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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 29 août 2024 26 minContradictoireMixteInstitutions & électionsÉducation & rechercheSolidarités & famille

Matignon : "Il faut nommer une personne capable d'unir à gauche et à droite", estime Jean-Michel Blanquer

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 30 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:28OuverteRéponse directe

    Comment qualifiez-vous cette situation, Jean-Michel Blanquer ? Crise politique, crise démocratique, crise institutionnelle ?

  • 4:35OuverteRéponse directe

    Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il pris cette décision de dissoudre, selon vous ? C'est de l'orgueil blessé, de l'impulsivité ?

  • 5:47OuverteRéponse directe

    Bon, maintenant, il l'a fait. Comment, selon vous, il peut sortir de cette crise-là ? Qui pourrait-il nommer aujourd'hui, puisqu'il a refusé Lucie Casté et le NFP ?

  • 7:03FerméeRéponse directe

    Vous avez un profil, Bernard Cazeneuve, Xavier Bertrand ?

  • 7:59OuverteRéponse directe

    Pourquoi avez-vous eu envie de vous livrer à l'exercice périlleux des mémoires, souvent prétexte à l'autocongratulation, au règlement de compte ? C'était quoi le désir ?

  • 9:24OuverteRéponse directe

    Ce que vous avez fait, ce que vous n'avez pas fait, ce que le président vous a reproché lors de la campagne présidentielle de 2022, puisque c'est ça ce livre-là.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:45Invité politiqueFait
    « On peut utiliser les trois adjectifs, effectivement. C'est plus généralement une crise démocratique qui est en arrière-plan et qui ne concerne pas que la France. »
  • 2:28PrésentateurFait
    « Vous comparez la dissolution d'Emmanuel Macron le 9 juin dernier à la dissolution ratée de Mac Mahon. »
  • 2:35PrésentateurFait
    « « Cela se voulait rusé et disruptif, c'était simplement irrationnel et immoral, et par cela même ne pouvait déboucher que sur une sévère défaite par laquelle le président emportait avec lui le pays dans le vide où il avait choisi de se précipiter. Le choix de la dissolution n'est que l'acmé d'une vision bien trop personnelle de l'usage des pouvoirs présidentiels. » »
  • 5:34Invité politiqueFait
    « Il est tout à fait normal qu'il choisisse le Premier ministre. »
  • 8:54Invité politiqueChiffre
    « C'est 400 000 enfants qui en bénéficient chaque année. »
  • 9:06Invité politiqueChiffre
    « La France est le seul pays avec le Portugal à avoir augmenté son niveau dans les 5 années qui vont de 2016 à 2021. »
  • 13:01Invité politiquePromesse
    « Aujourd'hui il aurait une majorité absolue aux législatives de 2022. »
  • 17:03Invité politiqueFait
    « Nous sommes le pays qui a le moins fermé son école pendant la crise sanitaire. »
  • 22:15Invité politiqueFait
    « Les programmes sont devenus plus exigeants à la faveur de la réforme du baccalauréat. »
  • 22:22Invité politiqueFait
    « Les lycéens sont très majoritaires à dire qu'ils aiment cette réforme par rapport à ce qu'il y avait avant. »
  • 23:06Invité politiqueFait
    « On a sorti des chiffres à votre antenne. Des gens ont même répondu des fake news. »
  • 23:16Invité politiqueChiffre
    « C'est autour de 20 000 à peu près. »
  • 23:21Invité politiqueChiffre
    « Là où c'était 8 heures avant. »
  • 25:19Invité politiqueFait
    « Aucun des trois n'a une expérience professionnelle. »
  • 25:24Invité politiqueFait
    « Aucun n'a mené un projet de A à Z dans sa vie. »

Temps de parole

  • Invité politique64 %
  • Présentateur18 %
  • Présentateur 218 %

1,5 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:01
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin un ancien ministre de l'éducation nationale, poste qui l'occupa cinq ans pendant le premier mandat d'Emmanuel Macron. Il revient sur ses années dans la Citadelle, au cœur du gouvernement, publié aux éditions Albain Michel et en librairie aujourd'hui. Amis auditeurs, amies auditrices, questions-réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Jean-Michel Blanquer, bonjour. Bonjour. Et bienvenue à ce micro. Il fut un temps où l'on vous recevait métronomiquement à chaque rentrée des classes pour parler de l'école sur Inter, mais ça c'était avant.

