a un peu changé, on s'est dit, "on s'en fout, on sait que l'institution, les institutions publiques de recherche veulent laisser à l'abri de l'investigation sociologique les puissants, eh bien nous on va opérer de la désobéissance, désobéissance institutionnelle.

On va le faire, à nous deux on est un couple uni, on va être fort, on va le faire", et on l'a fait. Et alors, ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que les portes nous ont été ouvertes par cette aristocratie de l'argent. D'une façon, on a joué les règles du jeu de la recommandation, enfin, on avait bien essayé de comprendre, avant de commencer les premiers entretiens, comment cette classe était mobilisée par un système de cooptation permanent.

Donc, on a essayé de se faire coopter par des recommandations et puis on a une capacité d'adaptabilité tout à fait extraordinaire quand on a un objectif, donc tout ça, tout ça s'est bien passé et puis… – Il y a une question que je me suis souvent posée d'ailleurs quand les livres sortent comme "La Violence des riches" ou quand on voit que certains milieux que tu as pénétrés de la très grande bourgeoisie… c'est quoi les retours derrière, de cette… parce qu'il y a une traitrise quand même, enfin… une forme de traitrise quand tu… ? – Pas vraiment, parce que… – Alors, explique moi. – Parce que, on n'a pas, on n'est, on n'a pas avancé de manière masquée.

C'est-à-dire que, par exemple le premier livre qu'on a sorti "Dans les beaux quartiers" au Seuil, eh bien, c'était un livre sur l'entre-soi résidentiel des grands bourgeois, comment ils sont mobilisés contre les HLM, contre les centres d'hébergement d'urgence, comment ils se sont approprié le bois de Boulogne qui est un bois public avec des systèmes de concessions parce que l'oligarchie traverse aussi les responsables – Quelle année c'était ça ? – Alors, il est paru en 1989. Eh bien, les… on a reçu peu de temps après la sortie du livre où on parlait de, ben de ségrégation spatiale, de racisme mondain à l'égard des dissemblables et de la part des grands bourgeois.

Nous avec Michel, vraiment on était un peu timides, on s'est dit c'est le premier et le dernier livre qu'on va faire. Et puis, on reçoit un coup de fil d'un monsieur, d'un membre du Jockey Club qui est le cercle de la noblesse française, de l'aristocratie qui nous dit : "Ben écoutez, on a reçu votre livre", parce que on avait travaillé un petit peu avec ce cercle pour des problèmes d'adresses enfin tout ça, on avait fait des petits travaux statistiques qu'on leur avait communiqués, donc on avait des liens, "On est très content de votre ouvrage, il est bien écrit, il est vraiment intéressant, on est d'accord avec tout, la seule chose qui nous embête, c'est les pseudonymes. Pourquoi est-ce que vous nous avez mis des pseudonymes ?

Alors ça, on comprend pas." Alors nous, on explique que c'est une règle déontologique qui est imposée à tout chercheur, qu'on le fait pour les ouvriers, pourquoi on le ferait pas pour les autres ? Ils ont dit "Non, nous on n'est pas d'accord, on est d'accord pour continuer à travailler avec vous mais désormais vous mettrez nos noms parce que nos noms" et c'était vraiment intéressant comme expression "Nos patronymes familiaux c'est une richesse symbolique." Alors, on n'a pu dire que : "ben oui". – Ah ouais, quand même ! – Et donc… – C'est de la, comment dire, est-ce que c'est une trop grande assurance, une morgue ou c'est de la bêtise ? – Ah, c'est ni l'un ni l'autre !

C'est, je pense qu'il y avait une… une certaine légitimité pour eux à voir deux chercheurs au CNRS s'intéresser à eux, leur présenter des livres tout à fait corrects au niveau de l'analyse avec une articulation entre la théorie marxiste et la théorie bourdieusienne de la sociologie de la domination et ils ont été notamment particulièrement intéressés par la sociologie de Pierre Bourdieu par rapport à eux, ils disaient "Nous on pensait que Bourdieu, c'était un affreux gauchiste mais là on se rend compte que c'est un grand savant, parce qu'en effet, nous, le collectivisme, nous on le pratique, on a les antennes pour que ça fonctionne mais là, vous nous renvoyez un système théorique et c'est exactement ça ! " Et donc, dans le jeu qui est là justement, c'est ça qui est intéressant, c'est qu'il y a toute la sociologie de la richesse de Bourdieu avec les différentes formes de richesse p arce que, souvent, quand on demande aux gens : "Qu'est-ce que c'est pour vous un riche ? ", ils disent "Oh, c'est celui qui a 4 000 euros ou 7 000" ou "C'est le voisin du dessus" et tout ça.

Alors qu'en réalité, la richesse économique est la condition nécessaire mais pas suffisante pour entrer dans le club des riches. – Alors on va jouer mais j'ai encore une question à te poser et après on continuera à parler en jouant parce que je connais rien au jeu, tu vas me le faire découvrir. – D'accord. – Non, la question c'est, en t'écoutant parler, en t'écoutant sur le Jockey Club et compte tenu de la situation qu'on vit aujourd'hui avec Macron, tout ce qui se passe, les Gilets jaunes et tout et de ton regard de sociologue, est-ce que tu penses que, au sein de cette grande bourgeoisie, je ne parle pas de la petite bourgeoisie mais de la grande bourgeoisie. – De la grande, oui. – De l'aristocratie, de ces industriels hyper friqués, est-ce que y'a pas une, une sorte de scission ou une fragmentation qui s'opère, est-ce que y'a pas une inquiétude quand même de la part des ces super riches, de voir Macron et les quelques oligarques autour de lui, appelons-les comme ça, aller si loin ?

