DOMINIQUE DE VILLEPIN : LA CHUTE DE L'APOLLON DES PLAGES
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« « Fait rare, dans l'hémicycle du conseil de l'ONU, Dominique de Villepin a été applaudi. » »
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« « Non, non, non. On ne savait pas que c’était un mensonge. » »
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« « Il a réussi à convaincre Chirac de s'auto-saboter. » »
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« « Il est peut-être pas si mauvais finalement. » »
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« « Nicolas Sarkozy est absolument convaincu que Villepin a commandité son assassinat politique. » »
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« « En 2005, on n'était pas encore dans la folie sécuritaire d'aujourd'hui et décréter l'état d'urgence, c'était pas du tout anodin. » »
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Bon bah c'est bon, on a fait assez de femmes dans les portraits, on peut reprendre normalement. Comment ça normalement ? Bah avec Usul on s'était dit qu'on faisait deux femmes par saison maximum pour pas brusquer les spectateurs.
C'est vrai que deux c'est plutôt pas mal. Mesdames, Messieurs, bienvenue. Aujourd'hui nous allons vous parler d'un homme qui a marqué la France.
Un homme dont la fougue et la prestance ont fait souffler sur la République un vent de fierté. Napoléon ? Non.
De Gaulle ? Pourquoi pas. Non mais on va pas exagérer, pourquoi pas Jésus aussi ?
Non, aujourd'hui on va vous parler de Dominique de Villepin. Mais comment ne pas être enthousiaste devant ce port altier et ce regard d'un bleu acier qui scrute jusqu'au plus profond de votre âme ? Je m'appelle Dominique de Villepin, mon nom complet c'est Dominique Galouzeau de Villepin.
Je m'amuse en général à dire que c'est un mélange de coq et d'oiseau, à l'image du damoiseau, donc gal et oiseau, Galouzeau. De quoi ? Non mais laisse, c'est rien.
Non mais en dehors de ce style de malade qui bute, Dominique de Villepin, on le connaît aussi et surtout pour son discours au Conseil de sécurité de l'ONU le 14 février 2003. Une telle intervention ne risquerait-elle pas d'aggraver les fractures entre les sociétés, entre les cultures, entre les peuples ? Fractures dont se nourrit le terrorisme.
Dominique de Villepin, à ce moment-là, ça a été le porte-voix de l'opposition de la France à la guerre en Irak en 2003. Et ça, ça l'a rendu immensément populaire. Et ce, dès le moment où il a fait son discours. « Fait rare, dans l'hémicycle du conseil de l'ONU, Dominique de Villepin a été applaudi. » Et cette popularité, elle s'est confirmée par la suite, notamment quand on a eu la certitude que les Américains avaient menti pour lancer leur guerre.
Ah bon ? Ils avaient menti ? Est-ce que ça n'était pas un crime d'agression d'entrer en Irak sur la base d'un mensonge ?
Non, non, non. On ne savait pas que c’était un mensonge. Ah mais tu vois, il dit qu'il savait pas.
Non mais il a rien expliqué là ! Non mais écoute, la suite tu vas voir, c'est plus clair. Tout ce qui a été produit à l'époque, on ne savait pas que c'était mensonger.
Alors non, là encore, là vraiment...
Non mais tu vois, là vraiment...
Non mais là d'accord, je comprends. Pour beaucoup de monde, encore aujourd'hui, Villepin c'est le symbole du non français aux Américains. Cette année, en 2023, c'était les 20 ans de son discours à l'ONU et on l'a invité un peu partout pour revenir sur cet épisode historique.
C'était il y a 20 ans et pour en reparler aujourd'hui sur ce plateau de Débat Doc, un grand témoin de l'histoire...
Nous recevons un invité, grand témoin de l'histoire. Dominique de Villepin. Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, ancien ministre des Affaires étrangères.
Vous avez donc été celui qui, en votre qualité à l'époque de ministre des Affaires étrangères, porta la voix de la France aux côtés du chef de l'État pour dire non. Bonjour Monsieur de Villepin. Bonjour.