Aujourd'hui vous êtes professeur de droit public à l'université Panthéon-Assas et vous êtes là donc pour ce livre que vous publiez et que vous présentez comme un exercice de vérité où vous retracez cinq années au cœur du pouvoir macroniste, de votre rencontre avec Emmanuel Macron en 2017 à votre défaite aux législatives en 2022. Cinq années où vous avez cru à l'homme Macron à son en même temps, avant de connaître la désillusion et une certaine forme d'amertume. On va y venir en détail, longuement, largement, mais commençons d'abord par quelques mots sur la situation politique inédite de cette fin d'été. Plus de 40 jours sans Premier ministre, une Assemblée nationale fracturée.

Comment la qualifiez-vous cette situation, Jean-Michel Blanquer ? Crise politique, crise démocratique, crise institutionnelle ?

1:42
Invité politique

On peut utiliser les trois adjectifs, effectivement. C'est plus généralement une crise démocratique qui est en arrière-plan et qui ne concerne pas que la France. On voit souvent des pays européens qui sont dans des positions où, finalement, les décisions sont difficiles à prendre, où il y a des blocages. Donc, ce n'est pas quelque chose de spécifique à la France. Et on voit bien, d'ailleurs, que c'est une question, par exemple, de monter des populismes dans l'ensemble du monde occidental. On voit, par exemple, ce qui se passe aux États-Unis actuellement. Et tout ceci doit nous interroger vraiment sur le fond des choses, sur ce qu'est la démocratie au XXIe siècle, qu'il n'y a aucun doute.

Ça, c'est l'arrière-plan. Ensuite, sur le plan strictement français, il y a évidemment une crise institutionnelle, chacun le voit, dont la source est un usage erroné de la dissolution, c'est évident. Je reviens même un peu là-dessus dans le livre.

2:27
Présentateur

Oui, vous en parlez, vous avez des mots durs. Vous comparez la dissolution d'Emmanuel Macron le 9 juin dernier à la dissolution ratée de Mac Mahon. Vous écrivez, je vous cite, « Cela se voulait rusé et disruptif, c'était simplement irrationnel et immoral, et par cela même ne pouvait déboucher que sur une sévère défaite par laquelle le président emportait avec lui le pays dans le vide où il avait choisi de se précipiter. Le choix de la dissolution n'est que l'acmé d'une vision bien trop personnelle de l'usage des pouvoirs présidentiels. » C'est vos mots dans votre livre.

2:53
Invité politique

Voilà, donc ça résume les choses, en effet, et ça nous renvoie d'ailleurs à la lecture de la Constitution en général. La Constitution, c'est évidemment ce que l'on peut lire, les articles de la Constitution, mais c'est aussi une histoire. Si vous regardez le préambule de la Constitution, il récapitule toute l'histoire constitutionnelle française depuis 1789, et c'est ce qui fait l'unité à la fois dans le temps et dans l'espace de notre pays. Si vous regardez les États-Unis, la Constitution est le socle de l'unité du pays. Donc vous ne pouvez pas utiliser la Constitution comme un contrat avec lequel vous faites des coups vis-à-vis d'un adversaire.

C'est au contraire quelque chose qui doit unir.

3:29
Présentateur

Mais le prof de droit public que vous êtes, il pense aujourd'hui que la Constitution a été dévoyée ? Comme le dit la gauche qui parle de libéralisme ?

3:38
Invité politique

Non, non, je ne pense pas. Sur un terrain strictement juridique, il est évident que rien n'a été violé. Mais sur le terrain de l'esprit de la Constitution, évidemment, on en paye le prix politique. Et le premier qui le paye, c'est malheureusement le président de la République lui-même, et avec lui, nous tous. Parce que, tout simplement, quand on se trompe de compréhension de la Constitution, eh bien, on arrive à ce genre de choses. Ça, c'est la dimension institutionnelle. Après, il y a la dimension strictement politique. Et depuis, ce qui est évident aussi, et c'était vrai déjà avec le général de Gaulle, c'est que la structuration partisane conditionne tout le reste.

C'est-à-dire que la Ve République est souple. Et c'est la façon dont les partis sont structurés qui, ensuite, va conditionner énormément de choses. Or, nous sommes dans une situation qui ressemble plutôt à la fin de la Quatrième République, avec deux extrêmes qui, finalement, embolisent le système.

4:28
Présentateur

Jean-Michel Blanquer, pourquoi Emmanuel Macron a-t-il pris cette décision de dissoudre, selon vous ? C'est de l'orgueil blessé, de l'impulsivité ? Vous semblez carrément penché pour l'idée d'un suicide politique. Dans le livre, l'arraquiri symbolique accompli en direct par le chef de l'État était spectaculaire. L'effet d'irréalité produit était inédit.

