Droits de douanes : quelles répercussions pour la France ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
la fondation de la famille Bezos. On a parlé beaucoup de Bezos comme d'un soutien à D.Trump ces derniers mois.
Le problème, c'est que les Etats européens avaient déjà commencé à réduire leur budget d'aide au développement. On en a parlé. Ils ont en plus un effort de défense à accomplir.
La Grande-Bretagne a par exemple annoncé qu'elle allait sacrifier une partie de cette aide en vue de se réarmer. A tous points de vue, sur tous les tableaux, Trump agit sur nous comme une malédiction. - A.-E.Lemoine: A.de Montchalin, une malédiction? - A.de Montchalin: Le président de la République a annoncé en juin 2023 à Paris un pacte pour les peuples de la planète qui essayait de dire qu'il fallait qu'on arrête d'opposer les causes.
Il y a des causes humaines, climatiques, celles qui demandent du soutien et de l'aide publique au développement...
Comment recréer une dynamique qui va au coeur des priorités à la fois humanitaires et...
On a eu une réunion autour du président de la République, vendredi. On était avec tous les ministres concernés. C'était précisément pour faire face à ces coupes massives.
La bonne échelle, c'est l'Europe. Les Etats-Unis, les sommes qu'ils donnaient, sont mobilisables par les Européens si on mutualise nos moyens. Le président de la République a demandé qu'on se regarde, dans le monde entier... - A.-E.Lemoine: On peut compenser l'aide américaine? - A.de Montchalin: Les pays européens, on a beaucoup de moyens, via la Commission européenne.
Tous les Européens, nous sommes les premiers donateurs. Nous donnions, déjà avant, beaucoup plus que les Américains. On donne plus de 120 milliards, en tant qu'Européens, à l'aide au développement.
Les Américains, avant les coupes, c'était 60 milliards. - A.-E.Lemoine: On est capables de mettre 60 milliards de plus sur la table? - A.de Montchalin: Je ne sais pas si on peut mettre 60 milliards.
Par exemple, la décision de D.Trump arrête totalement la lutte contre le sida. Il faut donner 8 millions en urgence.
On peut le faire, en tant qu'Européens. Il y a des urgences sur lesquelles on peut agir. Le monde du développement s'est beaucoup affronté sur des débats stériles.
Il y avait ceux qui voulaient protéger la planète et ceux qui voulaient protéger les peuples. - P.Cohen: Un humanitaire m'a fait remarquer que la Grande-Bretagne avait déclaré par la voie d'un de ses ministres qu'à cause de l'effort de défense, il allait falloir... - A.de Montchalin: La France a été un pays qui a aussi construit une grande partie de ces réponses humanitaires.
On est très engagés. On va prioriser les choses. Il y a des priorités. - A.-E.Lemoine: Il y aura des coupes budgétaires envisagées sur l'aide humanitaire?
On sait que le contexte budgétaire est très tendu. - A.de Montchalin: Notre budget 2025 est moins important qu'en 2024.
Face aux urgences humanitaires, en tant qu'Européens, celui qui est très impacté, c'est le Gavi, l'agence contre les maladies qu'on a éradiquées dans beaucoup de pays européens et qui ne le sont toujours pas en Afrique. Là-dessus, en mutualisant nos ressources... - P.Cohen: Le Gavi a permis à des dizaines de millions d'enfants d'être vaccinés ces dernières décennies.
Les Etats-Unis ont annoncé couper complètement ses fonds. - A.de Montchalin: Là-dessus, la France, autour du président de la République, comme toute l'Europe...
Il y aura au moins de juin une conférence de financement sur les vaccins. - A.-E.Lemoine: Un krach humanitaire et un krach boursier avec un rebond des Bourses mondiales qui misent sur des négociations bilatérales entre les Etats-Unis et les pays impactés par les droits de douane.
Dès demain, les Etats-Unis vont imposer une taxe de 20 % pour l'UE. Hier, l'UE a proposé une exemption des droits de douane totale pour les produits industriels. Réponse de D.Trump dans la soirée. - A.-E.Lemoine: Difficile de négocier avec un président qui n'a pas les bonnes informations. - A.de Montchalin: Tout ça est fondé sur une analyse de la situation que nous ne partageons pas.
