Guerre en Ukraine: suivez l'allocution d'Emmanuel Macron
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« Nous avons, dès le premier jour, décidé de soutenir l'Ukraine et de sanctionner la Russie. »
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« si un pays peut envahir impunément son voisin en Europe, alors personne ne peut plus être sûr de rien. »
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« La Russie a déjà fait du conflit ukrainien un conflit mondial. »
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« La Russie, dans le même temps, continue de se réarmer, dépensant plus de 40% de son budget à cette fin. »
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« D'ici 2030, elle prévoit d'encore accroître son armée, d'avoir 300 000 soldats supplémentaires, 3 000 chars, 300 avions de chasse de plus. »
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« La Russie est devenue, au moment où je vous parle et pour les années à venir, une menace pour la France et pour l'Europe. »
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« Nous ne pouvons pas oublier que la Russie a commencé d'envahir l'Ukraine dès 2014 et que nous avons alors négocié un cessez-le-feu à Minsk. »
- 4:28PrésentateurPromesse
« Cela passera à coup sûr par un soutien à l'armée ukrainienne dans la durée. »
- 4:32PrésentateurPromesse
« Cela passera aussi peut-être par le déploiement de forces européennes. »
- 6:29PrésentateurPromesse
« Les États membres pourront accroître leurs dépenses militaires sans que cela soit pris en compte dans leurs déficits. »
- 6:37PrésentateurPromesse
« Des financements communs massifs seront décidés pour acheter et produire sur le sol européen des munitions, des chars, des armes, des équipements parmi les plus innovants. »
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« nous aurons doublé le budget de nos armées en presque 10 ans. »
- 8:50PrésentateurPromesse
« Ce seront de nouveaux investissements qui exigent de mobiliser des financements privés, mais aussi des financements publics, sans que les impôts ne soient augmentés. »
- 9:16PrésentateurPromesse
« j'ai décidé d'ouvrir le débat stratégique sur la protection par notre dissuasion de nos alliés du continent européen. »
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« les États-Unis décident de tarifs douaniers sur les marchandises européennes, comme ils viennent de le confirmer à l'encontre du Canada et du Mexique. »
Temps de parole
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tiennent moins l'Ukraine et laissent planer le doute sur la suite. Dans le même temps, les mêmes Etats-Unis d'Amérique entendent imposer des tarifs douaniers aux produits venant d'Europe. Enfin, le monde continue d'être sans cesse plus brutal et la menace terroriste ne faiblit pas. Au total, notre prospérité et notre sécurité sont devenues plus incertaines et il faut bien le dire, nous rentrons dans une nouvelle ère. Alors, la guerre en Ukraine dure maintenant depuis plus de trois ans. Nous avons, dès le premier jour, décidé de soutenir l'Ukraine et de sanctionner la Russie. Et nous avons bien fait.
Car c'est non seulement le peuple ukrainien qui lutte avec courage pour sa liberté, mais c'est aussi notre sécurité qui est menacée. En effet, si un pays peut envahir impunément son voisin en Europe, alors personne ne peut plus être sûr de rien. Et c'est la loi du plus fort qui s'applique. Et la paix ne peut plus être garantie sur notre continent même. L'histoire nous l'a enseigné. Au-delà de l'Ukraine, la menace russe est là et touche les pays d'Europe. Nous touche. La Russie a déjà fait du conflit ukrainien un conflit mondial. Elle a mobilisé sur notre continent des soldats nord-coréens, des équipements iraniens, tout en aidant ces pays à s'armer davantage.
La Russie du président Poutine viole nos frontières pour assassiner des opposants, manipule les élections en Roumanie, en Moldavie. Elle organise des attaques numériques contre nos hôpitaux pour en bloquer le fonctionnement. La Russie tente de manipuler nos opinions avec des mensonges diffusés sur les réseaux sociaux. Et au fond, elle teste nos limites. Elle le fait dans les airs, en mer, dans l'espace et derrière nos écrans. Cette agressivité ne semble pas connaître de frontières. Et la Russie, dans le même temps, continue de se réarmer, dépensant plus de 40% de son budget à cette fin.