4:51
Invité politique

Oui, je pense que, là, je faisais référence à une phrase d'Edgar Ford, lorsqu'il travaillait sur la disgrâce de Turgot, qui est que, finalement, quand il y a des erreurs de ce genre, ça relève d'une sorte de suicide inconscient. Et, en l'occurrence, il n'y avait aucune raison de dissoudre le soir des élections européennes, mais strictement aucune vis-à-vis de personne. Pour ma part, je pensais qu'il y aurait une dissolution en 2024, et elle me paraissait devoir arriver. Elle me paraissait devoir advenir après les Jeux Olympiques. Elle me paraissait devoir advenir s'il y avait un blocage constaté au Parlement. Il y aurait eu, là, alors, une logique institutionnelle à dissoudre.

Et le président de la République aurait d'ailleurs eu, sans doute, beaucoup plus de députés proches de lui s'il avait agi ainsi. Donc, il y a quelque chose, en effet, d'un peu masochiste et d'un peu fou dans ce qui s'est passé.

5:42
Présentateur

Bon, maintenant, il l'a fait. Comment, selon vous, il peut sortir de cette crise-là ? Qui pourrait-il nommer aujourd'hui, puisqu'il a refusé Lucie Casté et le NFP ? Qui pourrait-il nommer aujourd'hui pour essayer de constituer un gouvernement et essayer de gouverner la France ? Personnalité de la société civile, un techno, quoi ?

6:00
Invité politique

C'est très important, d'abord, de respecter les pouvoirs qui sont les siens. Par-delà tout ce que nous avons dit précédemment, il faut respecter les institutions. La Constitution est très claire sur les pouvoirs du président, dans son article 8, en l'occurrence. Et donc, il est tout à fait normal qu'il choisisse le Premier ministre. On voit bien que si l'on ne raisonne qu'au travers des partis politiques, il n'y a pas de solution. La solution, elle est forcément si on réussit à aller au-dessus des logiques partisanes. C'est une évidence, elle est devant nous. Et donc, tout le monde doit aller au-dessus de lui-même dans cette affaire.

A commencer par le président de la République, il doit nommer quelqu'un notoirement indépendant de lui et ayant donc un passé d'opposition à sa personne. C'est évident. Je crois qu'il l'a un peu admis lui-même. Il l'a un peu dit. De même que la majorité parlementaire, l'ex-majorité parlementaire, pardon, dit qu'elle accepte que le Premier ministre ne soit pas d'assurance. C'est normal. C'est, pour le coup, la logique de ce qui s'est passé aux élections. Et il faut nommer une personne qui soit capable d'unir à gauche et à droite. Donc, soit quelqu'un qui vient de la gauche et qui sait parler à la droite, soit quelqu'un qui vient de la droite et qui sait parler à la gauche.

7:03
Présentateur

Vous avez un profil, Bernard Cazeneuve, Xavier Bertrand ?

7:06
Invité politique

Les deux que vous venez de citer sont effectivement deux qui viennent en premier à l'esprit à partir de cette définition. Puisqu'il y a eu une tendance à gauche, ce serait, il semble que Bernard Cazeneuve soit un homme que tout le monde reconnaît comme un homme d'État et qui peut tout à fait assumer cette fonction. Xavier Bertrand, symétriquement. Il y en a d'autres que l'on peut citer. Je pense évidemment à des gens comme François Baroin, que je connais bien, ou d'autres venant de la droite ou venant de la gauche qui ont tout à fait les compétences.

Mais quelle que soit cette personne, imaginons que ce soit Bernard Cazeneuve dans les jours qui viennent, cette personne va devoir rassembler d'abord les Français. Et à ce moment-là, les structures suivront. Et c'est l'effet de souffle que cette nomination produira qui doit nous permettre de dépasser les clivages dans l'intérêt général. Nous ne devons penser qu'à la France.

7:57
Présentateur

Alors, venons-en à votre livre. Pourquoi avez-vous eu envie de vous livrer à l'exercice périlleux des mémoires, souvent prétexte à l'autocongratulation, au règlement de compte ? C'était quoi le désir ? Il y en a plusieurs.

8:12
Invité politique

Le premier, c'est que je pense que, de façon générale, et je l'ai fait dans des périodes précédentes de ma vie, quand on passe une étape, il est très important de poser ce qui a été fait et de le faire pour soi-même et si possible vis-à-vis des autres. Ensuite, l'égard à l'importance de ce qui se joue au travers de l'éducation, ça me paraît très important de faire l'exercice démocratique, de poser les choses. Enfin, et vous le savez bien, il y a eu de telles campagnes de dénigrement sur ce que je pouvais faire et une telle faible défense de la part de mon propre camp, puisque c'est au fond de ça que j'ai pâti.