Est-ce qu'il y a pas des gens qui sont en train de se dire "Mais il nous amène à une catastrophe ! " Est-ce que tu, dans les… si t'as des antennes un petit peu là-bas… – Oui, bien sûr. – Est-ce que tu sens ça ? – Parce que j'ai des petits retours moi qui… – Oui, c'est-à-dire… … qui, qui me font dire ça. – Ou bah, c'est peut-être parce que tu aspires à ces retours ? – Non, je fais référence surtout par exemple au mois de décembre de l'année dernière quand le pouvoir vacille réellement et quand Macron a fait sa conférence de presse, le MEDEF et un certain nombre de personnes, – Oui. – Il y a eu quelques papiers et tout ça mais comme moi j'écrivais un peu là-dessus, j'étais plus attentif à ça, voulaient aller beaucoup plus loin et lui disaient, en gros, "le Président déconne quoi, il va nous amener une révolution, ça va être encore pire, etc." Et donc, j'avais l'impression que chez ces super riches que tu connais bien, il y avait aussi, des… une tension, tu penses pas ? – Non, non, je pense pas, parce que, en réalité, c'est des mises en scène, ils sont tout le temps dans la manipulation et en train de nous montrer qu'ils sont pas tous unis autour du même homme, que, ben oui, il y en a qui sont plus généreux et puis, il y en a qui sont pas contents et tout ça mais là… par exemple, c'était marrant à la fin de l'été qu'on vient de vivre, il y avait donc l'université d'été du MEDEF sur le thème de la réduction des inégalités, il y avait le G7, il y avait les multinationales, des responsables de multinationales qui disaient, qui donnaient 54 millions d'euros à tous les pauvres, à tous les pauvres de la planète pour réduire les inégalités, c'est-à-dire c'est, moi j'appelle ça, je ne devrais pas parler comme… – Milliards ou millions ? – Non, oh, peut-être milliards, non, je pense que c'est plutôt en millions.

J'ai ressenti ça comme une humiliation mais c'est peut-être milliards, tu as peut-être raison. Euh, mais pour moi, je devrais pas parler comme ça, mais c'est vraiment du… ils se foutent de notre gueule ! Et ça marche.

Non, il faut… – Mais tu penses que c'est un jeu, toi, qu'il y a pas vraiment de… ? – C'est pas un jeu, c'est une guerre. C'est pas un jeu. – Non, mais je veux dire, à l'intérieur de cette caste, – Ah oui, oui, ça oui. – Que c'est un jeu de rôle. – Absolument. – Ils se distribuent le truc et ils veulent, et que Macron fait du bon boulot pour eux et qu'ils sont pas prêts à le lâcher. – Absolument, absolument, absolument. – Bon ! – Alors, c'est la vision de la sociologue qui a cette hypothèse forte d'une guerre de classes depuis que Warren Buffett en 2005 a dit : "On est en guerre et c'est nous les riches qui menons cette guerre et c'est nous qui la réussirons." – Il dit aussi qu'il paie pas assez d'impôts – Ah oui, mais ça, alors voilà, c'est ça, c'est-à-dire que c'est toujours ces manipulations, on est dans le monde de la perversion, on est dans le monde de la manipulation.

Alors, et pourquoi je dis qu'ils sont très contents, parce que, si tu veux, leur objectif, à terme, c'est avec le dérèglement climatique, parce que souvent les gens disent "Mais, c'est quand même pas cohérent, le réchauffement climatique s'accélère, on prend des tas de décisions mais qui sont sans contrôle, sans contrainte, comment c'est possible alors que c'est si grave ? Vous nous dites qu'ils ont mis au point des produits financiers, des produits dérivés avec des systèmes de spéculation sur les catastrophes et tout ça et lorsque les catastrophes adviennent, parce qu'ils les font advenir pour empocher des centaines de millions d'euros, qu'est-ce que vous êtes en train de nous raconter ? " Et, ce que je suis en train de raconter, c'est pour ça qu'il y a quand même ce jeu de société pour essayer de transmettre la gravité de la situation dans laquelle on est, c'est bien l'objectif de se débarrasser de la partie la plus pauvre de l'humanité, par le dérèglement climatique – Ah oui, tu vas jusque là ! – Et puis par des guerres qui envahissent toute la planète, y'a jamais eu autant d'armes vendues, fabriquées aujourd'hui, alors qu'on n'est pas, nous on se sent pas en guerre. – Oui, je sais.

Tu parlais de Warren Buffett, une toute petite parenthèse, parce qu'on a travaillé aujourd'hui, enfin, on sort ce matin un scoop, – Oui. – Enfin c'est Maxime Renahy qui le sort, puisqu'on a été fouiller dans les comptes de Lubrizol, et on a donc découvert, enfin ce qui se savait, que Warren Buffett, le super riche qui dit qu'il paie pas assez d'impôts, est, avec son fond Berkshire, le propriétaire donc de Lubrizol, et que donc il va distribuer peut-être 50 ou 60 millions d'euros de promis pour aider les populations à Rouen parce que son usine a explosé, mais nous on a découvert qu'il avait créé une dizaine de sociétés offshore et que 650 millions d'euros, alors il peut bien en filer 50, sont remontés jusqu'au Delaware et à ses fonds et ont été défiscalisés. Donc, tu vois, le même type qui vient faire son cinéma en disant "On… les riches paient pas assez d'impôts", dès qu'il peut nous faire les poches, il les fait, quoi !

C'est une sorte de philosophie et, à un moment donné, c'est la question que je te posais tout à l'heure, nous, on révèle ça, on est au cœur du système d'information, et on s'est dit… enfin, je pense, je ne serais pas là si je ne pensais pas que ça avait une utilité. Mais il y a parfois des moments de fatigue où on se dit : "Mais, on a beau sortir des trucs, les gens ne bougent pas, les gens ne vont pas dans la rue ! ", t'entends toujours les mêmes… Je suis rentré ce week-end chez moi, là, et on m'a… j'habite en Lorraine tu vois, et les mecs me ressortent : "Oui, les Gilets Jaunes qui cassent la stèle ! ", tu vois, enfin, c'est ce que… tu parlais des télés, quoi… – Oui, oui. – C'est-à-dire que, on leur met dans la tête tellement de conneries que… alors moi, je ne sais pas comment tu es toi, mais quand je suis face à ça, y'a un temps où j'essayais d'argumenter, j'essayais de dire.

Mais, là, j'ai une sorte de… là, tu vois, mon regard souvent suffit, il y a une sorte de grande fatigue à chaque fois d'essayer d'argumenter. – Oui, mais ça, avec Michel, on la partage cette fatigue, on la partage, d'autant plus que, là où tu fais le malin, tu viens d'arriver au Média, tu es content, vous découvrez des trucs super, sur l'exemple de Lubrizol et d'autres trucs que vous avez faits et qui vont advenir mais, au bout d'un moment, comme nous au bout de 30, 35 ans, euh… peut-être, oui ça fait 35 ans ! On s'aperçoit que plus on travaille sur eux, par exemple, on travaille sur la fraude fiscale comme Eric Bocquet, comme beaucoup de gens, comme toi, plus on travaille sur comment l'État est pillé, comme ce que tu as fait avec Catherine Le Gall, tout ce qu'on a fait, eh bien, plus ils opacifient, plus ils se nourrissent de la critique sociale, économique, sociologique, politique pour mieux aggraver le système capitaliste, renforcer les pouvoirs des plus riches, Nous, ce qui nous a mis sur cette piste, c'est le livre de Boltanski et Ève Chiapello : "Le nouvel esprit du capitalisme" à propos du rôle de mai 68 dans la création si on peut dire, le passage à la phase néolibérale du capitalisme avec le management, l'esclavagisation.