D'ici 2030, elle prévoit d'encore accroître son armée, d'avoir 300 000 soldats supplémentaires, 3 000 chars, 300 avions de chasse de plus. Qui peut donc croire, dans ce contexte, que la Russie d'aujourd'hui s'arrêtera à l'Ukraine ? La Russie est devenue, au moment où je vous parle et pour les années à venir, une menace pour la France et pour l'Europe. Je le regrette très profondément. Et je suis convaincu qu'à long terme, la paix se fera sur notre continent avec une Russie redevenue apaisée et pacifique. Mais la situation que je vous décris est celle-là et nous devons faire avec. Alors face à ce monde de danger, rester spectateur serait une folie.
Il s'agit sans plus tarder de prendre des décisions pour l'Ukraine, pour la sécurité des Français, pour la sécurité des Européens. Pour l'Ukraine d'abord. Toutes les initiatives qui aident à la paix vont dans le bon sens. Et je veux ce soir les saluer. Nous devons continuer d'aider les Ukrainiens à résister. Jusqu'à ce qu'ils puissent négocier avec la Russie une paix solide pour eux-mêmes et pour nous tous. C'est pour cela que le chemin qui mène à la paix ne peut pas passer par l'abandon de l'Ukraine. Bien au contraire. La paix ne peut pas être conclue à n'importe quel prix. Et sous le dictat russe, la paix ne peut pas être la capitulation de l'Ukraine.
Elle ne peut pas être son effondrement. Elle ne peut pas davantage se traduire par un cessez-le-feu qui serait trop fragile. Et pourquoi ? Parce que là aussi nous avons l'expérience du passé. Nous ne pouvons pas oublier que la Russie a commencé d'envahir l'Ukraine dès 2014 et que nous avons alors négocié un cessez-le-feu à Minsk. Et la même Russie n'a pas respecté ce cessez-le-feu. Et nous n'avons pas été capables de maintenir les équilibres faute de garanties solides. Aujourd'hui, on ne peut plus croire la Russie sur parole. L'Ukraine a droit à la paix et la sécurité pour elle-même. Et c'est notre intérêt. Et c'est l'intérêt de la sécurité du continent européen.
C'est en ce sens que nous travaillons avec nos amis britanniques, allemands et plusieurs autres pays européens. C'est pourquoi vous m'avez vu ces dernières semaines rassembler plusieurs d'entre eux à Paris, aller les retrouver il y a quelques jours à Londres pour consolider les engagements qui sont nécessaires à l'Ukraine. Une fois la paix signée, pour que l'Ukraine ne soit pas à nouveau envahie par la Russie. Il nous faut le préparer. Cela passera à coup sûr par un soutien à l'armée ukrainienne dans la durée. Cela passera aussi peut-être par le déploiement de forces européennes. Celle-ci n'irait pas se battre aujourd'hui. Elle n'irait pas se battre sur la ligne de front.
Mais elle serait là au contraire une fois la paix signée pour en garantir le plein respect. Dès la semaine prochaine, nous réunirons à Paris les chefs d'état-major des pays qui souhaitent prendre leurs responsabilités à cet égard. C'est ainsi un plan pour une paix solide, durable, vérifiable que nous avons préparé avec les Ukrainiens et plusieurs autres partenaires européens et que j'ai été défendre aux Etats-Unis il y a 15 jours et à travers l'Europe. Et je veux croire que les Etats-Unis resteront à nos côtés. Mais il nous faut être prêts si tel n'était pas le cas.
