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Podcast / conversationHugoDécrypte - Grands formats· 26 mars 2025 74 minComplaisantPortrait personnelImmigration & asileSécuritéSolidarités & familleJustice

Elle a grandi avec un terroriste chez elle. Fatma me raconte son histoire.

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 2 %Défensif 40 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 99 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:03OuverteRéponse directe

    Mais pourquoi est-ce que c'est important pour vous de prendre la parole aujourd'hui ?

  • 1:47OuverteRéponse directe

    Comment est-ce qu'il se radicalise et comment se passe votre enfance à ce moment-là ?

  • 2:58OuverteRéponse directe

    Vos premiers souvenirs d'enfance avec lui ressemblent à quoi ?

  • 3:32FerméeRéponse directe

    Alors qu'il a quel âge à ce moment-là ?

  • 3:56OuverteRéponse directe

    Et quand vous dites qu'il était très dur et très méchant, est-ce que vous avez des souvenirs de moments où il était jeune lui-même et où vous étiez jeune et déjà il était dur ? Qu'est-ce qu'il faisait ?

  • 6:30OuverteRéponse directe

    Et comment vous l'expliquez ? Est-ce que vous pensez qu'elle avait peur elle-même ? Est-ce que vous pensez qu'il y avait cette forme d'emprise que vous décrivez dès cette période-là ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:09Locuteur non identifiéFait
    « Il était radicalisé bien avant l'islam. »
  • 2:30Locuteur non identifiéFait
    « Il était un petit peu dans les trafics de stupes. »
  • 3:20Locuteur non identifiéFait
    « Lui, il vient après et il est dur avec nous tous, il est méchant avec nous tous, il a une haine. »
  • 4:05Locuteur non identifiéFait
    « Il y avait la cour de récréation, il y avait des grillages. Et il venait, il se posait devant. Et si un garçon me parlait, ça n'allait pas. »
  • 5:40Locuteur non identifiéFait
    « Il me relève les jambes. Et je me rappelle, il m'avait attaché mes pieds. Et il me frappe sur les pieds. Juste pour un prénom de garçon. »
  • 7:03Locuteur non identifiéFait
    « Ma mère, elle était premièrement déjà sous emprise. Mais il faut savoir que son fils, c'était l'adoré. C'était son adoré. C'était limite. Elle allait l'adorer, lui, au lieu de Dieu, quoi, clairement. »
  • 10:17Locuteur non identifiéFait
    « Le jour où il m'a frappée sur les pieds, il a dit à ma mère, à partir d'aujourd'hui, elle ne va plus à l'école. »
  • 13:45Locuteur non identifiéFait
    « Pour que les gens vraiment comprennent le contexte. C'est que la déscolarisation, bien sûr que ma mère a trouvé une faille. Ça existe toujours. »
  • 15:03Locuteur non identifiéFait
    « La seule règle, donc j'avais le droit d'aller aux toilettes, de prendre ma douche et de manger. À part ça, je faisais quoi ? Rien. »
  • 16:18Locuteur non identifiéFait
    « Il me montrait. Il n'y avait que moi, en vrai. Tu avais quel âge à ce moment-là ? C'était à l'époque que j'avais 11 ans. 11-12 ans. Décapitation, déjà, je me rappelle, c'était en plus, putain, ce site, putain, j'ai comme si j'avais le nom du site, mais il était en noir et rouge. »
  • 17:09Locuteur non identifiéFait
    « À partir de 11 ans, je portais le niqab, donc le voile intégral, le visage, également les gants, bien sûr, même mes chevilles. On ne devait pas voir mes chevilles. »
  • 20:00Locuteur non identifiéFait
    « Ma mère, elle n'a même pas fait. Donc, vous voyez, quand mon frère Boubaker vient dire à ma mère, tu sais, le prophète Mohamed, il a dit ça, elle y croit. Elle ne va même pas vérifier la source. »
  • 21:41Locuteur non identifiéFait
    « Il y avait une enquête sur mon frère. La police faisait son job, mais pourquoi elle n'a pas fait son job jusqu'à la fin ? »
  • 26:10Locuteur non identifiéFait
    « Il est parti en Syrie pour apprendre l'arabe. Et c'est réel. Il est vraiment parti pour apprendre l'arabe. »
  • 27:14Locuteur non identifiéFait
    « La radicalisation n'est pas que dans la religion de l'islam, dans toutes les religions. Donc, ce n'est pas que l'islam. »
  • 32:11Locuteur non identifiéFait
    « il y a des gens, ils ont eu des lavages de cerveau. »
  • 32:16Locuteur non identifiéFait
    « Et ce lavage de cerveau, j'estime que c'est un manque de lecture de livres. »
  • 32:32Locuteur non identifiéFait
    « n'importe qui peut venir te dire quelque chose et hop, ça y est, tu y crois et tu fonces dedans. »
  • 32:40Locuteur non identifiéFait
    « il a été manipulé. »
  • 32:59Locuteur non identifiéFait
    « il y a notre voisin, vous vous rendez compte, du même immeuble qu'il a envoyé en Irak. »
  • 33:16Locuteur non identifiéFait
    « Redouane El Hakim, le premier djihadiste français mort à Fallujah, en Irak »
  • 34:15Locuteur non identifiéFait
    « C'est qu'en fait, quand il a été arrêté, à ce moment-là, c'est quand il était parti en Irak, il est revenu, il s'est fait arrêter dans la frontière. »
  • 34:42Locuteur non identifiéChiffre
    « Il a été jugé pour sept ans de prison. »
  • 34:50Locuteur non identifiéFait
    « Il est parti en Irak. »
  • 35:45Locuteur non identifiéFait
    « il a emmené beaucoup de gens avec lui là-bas. »
  • 37:27Locuteur non identifiéFait
    « Dont peut-être même les frères Kouachi. »
  • 37:47Locuteur non identifiéFait
    « Tout le monde savait ce qui se passait. »
  • 37:55Locuteur non identifiéFait
    « La France le savait. Les autorités le savaient. La DST, à l'époque, le savait. »
  • 39:24Locuteur non identifiéFait
    « Si, si, si, tu vas te marier avec lui. Mais de toute façon, tu vas te marier. Il n'y a pas oui ou non. Tu vas te marier. »
  • 43:47Locuteur non identifiéFait
    « moi, je ne vais pas devant ta route. Ta route, c'est une personne qui ne décide pas comme Dieu. »
  • 1:02:32Locuteur non identifiéFait
    « ton frère, il a tué Mohamed Brahmi »
  • 1:02:40Locuteur non identifiéFait
    « oui c'est nous qui avons tué »
  • 1:02:42Locuteur non identifiéFait
    « la Tunisie sera une guerre sainte, une terre de guerre sainte »
  • 1:02:52Locuteur non identifiéFait
    « entre nous et vous, il y a des armes »
  • 1:03:46PrésentateurFait
    « en 2016, t'es arrêtée par la DGSI, placée en garde à vue pendant 96 heures »
  • 1:06:45PrésentateurFait
    « il sera d'ailleurs condamné à la réclusion criminelle à perpétuité »
  • 1:06:53PrésentateurFait
    « en janvier 2015, quand t'apprends comme tout le monde ces attentats contre Charlie Hebdo »
  • 1:08:45PrésentateurFait
    « Peter Sheriff a été condamné à la prison à perpétuité en octobre 2024 pour avoir aidé Sheriff Kouachi »
  • 1:09:03Locuteur non identifiéFait
    « quand j'ai dit qu'il m'avait violé, ça l'a rendu fou »
  • 1:09:40Locuteur non identifiéFait
    « ça fait même pas deux semaines »
  • 1:09:50PrésentateurFait
    « t'as porté plainte pour viol du coup »

