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InterviewRadio France (sur Site radio)· 9 juin 2026 7 minContradictoireActualité / polémiqueJusticeSécurité

Affaire Lyhanna : "Les politiques n'assument pas leur responsabilité et préfèrent choisir des boucs émissaires"

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:35OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'on répond aux critiques envers les magistrats ?

  • 2:06RelanceRéponse directe

    Le budget de la justice a été augmenté, ce n'était pas suffisant ?

  • 3:05OuverteRéponse directe

    Rouvrir 70 000 dossiers de violences sexuelles sur mineurs d'ici le 14 juillet, c'est faisable ?

  • 4:58OuverteRéponse directe

    À Poitiers, qu'est-ce qui manque pour traiter mieux ces plaintes ?

  • 5:37OuverteRéponse partielle

    Combien de temps prend une affaire de violences sexuelles sur mineurs à Poitiers ?

  • 6:16OuverteRéponse directe

    On enchaîne les priorités, vous êtes perdus ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:22Invité politiqueChiffre
    « Le budget de la justice, c'est 77 euros par habitant en France. »
  • 5:11Invité politiqueFait
    « Il faudrait quatre fois plus de magistrats du parquet. »
  • 5:17Invité politiqueChiffre
    « En France, on a trois procureurs pour 100 000 habitants, là où la moyenne européenne est à 12. »

Temps de parole

  • Invité politique75 %
  • Invité23 %
  • Présentateur2 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:03
Présentateur

7h47. Hier, des milliers de personnes ont manifesté pour rendre hommage à Liana. Beaucoup dénoncent des défaillances de l'État ou de la justice. Vous en parlez ce matin avec votre invité, Clément.

0:13
Invité

Bonjour Natacha Obneau. Vous êtes magistrate, conseillère à la Cour d'appel de Poitiers et trésorière nationale de l'Union des magistrats. Avant de revenir sur les réactions de la classe politique, un mot quand même dans les trois manifestations chez nous hier. Des parents très marqués nous parlaient de défaillances de l'État et de la justice. Les gens ont du mal à comprendre comment une personne accusée pour des plaintes aussi graves que de violences sexuelles a pu s'approcher d'enfants. Qu'est-ce qu'on leur répond et qu'est-ce qu'on répond à ces critiques envers les magistrats ?

0:39
Invité politique

Bonjour. En effet, on est absolument estomaqués quand on voit ce qui s'est passé. Ce drame est un drame absolu. Un drame qui, d'après les éléments dont on dispose, aurait dû être évité. En tout cas, des moyens auraient dû être mis pour qu'ils soient évités. On ne peut que s'associer à ces inquiétudes, à cette douleur et à ce sentiment de scandale absolu.

Néanmoins, faire de magistrats les dix émissaires de ce drame et des dysfonctionnements que l'État a rendus possibles et a entretenus depuis des années et des années, alors que nous, syndicats de magistrats, notamment à l'Union syndicale des magistrats, on a appelé depuis des décennies, 30 ans, 40 ans, qu'on dit que le budget de la justice est insuffisant, nous n'avons pas les moyens de faire face à nos tâches et quotidiennement, on fait face à l'ensemble des choses qui arrivent devant la justice, on essaye, mais quand vous êtes trois pour faire le travail de 12 personnes, évidemment qu'il y a des loupés et évidemment qu'il y a des drames.

On l'avait dit, on avait averti qu'un drame allait arriver. Ce drame arrive, il n'est malheureusement pas le premier et sans doute malheureusement pas le dernier compte tenu des conditions dans lesquelles on travaille.

1:58
Invité

Alors sur les manques de moyens, justement, Emmanuel Macron, le président avait dit qu'il ne voulait pas entendre cet argument parce que le budget de la justice avait été augmenté. Ce n'était pas suffisant ?

2:08
Invité politique

Alors non, ce n'est pas suffisant, largement insuffisant même. Vous savez, quand on distribue un gâteau et qu'on donne une infime part à quelqu'un, même si vous doublez cette part, elle reste infime. Et c'est exactement ce qui se passe avec le budget de la justice. Aujourd'hui, le budget de la justice, c'est 77 euros par habitant en France, là où la moyenne européenne est à 85 euros, avec des pays comme l'Allemagne à 140 euros, la Suisse à 220 euros. Vous voyez qu'on est quand même très, très loin d'un budget digne de ce nombre pour la justice.

Le budget qui est alloué à ce qu'on appelle les services judiciaires, donc c'est tout ce qui tourne autour des juridictions, les besoins humains, matériels, etc. C'est 1% du budget de l'État. Donc le budget est ridiculement insuffisant.

2:53
Invité

Qu'on comprenne justement, de manière un peu plus concrète, peut-être pour nous, ces besoins humains dont vous parlez. Prenons l'exemple de Gérald Damanin qui dit vouloir rouvrir toutes les plaintes, 70 000 dossiers en France, d'ici le 14 juillet pour ces questions de violences sexuelles sur mineurs. Alors c'est bien beau, mais ça voudrait dire combien de plaintes à gérer chez nous. C'est faisable en si peu de temps ? Expliquez-nous.