Que la paix en Ukraine soit acquise rapidement ou non, les Etats européens doivent, compte tenu de la menace russe que je viens de vous décrire, être capables de mieux se défendre et de dissuader toute nouvelle agression. Oui, quoi qu'il advienne, il nous faut nous équiper davantage, hausser notre position de défense et cela pour la paix même, pour dissuader. A ce titre, nous restons attachés à l'OTAN et à notre partenariat avec les Etats-Unis d'Amérique. Mais il nous faut faire plus, renforcer notre indépendance en matière de défense et de sécurité. L'avenir de l'Europe n'a pas à être tranché à Washington ou à Moscou.
Et oui, la menace revient à l'Est et l'innocence en quelque sorte des 30 dernières années depuis la chute du mur de Berlin est désormais révolue. A Bruxelles demain, lors du Conseil extraordinaire qui réunira les 27 chefs d'Etat et de gouvernement avec la Commission et le Président du Conseil, nous franchirons des pas décisifs. Plusieurs décisions seront prises que la France proposait depuis plusieurs années. Les Etats membres pourront accroître leurs dépenses militaires sans que cela soit pris en compte dans leurs déficits.
Des financements communs massifs seront décidés pour acheter et produire sur le sol européen des munitions, des chars, des armes, des équipements parmi les plus innovants. J'ai demandé au gouvernement d'être mobilisé pour que d'une part cela renforce nos armées le plus rapidement possible et d'autre part que cela accélère la réindustrialisation dans toutes nos régions. Et je réunirai avec les ministres compétents et les industriels du secteur dans les prochains jours. L'Europe de la défense que nous défendons depuis 8 ans devient donc une réalité.
Cela veut dire des pays européens davantage prêts à se défendre et à se protéger, qui produisent ensemble les équipements dont ils ont besoin sur leur sol, qui sont prêts à davantage coopérer, à réduire leur dépendance à l'égard du reste du monde. Et c'est une bonne chose. L'Allemagne, la Pologne, le Danemark, les États baltes et nombre de nos partenaires ont annoncé des efforts inédits en matière de dépenses militaires. Alors, dans ce temps de l'action qui s'ouvre enfin, la France a un statut particulier. Nous avons l'armée la plus efficace d'Europe. Et grâce aux choix faits par nos aînés après la Deuxième Guerre mondiale, nous sommes dotés de capacités de dissuasion nucléaire.
Ceci nous protège beaucoup plus que nombre de nos voisins. Et de plus, nous n'avons pas attendu l'invasion de l'Ukraine pour faire le constat d'un monde inquiétant. Et à travers les deux lois de programmation militaire que j'ai décidées et que les parlements successifs ont votées, nous aurons doublé le budget de nos armées en presque 10 ans. Mais compte tenu de l'évolution des menaces, de cette accélération que je viens de décrire, nous aurons à faire de nouveaux choix budgétaires et des investissements supplémentaires qui sont désormais devenus indispensables. J'ai demandé au gouvernement d'y travailler le plus vite possible.
Ce seront de nouveaux investissements qui exigent de mobiliser des financements privés, mais aussi des financements publics, sans que les impôts ne soient augmentés. Pour cela, il faudra des réformes, des choix, du courage. Notre dissuasion nucléaire nous protège. Elle est complète, souveraine, française de bout en bout. Elle a, depuis 1964, de manière explicite, toujours joué un rôle dans la préservation de la paix et de la sécurité en Europe. Mais répondant à l'appel historique du futur chancelier allemand, j'ai décidé d'ouvrir le débat stratégique sur la protection par notre dissuasion de nos alliés du continent européen.
Quoi qu'il arrive, la décision a toujours été et restera entre les mains du président de la République, chef des armées. Maîtriser notre destin, devenir plus indépendant, nous devons y œuvrer au plan militaire, mais aussi au plan économique. Oui, l'indépendance économique, technologique, industrielle et financière sont des nécessités. Nous devons aussi nous préparer à ce que les Etats-Unis décident de tarifs douaniers sur les marchandises européennes, comme ils viennent de le confirmer à l'encontre du Canada et du Mexique. Cette décision incompréhensible, tant pour l'économie américaine que pour la nôtre, aura des conséquences sur certaines de nos filières.
