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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 9 mai 2016 11 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesEurope & internationalInstitutions & électionsSécurité

François Fillon

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 91 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:08OuverteRéponse partielle

    Votre campagne plus offensive plaît-elle aux électeurs de droite ?

  • 0:53RelanceRéponse directe

    Nicolas Sarkozy promet des baisses d'impôts et +32Md€ de dépenses militaires. Compatible ?

  • 2:30OuverteRéponse partielle

    Comment justifier un gouvernement économique de la zone euro ?

  • 3:44RelanceRéponse directe

    Plus large que le noyau dur des six historiques ?

  • 5:07OuverteRéponse directe

    Par exemple, l'Europe impose-t-elle sa politique étrangère aux États-Unis ?

  • 5:54RelanceRéponse directe

    La réaction avec la Russie est-elle imposée par les États-Unis ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:32Invité politiqueFait
    « il faut arrêter les rustines, il faut arrêter de croire qu'on va pouvoir régler le chômage avec la réduction du temps de travail ou je ne sais quel remède utilisé depuis 20 ans »
  • 1:06Invité politiqueFait
    « On ne peut sûrement pas promettre tout à la fois »
  • 1:30Invité politiqueFait
    « Sinon on va recommencer ce qui a été fait à plusieurs reprises depuis 30 ans, c'est-à-dire des scénarios de baisse d'impôts avec l'espoir du retour d'une croissance, la croissance ne revenant pas, c'est les déficits qui l'emportent »
  • 1:47Invité politiqueFait
    « François Hollande avait annulé beaucoup d'engagements que nous avions pris dans le quinquennat précédent »
  • 1:59Invité politiqueFait
    « Il y a ce climat d'insécurité qui pèse sur l'Europe, qui nécessite un effort de défense supplémentaire »
  • 2:05Invité politiqueFait
    « la France ne peut pas le porter tout seul »
  • 2:54Invité politiqueFait
    « La vérité c'est que l'Europe est en train d'aller droit dans le mur »
  • 3:01Invité politiqueFait
    « Elle a été incapable de régler la crise des réfugiés »
  • 3:04Invité politiqueFait
    « elle est incapable d'assurer sa souveraineté et son indépendance à l'égard des Etats-Unis »
  • 3:29Invité politiqueFait
    « il faut qu'elle se concentre sur quelques priorités, cinq priorités stratégiques »
  • 4:02Invité politiqueFait
    « il faut que l'euro soit assis sur une zone économique européenne qui soit harmonisée »
  • 4:56Invité politiqueFait
    « sans s'en rendre compte petit à petit, l'Europe passe sous une domination complète des Etats-Unis »

Temps de parole

  • François Fillon82 %
  • Présentateur18 %

0,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonjour François Fillon, ancien Premier ministre, candidat à la primaire de la droite, primaire dont l'organisation est à nouveau contestée avec Nicolas Sarkozy, seul contre tous ses rivaux. On va en reparler, un mot d'abord de votre campagne, il y a cinq mois vous vouliez renverser la table, en avril vous promettez de casser la baraque, on ose imaginer la prochaine étape, mais ça marche, ce ton plus offensif, les électeurs de droite ont envie de voir les muscles de leur champion ?

0:23
François Fillon

J'ai écouté hier Jean Tirole qui était sur une radio concurrente, et il disait exactement la même chose que moi, c'est-à-dire qu'il disait il faut arrêter les rustines, il faut arrêter de croire qu'on va pouvoir régler le chômage avec la réduction du temps de travail ou je ne sais quel remède utilisé depuis 20 ans, il faut reconstruire un nouveau modèle économique et social, donc il faut casser la baraque pour la reconstruire.

0:46
Présentateur

Donc casser la baraque, y compris en ce qu'on peut promettre tout à la fois, je pense, à cette interview de Nicolas Sarkozy de Matin en Figaro qui a promis des baisses d'impôts et qui dit qu'il faut augmenter la dépense militaire de 32 milliards d'euros sur le prochain quinquennat.