Temps de parole

  • Locuteur non identifié81 %
  • Présentateur19 %

4,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Elle s'appelle Fatma, elle a 33 ans et c'est la sœur de Boubaker El Hakim, l'un des anciens plus hauts responsables français de Daesh. Sa mère, ses deux autres frères et sa sœur sont tous partis en Syrie, elles non. Alors dans son témoignage paru en livre récemment, elle raconte comment elle a grandi sous l'emprise d'un frère violent et radicalisé, une enfance marquée par la peur, un mariage forcé avec un djihadiste et une fuite pour retrouver sa liberté. Dans cette interview donc, elle revient avec nous sur son parcours et sur son combat pour se reconstruire.

Pour nous soutenir gratuitement dans le développement de ces interviews, vous pouvez vous abonner à cette chaîne YouTube et ces échanges sont aussi disponibles en podcast audio sur toutes les plateformes. Si diffusé sur le même podcast que les Actus du jour, n'hésitez pas à vous abonner. Merci pour votre confiance et je vous laisse avec l'échange. Bonjour Fatma. Bonjour. Merci infiniment de prendre le temps d'échanger avec moi aujourd'hui. Merci à vous. Merci vraiment pour votre temps. Je précise d'ailleurs pour ceux qui demandent que vous témoignez de façon anonyme pour vous protéger. Vous craignez éventuellement que certains soutiens par exemple de votre frère puissent s'en prendre à vous.

Mais pourquoi est-ce que c'est important pour vous de prendre la parole aujourd'hui ?

1:07
Locuteur non identifié

Alors c'est très important pour moi de prendre la parole pour faire comprendre surtout aux gens, à la société, que certes on peut grandir dans une famille qui est radicalisée, qui est dans l'extrême de l'islam, certes, mais malgré tout on peut s'en sortir et ça ne veut pas dire qu'on fait partie de cette famille, qu'on est comme eux. Chacun est différent, même si on est une fratrie. Chacun a ses avis, ses opinions, a sa force. Et en vrai c'est que tout le monde peut s'en sortir de n'importe quelle emprise, quelle qu'elle soit.

1:36
Présentateur

Parce que là on va le voir effectivement, il y avait de votre côté une emprise très très importante, des moments très durs aussi que vous racontez notamment dans ce livre et sur lequel vous avez eu l'occasion d'échanger beaucoup. Vous avez grandi dans le 19e arrondissement de Paris avec votre mère. Vous êtes la dernière donc d'une fratrie de cinq enfants. Et parmi eux, il y a votre grand frère qui deviendra plus tard un cadre important de Daesh. Comment est-ce qu'il se radicalise et comment se passe votre enfance à ce moment-là ?

2:03
Locuteur non identifié

Alors ça a été très rapide. Je l'explique toujours, c'est que c'est très rapide la radicalisation de mon frère. Donc déjà en premier temps, il faut bien savoir qu'il était radicalisé bien avant l'islam. Donc ce n'est pas l'islam en vrai qu'il a rendu comme ça, hystérique, violent, qu'il y a de la haine. Ça c'est vraiment bien avant l'islam. Donc on est parti dans une manifestation, en rentrant le lendemain, il déclare à ma mère qu'il a fait sa prière de l'aube. Bien sûr ma mère elle était super contente, parce qu'il faut savoir qu'il était un petit peu dans les trafics de stupes. On était quand même dans un quartier, dans une cité un petit peu, voilà, où il y avait beaucoup de trafics.

Donc bien sûr elle pensait, elle s'est dit, voilà, mon fils il s'est rangé du bon côté, il a trouvé le bon chemin, on va dire. Il a trouvé le droit chemin, il va être plus posé, il va être plus calme. Et qu'en fait, pas du tout. Il a vraiment trouvé en vrai la porte pour montrer toute sa haine et toute sa violence, mais totalement.

2:58
Présentateur

Vos premiers souvenirs d'enfance avec lui ressemblent à quoi ?

3:01
Locuteur non identifié

Les premières années d'enfance étaient déjà dans le douzième, on habitait à l'époque dans le douzième. Donc déjà j'étais très petite, mes souvenirs c'était qu'on avait fêté Noël, les anniversaires, ça je me rappelle toujours, ça a été toujours des bons souvenirs pour moi. Mais il était quand même dur, très dur, très violent, très méchant avec nous. Quand je dis nous, c'est toute la fratrie, parce qu'on est cinq. Donc lui, il faut savoir que j'ai ma soeur qui est l'aînée. Lui, il vient après et il est dur avec nous tous, il est méchant avec nous tous, il a une haine. Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas d'où elle vient cette haine.

3:32
Présentateur

Alors qu'il a quel âge à ce moment-là ?

3:33
Locuteur non identifié

Il n'avait même pas 14 ans. Donc vous vous rendez compte, c'est quand même très tôt quoi. Depuis son jeune âge, il est très dur. Donc on n'avait pas aussi la radicalisation au sens propre, comme aujourd'hui on peut le dire. Nous, on ne le ressentait pas de cette façon, vu que nous, on était déjà privés de plein de choses. Et il était très dur, très méchant avec nous. Donc en vrai, pour nous, c'était un peu normal.

3:56
Présentateur

Et quand vous dites qu'il était très dur et très méchant, est-ce que vous avez des souvenirs de moments où il était jeune lui-même et où vous étiez jeune et déjà il était dur ? Qu'est-ce qu'il faisait ?

4:05
Locuteur non identifié

J'ai un souvenir, j'étais en maternelle. Il y avait la cour de récréation, il y avait des grillages. Et il venait, il se posait devant. Et si un garçon me parlait, ça n'allait pas. Donc vous imaginez que j'étais en maternelle. Et ça, c'est vraiment un souvenir. C'est vraiment un flash que j'ai quand il venait devant le grillage et il se pointait dans la cour. Vous vous en rendez compte ? Donc déjà rien que ça, il ne voulait même pas que je parle avec des garçons en maternelle.

4:30
Présentateur

Donc dès le plus jeune âge comme ça, il y a ces éléments-là. Il me semble aussi que vous avez parlé d'une histoire avec un carnet où vous notiez des prénoms.

