Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 5 avril 2023 26 minContradictoireActualité / polémiqueRetraitesSolidarités & familleInstitutions & électionsEurope & international

Bernard Cazeneuve : la réforme des retraites est "fondamentalement injuste" et "a été faite au pire moment"

Au micro : Léa SalaméSource d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 11:00OuverteRéponse directe

    Si vous étiez à Matignon, comment sortiriez-vous de la crise des retraites ?

  • 14:21OuverteRéponse directe

    Concrètement, qu'est-ce qu'il faut faire aujourd'hui après trois mois de crise ?

  • 15:47RelanceRéponse directe

    Un auditeur critique le PS pour critiquer davantage LFI que Macron. Vous répondez ?

  • 18:37OuverteRéponse directe

    Les insoumis ne vous ratent pas. Pourquoi cette animosité ?

  • 23:13OuverteRéponse directe

    Quelques mots sur la législative partielle en Ariège remportée par Martine Froger ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 12:20InvitéFait
    « Il faut de l'argent. Oui, mais c'est précisément parce qu'il faut sauver la retraite par répartition qu'il faut une réforme qui soit juste. »
  • 17:30InvitéChiffre
    « Lorsque la droite supprimait 80 000 emplois dans l'éducation nationale, nous en créions 60 000. »
  • 17:37InvitéFait
    « Lorsque la droite avait affaibli la compétitivité de nos entreprises, nous la rétablissions. »
  • 20:10InvitéFait
    « On n'est pas de gauche quand on insulte des ministres ou quand on insulte des personnalités politiques en les accusant de crimes ou de faits qu'ils n'ont jamais commis. »

Temps de parole

  • Invité71 %
  • Présentateur13 %
  • Présentateur 211 %
  • Invité politique4 %

2,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9-30. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin un ancien ministre de l'Intérieur, ancien Premier ministre de François Hollande. Il publie « Ma vie avec Moriac » chez Gallimard, qui sera en librairie demain. Questions et réactions au standard 01-45-24-7000 et sur l'application de France Inter. Bernard Cazeneuve, bonjour. Bonjour. Bienvenue sur Inter, on va évoquer avec vous tout à l'heure la situation politique, le climat social de la France.

Mais d'abord donc ces affinités électives entre vous, Bernard Cazeneuve, universaliste de gauche, laïc, déraciné d'Algérie, et François Moriac, l'écrivain de droite, le chrétien fervent et le bordelais enraciné. A première vue, la rencontre semblait improbable, et pourtant dans ce livre, vous vous livrez à un véritable exercice d'admiration. Alors pourquoi vous ? Pourquoi lui ? Pourquoi Moriac ?

1:02
Invité

D'abord parce que Moriac n'est pas tout à fait ce que vous dites. C'est un écrivain qui effectivement est né dans un milieu, celui de la bourgeoisie bordelaise, mais qui toute sa vie, par ses écrits, par ses prises de position, n'a cessé de s'affranchir de ce milieu. Quand on lit d'ailleurs les biographies qui lui ont été consacrées, celles de Jean Lacouture, celles de Jean-Luc Barret, on voit que cet homme n'a cessé de rechercher sur tous les sujets, et il n'en manquait pas dans son époque la juste position.

Il s'est insurgé contre l'invasion de l'Éthiopie par l'Italie, il a, à travers le cahier noir, pendant l'occupation, pris des positions extrêmement courageuses, sans jamais d'ailleurs quitter la zone occupée en prenant tous les risques. Au moment de la guerre d'Espagne, il s'est dressé contre l'Église catholique en prenant le parti des Républicains espagnols.

Au moment de la décolonisation, il a été aux côtés des militants marocains, il a été ardemment mendésiste, au moment où toute la droite parlementaire eut Pierre Mendès-France, parfois en convoquant des slogans antisémites, lorsqu'il montait à la tribune de l'Assemblée nationale pour indiquer qu'il voulait engager le pays dans la décolonisation. Bref, c'est un homme qui, alors qu'il venait d'un milieu, s'est affranchi de ce milieu pour prendre, avec un amour absolu de la liberté, des positions justes.

