« La mer a le goût du futur » - Jean-Luc Mélenchon
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« La mer… 70 % de la surface du globe, 50 % des Français qui vivent à moins de 100 km. »
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« Nous sommes le deuxième territoire maritime du monde »
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« La mer contient 75 fois l'énergie dont les êtres humains ont besoin »
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« La France est le 2ème territoire maritime du monde »
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« La France s'est accrue de 10 % de territoire sans qu'on ait tiré un seul coup de fusil »
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« On estime encore à 40, 45, ou même 50 ans pour déminer l'ensemble du littoral français »
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JLM : Où est l'avenir de l'humanité Jérôme Cahuzac ? La mer… La mer, 70 % de la surface du globe, 50 % des Français qui vivent à moins de 100 km. Nous sommes le deuxième territoire maritime du monde C'est par là qu'il peut y avoir l'expansion des Français.
Nous pouvons être les premiers par notre science, notre technique à la fois, à la découverte, nous pouvons être les premiers à mettre au point les machines qui s'appuient sur le mouvement de la mer, qui est gratuit et infini, aussi longtemps que la Lune sera là. Bon allez c'est vous qui passez devant, vous êtes sur votre bateau alors..
Le pêcheur : vous voulez vérifier si ça tient.. Expliquez à quelqu'un d'ordinaire que, on va à la cueillette, on ramasse au hasard, pas au hasard tout à fait, toutes sortes de produits et à partir de là commence une comptabilité à la pièce près et cette centralisation de l'information s'opère à plusieurs niveaux : le niveau local, le niveau national, le niveau européen, et recoupé.
Sacré système de contrôle , à l'unité près. Le pêcheur : l'unité près, c'est le thon rouge, ce n'est pas toutes les espèces JLM : que le thon rouge, d'accord...
Le pêcheur : on est sur des pièces de plusieurs milliers d'Euros... musique...
Je suis né à Tanger, c'est à la pointe de l'Afrique entre la mer Méditerranée et l'Atlantique, c'est dire que pour moi, la mer, l'océan, ce sont des réalités bien vivantes qui ont participé à ma construction personnelle. J’ai retrouvé le sujet des années après, en prenant conscience du fait que la moitié de la population humaine et en tout cas la moitié de celle de notre pays, vit sur un littoral. Nous sommes 7 milliards, l'expansion humaine a commencé à atteindre sa limite terrestre ... et elle entre en mer, c'est un processus engagé mais invisible.
Les gens ne se rendent pas compte que nous avons commencé à occuper un nouvel espace qui représente 70 % de la surface totale de la planète. C’est un espace absolument inconnu, moins bien connu que la surface de la Lune. On dit qu'on connait à peine 15 % des espèces vivantes en mer.
Tout le reste... inconnu.
La cartographie du fond des mers progresse mais pour l'essentiel, voilà, c'est un territoire inconnu pourtant on y entre... on y entre mal... on y entre au pire moment c'est-à-dire au moment où l'humanité est en pleine folie productiviste... ...en pleine folie mercantile, où on pense que tout est une marchandise, que du moment que l’on arrive à exploiter un bien, alors c'est bien et qu'à la fin le marché finira par établir l'équilibre sans lequel il n'y a pas de vie possible.
Mais dans un milieu aussi délicat que l’univers global de la mer, c'est une stratégie folle, parce qu'on a vite fait d'atteindre des points de non-retour, qu'on le veuille ou non, des fois, ces points de non-retour sont atteints. Par exemple quand un espace dans le golfe du Mexique équivalent à celui de deux régions françaises est absolument vide de toute vie parce que les eaux de ruissellement ont amené tellement de produits chimiques depuis la terre, que plus rien ne peut y vivre ou bien parce que ici ou là on fait un forage irresponsable et que, au premier accident, les conditions locales sont telles qu'on ne sait pas intervenir pour prendre les mesures qui empêchent le pétrole de s'évacuer en mer et ainsi de suite, pour toutes sortes de forme d'exploitation des biens qui sont en mer qui sont faits « à la sauvage » sans tenir compte du cadre global. Alors ça c'est la situation générale.