Elle accroît la difficulté du moment, mais elle ne restera pas sans réponse de notre part. Alors, tout en préparant la riposte, avec nos collègues européens, nous continuerons, comme je l'ai fait, voilà 15 jours, à tout tenter pour convaincre que cette décision nous ferait du mal à tous. Et j'espère, oui, convaincre et en dissuader le président des Etats-Unis d'Amérique. Au total, le moment exige des décisions sans précédent, depuis bien des décennies. Sur notre agriculture, notre recherche, notre industrie, sur toutes nos politiques publiques, nous ne pouvons pas avoir les mêmes débats que Naguère.
C'est pourquoi j'ai demandé au Premier ministre et à son gouvernement, et j'invite toutes les forces politiques, économiques et syndicales du pays, à leur côté, à faire des propositions à l'aune de ce nouveau contexte. Les solutions de demain ne pourront être les habitudes d'hier. Mes chers compatriotes, face à ces défis et ces changements irréversibles, il ne faut céder à aucun excès, ni l'excès des vattes en guerre, ni l'excès des défaitistes. La France ne suivra qu'un cap, celui de la volonté pour la paix et la liberté, fidèle en cela à son histoire et à ses principes.
Oui, c'est ce en quoi nous croyons, pour notre sécurité, mais c'est ce en quoi nous croyons aussi, pour défendre la démocratie, une certaine idée de la vérité, une certaine idée d'une recherche libre, du respect dans nos sociétés, une certaine idée de la liberté d'expression qui n'est pas le retour des discours de haine, au fond, une certaine idée de l'humanisme. C'est cela ce que nous portons et qui se joue. Notre Europe possède la force économique, la puissance et les talents, pour être à la hauteur de cette époque. Et que nous nous comparions aux États-Unis d'Amérique et a fortiori à la Russie, nous en avons les moyens.
Nous devons donc agir en étant unis en Européens et déterminés à nous protéger. C'est pourquoi la patrie a besoin de vous, de votre engagement. Les décisions politiques, les équipements militaires, les budgets sont une chose, mais ils ne remplaceront jamais la force d'âme d'une nation. Notre génération ne touchera plus les dividendes de la paix. Il ne tient qu'à nous. Que nos enfants récoltent demain les dividendes de nos engagements. Alors nous ferons face. Ensemble. Vive la République. Vive la France.
Voilà, vous venez d'entendre Emmanuel Macron lors de cette allocution qui aura duré un peu moins d'un quart d'heure. Une allocution plutôt courte par rapport à ce dont a l'habitude le chef de l'État, chez Guillaume Roquette. Bonjour Guillaume. Bonsoir. Merci d'être avec nous aujourd'hui. Guillaume, qu'est-ce que vous retenez globalement de cette allocution ? Alors je retiens d'abord des mesures de court terme et des réponses aux interrogations qui sont quasiment celles des heures à venir. Le président de la République a indiqué de façon claire qu'il fallait continuer à aider l'Ukraine jusqu'à une paix juste.
Ça veut dire qu'il n'est pas question d'avoir une forme de capitulation comme le souhaiteraient les États-Unis ou bien un cessez-le-feu qui serait trop fragile. Donc un, le cessez-le-feu, c'est pas pour tout de suite, en tout cas dans le souhait du président de la République et on va continuer à aider militairement l'Ukraine. Est-ce que ce sera suffisant ? Est-ce que l'Ukraine pourra tenir avec uniquement l'aide européenne si les Américains coupent non seulement l'approvisionnement en armes mais aussi l'approvisionnement en renseignements ?
On sait que l'appareil satellite des Américains aide beaucoup l'armée ukrainienne depuis le début de cette guerre et je ne parle même pas d'autres éléments comme l'approvisionnement en matériel. Et puis, donc là c'est pour le court terme. Ensuite, il y a des objectifs de moyen terme, c'est-à-dire qu'il n'y aura pas d'envoi de troupes, mais ça, le président de la République l'avait répété souvent, et celles-ci ne seront amenées à se déployer qu'après la paix.
