Macron : sa lettre aux français - C à Vous - 14/01/2018
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:09OuverteRéponse directe
Ma lettre, sa lettre, la lettre du président à la une de la presse ?
- 0:34OuverteRéponse directe
Cette lettre au Français, elle fait cinq pages, elle est longue et dense ?
- 1:02OuverteRéponse directe
Un président élu sur un programme qui dit que tout est sur la table ?
- 1:36OuverteRéponse directe
On revient au mot, ceux d'Emmanuel Macron, 2335 exactement ?
- 2:13RelanceRéponse directe
Que dit Emmanuel Macron aux Gilets jaunes dans les premiers paragraphes ?
- 3:33RelanceRéponse directe
Ce débat est un véritable enfumage ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:16Invité politiqueFait
« Que la France est par son système de solidarité et de redistribution une des nations les plus fraternelles et les plus égalitaires. »
- 2:22Invité politiqueFait
« Et deux, que c'est aussi l'une des plus libres et les plus démocratiques. »
- 2:47Invité politiqueFait
« Le président pose une trentaine de questions concrètes, 35 exactement, dont une qui surprend sur les quotas d'immigration. »
- 2:56Invité politiqueFait
« Ceci n'est pas une élection. Ce n'est pas un référendum, conclut-il. »
- 3:26Invité politiqueFait
« C'est drôle parce que ça a traversé tous les partis hier. Ce mot, c'est enfumage. Enfumage. »
- 4:40Invité politiqueFait
« Par exemple, oui, sur l'ISF. Enfin, ce qu'on croit deviner. »
- 5:17Invité politiqueFait
« La première dans le texte, il le dit lui-même, ce débat, ce ne sera ni une élection ni un référendum. »
- 5:23Invité politiqueFait
« Il dit aussi qu'il n'est pas question de revenir sur les 20 derniers mois de réforme. »
- 5:38Invité politiqueFait
« La colère des gilets jaunes contre la hausse de la taxe carbone est reléguée au rang 3. »
- 7:26InvitéFait
« Notre jeunesse, elle a besoin qu'on lui enseigne un métier, des gestes, des savoirs, le sens de l'effort et le sens de cet engagement qui fait qu'on n'a rien dans la vie s'il n'y a pas cet effort. »
- 7:43InvitéFait
« Les troubles que notre société traverse sont aussi parfois dus et liés au fait que beaucoup trop de nos concitoyens pensent qu'on peut obtenir sans que cet effort soit apporté. »
- 9:04Invité politiqueFait
« Si un président de la République ne veut pas dire à des citoyens que le sens de l'effort, c'est quelque chose d'important... »
- 9:28Invité politiqueFait
« Il est comme ça. Il faut quand même se rappeler que quand il était en marche de son déplacement aux Antilles, quand on l'avait invité à réagir sur la fameuse phrase des Gaulois réfractaires, il a dit, mais je suis comme ça et je ne changerai pas. »
- 10:31Invité politiqueFait
« Il comprend, mais il a sa trajectoire, sa trajectoire politique, et il y a sa politique qui est aujourd'hui de faire payer le travail plutôt que l'impôt. »
- 14:01Invité politiqueChiffre
« L'État a supprimé 550 emplois publics dans une ville de 10 000 habitants. »
Temps de parole
- Emmanuel Macron70 %
- Présentateur15 %
- Invité3 %
- Invité 23 %
- Invité 33 %
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Ma lettre, sa lettre, la lettre du président au choix, mais à la une de quasiment toute la presse quotidienne nationale et régionale. Avec des commentaires plus ou moins optimistes à l'égard de cet exercice inédit. Si pour l'Est républicain, ce grand débat peut constituer un des actes fondateurs de la nouvelle gouvernance promise par Emmanuel Macron, un débat sans tabou, sans question interdite, c'est aussi un exercice périlleux. Un écrit de rattrapage pour Libération avec des gilets jaunes, pas dupes, des ruses de Macron à la une de l'humanité et des éditorialistes qui s'interrogent.