4:39
Locuteur non identifié

Ça, c'était bien après, oui. Ça, c'était quand on était dans le 19e. Donc après, on a déménagé au 19e. J'étais en CM2. Donc j'étais au début, à peu près au début, au milieu de l'année de la CM2. Et j'avais un petit carnet rouge. Donc c'est un petit carnet téléphonique. Et moi, j'écrivais tous les noms, les prénoms des élèves. D'accord ? Et là, il voit que, comme par hasard, non mais en plus, j'ai une chance incroyable. Au moment où j'écris le prénom Oussama, comme par hasard, il débarque. Donc il n'a pas débarqué dans les autres prénoms féminins. Et là, il voit le carnet. Il me l'arrache.

5:15
Présentateur

Oussama, c'était quelqu'un de votre classe ?

5:17
Locuteur non identifié

Le garçon de ma classe. Et il était trop gentil avec moi. J'étais en surpoids. Il me défendait tout le temps. Ça se trouve même, j'étais amoureuse en vrai. Qu'est-ce que j'en sais ? Mais je l'aimais trop ce garçon. Et j'avais raison de l'aimer, vu qu'il me défendait. Et là, il voit ce carnet. Il l'arrache. Et il m'emmène dans le salon. Il me prend de la chambre. Il m'emmène dans le salon. Il me fait asseoir sur le canapé du salon. Vous vous rendez compte ? Genre, j'étais jeune quand même. Et là, il me relève les jambes. Et je me rappelle, il m'avait attaché mes pieds. Et il me frappe sur les pieds. Juste pour un prénom de garçon.

5:49
Présentateur

Et à ce moment-là, votre mère ne réagit pas ? C'est ça.

5:53
Locuteur non identifié

Je pense qu'en fait, c'est ça qui m'a fait le plus mal. Parce qu'en vrai, on était un petit peu habitués. Qu'ils nous frappent, qu'ils nous parlent mal, qu'ils nous insultent. En vrai, je pense qu'en fait, on vivait dans ça. C'était normal. Voilà quoi. Vas-y, frappe-moi et qu'on en finisse. Et là, il y avait mon frère déjà, qui me dépassait de trois ans. Il commence à pleurer. Il lui dit, toi déjà, si tu pleures, tu vas voir. Toi aussi, tu auras le même sort qu'elle. Et il y a ma mère qui est debout. Mais je me rappelle même là, maintenant, quand je vous en parle, j'ai les images. Elle était debout à la porte du salon. Et elle n'a rien fait. Ouais, c'est quand même une mère.

C'est ça qui est dur.

6:31
Présentateur

Et comment vous l'expliquez ? Est-ce que vous pensez qu'elle avait peur elle-même ? Est-ce que vous pensez qu'il y avait cette forme d'emprise que vous décrivez dès cette période-là ?

6:40
Locuteur non identifié

Déjà, l'emprise, on l'a tous vécu. Voilà. C'est dur à l'admettre. Je pense que même nous, d'ailleurs, même moi, déjà, je parle de ma personne, je ne m'en suis pas rendue compte. C'est grâce au livre. C'est grâce à tout ça qu'on s'en rend compte, en fait, qu'on était sous emprise. Le mot emprise, je ne connaissais pas. Le mot violence, c'était rapide, quoi. Séquestration, je ne connaissais pas ce mot-là. Je pense que ma mère, elle était premièrement déjà sous emprise. Mais il faut savoir que son fils, c'était l'adoré. C'était son adoré. C'était limite. Elle allait l'adorer, lui, au lieu de Dieu, quoi, clairement. Et je pense qu'aussi, ma mère, elle ne voulait même pas intervenir.

Parce que pour elle, ça y est, c'était l'homme de la maison. Il fallait qu'il fasse ça, en vrai, quoi. Pour, entre guillemets, nous garder purs dans la maison. Parce qu'en plus, moi, j'étais la plus jeune. J'ai ma grande sœur, elle déjà, qui était déjà majeure. Et en fait, c'était moi, j'étais la plus petite. Et en vrai, j'ai vraiment tout subi, quoi. Et je vais vous dire en toute honnêteté, ma mère, aujourd'hui, je peux vous dire qu'elle avait, elle aussi, besoin de soutien. Je pense que ma mère, elle était très fatiguée. Elle nous a élevés cinq, des pères différents. On peut avoir des avis différents sur pourquoi est-ce qu'elle s'est mariée plusieurs fois.

Mais c'est vrai qu'elle-même, en vrai, elle n'a jamais reçu d'amour. En vrai, elle n'a pas reçu d'amour, ni d'homme, ni de ses maris, ni de ses frères, ni de son père. Donc, en vrai, elle aussi, elle avait besoin aussi d'un soutien. Mais je pense qu'elle a tout légué à mon frère pour qu'elle se repose en sorte.

8:09
Présentateur

Et c'est vrai qu'on sent évidemment beaucoup d'émotions quand tu racontes ça. Et tu m'as dit, tu vois, en décrivant ça, tu m'as dit comme si c'était normal. Est-ce qu'à ce moment-là, tu étais très jeune, mais est-ce qu'à ce moment-là, de ton côté, tu avais l'impression que c'était normal, ce qui se passait ?

8:26
Locuteur non identifié

Tout n'était pas normal. Mais dans tous les cas, je la ferme. Vous savez que, même pour penser, en vrai, pour réfléchir entre moi-même, genre, vas-y, moi, je suis toute seule dans ma chambre. Je ne vais pas me dire, ah, mais non, ce n'est pas normal. Ben ouais, je la ferme et c'est tout. Je le subis, en vrai. Je n'ai pas d'autre choix. Et autant dire que vaut mieux ne même pas y réfléchir, même pas se dire, oh, il m'a frappé, oh, j'ai mal. Laissez passer, laissez couler. Et genre, pour que, tu vois, la tension qu'il y avait à la maison, enfin, limite, elle s'envole un peu, quoi. Que ça fasse un peu banal, que ça fasse good vibe. Mais bon, ce good vibe, on ne l'avait pas.

9:03
Présentateur

Et il y a des gens qui, tu vois, tu pouvais en parler à certaines personnes ou ?

9:08
Locuteur non identifié

Oh, pas du tout. Alors déjà, il faut savoir que tout au début de sa radicalisation, notre cercle était complètement coupé. Mais quand j'ai coupé, c'est coupé du jour au lendemain. Genre, plus de voisins, plus d'amis, plus personne qui vient à la maison.

9:22
Présentateur

Mais il avait quel âge quand il arrivait à faire ça ?

9:24
Locuteur non identifié

Il avait à peu près 18, 20. Et déjà, tout d'un coup, tout a été coupé. Et c'est après qu'il est parti à son premier voyage en Syrie, pour soi-disant apprendre l'arabe, et qu'il est revenu. Et c'est là où son cercle d'amis a été formé. Et c'est où, à ce moment-là, qu'on a commencé à avoir des visites à la maison de femmes. Mais bien sûr, des femmes radicalisées. Donc, en vrai, à un moment donné, il faut savoir que même ma mère, elle a été coupée du monde. On a tous été coupés du monde, clairement.