C'est-à-dire qu'à un moment donné, le président de la République et une partie de la majorité ont décidé qu'ils n'avaient plus envie de défendre ce qui pourtant faisait leur fierté précédemment. Prenez le dédoublement des classes en grande section, en CP, CEA, j'en suis extrêmement fier. C'est 400 000 enfants qui en bénéficient chaque année. L'école primaire française a amorcé son rebond. Vous avez une étude internationale très fiable, PEARLS, qui mesure le niveau des élèves de 8 ans dans le monde entier. La France est le seul pays avec le Portugal à avoir augmenté son niveau dans les 5 années qui vont de 2016 à 2021. Ces choses-là, personne ne le dit.

9:14
Présentateur

Jean-Michel Blanquer, personne ne le dit, vous dites, parce que c'est aussi le propos de ce livre-là. On va revenir sur votre bilan comme ministre de l'Éducation nationale pendant 5 ans. Ce que vous avez fait, ce que vous n'avez pas fait, ce que le président vous a reproché lors de la campagne présidentielle de 2022, puisque c'est ça ce livre-là. Ce qui est très intéressant dans votre livre, c'est la description que vous faites au fond de cette aventure politique qu'on est encore en train d'essayer d'appréhender, de comprendre, qu'est-ce que le macronisme et quand restera-t-il ?

Et ce qui est intéressant dans ce livre-là, c'est que ce n'est pas un livre de journalistes, il y en a eu d'autres sur Emmanuel Macron et sur le macronisme, ce n'est pas un livre de politistes non plus, c'est la première fois, c'est le premier inventaire du macronisme de l'intérieur par un de ces acteurs de premier plan qui fut au cœur du pouvoir. Vous avez été longtemps le chouchou, le ministre emblématique d'Emmanuel Macron avant de tomber, et c'est vos mots, en disgrâce, avant d'avoir été trahi.

D'abord, sur les bons moments, vous parlez de votre rencontre avec Emmanuel Macron en 2017 qui vous donne rendez-vous dans un restaurant qui s'appelle « Je t'aime », ça ne s'invente pas, « Je t'aimais », « Je t'aime », je ne sais pas, vous l'écrivez bizarrement.

10:18
Invité politique

C'est ce restaurant qui s'appelle « Je-té-me ».

10:21
Présentateur

Voilà, vous parlez de sa capacité de séduction, l'impression donnée à chaque interlocuteur d'avoir avec lui une relation unique, exclusive, privilégiée. À ce moment-là, vous croyez vraiment, et vous l'écrivez, qu'il va révolutionner la politique française, qu'il va opérer le dépassement que vous souhaitiez.

10:36
Invité politique

Oui, d'ailleurs, d'une certaine façon, je le crois toujours, non pas au travers forcément de lui-même, mais ce qu'il a porté avait une très grande valeur et continuait à en avoir. De ce point de vue-là, je ne change pas du tout ma perception de ce moment-là. Il y avait depuis fort longtemps en France le besoin de dépasser les clivages et de dépasser les logiques partisanes, ce qui est d'une certaine façon le projet du fondateur de la Ve République. Et cette capacité à le faire, Emmanuel Macron a eu une forme de génie dans la capacité à cristalliser ça en 2017, et ça avait une grande valeur. Et d'ailleurs, tout ceci a produit des choses très positives pendant plusieurs années.

Moi, je tiens un bilan positif pour l'essentiel du premier quinquennat, et l'histoire sera...

11:17
Présentateur

Et après ?

11:18
Invité politique

Je pense qu'il y a un moment donné, si vous voulez, où les choses se dégradent. Il faut lire le livre pour en voir tous les détails. Mais si je dois résumer, je dirais qu'Emmanuel Macron a eu une très bonne gestion de la crise sanitaire. J'en suis pour le coup un témoin direct, j'étais dans tous les conseils de défense. Tout ça a été beaucoup critiqué aussi à l'époque. Mais en réalité, je peux le dire, il y a eu à l'époque une collégialité, un respect des institutions aussi, en réalité, contrairement à ce qui a été dit, puisqu'on allait en permanence devant le Parlement, et les circonstances très graves exigeaient une concentration très forte du pouvoir.