Et au-delà de ce moment historique, son expertise, notamment sur les questions internationales, est toujours attendue. Récemment, par exemple, on l'a beaucoup invité pour parler de la guerre en Ukraine. Et plus généralement, il a énormément écrit sur les relations internationales, et notamment ce considérable pavé que Modiie a lu en entier pour préparer l'émission.
Bien sûr, j'étais prof à la fac, on lit toujours tout en entier. Et bah dans ce livre de 666 pages que tout le monde a lu, il explique à quel point il se rend encore utile. "Voyageur par passion, conseiller par vocation, j'ai fait le choix, après 2007, de consacrer mon temps à parcourir les continents.
Conseiller les entreprises dans leur façon de gérer le risque international, dialoguer avec des chefs d'État ou des ministres sur la stratégie permettant à leur pays de s'insérer efficacement dans la mondialisation, voilà autant de tâches qui exigent de se confronter à la réalité du monde et me donnent le sentiment de poursuivre la recherche de l'intérêt général par d'autres moyens. Ah bah oui, poursuivre l'intérêt général par d'autres moyens, ça veut dire qu'il n'a plus de mandat politique. Et ça, ça amène une question.
Pourquoi il n'a plus aucun mandat en politique ? Et ça fait longtemps en plus. De Villepin, c'est un pur haut fonctionnaire.
Il a fait l'ENA, la même promo que François Hollande et Ségolène Royal. Il commence à travailler pour le ministère des Affaires étrangères dès 1980, notamment dans les ambassades. Il passe en 1993 à la direction du cabinet d'Alain Juppé, avant de devenir en 1995 secrétaire général de l'Élysée pour Jacques Chirac.
Il sera par la suite ministre des Affaires étrangères en 2002, ministre de l'Intérieur en 2004 et enfin Premier ministre en 2005. Et puis...
Et puis après 2007, plus rien. Enfin, presque plus rien, en 2010, il fonde son parti, République solidaire, pour pouvoir se présenter aux élections de 2012. Mais finalement, il n'y arrivera pas, il ne réussira même pas à récolter les 500 signatures.
Mais rendez-vous compte, un ancien Premier ministre, célèbre dans le monde entier qui n'arrive même pas à récolter ses 500 signatures alors qu'en 2012 Cheminade les avait eues. Jacques Cheminade quoi ! On traîne des vieux objets brinquebalants comme la vieille fusée de Star Wars alors ça marche Star Wars avec l'espèce d'ours et Skywalker mais ça marche pas dans la réalité.
Dans la réalité de Villepin il n'a plus cherché à se représenter après 2012. Alors pour comprendre les raisons de cet échec on va peut-être revenir sur sa carrière politique et sur sa vie C'est le principe de l'émission en fait. Tu me piques mes blagues de l'émission d’avant.
Émission qui est par ailleurs toujours disponible sur la chaîne YouTube de Blast, abonnez-vous, activez la cloche ! Dominique Marie François René Galouzeau de Villepin est né au Maroc le 14 novembre 1953 et surprise, c'est un gros bourgeois. Mais c'est pas un noble, la particule est trompeuse.
Les Villepin sont tout de même une famille de la haute bourgeoisie française. Apparue au XIVe siècle en Bourgogne, elle ne s'installe à Paris qu'au XIXe. Il n'est pas noble, mais sa famille a tout de même une page Wikipédia, une généalogie, un blason et surtout un château.
Le père de Dominique de Villepin, industriel à Saint-Gobain et sénateur des Français de l'étranger, trimballe sa famille partout dans le monde. Le jeune Dominique grandit dans les écoles françaises du Maroc, des États-Unis et du Venezuela, avant d'entrer à l'ENA à son retour en France. Et les enfants de Dominique de Villepin auront un peu la même vie entre les grandes écoles et les longues carrières à l'étranger.
J'ai une fille qui habite New York, qui est à la fois mannequin et comédienne, Marie. J'ai un fils, Arthur, qui, après avoir fait une hypokhâgne, est parti à l'université de Bath, en Angleterre, dans le sud de l'Angleterre, pour faire des relations internationales. Et j'ai ma fille, Victoire, la dernière, qui est en préparation HEC, école commerciale, à Douai.