9:54
Présentateur

Et l'impact, justement, tu parles d'être coupé du monde. Vers l'âge de 11 ans, ton frère décide de te déscolariser. Alors, c'est très bizarre de formuler ça comme ça, parce qu'on pourrait se dire...

10:03
Locuteur non identifié

Incroyable.

10:04
Présentateur

Comment est-ce que ton frère peut avoir ce pouvoir-là et t'ordonner ça ? Mais il décide de déscolariser. Comment ça se passe ? Est-ce que tu peux nous raconter cette période ?

10:13
Locuteur non identifié

Déjà, c'est à cause de ce fameux carnet rouge. Donc, le jour où il m'a frappée sur les pieds, il a dit à ma mère, à partir d'aujourd'hui, elle ne va plus à l'école. Donc, j'étais encore en primaire. Et donc, la sixième, je n'ai jamais mis mes pieds dedans. J'ai envie de vous dire une chose. Mes enfants, aujourd'hui, vont rentrer en sixième. Et ça me fait très peur. Parce que je ne connais pas ce monde. Quand je suis partie visiter le collège de mes enfants, il y a une odeur dans l'école. Mais moi, cette odeur, elle me manquait. Elle me manquait beaucoup. Et j'ai envie de vous dire, aujourd'hui, on peut réussir aussi sa vie sans études, mais c'est tellement important.

C'est tellement important d'apprendre, de connaître l'histoire, de connaître tout ça en vrai. D'être cultivé.

11:00
Présentateur

Tes enfants, ils n'y sont pas encore, mais ils y seront bientôt.

11:03
Locuteur non identifié

L'année prochaine. Et ça me fait vraiment bizarre. J'ai envie de vous dire, j'en suis sûre que je vais chialer quand ils vont rentrer. Ça, c'est sûr, je vais chialer. Parce que c'est quelque chose que je n'ai pas vécu. Et on peut vraiment le comprendre que si on le vit. C'est très dur.

11:19
Présentateur

Je mets une cédure. Et en même temps, il y a peut-être une forme de fierté aussi, de se dire que tes enfants, ils vont y aller, ils vont poursuivre leurs études.

11:27
Locuteur non identifié

En fait, ma fierté aujourd'hui, je le dis tout le temps, c'est mes enfants. Tout ce que je n'ai pas eu, ils l'ont. Garçons, filles, mixité, ça m'est égal complètement. Tant qu'ils sont heureux, je me dis, ils vont fauter dans leur vie, ils vont faire des erreurs, ils vont avancer, ils vont apprendre. Et c'est ça l'école. Tu vas tomber amoureux, tu vas sortir, tu auras des petits flirts, ça va arriver. Mais moi, je serai là et je les soutiendrai quoi qu'il arrive, en vrai. Et je pense que ça, c'est super. C'est ma force aujourd'hui. C'est grâce à ça que je suis heureuse. S'ils n'auraient pas mes enfants, je pense que je ne serais pas comme ça.

12:03
Présentateur

Ils sont encore jeunes, mais tu leur en parles de ton histoire et de tout ça ou pas ?

12:07
Locuteur non identifié

Ils connaissent tout. Ils savent mon histoire de A jusqu'à Z. Et vous savez, à chaque fois, vous savez, à la Saint-Valentin, on a un rituel à la maison, c'est de s'écrire des lettres d'amour. Ce n'est pas genre que pour moi et mon mari. Non, les enfants aussi, ils participent et ils m'écrivent toujours « Maman, on va te rendre fière de nous et on sait que tu as souffert, mais ne t'inquiète pas, on sera là pour toi. » Et ça, c'est trop beau.

12:34
Présentateur

Ils ont quel âge ?

12:34
Locuteur non identifié

Ils ont dit que c'est 11. Je peux vous dire qu'à travers mon histoire, ils ont aussi la valeur des choses, le fait d'aller à l'école, le fait d'avoir une télé. Oui, c'est la liberté. Pour certains, c'est normal. Je peux vous assurer qu'aujourd'hui, il y a beaucoup de gens qui sont privés de ça. Même en France, il faut arrêter de vivre dans un monde des bisounours. Ça, ça existe toujours. Il y a toujours des gens qui sont comme ça.

13:00
Présentateur

Ton côté, d'ailleurs, tu reçois, peut-être d'ailleurs, depuis la publication du livre, tu reçois des témoignages ou des gens qui s'expriment et qui ont fait part de leur réalité aussi.

13:10
Locuteur non identifié

Il y a eu récemment, exactement, une sœur d'une personne qui est radicalisée, qui a été... C'est une histoire qui est très récente. Et elle aussi, son frère l'a déscolarisé. Et son père l'a déscolarisé. Et pourtant, ça ne fait pas longtemps. Donc, il faut arrêter de dire que c'était dans les années 2000. Non, c'est juste qu'aujourd'hui, ça existe.

13:29
Présentateur

Ce qui est fou, c'est que... Ce qu'on a du mal à imaginer, c'est comment ta déscolarisation a pu passer inaperçue. Il n'y a pas pu avoir de... Parce que l'école, elle est obligatoire, en théorie, à cet âge-là. Alors,

13:44
Locuteur non identifié

j'ai envie de vous dire quelque chose. Ça, pour que les gens vraiment comprennent le contexte. C'est que la déscolarisation, bien sûr que ma mère a trouvé une faille. Ça existe toujours. Moi, ce que j'ai envie de dire aujourd'hui, c'est qu'il faut vraiment être attentionné sur les enfants aujourd'hui quand ils ne viennent pas à l'école. Il faut se poser la question pourquoi, en vrai ? Et quand les parents disent non, mais vous savez, il est malade. Non, mais j'ai envie de le scolariser autre part. Non, mais on va déménager. Ben non, en vrai. Le jour où tu déménages, comment est-ce qu'on peut te donner un certificat de scolarité ?

Non, quand tu déménages, je veux aussi que l'autre école appelle l'autre école en disant oui, c'est bon, cet enfant a été scolarisé dans cette école. Et ça, je pense que ça peut sauver beaucoup d'enfants et grâce à ça. Donc, je pense que si les signalements faits des fois un petit peu débilement, je suis désolée de dire ça, il faudrait vraiment plutôt s'orienter dans ce genre d'histoire.

14:34
Présentateur

Il faut rappeler qu'en France, l'école est obligatoire jusqu'à 16 ans et qu'en théorie, cela est surveillé par l'État. Compte d'association, le nombre d'enfants déscolarisés est estimé à 100 000, même s'il est évidemment très compliqué d'avoir des chiffres précis et fiables à ce sujet. Pour que les gens comprennent bien en termes de restrictions, ce qui t'est imposé dès l'âge de 11 ans, donc on a dit pas d'école.

14:57
Locuteur non identifié

Exactement.

14:57
Présentateur

Tu as parlé du fait qu'il n'y avait pas de télévision.

15:00
Locuteur non identifié

Exactement.

15:00
Présentateur

Est-ce qu'il y a d'autres choses, d'autres règles qui étaient mises en place ?