Vous voulez de la liberté, eh bien vous allez en avoir, la création d'individus négatifs et le cassage de tout ce qui est l'individu positif qui partage sa pensée, sa solidarité avec les autres. – Tiens, ça me fait penser, on joue tout de suite ! Si tu as des conseils de lecture, tu me parlais de ce bouquin, on les mettra en référence à la fin, au moment de Noël, y'a des livres qui rendent plus intelligents, si tu as une playlist ! – Ah, bah, ça, oui, il y en a ! – Tu en aurais deux ou trois comme ça auxquels tu penses ?

Celui de Boltanski c'est… il est ancien mais… – Ah oui, il est ancien mais il est essentiel parce qu'il fait comprendre comment le… – Son titre, c'est ? – Le nouvel esprit du capitalisme. C'est donc la naissance du néolibéralisme et, chaque fois, voilà la force de ce système, mais alors là qui arrive à épuisement, c'est-à-dire la terre est épuisée, et donc là, ce qui va se passer, ils vont face au mur et donc, quelle est la solution ?

Puisque maintenant il y a des robots, puisque maintenant ils n'ont plus besoin de tant de milliards de consommateurs, la planète ayant été pillée, la planète n'ayant plus de ressources, on ne pourra plus les nourrir ni leur donner à boire et donc, tout est concomitant, tout s'arrange bien, le scénario est celui-ci. Et nous on se sent avec Michel comme, non pas des lanceurs d'alerte, mais des éveilleurs de conscience. Il faut que les gens comprennent le rendez-vous qu'ils ont avec l'histoire de notre humanité et, ça peut paraître des grands mots, mais n'empêche qu'on n'a pas envie de rigoler quand on voit ce qui se passe en Afrique, le nombre, déjà, de millions de morts liées au réchauffement climatique. – Le bouquin de "Où atterrir ? ", ça te dit quelque chose ? – Non. – Il traite de ça. – Oui, eh bien, il y a tout le travail d'Hervé Kempf, il y a beaucoup de gens… Nous, si tu veux, je conclue, et c'est ça l'intérêt de ce jeu, nous, notre spécificité par rapport à tous les gens que vous pouvez inviter ici au Média, c'est que nous, on a attrapé la classe dominante, la classe des capitalistes, dans sa transversalité, c'est-à-dire que c'est une classe sociale.

On n'est pas spécialisé sur la fraude fiscale, on n'est pas spécialisé sur le politique, on n'est pas spécialisé sur l'éducation, la recherche, la santé et tout… On a tout attrapé et du coup, on est dans le relationnel et on est capable de comprendre, d'attraper le saucisson dans son intégralité, on refuse les tranches. Parce que, quand on attrape le saucisson par tranches, c'est fait pour masquer les rapports de classes. – Donc, ça s'appelle "Kapital", c'est présenté comme un film.

Monique et Michel Pinçon-Charlot présentent Kapital. Pourquoi, il y a ça dans Kapital, le logo là, ça fait un peu nazi, ça ? – Oui, c'est l'éditrice qui a voulu jouer un peu avec le titre et c'est joli. – C'est d'ailleurs de très belle facture, ça ressemble à une sorte de Monopoly, ou de jeu de l'Oie plutôt. – Oui, un mélange, Monopoly jeu de l'Oie on peut dire. – C'est vendu combien ça, au fait ? – Trente-cinq euros. – Parce qu'il y a 20 % de TVA. – Ben oui. – C'est beaucoup plus que si c'était un livre. – C'est vrai !

Et donc ça s'adresse à tout public, un enfant peut jouer ? – Non, non, un enfant peut jouer s'il est accompagné par ses parents mais, honnêtement, c'est plutôt quand même à partir de 10, 11 ans. – Ah, oui. – Mais tout dépend un peu des conditions parce que, ce qu'il y a de très intéressant, c'est que c'est un jeu où… – Mais comment ça t'est venu, la genèse de tout ça ? – Alors là, c'est l'éditrice, c'est Marianne Zuzula qui savait que nous, on cherchait toujours à diffuser de manière différente à travers des livres, des films, des documentaires, des bandes dessinées, des livres pour enfants… enfin je sais pas, du théâtre.

Enfin vraiment, avec Michel, on est même allés dans les campings, l'été, les campings populaires du CCAS de l'EDF. – Oui, je sais, j'ai connu ça par cœur. – (rire) On a fait des apéros, des jeux apéro sur le thème de notre travail. – Finalement, la genèse du jeu, c'étaient des choses que vous avez expérimentées au fil du temps ?

Parce que l'éditrice vous dit quoi ? Elle vous dit… – Ah non, elle nous dit : "Et si on faisait un jeu de société ? " – Autour de la lutte des classes. – Voilà !

Autour de votre travail, avec Etienne Lécroart pour dessinateur puisqu'on travaille avec lui et qu'on est enchanté. Et donc, la conception c'est entièrement l'éditrice et sa fille Anouk… Nous, avec Michel, incapables… – Parce que "la ville brûle" c'est… – Une maison d'édition de jeux ? – Non, c'est son premier jeu. – D'accord. – Et c'est le premier jeu de sociologie critique… – Je pense que ça va cartonner, elle va se faire du capital avec ça ! – Qui existe aujourd'hui.

Donc, l'idée c'est que… Alors je suis là, je bouge mes mains parce que je crois que l'intelligence de l'homme… – C'est pour se faire du fresh, de la fraîche, non ? – C'est parce qu'il a des mains et donc on bouge, on fait avancer nos petits personnages… – Ça se joue avec un, un… – Avec un dé et donc, il y a 82 cases. Pourquoi 82 cases, parce que c'est comme dans la vie, l'espérance des Français aujourd'hui est autour de 82… il y a de très grosses différences selon que l'on est ouvrier ou cadre. – Mais on a pris 82 donc il y a 82 cases.

Tout est lié au hasard. Parce que, que tu naisses à Neuilly ou à Bobigny, tu n'y es pour rien. A Neuilly, tu nais avec des titres de propriété dans la bouche, dont tu hérites depuis des générations, que si tu nais à Bobigny tu vas naître avec que des emmerdements pour la vie, hein !

Donc, c'est le hasard, alors voilà, je vais jeter un dé, je commence. Alors, je commence bien, j'ai le 5. Alors on va voir toi combien tu vas faire pour savoir qui va être le dominant.