Bon, le fait que ça soit un bourge dans une grosse famille de bourges, ça n'explique pas pourquoi il n'a pas eu de carrière politique. En tant qu'experte en sociologie, je peux même vous assurer que, normalement, ça aurait dû être un avantage. En tant que bourgeois, Villepin utilise ce qu'on appelle son « Hexis corporelle ».
C'est quelque chose qui est utile politiquement, pour l'image. L'Hexis corporelle selon Bourdieu, c'est...
Ah bah voilà, Bourdieu ! Pardon. L'Hexis corporelle selon Bourdieu, c'est notre manière de nous tenir, de parler, de marcher, et par là de sentir et de penser.
Cette façon d'être, elle est marquée socialement, et la manière d'être de Dominique de Villepin transpire la haute bourgeoisie. Non mais regardez-moi ce corps ! Je regarde, je suis spectateur comme tout le monde, des bains de mer de Dominique de Villepin qui va montrer son torse bronzé aux caméras, qui fait penser un peu à des films de James Bond, côté Apollon des plages.
Ça, ça a clairement joué sur sa carrière politique. Outre la comparaison à Apollon, on l'a aussi comparé à d'Artagnan. Il a l'image qu'on se fait des nobles dans les films et il en joue.
Anecdote racontée par un fonctionnaire du Quai d'Orsay qui n'en est pas encore revenu. Lorsque Dominique de Villepin a été nommée ministre des Affaires étrangères en mai 2002, une centaine de lettres d'amour sont arrivées au service de presse du ministère, parmi lesquelles quelques demandes en mariage. Mais ça ne suffit pas d'être beau et riche pour faire carrière en politique.
La politique, ça mobilise aussi des compétences que Dominique de Villepin n'a pas, comme parler avec les vrais gens. Vous savez, ceux qui sont dans la rue, là. Alors quand il était aux Affaires étrangères, il pouvait toujours éviter d'être au contact des Français.
Mais quand il est arrivé à Beauvau, ça a vite été plus compliqué. Pour gommer son image de non-élu, Dominique de Villepin fait ses classes de premier flic de France. L'occasion d'exalter encore et toujours l'honneur et la grandeur du pays.
La grandeur et l'honneur du pays, ça fait pas monter dans les sondages. Eh oui Dominique, va falloir mettre les mains dans le cambouis. Avec un exercice nouveau pour lui, celui de la proximité.
Un grand français et un grand européen. Il est à deux doigts de serrer la main au bébé là. Je crois qu'il l'a appelé monsieur.
Et il n'y a pas qu'avec les petites gens qu'il n'est pas à l'aise. Il est aussi mal à l'aise avec les députés. En se coupant ainsi des élus et d'un certain nombre de chefs historiques de la droite, qu'il méprise presque tous sans exclusive, Villepin a pris un grand risque, sans doute mal calculé, celui d'hypothéquer son avenir politique à long terme.
Un peu comme Macron, Villepin, qui n'a jamais eu de mandat électif, a un certain mépris pour l'Assemblée nationale et même pour les institutions démocratiques en général. Écoutez, le gars a tellement d'ego, il est tellement convaincu qu'il peut réussir parce qu'il est lui-même, qu'il dit qu'il ne croit pas trop au suffrage universel. C'est pas pour rien que le livre qu'on vous cite depuis tout à l'heure est intitulé "L'homme qui s’aimait trop".
Notre Premier ministre pense que la véritable légitimité découle du charisme qui jaillit des grands personnages en certaines circonstances. Mais ça, faut faire attention, faut pas en mettre partout quand t'as le charisme qui jaillit. Quel enfer !
Ce problème d'égo l'a poursuivi tout au long de sa carrière politique, du ministère des Affaires étrangères jusqu'à Matignon. Les Guignols de l'info n'ont pas hésité à s'en moquer. Une légèreté, une humeur, travail, l'essence de l'homme.