Donc là, pour le coup, on n'est pas dans une annonce, on est plutôt dans une confirmation et on sait que les Britanniques et les Allemands, ce sont les deux pays que le président de la République a cités, sont prêts à s'engager dans ce déploiement pour faire en quelque sorte des soldats de la paix. Et puis, il y aura d'autres pays européens, mais là, ils ne les citent pas. Donc ça, je dirais que c'est pour après, c'est pour demain. Pour aujourd'hui, on continue la guerre, pour demain, on déploie des soldats, mais après la paix, à condition que ce soit une paix juste.
Et pour après-demain, eh bien, on prépare cette défense de l'Europe, cette Europe de la défense, plutôt, parce qu'il n'est pas une défense européenne. L'Europe de la défense, c'est chaque pays qui se réarme. Ça, on le savait déjà. Et c'est une volonté d'Emmanuel Macron depuis 8 ans. Il a d'ailleurs tenu à le rappeler. Exactement. Et donc, il dit, même s'il a souhaité que les Etats-Unis restent notre allié, ça a été d'ailleurs l'une de ses premières phrases, donc il ne renvoie pas du tout dos à dos la Russie et les Etats-Unis, il dit, nous devons être prêts, nous devons être prêts parce qu'il y a une menace russe.
Et là aussi, c'est un des éléments forts de cette intervention, il dit, la menace russe est là, et elle nous menace tous, avec une agressivité qui ne connaît pas de frontières. Donc, Emmanuel Macron n'est pas du tout apaisant, il dit, l'innocence est révolue, et donc maintenant, il faut s'armer. Il faut s'armer. Et, c'est le dernier point de son propos, ça va nous coûter cher. Et donc, pour ça, il faut des réformes. Et tous les Français doivent participer à ces réformes. On comprend que, comme il ne souhaite pas augmenter les impôts, il l'a dit, il va sans doute falloir travailler plus, peut-être dépenser moins d'argent dans d'autres domaines.
Pour l'instant, tout ça n'est pas très précis, mais en tout cas, on voit que le chef de l'État souhaite, entre guillemets, profiter de cette période de grande tension internationale pour essayer de remobiliser les forces vives dans une situation politique dont on rappelle qu'elle est extrêmement fragile. Oui, il y a une volonté de sa part de mettre en avant ce sentiment que l'heure est très grave. C'est ce qu'on ressent aussi quand on l'entend parler. Oui, effectivement, quand, dans ses derniers mots, il dit « la patrie a besoin de vous », dit-il en s'adressant aux Français, on sent bien que ce n'est pas une intervention comme les autres.
Toute la question est de savoir si cette dramatisation sera comprise par les Français, si elle sera même admise par eux, puisque pour beaucoup de gens, l'Ukraine, c'est très loin, et c'est un conflit qui ne nous concerne pas directement. On sent aussi, et ça c'est en filigrane dans toute l'intervention, qu'Emmanuel Macron veut redevenir la personne essentielle de la vie publique française. C'est-à-dire qu'il dit à la fin « j'ai demandé à mon gouvernement de prévoir un certain nombre de propositions pour ce réarmement économique dont il parle ». Oui, comme s'il était toujours avec une assemblée nationale à ses ordres, finalement. Exactement.
En gros, le message subliminal, c'est de dire « la situation est si grave qu'il ne peut y avoir qu'un seul chef, et c'est moi ». Oui, alors, c'est vrai que depuis le début de la crise, et d'ailleurs depuis qu'il a perdu les élections, il se concentre beaucoup plus sur tout ce qui est l'aspect international, et il continue d'en jouer, finalement, le plus possible. Oui, et il le fait, je dirais, à juste titre. D'abord parce que ça fait partie de ses prérogatives constitutionnelles, en plus parce que, comme Emmanuel Macron l'a rappelé, nous avons une situation très particulière en Europe. Nous sommes les seuls, grâce au général de Gaulle, à disposer d'une force nucléaire autonome.
