Grand débat national - l'intervention d'Olivier Faure
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 25 %Attaque 65 %Défensif 10 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:21Olivier FaureFait
« Chacun en connaissait le sens et chacun savait aussi que l'objectif était à la fois d'introduire une part de proportionnelle, mais surtout d'en baisser le nombre de parlementaires. »
- 1:40Olivier FaureFait
« Nous qui sommes ici parlementaires savons aussi que cette mesure aurait pour effet principal de fragiliser les oppositions. »
- 3:19Olivier FaureFait
« La fiscalité, elle sert à quoi ? Rappelons-le que nous en avons besoin pour nos EHPAD, pour nos hôpitaux, pour nos écoles. »
Temps de parole
- Invité politique100 %
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Monsieur le Premier ministre, je voulais vous dire simplement que je vous ai écouté avec attention hier et aujourd'hui. Nous sommes à l'issue d'un débat important que vous avez souhaité qualifier même de grand et nombre de Français y ont participé même si ce n'est pas tout à fait ce que nous espérions. Mais vous avez vous-même dit que nous ne pourrions plus gouverner comme avant et votre porte parole que je salue a elle aussi dit qu'après ce débat, je la cite, rien ne sera comme avant. Les gens ont besoin d'être plus associés aux décisions. Il y aura aussi un sentiment d'injustice en matière fiscale et donc nous devrons évoluer.
Et je ne la cite pas davantage, mais vous avez compris le sens de son propos. Tout à l'heure, je vous ai écouté évoquer plusieurs sujets. Je ne reviendrai pas sur ce qu'a déjà évoqué Valérie Rabault excellemment et donc je ne ferai que la compléter. Mais vous avez commencé par rappeler qu'il existe un mur de défiance entre les Français et ceux qui les représentent. Et vous avez à cette occasion expliqué que pour vous, la réponse résidait pour une large part, si j'ai bien compris votre propos allusif, que ça résidait pour une large part dans ce que vous avez déjà proposé à l'été 2018, au moment où vous aviez proposé votre propre révision constitutionnelle.
Chacun en connaissait le sens et chacun savait aussi que l'objectif était à la fois d'introduire une part de proportionnelle, mais surtout d'en baisser le nombre de parlementaires. Gageons le fait que ce soit une mesure qui puisse trouver un écho dans l'opinion. Nous qui sommes ici parlementaires savons aussi que cette mesure aurait pour effet principal de fragiliser les oppositions. Mais admettons encore que ce soit une mesure que nous puissions admettre avec vous.
Comment pouvez-vous tirer comme seule et exclusive conclusion de ce débat avec les Français qu'il faudrait corriger ce mur de défiance exclusivement en s'attaquant à ce que nous sommes ici au Parlement, sans jamais, sans jamais évoquer la responsabilité majeure dans ce débat avec les Gilets jaunes, avec les Français, qui est une responsabilité présidentielle. Et donc, vouloir aujourd'hui évoquer un changement institutionnel, pourquoi pas ?
Mais dans ces cas-là, aller jusqu'au bout du raisonnement et aller jusqu'au bout d'une République qui doit évoluer, mais aussi évoluer dans ses équilibres entre exécutif et législatif, entre pouvoir présidentiel qualifié depuis peu de jupitérien, et qui supposerait que nous allions jusqu'au bout de la réflexion, et pourquoi pas jusqu'à évoquer une autre République si la question devait se poser. Mais vous ne pouvez pas exclusivement renvoyer la balle dans le camp des parlementaires, comme si la question était exclusivement liée à eux. Ensuite, vous avez évoqué la question de la tolérance fiscale zéro. Monsieur le Premier ministre, j'ai envie de dire, pas ça, pas vous.
La tolérance fiscale zéro, c'est un slogan qui aurait pu être un slogan populiste, mais vous êtes vous-même, vous vous présentez vous-même comme des remparts contre le populisme. Les Français eux-mêmes savent très bien qu'il y a forcément une tolérance à la fiscalité. La fiscalité, elle sert à quoi ? Rappelons-le que nous en avons besoin pour nos EHPAD, pour nos hôpitaux, pour nos écoles. Vous-même, vous le savez, et vous le rappelez régulièrement, et dans ces cas-là, vous avez raison de le faire. Mais comment pouvez-vous aujourd'hui évoquer donc une tolérance fiscale zéro ?
Comment pouvez-vous surtout expliquer que les Français auraient fait le choix, puisqu'ils seraient pour une tolérance fiscale zéro, de baisser les impôts, et en échange de quoi ? De réduire la dépense publique. Moi, ce n'est pas ce que j'ai compris du débat qui a été mené avec les Français. Ce n'est pas ce qu'ils nous ont dit. Ils nous ont dit, oui, nous voulons davantage de pouvoir d'achat. Cela peut passer, évidemment, par la baisse des impôts. Mais ils ont aussi demandé, concomitamment, des services publics qui fonctionnent mieux. Alors, comment est-ce qu'on fait ? La réponse, elle est simple. Elle n'est effectivement pas dans le questionnaire que vous avez proposé aux Français.
L'alternative, ce n'est pas entre plus d'impôts et moins de services publics. C'est entre davantage de services publics de qualité, mais de savoir qui les paye. Et c'est la raison pour laquelle vous n'avez pas réintroduit dans votre propos liminaire, ni même dans votre questionnaire, la question de la fiscalité des plus riches. Ça, c'est tabou. Ça, on ne peut pas en parler. Toujours pas. Ni l'impôt sur la fortune, ni bien sûr la flat tax, qui pourtant, aujourd'hui, renvoie à un paradoxe incroyable, qui fait que vous avez des gens qui vivent leurs dividendes et qui payent moins d'impôts sur le revenu que n'importe quel ouvrier qui rentre dans l'impôt sur le revenu. Je finis, M. le Président.
Oui, c'est l'heure. C'est l'heure. J'entends. J'entends simplement de quelques mots pour vous dire, et ce sera très très bref, pour vous dire que j'entends que vous allez relancer des chantiers. Mais ce n'est pas des chantiers pour gagner du temps qu'il faut relancer. C'est simplement convoquer une conférence sociale, comme vous y avez été invité par Laurent Berger, qui n'est pas le syndicaliste le plus opposé à ce que vous faites, par Nicolas Hulot, qui n'est pas non plus celui qui n'a pas partagé avec vous une partie de ce quinquennat. Et donc, la question que je vous pose, M. le Premier ministre, c'est de savoir comment vous voulez avancer maintenant avec les Français.
Comment est-ce que vous voulez faire en sorte que du consensus puisse sortir de ce grand débat ? Comment est-ce que vous voulez faire pour qu'il y ait plus de cohésion, plus de fédération des Français à l'issue de ce grand débat ? Comment voulez-vous faire pour que vous ne continuiez pas à les opposer les uns aux autres ? Comment voulez-vous faire au fond pour que ce mouvement né, il y a maintenant plus de 20 semaines, s'éteigne, non pas de sa belle mort, mais simplement parce qu'il n'y aura enfin plus de concordes dans ce pays ? Merci. Merci, M. Fort. La parole est à M. Eric.