Et donc, l'écrivain journaliste, celui du bloc-notes, a par ailleurs été capable aussi de prendre par rapport à ceux qui étaient ses amis, je pense notamment à la démocratie chrétienne, des positions très dures, lorsque les démocrates chrétiens, oublieux de l'esprit du sillon de Marc Sornier, s'engager dans le soutien à tous ceux qui étaient les tenants de la colonisation. On le voit d'ailleurs dans le bloc-notes, avec cette pointe qu'il caractérise, faire des portraits extrêmement cruels, celui de Joseph Lagnel, président assez médiocre du Conseil sous la IVe République, dont il dit « il y avait du lingot dans cet homme-là », ou la description de Bideau accrochée au gris du Quai d'Orsay.

Tout cela, c'est la liberté, le talent, l'amour de la littérature, et donc c'est tout cela, Mauriac, à la fois. Ce n'est pas les quelques adjectifs un peu...

3:13
Présentateur

C'est-à-dire qu'il a résumé en parlant du chrétien bordelais bourgeois qu'il était aussi.

3:19
Invité

C'est aussi cela, mais il fait le choix du sillon de Marc Sornier plutôt que...

3:24
Présentateur

Ça veut dire que vous êtes sans doute plus complexe aussi vous-même que les quelques mots que j'ai énoncés. Mais ça, on va y venir.

3:30
Invité

Mais je pense aussi qu'il est hautement souhaitable, et c'est la richesse de la nature humaine, d'essayer de comprendre la complexité qu'il y a en chaque individu. Ça s'appelle l'altérité.

3:41
Présentateur

Avant de parler politique, vous, vous aviez 7 ans quand François Mauriac est mort. Vous l'avez découvert 2 ans plus tard, à 9 ans, en prenant dans la bibliothèque familiale le nœud de vipère. Vous pensiez que c'était un livre sur les serpents qui vous terrifiait à l'époque. Vous ouvrez le livre et vous écrivez « Je découvris un monde encore inconnu de moi. Certes, je ne pouvais pas tout comprendre des drames insondables qui ravageaient des personnages de chair et de sang traqués en mûrés vivants dans des existences qui étaient devenues des prisons. Mais pour des raisons qui m'échappaient, ce récit des passions brûlantes me parlait.

» Ce sont donc les passions brûlantes qui consument les personnages de Mauriac, l'amour, la haine, la jalousie, le tiraillement permanent entre la grâce et le péché, qui vont souvent attirer chez Mauriac. Bernard 15, on ne vous imagine pas sensible aux grands emportements passionnels comme ça tout de suite. Mais sans doute on vous connaît mal.

4:28
Invité

Je veux vous rassurer, mais ce n'est pas à l'âge de 9 ans, ce n'est pas tout ça que je saisis spontanément. Sinon, il faudrait que je consulte immédiatement. Mais non, ce qui m'intéresse à l'époque, c'est ce que ces personnages qui sont entiers, profonds, tourmentés, révèlent de ce que l'on peut appeler l'âme humaine. Ça, je le sens intuitivement à l'âge de 9 ans, même si, bien entendu, je ne comprends pas toute la subtilité du livre.

Ce qui me frappe également à 9 ans, quand je lis ce livre, c'est la tragédie qui s'empare du personnage principal, puisque ce personnage est en réalité un homme qui se déteste lui-même, qui n'arrive pas à entrer en communication avec les autres, qui n'arrive pas à exprimer ses sentiments, son amour pour ses enfants, y compris pour son épouse, et qui donc, sur un cahier qui est une espèce de carnet intime, écrit toute l'âne qu'il se porte à lui-même, mais en parlant des autres. Et quand il meurt, il ne reste que ce carnet qui laissera à son entourage le sentiment qu'il est dans la détestation de chacun et de tout le monde.

Et ça, c'est quelque chose qui revêt, sur le plan romalesque, une dimension tragique.