Les Britanniques aussi ont la bombe, mais ils ne peuvent pas s'en servir seuls, sans l'accord des Américains. Puis nous avons toujours investi, un peu plus que les autres, dans notre armée. Donc on a une armée qui, même si elle est échantillonnaire, c'est-à-dire pas suffisamment importante, existe. Nous avons un porte-avions, nous avons trois armées qui sont performantes. Et donc, le président de la République étant le chef des armées, je dirais qu'il retrouve naturellement la prééminence. En ça, on ne peut pas dire qu'il s'agit d'une manœuvre d'Emmanuel Macron pour essayer de reprendre la main.
Objectivement, c'est la situation qui impose le fait qu'il y ait une sorte de prééminence présidentielle. Oui, d'ailleurs, la discussion nucléaire, il en a parlé. C'est une question aussi. Est-ce que la France peut mettre le parapluie nucléaire sur toute l'Europe ? Et c'est aussi ce dont il a parlé aujourd'hui. Alors effectivement, c'est ce qu'il laisse entendre de façon tout à fait claire en disant « nous allons ouvrir le débat ».
Et il fait la distinction, qui est maintenant presque familière à beaucoup de gens, parce que ça a été répété ces derniers jours, entre l'emploi de la force nucléaire, qui reste une prérogative absolue de la France et du président de la République, et puis le périmètre de protection de cette bombe.
Et là, un certain nombre de gens ont rappelé à juste titre que, dès les années 60, lorsque la force nucléaire française a été déployée, le général de Gaulle laissait entendre, alors qu'il était lui-même chef de l'État, que l'Allemagne et le Benelux faisaient partie du périmètre de protection, même si ça n'avait été écrit, mais c'était sous-entendu, entre guillemets, dans les propos du chef de l'État de l'époque. Donc, ce n'est pas une révolution complète, mais ça ouvre un nombre de questions absolument considérables. C'est-à-dire, jusqu'où est-ce que nous allons protéger ?
A priori, nous ne protégeons pas l'Ukraine, puisqu'elle n'est pas dans l'OTAN, et d'ailleurs, le chef de l'État a bien dit qu'il n'y aurait pas d'envoi de troupes. Donc, je dirais, on enverrait encore moins une bombe atomique. Mais est-ce que, par exemple, les Pays baltes, dont on sait qu'ils représentent une vraie cible possible, une vraie proie pour Vladimir Poutine, est-ce qu'il faut protéger Riga avec la bombe atomique ? Ce sont des questions qui sont inédites et qui vont être discutées. Mais ça, on le voit bien.
C'est comme le réarmement, c'est quelque chose qui va prendre du temps, puisque on a globalement une industrie de défense qui est au maximum de ses capacités, aujourd'hui, compte tenu de son dimensionnement. Donc, s'il faut investir, ça veut dire construire des nouvelles usines, ça veut dire faire de nouveaux parts de l'Aria, et ça, ça prend du temps. Oui, parce qu'Emmanuel Macron a parlé d'acheter, donc on imagine qu'acheter des munitions, c'est plutôt chez les Américains, mais il a aussi parlé de produire. Est-ce qu'on peut s'imaginer qu'on lance un grand plan pour acheter des munitions et créer finalement cette Europe de la défense grâce à de l'industrie française ?
Oui, je pense que c'est ce qui va se passer. Nous avons des compartiments de la défense où nous sommes assez performants. Il y a bien sûr l'aviation avec le Rafale qui représente l'essentiel de notre excédent commercial en matière d'armement. Il y a aussi l'artillerie dans laquelle nous sommes assez performants. Le fameux canon César est employé en Ukraine avec une efficacité redoutable. Nous fabriquons aussi des chars, mais là, nous ne sommes pas les seuls. Et puis, je pense qu'il va y avoir la multiplication de programmes européens.