Et là, toutes les qualités d'Emmanuel Macron se voyaient. L'intelligence, la capacité de travail, la capacité de décision, de la prise de risque pertinente, tout ça était là. Le problème, c'est que quand la crise sanitaire s'est arrêtée, il y a eu comme une sorte de crise psychologique, au sens où il a continué à travailler avec cette concentration des pouvoirs. Et avec le secrétaire général de l'Elysée, à deux, d'une certaine façon, ils se sont mis à prendre toutes les décisions. Et avec cette idée folle que si ce n'est pas fait par moi, ce n'est pas bien fait.

Donc vous arrivez à ce que chacun connaît dans ses structures, tous ceux qui nous écoutent savent ça très bien, si le chef commence à faire du micro-management, les choses ne peuvent pas marcher. Et donc...

12:27
Présentateur

C'est ce que vous pointez, clairement, c'est la concentration des pouvoirs dans les mains de deux hommes, vous l'écrivez, Emmanuel Macron et Alexis Collère.

12:35
Invité politique

Absolument. Et deuxième problème de fond, j'avais une position très républicaine, qui me semblait être la position indépassable de notre époque. Il faut garantir l'unité du pays, lutter contre les séparatismes de tous ordres. Et au fond, le président de la République n'a jamais été complètement sur cette ligne. Il a eu un discours auquel j'ai pu contribuer, qui est le discours des Mureaux, qui à mon avis est un excellent discours. Je considère que si c'était tenu sur cette ligne, aujourd'hui il aurait une majorité absolue aux législatives de 2022. On ne serait pas dans la crise dans laquelle nous sommes. Les Français verraient les choses avec clarté.

Le drame de la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui, c'est que je suis persuadé que 70% des Français, voire davantage, se reconnaîtraient dans quelques grands principes de bon sens. À commencer par la défense de la République, qui signifie à la fois autorité, justice sociale, égalité des territoires, des sujets qui sont absolument essentiels et sur lesquels on peut unir. Il avait cela dans les mains. Et aujourd'hui, on a presque l'inverse de ça, c'est-à-dire une structuration partisane qui empêche ce que j'appellerais la majorité tranquille des Français de s'exprimer. Et on a au contraire la domination des extrêmes qui brutalise la vie politique.

Il faut sortir de là par le haut, aussi bien sur le fond par les éléments de doctrine, je dirais, la théorie que nous développons, que sur la forme, c'est-à-dire l'équilibre, le calme, la lucidité, l'esprit de vérité. Et moi, je crois encore à ça en politique, et c'est pour ça que j'ai écrit ce livre.

13:55
Présentateur

Et vous racontez dans ce livre, très vite, comment vos collègues ministres et les conseillers de l'Elysée vous envoient des pots de bananes en faisant fuiter des infos et des offs aux journalistes, comment ce que vous appelez une descente aux enfers à partir du moment où vous refusez la demande d'Emmanuel Macron d'être tête de liste au régional. C'est la disgrâce, elle durera jusqu'au bout. Vous évoquez la colère d'Emmanuel Macron, je cite, il ressortait que j'étais au fond un ingrat, qu'il était inouï que je me permette de refuser sa demande, qu'il faudrait que je comprenne bientôt qui m'avait fait ministre et que ce qui m'avait fait pouvait me défaire.

Comment ça alors donc une forme de descente aux enfers ? A posteriori, vous ne regrettez pas de ne pas avoir accepté d'y aller à ces régionales comme il vous le demandait, par peur de perdre face à Valérie Pécresse ? Je n'avais aucune peur de perdre.

14:50
Invité politique

C'était certain de perdre. Si j'y allais, j'étais certain de perdre, mais ça ne me faisait pas peur. Si vous êtes dans le pur calcul politique, mon intérêt, c'était d'y aller. En termes d'épaisseur, grâce au fait de se confronter à l'élection, je pense que j'aurais su faire une bonne campagne, j'aurais perdu très honorablement. Et donc, si je ne pensais qu'à ma pomme, si vous me permettez l'expression, j'y aurais été, ne serait-ce que pour faire plaisir au président. Il me semblait, au contraire, que c'était une très mauvaise décision au moment où je devais me concentrer complètement sur la gestion de la crise Covid.

Et donc, il me semblait aussi que nous avions une telle relation de confiance que je pouvais me permettre, tout simplement, d'être franc, ce que j'ai toujours été, ce que je suis toujours. Et il s'est passé quelque chose d'assez fou, en réalité, c'est que pour ce sujet, finalement, relativement secondaire, a commencé une sorte de cercle vicieux. Là où nous étions dans un magnifique cercle vertueux de la confiance, je garde ma reconnaissance au président de m'avoir nommé, tout simplement. C'est la fonction la plus noble qui est soit dans la République, à mes yeux, ministre de l'Éducation nationale. J'ai vécu quatre ans absolument fantastiques sur le plan de la capacité d'action.