5:39
Présentateur

Et puis, il y a aussi chez vous deux le goût de la solitude. Mon enfance était solitaire et le monde me semblait hostile, écrivez-vous. Hostilité, mais aussi tragique, vous écrivez par ailleurs, dès l'enfance, la dimension tragique de la vie m'apparaissait comme une évidence. D'où vient ce tourment, Bernard Cazeneuve ? C'est le départ d'Algérie, le déracinement ?

6:00
Invité

Je pense que j'ai vécu dans une famille, contrairement à celle de Mauriac, qui a vécu le déracinement de façon extraordinairement brutale. C'était des pieds noirs de génération en génération qui ne posaient les riens. Ils ne sont revenus avec rien. La seule chose qu'ils avaient, c'était, comme d'ailleurs Camus, l'amour de cette terre. C'était un peu l'esprit des noces suivies de l'été. C'était le soleil dans les plages de Tipaza qui leur a été enlevé et qui était en réalité leur seul patrimoine, leur seul trésor.

6:31
Présentateur

Et du coup, il y avait quoi ? Une atmosphère de tristesse ?

6:33
Invité

Il y avait une atmosphère de nostalgie constamment ressassée par les membres de cette famille, les grands-parents, les oncles et tantes qui vivaient dans le regret de cette terre et qui vivaient aussi dans la nostalgie de la relation avec tous ceux qui étaient leurs amis, c'est-à-dire les Algériens, les Gites d'Afrique du Nord. Ils vivaient en tribu avec tous ses voisins, tous ses amis et constamment dans la nostalgie de cette époque. Et donc, je pense que ce déracinement, ce déchirement qui aurait pu me conduire à faire aussi un livre sur Camus, parce que je comprends très bien ce que Camus a voulu dire lorsqu'il a dit entre la justice et ma mère, je choisis ma mère.

C'est-à-dire que lorsque l'on arrive à poser ce type de questions, ça veut dire que la justice a oublié ce qui peut traverser l'être humain de contradictions, de difficultés lorsque des événements historiques se présentent à lui et qui ont une dimension douloureuse.

7:38
Présentateur

Un mot encore sur Mauriac et sur le Mauriac chrétien, parce que quand même c'était quelque chose de fondamental dans sa vie. Vous, le laïc, vous dites, vous avez trouvé inspirante sa foi chrétienne, vous l'écrivez, mais le Mauriac attaché au message universel du Christ plus qu'aux institutions de l'Église.

7:56
Invité

Ce qui est très intéressant chez Mauriac, et il explique très bien au moment où il fait son discours à Stockholm quand il reçoit le prix Nobel, c'est que ces personnages qui sont très enracinés dans un territoire ont en réalité, par les sentiments qui les traversent, par les contradictions qui peuvent s'emparer d'eux, une dimension totalement universelle. Et ce que Mauriac revendique dans le message du Christ, c'est la dimension universelle de ce message. Ce n'est pas ce que les Églises peuvent en faire lorsqu'elles enferment tout, lorsqu'elles administrent les ordonnances, ou lorsqu'elles contraignent les êtres et les âmes.

Et ça, je crois que c'est extrêmement fort, y compris pour quelqu'un comme moi, qui est un laïc déterminé, qui s'est toujours tenu à distance des religions, et qui continue à le faire.

8:43
Présentateur

Bernard Cazeneuve, il y a, on en a dit un mot, le Mauriac du bloc-notes, où il consignait son regard aigu, lucide, parfois cruel, sur l'actualité politique de son temps, sur ce qu'il a faisaient. Vous dites que Mauriac se méfiait de l'air du temps et des meutes constituées, qu'il n'aimait pas les dénonciateurs, les excommunicateurs. Vous écrivez qu'il aurait détesté notre époque ? Pourquoi ?