Vous avez vu que Mme von der Leyen, dont le chef de l'État a précisé qu'elle n'avait pas vocation à être la patronne de la défense, mais en tout cas, qu'elle a proposé des financements, y compris des financements communs. Et donc, cet argent, s'il est, entre guillemets, fléché par l'Europe, il devra être dépensé par l'Europe de façon collective. Est-ce qu'il y a une bataille de leadership, d'ailleurs, qui se joue en Europe en ce moment, entre, par exemple, Emmanuel Macron, qui veut être vu comme, finalement, pas seulement sur la scène nationale, on en a parlé, mais finalement, au niveau européen, je suis le leader de cette Europe de la défense ? Alors, oui, je le pense.
C'est une place qui revient naturellement à la France, d'abord, parce qu'on l'a dit, à l'arme nucléaire, ensuite, parce qu'elle est le seul pays de l'Union européenne à avoir un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. Les Britanniques l'ont aussi, mais comme vous le savez, ils ne font plus partie de l'Union européenne, même s'ils sont, évidemment, dans l'OTAN. Et puis, je dirais qu'il y a une forme d'autorité morale d'Emmanuel Macron. Il est l'un des chefs d'État les plus anciens dans son poste. Et cette prééminence est d'autant plus forte que, de leur côté, les Allemands sont sans gouvernement, puisqu'ils ont eu une élection législative.
Et même si on connaît déjà le nom du futur chancelier, le patron du Parti démocrate chrétien, il n'a pas encore constitué sa coalition. Donc, il a dit qu'il fallait réarmer, qu'il était prêt à mettre au pot. Et Dieu sait que ça compte, parce que les Allemands, c'est les plus riches. Mais, pour l'instant, ils ne sont pas opérationnels. Oui, peut-être que la France pourrait échanger, finalement, cette dissuasion nucléaire contre moins de participation, peut-être, en termes de dette.
Alors, ce qui est certain, c'est qu'effectivement, il y a une partie de ces programmes qui pourraient être financés, non pas par de la dette française, mais par une sorte de pot commun européen, un petit peu comme ce qui s'était passé après le Covid. Où il y avait eu une aide européenne qui avait été mutualisée pour permettre de relancer l'économie européenne. Et c'est essentiel, parce qu'il y a des pays comme l'Allemagne, mais aussi comme les Pays-Bas et quelques autres, qui sont beaucoup moins endettés que nous. Et donc, qui sont une signature extrêmement sérieuse.
Le chef de l'État a aussi dit que tout ce qui était dépense d'armement ne devait pas entrer dans les critères de Maastricht, qui sont bien connus, c'est-à-dire limitant à 3% le déficit public. Ça, je ne crois pas trop, parce que les gens qui nous prêtent de l'argent, qui nous prêtent pour acheter des canons ou pour financer le déficit des retraites, de toute façon, eux, ce qu'ils regardent, c'est notre capacité à rembourser plus que l'usage qui est fait de cet argent. Oui. Est-ce qu'on peut dire que, Emmanuel Macron en a parlé d'ailleurs, le monde est de plus en plus brutal, c'est la fin de l'innocence. Est-ce que c'est comme ça aussi qu'il faut le voir ? Oui, c'était une belle expression.
C'est vrai qu'on a cru pendant longtemps que le monde allait se pacifier après la chute du mur de Berlin et tout le début de l'intervention présidentielle, où Emmanuel Macron a précisé de façon extrêmement spécifique toutes les menaces que faisait peser la Russie sur nous. Ça veut dire, maintenant, ça suffit, on ne peut plus être naïf. Je crois aussi qu'il faut peut-être préparer les Français à des efforts, mais objectivement, on ne sait pas lesquels. C'est toujours comme ça avec Emmanuel Macron. Il y a des grands projets. Quand il s'agit de savoir comment on va les financer, là, ça reste toujours un peu plus nébuleux, de même que quand il faut réformer l'État.