Alors ce considérable melon ne l'a pas beaucoup aidé à se faire apprécier des Français ou même de sa propre famille politique. Mais bon si malgré tout ça il avait été un fin politique on aurait pu se dire bon ça passe mais son bilan est loin d'être impeccable. Oui parce que nous on vous parle que de l'Irak mais Dominique de Villepin, ce n'est pas que l’international.
L'ancien directeur de cabinet d'Alain Juppé est féru de poésie, admirateur de Napoléon, passionné. Certains dénoncent aussi son arrogance et ses grands airs. D'autant que c'est lui qui en 97 encourage la dissolution.
La dissolution, mais quelle idée de génie ! Il a réussi à convaincre Chirac de s'auto-saboter. Il est peut-être pas si mauvais finalement.
Et c'est également lui qui a provoqué un des plus grands mouvements sociaux des années 2000 avec le contrat premier embauche qu'il présente en 2006. Même s'il a bien réussi à le faire oublier par la suite, Dominique de Villepin a été à l'initiative de ce contrat de travail au rabais pour les jeunes et il a ensuite été obligé de faire marche arrière devant la mobilisation. Ainsi, il a été détesté par la gauche car il a libéralisé le marché du travail et détesté par la droite car il a été celui qui a cédé face à la rue.
Pourtant c'était loin d'être le pire politiquement à droite. Ok il a libéralisé et flexibilisé des trucs, mais bon, Villepin c'est un peu comme Chaban, c'est un genre de gaulliste social. Pour favoriser le retour à l'emploi donc, le Premier ministre annonce une hausse et une mensualisation de la prime pour l'emploi.
Jusqu'à présent elle était versée une fois par an. Par ailleurs, la prime de 1000 euros réservée aux chômeurs de longue durée venant de retrouver un poste est étendue à tous les bénéficiaires des minima sociaux. Enfin, et c'est une nouveauté, après la reprise du travail, ils toucheront 150 euros par mois pendant un an.
Bon, il reste de droite, il veut un retour à l'emploi et il dénonce l'assistanat. Mais les mesures qu'il propose ne sont pas punitives mais plutôt incitatives. Oui, par exemple, il dit "tenez 150 euros de prime si vous retrouvez un travail".
Il ne dit pas "si vous refusez cet emploi de serveur à mi-temps à Alençon alors que vous habitez à Brive-la-Gaillarde, on vous sucre vos allocs". Et ces positions un peu sociales, il les a toujours, comme on peut voir dans cet extrait de France Inter qui a pas mal tourné et qui date de cette année. Le refus aujourd'hui de voir cet équilibre ou ces questions identitaires être bouleversées davantage nous conduit à nous renier nous-mêmes, à renier les principes d'assistance à personne en danger, à notre humanité.
Et c'est là où il faut faire attention parce que ce n'est pas le confort de ces certitudes ou de ces principes qui consistent à penser que trop d'immigration doit nous conduire à fermer nos frontières. Ceci, dans le monde d'aujourd'hui, est extrêmement difficile, voire impossible. Ce n'est pas comme ça que cela se fait.
Et on est allé fouiller dans les tréfonds du web pour retrouver son programme de candidat en 2012, et encore une fois, c'était assez progressiste. Je vous donne quelques exemples. Il demande une loi pour garantir la liberté des médias en interdisant leur contrôle par de grands groupes industriels.
Il veut créer un service public du logement et il propose la modération des loyers. Il parle même de la sécurité juridique des familles homo et trans dans ce programme. Ah oui, il est même à gauche de François Hollande sur certains points.
Ouais, mais c'est des convictions, hein. Après, il faut comprendre aussi qu'en 2012, son but avec ce programme, c'était de se placer comme une alternative à droite. Une alternative à quelqu'un que vous connaissez peut-être.
Bonjour, je suis Nicolas Sarkozy, et j'ai le grand plaisir de lire "Le temps des tempêtes" pour Audible. C'est la grande rivalité de la carrière politique de De Villepin, son opposition avec Nicolas Sarkozy. Sarkozy, il a été deux fois ministre de l'Intérieur, pendant que de Villepin était ministre des Affaires étrangères, puis Premier ministre.