1:04
François Fillon

On ne peut sûrement pas promettre tout à la fois, et en particulier il faut concentrer, si on veut redresser la situation économique du pays et redonner du travail aux Français, ce qui doit être le seul objectif, en tout cas le principal, il faut concentrer les efforts sur la compétitivité, il faut concentrer les efforts sur l'investissement, sur le retour d'une certaine forme de souveraineté financière de notre pays, et donc c'est la raison pour laquelle j'indique qu'on ne peut pas baisser tous les impôts à la fois.

Sinon on va recommencer ce qui a été fait à plusieurs reprises depuis 30 ans, c'est-à-dire des scénarios de baisse d'impôts avec l'espoir du retour d'une croissance, la croissance ne revenant pas, c'est les déficits qui l'emportent. Et sur la hausse massive de la dépense militaire ? Bon, il faut dire d'abord une première chose, c'est que François Hollande avait annulé beaucoup d'engagements que nous avions pris dans le quinquennat précédent, puis il revient maintenant à ses engagements, c'est-à-dire que 5 ans après on revient grosso modo à ce qui avait été prévu.

Il y a ce climat d'insécurité qui pèse sur l'Europe, qui nécessite un effort de défense supplémentaire, mais la France ne peut pas le porter tout seul. Et ça amène à parler de l'Europe aujourd'hui, puisqu'on est le 9 mai, l'Europe doit prendre en charge sa sécurité. C'est plus possible que ce soit la France avec ses soldats, quelques Anglais qui assurent les avant-postes de la sécurité européenne, qui font le sacrifice de la vie de leurs soldats, et qui dépensent de l'argent pendant que l'Allemagne regarde tout ça avec intérêt mais sans y participer.

2:30
Présentateur

C'est la journée de l'Europe aujourd'hui, 9 mai, 66 ans après la déclaration Schumann. Ce sera le thème de votre discours ce soir à Strasbourg. Comment justifier, quand on se veut l'héritier de Philippe Séguin, comment expliquer que la nécessité c'est de mettre en place un gouvernement économique ou un directoire de la zone euro ?

2:48
François Fillon

Bon d'abord, en ce 9 mai, on se demande qui célèbre l'Europe avec enthousiasme et sincérité. La vérité c'est que l'Europe est en train d'aller droit dans le mur. Les Anglais s'apprêtent à la quitter, en tout cas il y a un vrai risque. Elle a été incapable de régler la crise des réfugiés et elle est incapable d'assurer sa souveraineté et son indépendance à l'égard des Etats-Unis. Et au fond, la proposition principale que je fais aujourd'hui, c'est comment l'Europe peut retrouver son indépendance et sa souveraineté. Et pour ça, il faut qu'elle se concentre sur quelques priorités.

cinq priorités stratégiques, qu'elle laisse aux Etats la vie quotidienne et qu'elle s'occupe de sujets que les Etats ne peuvent pas régler à sa place. Il y en a un qui est pour moi fondamental, c'est d'avoir une monnaie européenne, sans doute sur un territoire plus restreint qu'aujourd'hui, qui soit une vraie monnaie de réserve et une vraie monnaie de règlement pour nous affranchir de la tutelle américaine. Plus restreint qu'aujourd'hui, ça veut dire que certains des 18 devraient abandonner l'euro ?

Ça veut dire que pour avoir une vraie monnaie de réserve et de règlement, qui soit un jour, même si c'est du long terme, l'équivalent du dollar, et qu'on ne se fasse pas dépasser par la monnaie chinoise qui est en train progressivement de gagner du terrain dans les échanges internationaux, il faut que l'euro soit assis sur une zone économique européenne qui soit harmonisée. C'est-à-dire qu'il faut qu'au moins que la fiscalité des entreprises dans cette zone soit comparable, sinon identique. Et donc la question est de savoir, est-ce que 18 pays pourront aller dans ce sens ? J'en suis pas sûr.