Ça a été très dur, bien sûr, pour plein de raisons. Mais à partir du moment où vous avez le soutien du président, tout est possible. Moi, je suis prêt à tous les combats. Mais ce qui est terrible, c'est quand vous commencez à prendre des coups de poignard dans le dos et où on commence à piétiner des choses, vous avez tout lieu d'être fier.

16:12
Présentateur

Jean-Michel Blanquer, vous dites, je n'ai pas accepté d'aller au régional parce que j'avais trop à faire au ministère de l'Éducation. Une des choses qu'on vous a reprochées, c'est justement, en plein déconfinement, en plein de Covid, en pleine rentrée de l'école, vos vacances à Ibiza. Vous y revenez dans le livre. D'ailleurs, sur ces vacances, comme sur beaucoup d'autres choses, vous n'avez pas de regrets. Il ne faut pas chercher beaucoup de mea culpa dans le livre, il n'y en a pas. En gros, pour vous, les vacances à Ibiza, c'était la faute des autres ministres qui vous ont lâchés. Vous pointez un ministre sans donner son nom qui a balancé à la presse de Mediapart, de Libération.

Vous, vous n'avez pas grand-chose à vous reprocher d'être ministre de l'Éducation en train de déconfinement et d'aller aux vacances.

16:51
Invité politique

Si vous regardez ça avec le recul, d'abord, il y a les sujets de fond et puis il y a les sujets de surface. On est là sur un sujet de surface. Le sujet de fond, c'est nous sommes le pays qui a le moins fermé son école pendant la crise sanitaire. Et on voit dans les annexes ce que nous avons fait. C'est salué par les organisations internationales. Évidemment, on ne remercie jamais quelqu'un pour les problèmes qu'il a évités. Par contre, tout ce qui crée toutes les difficultés, on ne manque pas de les souligner. Je n'ai évidemment strictement pas à m'excuser de prendre trois jours de vacances au nouvel an. Et je suis allé dans ce lieu qui, malheureusement, a cette symbolique-là.

Mais c'est comme si j'étais allé dans une station balnéaire française. Il fait 12 degrés, j'étais en télétravail, je me reposais pendant trois jours d'une année de travail énorme. Et par ailleurs, pour prendre une décision collective que nous avions à assumer tous, et qui d'ailleurs, évidemment, a été difficile à vivre. Tout était difficile à vivre pendant la crise sanitaire. Donc, il y a eu une forme de logique, de bouc émissaire. Et d'ailleurs, je cite dans le livre le fait que, de manière presque amusante, il y a eu un sondage là-dessus. Je n'aurais jamais cru qu'il pouvait y avoir un sondage sur des vacances. Mais sur mes vacances, j'ai passé trois jours.

En gros, j'ai fêté le nouvel an dans une station balnéaire. À mes frais, bien entendu. Et j'y suis allé d'ailleurs parce que j'avais habillé pas cher. Ça, c'est un péché capital quand vous êtes le ministre du pays qui a le moins fermé les écoles contre des oppositions incroyables. Écoutez, je crois que chacun doit se faire une opinion, mais en lisant le livre, si vous voulez.

18:21
Présentateur

Il n'y a pas de mémoire, en tout cas, sans portrait et sans trait assassin. Vous ne ménagez pas vos pics, vos flèches à l'endroit de plusieurs ténors de la majorité comme Alexis Collaire, Edouard Philippe. Mais la charge la plus virulente est réservée à François Bayrou. Extrait parmi les plus tendres, on n'a pas pris les pires. Bayrou, je vous cite, est le génial inventeur du volontarisme d'atmosphère. Une fumée que l'on sent toujours mais que l'on ne voit jamais, a mis des forces de l'esprit, il reste à l'état gazeux. Ce qui comptait pour lui, c'était le verbe plutôt que l'acte, l'apparence plutôt que la réalité, les joies de Narcisse plutôt que les travaux d'Hercule. Fin de citation.

Alors, on a compris que vous ne partirez pas à Ibiza ensemble, mais qu'est-ce que vous ne lui pardonnez pas à lui plus qu'à quiconque ?