15:02
Locuteur non identifié

Alors en fait, oui. Donc, je vous explique concrètement. La seule règle, donc j'avais le droit d'aller aux toilettes, de prendre ma douche et de manger. À part ça, je faisais quoi ? Rien. En fait, je peux vous dire de quoi j'avais le droit parce que c'est tellement petit, c'est trois choses et tout le reste interdit. Donc, pas de télé, pas de sortie, pas de visite. Le niqab, le niqab qui est le voile intégral qui couvre complètement le visage, même mes yeux, on ne pouvait pas le voir. J'ai envie de vous dire, je ne le portais même pas parce que je ne sortais même pas de base. Les seules sorties qu'on faisait, c'est quand on allait au taxiphone.

Je me rappelle, on allait au taxiphone pour quand mon frère était en Syrie, quand il apprenait à l'arabe. C'était à l'époque où il n'y avait pas encore de guerre. Il faut le préciser. En 2004, il n'y avait pas encore de guerre en Syrie.

15:43
Présentateur

Le frère de Fatma, Boubaker et l'Akim, se rend en Syrie officiellement pour la première fois en 2002 pour étudier l'arabe et le Coran. Mais en réalité, selon Fatma, ce séjour a accentué sa radicalisation. Suivrons ensuite plusieurs autres passages en Syrie et en Irak en 2003 pour faire le djihad. On revient là-dessus juste après.

16:02
Locuteur non identifié

On allait au taxiphone pour appeler mon frère. En vrai, même les seules sorties que je faisais avec ma mère, c'était pour mon frère, pas pour quelqu'un d'autre. Je n'allais pas faire les courses. Je n'allais nulle part.

16:13
Présentateur

Je ne sais pas à quelle période c'était d'ailleurs, mais il vous montrait des vidéos de décapitation.

16:18
Locuteur non identifié

Il me montrait. Il n'y avait que moi, en vrai. Tu avais quel âge à ce moment-là ? C'était à l'époque que j'avais 11 ans. 11-12 ans. Décapitation, déjà, je me rappelle, c'était en plus, putain, ce site, putain, j'ai comme si j'avais le nom du site, mais il était en noir et rouge. Je me rappelle, c'était un site où il y avait des décapitations. Et c'était à l'époque, pas les décapitations d'Irak. Non, non, non, non. C'était bien avant. C'était Afghanistan, je pense, ou un truc comme ça. Décapitation. Et il y avait un moment, il me disait même, tu dois regarder sans avoir de... Ah oui, il ne fallait pas que je pleure.

16:51
Présentateur

Sans avoir de peur. Exactement. Ou d'émotion en regardant.

16:54
Locuteur non identifié

Exactement, c'est ça.

16:54
Présentateur

Là, tu avais 11-12 ans.

16:55
Locuteur non identifié

Oui. Et après, les vidéos après un peu basiques, c'était les trucs d'entraînement d'Afghanistan. Regardez beaucoup, beaucoup, beaucoup ça.

17:03
Présentateur

Beaucoup. Quand tu sortais à ce moment-là, du coup, comment est-ce que tu étais habillée ? Tu avais quel âge, du coup, dès l'âge ?

17:08
Locuteur non identifié

Alors, à partir de 11 ans, je portais le niqab, donc le voile intégral, le visage, également les gants, bien sûr, même mes chevilles. On ne devait pas voir mes chevilles. Et quand est-ce que je l'ai enlevé ? En vrai, c'est quand il est parti à son premier voyage en Syrie. Là, ça a été, mais la liberté, enfin bon, pour d'autres, ils vont dire, ben non, ce n'est pas une liberté. Si, si, pour moi, c'était une très grande liberté. Rien que d'enlever le tissu qui cache mon visage, déjà, pour moi, c'était incroyable. C'était waouh.

17:37
Présentateur

À cette période-là, vers l'âge de 11 ans, tu avais des amis au-delà de ta famille ? Pas du tout.

17:44
Locuteur non identifié

Ah là là, je l'aurais aimé. Pas du tout. Pas du tout. Mais aucun. J'ai envie de dire aussi, il faut savoir que, avant qu'il soit radicalisé, il n'y avait pas de copine qui venaient à la maison. Je n'allais pas chez des copines. Mes seuls souvenirs, quand je sortais devant la maison, on avait un petit parc au Quai de la Loire. C'est des flashs que j'ai quand je sortais vite fait, quand j'allais au parc et que je rentrais. Mais, exemple, je ne suis jamais sortie tard. Non, non, après, bon, j'étais jeune, c'est évident. Mais, je n'avais pas de cercle d'amis. Tout était restreint avec lui. Tout était restreint. Vraiment, la moindre chose. Vous imaginez qu'on avait notre voisine qui était juif.

Ça, c'est notre voisine de palier. Elle était magnifique, cette dame. Elle était superbe. C'était la meilleure copine de ma mère. Elle venait chez nous. On allait chez elle. Et du jour au lendemain, bam, interdiction.

18:33
Présentateur

Tu te sentais seule à ce moment-là ?

18:34
Locuteur non identifié

Totalement. Totalement. Il y avait beau avoir ma mère, lui, déjà, j'ai envie de vous dire qu'à chaque fois que la porte, vous savez, la clé, quand il tourne la clé pour rentrer à la maison, j'ai mal au ventre. Clairement. À la maison, j'ai envie de vous dire, même, vous savez, j'ai l'impression que mon cerveau, il a vraiment mis tout ça en stand-by parce que c'est encore très noir, c'est très vague dans ma tête. J'ai vraiment peu de souvenirs. C'est vraiment des souvenirs de violence que j'ai. Et même ces souvenirs de violence, ils sont vraiment restreints. Et c'est vraiment, c'est comme si, c'est incroyable. C'est comme si on mettait une vidéo en accéléré.

Je n'ai pas les détails exacts, total, mais je sais qu'ils me frappaient plein de fois, bien sûr.

19:15
Présentateur

Donc, il y avait aussi, ce n'était pas qu'un isolement, ce n'était pas tout. Il y avait aussi des violences au sein du monde.

19:19
Locuteur non identifié

Et je ne vous parle même pas des violences quand il me parlait mal. Eh, vas-y, va, dégage, va là-bas, va me chercher ça, fais ça, ferme ta gueule. J'ai envie de lui dire, mais tu pries et tu lui dis ferme ta gueule, putain, genre merde, quoi. Lui, il était vraiment, mais à côté de la plaque.

19:37
Présentateur

Et là aussi, ta mère forcément ne réagissait pas ou en tout cas, elle n'était pas...

19:42
Locuteur non identifié

Elle ne faisait rien. En vrai, ma mère, elle faisait quoi ? À manger et elle dormait. Elle ne faisait rien de sa vie. Elle ne faisait rien. J'ai envie de vous dire aussi autre chose. Vous voyez, quand on veut apprendre une religion, il faut se cultiver dedans. Il faut se cultiver. Il faut ouvrir des livres. Il faut lire. Il faut apprendre. Il faut connaître bien sa religion. Ma mère, elle n'a même pas fait. Donc, vous voyez, quand mon frère Boubaker vient dire à ma mère, tu sais, le prophète Mohamed, il a dit ça, elle y croit. Elle ne va même pas vérifier la source. En vrai, il aurait pu dire ce qu'il veut. Il aurait pu dire, le prophète a dit la couleur orange est interdit.