9:07
Invité

Je ne pense pas qu'il aurait plus détesté notre époque qu'il était sévère avec la sienne. Mais je pense qu'il aurait été tout aussi sévère avec notre époque qu'il l'avait été... Alors, qu'est-ce qu'il aurait détesté de notre époque ? Ce qu'il aurait détesté, c'est la facilité de l'injure, de l'insulte, ce qu'il aurait détesté, c'est le sectarisme, ce qu'il aurait détesté, c'est l'abaissement du discours politique dont on a vu le spectacle qu'il pouvait donner à l'Assemblée nationale pendant la réforme sur les retraites. Ce qu'il aurait détesté, ce sont les accusateurs qui savent que les accusations qu'il porte sont fausses, mais qu'il les porte quand même parce que ça fait leur business.

C'est tout cela qu'il aurait détesté, par amour de la vérité, par élévation intellectuelle, par exigence à l'égard de lui-même et par exigence également à l'égard des autres. Et d'ailleurs, quand on voit les personnages auxquels il a accordé sa confiance, la galerie de portraits très limitée dont il a pu dire du bien, il y avait de Gaulle, dont on a dit d'ailleurs qu'il était un inconditionnel, ce qui est faux.

Il y a des moments très intéressants dans les récits de Mauriac où il raconte sa rencontre avec le général de Gaulle au moment de la libération, quand il va plaider la cause d'un certain nombre d'écrivains qui se sont égarés dans la collaboration, alors que lui-même, avec le cahier noir, était dans la résistance, parce qu'il déteste la peine de mort et parce qu'il pense qu'il n'y a pas de justice sans charité, et il trouve un général de Gaulle qui lui semble indifférent au discours qui lui tient et dont il dit « j'avais l'impression d'être en face d'un corps morant ». Il se plaint de l'engagement du général de Gaulle dans le RPF.

Donc il a été critique à l'égard de Gaulle, mais il ne s'est pas trompé, Mendès, France non plus, et sur Mitterrand, il dit des choses extrêmement justes sur le talent du personnage et ses qualités.

10:51
Présentateur

C'est les trois seuls qu'il a épargnés, globalement, dans le bloc-notes. C'est de Gaulle, Mendès et Mitterrand.

10:56
Invité

Oui, mais c'était les trois meilleurs.

10:57
Présentateur

Ça, c'est vous qui le dites. Vous nous avez fait la transition avec la situation politique actuelle, Bernard Caznavet. Elisabeth Borne reçoit aujourd'hui les forces syndicales. Comment on sort de la crise politique et sociale majeure qui déchire le pays depuis trois mois maintenant ? Si vous étiez à Matignon, si vous étiez Elisabeth Borne, si vous étiez Emmanuel Macron, vous allez me dire je ne le suis pas, mais si vous étiez au pouvoir là, comment vous faites pour en sortir ?

11:18
Invité

D'abord, je n'aurais pas fait cette réforme comme elle a été faite. Je n'aurais pas fait cette réforme telle qu'elle est configurée dans son contenu. Cette réforme a été faite au pire moment. On est dans un pays qui est confronté au retour de la guerre, au retour de l'inflation. Les Français ont subi des crises à répétition, la crise terroriste, la pandémie. Ils ont été mis en première ligne pour faire face à ces difficultés et faire en sorte que le pays demeure debout. Et à peine leur a-t-on exprimé la gratitude que le pays leur doit qu'on sort une réforme qui va mettre ceux qui ont été en première ligne en situation de devoir être les premiers contributeurs à l'effort. C'est très injuste.

Ce n'est pas le bon moment, c'est injuste, ce n'est pas les bonnes mesures parce que le report de l'âge de la retraite à 64 ans, d'une part, alors même qu'on avait dit qu'on ne le ferait pas, et l'accélération de l'allongement de la durée de cotisation vont frapper les plus vulnérables des Français. Vous connaissez

12:10
Présentateur

les arguments d'Emmanuel Macron, il y a un déficit, il faut sauver la réforme par répartition, la retraite par répartition, c'est ça qu'il a expliqué.

