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ChroniqueLe Média (sur YouTube)· 28 avril 2021 11 minAutoproduitActualité / polémiqueSantéInstitutions & élections

NON, L'ÉPIDÉMIE N'EST PAS UNE "CATASTROPHE NATURELLE"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

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Affirmations vérifiables (citations exactes)

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    « L'État est-il responsable ? C'est la Covid, pardonnez-moi, qui est responsable, pas l'Etat. »
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    « Qu'est-ce que c'est que cette société où on se tourne vers le gouvernement quand il fait chaud ou quand il fait froid ? »
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    « Si on pense que le gouvernement va changer la nature des choses et la température, on se trompe. »
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    « Des bidonvilles sans système d’évacuation des eaux usées sont plus vulnérables à une épidémie. »
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    « Le Covid n'est pas une maladie de la mondialisation, c'est une maladie tout court. »
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    « Chaque État est responsable au premier chef de la prévention et de la réduction des risques de catastrophe. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

On passe le cap des 100000 morts du Covid. L'État est-il responsable ? C'est la Covid, pardonnez-moi, qui est responsable, pas l'Etat.

Cette réaction est une réaction classique de dirigeant face à un désastre d’origine naturelle. Au moment de la canicule de 2003, Bernard Kouchner, ancien ministre de la Santé, fut l’un des premiers à réagir : « Qu’est-ce que c’est que cette société où on se tourne vers le gouvernement quand il fait chaud ou quand il fait froid ? Oui, de temps en temps, il y a des étés de canicule, c’est dangereux pour les personnes âgées, c’est vrai, nous le savons depuis très longtemps.

Si on pense que le gouvernement va changer la nature des choses et la température, on se trompe » Donc en fait on risque de sortir de cette crise du Covid, regarder le nombre de morts et fermer le dossier ? Et ben non, au Média on ne ferme pas les dossiers, on les sort. On sort donc le dossier du rôle des facteurs humains dans les catastrophes dites naturelles. 1755 un tremblement de terre, suivi d’un tsunami et d’un incendie ravagent la ville de Lisbonne.

Pour beaucoup c'était Dieu qui punissait ses habitants pour leurs péchés. L’événement entraîne une polémique parmi les intellectuels. Voltaire par exemple met de côté toutes les explications impliquant Dieu ou les actions impies des hommes.

Il affirme tout simplement que le désastre arrive sans raison : c’est par hasard que la terre a tremblé là et à ce moment-là, c'est un fait, il faut le prendre comme tel. Ainsi des scientifiques cherchent les causes naturelles du désastre, à partir des théories de l’époque. On a donc d'un côté des gens qui cherchent des intentions divines et des responsabilités humaines.

Et de l'autre des gens qui naturalisent l'événement. Dans notre épidémie, le virus est une chose naturelle : on n’a pas encore fini de tirer au clair son origine, mais on pense que sa dissémination dans le monde humain n’est pas intentionnelle. Et donc Dupond-Moretti a l'air de tenir une position de bon sens : les catastrophes naturelles sont à première vue des sinistres sans coupable.

C'est la Covid, pardonnez-moi, qui est responsable. À l’époque de la canicule de 2003, Bernard Accoyer, le vice-président du groupe UMP de l’Assemblée nationale, déclara que « ce n’est pas le retard d’information qui a entraîné l’ampleur de la vague de surmortalité, mais le phénomène climatique lui-même » C'est la Covid, pardonnez-moi, qui est responsable. D'autres désastres nous font spontanément chercher un agent humain, qui soit a provoqué l’événement sciemment par mauvaise intention, soit qui a provoqué l'événement par incompétence, par négligence.

Revenons au tremblement de terre de Lisbonne. Rousseau s'oppose à Voltaire, et affirme qu'il y a bel et bien une responsabilité humaine. Pas au sens où ils auraient fauté et donc Dieu les punirait, mais parce qu'ils ont trop urbanisé.