Ah, 5, alors on recommence ! 6, oh, là, là ! – Je vais te dominer ! – Je suis foutue, je fais 1, donc c'est toi qui vas être… Donc on part tous les deux comme ça. – Donc moi je suis le mec, c'est un mec, une nana ? – Voilà, là, voilà. – Et là… – Voilà. – Mais donc ça veut dire, parfois la femme peut être dominante ? – Non, là je suis en rouge.

Toi, le dominant, c'est ça. Et moi je suis là, la dominée – Donc, ça veut dire que si j'avais fait un chiffre moindre je serais la femme alors, dominée. – Oui, tu serais dominé.

Mais il y a plusieurs figurines. – Ah bon, tu m'as fait peur, je pensais que les femmes étaient tout le temps dominées. Je me suis dit, ouh, là, là !

Faute de goût totale. – Ah non, vient pas poser des questions idiotes parce que ça va nous embrouiller. – Alors ok !

Alors, les cartes, explique-moi. – Tu es le dominant. – Toutes ces cartes là, il y a des cartes d'argent et puis il y a des cartes… – Comme je l'ai dit tout à l'heure, on a essayé de faire comprendre la sociologie de Bourdieu, parce que, nous, on n'est pas des chercheurs extraordinaires, on est des chercheurs heureux, parce que on s'est contenté de mettre en œuvre le système théorique de Pierre Bourdieu en l'articulant au marxisme, je l'ai déjà dit, à propos de la classe dominante de notre pays.

Et on n'a pas travaillé sur l'Angleterre, on n'a pas travaillé sur les autres pays, la France nous a largement suffi… Et continue à nous combler. Donc effectivement, au départ, on distribue… – Des sous, c'est des sous ça ? – Des sous, voilà. – Donc il y a social, financier, symbolique. – Et toi, tu as droit… tu es dominant… – Moi, je suis plein aux as ! – Donc tu as droit à 50, donc 10… les billets c'est 5 K Donc là, tu as droit à 10… à 50 K-financier.

Excuse-moi je n'ai pas mes lunettes. J'ai voulu faire la jeune fille ! – Une, deux, trois, quatre, cinq.

Mais il m'en manque là ! – Alors, on va pas tout faire. – Si, si, on a le temps Monique, – Si, tu veux le faire, vraiment ?

On a le temps, tu crois ? – Jusque minuit, on va faire un truc, on va faire l'émission la plus longue de l'histoire du Média. Hé les mecs, on prend des cafés et tout, on va aller au bout du jeu ! – Alors, on en est à combien là ? – Là, attend : une, deux, trois, quatre, cinq, six. – Sept, huit, neuf, dix.

Donc, tu démarres avec 5… 50. Alors que, moi, je n'ai droit qu'à 10, ça sera vite fait, voilà. – Et alors, il y a des monnaies culturelles, Il y a des monnaies symboliques et financières ? – Alors là, je donne à Denis 50 K-culturel, alors c'est 5, 10, 15, 20, 30, 40, 50.

La théorie de la richesse de Bourdieu c'est l'imbrication de quatre formes de richesse différentes : la richesse financière qui est la condition nécessaire et suffisante, mais il faut de la richesse culturelle, la culturelle c'est parce que dans le monde des beaux quartiers, c'est le monde des collectionneurs d'art, c'est le monde des grandes écoles, c'est le monde de l'élégance, c'est le monde des musées, de la culture, parce que la culture doit venir légitimer l'arbitraire de la richesse financière.. Tu as bien compté ? – Ouais. – Donc, ça c'est bon, parce qu'y faut pas s'embrouiller. – Mais je peux tricher aussi parce que comme les mecs blindés, les dominants trichent… [rires] Tu verras rien si je m'en mets 15 ! – Ah non, non ! [rires] – Et maintenant il manque le symbolique, tu as droit à 50.

Alors, 8, 9 et 10, voilà, 50. – Merci. – Et moi, je n'ai droit qu'à 2. – Toi, t'es toute pauvre ! – Ah ben, c'est comme ça. – C'est comme dans la vraie vie, les riches naissent riches.

Alors donc, maintenant, toi… – Je suis dominant ! – Tu as tes cartes de dominant et moi, j'ai mes cartes de dominée. Alors là, le problème c'est qu'on joue à deux, donc il y a un dominé et un dominant. – Normalement, il y a un dominant et plusieurs dominés ? – Voilà ! – Ah, c'est ça, d'accord ! – Eh oui, et alors du coup, on peut… – Et les petites figurines, il y en a d'autres que celles-là dans la boîte. – Eh oui, là, c'est parce qu'elles n'ont pas été montées.

Alors, c'est toi qui commence parce que c'est toi qui es le dominant. – Alors, j'ai fait 6 – Alors là tu y vas. – Et je vais à la case 6. – Et tu as le droit de rejouer parce que quand on fait 6, on a le droit de rejouer. – 2, case 8. – Voilà.

Alors, tu tires une carte… – De dominant ? – De dominant, et puis tu vas lire à haute voix, ce qu'il y a écrit derrière. – "Votre ami le sénateur a fait pression auprès de la mairie, une belle place porte à présent le nom de votre famille.

Quel chic, et 10 000 euros, enfin, 10 000 K-symbolique en prime pour vous." Donc, tu me donnes 10 000 – Oui parce que avoir… – Et tu te dépêches ! – Et puis, je fais un petit commentaire : avoir un aïeul qui porte… qu'une rue porte le nom de famille, c'est du capital symbolique. – Je veux bien croire. – Et donc, peut-être qu'un jour, à Montreuil, il y aura une rue Denis Robert ? – Oui, ben, je… – Et voilà ! – J'y travaille activement ! [rires] – Alors donc, maintenant c'est à moi, 3. 1, 2, 3, alors moi je prends une carte "dominé". "Vous partez en vacances dans un camping, vous faites de belles rencontres avec d'autres personnes engagées, gagnez 10 Kapital-social." Donc, ça c'est bien pour moi. 10 Kapital-social, voilà. – Donc, je joue ? – Tu joues. – 2, Grève générale. – Oh là, alors ! – J'me suis fait un peu niquer, là ! – Alors grève générale… Alors moi je vais te demander de me donner… Non, c'est pas la peine, je le sais, je te demande de me donner, qu'est-ce que je vais te réclamer ?

Un billet de Kapital-financier. – Et si je ne veux pas ? – Ah, tu as pas le choix, je te le demande… – Oui, mais moi je suis un patron dur ! – Ah oui, non mais… [rires] – J'en ai rien à foutre des grévistes ! – Oui mais là c'est la grève, on est tous ensemble réunis. – Je peux pas envoyer la police ? – Non, non, tu me donnes un Kapital-financier, voilà. – C'est pas beaucoup ! – Les dominés ont le droit de demander au dominant, avec cette case, un billet de ce qu'ils veulent. – D'accord. – Et moi, je préfère le fric au reste.