Et moi, je préférais qu'on se fixe l'objectif, avec le calendrier pour l'atteindre, comment est-ce qu'on harmonise l'impôt sur les sociétés, comment est-ce qu'on met en place une vraie harmonisation fiscale, et puis ceux qui pourront suivre, suivront, ceux qui pourront pas suivre, se mettront de côté.

4:34
Présentateur

Mais c'est plus large que le noyau dur des six historiques de l'Europe que proposait Laurent Wauquiez, par exemple.

4:42
François Fillon

Il faut pas, il faut pas, enfin, on reviendra jamais en arrière. Donc la question c'est de savoir qui peut se mettre autour de cette table-là, c'est sans doute grosso modo les six, sans doute un peu plus, mais pourquoi est-ce que je propose ça ? Parce que, sans s'en rendre compte petit à petit, l'Europe passe sous une domination complète des Etats-Unis, complète en matière de politique étrangère, les Etats-Unis imposent leur politique étrangère à l'Europe. Par exemple ?

C'est-à-dire que que ça soit sur les affaires de la Russie ou que ça soit sur les affaires du Moyen-Orient, les Etats-Unis mettent en œuvre une politique étrangère, c'est leur droit le plus strict, mais ils imposent ensuite aux entreprises européennes, à travers la justice américaine, de respecter des décisions qui sont prises par les Américains, et c'est une situation qui est inédite, qui est totalement contraire aux droits internationaux en réalité, qui est surtout contraire à la morale, qui est contraire à ce qu'on a voulu faire en créant l'Europe.

C'est la raison pour laquelle je dis qu'il faut une monnaie européenne qui permette de libeller les échanges internationaux en euros et de ne pas continuer à se laisser imposer une vision américaine qui est celle des intérêts américains, qui sont nos alliés mais qui ne sont pas forcément les mêmes que les nôtres. La réaction avec la Russie, l'Europe s'est laissée imposer sa politique par les Etats-Unis ? En tout cas, les Etats-Unis ont largement aggravé la situation. Les Etats-Unis ont décidé de se créer un nouvel adversaire.

Il y a eu, il y a quelques semaines, une interview, quelques mois, du chef d'état-major de l'armée américaine qui a dit que l'ennemi principal des Etats-Unis, c'était la Russie. L'ennemi ou la menace ? Oui, enfin, peut-être la menace, vous avez raison. Ah, c'est pas pareil. Vous avez raison. C'est pas exactement la même chose. Vous avez raison. Mais enfin, même ce mot de menace est beaucoup trop fort. Je veux dire, aujourd'hui, il y a des sujets de préoccupation en termes d'instabilité, en termes d'insécurité dans le monde qui sont bien plus graves que celui posé par la Russie.

6:38
Présentateur

L'Europe devrait mettre fin, par exemple, aux sanctions commerciales.

6:41
François Fillon

Bien sûr, je le réclame depuis des mois et des mois. D'ailleurs, ça va se produire, ça va se produire cet été. On aura juste perdu des mois. Et surtout, on n'aura aucun résultat. Mais je sais que vous voulez m'emmener sur la Russie. Vous êtes sûr de ça ?

6:53
Présentateur

Vous êtes sûr que Vladimir Poutine n'est pas sensible au rapport de force ?

6:56
François Fillon

Ah si, je connais le résultat. C'est que ça a juste durci la situation. Et que ça l'a fait, ça l'a rendu encore un peu plus autoritaire. Et ça a contribué à crisper encore un peu plus le régime russe. Mais c'est pas le sujet. La question, c'est comment on fait rebondir une Union européenne qui, si elle se désintègre, va se traduire par un affaiblissement du continent européen. Parce que ce sera historiquement un recul. Donc il y a la question anglaise, il y a la question de la Turquie, il y a la question des réfugiés, il y a la question de la stratégie en matière d'énergie ou d'innovation de l'Europe. Il faut donc une nouvelle Europe concentrée autour de quelques priorités stratégiques.

