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Discours / meetingÉlysée (sur YouTube)· 12 novembre 2020 11 minAutoproduitFond programmatiqueEurope & internationalEnvironnement & énergieSantéÉconomie & entreprises

Cérémonie officielle du Forum de Paris sur la paix - Intervention du Président Emmanuel Macron

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00E. MacronFait
    « Nous avons lancé, dès le début de la crise, cette initiative ACT-A autour de l'OMS, mais avec justement plusieurs pays, avec la puissance de feu du G20 et aussi de forces régionales, non gouvernementales, du secteur privé... »
  • 4:00E. MacronFait
    « On a COVAX, justement, qui a aussi permis de mobiliser des moyens. »
  • 5:00E. MacronFait
    « Comment garantir effectivement l'accès universel aux moyens de lutte contre notre pandémie ? »
  • 6:00E. MacronFait
    « Notre conviction, je crois pouvoir le dire, c'est qu'au fond, la bataille dans le virus et après le virus, la reconquête, la relance économique doit être une refondation par la transformation écologique et la réponse aux défis du climat et de la biodiversité. »
  • 7:00E. MacronFait
    « Je veux vraiment remercier la directrice générale du FMI, chère Kristalina, pour les solutions innovantes qui sont proposées, qu'on soutiendra, le président Michel aussi parce que l'Europe a décidé, au-delà du fonds de relance, d'innover dans sa propre structuration financière. »
  • 8:00E. MacronFait
    « Comment transformer les règles de la mondialisation contemporaine pour répondre à l'explosion sans précédent des inégalités ? »
  • 9:00E. MacronFait
    « Un commerce international qui prenne en compte nos objectifs climatiques également parce qu'on ne peut pas définir des règles, poser des contraintes à nos acteurs et faire comme si de rien n'était quand on négocie ces règles à l'international. »
  • 10:00E. MacronFait
    « Comment défendre les valeurs universelles et les droits fondamentaux proclamés dans la charte au XXIe siècle face à un recul historique partout dans le monde ? »

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-E. Macron : Bonjour à toutes et tous. J'espère que nous sommes connectés avec l'ensemble des participants au Forum de Paris pour la paix et merci d'être là.

Pardon, nous vous avons fait attendre. Je suis ici au palais de l'Elysée avec le président Macky Sall, le président Charles Michel, et la directrice générale du FMI Kristalina Gueorguieva. Et nous avions à l'instant un échange avec la chancelière Merkel, la présidente Ursula von der Leyen et le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres.

Heureux de vous retrouver donc pour cette 3e édition du Forum de Paris pour la paix et merci à tous les chefs d'Etat et de gouvernement, dirigeants d'organisations internationales, dirigeants d'organisations non gouvernementales, fondations, entreprises, élus, dirigeants et citoyennes et citoyens qui sont réunis aujourd'hui malheureusement virtuellement. C'est la 3e édition de ce Forum de Paris pour la paix que nous avions lancé au moment du centenaire de la fin du 1er conflit mondial pour chercher, justement, à ne pas faire bégayer l'histoire, mais à bâtir ensemble les réponses utiles de notre monde. Ca n'a rien à voir avec l'existence du forum, mais force est de constater que depuis 3 ans, la vie est encore plus dure.

Nous avons eu, depuis maintenant presque un an, une pandémie qui s'est abattue de manière inédite sur le monde, ce Covid-19 qui nous empêche de nous voir physiquement aujourd'hui et qui change nos vies. Le terrorisme s'est remis à frapper durement en Europe et ailleurs, encore hier sur le continent africain. Les tensions sont extrêmes, et les défis que nous avions évoqués à plusieurs reprises sont là pour nous rappeler au fond la complexité des problèmes qui sont les nôtres.

Et ces défis arrivent, s'ajoutent aux défis que nous connaissons depuis maintenant plusieurs années et décennies : défi climatique, défi des inégalités qui est lié à l'épuisement, au dérèglement de notre modèle économique et financier. Tous ces défis, parfois liés les uns aux autres, imposent, impliquent au fond davantage de coopération internationale, et ils adviennent à un moment où notre multilatéralisme est extrêmement fragilisé, soit parce que de nouvelles puissances régionales émergent avec des agendas, des objectifs qui ne sont plus compatibles avec celui-ci, soit parce que nous avons collectivement fragilisé ce multilatéralisme en en faisant parfois l'otage de nos intérêts particuliers ou de nos désaccords. Et donc beaucoup de choses sont à reconstruire parce que nous n'avons jamais été aussi interdépendants.