12:19
Invité

Il faut de l'argent. Oui, mais c'est précisément parce qu'il faut sauver la retraite par répartition qu'il faut une réforme qui soit juste. Vous ne sauverez pas la retraite par répartition, vous ne sauverez pas l'État-providence en faisant des Français les plus vulnérables qui sont les plus fragiles et qui sont ceux qui ont commencé à travailler le plus tôt dans les métiers les plus pénibles, les premiers contributeurs de l'effort. Ça, c'est fondamentalement injuste, c'est absurde de demander cet effort alors que ces Français qui sont les premiers contributeurs sont ceux aussi qui ont été en première ligne au moment de la pandémie. Maintenant, c'est quoi ? Maintenant, c'est quoi ?

12:57
Présentateur

Emmanuel Macron ne dit pas de pause ni de retrait. Il attend la décision du Conseil constitutionnel. Il rappelle que ce n'est pas la première fois qu'une réforme des retraites passe dans la douleur. Après tout, en 2010, le passage aux 62 ans n'avait pas été sans heure et finalement, c'est passé, Bernard Cazeneuve.

13:13
Invité

Oui, mais là, il y a une situation dans le pays dont il faut prendre la mesure. Il y a un climat de tension extrême, il y a un sentiment d'injustice qui s'est complètement enquisté dans la société française et à juste titre parce qu'il y a le sentiment de la relégation des territoires qui souffrent plus que d'autres parce qu'ils sont loin des grandes métropoles qui n'ont pas accès autant qu'ils pourraient le souhaiter et qu'ils seraient légitimes aux services publics, aux transports avec des territoires qui ont connu depuis longtemps le déclassement par le processus de désindustrialisation qu'a rencontré notre pays.

Il y a des Français qui sont à la tâche dans des conditions extrêmement difficiles et qui, pour des raisons qui tiennent au pouvoir d'achat, ont eux aussi le sentiment du déclassement. Il y a un pouvoir qui leur donne le sentiment du mépris par la manière dont ils s'adressent aux Français, par la manière dont ils conduisent les réformes et donc ce pays a été mis depuis des années sous tension. Et il y a un moment où il faut créer les conditions des justes compromis autour des réformes dont le pays a besoin mais qui doivent se faire dans la justice.

14:21
Présentateur

Concrètement, qu'est-ce qu'il faut faire aujourd'hui après trois mois de crise, vraiment, qu'est-ce qu'il peut faire ? Parce que vous savez très bien ce que disent les gens. S'il retire sa réforme ou s'il la suspend, c'est fini, le quinquennat est terminé, il ne peut plus réformer.

14:34
Invité

Oui, mais ça c'est une vision que je ne partage pas parce que quand un pays est dans une situation comme celle que nous connaissons de confrontations, d'affrontements qu'aucune autre réforme ne peut être conduite sans compromis et sans apaisement, qu'il y a des organisations syndicales qui ont fait la démonstration tout au long du combat qu'ils ont mené de l'esprit de responsabilité qui présidait à leur action. On a vu Laurent Berger, les autres organisations syndicales manifester sans qu'à aucun moment il n'y ait de violence.

On a vu les organisations syndicales et là aussi Laurent Berger a tenu un discours que j'ai trouvé particulièrement responsable avec les représentants des autres organisations syndicales. On suspend la réforme, on se met autour de la table et on détermine ce que peut être un compromis autour d'une réforme acceptable.

15:21
Présentateur

C'est non.

15:21
Invité

C'est non et je pense qu'ils ont tort de dire non à tout. Et notamment, ils ont tort de dire non aux syndicats réformistes parce que quand on veut être un gouvernement réformiste, les deals on les fait avec les syndicats réformistes, on ne les fait pas avec les parlementaires les plus conservateurs de la droite pour se constituer une majorité à la faveur d'une réforme. Ça, c'est une mauvaise stratégie.

15:43
Présentateur

Alors, on a des questions politiques aux standards d'Inter. On va donner la parole à Angelo qui nous appelle de Coutance. Bonjour Angelo, bienvenue.