Et entre-temps, Sarko a été ministre de l'Economie quand Villepin était ministre de l'Intérieur. C'est une rivalité légendaire de la politique française, et elle a été beaucoup mise en scène par les médias. "L'un s'appelle Nicolas Sarkozy, il est président de l'UMP, son signe particulier, l'ambition.
L'autre s'appelle Dominique de Villepin, il est ministre de l'Intérieur, signe particulier, ambition." C'est même allé encore plus loin puisqu'il y a un film qui a été réalisé sur cette rivalité, "Les Fauves" de Patrick Rotman. « Nicolas Sarkozy est absolument convaincu que Villepin a commandité son assassinat politique.
Ce connard a essayé de me flinguer, la balle est passée à 2 mm, confie-t-il à ses amis. Entre eux, désormais, c'est règlement de compte à la chorale. » Ce qui est bien c'est qu'ils en font pas trop avec tout ça.
C'est de l'ironie. Il y a un moment dans le film qui est vraiment le symbole de cette joute politique, et ça se passe à la Baule, on est à l'université d'été de l'UMP en 2005. Vous voyez quand il est torse nu là de Villepin, en fait ce qu'on vous a pas dit c'est que c'était un piège.
L’officier de sécurité nous informe que Nicolas Sarkozy aimerait organiser un jogging avec Dominique de Villepin le lendemain matin sur la plage. Nicolas Sarkozy annule le jogging sous prétexte qu'il avait une angine. Et Villepin se retrouve tout seul sur cette plage à courir et arrivé quelques mètres plus loin, se lâche complètement et décide d'aller se baigner dans l’eau...
Sarkozy laisse courir Villepin tout seul comme un idiot, mais Villepin va lui rendre l'appareil en laissant attendre Sarkozy devant les journalistes. On dirait des collégiens. Pendant ce temps, visage fermé, sur la terrasse de l’Eden beach, Sarkozy attend Villepin avec lequel il a rendez-vous.
L'humiliation est publique. Ce qui est ironique dans l'histoire, c'est qu'au départ c'est Villepin qui a fait revenir Sarkozy auprès de Chirac. Il a réconcilié les deux alors que Sarkozy avait trahi Chirac en 95 pour Balladur.
Cette opposition au départ, elle est plutôt équilibrée, mais très vite, elle va tourner à l'avantage de Sarkozy. Premier avantage, Villepin est pas à l'aise avec les gens et Sarkozy l'est beaucoup plus. Et ça, sur le terrain, ça se ressent.
Je suis salarié, comme on dit. On n'avance pas. Au lieu d'avancer, on recule.
Monsieur de Villepin va vous aider à avancer ? Je pense pas. C'est la même assiette.
Je pense pas. Monsieur Sarkozy ? À la rigueur, oui.
Ce qui plaît aussi dans ce duel, c'est que les deux hommes cultivent un style totalement différent, comme l'explique la journaliste Solenn de Royer dans un article de Lacroix daté de 2004. Villepin manie le style avec fougue et emphase, puisant ses références dans la littérature et la poésie. Tribun populaire, Sarkozy parle simple, efficace.
Villepin, il en fait même parfois un peu trop avec son côté lyrique. En même temps, il se prend pour De Gaulle et Napoléon. « Je suis Français, à quelques habitants du lointain monde.
Et vous verrez son visage alors s'illuminer. Vous verrez son regard pétiller, avec beaucoup plus d'étoiles qu'il n'y en a dans le drapeau européen. » Et puis aussi et surtout, ce qui va distinguer Sarkozy, c'est son discours politique.
Ce qui marche pour Sarko, c'est son idée de la droite décomplexée. Son discours radical sur l'immigration, la délinquance, le fait d'aller chasser sur les terres de l'extrême droite. Et ça, ça détonne à l'époque.