C'est aussi pourquoi le président de la République, il y a encore quelques minutes, rappelait que notre objectif est que ces droits de douane ne s'appliquent pas et qu'on remette les faits sur la table. Quand le président Trump parle de déficits commerciaux, il n'inclut jamais les services. - A.-E.Lemoine: Ils sont bénéficiaires pour les Etats-Unis. - A.de Montchalin: Les Etats-Unis nous exportent à peu près 800 milliards de services.
Là, il dit qu'il y a un déficit. Si on fait les sommes, on est beaucoup plus proches de l'équilibre. Qu'est-ce qu'on doit faire, Européens et nous, Français?
On a, en France, 28 000 entreprises qui exportent vers les Etats-Unis. Ces 28 000 entreprises, on leur doit résilience et résistance. Résilience, parce qu'il ne faut pas que ces entreprises perdent leurs emplois, leurs marchés...
Il faut qu'on identifie d'autres marchés sur lesquels leurs produits peuvent rentrer sans droits de douane. Ensuite, il faut qu'on ait une résistance, qu'on puisse répondre. Demain, il y a un vote au niveau européen sur les réponses qu'on va donner au premier paquet sur les voitures, l'acier et l'aluminium.
Il y a une mesure qui s'applique, on y répond. Ensuite, on va montrer ce qu'on peut faire. On va montrer qu'on peut faire, sans nous abîmer trop...
Le but, derrière, c'est que ce paquet ne s'applique pas. On voit la première puissance mondiale vouloir couper les ponts avec le reste du monde, aujourd'hui. Je connais un peu les Etats-Unis.
Je ne crois pas qu'il soit tenable longtemps pour D.Trump d'aller à ce point contre les intérêts de son propre peuple et d'aller à ce point contre les intérêts de l'économie. - A.-E.Lemoine: Il est têtu.
On voit avec la Chine qu'il résiste, que c'est la surenchère totale. La Chine a dit: "OK, vous nous imposez 34 %. On réplique avec 34 %." D.Trump dit qu'ils vont passer à 50 % s'ils ne retirent pas les 34 %. - P.Cohen: Et c'est passé à 104, depuis. - A.de Montchalin: Vous avez vu l'histoire des colis de moins de 800 dollars?
La semaine dernière, quand D.Trump sort sa pancarte avec les taux, il a annoncé que tous les petits colis qui entraient dans le pays et valaient moins de 800 dollars...
C'était pour parler de Shein et les plateformes chinoises. Il dit qu'il n'y aura plus de franchise de droits de douane et qu'on paye au premier euro. Il annonce ça dans la soirée.
Le lendemain, les points d'entrée comme les ports et les aéroports sont totalement submergés. Dans les 6 heures, la mesure annoncée n'existe plus. Quand vous êtes totalement déconnecté de la réalité du commerce mondial, quand vous êtes totalement déconnecté de ce que vos administrations peuvent faire...
Ils sont revenus sur la mesure. Ce qui se passe aujourd'hui, c'est qu'il y a une très grande anxiété. Ca fait quand même 3 crises successives.
Je suis d'abord au service de mon pays. Je ne suis pas la ministre des Comptes publics...
Je suis d'abord au service de mon pays. Les Français ont vu une crise budgétaire. Ils ont vu une crise parce que Poutine faisait pression sur l'Ukraine.
Les Etats-Unis retirent leur aide et leur fiabilité...
Maintenant, on a cette crise économique...
Il faut qu'on soit extrêmement fermes, extrêmement clairs et qu'on puisse faire face ensemble en tant que pays. Quand vous avez un pays qui prend des décisions dans un sens ou dans l'autre, la première conséquence, c'est de l'incertitude. Ce qu'on veut, nous, Européens, c'est de montrer qu'on est capables de répondre, de riposter.
A la fin, on veut que ça ne s'applique pas. - A.-E.Lemoine: Elles vont s'appliquer demain, les nouvelles taxes. - A.de Montchalin: J'attends de voir comment les Américains vont, très vite, voir ce que ça change dans les prix, dans leur production industrielle.
Vous vous souvenez du Canada... - P.Cohen: Vous misez sur l'échelle de la mesure? - A.de Montchalin: Regardez le Canada.
D.Trump a mis des droits de douane, puis les a retirés...
C'est une forme d'autosabotage de l'économie américaine. On a fait les calculs sur l'impact sur le PIB. C'est 2 points de PIB de moins aux Etats-Unis cette année.
