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interviewBLAST (sur YouTube)· 6 janvier 2022 14 min

MACRON : L'EMMERDEUR

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Nous voulons savoir si nous sommes ici pour amender un texte de loi visant à emmerder les non-vaccinés. Un président de la République, de par sa mission, n’a pas à emmerder les Français. Les paroles du président de la République déshonorent sa fonction.

Un texte qui est là pour emmerder une partie des Français. Je ne rentrerai pas dans des débats sémantiques. Chacun conviendra que les conditions d’un travail serein ne sont pas réunies.

Il y a une difficulté avec ceux de nos concitoyens qui refusent de se faire vacciner. Ces propos sont d’un populisme froid et calculateur. On dit : “On en a marre de s’emmerder la vie.” Il y a des mots qui peuvent blesser… L’adoption tumultueuse du passe vaccinal, c’est le sommaire de ce numéro 29 d’un Bourbon Sinon Rien.

Qu’il me soit permis, avant le générique, de vous souhaiter une année meilleure que celle qui l’a précédée. Ce ne devrait pas être trop difficile. Surtout si vous prenez en main votre destin au mois d’avril.

Il était 5h25 ce matin, quand l’Assemblée nationale a adopté en première lecture le projet de loi sur le passe vaccinal. Voici le résultat du scrutin : Votants 334, exprimés 307, majorité 154, pour 214, contre 93. Un mot, chers collègues, avant que vous ne quittiez l’hémicycle.

Tout d’abord, je voudrais remercier les uns et les autres pour la bonne volonté qui a permis la tenue de cette séance et l’achèvement de l’examen du texte. Chacun y a mis du sien, et, croyez-moi, ça n’avait pas la force de l’évidence en début de soirée. Sur les 93 députés qui ont voté contre le projet de loi, il y a les Insoumis, le PC, le Rassemblement National, trois dissidents de la République en marche et 24 élus LR.

C’est d’ailleurs ce groupe qui sort le plus divisé du débat : 28 députés se sont prononcés pour le projet de loi et 22 se sont abstenus. L’opération fragmentation de la droite, lancée mardi soir par le président de la République, a en partie atteint ses buts. Il aura suffi de quelques lignes pour enflammer l’Assemblée nationale.

Un paragraphe au détour d’un entretien-fleuve entre Emmanuel Macron et les lecteurs du Parisien. Et puis cette phrase. Moins triviale, mais plus inquiétante : En quelques minutes, l’hémicycle qui est en train d’examiner le projet de loi sur le passe vaccinal plonge dans la tourmente.

Rappels au règlement, suspensions de séance, huées et applaudissements, l’ambiance est électrique. Nous voulons savoir si nous sommes ici pour amender un texte de loi visant à emmerder les non-vaccinés, savoir si nous devons amender pour moins les emmerder ou amender pour plus les emmerder. Est-ce que conformément à la volonté du président de la République, vous vous présentez ce soir, devant nous, et vous présentez votre texte avec pour seul objectif d’emmerder les Français ?

Un président de la République, de par sa mission, de par ses responsabilités, de par le contrat qu’il a passé avec la Nation, n’a pas à emmerder les Français. Les paroles du président de la République déshonorent sa fonction et déshonorent notre assemblée parce qu’en fait, vous êtes là pour assouvir les caprices d’un président qui ose dire aux Français : “Je veux emmerder les non-vaccinés”, c’est-à-dire : “Je veux m’attaquer à des millions de Français.” Est-ce un texte qui vise à protéger la santé des Français ou à les emmerder ?

Un texte qui est là pour emmerder une partie des Français. Un texte qui invente la déchéance de citoyenneté comme vous l’avez dit : “Lorsqu’il y a des irresponsables, ce ne sont plus des citoyens.” En face, Olivier Véran tente d’amortir les coups.

Je ne rentrerai pas dans des débats sémantiques. Je vous renverrais volontiers, mesdames et messieurs les députés de la droite, à la formule du président Pompidou qui n’a choqué personne à l’époque. Si vous lisez en détail l’intervention du président de la République, dans son interview au Parisien qui sort demain, vous verrez que l’intention est avant tout une intention de protection de la population.

Le ministre évoque le président Georges Pompidou qui, un jour, avait rétorqué à Jacques Chirac : “Arrêtez d’emmerder les Français !”. Mauvaise référence.

Là, c’est justement le contraire que le président Macron se propose de faire… Quoi qu’il en soit, Olivier Véran est bientôt contraint de battre en retraite. La mobilisation des associations. Je pense qu’on m’entend dans le micro monsieur le président… Je vous redonnerai la parole tout à l’heure mais là, la situation n’est pas tenable.