19:18
Invité politique

Il y a deux choses. On a des mandats comparables, il suffit en termes de durée. C'est-à-dire, il a eu quatre ans de mandat, j'en ai eu cinq, que chacun regarde tout simplement les bilans. C'est-à-dire, c'est tellement facile d'acheter la paix sociale par des concessions permanentes. Et ensuite, de faire la leçon à ceux qui, eux, vont au combat pour faire progresser le pays, le tout en utilisant des grands mots, que lorsque j'ai eu à affronter des sujets difficiles, il y en a un que j'explicite dans le livre, puisqu'à un moment donné, j'ai eu un battre contre l'idée qu'on puisse créer des écoles en langue régionale à l'exclusion de la langue française.

Là aussi, ça a été caricaturé, on m'a présenté comme un jacobin, ce que je ne suis pas. Je suis au contraire très favorable aux langues régionales, mais je ne suis pas pour certaines extrémités. Et François Bayrou a considéré que... Et ça, c'est typique. C'est-à-dire, si on est républicain, on est forcément du côté de ce que j'avais présenté à l'époque, qui d'ailleurs est un point de vue même juridiquement très assis sur la Constitution, puisque c'est le Conseil constitutionnel qui a évidemment donné raison à mes arguments. Donc, si vous voulez, ce à quoi j'en appelle, c'est à une façon de faire de la politique, c'est-à-dire, c'est trop facile de se payer de mots.

Je crois que ce qui illustre mon mandat, on a le droit de ne pas aimer certaines choses que j'ai faites, mais j'ai toujours été dans un esprit de vérité et de progrès du pays. Et aujourd'hui, je ne voudrais pas non plus qu'au travers de ce qu'on se dit, nos auditeurs pensent il y a un travail de philosophie politique dans ce qui a été fait là, un travail de recul et parfois d'autocritique. Je relativiserai ce que vous avez dit à l'instant. Si vous le voyez, il y a des moments où je dis ce qui a été fait, ce qui n'a pas été fait et surtout ce qui reste à faire. Mais ce que j'affirme, c'est que nous avons fait progresser l'école pendant les cinq ans et j'en donne plusieurs éléments de preuve.

21:05
Présentateur

Alors, justement, vous défendez votre bilan, clairement, dans ce livre. On ne dit pas ce matin que rien n'a été fait loin de là. Vous regrettez qu'Emmanuel Macron ne l'est pas assez défendu en 2022, le bilan de l'école. Bon, on a plein de messages d'auditeurs ce matin, de gens qui vous reprochent ce que vous avez fait aussi. La réforme du bac, parcours suple, retrait des maths du tronc commun. Allez-y, Nicolas, lisez quelques-unes. Frédéric, un ministre de l'éducation faussoyeur. David, comment vivez-vous l'organisation du démantèlement de l'école publique, organisation dont vous êtes l'instigateur ? Roland, M. Blanquer, êtes-vous content d'avoir mis par terre l'éducation nationale ?

Aurélie, votre réforme du bac a détruit cette fierté de la France à l'international ? Voilà, je vous cite quelques exemples.

21:51
Invité politique

Les gens qui nous écoutent, ceux qui sont contents de la réforme du baccalauréat, vous croyez qu'ils téléphonent à France Inter ? On ne vit que sous le régime de ce que vous venez de faire, c'est-à-dire la brutalisation de la vie publique, l'expression des extrêmes. On peut évidemment, par exemple, être contre la réforme du baccalauréat. Il faudrait deux heures maintenant pour expliquer pourquoi, en réalité, elle a énormément fait progresser le sujet. Est-ce que nos auditeurs savent que les programmes sont devenus plus exigeants à la faveur de la réforme du baccalauréat ?

Est-ce que nos auditeurs savent que chaque fois qu'il y a une enquête, les lycéens sont très majoritaires à dire qu'ils aiment cette réforme par rapport à ce qu'il y avait avant ? Parce qu'ils ont plus de liberté, parce qu'ils peuvent approfondir. Est-ce qu'on a envie de revenir en arrière par rapport à certains progrès qui ont été faits ? Par exemple, l'oral qui permet de développer cette compétence qui est fondamentale. Tout est allé dans le sens de plus de liberté et plus d'exigence, c'est-à-dire ce dont on a besoin. Et donc, évidemment, il y a eu des opposants de tous autres. Je ne dis pas d'ailleurs qu'elle était parfaite. Quel regret vous avez

22:45
Présentateur

comme ministre de l'Éducation ? Sur une réforme où vous dites celle-là, j'aurais pas dû ?

22:50
Invité politique

Non, il y a surtout celle que je n'ai pas pu faire.

22:53
Présentateur

Sur les maths, vous n'avez pas un regret ?