A moi, 2, décidément, on ne va pas avancer vite ! Alors, ça c'est moi, et puis surtout j'ai long à lire. "Un gouvernement" alors il s'agit du gouvernement de Macron/Philippe, tu vois qui je veux dire ? – Ouais. – "Un gouvernement qui compte 12 millionnaires et qui, à peine arrivé au pouvoir, s'empresse de supprimer l'ISF mais qui n'oublie pas de raboter les allocations logement, réduire les retraites, dynamiter le code du travail, geler le SMIC" ça donne la rage, non ? "Vous vous faites entendre, vous parlez entre collègues, vous manifestez une colère salutaire et mobilisatrice qui vous rapporte 10 K-symbolique, 10 K-social et 10 K-financier.

Alors, 10 K-financier, je sens que… – Ça va m'énerver. – Ça va pas bien se passer pour toi ! Alors, tu vois, la méthode, on doit lire à haute voix… – Dis-moi, il y a beaucoup de cartes et, tout ça, c'est vous qui l'avez écrit avec Michel ? – Oui. – Vous avez passé combien de temps à l'inventer, ce jeu et à le faire ? – Bah, ç'a été quand même un travail collectif qui s'est passé dans la synergie du collectif, je sais pas comment dire, et puis là on était boosté par… – Quand est-ce que vous avez eu l'idée, ça a été initié, il y a combien de temps ? – Alors, il y a plus d'un an. – Oui – Marianne a commencé à travailler six mois pour concevoir avec sa fille le jeu et puis… – Bravo Marianne, c'est une super idée.

Merde, 1 ! – On n'a pas le droit de dire devant la caméra "merde". – "Le gouvernement réforme les impôts et fait adopter une flat tax, les revenus du travail sont à présent plus imposés que les revenus du capital, le dominant reçoit 5 K-financier de la part de chaque dominé." Et puis après tu fais quelques lignes, donc tu me donnes 5 K et tu te dépêches ! – Oui, ça va, ça va, que ça ne soit pas quand même… – Et après tu fais toute une explication sur la flat tax etc., parce que c'est en plus très pédago, quoi. – Voilà, il faut que ce soit… Dans la convivialité, que ça rentre dans la tête. – Mais, j'essaie de comprendre.

Pour que ce soit intéressant, il faut qu'il y ait une sorte de suspense : le dominé peut cramer le dominant ou l'inverse. – Oui, oui, mais moi j'ai déjà été dominante et j'ai été cramée comme tu dis et Michel pareil, il a perdu aussi. Alors, donc c'est à moi ? – Ouais. – 1.

Oh non, écoute ! – Je t'ai dit, on va faire l'émission la plus longue du Média. – "Le gouvernement privatise des biens qui nous appartenaient à tous et rapportaient des sommes conséquentes, la Française des jeux, les autoroutes, l'aéroport de Toulouse, les aéroports de Paris, les bénéfices permis par nos investissements iront désormais dans la poche des dominants.

Chaque joueur dominé reverse 5 K-financier au dominant", voilà. – Ça va, je me rattrape un peu ! – Donc on comprend que ça va toujours dans le mauvais sens pour le dominé. – 4, allez ! 1, 2, 3, 4. – Non alors, là. – Alors : "Vous faites l'acquisition d'un journal, on n'est jamais mieux servi que par soi-même pour faire circuler la pensée dominante, n'est-ce pas ?

Cela ne rapporte pas un sou et vous fait même perdre 10 K-financier mais c'est pas grave, 10 K-symbolique et 10 K-social sont à vous". Donc, il faut que tu me donnes 10 K-symbolique et 10 K-social et moi je te donne 10 K-financier. Ah, c'est malin ça !

Le mec, il dépense un peu mais il gagne plus, quoi. Tiens. – Ben, c'est-à-dire, pourquoi dix milliardaires possèdent-ils 90 % des médias alors que ça n'est pas rentable sur le plan financier ?

C'est parce que… dans la guerre, il y a toute une bataille idéologique et une bataille linguistique qui est là et qui est essentielle et quand tout à l'heure, tu te disais "Mais comment ça se fait ue les gens ne bougent pas plus, ce n'est quand même pas possible, qu'ils disent, mais les cheminots bien sûr, ce sont des privilégiés, ils n'ont pas à avoir cette retraite" sans penser aux retraites chapeaux des grands patrons, sans penser aux retraites des députés et des sénateurs ! C'est la bataille idéologique, la manipulation des cerveaux qui va jusqu'au… – Alors, ce qu'il y a de dingue, c'est que toi, tu dois connaître des journalistes, surtout si tu vas sur ces plateaux de télé. – Quand tu discutes avec eux ils te disent "Oui mais, nous, on est libres, il n'y a pas de censure, etc. ! " Tu vois, pour leur… donc ils n'ont pas ce truc-là.

Tu es fatiguée d'entendre ça aussi ? – Oui, mais ils sont libres parce qu'ils sont en adéquation, ils sont en adéquation, ils ont été choisis parce que précisément ils étaient des… – Tiens, joue en même temps. – Des brosses à dent, je n'arrive pas à faire plusieurs choses en même temps. – Ah, Ah ! – Euh… des brosses à reluire !

Parce qu'on savait qu'ils étaient, euh… Voilà, qu'ils allaient faire le job. Moi, personne ne m'a jamais demandé d'être… de présenter le journal de 20 heures à France 2 et pourtant j'aimerais beaucoup faire ça ! – Mais, moi, je candidate, hein ! – Moi, je candidate. – Si on me le propose, je le fais ! – Moi, je demande ça, je demande à être… nommée au Conseil constitutionnel pour qu'il y ait quand même des voix qui ne soient pas de l'oligarchie.

Pour déclarer ce qui est constitutionnel et ce qui ne l'est pas. On ne me donne jamais ce que je demande ! – Non, mais s'il y a une révolution dans les 15 jours, 3 semaines… – Tu crois que je vais pouvoir… – Ils vont nous trouver des jobs, hein. – Oh ! 6 ! 1, 2, 3, 4, 5, 6, ouais !

Alors là, tu vas voir comment tu vas être rattrapé ! 1, 2, 3. – Et si tu arrives sur la même case que moi, tu me dégages ou pas ? – Non, on reste tous les deux ensemble. – Donc, le but, il faut arriver en tête quoi, c'est le… celui qui fait tout ça, il gagne.