Voilà, parce qu'il y a du orange devant moi. Elle va dire, OK, c'est bon. C'est Boubaker qui l'a dit. Non, Boubaker, ce n'est pas une religion.

20:20
Présentateur

Il avait une telle emprise.

20:22
Locuteur non identifié

C'est incroyable.

20:23
Présentateur

Et à ce moment-là, de ton côté, tu étais très jeune, mais tu as pensé à alerter des gens ou à fuir. C'est des questionnements que tu as eus ? Bien sûr.

20:32
Locuteur non identifié

Bien sûr. Je voulais. Je voulais fuguer parce qu'à l'époque, je sais que ma soeur, elle était dans un foyer. Vous voyez ? Quand on était à Paris XIIe, je me rappelle que ma soeur, elle est partie dans un foyer. Donc, j'avais ce truc-là dans ma tête. Mais comment ? Comment déjà, je vais franchir le pas de ma porte ? Déjà, on est une grande famille, on est plusieurs, on est dans un quartier. Tout le monde me connaît et nous connaît. Donc, j'ai envie de vous dire, sortir de chez moi, c'était impossible. C'était impossible. J'ai envie de vous dire, je vivais dans la maison. C'est limite, j'attendais un miracle. Un miracle pour que moi, je me barre. ce miracle, il n'est jamais arrivé.

Jamais, il n'est arrivé. Vous voyez ? Vous savez, quand on voit une famille, du jour au lendemain, tout habillée en noir, des gens qui sortent, qui rentrent avec de la barbe, je ne parle pas de ça dans le sens où tous les gens qui ont de la barbe, ceux qui ont des invités barbus, non, je ne suis pas en train de dire ça. Mais dans le contexte auquel était mon frère, quand il a été arrêté, quand il est venu de Syrie, on aurait dû se poser des questions. Il y avait une enquête sur mon frère. La police faisait son job, mais pourquoi elle n'a pas fait son job jusqu'à la fin ? C'est ça en fait le problème. C'est quand une personne est radicalisée, exemple, et qu'on a un doute sur elle.

À part cette personne-là, vous voulez le foutre en prison, c'est bien beau de faire ça. Mais sa famille, il a des frères, il a des sœurs, je ne sais pas, faites quelque chose. Moi, si on m'aurait auditionné, si on m'aurait posé une question, ne serait-ce, mais j'aurais tellement chialé qu'on aurait compris que j'étais mal, que je n'étais pas à ma place et personne ne l'a fait.

22:10
Présentateur

Tu as le sentiment d'être très clairement une victime de toute cette période-là et de ne pas avoir été entendue.

22:15
Locuteur non identifié

J'ai été abandonnée et j'ai envie de vous dire le mot victime, encore le mot victime, c'est aujourd'hui que je l'ai appris. Parce que moi, pour moi, j'ai toujours senti cette culpabilité. J'ai toujours culpabilisé à cause de tout ce qu'a fait mon frère. C'est une dinguerie, mais il faut vraiment y croire. Moi, des fois, j'ai peur d'être dans un endroit, vous savez, d'être au mauvais moment. Moi, j'ai peur de ça. J'ai peur qu'un jour, il se passe une dinguerie et comme par hasard, moi, j'y suis. Je suis la soeur de qui ? De Boubacar et la Kim. Super quoi. Mais voilà. Il suffit que j'aurais juste liké une vidéo bêtement.

Ça se trouve, mon enfant aurait regardé une vidéo sur YouTube, ça serait tombé sur ma gueule. Vous vous en rendez compte ? On vit constamment sous la peur en sachant que moi-même, je suis une victime en vrai. Oui, mais ça, je l'ai appris aujourd'hui que j'étais une victime. Je ne savais pas moi avant.

23:01
Présentateur

C'est fou que tu ressentes cette culpabilité, alors qu'évidemment, c'est pour rien et tu l'as subi dès la primaire, dès le plus jeune âge.

23:07
Locuteur non identifié

Je l'ai subi avant même que la France ne le subisse. C'est incroyable. Mais c'est ce que je dis, en fait.

23:13
Présentateur

Tu le dis d'ailleurs, il me semble que c'était dans le podcast que tu avais fait à l'époque avec Paradiso Media. Tu avais dit j'ai vécu Daesh en France avant même que Daesh existe. Exactement. Tout à fait. C'est ça. Qu'est-ce que tu mets derrière ces mots ? C'est que tu as subi

23:28
Locuteur non identifié

cette emprise-là.

23:31
Présentateur

C'est ça.

23:31
Locuteur non identifié

Tout était interdit, emprisonné dans un endroit. J'ai envie de vous dire comme en Syrie, on met les femmes dans une Madafa, vous savez, dans des maisons que pour femmes. Moi, je l'ai vécu, sauf que c'était chez ma mère. Et je pense que ça fait encore plus mal d'être chez sa mère, d'être auprès de sa famille. Vous savez, si on ne trouve pas la sécurité et le réconfort chez sa famille, vous pensez qu'aujourd'hui, moi, j'y crois de trouver un réconfort ou une sécurité chez quelqu'un d'autre ? C'est dur. C'est très, très dur d'avancer sur ça.

23:58
Présentateur

La radicalisation de ton frère, comment est-ce qu'elle opère déjà ? Est-ce que tu arrives à savoir comment est-ce que ça a débuté ?

24:06
Locuteur non identifié

Pas du tout. Ça a été du jour au lendemain.

24:09
Présentateur

Encore aujourd'hui, elle t'a du mal à comprendre.

24:10
Locuteur non identifié

C'est réel. Ça veut dire, c'est bim, bam, boum. Bam, t'es... La maison est radicalisée. C'est incroyable. C'est tellement violent, c'est tellement rapide qu'on s'en rend même pas compte. Et d'ailleurs, d'où est le fait que plusieurs personnes ont rejoint Daesh sans que leurs familles peuvent s'en rendre compte. C'est tellement rapide. Si vous savez, s'il y aurait eu une petite étape, un petit truc, un petit soupçon, je pense que beaucoup de personnes seraient sauvées de ça. Mais c'est tellement rapide que même les familles, pour alerter quelque chose, je pense qu'ils s'en rendent compte que quand il est sur place. C'est trop rapide.

24:47
Présentateur

Et t'as l'impression que c'était via des choses... Alors, c'est avant les réseaux sociaux, en tout cas tête, qu'on les connaît aujourd'hui parce qu'on est au début des années 2000. Mais est-ce que t'as l'impression que c'était via des choses sur Internet, via des rencontres en France ? Non. T'as une idée de ça ?