Cette lettre au français, elle fait cinq pages, elle est longue, elle est dense. C'est vrai que la lettre est longue, mais si vous vous contentez des questions, et c'est les questions concrètes qui intéressent les français, notamment ceux qui ont manifesté, ça va très vite. Et sur chacune de ces questions, je pense que la plupart des français, fidèles à leur tradition, ont envie de donner une réponse. Ce qui m'a frappé, c'est le côté rationnel de cette lettre. Il n'y a pas du tout les envolées que l'on a parfois l'habitude d'entendre de la part du président, non ? C'est factuel, rationnel, presque froid.
Voilà un président de la République qui a été élu il y a un an et demi sur la base d'un programme, et qui un an et demi plus tard, à la faveur de ce mouvement social, dit à l'ensemble des français, bah écoutez, tout est sur la table. C'est sans doute un beau débat qui s'annonce, mais plein de surprises.
Jean-Michel Apathy d'Europe 1 et Olivier Beaumont du Parisien sont ce soir nos invités. Bonsoir Jean-Michel, bonsoir Olivier Beaumont, merci à tous les deux de votre présence ce soir. On va revenir dans un instant sur la préparation de ce grand débat qui s'annonce plein de surprises et qui s'ouvre demain. Mais d'abord, on revient au mot, ceux d'Emmanuel Macron, le Parisien les a comptés, 2335 exactement. Patrick ? Vous en avez compté, vous aussi ?
C'est long. Jamais trop comme ça. C'est long sur la forme. Et comme ça n'a pas été envoyé par la Poste pour éviter une nouvelle polémique sur le coût du courrier, je serais curieux de savoir combien de citoyens vont prendre au moins, allez, une dizaine de minutes à peu près, pour lire le président de la première à la dernière ligne. Sur le fond, maintenant, tout dépend du point de vue. Je pense que la plupart de ceux qui se reconnaissent dans le mouvement, dans le combat des Gilets jaunes ou qui défilent chaque samedi en Gilets jaunes en criant Macron démission n'auront pas dépassé la première page. Parce que qu'est-ce qu'il leur dit Emmanuel Macron dès les premiers paragraphes ?
Que la France est par son système de solidarité et de redistribution une des nations les plus fraternelles et les plus égalitaires. Et deux, que c'est aussi l'une des plus libres et les plus démocratiques. Donc tous ceux qui crient en ce moment depuis des semaines à l'injustice et à la dictature doivent changer de lunettes. En tout cas, ils se trompent de combat. C'est ce qu'il leur dit dès le début. Ensuite, il ouvre un processus inédit. Il ouvre des portes, toutes les portes, dit-il. Pas de questions interdites avant d'expliquer plus loin que nous ne reviendrons pas sur les mesures qui encouragent l'investissement. On peut penser que ça comprend l'ISF.
Le président pose une trentaine de questions concrètes, 35 exactement, dont une qui surprend sur les quotas d'immigration. C'était dans le programme de François Fillon. Ça n'avait pas ressurgi depuis. Ceci n'est pas une élection. Ce n'est pas un référendum, conclut-il. Mais j'en tirerai toutes les conclusions. Je veux transformer les colères en solutions. Alors tout est là. C'est un processus qui vise à restaurer la confiance entre les Français et leurs gouvernants, mais qui ne peut fonctionner que s'il y a un minimum de confiance, justement, si on fait crédit au président, que participer à ce débat, ça peut servir à quelque chose.
Et de ce point de vue, il n'est pas aidé par l'opposition, qui a trouvé un élément de langage. C'est drôle parce que ça a traversé tous les partis hier. Ce mot, c'est enfumage. Enfumage. Ce grand débat est un grand enfumage.
Ce débat est un véritable enfumage. Ça n'est pas autre chose que de l'enfumage.