15:52
Invité politique

Oui, bonjour. Moi, je suis un peu étonné du discours du Parti Socialiste respectable. Je vais mettre des guillemets pour dire d'abord est-ce que M. Cazeneuve, il se rend compte quand même que le loup dans la bergerie, c'est-à-dire le Macron dans la vie politique, c'est quand même Hollande qui l'a fait rentrer. Avec un point commun avec ce qui se passe aujourd'hui, c'est que Macron, il a mis devant Mme El Khomri pour le Code du Travail, pour réformer le Code du Travail qui est une catastrophe. Et là, on a encore une femme fusible, Elisabeth Borne, qui doit complètement craquer. Encore par Macron. On dirait que le PS fait mine de découvrir Macron aujourd'hui.

Autre chose, je suis un électeur de la NUP et qui compte bien le rester. J'ai été choqué par le comportement de certains insoumis à l'Assemblée nationale. Ceci étant, je ne me trompe pas de coupable et je suis choqué par l'attitude du Parti Socialiste respectable, entre guillemets, qui critique davantage la NUP que Macron.

16:51
Présentateur

Et par respectable, vous visez Bernard Cazeneuve ?

16:56
Invité politique

Je vise le PS respectable, entre guillemets. Tous les gens qui font la leçon aujourd'hui et qui hier ne s'en tiraient pas mieux et qui n'ont pas remis en cause la réforme de la retraite à 62 ans.

17:07
Présentateur

Ok.

17:08
Invité politique

Voilà. C'est tout ce que j'ai à dire.

17:10
Présentateur

Merci Angelo pour cette question. Bernard Cazeneuve vous répond. bien,

17:16
Invité

moi je vais rappeler quand même l'effet. Lorsque nous avons mis en place la réforme, la dernière réforme des retraites, nous l'avons fait sans que le pays soit mis dans la situation dans laquelle il est et nous l'avons fait sur le fondement d'un compromis. Dans le même temps, nous faisions autre chose. Lorsque la droite supprimait 80 000 emplois dans l'éducation nationale, nous en créions 60 000. Lorsque la droite supprimait près de 13 000 emplois dans la police et la gendarmerie, nous en créions près de 10 000.

Lorsque la droite avait affaibli la compétitivité de nos entreprises, nous la rétablissions et nous la rétablissions non pas parce que nous avions une politique pro-entreprise sans aucun autre objectif mais parce que nous considérions que s'il n'y avait pas de richesse à répartir, il n'y avait pas de justice sociale possible. Lorsqu'il y avait 20 000 migrants entassés à Calais dans la boue et dans le froid, on les mettait dans 570 centres d'accueil et d'orientation et dans le dispositif national d'asile. Pendant ce temps-là, les amis de la LFI défilaient à Calais pour expliquer qu'on était en train d'organiser les déportations des migrants.

Donc à force de dire lorsque la gauche gouverne et affronte les difficultés que c'est jamais assez à gauche, on finit par avoir la droite.

18:25
Présentateur

Vous avez entendu la critique de l'auditeur qui est de dire que la gauche respectable que vous incarnez à ses yeux tape plus sur les insoumis que sur Macron. Il faut dire que les insoumis ne vous ratent pas. Alors je vais citer... Juste un point,

18:40
Invité

je suis à votre antenne depuis quelques minutes. J'ai surtout critiqué la politique d'Emmanuel Macron et à aucun moment moi je n'ai songé à me rallier à cette majorité dont je combats la politique sans la moindre hésitation parce qu'elle m'apparaît comme injuste. Mais tout le discours qui est un discours d'ailleurs préparé par les instances des partis qui sont dans la nupe et qui répétaient à longueur des missions et à tous les militants qui sont dans cette stratégie et cette trajectoire. C'est de dire que si l'on n'est pas favorable à la stratégie engagée par les insoumis c'est qu'on est macroniste. Non, ce n'est pas vrai.

Et d'ailleurs ce qu'il a parfaitement montré c'est l'élection de l'Ariège. Vous avez une députée qui va siéger dans l'opposition qui a été élue contre les insoumis et qui a été élue contre les insoumis parce qu'il y a des électeurs de gauche en nombre qui n'en peuvent plus du parti de l'outrance et qui ont envie que la gauche se reconstruise dans la crédibilité et dans la responsabilité. Enfin, je voudrais terminer sur un point ce ne sont pas ceux qui sont qualifiés par l'auditeur qui vient de m'interroger de membres du parti respectable qui dagnissent des leçons et des ordonnances.