24:59
Locuteur non identifié

Concernant mon frère Beaubaker, non. Vraiment non. Il n'a eu aucune rencontre. C'est-à-dire, mon frère Beaubaker, il était déjà violent. Il était déjà méchant. Il ne voulait pas qu'on parle aux garçons. Tout ce qui est moulant. Alors, j'ai envie de vous dire, les jupes et les robes, non, les robes, même pas. Les jupes, j'en ai jamais porté avant. Les pantalons en jean, j'en ai jamais porté. Je portais toujours, toujours quelque chose de long. Toujours. Et j'ai envie de vous dire, pour mon frère Beaubaker, je parle de lui, personne, ni un entourage, il n'est pas parti chercher ça autre part. Il l'avait déjà en lui, ça. Il l'avait déjà en lui.

Maintenant, ce qu'il a fait, c'est quand il est rentré dans la religion, au lieu d'apprendre sa vraie religion, au lieu d'apprendre étape par étape une religion, l'islam, paix, sagesse, bon comportement, être bon envers sa mère, ses frères, ses soeurs, ses voisins même. Non. Lui, il est parti dans des textes. Il a pris quelques phrases, quelques mots. Et avec ça, il a construit sa religion. Pas la religion.

26:02
Présentateur

Tu as évoqué un départ en Syrie.

26:04
Locuteur non identifié

Oui.

26:05
Présentateur

Donc, qu'est-ce que tu peux nous raconter ? Tu avais quel âge environ et c'était dans quel contexte ?

26:10
Locuteur non identifié

Alors, c'était juste après qu'il m'ait fait porter le niqab, donc le voile intégral. Il est parti en Syrie pour apprendre l'arabe. Et c'est réel. Il est vraiment parti pour apprendre l'arabe. Sauf, vous voyez qu'à cette époque, donc c'était dans les cours de 2000-2001, il faut savoir qu'à cette époque en Syrie, on allait pour apprendre l'arabe dans des écoles, très connues d'ailleurs. Et lui, en fait, il nous a raconté, d'ailleurs, j'ai envie de vous dire, quand on arrive à l'aéroport en Syrie, à cette époque, il y avait des gens avec des grandes pancartes. Vous savez, on appelle ça en arabe « talb el ilm ». C'est apprendre la religion.

C'est comme si, on va dire, on rentre dans une école pour apprendre que la religion, non pas l'arabe, ce qui est différent. Et lui, quand il est arrivé en Syrie, au lieu d'aller dans cette école, non, il est parti avec d'autres personnes, c'est dans des maisons, donc il louait des maisons à plusieurs et il faisait que de lire le Coran, de lire des livres, juste l'apprentissage de la religion. Maintenant, ça c'est bien de le faire. Sauf que, quand tu es mal entouré, bien sûr, la religion, tu peux l'apprendre comme tu as envie. Et j'ai envie de préciser une chose pour toutes les personnes qui vont m'entendre aujourd'hui. C'est très important de le savoir.

La radicalisation n'est pas que dans la religion de l'islam, dans toutes les religions. Donc, ce n'est pas que l'islam. C'est des personnes qui cherchent, qui ont une haine, une violence, une rage. On ne sait pas d'où elle vient celle-là. Et là, quand ils rentrent dans cette religion, ils ne vont prendre que ces mauvais trucs. Et lui, c'est ce qui lui est arrivé. Donc, il était dans des maisons avec d'autres hommes et ils apprenaient la religion. La première chose, quand il est rentré de son premier voyage en Syrie, c'est le mot « djihad », « guerre sainte ». Ah ! J'ai envie de vous dire que ce mot était constamment à la maison.

Moi, aujourd'hui, le mot « djihad », pour moi, déjà, c'est « humm… » J'apprécie pas ce mot-là, déjà, premièrement. J'ai envie de vous dire, pour moi, la vraie religion que moi, aujourd'hui, j'ai envie de dire, c'est, vous savez, le comportement. Vous savez, le comportement, c'est une chose qui est très, très dure à maîtriser. Très, très dure. De ne pas se mettre en colère, d'être bon envers les autres, d'être gentil, d'être bienveillant, d'aller voir son voisin, d'aller voir une personne âgée, d'apporter de l'aide. Ça, pour moi, c'est la base. Lui, ça, je peux vous dire que ça n'existait pas dans la maison. « Jihad », « jihad ».

Pourtant, à l'époque, il n'y avait pas encore les guerres qu'il y a aujourd'hui. C'est-à-dire, avant, il y avait l'Afghanistan, je pense. D'ailleurs, c'est d'où il était accro à Oussama Belladène. La biographie d'Oussama Belladène, il me l'a raconté. On était tous dans le salon, je me rappelle très bien, et il était à fond dedans. Donc, c'est ça qu'il faut comprendre, c'est que la religion de base, c'est pas... C'est comme je dis, il a sa religion, c'est pas l'islam. C'est pas l'islam.

29:05
Présentateur

Et donc, il est revenu après ce premier voyage. Tu as senti, du coup, un changement ?

29:09
Locuteur non identifié

Ah ben oui. À chaque fois qu'il venait, c'était relou parce qu'il fallait que je reporte le voile intégral.

29:14
Présentateur

La première fois qu'il est parti en Syrie, il est parti combien de temps ?

29:17
Locuteur non identifié

Ça, c'est un peu vague dans ma tête. Il y a eu tellement d'allers-retours. Vous savez, il y a eu tellement premièrement d'allers-retours et deuxièmement, qu'à chaque fois qu'il partait, je pensais qu'à ma gueule en vrai, je voyais pas le temps. Et pour moi, c'était très vite.

29:29
Présentateur

Et la première fois qu'il est parti, du coup, tu as pu, en fait, à nouveau, comme tu le dis, regarder la télé ou faire des choses. Comment tu as vécu tout ça, cette forme de libération ?

29:41
Locuteur non identifié

Alors, vous voyez, rien que le fait de regarder la télé. Et j'ai envie de vous dire une chose. Mis à part la télé, mis à part de sortir, c'est même pas le sujet de sortir, c'était même pas un sujet à la maison. Le fait qu'il n'est pas là à la maison, c'est une liberté. Déjà, tu dis ce que tu veux, tu peux rigoler, tu peux kiffer, je peux rigoler avec ma mère, on peut se faire des blagues. Déjà, ça, c'est une liberté. Donc moi, déjà, ça me suffisait. Le peu que j'avais me suffisait largement. Et j'étais déjà très contente de le vivre. Donc, j'ai envie de dire, même pour sortir, moi, de toute façon, j'étais toujours parano. J'avais peur, mais c'est même pas peur.

Je crois qu'il y a un mot, je ne sais pas s'il y a un mot qui existe plus que la peur, j'ai envie de le dire. C'est plus que la peur que je ressens envers lui. Et ça veut dire que là, quand il partait, pour moi, c'était déjà bien, c'était suffisant pour moi. C'est en forme de libération. Voilà, ça me suffisait. Je ne cherchais pas trop, je ne cherchais pas trop ailleurs ou plus.

30:36
Présentateur

En mars 2003, ton frère annonce qu'il va partir, je crois faire le djihad en Irak. Comment est-ce que tu réagis typiquement dans ce genre de situation ?