Ce que je peux vous dire du fait du nombre des êtres humains, les êtres humains vont entrer en mer et occuper cet espace pour aller y chercher les ressources qu'il ne peuvent plus trouver sur la terre émergée. Ça c'est une certitude, c'est pas une hypothèse. Deuxièmement, non seulement nous allons à la mer mais la mer vient à nous.
Pourquoi ? Parce que le changement climatique produit une montée du niveau des océans. Jamais la mer n’est montée aussi vite au cours des 3000 dernières années que depuis les 10 dernières années.
Par conséquent nous pouvons déjà faire une carte du monde et de notre pays dans lequel on voit les espaces qui vont être occupés par l'eau et dans lesquels tout ce qui s'y trouve doit être déménagé. Et vous voyez tout de suite la nature du défi qui nous est lancé : comment allons-nous entrer dans cette situation ? Chacun pour soi, ou bien tous ensemble, que ce soit pour la partie purement protection, la mer monte, qu'est-ce qu'on fait ? que pour la façon avec laquelle nous entrons dans la mer et nous avons l'intention de l'utiliser.
Il va falloir là aussi, savoir si on continue comme on a commencé c'est-à-dire le grand n'importe quoi, ou bien si on s’y met avec des méthodes rationnelles et raisonnables qui soient respectueuses de l'environnement. D'ailleurs si on change nos méthodes d'entrée en mer, il est clair que l'on changera nos méthodes à terre. La mer est donc, de ce point de vue, pour nous, une espèce d'espace qui pourrait nous sauver de nous-mêmes en nous obligeant à travailler et à produire autrement.
Pêcheur : Contrairement à ce qu'on peut penser pour un kilo de poisson en sortie élevé, ça consomme 4 à 5 kilos de sauvage dans l'état actuel des choses puisque la protéine que consomme le poisson d'élevage, c’est d'abord de la protéine de poissons sauvages. JLM : Oui, on sait comment on l'a, celle-là. Pêcheur : C’est la farine de poisson, la pêche minotière etc.
Donc pour nous au jour d'aujourd'hui c'est quand même un dilemme que d'aller pêcher du poisson pour nourrir un autre poisson et en des quantités telles que finalement à la sortie, pour le consommateur, pour l'humanité...pour nourrir l'humanité, c’est un non-sens.
Ça, ce sont les idées générales rapidement résumées à propos de l'importance de la mer et des océans pour le futur immédiat des êtres humains. Mais dans cette situation, nous les français, nous avons une position particulière. Alors ça c'est souvent le grand inconnu des français, ce n'est pas d'aujourd'hui, on trouve une phrase de Richelieu qui dit que « les larmes de la France ont souvent un goût salé ».
C'est que les français pour des raisons qui tiennent à leur position, à leur histoire, ne se sont pas autant intéressés à la mer qu'ils auraient dû s’y intéresser. Bien sûr je ne parle pas des populations des rivages qui elles, depuis toujours, ont dû, et s'y sont intéressés. Mais je parle des français en général.
Et pourquoi ont-ils tort ? Parce qu'ils ne savent pas qu'ils sont les dépositaires, les propriétaires provisoires, les propriétaires, en tout cas actuels, d'un immense trésor : la France est le 2ème territoire maritime du monde, c'est incroyable n'est-ce pas? Quand on additionne les zones liées à la France continentale aux zones qui sont liées à la France des territoires et départements d'outre-mer c'est le 2ème territoire du monde !
Si on additionne la partie qui est sous l'eau et la partie qui est émergée nous sommes un pays plus grand que la Chine. Déjà notre territoire maritime s'est accru d'une manière considérable, et pourquoi ? Parce que l'ONU avait dit que ceux qui arrivaient à prouver la continuité de leur territoire sous la mer deviennent les propriétaires.
Et c’est comme ça que la France s'est accrue de 10 % de territoire sans qu'on ait tiré un seul coup de fusil, extraordinaire n'est-ce pas ? J’ai dit pour nous, c'est une opportunité. Je voudrais maintenant vous dire un mot ou deux de la place que je vois prendre, nécessairement dans le futur, par ce que j'appelle l'économie de la mer.