Convenez, par exemple, que la nature n’avait point rassemblé là vingt mille maisons de six à sept étages, et que, si les habitants de cette grande ville eussent été dispersés plus également et plus légèrement logés, le dégât eût été beaucoup moindre et peut-être nul. On peut donc reconnaître à la fois le caractère naturel et indépendant de la volonté humaine de certains évènements (un séisme) et le rôle des facteurs humains dans l'aggravation des conséquences de ce dommage. Un séisme en plein désert, ca tue personne.

Des immeubles qui s'effondrent, ça ça tue des gens. Prenons un exemple plus simple. La casserole de soupe bouillante est dangereuse.

Si elle déborde, je risque de me brûler. Si je ne suis pas dans ma cuisine, aucun risque, je ne suis pas exposé. Si je me rapproche, le risque augmente.

Supposons maintenant que la soupe déborde. Je risque d'avoir les jambes brûlées. Si mon chat est dans mes pattes, il peut recevoir de la soupe bouillante sur tout le corps.

Nous sommes tous les deux exposés, mais vu sa taille, il est plus vulnérable que moi : ses blessures seront plus graves que les miennes. Autrement dit, dans l'affaire, mon chat risque plus que moi. Un risque, c'est la combinaison d'un aléa (la soupe qui déborde), d'une exposition (nous sommes devant la cuisinière) et d'une vulnérabilité (nos tailles respectives).

Qu’il s’agisse d’accident domestique, industriel ou de catastrophe naturelle (séisme, cyclone, avalanches), ce qui compte pour calculer un risque, c'est-à-dire la probabilité d’un dommage, c’est la combinaison de ces trois facteurs. Dans le cas de séismes, par exemple, il y a des zones du globe plus ou moins exposées, et des bâtiments plus ou moins vulnérables en fonction de leur capacité à endurer des secousses d’une certaine magnitude sans s'effondrer. C'est pour ça qu'il n’y a pas de correspondance systématique entre la force de l'aléa et les dégâts humains engendrés.

Et la notion de vulnérabilité ne concerne pas seulement les infrastructures, mais aussi les conditions de vie et les inégalités sociales. Des bidonvilles sans système d’évacuation des eaux usées sont plus vulnérables à une épidémie. Il est donc plus judicieux de parler d'une multitude de risques pesant sur des groupes plus ou moins vulnérables que d’un risque global menaçant une population.

Sans argent pour déménager, le couple n'a pas d'autre choix que de rester. La digue de béton ne protège plus vraiment leur maison. Beaucoup de chercheurs parlent donc aujourd’hui de “catastrophes dites naturelles”, ou de “catastrophes socio-naturelles”, pour insister sur le rôle des composantes sociales, économiques et politiques des vulnérabilités dans l’aggravation des risques de catastrophe.

On ne s’arrête donc plus aux conséquences directes des catastrophes, mais on cherche dans l’histoire ses causes profondes. Mauvaise répartition des richesses, inégal accès aux ressources, liens avec le développement, poids de la colonisation, corruption, régimes autoritaires, etc. Pour le Covid19, on voit que ce sont les groupes sociaux les plus défavorisés qui sont plus frappés par la mortalité.

Notamment en raison de la présence plus fréquente de comorbidités. Ici c’est donc évidemment le Covid19 qui tue, mais il aurait peut-être moins tué s’il n’arrivait pas sur un terrain humain rendu vulnérable par de moins bonnes conditions de vie. Quand on interpelle les politiques sur leur responsabilité dans une catastrophe sanitaire, on pointe deux choses : le fait qu'ils ont mal réagi, donc leur gestion de l'urgence, mais aussi et surtout leurs choix sur le long terme qui affectent les facteurs de vulnérabilité.

Par exemple en 2003, pendant la canicule, l'urgentiste Patrick Pelloux a lancé l'alerte sur ces deux tableaux. La Direction générale de la santé minimise, et évoque, elle, des morts naturelles, ce qui provoque la fureur de ce médecin débordé. Oui, tout malade finalement c'est une cause naturelle.

Et à quoi on sert ? Ça veut dire que finalement on va laisser ce phénomène perdurer ? Et on va pas s'occuper des malades ?