Donc, nous suspendons nos travaux. C’est Jean Castex que les députés veulent entendre. Nous demandons donc que le Premier ministre vienne ici s’expliquer.

Nous vous demandons de dire au Premier ministre de venir. Et nous demandons la venue du Premier ministre. Mais Castex ne vient pas.

Et, après trois longues suspensions, le président de séance, Marc le Fur, jette l’éponge. Chacun conviendra que les conditions d’un travail serein ne sont pas réunies. Pour des raisons qui touchent, peut-être, à des événements extérieurs à notre assemblée.

Pour toutes ces raisons, et en espérant que nous pourrons travailler plus sérieusement demain dans l’intérêt général, je vous informe que la séance est levée, que la prochaine séance interviendra demain à 15 heures. Hier après-midi, l’Assemblée a repris ses travaux. Façon de parler, puisque la valse des rappels au règlement s’est poursuivie.

Enfin, le Premier ministre a rejoint le Palais Bourbon. L’hôte de Matignon a livré une version plus digeste du propos présidentiel. Il y a une difficulté avec ceux de nos concitoyens qui refusent de se faire vacciner.

Bien sûr. Ce n’est insulter personne. C’est la réalité qu’a voulue rappeler le président de la République.

Être responsable, être libre, ce n’est pas contaminer impunément les autres. Ce n’est pas surcharger nos services de soins qui sont déjà soumis à rude épreuve. Ce n'est pas ça la conception de la République et de la citoyenneté.

Parce que ce virus continue à galoper, il faut que vous poursuiviez, que vous acheviez dans la liberté de vos expressions respectives, l’examen de ce texte qui est extrêmement important dans le contexte que la France et le monde subissent. Jean Castex a calmé le jeu. Avec d’autant plus de facilité que le groupe LR et le groupe socialiste avaient affiché, au début de la discussion, leur accord de principe sur le passe vaccinal.

Avant que ne soient connues les déclarations du chef de l’État, un accord venait même d’être trouvé pour exempter les mineurs de toute obligation vaccinale lors des activités sportives et périscolaires. Alors pourquoi Emmanuel Macron a-t-il pris le risque de jeter de l’huile sur le feu ? On croyait qu’il avait tiré les leçons de sa brutalité passée.

Souvenez-vous de ce qu’il déclarait le 15 décembre. C’était hier. Il y a un siècle.

Il y a des mots qui peuvent blesser et je pense que ce n’est jamais bon de… et c’est même inacceptable. Le respect fait partie de la vie politique. J’ai appris à être… à vivre avec et à… à vivre les peines et du coup à… à aimer mieux, avec plus d’indulgence, de bienveillance et voilà.

Et le soir du réveillon, encore. Il débordait d’empathie. Restons unis, bienveillants, solidaires.

Mais les actes de contrition d’Emmanuel Macron, c’est comme les sapins de Noël. Passé les fêtes, on les retrouve desséchés sur les trottoirs, attendant d’être ramassés par la benne municipale. Loin d’être un dérapage, la provocation présidentielle était calculée.

Ces propos sont d’un populisme froid et calculateur qui montrent que le président de la République est prêt à tout pour gagner cette élection, y compris à fracturer, à diviser encore davantage les Français et à créer de la polémique permanente. Avec ces propos, il est tombé clairement dans le camp des populismes, aux côtés de monsieur Zemmour et de madame Le Pen. Ce n’est en aucun cas un dérapage.

C’est complètement assumé avec une volonté simple : c’est de faire le match entre lui et les extrêmes et d’occuper la scène médiatique et politique uniquement sur la situation sanitaire, pour qu’on ne parle pas de tous les autres sujets qui sont les lacunes du macronisme, c’est-à-dire la lutte contre les insécurités au quotidien, la fracture sociale et territoriale, ou encore le pouvoir d’achat des Français. Voilà, c’est fait pour occuper l’espace, la scène médiatico-politique pour détourner le regard. Emmanuel Macron s’est rendu à l’évidence : la pandémie sera encore présente au moment de l’élection.

Alors autant l’instrumentaliser. Le chef de l’État veut installer une ligne de fracture nette entre ceux qui prennent des gants avec les non-vaccinés, le Rassemblement national, la France insoumise et dans une moindre mesure les Républicains, et le camp des gens qui seraient responsables. La majorité présidentielle.