Ça s'apparente plutôt à un nouvel enfumage du pouvoir exécutif. On voit bien que tout ça est de l'enfumage. De toute façon, ce débat est un enfumage total. Oui, ce débat, en réalité, c'est un enfumage total. Enfumer, c'est l'action de tromper par des mensonges. C'est dire qu'on n'est pas sorti de l'auberge. Moi, je trouve que pour le coup, c'est un mot qui ne... Enfin, sur le contenu, le mot d'enfumage ne va pas. Sur le contenu de la lettre. Il n'enfume personne, il est clair. Certains parlent du débat, là. Il pourrait y avoir de l'enfumage à la sortie. Mais ça, peut-être qu'on reparlera de la sortie. Après, ça, c'est possible. Le débat, c'est la première fois... Moi, je n'y crois pas trop.
Il y a beaucoup d'imperfections. On pourra détailler. Mais c'est quand même la première fois que la plus haute autorité de l'État dit aux gens « Allez, parlez de tout ! Débattez ! » On ne peut pas dire dans une démocratie que c'est médiocre ou négligeable.
On ne méprise pas l'opinion des Français dans ce cas-là. Enfin, dans l'intention.
Dans quel état d'esprit on le fait ? Il y a beaucoup de choses qui manquent dans cette lettre. Il y a peut-être des formulations qui sont curieuses. Par exemple, oui, sur l'ISF. Enfin, ce qu'on croit deviner. On ne peut pas dire « Tout est libre, puis ce que j'ai déjà fait, je ne le referai pas. » C'est un vrai problème, ça. Parce que s'il ressort de manière majoritaire et que les gens veulent quelque chose, et si Emmanuel Macron dit « Ça, je ne le ferai pas », il y a un conflit de légitimité.
Et c'est ça qui n'est pas dit, d'ailleurs, dans la lettre. Il se met dans une situation qui est curieuse. Il ne mesure pas les conséquences éventuellement de ce grand débat.
Moi, je pense que ce débat a été monté tellement rapidement qu'il peut effectivement y avoir des conséquences auxquelles personne n'a pensé pour l'instant.
Olivier Beaumont.
Sentiment d'enfumage pour l'opposition a deux raisons. La première dans le texte, il le dit lui-même, ce débat, ce ne sera ni une élection ni un référendum. Il dit aussi qu'il n'est pas question de revenir sur les 20 derniers mois de réforme. Donc ça veut dire qu'on peut discuter de tout, mais de quoi finalement si on ne peut pas revenir, en effet, sur la question de l'ISF ? On voit que sur la thématique de la transition écologique, qui était censée être le thème numéro 1 de ce débat, et c'est de là dont tout est parti. Il faut quand même le rappeler. La colère des gilets jaunes contre la hausse de la taxe carbone est reléguée au rang 3.
Et puis en fumage, en effet, sur la forme, puisqu'à l'heure actuelle, on ne sait toujours pas la méthode. Cette lettre ne dit absolument rien sur la façon dont vont se passer les débats au cours des jours prochains. La seule chose qu'on sait, c'est en effet qu'Emmanuel Macron a rendez-vous demain, dans l'heure, avec 600 maires de ce département et des départements voisins.
Vous racontez comment Emmanuel Macron a pesé chaque mot. Il a passé deux jours enfermé dans son bureau pour rédiger cette lettre.
Et d'ailleurs, on rappelait les 2335 mots, quasiment 15 000 signes. C'était jugé déjà trop long dès samedi. Et on disait oui, on essaie de le convaincre de couper, de couper, de couper. Ça va être très dur. Et en plus, jusqu'au dernier moment, jusqu'au moment où on en voit, il va vouloir rajouter. Donc, il tenait vraiment à tout. Mais pour le coup, il a raison. L'acte est tellement...
Inédit ?
Oui, rare. Pas inédit, forcément, une lettre. Non, rare. Il a raison de ne pas se limiter, ça, après tout.
Le dernier mot choisi, en confiance.
Ça vous fait parler, ça. C'est la inscrite. Oui, en confiance.
Ça existe, cette locution existe, mais elle est rare, elle est inhabituelle. Elle est très macronienne, en confiance.
C'est ce qui fait le plus défaut aujourd'hui dans le débat public, la confiance. On l'a vu avec le baromètre du Sevipov vendredi, la publication de ce baromètre de confiance qui montre que la plupart des institutions font l'objet d'une défiance absolument inédite. C'est un engagement. En confiance, ça veut dire, je vous écouterai. Donc, s'il ne le fait pas à la fin...