Et c'est au maximum 0,5 en UE. La France, c'est peut-être un peu moins, parce qu'on est moins exposés. Si vous exposez votre pays à moins de 2 points de PIB, ce n'est pas tenable.
Tous les gouvernements élus démocratiquement doivent des comptes à leurs électeurs. - A.-E.Lemoine: On a vu des milliers de manifestants ce week-end aux Etats-Unis.
Ca n'a rien changé au discours de D.Trump. - E.Tran Nguyen: Il dit qu'il faut tenir, que ça va être difficile, mais que le résultat va être historique. - A.de Montchalin: Ca fait 4 jours.
Il a dit qu'avec ça, il allait financer des baisses d'impôts, que les Américains allaient s'enrichir. Pour l'instant, c'est au moins 4000 euros de perte directe de pouvoir d'achat par l'inflation. D.Trump a fait campagne contre l'inflation.
Là, il est en train de créer de l'inflation. On ne va pas commenter ce qui se passe aux Etats-Unis. On va voir ce qui se passe chez nous.
Moi, ministre des Douanes...
Comment on accompagne les entreprises? Comment on donne un suivi à nos grands fleurons français pour qu'ils aient en temps réel les informations? Comment on aide les entreprises à trouver d'autres marchés? - A.-E.Lemoine: Et pas de taxe miroir? - A.de Montchalin: Au niveau européen, on prépare un paquet.
On va regarder les services numériques, l'accès des entreprises américaines à la commande publique ou à nos marchés publics. On va montrer aux Américains que s'ils nous font du mal, nous pouvons riposter. A la fin, le but, c'est que ça ne s'applique pas et qu'on arrive à retrouver un monde économique... - A.-E.Lemoine: Cette menace de riposte, ce sera dès la semaine prochaine? - A.de Montchalin: Demain, il y a un vote au niveau européen sur le paquet qui va s'appliquer le 15 avril sur l'acier, l'aluminium et les voitures.
Ensuite, les mesures vont être travaillées. Il faut de la rapidité...
On espère un retour à la raison collective. - E.Tran Nguyen: L'influent conseiller au commerce de D.Trump, Peter Navarro...
Quelques points pour comprendre le profil. C'est un économiste diplômé d'Harvard qui est partisan d'une guerre commerciale dure vis-à-vis de la Chine. Il est accusé d'avoir inventé de toutes pièces un expert qu'il a cité dans ses livres.
En juillet dernier, il s'est vanté de sortir de prison après avoir refusé de témoigner sur l'assaut du Capitole en janvier 2021. - E.Tran Nguyen: Aujourd'hui, E.Musk l'a traité de crétin.
Ce serait un point de discorde entre les 2 hommes. Quand on voit ce type de conseillers autour de D.Trump, comment on peut discuter avec lui, avec cette équipe? - A.de Montchalin: Il y a d'abord la démocratie.
Quand on commence à dire qu'on veut que les pouvoirs soient sous le contrôle des mêmes, c'est que c'est la démocratie qui est en jeu. Je pense que beaucoup d'Américains sont d'abord des grands démocrates avant d'être affiliés au Parti démocrate. Quand on est membre d'un gouvernement, quel que soit l'endroit où on est sur la planète, quand on a été élu ou qu'on représente une légitimité démocratique, on doit des comptes aux gens qui vivent dans le pays où on est.
Nous, on doit des comptes aux Français. A un moment, le peuple américain, les contre-pouvoirs américains...
On commence à avoir des manifestations... - E.Tran Nguyen: Mais les Américains ont voté pour D.Trump. - A.de Montchalin: Mais comment on négocie?
On négocie en ayant sur la table la capacité de montrer que, nous aussi, si on veut rentrer dans quelque chose de négatif, on pourra le faire. A nouveau, notre but, ce n'est pas de nous infliger à nous-mêmes des sanctions encore plus dures que ce qui nous arrive. Notre but, c'est de trouver une forme de dissuasion.
On est prêts aussi à le faire. Est-ce qu'on a envie d'aller là-dedans? Est-ce qu'on veut infliger 4 millions de perte de pouvoir d'achat aux Américains?