Ça, ça va provoquer un tournant à droite, et quasiment tout le monde va le suivre. Et ça, Dominique de Villepin, il ne l'a pas encore accepté, même en 2023. Regardez ce qu'il dit quand il est invité pour parler de la droitisation de LR.
Je crois que c'est une erreur stratégique. Ils perdront non seulement leur identité, mais leurs valeurs, leurs principes, les principes qui avaient été clairement fixés à l'époque jusqu'à Jacques Chirac. Un certain nombre de responsables politiques ont le sentiment, y compris à droite, qu'il n'y a pas d'autre solution que de monter encore d'un cran, quitte à carrément passer du côté des extrêmes.
Cette opposition entre Sarko Le Réac et Villepin le Social, Elle a été pas mal mise en avant et elle s'appuie sur une certaine réalité, on vous l'a expliqué. Mais il y a un épisode qui montre que la ligne de Dominique de Villepin n'était pas si claire que ça. Le 27 octobre 2005, les banlieues françaises s'embrasent après le décès de Zyed Benna et Bouna Traoré, morts électrocutés alors qu'ils se cachaient dans un transformateur EDF pour échapper à la police.
De cette révolte, qui a duré trois semaines, on a surtout retenu les coups de menton de Nicolas Sarkozy. Le ministre de l'Intérieur, qui s'était déjà fait remarquer pour ses propos sur les racailles et le karcher, a sauté sur l'occasion pour occuper le terrain et dérouler son discours sécuritaire. Pendant ces longues semaines d'émeutes, il est partout, dans les quartiers, sur les plateaux télé.
Le ministre défend la ligne de la tolérance zéro. Je veux par ailleurs rendre hommage également au travail des policiers de Seine-Saint-Denis. Je serai demain matin en Seine-Saint-Denis parce que le travail qu'ils font est un travail remarquable.
Et croyez-moi, ce qu'ils ont subi depuis quelques jours avec beaucoup de calme, et je veux leur dire que les interpellations de la nuit dernière et de la nuit précédente, je les en félicite. Sarkozy était tellement omniprésent pendant cette période qu'on en oublierait presque que Jacques Chirac était président et que de Villepin était Premier ministre. Pourtant c'est bien Dominique de Villepin qui va faire cette annonce.
À la télévision, le Premier ministre annonce l'état d'urgence sur tout le territoire, sans en employer le terme. Le Président de la République a décidé de convoquer demain matin le Conseil des ministres et de mettre en œuvre les dispositions de la loi de 1955. En 2005, on n'était pas encore dans la folie sécuritaire d'aujourd'hui et décréter l'état d'urgence, c'était pas du tout anodin.
En fait, à ce moment-là, c'est la première fois qu'il était promulgué en métropole depuis la guerre d'Algérie. Et d'après les articles de l'époque, Dominique de Villepin n'a pas seulement annoncé l'état d'urgence, c'est lui qui a carrément poussé pour le mettre en place. Cette initiative a d'abord soulevé des réserves au ministère de l'Intérieur, où certains s'interrogeaient sur sa faisabilité.
Ces doutes ont été exprimés en fin de semaine dernière par Nicolas Sarkozy. Celui-ci faisant valoir que l'arsenal de la loi de 55 était sans doute disproportionné, D'autant que la situation lui paraissait sur le point de s'apaiser. Le Premier ministre a pourtant insisté auprès du président de la République et du ministre de l'Intérieur, et les a convaincu.
C'est vraiment le comble ! Le gaulliste social Dominique de Villepin se retrouve à la droite de Sarkozy. Après, Villepin va annoncer quelques mesures sociales pour les banlieues, mais c'est quand même lui qui aura pris la décision la plus radicale de cette séquence politique.
Donc l'opposition idéologique Sarkozy-Villepin n'est pas toujours évidente. Quand il s'agit de réprimer les banlieues, même le plus gentil des centristes sympas peut devenir un droitard comme les autres. Cette séquence aura permis au moins de montrer une chose.
