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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 25 février 2025 8 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesAgriculture & alimentation

Salon de l'agriculture : "Les grands distributeurs ne respectent pas la loi EGalim", dénonce le président de l'Ania, l'association de l'agroalimentaire

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 20 %Attaque 70 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:58PrésentateurChiffre
    « Vous réclamez des hausses de prix de 2 à 2,5% »

Temps de parole

  • Invité75 %
  • Présentateur25 %

2,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:01
Présentateur

De la ferme à la fourchette aujourd'hui, la beauté et le savoir-faire du métier d'agriculteur célébré ici autour de nous avec les vaches, les cochons, les moutons, au salon de l'agriculture évidemment mais aussi le blé, les fruits et légumes et au bout de la chaîne un prix payé aux producteurs et des produits vendus au supermarché, aux consommateurs. Ce sont les négociations commerciales très tendues cette année. Bonsoir Jean-François Loiseau. Bonsoir. Président de l'Agnat, principale association de l'agroalimentaire qui représente la quasi-totalité des 20 000 entreprises du secteur.

Un président piqué au vif à la veille de l'arrivée ici sur le salon de cinq patrons de la grande distribution française, ceux de Carrefour, Intermarché, Système U, Auchan et Casino. Ils viennent donc demain pour annoncer des initiatives afin de soutenir les agriculteurs. C'est en tout cas ce que promet Karine Lemarchand à l'origine de cette rencontre inédite. Avant même de les entendre, vous dénoncez déjà une opération de communication. Pourquoi ?

0:55
Invité

Non mais Karine Lemarchand, elle a une initiative. Certains distributeurs répondent. Et vous aurez remarqué que le premier d'entre eux, le premier, celui lui, qui est loin devant les autres en termes de part de marché, exactement, a décidé de ne pas y aller parce qu'il dit que lui, il fait son job tous les jours. Donc après, c'est leur problème. Je pense que le sujet, il est beaucoup plus sérieux que cela. C'est-à-dire qu'en fait, globalement, depuis pas mal d'années, il y a un vrai souci de respecter le travail, évidemment, des agriculteurs, mais aussi le travail dans les entreprises.

Et d'ailleurs, tout comme celui de la distribution, notre problème aujourd'hui, c'est que toute cette filière crée plus ou moins de la valeur. Cette valeur, il faut la créer et à un moment donné, il faut la partager. Et il faut qu'elle puisse être matérialisée sur tous les maillons, et particulièrement le maillon industriel.

1:48
Présentateur

On peut ajouter Lidl, qui a son stand juste derrière nous, dixième année consécutive sur le salon, car l'enseigne allemande a déjà pris des engagements pour le monde agricole. C'est en tout cas ce qu'elle dit. Est-ce que la grande distribution est en train de redorer son blason auprès des agriculteurs, selon vous ?

2:03
Invité

Attention aux opérations de communication. Je dirais qu'il faut voir la réalité telle qu'elle est. Entre un produit agricole et un produit alimentaire, il y a ce qu'on appelle une chaîne de transformation et de valorisation. Le produit agricole, vous avez cité des produits des animaux, vous avez cité des céréales, on pourrait dire pareil pour la betterave ou d'autres produits, je dirais, du sol. Il faut bien qu'il passe par un outil de transformation. Nous avons besoin de transformation.

Si vous voulez mettre, et si vous voulez offrir, proposer aux consommateurs des yaourts, ben écoutez, entre le litre de lait et puis le yaourt, il y a une petite usine qui va faire un boulot, et ce boulot, il doit être rémunéré au juste prix, parce qu'en ce moment, ce n'est pas le cas. Donc, l'opération distributeur-agriculteur, ce n'est pas la vraie réalité.

2:50
Présentateur

Et justement, les tensions sont extrêmes dans ces négociations commerciales. Elles se terminent samedi. Vous réclamez des hausses de prix de 2 à 2,5% vu l'augmentation du prix des matières premières agricoles, des salaires et de l'énergie. La grande distribution veut au contraire baisser ses prix, car les budgets des consommateurs restent tendus, même si l'inflation est contenue. On en est où dans ces négociations ?

3:10
Invité

Les négociations, à l'heure où nous parlons, elles ne sont pas terminées, elles sont très tendues. Et quels que soient les segments des entreprises, puisque souvent, on dit les grandes entreprises, elles, elles peuvent tout avaler, tout absorber jusqu'au dernier jour. C'est faux. Les petites, les moyennes et les grandes entreprises sont prises dans le même carcan, celui de quelques distributeurs. Nous sommes 20 000, vous l'avez rappelé. Moi, je représente 20 000 entreprises. Elles sont familiales, elles sont internationales, elles sont coopératives.

Eh bien, avec ces 20 000 entreprises, il y a en face quelques distributeurs qui nous mettent une pression, qui ne respectent pas les lois EGALIM, notamment celles de la fixation du prix agricole. L'eau EGALIM qui garantit une meilleure rémunération des agriculteurs.

3:54
Présentateur

On en est déjà à deux lois, la dernière promulguée en 2021.