Et ça demande, évidemment, là encore, pardon d'utiliser toujours la même formule, mais ça demande un peu de casser la baraque. C'est-à-dire, ça demande que le président de la République française tape du poing sur la table, peut-être à l'occasion du Brexit, et engage au moins une réflexion sur une nouvelle architecture européenne.

7:58
Présentateur

On va reparler de politique étrangère à coup sûr dans la deuxième partie de cet entretien avec les auditeurs d'Inter. Un mot quand même sur la nécessité ou pas de casser la baraque dans votre parti Les Républicains, puisqu'on parlait d'autorité tout à l'heure en début d'entretien. L'autorité, c'est celle de Nicolas Sarkozy, président des Républicains, qui dit ce matin dans le Figaro, le vote des Français de l'étranger, ce sera comme j'ai décidé, et pas autrement. Est-ce que c'est grave ? Est-ce que c'est inquiétant pour la sincérité du scrutin ? Ou c'est une anecdote, selon vous ?

8:27
François Fillon

Non, ce n'est pas une anecdote, c'est un problème qui est loin d'être négligeable, puisque c'est un million et demi ou deux millions de personnes qui pourraient voter, à l'occasion potentiellement. Ce sont des personnes auxquelles Nicolas Sarkozy a toujours accordé beaucoup d'importance et d'attention, puisqu'il a créé des députés des Français de l'étranger, ce qui est paradoxal par rapport à la décision qu'il vient de prendre, puisque en absence de vote électronique, en réalité, les Français de l'étranger ne voteront pas.

Une grande partie d'entre eux ne voteront pas parce qu'ils n'auront pas le droit de voter, parce qu'il y a beaucoup de pays où c'est interdit d'avoir des activités politiques pour des étrangers. Donc il ne peut pas y avoir de bureau de vote dans ces pays-là. Vous vous souvenez qu'il y avait eu une polémique, même à propos de l'élection des députés français, des Français de l'étranger au Canada, qui voulaient interdire cette élection. Ça sera le cas en Chine, ça sera le cas dans un très grand nombre de pays. Et puis ailleurs, il y aura des problèmes de distance qui font que les Français de l'étranger ne voteront pas.

Donc j'espère qu'au cours du bureau politique qui doit se passer la semaine prochaine, la sagesse l'emportera et que Nicolas Sarkozy aura à cœur de faire en sorte que les voix des Français de l'étranger soient entendues dans la primaire.

9:35
Présentateur

Je repose aujourd'hui la question que l'on posait il y a quelques mois, mais qu'on avait un peu vu disparaître. Avez-vous confiance dans le déroulement du scrutin de novembre ?

9:45
François Fillon

Oui, globalement j'ai confiance. Non mais j'ai confiance parce qu'il y a une organisation qui a été mise en place. Cette organisation, elle est coiffée par une haute autorité. Bon, il ne faut pas que la haute autorité, aujourd'hui, ne soit pas entendue par la direction des Républicains. D'ailleurs, cette primaire ne doit pas être la primaire des Républicains. Ça doit être la primaire de la droite et du centre. Donc ça ne peut pas être un parti tout seul, même si les statuts ont prévu que le bureau politique approuve, comme ceux des autres formations politiques d'ailleurs, l'organisation. Les Républicains doivent avoir à cœur de laisser la haute autorité faire son travail.

Sinon, il y aura un doute. Et si jamais il y avait un doute sur cette élection, alors je prédis un avenir sombre pour la droite et le centre. Parce que ce serait évidemment une terrible démonstration de faiblesse, au moment où, au contraire, l'alternance devrait profiter à la droite et au centre.

10:39
Présentateur

François Fillon, invité de France Inter. On vous retrouve dans quelques minutes et dans un instant, la revue de presse.