Sarkozy est meilleur politique que de Villepin. Il utilise les faits divers pour se mettre en avant, il tient un discours simple et sa stratégie est terriblement efficace, notamment dans les situations d'urgence. Villepin, lui, il est plus brouillon, il communique tard et mal, et il envoie des signaux contradictoires.
On peut donc dire, n'est-ce pas Modiie, que pendant le temps des tempêtes, Dominique de Villepin est beaucoup moins audible que Sarkozy. C'est de pire en pire. Mais si Villepin n'est pas audible, c'est aussi parce qu'il a un égo surdimensionné.
L'homme au torse bronzé se pense tellement au-dessus des autres qu'il va totalement négliger ses relations avec sa famille politique, ce qui va participer à rendre inexistante sa ligne idéologique, même dans son propre parti. Et on le voit en 2010, quand il lance son mouvement politique, personne ne le suit. Le Figaro va même titrer "Villepin lâché par les villepinistes", suite à une interview qu'il a donnée sur Europe 1.
Je dis que Nicolas Sarkozy est aujourd'hui un des problèmes de la France, et parmi les principaux problèmes qu'il faut régler, et qu'il est temps que cette parenthèse politique que nous vivons depuis 2007 doit être refermée. Ça, ça a vraiment été la goutte d'eau et à ce moment-là, c'est proche le lâchent définitivement. Même Bruno Le Maire, qui travaillait dans son cabinet ministériel et qui l'aidait à écrire des livres avec le talent littéraire qu'on lui connaît, le rappelle à l'ordre.
Vous savez, ce sont des propos qui sont outrageants à l'égard du président de la République. Ce sont aussi des propos qui sont violents à l'égard de l'ensemble du gouvernement et à l'égard de toute la majorité. Je dois dire très franchement que cela me désole.
En réalité, en 2010, Dominique de Villepin était déjà mort dans le film depuis longtemps, notamment en raison de son comportement. En fait, depuis le début de sa carrière politique sous Chirac, il est connu pour son mépris et sa vulgarité. Il y a une phrase qu'il a suivie pendant des années, c'était en 1995, quand Chirac a battu Balladur, il avait dit, je cite, "On les a baisés avec du gravier".
La grande classe. Au-delà des invectives qu'il distribue généreusement, une réputation de suffisance systématique lui colle à la peau. Le président, qui lui passe beaucoup de travers, l'a averti à plusieurs reprises des risques qu'il court à prendre ainsi tout le monde de haut.
Ah ça, Chirac, il a beaucoup protégé Villepin. même quand il a eu l'idée de dissoudre l'Assemblée, il a continué à le défendre et il l'a gardé dans son gouvernement. Ouais, c'est pas un hasard en fait si la carrière politique de Dominique de Villepin s'arrête au même moment où Chirac quitte la vie politique.
Là où Villepin s'est trompé, c'est qu'il pensait avoir un totem d'immunité depuis son discours au Conseil de sécurité de l'ONU. Il a estimé qu'être le porte-voix du "non français à la guerre" devant le monde entier avait suffi à le faire rentrer dans l'histoire et lui donner donc le droit presque naturel de gouverner et de succéder à son mentor, Jacques Chirac. Sauf que ça marche pas comme ça la démocratie.
Et il faut ajouter à tout ça que la carrière politique de De Villepin se termine dans un contexte judiciaire tendu avec l'affaire Clearstream. C'est une affaire qui va regrouper tous les travers de Villepin. Son cynisme, ses outrances verbales et surtout sa rivalité avec Sarko.
On va pas trop rentrer dans le détail parce que Clearstream c'est très compliqué. Regardez ce schéma sur Wikipédia. Mais en gros, ce qu'il faut retenir ici, c'est que l'affaire Clearstream c'est une histoire de manipulation.
Des politiciens et des industriels ont tenté de faire croire à l'implication de plusieurs hommes politiques dans un scandale financier, en utilisant notamment des faux documents. C'est dans ce contexte que Dominique de Villepin a été mis en examen pour complicité de dénonciation calomnieuse en 2006. Un des hommes visés par ces fausses accusations, c'est Sarkozy, qui était ministre de l'Economie au moment des faits.