Et avec plein d'argent ! – Non, non, non, il faut à la fois arriver en tête, arriver le premier, tu peux arriver le premier et perdre. Parce qu'après il faut compter l'argent, tu comprends ? – Oui, d'accord. – Alors "Vous avez manifesté avec les Gilets Jaunes" ce qui est exact "et avez été arrêté par la police" ce qui n'a pas été le cas "vous êtes jugé au tribunal en comparution immédiate sans pouvoir vous défendre, vous payez à la banque 5-K symbolique." Voilà.

Parce que pour les… 5 ou 10… non, 5, alors 5 K-symbolique. – Je loupe la révolution. – Oui. – Et… "Mais quelle horreur, l'adjoint communiste à la mairie de Paris, ce malotru, a fait construire un HLM dans votre rue mettant en péril le précieux entre-soi que vous cultivez volontiers.

Les pauvres dans votre quartier, cela vous rend bien chagrin et vous coûte 15 000 euros-symbolique." Alors, faut qu'je raque encore, putain ! Mais pas pour toi, ça, c'est pour la banque ! – Et ça c'est pour la banque, [rires] – J'te vois venir, là ! [rires] – Oh non, la confiance ne règne pas ! – Ah mais j'veux gagner ! – Je chauffe mon dé, 5. 1, 2, 3, 4, alors là… Ah non, d'abord tu me paies, alors là ça me revient à moi. – Je te file en social ou en quoi ? – En symbolique alors, oui c'est ça, c'est symbolique, 5. – Après, toi tu connais la règle, mais les gens qui la connaissent pas, c'est un peu compliqué cette histoire de symbolique, culturel, enfin, c'est intelligent. – Oui. – Mais il faut le retenir, hein, il faut… – Oh non, ça c'est parce que tu es fatigué mais il n'y a pas de problème. – Bon, d'accord. – Non, non, ce n'est pas difficile et puis, de toute façon, ça je le dis bien, la règle du jeu est toujours là, présente. – Hum. – Elle est très, très facile à lire, elle est illustrée de façon adorable par les dessins d'Etienne… Non, non, tout va bien.

A toi, 6, oh non, mais y'a de la chance que pour la canaille, là, franchement ! – J'échappe à la prison. – [rires] – 3. 1, 2, 3, hop !

Je pense que je vais gagner plein de blé, là ! "Le permis de construire de votre fondation d'art est accepté, c'est une bien belle opération qui vous rapporte 20 K-financier grâce à la défiscalisation à hauteur de 60 % de son coût et 20 K-symbolique. Cet édifice majestueux conçu par un des meilleurs architectes du monde portera le nom de votre entreprise, vous faisant passer pour le bienfaiteur des arts et de la culture." Ça en jette, non ?

Et en-dessous tu donnes l'exemple, évidemment, de LVMH qui a été édifié au bois de Boulogne et qui a coûté 790 millions d'euros dont 60 %, c'est-à-dire 474 millions, ont été payés par de l'argent public ! – Donc qui est actionnaire de la fondation Louis Vuitton ? C'est nous ! – Oui, c'est ça mais enfin… – C'est nous ! – Mais en vérité c'est lui qui… – Ah ben oui, grâce à Bernard Arnault. – Je commence à… allez, 2, minable ! – 1, 2. "Les places en crèche font cruellement défaut aux salariés.

La nature et le capitalisme ayant horreur du vide, le privé s'est emparé de ce marché d'autant plus lucratif qu'il est financé en partie par des subventions publiques. Encore un beau cadeau du gouvernement à ses riches amis, chaque dominé donne 5 K-financier au joueur dominant". – Merciiii… chère Monique !

Eh, dis-moi, je viens de faire 5 et je suis sur "Tous ensemble" ! – Ah, alors là "Tous ensemble" ! – Alors là, j'ai une manif ! – "La solidarité de classe est une arme puissante, les dominants le savent bien et se serrent les coudes pour défendre leurs intérêts.

Hééé, si on s'y mettait nous aussi ?! Grâce à cette case "L'alliance", chaque dominé peut exiger du joueur dominant deux billets du Kapital de son choix".

Alors, je veux 2 K-financier et 2 K-symbolique, s'il te plaît. – Deux ! – Oui, deux ! – C'est pas une, t'es sûre ? – Là, c'est deux ! "La comptabilisation des votes blancs dans les suffrages exprimés est enfin acquise, les personnes qui ne se reconnaissent pas dans les partis politiques traditionnels et souhaitent le faire savoir sont ainsi visibles.

Cela vaut à chaque dominé de recevoir 5 K-social et 5 K-symbolique". Donc, ça c'est bon pour moi. – Ça c'est la banque. – Et puis en plus, je suis vraiment contente parce que la reconnaissance du vote blanc c'est… c'est capital si je puis dire. – Allez, 3. 1, 2, 3, putain ! – Ah non, c'est la prison ?! – Oui. – Alors là, "Prison", tu perds 20 K-financier, pour payer ton avocat, et quand même 10 K-symbolique.

Parce que, tu vois, quand tu t'appelles Cahuzac ou Balkany, ça fait quand même tache de… – Ouais. – De faire de la prison ! – Mais je peux sortir ? – Et tu, tu pourras sortir, c'est-à-dire que tout à l'heure, quand ce sera ton tour, tu auras le droit de jouer. – Tiens, j'ai remis ça à la banque. – Alors, attends… – Je peux lire le dominé ? – Oui, bien sûr. – "En France, huit milliardaires possèdent à eux-seuls autant de richesse que les 30 % des plus pauvres de la population soit" ah, 8 milliardaires, tu vois je savais pas ça "soit 20 millions de personnes." Donc, huit milliardaires en France possèdent ce que possèdent 20 millions de personnes. "Les 5 % des plus riches ont capté, en 2018, 40 % de la richesse nationale et 1 % des plus riches en ont capté 20 %.

La banque te doit 10 K. – De quoi ? Ah ! 10 K financier, c'est parfait. – 5… mais il faudrait que ce soit les super riches qui jouent à ça, que ça les fasse réfléchir un peu.

Tu crois que… ? – Alors, j'ai demandé à la FNAC combien ils avaient vendu, par exemple, aux Halles. – Ça fait combien de temps qu'il est sorti le jeu ? – Euh… ça fait depuis 10 jours. – D'accord. – C'est 13 par exemple à la FNAC des Halles.