Vous le disiez, il a pesé chaque mot. Et pourtant, l'effet de cette lettre a été précédé par une polémique, déjà des mots du président prononcé vendredi lors de la traditionnelle galette des rois à l'Élysée. Emmanuel Macron expliquait que les troubles dans le pays étaient explicables par le fait que trop de Français n'auraient pas le sens de l'effort. Il ne l'a pas dit comme ça. On écoute précisément.
Notre jeunesse, elle a besoin qu'on lui enseigne un métier, des gestes, des savoirs, le sens de l'effort et le sens de cet engagement qui fait qu'on n'a rien dans la vie s'il n'y a pas cet effort. Les troubles que notre société traverse sont aussi parfois dus et liés au fait que beaucoup trop de nos concitoyens pensent qu'on peut obtenir sans que cet effort soit apporté.
Il le dit, il le dit, une déclaration qui a suscité un tollé, un support à provocation, arrogance pour l'opposition. Un commentaire sur cette petite phrase à tous les deux.
Il improvise souvent Emmanuel Macron. Et dans l'improvisation, il ne se rend pas compte que la lecture peut être différente de l'état d'esprit qui peut être le sien tant qu'il prononce ses mots. Ça, ça fait quand même partie du boulot. C'est-à-dire restreindre les possibilités d'interprétation. Et ça, Emmanuel Macron, il n'en a jamais conscience. Et là, ce que beaucoup de gens entendent, c'est qu'ils nous traitent encore une fois, c'est la variante de feignant. Mais si les gens l'entendent, l'émetteur a une responsabilité. Et là-dessus, je pense qu'il faut... Patrick et Olivier Bourgneau. Moi, j'ai toujours entendu...
Ah ben, il y en avait, Mitterrand, il semblait improviser beaucoup et tout était au carré. Non, mais... Il y a eu des écarts de langage qui étaient effectivement insupportables. Mais là, ça, franchement, dans ce cas-là, un président ne peut plus rien dire. Qui a dit à Kennedy, quand il a dit, au lieu de vous demander ce que vous pouvez faire pour le pays...
Vous demandez ce que vous pouvez faire pour le pays.
Qui a dit que Kennedy méprisait les Américains ? Dans un contexte qui n'avait rien à voir. Ce que le pays peut faire pour vous, demandez ce que vous pouvez faire pour le pays. Si un président de la République ne veut pas dire à des citoyens que le sens de l'effort, c'est quelque chose d'important... Mais vous pensez que les Français n'ont pas le sens de l'effort ? Qui, moi ? Mais c'est ce qu'on peut comprendre dans cette phrase. On peut comprendre chez lui ce type de critique. Non, mais la critique, la critique qui lui est faite, c'est... Vous dites que les Français n'ont pas le sens de l'effort. Arrêtez de mépriser votre peuple. Et ça, c'est parce qu'il est imprécis dans la formulation.
Olivier Beaumont, sur la...
Il est imprécis, mais il est comme ça. Il faut quand même se rappeler que quand il était en marche de son déplacement aux Antilles, quand on l'avait invité à réagir sur la fameuse phrase des Gaulois réfractaires, il a dit, mais je suis comme ça et je ne changerai pas. Donc, c'est dans son ADN à Emmanuel Macron, il a se parler cash, se parler vrai. Et bien sûr que cette phrase, même s'il est un petit peu improvisée, elle est faite à dessein. Il sait très bien qu'elle intervient avant sa lettre aux Français. Il sait très bien que ça va être commenté quand même, même s'il n'a pas 20 ans de vie politique. Quand même, il sait très bien qu'il y a des journalistes...
Donc, il pense qu'il y a une certaine partie des Français qui n'ont pas le sens de l'effort ?