La mer est notre horizon, nous pouvons avoir une activité de construction et déconstruction des navires, ensuite c'est l'aquaculture qui va jouer un rôle de plus en plus important dans l'alimentation humaine. Déjà, les gens ne le savent pas, mais il s'est produit un événement aussi extraordinaire que celui qui a consisté pour l'humanité à passer de la chasse à l'élevage, lorsque en 2013 pour la 1ère fois, dans l'histoire des êtres humains, on a mangé plus de poissons d'élevage que de poissons pêchés dans la mer, or, la pêche, que voulez-vous c'est de la cueillette. Nous sommes donc passés de la cueillette à l'élevage..
à l'agriculture en mer. Donc là il y a tout un domaine et nous avons besoin de ces protéines. Ensuite il y a les possibilités qui sont liées à l'analyse et à la connaissance des êtres vivants en mer.
Savez-vous qu'on a trouvé un ver de mer qui est en capacité de produire du sang humain ? C'est incroyable ! Ensuite il y a les activités de types chimique et industriel.
On sait faire du plastique avec des algues. L’immense différence entre un plastique tiré de l'algue et un plastique tiré du pétrole, c'est que celui qui est tiré de l'algue est biodégradable, donc c'est quelque chose de fabuleux.Et le plastique… les plastiques sont une nécessité de notre vie quotidienne extrêmement développée.
J’ai pris là quelques exemples : la construction-déconstruction, l'agriculture, la biologie, l'industrie et puis évidemment l'énergie. Car la mer contient 75 fois l'énergie dont les êtres humains ont besoin, alors évidemment elle n’est peut-être pas toute exploitable mais elle a ce potentiel : de quelle manière? Premièrement, par les mouvements, les marées, de la houle, par les différences de température entre les eaux profondes et les eaux de surface, mais aussi par toutes sortes d'autres possibilités qu'elle contient du fait de son mouvement.
Vous savez la mer restera en mouvement aussi mongtemps qu'il y aura du vent et aussi longtemps qu'il y aura la Lune pour tourner autour de la Terre et déclencher des effets de marées, de variation du niveau des mers, qui sont des variations considérables. Donc cet extraordinaire horizon, cette extraordinaire possibilité, c'est elle aujourd'hui qu’il faut mettre à la disposition de notre intelligence, de notre savoir-faire, de notre goût de vivre. Vous savez, dans une économie, il faut qu'il y ait un endroit qui entraîne tous les autres, alors pendant des années on a fait, à coups de crédits, pour acheter n'importe quoi, n’importe comment, pour faire n'importe quoi, et puis à d'autres moments et pour certaines grandes nations, c'est l'économie d'armement qui a entraîné tout le reste de l'économie.
C’est le cas pour les États-Unis d'Amérique. Et puis d'autres séquences ont vu par exemple tout d'un coup l'industrie automobile être ce lieu d'accumulation et d'entraînement. Moi je propose que ce soit l'économie de la mer qui devienne notre courroie d'entraînement.
Toutes les machines, toutes les installations, qu'il y a à faire en mer et immédiatement à terre sur le littoral, puis les dispositions qu'il y a à prendre pour exploiter correctement et respectueusement ce nouvel espace de l'écosystème. Et bien tout cela ne concerne pas seulement les populations côtières, ça concerne tout le monde, par exemple si vous coulez une hydrolienne en mer; l’hydrolienne est une machine qui utilise les mouvements des courants profonds de la mer. Vous voyez bien que sont directement concernés, non seulement ceux qui vont aller couler cette hydrolienne, les navires de service qui vont venir régulièrement voir si tout marche bien et si il faut réparer.
Mais évidemment toutes les activités qui sont en amont. Par exemple la sidérurgie, par exemple la métallerie, par exemple la construction navale, par exemple la construction des machines elles-mêmes. Il est clair que les machines à ailettes dont on a besoin pour faire des hydroliennes se fabriquent à Belfort dans l'usine Alstom et je vous garantis que ce n'est pas à côté de la mer, Belfort...
Voilà, on voit comment à partir d'un volant d'entraînement, tout le reste de l'économie peut être entraîné. Et c'est cette enquête que je vous propose de faire, en allant en parler avec l’un, en parler avec l'autre. Essayez de faire découvrir tous ces aspects qui sont liés à l'économie de la mer.