Beaucoup de gens commencent à dire à D.Trump que si on calcule le déficit avec l'influence des Gafam, on n'a pas du tout les niveaux de déficit qui sont ceux... - A.-E.Lemoine: Il y a des conseillers qui ne sont pas Peter Navarro... - A.de Montchalin: Tous les pays disent que les chiffres dont il parle ne correspondent pas à la réalité.
On a un débat parfois lunaire sur la TVA. Les Américains nous disent que la TVA est un droit de douane. Si c'est une voiture qui sort d'une usine américaine, effectivement, il y a la TVA.
Si c'est une voiture qui sort d'une usine Renault, elle a aussi la TVA. Il n'y a pas de distorsion sur le fait de savoir si la voiture est américaine ou française. Tout le monde a de la TVA.
Ils nous disent: "Ah bon? Ce n'est pas ce qu'on avait compris." A un moment, il faut qu'on fasse valoir qui on est, quelles sont nos valeurs.
Quand les entreprises françaises reçoivent des lettres en leur demandant d'arrêter la TVA...
On ne leur répond pas. On a des valeurs, on est qui on est et on ne va pas se coucher devant des choses aussi importantes que le droit du travail ou l'égalité homme-femme. On est 450 millions d'Européens.
On a un très grand marché. Si les entreprises nous disent qu'elles vont produire plus proche des consommateurs et faire moins confiance au commerce mondial...
Si vous voulez qu'on mette l'accès aux marchés publics européens...
On peut aussi les priver de produits européens. - P.Lescure: Voici ce que disait hier E.Ciotti.
Il a accusé le président de la République d'avoir, en juin 2024, dissout l'Assemblée nationale pour masquer l'ampleur du désastre budgétaire. E.Ciotti a répété cette analyse ce matin sur Europe 1. - E.Ciotti: Je suis convaincu que monsieur Macron a dissous l'Assemblée nationale pour éviter d'avoir à présenter un budget pour 2025, qui aurait contenu des mesures extrêmement impopulaires, extrêmement sévères.
Il a laissé le choix à d'autres de le faire. Il l'a fait sciemment. Au printemps, au moment où il dissout, au soir des européennes...
Je pense que le résultat des européennes est un prétexte. Il dispose là de tous les éléments qui montrent que la situation budgétaire se dégrade. - P.Lescure: Votre commentaire? - A.de Montchalin: J'ai déjà répondu aujourd'hui, mais je vais le refaire.
C'est une théorie du complot qui n'est pas à la hauteur de la situation des finances publiques, ni à la hauteur de ce qu'est notre démocratie en France. Surtout, on a un nombre de crises devant nous...
Aujourd'hui, on peut peut-être s'épargner les théories du complot et la désinformation. Cette commission d'enquête...
J'ai été parlementaire. C'était un immense honneur. Les parlementaires sont dans leur droit d'exiger le contrôle, de demander des comptes au gouvernement.
C'est leur rôle constitutionnel. Nous croyons à la démocratie et c'est normal que nous soyons face au Parlement. Une commission d'enquête montre que plein de choses peuvent être améliorées.
Ca tombe bien. Avec E.Lombard, on a annoncé beaucoup de changements sur la manière de piloter et de suivre le déficit.
Beaucoup des mesures qu'on va annoncer dans les prochains jours sont la conséquence des progrès collectifs qu'on doit faire, comment mieux gérer les aléas, comment prendre des décisions en associant les parlementaires et pas forcément de manière très technique. Il n'y a pas de problème. Ce n'est pas en disant aux Français qu'il y a un complot, qu'on a fait une dissolution pour cacher je ne sais quoi...
Les chiffres du déficit sont connus. Quand les parlementaires ont accès aux documents, personne ne leur cache. Ce qui me gêne, c'est qu'on fait croire aux Français, alors qu'on est un pays démocratique, qu'il y aurait une théorie du complot qui expliquerait la dérive des finances publiques.
Il y a effectivement une maladie endémique de la France qui est l'endettement. Ca nous prive de marge de manoeuvre pour répondre à nos grandes priorités. Ma ligne, c'est le "quoi qu'il arrive".
Comment notre pays peut faire face à ses besoins de défense quoi qu'il arrive? Comment on fait face à un modèle social où le vieillissement coûte de plus en plus cher? - A.-E.Lemoine: Merci, A.de Montchalin.
Vous êtes ministre chargée des Comptes publics et des Douanes,
Amélie de Montchalin