Il pense, oui. Il y a aussi peut-être une partie des Français, dont je ne connais pas exactement la proportion, qui est potentiellement d'accord avec ce qu'il dit, il ne faut pas l'oublier. Oui, sans doute, sans doute. Mais dans le contexte, alors que l'heure est plutôt à la tentative de réconciliation, dans le contexte, c'est mal à la droite. Et on peut imaginer qu'on va avoir ce genre de phrase encore, peut-être même dès demain, à l'occasion de ce rendez-vous avec les maires. Mais il se fait du mal. Alors, vous savez, s'il dit, je ne changerais pas s'il se fait du mal, on va s'interroger un jour sur son mal-chise. C'est une succession de petites phrases, quand même.
Est-ce qu'il comprend les Gilets jaunes et Emmanuel Macron, fondamentalement ?
Il comprend, mais il a sa trajectoire, sa trajectoire politique, et il y a sa politique qui est aujourd'hui de faire payer le travail plutôt que l'impôt. Et voilà, donc il y a ce quinquennat en deux temps, finalement, qu'ils ont voulu. On fait un maximum de réformes dans une première partie, et dans la deuxième partie, il y a l'appliquation de la réforme, la pédagogie de la réforme. Donc voilà, il est encore sur ce pari-là. On voit quand même qu'il y a eu beaucoup de contritions sur le fond de ces dernières semaines, qui ont d'ailleurs été envoyées en pure perte. Les mesures d'urgence, on voit qu'elles n'ont pas calmé la colère des Gilets jaunes.
Donc on peut aussi imaginer que c'est un mouvement qui va durer encore dans le temps. Donc il les comprend, mais la clé de tout ça, il mise beaucoup sur ce grand débat, sur la conclusion de ce grand débat. On ne connaît pas trop la suite après.
Justement, comment il s'organise ce grand débat, Antoine ?
Avant de se conclure, il faut qu'il commence. Il commencera officiellement demain en Normandie. Cela dit, ça fait plusieurs jours déjà que les mairies s'y préparent. Elles ont ouvert des cahiers de doléances, exemple dans trois villes, dans lesquelles se sont rendus Nelson Jetten et Chloé Ambiel. Pour cet avou, Duboeuf la campagne, dans l'heure, 239 habitants. Joigny, dans Lyon, 9900 habitants. Et Poissy, dans les Yvelines, 37000 habitants. Un village, une petite ville, une ville moyenne, trois communes bien différentes. Et pourtant, à chaque fois, trois thèmes identiques qui ressortent. Trois thèmes détaillés par les élus que Nelson et Chloé ont rencontrés.
Globalement, il y a trois catégories. Il y a tout ce qui relève du pouvoir d'achat et tout ce qui relève de l'exercice de la démocratie. Et puis, souvent, il est aussi noté le style de gouvernance, le style du président Macron.
Arrêtons les phrases qui font mal, les phrases de rupture. Je traverse la rue et je vous trouve du travail. Nous disposons, nous dit ce monsieur, pour notre part de 3000 euros par mois à deux. Mais si le montant des retraites moyennes n'est plus indexé sur le coût de la vie, alors nous deviendrons les gilets jaunes de demain. Ça, c'est la réalité du terrain. Si on fait des cahiers de doléances et de propositions et qu'ils sont déjà obtus, qu'ils ne vont pas changer telle chose et telle chose, je crains le pire, sérieusement. Ils ont intérêt de faire attention et d'écouter vraiment les propositions qui vont être proposées.
L'exécutif n'a pas intérêt à se manquer, dit en substance cet élu. La défiance contre le président est forte. La plupart des messages, d'ailleurs, lui sont directement adressés. Certains lui demandent ce qu'il attend pour agir. On crève la bouche ouverte, écrit cette femme. D'autres lui intiment de partir. Dans les doléances, également, plus de démocratie directe. Le RIC, le référendum d'initiative citoyenne, revient souvent. Exercice de la démocratie, pouvoir d'achat, style présidentiel, donc, mais rien en revanche sur des sujets dont certains responsables ont pourtant beaucoup parlé ces derniers jours.