Au fond, les destins d'un habitant de Rio, Lagos, Canberra, Vienne, Paris, Dakar, n'ont jamais été si liés qu'aujourd'hui par le commerce, par le numérique, par les consciences et le rôle que les réseaux sociaux jouent, les conséquences du dérèglement climatique. C'est pour nous, je crois, un défi encore plus important qu'hier. Notre volonté, c'est véritablement d'essayer d'engager une nouvelle étape.

C'est la discussion que nous venons d'avoir à l'instant avec l'ensemble des dirigeants que j'ai évoqués et d'autres dirigeants que nous avons engagés dans notre réflexion. Au fond, nous sommes convaincus que nous avons aujourd'hui besoin de bâtir un nouveau consensus. Et quand je dis consensus, ce n'est pas une espèce de point d'équilibre mou ou complaisant, mais nous dire : face à ces défis, nous devons nous mettre d'accord sur une même lecture du monde et de le faire entre pays développés, pays en voie de développement, pays émergents, quels que soient les niveaux de développement économiques, financiers et sociaux parce que ces défis sont les mêmes pour tous et qu'on ne peut pas réussir sur chacun des défis que je viens de rappeler les uns sans les autres.

Et notre volonté, c'est de bâtir ce nouveau consensus par un dialogue qui commence aujourd'hui, mais qui doit se poursuivre pour nous dans les prochaines semaines et les prochains mois. Nous signerons une tribune commune à quelques-uns ici présents plus d'autres chefs d'Etat que nous avons impliqués et chefs de gouvernement. Mais notre volonté, c'est de poursuivre ce travail qui doit impliquer les entreprises, les académiques, les ONG pour bâtir en quelque sorte cette grille de lecture commune du moment.

Pour moi, le fait que Macky Sall soit présent ici, que nous ayons entre autres aussi Cyril Ramaphosa dans les signataires, c'est aussi une façon de dire que la réponse à ces défis du XXIe siècle passe par une alliance historique entre l'Afrique et l'Europe, avec la volonté ensuite de convaincre, évidemment, tous les continents. Mais cette volonté commune de l'Afrique et de l'Europe ensemble, en même temps, avec les mêmes exigences, les mêmes droits, est absolument essentielle. Autour de questions qui ont la force de l'évidence mais que nous avons mis trop de temps à affronter réellement et collectivement, on doit réussir à bâtir au fond ce consensus autour de quelques questions dont nous venons de débattre.

Comment garantir effectivement l'accès universel aux moyens de lutte contre notre pandémie ? C'est le 1er défi. Nous avons lancé, dès le début de la crise, cette initiative ACT-A autour de l'OMS, mais avec justement plusieurs pays, avec la puissance de feu du G20 et aussi de forces régionales, non gouvernementales, du secteur privé...

On a COVAX, justement, qui a aussi permis de mobiliser des moyens. Mais comment être sûr et certain que tout le monde joue le jeu, qu'il n'y a pas de comportement de passagers clandestins, qu'on produira suffisamment de doses pour les pays les plus pauvres qui en auront le plus besoin ? Parce qu'on ne gagnera pas contre le virus en abandonnant une partie de l'humanité.

Sinon, ça renforcerait encore nos inégalités et ça bloquerait le développement de tous. Et donc, comment garantir que c'est un bien public mondial ? Comment garantir la bonne production ?

Et comment en même temps s'assurer qu'on continue d'accélérer notre bataille commune pour les systèmes de soins primaires ? Parce qu'on ne peut pas diffuser des vaccins ou des traitements, parce qu'on jouera sur les 2 tableaux, sans système de soins primaires consolidé. 2e grande question : comment être dans la réalité et pas les mots à hauteur des ambitions que nous nous étions données il y a 5 ans en adoptant l'accord de Paris sur le climat, alors même que chacun de nos pays se bat contre une crise sanitaire, économique et sociale d'une ampleur inouïe ?

Notre conviction, je crois pouvoir le dire, c'est qu'au fond, la bataille dans le virus et après le virus, la reconquête, la relance économique doit être une refondation par la transformation écologique et la réponse aux défis du climat et de la biodiversité. Et donc, le défi qui est le nôtre, c'est comment accélérer, justement, les financements qu'ils permettent, les transformations. Je veux vraiment remercier la directrice générale du FMI, chère Kristalina, pour les solutions innovantes qui sont proposées, qu'on soutiendra, le président Michel aussi parce que l'Europe a décidé, au-delà du fonds de relance, d'innover dans sa propre structuration financière.