C'est l'ANUP qui en permanence et notamment la LFI en convoquant toutes les injures et toutes les insultes qui administre des ordonnances à tout le monde en donnant des leçons de gauche à tout le monde alors qu'elle n'est en aucun cas légitime à le faire pour des raisons qu'en deux mots je vais vous dire quand on est représentant d'un parti dont les responsables ne sont même pas élus et dont une grande partie des militants se plaignent de l'absence de respiration démocratique dans cette organisation pour moi on n'est pas de gauche quand on insulte des ministres ou quand on insulte des personnalités politiques en les accusant de crimes ou de faits qu'ils n'ont jamais commis on n'est pas de gauche parce que le parti de la gauche c'est le parti de ceux qui innocentent contre la meute ceux qui sont accusés à tort lorsque l'on soutient monsieur Poutine en expliquant qu'il va débarrasser la Syrie de Daesh en accompagnant un dictateur qui martyrisse son peuple on n'est pas de gauche parce que la gauche c'est le parti de la liberté c'est le parti des droits de l'homme lorsque on explique qu'on peut répartir on doit répartir davantage les richesses tout en préconisant la décroissance on n'est pas de gauche parce que si on ne crée pas les conditions de la production et d'une production sobre et sûre on n'a plus rien à répartir on est simplement un démagogue donc je n'ai aucune leçon de gauche à recevoir de tous ceux qui se comportent de la sorte

21:01
Présentateur

vous êtes en tout cas la cible de la NUP et particulièrement des insoumis depuis quelques jours je lis Alexis Corbière Bernard Cazeneuve tweet prend la pause manœuvre et écrit sur Moriac mais que propose-t-il rien sur les salaires les services publics l'écologie les institutions bref le vide et le sectarisme anti-LFI Cazeneuve c'est le retour de Hollande les petites vannes en moins Jean-Luc Mélenchon il y a quelques semaines qui salue avec ses mots le lancement de votre mouvement la convention Bernard Cazeneuve a annoncé le troisième lancement de sa fédération de gauche sociale-démocrate laïque, républicaine notariale polie et bien habillée et puis Bastien Lachaud autre député insoumis qui parle de vous de le folk en bas d'élice comme les zombies du PS c'est le retour de la nuit des morts vivants

21:38
Invité

on savait que c'était le parti de l'outrance maintenant on sait que c'est le parti de l'insulte on parait que c'est la gauche non c'est pas ça la gauche la gauche c'est le parti de ceux qui considèrent que quiconque ne pense pas comme soi doit être respecté et moi je combats la LFI en raison précisément des orientations qui la conduisent à s'exprimer comme vous venez de le rappeler je combats Emmanuel Macron en raison de la politique injuste qu'il mène mais jamais je ne tiendrai sur aucun de ceux dont je ne partage pas les orientations politiques ce type de discours parce que lorsqu'on se met à tenir ce type de discours sur ceux dont on ne partage pas les opinions politiques ce n'est pas ces idées qu'on fait progresser ce n'est pas les autres qu'on ramène à soi par la force de ses convictions c'est la haine qu'on instille partout dans le pays c'est l'idéologie de la confrontation de tous contre tous vous êtes choqué

22:31
Présentateur

vous êtes choqué par ces mots la nuit d'avoir les morts vivants

22:33
Invité

je ne suis pas choqué non parce que je n'entends rien d'eux je sais comment ils sont structurés je sais ce dont ils sont capables je ne suis pas choqué je suis consterné je suis consterné parce que j'ai une autre idée de ce qu'est la politique j'ai une autre idée de ce qu'est notre pays et je pense qu'il mérite mieux que cela quand je vois un parlementaire mettre sous son pied un ballon sur lequel est l'effigie d'un ministre en expliquant que ce ministre est un assassin ça suscite chez moi un profond dégoût parce que c'est très loin de la conception que je me fais de la politique et de la démocratie et dire cela ce n'est pas donner des leçons c'est simplement dire ce qui doit être dit quand on est démocrate et républicain et que des comportements