Sur tout ce que vous avez lu et reçu de la part des administrés de la région, est-ce que vous avez eu des exemples de gens qui voulaient revenir sur la loi pour le mariage pour tous, qui voulaient revenir sur l'abolition de la peine de mort, etc. Du tout. Je pense que c'est quelque chose, encore, pour faire une polémique. Non, non, non, non. On n'a pas de retour à la peine de mort. Le mariage pour tous, absolument pas. Ce n'est pas le sujet.
Ça, c'est un sujet qui est arrivé après, peut-être aussi par l'entremise de la manif pour tous, qui a vu l'occasion de remettre son sujet favori sur la table. Mais moi, personne n'en a parlé ici. Je n'ai jamais entendu ça sur un rond, d'ailleurs. Voilà. Rien sur ces sujets de société. Mais en revanche, d'autres thèmes sont abordés. Parmi ceux-là, l'avenir des services publics, sujets notamment relevés par l'homme qu'on vient d'entendre, le premier adjoint de Jouani. Jouani, c'est une ville qui, en 10 ans, a perdu sa maternité, sa chirurgie, son tribunal d'instance, son tribunal de commerce, son régiment avec 10% de la population.
L'État a supprimé 550 emplois publics dans une ville de 10 000 habitants. Vous imaginez ? 10 000 habitants, ça veut dire en haut 4 000 actifs. Vous enlevez 550 emplois. Le plus grand plan social dans cette ville, c'est l'État qui l'a organisé. Ce qui a justifié le départ de tous ces services publics, c'est « Mais enfin, vous avez ce qu'il vous faut à 50 km, aller-retour, à Sens ou à Auxerre. » Et aujourd'hui, 5-6 ans plus tard, on leur dit « Mais espèce de climato-criminel, arrête donc de prendre ta voiture, il faut contribuer au fait d'avoir une économie décarbonée. » L'écologie, l'environnement, il en est aussi question de temps en temps dans ces cahiers de doléances.
C'est le cas notamment dans le texte laissé par cette habitante de Poissy, « Une femme qui veut également de meilleurs services publics, on vient d'en parler, et qui veut malgré tout croire à ce grand débat. »
Que vous croyez, vous y croyez à ce grand débat national ? Est-ce que j'y crois ? Il faut y croire, on n'a pas le choix. Parce que si on n'y croit pas, qu'est-ce qu'on fait alors ? Parce qu'on traverse une crise qui est difficile. Je pense que la France a traversé d'autres crises certainement plus difficiles et s'en est sortie, je crois beaucoup en la République. Mais voilà, oui, il faut que ça marche.
Il faut que ça marche. Et vous, vous y croyez à ce débat, Olivier Beaumont ? On va dire qu'on peut donner sa chance au produit quand même. On n'a encore jamais eu un exercice de cette ampleur jusqu'à présent. Donc ce n'est pas tous les jours que les citoyens ont l'occasion d'avoir la possibilité de s'exprimer, d'avoir en face des élus, des hommes politiques qui se disent « on va vous écouter ». Donc c'est quand même ça la démarche aujourd'hui. Donc oui, bien sûr, je pense qu'il faut y croire quand même un petit peu. Après, on peut être dubitatif sur qu'est-ce qui va advenir de tout cela. Parce que l'interrogation aujourd'hui, c'est ça quand même. Que va en faire Emmanuel Macron ?
Alors, il y a cette piste en effet de référendum sur un certain nombre de sujets qui pourraient être faits pour essayer de… Voilà, quelle garantie ? Qu'est-ce que va donner le chef de l'État après tout ça ? Parce que là, ce qu'on entend sur les cahiers de doléances, c'est quand même ce qu'on entend en effet depuis maintenant plusieurs jours. Ce débat, il va durer deux mois. Peut-être un peu aussi vite fait le tour des demandes des Français. Donc peut-être qu'il va y avoir aussi ce problème de phénomène d'usure qui va très vite apparaître, même pour le chef de l'État. Il a prévu de faire toutes les régions, quasiment toutes les régions, même sur la forme.
Au bout d'un moment, il va falloir qu'il y ait un petit peu pour continuer de donner l'envie de s'intéresser à ce défi.
Merci à tous les deux de vous restez avec nous.
Emmanuel Macron