Ceux qui critiquaient l'hôpital ou qui ne voulaient pas lui donner des moyens pour pouvoir fonctionner au cours de ces dernières années, je crois que là il y a un argument choc. C'est aussi ça que vise la gauche quand elle incrimine des mesures néolibérales dans la mauvaise politique de santé publique (réforme de l'hôpital, fermeture de lits, non renouvellement de stocks de matériel sanitaire stratégique). Voilà ce que ne comprend pas, ou feint de ne pas comprendre le sénateur Malhuret quand il raillait le député Jean-Luc Mélenchon l’an dernier, dans une intervention remarquée.

Je voudrais juste me borner à quelques réflexions sur certaines idées qui me paraissent fausses. La plus absurde, c'est que le libéralisme est la cause de la pandémie. Dans ce pays, c'est toujours le libéralisme qui porte le chapeau.

Le Covid n'est pas une maladie de la mondialisation, c'est une maladie tout court. Il a fallu des années à la Peste noire pour gagner l'ensemble de l'Europe mais seulement quelques semaines au SARS-CoV-2 pour se répandre dans le monde entier. Mais aucun rapport avec la densité et la vitesse des échanges intercontinentaux...

C'est la Covid, pardonnez-moi, qui est responsable. C'est une maladie tout court. D'accord c'est juste une maladie, mais elle rencontre un milieu humain fait de différentes cultures, d'institutions politiques, et de systèmes économiques.

Ce milieu se combine avec les propriétés du virus pour déterminer la manière dont l'épidémie va se diffuser et toucher les sociétés et les groupes qui les composent. Il y a eu des actions en justice contre l'État pour déterminer son degré éventuel de responsabilité dans la gestion de la crise Covid, et si on aurait pu éviter des morts. C'est normal ?

De rechercher sa responsabilité ? Dans la question adressée à Dupond-Moretti, ce qui est en jeu c'est la responsabilité au sens administratif, pénal et éventuellement politique (c'est-à-dire être responsable au sens d’avoir à répondre de ses actes). Mais sa formule revient à nier les facteurs humains et politiques dans les dégâts de l'épidémie.

C'est la Covid, pardonnez-moi, qui est responsable. Pas l'État. En tant que juriste, il sait pourtant parfaitement que le droit comprend très bien l'intrication de causes naturelles et de facteurs humains.

Par exemple dans l’affaire de la tempête Xynthia, le maire de La Faute-sur-Mer a été condamné pour avoir octroyé des permis de construire sur des zones inondables, donc pour avoir exposé et augmenté la vulnérabilité des populations. On va rappeler également si vous le voulez bien que la présomption d'innocence vaut pour tout le monde. On peut donc estimer qu'atténuer les vulnérabilités géographiques, urbaines, sociales, sanitaires, est en grande partie de la responsabilité des politiques.

C'est ce que réaffirme le Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe qui établit une Stratégie internationale pour la Prévention des Catastrophes. On peut lire dans le cadre d'action de Sendai, en vigueur depuis 2015, et signé par 187 Etats : “Il faut non seulement redoubler d’efforts pour atténuer le degré d’exposition et la vulnérabilité des populations et prévenir ainsi l’apparition de nouveaux risques de catastrophe, mais aussi faire en sorte que, partout, ceux qui créent de tels risques doivent rendre des comptes” “Chaque État est responsable au premier chef de la prévention et de la réduction des risques de catastrophe, notamment par le recours à la coopération internationale, régionale, sous-régionale, transfrontière ou bilatérale.” Au moment de son audition devant l'Assemblée nationale sur la gestion des risques de la canicule de 2003, François Fillon, le ministre des Affaires sociales de l'époque, employa la formule de "balkanisation des responsabilités", pour parler d’une responsabilité partagée, diluée, systémique.

Selon lui il était impossible d'imputer précisément des erreurs à qui que ce soit. De fait, pour la canicule de 2003, pas de sanction juridique. La sanction politique aura finalement été la défaite de la droite aux Régionales de 2004.

Pour la gestion de l’épidémie de Covid19, c’est la présidentielle de 2022 qui jouera ce rôle de sanction politique...

En attendant les Macron, les Philippe, et les Buzyn ils sont comme ça. Allez, on se retrouve dans deux semaines.