23:11
Présentateur

de ce type se produisent quelques mots sur la législative partielle en Ariège remportée donc par la dissidente PS que vous souteniez Martine Froger contre la candidate NUP Bénédicte-Taurine victoire dénoncée par la NUP et notamment Olivier Faure qui a réagi dans un communiqué dimanche je cite ce soir c'est une victoire à la Pyrus qui n'offre aucune perspective pour la gauche puisqu'elle s'est construite sur une alliance avec les droites contre l'union de la gauche et des écologistes fin de citation Olivier Faure qui ne veut pas qu'elle siège dans le groupe socialiste parce qu'elle a fait parce qu'elle a fait battre selon lui quelqu'un de la NUP

23:48
Invité

oui c'est ça c'est d'ailleurs la raison pour laquelle ils sont tout à fait légitimes à donner des leçons de sectarisme cette candidate qui a été élue députée a fait toute sa vie au parti socialiste elle a été toute sa vie compagnie de route d'Olivier Faure de ses camarades socialistes donc je comprends désormais que la stratégie consiste à dire lorsque des responsables socialistes s'en vont parce qu'ils n'en peuvent plus de ce climat qu'il est bon qu'ils partent puisque finalement ils n'ont plus vocation à être membre de cette famille quand les militants partent avec eux c'est fort bien puisque de toutes les façons il faut rester entre nous qui pensons la même chose pour continuer à servir très sagement monsieur Mélenchon et quand les électeurs arrivent pour soutenir une candidate qui a toujours été membre du parti socialiste alors il faut les condamner en les qualifiant d'électeurs de droite donc ce parti a désormais une nouvelle doctrine

24:38
Présentateur

cette nouvelle doctrine

24:39
Invité

c'est faisons fuir les dirigeants faisons fuir les militants et faisons fuir les électeurs et d'ailleurs ça marche très bien quand on voit les résultats

24:45
Présentateur

et les gros qu'ils obtiennent Bernard Cazeneuve il précise que cette candidate Martine Froger que vous avez soutenue vous aussi a été soutenue par tous les ministres d'Emmanuel Macron même par Julien Odule du Rassemblement National

24:56
Invité

elle n'est pas responsable des soutiens qu'elle obtient elle est responsable de la compagne qu'elle fait et ce que je constate c'est que Martine Froger si elle n'avait pas été là c'est le candidat du Rassemblement National qui aurait été présent au second tour c'est ce qu'elle a évité et elle a évité comment ?

en tenant un discours sur la réforme des retraites sur la transition énergétique sur la république extrêmement clair et c'est ce que Olivier Faure devrait retenir parce qu'en réalité ce qui compte en politique c'est pas ce que les gens imaginent de l'endroit d'où l'on parle ce n'est pas les gens qu'on enferme dans tes catégories c'est ce que disent ceux qui s'expriment moi je ne qualifie pas les gens en fonction de l'endroit d'où l'on parle ni en fonction d'ailleurs des apparences je les qualifie en fonction de ce qu'ils disent et des combats qu'ils mènent et Martine Fraugé a mené une campagne magnifique et elle est sur tous les sujets sur lesquels la France doit relever des défis impeccables

25:47
Présentateur

merci avec un nouvel allié Fabien Roussel

25:50
Invité

c'est un homme bien Fabien Roussel

25:52
Présentateur

ah oui vous trouvez ?

25:53
Invité

bah oui je trouve je trouve qu'il n'est pas du tout dans la tonalité des propos que vous venez de rappeler il respecte ses adversaires il est dans une affirmation des principes républicains dans laquelle je me reconnais je ne suis pas d'accord avec lui surtout mais au moins sur le capitalisme notamment sur le capitalisme nous aurions certainement des débats mais nous aurions aussi beaucoup de convergence

26:15
Présentateur

merci Bernard Cazeneuve ma vie avec Mauryac chez Gallimard en librairie demain merci d'avoir été à notre micro merci