Et puis j'ai demandé aux Ternes, à la FNAC des Ternes, c'était 0. Tu vois, pour l'instant, ils n'ont pas l'air d'être trop intéressés ! – Mais peut-être que si ça devient un engouement populaire, ils vont avoir envie. 1. "Tous les jours pour aller travailler, vous vous rendez dans la gare, vous savez "cet endroit où se croisent ceux qui ne sont rien et ceux qui ont réussi" selon Emmanuel Macron.

Et si ceux qui ne sont rien autour de ce plateau de jeu, les dominés, devenaient tout et recevaient à ce titre 10 K-symbolique chacun" ? Je pense que c'est la banque, là. – J'espère, hein ! [rires] Alors, mes K-symbolique, c'est là. – J'espère que c'est une banque publique.

Tu crois pas que… Quand on me pose souvent la question "Quelle serait la première mesure que vous prendriez si vous êtes au pouvoir ? " C'est : nationaliser une banque. Tu changes la vie des gens si tu fais ça.

Tu crées une banque éthique… Tu prêtes plus facilement de l'argent, t'es pas là pour gagner du blé… non ? – Oui, mais je suis absolument d'accord, simplement, si tu veux, la différence entre toi et moi, c'est que toi, tu as toujours le saucisson en tranches, et donc tu prends une partie du système bancaire, tu dis "Je nationalise les banques"… sans te rendre compte que les banques ne peuvent pas être nationalisées sans avoir aboli par ailleurs le système capitaliste, sans avoir aboli cette oligarchie. Parce que, François Miterrand, il a bien nationalisé les banques en 1981, mais, après la pression internationale qui a eu lieu sur lui, il ne demandait qu'à changer sa… retourner sa veste, mais il l'a retournée, bel et bien.

Et donc, les banques nationalisées ont été reprivatisées aussitôt. – Euh… "Citez trois niches fiscales. Si vous y parvenez, vous gagnez 10 000 euros." Je sais pas, euh… des niches fiscales ? – Ben, toutes celles que tu utilises, c'est facile pour toi, ça. – Les journalistes, c'est une niche fiscale puisqu'on a droit à une… – Oui. – Tu vois… Euh, quelle autre niche fiscale… ?

La Guadeloupe, l'investissement en Guadeloupe par exemple. Je fais de l'immobilier en Guadeloupe. Et puis le patrimoine, si j'ai un patrimoine genre je transforme ma maison en musée ou un truc comme ça ou en immeuble où je peux toucher des ronds, c'est une niche fiscale. – Oui, si tu obtiens le classement quand même à l'inventaire ou… – C'est acceptable, là, mes trois réponses ? – C'est parfaitement acceptable mais, enfin, il faut quand même savoir qu'il y a 472 niches fiscales qui représentent 100 milliards d'euros qui manquent chaque année dans les recettes fiscales de l'État et il y a de plus en plus de niches fiscales.

Et quand il y en a trop, tu sais ce qu'ils font au plus haut sommet du pouvoir ? Ils transfèrent les plus grosses niches fiscales, comme par exemple la niche fiscale Copé qui coûte presque 16 milliards d'euros par an dans les caisses de l'État, et ils la déplacent sur une autre ligne comptable qui s'appelle MPCI, Modalité Particulière de Comptabilité de l'Impôt, MPCI. Et voilà, et là-dedans… – Et ça, c'est plus une niche fiscale ? … Il y a encore 100 milliards d'euros. – Par exemple, l'art, c'est une des niches fiscales les plus… – Ah, bah, c'est une niche fiscale énorme puisque tu ne paies pas l'ISF, c'est… – Ah oui, je sais. – Oui, voilà ! – J'aurais dû dire ça. – Oh non, j'ai cru que ça allait sur 6, et puis… c'est sur 1 !

Vas-y, lis-moi je suis fatiguée. – "Le dépeçage de la SNCF et l'ouverture du rail au privé va tous nous appauvrir. Ah non, pas tous, les entreprises privées vont remettre en service les lignes fermées faute de rentabilité, soi-disant.

Chaque joueur dominé paie 5 K-financier au joueur dominant." [rires] Et c'est bien mérité parce que 5, c'est pas cher payé ! [il lance le dès] 6 ! – Ah non, et putain, tu fais 6 ! – 1, 2, 3, 4, 5, 6.

Et, Monique, on dit pas de gros mot, hein ! – Ah, oui, tu rejoues, mais il y a des choses que tu n'oublies pas. C'est ça qu'est super ! – Tiens, vas-y, tu peux me le lire. – Alors : "Votre cousin, ce débauché, fait la une de la presse people.

Ivre-mort, au bras d'une candidate de télé-réalité", je ne te demande pas de donner de nom, moi je sais à qui je pense, "ruinant ainsi la valeur symbolique de votre glorieux patronyme, vous perdez 5 K-symbolique." Merci. – Attends, je réfléchis à qui c'est. – Ah ben si, écoute !

Moi je pense à quelqu'un. – Dis-moi la première lettre. – A.

La… … gardère ? – Oui, ah c'est pas ton cousin, mais ivre-mort au bras d'une… – Mais il… ah oui, au bras de la nana. – La nana, mais non, c'est moi qui ai mis ça. – Mais cette histoire… Lagardère c'est un truc de ouf quand même, la vie est quand même incroyable.

Le mec, il est patron de la plus grosse boîte d'armement au monde, il se trouve cette nana qui est gironde hein, tu l'as vue, elle fait une tête de plus que lui. La Belgique a fait un documentaire, est-ce que tu l'as vu le documentaire ? – Non. – C'est sa belle-mère qui lui parle, elle lui fait remarquer, pendant le documentaire, qu'il a un jean très moulant et qu'on lui voit ses attributs, t'as pas vu cette scène, là ? – Non, non. – Et, lui est très fier, et tout ça, et on est dans un truc de ouf, quoi !

Et alors, pendant que lui était avec sa nana, il est pas allé à l'Assemblée générale d'EADS. – Ah oui, ça, je le sais. – Non mais, c'est quand même… mais ça le rend plutôt sympathique ça, t'as l'impression que le mec il en a rien à foutre.

Son père l'a tellement fait chier quand il était môme que, là, il se lâche, quoi. – Hum, hum. Enfin, bref. – Ça, c'est des ragots. – Ça, c'est bien des ragots… – Il y a des ragots dans ton truc ! – On se nourrit comme on peut et les ragots font partie… – T'as fait 5. – Alors, 5. – 1, 2, 3, 4, 5, case 49.

Dominé, je te le lis : "Vous êtes délégué syndical de votre entreprise et BFM vous invite à participer à un débat, un exercice difficile auquel vous vous préparez bien, vous arrivez à exprimer vos idées et vous gagnez 10 K-symbolique." – Oui, je suis d'accord. – Ça, c'est la banque. – C'est la banque. – Y'en a pas beaucoup des cas comme ça, généralement la télé c'est quand même une mangeuse d'hommes, non ? – Oui. – Et de syndicalistes et d'ouvriers.