Sacha Houlié le reconnaissait sans détours : En revanche, sur la question qui se pose aux oppositions, c’est celle de la responsabilité. On a bien compris que le Rassemblement National et la France insoumise n’étaient pas dans ce registre. Il appartient désormais à la droite de choisir son camp.

Justement, chez les Républicains, ça tangue. Il y a ceux qui veulent taper les antivax au portefeuille : Le choix du gouvernement, c’est de limiter très fortement la vie sociale avec le passe vaccinal, et moi je mets un débat sur la table, je dis : “Est-ce que la responsabilité ne peut pas se faire de manière financière en mettant en place une franchise médicale, particulière, pour les gens qui ne sont pas vaccinés et qui souffrent du Covid ?” Je pense qu’il y a un certain nombre de gens pour qui la limitation forte de la vie sociale n’aura pas d’incidence, mais l’incitation financière en aura une sur leur comportement.

Il y a ceux, aussi, qui sont contre le passe vaccinal : Sur le plan personnel, moi je fais partie de ceux qui restent opposés au passe vaccinal. Très clairement. Ce n’est pas la position de mon groupe.

Je considère aujourd’hui que quand on a 91% de la population-cible qui est vaccinée, je dis bien 91%, personne ne conteste les chiffres, on n’est pas obligé de fracturer la société à ce point. Bref, si la droite s’agite autant, c’est aussi pour masquer le grand écart auquel elle est contrainte. Emmanuel Macron, lui, sait qu’il n’a rien à attendre des antivax.

Quoi qu’il fasse, quoi qu’il dise, ils voteront contre lui. Le président candidat préfère jardiner dans le camp des vaccinés. Persuadé de dire tout haut ce que les Français pensent.

Ecoutez, moi je prends les taxis, je vais dans les boulangeries, je vais au restaurant, et qu’est-ce que j’entends ? "Écoutez, il y en a marre, on voudrait revenir à une vie normale.” Et puis on le dit dans des termes qui ne sont pas considérés comme vulgaires dans le quotidien.

C'est-à-dire on dit : “On en a marre de s’emmerder la vie”. Donc ce qu’il a dit, c’est juste ce que disent 92% des Français qui sont vaccinés, en disant : “Attention ce n’est pas la minorité des 8% des non-vaccinés qui doit décider de notre vie sociale quotidienne.” Là-dessus, il ne les a pas humiliés, il ne les a pas méprisés, il dit : “Si vous faites le choix d’être non-vaccinés, nous le respectons, vous êtes des citoyens, par contre votre citoyenneté est différente.

On a le droit d’être citoyen, on a le droit d’avoir une opinion, on a un devoir de société.” Pas sûr que ce soit là un bon calcul. Éric Coquerel parie sur un retournement de l’opinion : Ce sentiment-là qu’essaie de développer le gouvernement, on le voit, c'est-à-dire en pointant l’idée que les responsables du problème seraient les non-vaccinés, moins que le virus, ce serait les non-vaccinés.

Qui pour ma part d’ailleurs est un leurre. C’est une manière, j’allais dire, d'effacer le fait qu’on a un gouvernement qui a totalement fait dans l’impréparation, la désorganisation : pas de masques FFP2, des tests qui manquent, les tests payants, l’hôpital qui est débordé comme chaque fin d’année parce qu’il manque des lits, etc. Je pense que le gouvernement a pointé un adversaire de façon à ce qu’on ne regarde pas trop son bilan qui est catastrophique.

Mais là où il a tort c’est que moi je ne sens pas ça dans l’opinion publique. Vous savez on a un peuple qui est intelligent, et je ne crois pas que ça va marcher très longtemps l’idée que, finalement, les responsables seraient les quelques millions de personnes non-vaccinées, alors même que autour de nous il suffit de regarder ce qu’il se passe, les gens sont contaminés même quand ils sont vaccinés. Donc ça, je pense que ça ne va pas tenir très longtemps si c’était son objectif.

Emmanuel Macron a choisi son registre de campagne. Plutôt que de jouer les présidents rassembleurs, il préfère renouer avec la stratégie qui lui a réussi en 2017. Celle du choc qui fait bouger les lignes et efface les clivages traditionnels.

Mais les Français, fatigués par les crises à répétition, sont-ils vraiment prêts à lui emboîter le pas ? Si vous avez apprécié cette chronique, si vous voulez nous soutenir, n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube. Et n’oubliez pas d’activer la cloche.

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À lundi prochain pour La Guerre du trône, ma chronique sur l’élection présidentielle. Et à jeudi pour un nouveau Bourbon Sinon Rien.