Villepin sera donc accusé d'avoir participé à cette campagne calomnieuse pour descendre son adversaire politique. Il a finalement été relaxé en 2010. Et Sarkozy, il avait promis de pendre à un croc de boucher la personne qui lui avait mis cette affaire sur le dos.
Oui, et Villepin, de son côté, il estimait que toute cette affaire, c'était un complot de Nicolas Sarkozy. Je suis ici par la volonté d'un homme. Je suis ici par l'acharnement d'un homme.
Nicolas Sarkozy. Sarko ! Sarkozy !
En fait, tout ce qu'on vous a raconté sur sa personnalité, plus l'affaire Clearstream, plus les décisions politiques malheureuses, Tout ça, ça va entraîner sa chute, il ne va même pas se présenter en 2007. L'accélération du calendrier de l'affaire Clearstream a achevé de réduire le capital politique, déjà amoindri par la crise du CPE, dont il disposait au sein de sa majorité. Isolé, dimanche 14 janvier au congrès de l'UMP, il dira pourtant son intention d'enrichir et de compléter son bilan jusqu'au terme du quinquennat.
Comme s'il croyait encore que les semaines qui nous séparent de l'élection présidentielle pouvaient rebattre les cartes. Et ce qui est arrivé, les auteurs du bouquin "L'homme qui s'aimait trop", ils l'ont très bien prédit dans ce livre, alors qu'il est sorti en 2005. En mai 2007, Dominique de Villepin sera président de la République, ou ne sera plus.
De toute évidence, le chef du gouvernement n'attendra pas son heure deux fois. La patience n'est pas sa vertu principale. Il n'appartiendra jamais à cette race de politiques qui savent se replier sur leur circonscription en cas de coup dur.
Villepin est une étoile filante. Il finira au firmament ou en supernova. Eh oui, le discours contre la guerre n'aura pas suffi.
Ce que Dominique de Villepin n'a pas compris, c'est que la politique est un métier, même si ça ne devrait pas l'être. Et de ce métier, Dominique de Villepin n'a pas su ou n'a pas voulu maîtriser les codes. Vous auriez dû faire quoi alors ?
Ah bah j'aurais dû faire comme le font tous les bons politiques. Ah bon ? Bah vous en êtes pas un alors.
Mais j'en suis pas un. Bah alors...
J'aurais dû faire comme tout le font les bons politiques. C'est-à-dire que j'aurais dû ne rien faire. Ah bon ?
J'aurais dû ne rien faire. Dominique de Villepin le dit de lui-même, il est un homme politique mais pas un politicien. Mais c'est pas tout à fait vrai.
Dominique de Villepin est un politicien comme les autres. Il en a le parcours, il en a le réseau, il en a le cynisme, même s'il s'en défend. On pourrait plutôt dire que c'est un homme politique, mais pas un bon politicien.
Et finalement, Villepin a peut-être aussi été victime des circonstances. En 2007, à droite, l'atmosphère était au tournant sécuritaire et à la décomplexion. La méthode Sarkozy, claire et efficace, a très bien fonctionné dans une France qui avait déjà envoyé le Front national au second tour.
Villepin, qui prétendait représenter une droite sociale, qui était en fait déjà morte, n'a pas été capable de trouver sa place, ni de développer un discours cohérent dans ce contexte politique. Son charisme seul n'aura pas suffi à lui faire accéder au sommet de l'État. Oui, c'est peut-être bien les circonstances, parce qu'un homme politique critiqué pour son mépris et qui n'a jamais été élu avant de se lancer dans une présidentielle, il y en a un qui est parvenu à ses fins et que vous connaissez très bien.
Peut-être que si Villepin avait pu faire son discours sur la guerre en Irak un mois avant l'élection présidentielle, il serait arrivé à quelque chose. Mais ça, on le saura jamais. Merci d'avoir regardé cette vidéo.
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En plus ils ont dit du mal de Dominique. Moi ça me fait plaisir, je fais un petit chèque pour la prison.
Dominique de Villepin