22:55
Invité politique

Sur les maths, il y a un malentendu, si vous voulez. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les mathématiques sortent renforcées de ce que nous avons fait. Sur les mathématiques, regardez les programmes et ceux qu'il y a aujourd'hui. On a sorti des chiffres à votre antenne. Des gens ont même répondu des fake news. Par exemple, sur la baisse du nombre de filles, ce n'est pas vrai. Vous avez autant de filles aujourd'hui dans ce qu'on appelle maths expert que précédemment. C'est autour de 20 000 à peu près. Elles sont... Sauf qu'elles font 9 heures par semaine là où c'était 8 heures avant. Le programme est plus approfondi.

Et aujourd'hui, on voit qu'elles sont un peu plus nombreuses à aller dans l'enseignement supérieur scientifique. Donc, si vous voulez, on fait peur aux gens. On dit des choses fausses. Et évidemment, ça peut participer de certains échecs de notre pays. Parce qu'il faut aussi... C'est un peu comme pour les Jeux Olympiques, si vous voulez. Ce qu'on disait avant les Jeux Olympiques et ce qu'on en dit maintenant. De la même façon, si vous voulez, il y a une espèce de volonté de la part de certains que les choses ne marchent pas. Et même quand elles marchent, on n'est pas... Après, je ne dis pas que tout est parfait. Ce serait mieux caricaturer de dire ça.

23:52
Présentateur

Et les gens liront parce que c'est très précis. Il faut lire, tout simplement. Oui, il faut lire. Je donne la démonstration. Il faut à chaque fois. Il faut beaucoup de pages. Il faut des heures aussi pour expliquer ces choses-là. Pour finir, parce que vous le dites aussi, c'est un essai aussi de philosophie politique de l'intérieur. Qu'est-ce qui restera d'Emmanuel Macron et du macronisme ? Vous avez une réponse qui est là aussi très dure. Vous dites, il y a une anthropologie du gaullisme, une anthropologie du pompidolisme, une anthropologie du giscardisme. Quelle sera l'anthropologie du macronisme ?

De ces millions trentenaires, technocrates ou intrigants, les yeux rivés sur les sondages et les écrans pour piloter à vue, sans culture, sans vision et sans valeur ?

24:30
Invité politique

C'est avec quand même un point d'interrogation. C'est une question que j'ai posée au président de la République en lui disant, c'est ça que vous voulez. Les mots sont là. Mais regardez le personnel politique que nous avions au début du premier quinquennat et ce qui s'est passé ensuite. C'est comme si on avait, je pense à Gérard Collomb que j'aimais beaucoup, évacué très rapidement. Regardez ce qui m'est arrivé. C'est-à-dire que nous avons besoin, pardon de le dire ainsi, je le dis sans prétention, mais d'épaisseur humaine. On a besoin aussi de diversité de points de vue. On n'a pas besoin d'avoir simplement un seul chef et ensuite des jeunes ambitieux derrière.

25:04
Présentateur

Vous voulez même proposer qu'on ait bossé pendant dix ans dans une activité professionnelle avant d'être nommé ministre.

25:12
Invité politique

Oui, parce que vous...

25:12
Présentateur

Gabriel Attal appréciera.

25:13
Invité politique

Je regardais le débat Attal, Bardella, Bompard. Je l'ai regardé tous les trois et je me disais mais au fond, aucun des trois n'a une expérience professionnelle. Aucun n'a mené un projet de A à Z dans sa vie. C'est-à-dire que je crois que dans un moment comme celui-là où ce qui compte, le moment que nous vivons actuellement, où ce qui compte, ce n'est pas les partis politiques mais le pays, où ce qui compte, c'est les êtres humains, c'est l'intérêt général, faisons un peu attention à la valeur des hommes. C'est pour ça que j'ai dit du bien parce que je dis beaucoup de bien de beaucoup de gens aussi dans ce livre, je tiens à le dire.

Ce matin, je dis du bien de Bernard Cazeneuve, je dis du bien de Xavier Bertrand, du bien de François Baroin, je dis du bien de François Nyssen dans le livre par exemple. C'est des gens de valeur. C'est important la valeur humaine et j'y crois et j'y ai cru en suivant Emmanuel Macron et je crois que c'est encore possible. Je crois encore à cette capacité à dépasser les clivages et à vouloir l'intérêt général.

26:03
Présentateur

Merci Jean-Michel Blanquer d'avoir été au micro d'Inter la citadelle au cœur du gouvernement chez Albain Michel et en librairie aujourd'hui. Merci encore.