Là, on avait l'impression qu'il pouvait annoncer, du coup, la réforme des retraites est validée et on arrête les discussions parce qu'on est en guerre, finalement. Je suis comme vous, ça m'a un peu traversé l'esprit. Quand il demande aux partenaires sociaux de se mobiliser et de faire des propositions, c'est peut-être pour ça. Voilà, je pense que malheureusement, il y a une perception du danger qui n'est pas suffisante pour que la situation internationale, même très tendue, fasse que la CGT et FO disent « Bon, finalement, d'accord, on accepte la réforme des retraites et on part tous à 64 ans. » Je pense qu'on n'y est pas encore. Alors, on a parlé de pas mal de sujets.
Il y a un sujet qu'on n'a pas encore abordé dont a parlé Emmanuel Macron. C'est les Américains, c'est les États-Unis. Il a dit tout de même que les États-Unis restaient un allié finalement en essayant, malgré ce qui s'est passé dernièrement, de garder les bonnes faveurs de Donald Trump. Oui. En fait, il a effectivement dit une de ses premières phrases « Les États-Unis sont notre allié. » Mais pour autant, il faut se préparer à ce qu'il ne reste pas à nos côtés. Donc, d'abord, ça veut dire que le chef de l'État ne le souhaite pas et qu'il aimerait bien que les Américains restent en Europe pour faire court. Mais on ne peut pas exclure le contraire.
Alors, il explique aussi qu'il reste attaché à l'OTAN. Ça veut dire qu'il n'est pas question d'avoir un système de défense alternatif. mais l'idée est de développer ce pilier européen de l'OTAN et qu'il puisse, entre guillemets, se passer des Américains. Ça, c'est quelque chose qui va prendre très longtemps. Les experts disent au moins 10 ans parce qu'aujourd'hui, la présence américaine, elle est très forte. Nous, on ne s'en rend pas compte parce que depuis 1966, je crois, il n'y a plus un soldat américain sur le sol français. Mais en Italie, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, vous avez des bombes atomiques.
Américaines, ils ont déployé, vous avez des avions qui portent ces vecteurs, vous avez des soldats américains et puis vous avez un commandement américain. Jusqu'à présent, les Européens ont l'habitude, même s'ils n'ont jamais fait la guerre tous ensemble, d'être sous commandement américain. Donc ça, c'est quelque chose de nouveau. Ça va être une question vertigineuse. Qui va commander cette Europe de la défense ? Et ça, on le verra, effectivement. Une dernière question, Guillaume, c'est celle qu'on va poser à nos internautes. Est-ce que vous, vous avez été convaincu par Emmanuel Macron lors de cette allocution ?
Oui, je l'ai trouvé assez convaincant parce qu'il me semble qu'il avait un ton d'une gravité qui correspondait à la période actuelle. J'ai simplement une immense interrogation. Est-ce que notre... Est-ce que le souhait du président de la République de continuer à aider l'Ukraine pour que celle-ci n'arrête pas la guerre tout de suite, est-ce que c'est possible ? Je n'en sais rien. Si M. Musk coupe Starlink et qu'il y a une partie des transmissions ukrainiennes qui ne peuvent plus se faire, si M. Trump ne donne plus les cartes de déploiement des armées russes qu'il obtient grâce à ses satellites, est-ce que l'Ukraine peut continuer la guerre ? Ça, honnêtement, personne ne le sait.
Je pense qu'Emmanuel Macron n'est pas plus que nous. Effectivement, on suivra ça. Et on suivra ça aussi demain puisqu'il y a un grand sommet européen qui démarra en fin de matinée. Merci beaucoup, Kéme, d'avoir été avec nous. Merci à vous, d'avoir été nombreux à nous suivre. Pour ceux qui nous suivent sur YouTube, n'hésitez pas à vous abonner, bien évidemment. Et moi, je vous souhaite une très bonne soirée sur le site du Figaro. Merci à vous.