Et je pense que c'est très important qu'on invente de nouvelles formules et qu'on ait encore plus d'ambitions budgétaires, monétaires et financières dans ce moment pour accélérer cette transition verte avec des échéances qu'on connaît sur 2021. Evidemment, le moment de vérité que nous aurons en fin d'année, début de l'année prochaine sur nos objectifs 2030, le dialogue indispensable que nous aurons entre Européens puis avec la Chine, avec la nouvelle administration américaine et les rendez-vous de la biodiversité en début d'année et du sommet de Glasgow évidemment dans le courant de l'année 2021. 3e grande question, c'est comment transformer les règles de la mondialisation contemporaine pour répondre à l'explosion sans précédent des inégalités.

Et là, on le voit très clairement, les inégalités se font au sein de nos pays, entre pays, entre générations. Notre commerce, l'ouverture de nos économies est menacée par les extrêmes dans nos pays, le doute qui s'est installé, ce que nous a fait vivre aussi la pandémie et cette expérience de vulnérabilité que nous avons tous eue. Comment rebâtir un commerce international qui soit plus juste, qui réponde à ces inégalités dans nos pays et à l'étranger ?

Un commerce international qui prenne en compte nos objectifs climatiques également parce qu'on ne peut pas définir des règles, poser des contraintes à nos acteurs et faire comme si de rien n'était quand on négocie ces règles à l'international. C'est un défi clé qui doit être au coeur de ce nouveau consensus. Et enfin, comment défendre les valeurs universelles et les droits fondamentaux proclamés dans la charte au XXIe siècle face à un recul historique partout dans le monde.

Et de la même manière que le multilatéralisme est fragilisé, l'universalité de nos valeurs est aujourd'hui bousculée par des discours de haine, par une habitude en quelque sorte aux faits terroristes. Il faut non seulement le condamner, mais réussir à créer un ordre public mondial conforme à nos valeurs dans les réseaux sociaux et l'interpénétration de nos imaginaires, et réussir à continuer à défendre cette universalité des valeurs. Et ça, c'est un travail que nous avons commencé avec l'appel de Christchurch, dans cette salle même il y a un an et demi, que nous devons poursuivre.

On le poursuit au niveau européen avec le travail qui est fait au Parlement et bientôt autour de la table du Conseil. Mais c'est un travail qui doit se faire à l'international. Et le partenariat, là aussi, afro-européen est absolument essentiel.

Voilà quelques-uns des grands axes que je voulais rappeler. Et au fond, je vais maintenant céder la parole à mes collègues. Mais, vous le voyez bien, ce sont des défis immenses et nous les posons alors même que nous gérons l'urgence dans nos sociétés.

Mais nous avons la conviction que c'est à cette condition qu'on pourra bâtir une réponse durable aux défis qui sont les nôtres. Nul ne sait dire quand la pandémie s'arrêtera ni quand le terrorisme sera vaincu. Et donc nous ne pouvons pas attendre d'avoir mené ces guerres de l'urgence pour rebâtir ces fondamentaux qui permettront de mieux les prévenir.

Au fond, le moment est venu en quelque sorte d'inverser l'ordre des termes que Charles Dickens employait sur la Révolution. Il écrivait : "C'était la pire des époques, c'était la meilleure des époques." On a un peu goûté du pire cette année et il nous faut tout faire pour que l'année 2021 nous permette, face à ces défis, de tous devoir bouger plus vite.

Et donc, on le fera avec toutes les femmes et les hommes de bonne volonté : organisations internationales, gouvernements, mais aussi ONG, think tanks, chercheurs, entreprises, citoyens parce qu'on est convaincus que c'est dans la pluralité de cette capacité à agir que nous aurons une réponse. Et donc, c'est une conversation que nous commençons aujourd'hui. Elle va se poursuivre, et je souhaite que vous puissiez tous contribuer, répondre, que nous puissions vous lire, qu'il puisse y avoir un travail à la fois intellectuel et doctrinal, mais aussi de mise en pratique très concrète qu'on avait commencé l'année dernière, avec beaucoup d'initiatives, mais qu'on puisse continuer à la fois à démontrer que les choses sont en train de changer, que notre système bouge, et continuer de le penser, de le réinventer.

Voilà ce que je voulais dire pour essayer de rendre grâce de manière synthétique à nos échanges. Et je vais donner maintenant la parole au président Macky Sall.

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