JLM : Alors vous, qu'est-ce que vous faites ? - alors nous, on développe des parcs éoliens, on les construit et on les exploite. On a quelques projets en Europe, on a surtout des projets très intéressants.
Donc c’est une filière qui est toute nouvelle et il y a aussi beaucoup d'espoir sur la partie fondations : donc c'est la partie qui fait le lien entre l'éolienne et les fonds marins et c'est un gisement d'emplois très très important. Qu'est-ce que ça stimule du point de vue de la recherche, de la fabrication, ce type de navire électrique ? Ça stimule d'abord la conception du bateau, puisque ça nécessite une réflexion en amont pour avoir des bateaux qui sont très fluides sur l'eau, donc des coques de métaux légers, de métaux composites avec des profils très travaillés, donc une recherche sur l'hydraulique du bateau, une recherche et un développement aussi des hélices puisque la particularité du moteur électrique, c'est de tourner à des vitesses très basses et donc d'avoir des rendements d’hélices très bons.
Donc il faut reprendre et ce n'est pas un bateau thermique que l'on transforme en électrique… Un bateau électrique c'est… dès la conception il est électrique. Les drones on en fait déjà, on fait des drones sous-marins, on fait des ...
JLM : Des drones sous-marins qu'est-ce que c'est ? - on est en train de travailler, avec des sociétés françaises qui travaillent notamment pour la guerre des mines, On est en train de mettre en place... le ministère de la Défense a signé un programme avec les britanniques pour faire un système de guerre des mines qui va employer des drones sous-marins au lieu d'envoyer des bateaux, au lieu d'envoyer des hommes, des plongeurs, on va envoyer des drones.
JLM : Combien vous dîtes qu'il y en a ? [ des mines immergées ] - plus de 700 000 si je me souviens bien des chiffres. JLM : Oh là là ! - qui datent de la seconde guerre mondiale et on estime encore à 40, 45, ou même 50 ans pour déminer l'ensemble du littoral français.
JLM : Donc l'activité de déminage c'est quelque chose qui n'est pas connu, vous savez, personne n'en parle...
Un dernier mot : la mer est un espace de civilisations, en tout cas c'est spécialement vrai en Méditerranée. J'admets que l'Atlantique parle moins à l'esprit parce que le rivage opposé est très loin, mais en Méditerranée, non. Nous sommes tous voisins, les romains appelaient ça « Mare nostrum » On peut reprendre l'expression pour nous « Mare nostrum » commune à l'Italie, à l’Espagne, à la France, à la Grèce, à la Tunisie, à la Libye, à l'Algérie, au Maroc.
Il y a là une civilisation, on pourra l'étendre, continuer, jusqu'à la Turquie bien sûr, puisque les côtes turques ont été directement liées à cet espace pendant des siècles et des siècles. Mais si l'on parle du petit bassin méditerranéen on le comprend mieux et d'ailleurs dans les faits nous sommes un seul et même peuple, qui tourne en rond depuis quelques millénaires et aujourd'hui nous continuons à être des peuples extrêmement mélangés. Vous le savez bien, les populations immigrées des deux côtés de la rive de la Méditerranée sont très nombreuses, très mélangées, très métissées, et ont en commun des familles en plus de tout ce passé culturel qui leur est commun.
Et donc là aussi c'est un espace de prospection, de compréhension, d'intelligence, de savoir-faire, de contes et légendes, d'amour, de poésie, de littérature et ce bien commun il ne demande qu'à être mis en partage, il ne demande qu'à fructifier à condition qu'on soit capable de le connaître, de le conserver et de l'enrichir, toute chose que l'amour de la Méditerranée peut nous permettre d'avoir du moment qu'on a envie de le faire. Comme vous tous, si nombreux ici, et particulièrement ceux qui sont venus de la mer, je suis venu comme vous recevoir sur cette plage, au bord de ses lèvres fraîches, le baiser de la Méditerranée, notre "Bonne Mère" à tous. La mer de notre monde...
Jean-Luc Mélenchon