La parole rebelle, elle est toujours, et ça, c'est Bourdieu qui l'explique assez bien… Tu l'as connu, toi, Pierre Bourdieu ? – Ah oui, ah oui ! – 1, 2, 3, 4.

Il était marrant dans la vie ? – Ah il avait un charisme fou, il était sympathique ! Avec lui, tu vois, on se sentait intelligent, c'est ça qui était extraordinaire, il avait cette capacité, alors que c'était un type hyper cultivé, qui avait beaucoup lu, qui avait tout, enfin je ne sais pas, tout bon, et puis nous on se sentait tout petit à côté… – Moi, je l'ai rencontré une fois et, surtout… Je l'ai eu au téléphone, et il m'a écrit une lettre après mon livre "Pendant les Affaires, les affaires continuent" quand j'ai quitté Libération, et j'ai une lettre de Pierre Bourdieu !

Et alors, je l'ai tellement bien cachée, la lettre, que je sais plus où elle est, elle est chez moi évidemment, je la retrouverai un jour, mais j'ai une lettre de sa main ! Et donc je l'avais appelé après pour le remercier parce que… – Oh oui, ça m'étonne pas, il était capable de ça. – Et donc, voilà, moi, ça a changé ma vie de lire Bourdieu. – Ah c'est super ! – Et voilà, quoi. – Alors 10 K-symbolique. – Bon, je suis sur le point de gagner, Je ne vois pas comment tu vas me rattraper. – Ah non, là, de toute façon, c'est plié, hein ! – Et, à la fin, il y a des gages ou pas ? – Mais qu'est-ce que, qu'est-ce que tu… – Imagine, je gagne ! – Ah, 4. – 1, 2, 3, 4, case 53. – Ah non, c'est lamentable, hein ! – Alors, dominé, je te le fais, j'espère que ça va être un truc bien : "Bernard Arnault, première fortune française, troisième fortune mondiale." Là, t'es un peu en retard, parce qu'il a doublé maintenant, il est premier. – Il est presque premier, pas tout à fait. – C'est pas très clair cette histoire. – Ah non, c'est-à-dire que il lui manque encore… ça compte quand même, un milliard de dollars en plus ou en moins. – Qui est-ce qui est devant lui ?

C'est le Mexicain ou c'est Bezos ? – Jeff Bezos et Bill Gates. – Je pensais qu'il était derrière.

Avec la fondation, tout ça. – Non, ils se talonnent et, avec Tiffany, l'objectif de Bernard Arnault c'est évidemment… et ça va le faire, il va passer premier. – Hum, mais t'as vu ce cinéma enfin, il téléphone à Donald Trump, … et alors, j'ai regardé les chaînes d'info, je pense que… tu lis Samuel Gontier dans Télérama ?

C'est un mec qui écrit sur la télé, c'est vachement bien ce qu'il écrit. A mon avis son prochain, je sais pas si je suis à sa place mais… il va le faire sur les réactions à Tiffany's, parce que les types qui se congratulent en disant "Bravo, un Français première fortune mondiale", ça c'est toujours un truc qui m'a fait marrer ! Ce patriotisme pour… tu sais c'est… en quoi c'est créateur d'emploi, en quoi ça amène de la richesse aux pauvres, en quoi ?

Enfin, je veux dire, que le mec soit martien ou français, c'est pareil, quoi ! Et que tu vois cette armée de journalistes décérébrés qui vont tous, disent la même chose : "Bravo, Tiffany ! " enfin, c'est un non-sens total, c'est mon quart d'heure énervement !

Et alors, t'es dominé et donc, "Arnault est en train de privatiser le bois de Boulogne, le jardin d'acclimatation, la fondation LVMH, la transformation du musée des arts, etc., moins d'espaces verts accessibles, moins de promenades le dimanche." et moins 5 euros de biens culturels pour toi ! – Bon. – Là, je vais triomphalement faire un… – Par principe, par principe ! – Yaaaa ! – Ah, ça y est !

Eh bé, bravo ! – Tu vois, je suis devant là ! – Ah oui, là tu es largement… – Et là, je tire plus de carte. – Ah non, ben alors… – Et je prends tout ? – Ah non, non, non !

Ah non, tu comptes… mais de toute façon on n'a même pas besoin de compter, là. – Ah non ? Mais je voulais tout prendre. – Parce que tu gagnes largement de toute façon.

Surtout, ce qui est l'objectif quand même de ce jeu c'est derrière… – C'est que je gagne ! – Non, c'est que… Tu vois on a participé beaucoup à des moments de convivialité dans la grande bourgeoisie mais là, simplement un jeu, un jeu de sociologie critique, un jeu où tous ensemble, tous les joueurs qui sont réunis lisent à haute voix, échangent, gagnent… t'as vu comment on a un peu rigolé, on se fait des petits commentaires, et c'est ça la joie, c'est ça l'impertinence de ce jeu. – Et, dis-moi, c'est un jeu où statistiquement, le dominant est quand même, vu le pactole avec lequel il part et malgré les obstacles que vous avez créés, compte tenu de la nature même du jeu, il a quand même beaucoup de chances de gagner. – Mais, justement, c'est fait pour ça, c'est pour montrer la force des dominants, et chaque fois que le dominé doit donner de l'argent à la banque alors qu'il est victime, ça fait réfléchir.

Je suis victime et je dois donner de l'argent. Comment est-ce possible ? – Je me fais l'avocat du diable, mais si je joue avec ça avec mon fils qui est un winner dans l'âme, tu vois, d'abord il va toujours vouloir être le dominant, jamais le dominé, et ça va lui apprendre aussi à être capitaliste et à se dire "Putain, mais moi, je veux être capitaliste, je veux gagner plein de tunes et j'en ai rien… " – Mais non, parce qu'il y a les… justement avec les cartes et les commentaires, ça change tout. – Oui, s'il a deux neurones, il réfléchit. – C'est pas le Monopoly, c'est-à-dire le Monopoly tu cherches à gagner de l'argent, tu cherches à gagner.

Tandis que là, c'est un jeu de compréhension des rapports de classes antagoniques et… – Monique, je suis archi convaincu. [rire] – Non, c'est vrai, on a bien joué. – Merci en tous cas. – Salut Monique et à bientôt ! – Bah, je vais retourner dans mon autre banlieue. – D'accord. – Merci beaucoup. – Au revoir.

Au revoir à tous. |