3:56
Invité

Voilà, à trois. Et ce qui est normal, il faut préserver le revenu des agriculteurs si nous voulons un amont agricole fort pour des usines qui transforment. Mais je me permets de le dire, les distributeurs aujourd'hui nous emmènent, emmènent nos entreprises en dehors de la France, dans d'autres pays, pour négocier des conditions commerciales alors que les produits agricoles sont achetés en France, les usines sont en France, la réglementation est française et les produits vont être vendus en France. Et on nous demande d'aller négocier en Espagne parce que c'est plus simple et surtout plus facile. C'est les fameuses grandes centrales d'achat européennes.

4:33
Présentateur

Oui, c'est pour ça que selon vous,

4:35
Invité

la grande distribution française ne respecte pas la loi ? Mais c'est exactement cela. La grande distribution ne respecte pas la loi sur la fixation de la matière première récolte. Ça, c'est un point essentiel. Elle ne respecte pas la loi parce qu'elle veut nous emmener à l'international en nous expliquant qu'il y a des règles européennes qui permettent. Mais moi, je regrette, il faut avoir un peu de bon sens. Et je peux vous dire qu'il y a un petit réveil un peu national au nom du patriotisme alimentaire où il faut savoir de quoi on parle. Si nous voulons faire du commerce en France, il faut que les règles de commerce se fassent sur le territoire français.

Et pourquoi écraser encore une fois le prix de l'usine, les prix agricoles et agroalimentaires des usines alors que depuis 15 ans, nous subissons beaucoup trop de déflation ?

5:21
Présentateur

Donc, est-ce que vous êtes d'accord avec le président de la République qui, lors de l'inauguration samedi, a affirmé qu'un travail est en cours pour réformer la structuration des prix, que la loi EGalim est insuffisante ? Il en faut une nouvelle ?

5:34
Invité

Alors, c'est un petit peu le mal français. Une loi encore pour améliorer ou pour essayer de rendre un petit peu tout le monde sur le même niveau, je dirais, de discussion. Mais la France est le seul pays européen où les négociations commerciales se passent mal. La France. Dans beaucoup d'autres pays, bien entendu, il y a, je dirais, un rapport de force et c'est normal. Mais à un moment donné, même les distributeurs le disent, il faut créer de la valeur. Parce que si je ne crée pas de la valeur pour mes fournisseurs, notamment les industriels, eh bien, ils vont fermer leurs usines et je ne pourrai pas vendre mes produits locaux. Ça se passe comme ça dans les autres pays. Pourquoi en France ?

Eh bien, parce qu'en France, il y a une guerre impitoyable entre les distributeurs qui, du deuxième au quatrième ou cinquième, court après le premier. On l'a cité tout à l'heure. Le premier étant largement devant les autres. Et donc, les distributeurs n'ont d'autre chose à faire que de se battre sur les prix payés aux industriels et donc qu'ils détruisent la valeur que nous devons créer tous ensemble.

6:37
Présentateur

Le consommateur qui nous écoute, il se demande, est-ce qu'il va payer plus cher ces produits dans les prochaines semaines ? Est-ce que vous êtes capable de nous le dire dès ce soir ? Alors, ce que l'on peut dire,

6:45
Invité

c'est que déjà sur 2024, l'inflation alimentaire a été négative. C'est-à-dire qu'en fait, les prix ont baissé. En 2024. Force est de constater qu'il y a des prix de matières premières agricoles qui n'ont pas bougé, qui sont à l'étal. Mais à côté de cela, vous l'avez un peu dit, les salaires qui augmentent, les emballages, les sujets de décarbonation, on n'en parle pas. Moi, quand j'ai un distributeur qui me dit, mais les investissements dans la décarbonation, tu vas les payer toi-même. Les sujets liés à l'IA, la formation, l'attractivité dans les territoires.

Donc, ça veut dire qu'en fonction des filières, il y aura soit de la stagnation, soit des petites hausses, parce que la pression, je le répète, de la distribution est sans égal. Elle n'applique pas la loi EGalim qu'il faut appliquer. Donc, petite hausse, dans quelle filière ? Je ne sais pas aujourd'hui. C'est difficile. Si vous prenez, par exemple, le café, le jus d'orange, le cacao, nous le disons maintenant régulièrement depuis quelques semaines. Il y a de la pénurie de ces productions-là parce qu'il y a des effets climatiques, il y a de la demande mondiale. Et puis, quelquefois, pour des raisons sanitaires, il y a moins de production. Les prix montent.

Quand les prix montent, il faut bien pratiquer le respect de l'augmentation de ces prix agricoles. Donc, en fonction de certains produits agricoles, il pourra y avoir des évolutions qui seront très basses. Mais je me permets de le dire, ça ne suffira pas pour assurer la pérennité durable de nos entreprises. Sur les 20 000 entreprises, 98% sont des PME, TPE.

8:16
Présentateur

On suivra ça sur France Info, évidemment. Merci beaucoup, Jean-François. Merci à Valoiseau, président de l'ANIA, Association Nationale de l'Industrie Agroalimentaire. L'invité éco de France Info. Merci beaucoup.