3:12
Invité politique

Alors faisable, nous on pense que ça ne l'est pas réellement. Après tout dépend ce qui l'attend. Si c'est jeter un oeil à ces plaintes, dire combien il y en a, peut-être qu'on peut le faire de manière extrêmement rapide, mais ça ne fera pas un réel traitement. Et en fait c'est ça notre quotidien, c'est-à-dire qu'on ne traite pas convenablement les dossiers, on les expédie parce qu'on n'a pas le choix. On a fait une tribune il y a quand même assez peu de temps, qu'on a appelée la tribune des 3000, qui était une tribune faite à la suite du suicide d'une collègue.

Une collègue qui était à bout, qui n'en pouvait plus de cette pression constante, qui a mis fin à ses jours et qui a dénoncé les conditions dans lesquelles elle travaillait. Et les collègues se sont mobilisés pour dire, on en a marre en fait de tout chronométrer, de travailler toujours plus vite et dans des conditions insatisfaisantes, parce qu'évidemment, les gens, les justiciables sont insatisfaits de la façon dont la justice est rendue, mais nous, professionnels de la justice, nous sommes insatisfaits de la façon dont on rend la justice. Parce que ce n'est pas pour expédier les gens et expédier les dossiers qu'on a choisi de faire ce travail.

Donc, la souffrance des gens qui rendent la justice, elle est existante aussi. Et la souffrance des gens qui ont affaire à la justice et qui attendent pendant des mois, des années, et qui voient leur juge cinq minutes, c'est insupportable et inacceptable. Alors vous, vous... Donc, traiter 70 000 plaintes, il y a 1900 parquetiers en France. 1900 parquetiers en France, on leur demande de retraiter 70 000 plaintes, alors que, par ailleurs, il y a quand même 11 500 plaintes par jour qui arrivent, déjà. Donc, si on retraite ces 70 000 plaintes en un mois, qu'est-ce qu'on ne fait pas ? En fait, nous, ça fait des années qu'on vit...

4:56
Invité

Peut-être que, pour qu'on comprenne aussi un petit peu mieux, si on revient à la cour d'appel de Poitiers, que vous connaissez bien, ça nécessiterait quoi, en fait ? Qu'est-ce qui vous manque concrètement pour pouvoir traiter mieux ces plaintes, notamment de violences sexuelles sur mineurs ?

5:09
Invité politique

Il manque... Il faudrait quatre fois plus de magistrats du parquet. Les moyennes européennes, là encore, parlent pour nous, et on l'a dit et redit. C'est-à-dire qu'en France, on a trois procureurs pour 100 000 habitants, là où la moyenne européenne est à 12. Donc, il faut quatre fois plus de gens. Et quand vous faites le travail de quatre personnes, à vous tout seul, inévitablement, il y a des choses que vous faites trop vite, trop mal, et il y a des loupés.

5:34
Invité

Et pour traiter un dossier, une affaire comme celle-ci, combien de temps ça prend, en moyenne, une affaire de violences sexuelles sur mineurs, qui est traitée, par exemple, à Poitiers ? Ça prend combien de temps, en moyenne ?

5:43
Invité politique

Ça prend forcément beaucoup de temps. Après, violences sexuelles sur mineurs, ça peut vouloir dire beaucoup de choses. Ça peut être un geste déplacé, ça peut être une agression sexuelle, et ça peut être un viol. Donc, je pense que l'idée, derrière la demande de Darmanin de traiter ces 70 000 plaintes, c'est décider de repérer les faits les plus graves pour les traiter en priorité. Mais c'est déjà ce que font les collègues du quotidien. C'est déjà ce qu'on fait.

6:14
Invité

Une dernière question, très très rapidement, parce qu'on est vraiment pris par le temps, mais là, on nous parle de mettre la priorité sur les violences sexuelles sur mineurs. Avant, on nous parlait peut-être d'autres sujets. Est-ce que vous avez l'impression qu'on passe d'une priorité à l'autre, et que vous êtes un petit peu... qu'on n'arrête pas d'enchaîner les priorités, que vous, vous êtes un petit peu perdu dans ce qu'on demande aux magistrats ?

6:32
Invité politique

Oui, c'est exactement ça. C'est-à-dire que M. Darmanin multitile et circulaire pour définir les priorités, mais quand vous avez trop de priorités, ça tue toute priorité. C'est-à-dire qu'on vous demande de faire d'abord les violences faites aux femmes, puis les violences sur mineurs, puis les violences sur les élus, puis les violences sur les policiers, puis le narcotrafic, puis la criminalité organisée, puis le grand banditisme, et le terrorisme, évidemment. Et en fait, évidemment, tout est prioritaire. Donc la seule solution, c'est de donner des moyens pour tout traiter convenablement. Mais les responsables politiques ne veulent pas assumer leurs responsabilités.

Ils préfèrent faire des magistrats, des boucs émissaires.

7:08
Invité

Merci beaucoup, Natacha Aubnois. Je rappelle que vous êtes conseillère à la Cour d'appel de Poitiers, trésorière nationale de l'Union des magistrats.