30:45
Locuteur non identifié

Je suis désolée, j'étais très heureuse. J'étais super contente. Il y a eu une chose qui m'a touchée. Pour la première fois, il me prend dans ses bras. Il ne m'a jamais pris dans ses bras, vous vous rendez compte ? Jamais de la vie. Et ce jour-là, il m'a pris dans les bras, il m'a dit, en arabe, il m'a dit, je m'excuse. Il ne dit pas pourquoi, comment, mais il a dit, je m'excuse. Et j'ai envie de vous dire, j'étais très contente. Parce que pour moi, la guerre, ça veut dire mort. Donc, j'espérais la mort de mon frère à ce moment-là.

31:21
Présentateur

Parce qu'il y avait eu cette souffrance et je m'imagine que tu avais peur pour toi-même autrement qu'ils reviennent.

31:26
Locuteur non identifié

Vous savez, à part la mort, qu'est-ce qui aurait pu me sauver ? Rien. Parce que ma mère, j'étais très fusionnelle avec elle. J'étais son porte-clés. Je ne pouvais pas m'éloigner d'elle, en vrai. Parce que les gens, ils vont dire, oui, mais quand il est parti la première fois, pourquoi tu ne t'es pas barrée ? Et ma mère, c'est ma mère qui m'a élevée, c'est ma mère qui m'a éduquée. C'était ma confidente, c'était ma copine, je n'avais personne d'autre. Il y avait ce truc fusionnel entre moi et elle qui était très, très fort. Et j'avais du mal. J'avais beaucoup de mal à m'éloigner d'elle.

31:55
Présentateur

Tu disais quelque chose sur ton frère et sur l'influence qu'il avait. Je t'avais entendu dire à mon frère, on ne le convainc pas, c'est lui qui convainc.

32:05
Locuteur

Tout à fait.

32:07
Locuteur non identifié

Exactement. C'est-à-dire, je parle dans ce sens-là pour que les gens comprennent, il y a des gens, ils ont eu des lavages de cerveau. Et ce lavage de cerveau, j'estime que c'est un manque de lecture de livres. C'est-à-dire qu'exemple, dans une religion, quand on ne veut pas apprendre une religion, quand on ne lit pas exactement, quand on ne cherche pas bien à savoir cette religion, n'importe qui peut venir te dire quelque chose et hop, ça y est, tu y crois et tu fonces dedans. Et mon frère, ce n'était pas du tout ça. Réellement, vraiment, je peux vous dire aujourd'hui, oui, il a été manipulé. Non, non, non, non, pas du tout. Il n'a pas été manipulé. Non, c'est plutôt lui.

C'est plutôt lui qui a ramené des gens.

32:55
Présentateur

Et d'ailleurs, c'est devenu un des leaders quand même.

32:59
Locuteur non identifié

Exactement, de la filière des buts de chemin. Et j'ai envie de vous dire, il y a notre voisin, vous vous rendez compte, du même immeuble qu'il a envoyé en Irak. Vous savez, quand on a appris la mort de notre voisin et de mon autre frère, Redouane El Hakim, le premier djihadiste français mort à Fallujah, en Irak, je me disais, mais putain, mais pourquoi pas lui, merde. Tous les gens meurent sauf lui. Ce n'est pas incroyable. Les grosses têtes ne meurent pas. C'est les petits moutons, les pauvres, ils y vont, ils se font exploser, les pauvres. Et le gros, là, non, il ne meure pas. Et moi, ça me rendait malade. Je ne comprenais pas pourquoi lui, il n'était pas mort.

33:41
Présentateur

A noter, et c'est un élément important, que début 2015, sa mère, son autre frère Ali, sa femme, sa sœur Yamina et sa fille partent tous en Syrie pour rejoindre Boubaker. Celui-ci finira par être tué par un tir de drone américain en 2016. La mère de Fatma est elle aussi décédée en 2017 à Raqqa, en Syrie. Et ton frère, il va faire plusieurs allers-retours, tu l'as dit. Mais il finit par être arrêté et emprisonné en France. Pourquoi est-ce qu'il est arrêté ? Dans quel cadre ? Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ?

34:15
Locuteur non identifié

Et elle est là, la grosse faute. C'est qu'en fait, quand il a été arrêté, à ce moment-là, c'est quand il était parti en Irak, il est revenu, il s'est fait arrêter dans la frontière. Il a été dans une prison Farah-Falastine. Farah-Falastine, en français, c'est les branches de la Palestine. D'ailleurs, on a dû entendre, vous savez, des tortures dans ces prisons de Damas, de Bachar el-Assad. C'est l'une des prisons où il a été emprisonné. Et là, quand il revient, moi c'est ça qui m'énerve en vrai. Il a été jugé pour sept ans de prison. Pourquoi ? Pour du terrorisme. Sept ans ? Il est parti en Irak. Il est revenu. On sait très bien que Boubaker, enfin, ils ne sont pas cons quand même, non ?

Il faut arrêter à un moment donné. On voit comment il est. On voit qu'il est très violent. Dans son procès, il ne s'est même pas levé devant le juge. Pourquoi ? Parce que ce juge-là, soi-disant, fait partie de la France. Donc, il ne se lève pas devant lui. Déjà, tu te poses des questions. Il avait même collé la feuille. Pourquoi est-ce qu'il est incarcéré devant la porte de sa cellule pour que les gardiens ne l'emmerdent pas ? Il mangeait des sandwiches dans les parloirs. Personne ne lui parlait. Pourtant, c'était interdit. Et j'ai envie de vous dire, pourquoi est-ce qu'il a pris que sept ans ? Vous voyez, ça, ça a été une grosse erreur.

Parce qu'à cause de ça, c'est après qu'il y a eu les dégâts réels. De base, il est parti en Irak. Bon, voilà, ça s'est passé quand même là-bas. Mais après ça, c'est là où l'influence, elle a grandi, où il a emmené beaucoup de gens avec lui là-bas. Et c'est là où ça a commencé à s'en prendre un peu à la France.

35:52
Présentateur

D'ailleurs, j'ai que comprendre qu'il est tellement aussi influent qu'il est régulièrement transféré d'une prison à une autre.

35:57
Locuteur non identifié

Exactement. Et ça ne l'a pas empêché non plus d'avoir des connaissances dans la prison. Ça ne l'a pas empêché quand même de manipuler certaines personnes qui étaient en prison. Je ne peux pas dire les noms parce que c'est encore valable. Mais oui.

36:11
Présentateur

C'est vrai qu'on entend parfois, il y a eu plusieurs enquêtes journalistiques qui montraient que dans certains cas, la prison pouvait être un lieu où il y avait soit une forme de radicalisation pour certains, soit des contacts de ce type-là qui se nouaient. et c'est quelque chose

36:22
Locuteur non identifié

que j'ai constaté. J'ai envie de vous dire, on s'est fait un bon cercle d'amis grâce au Parloir. Donc, ce n'est pas compliqué de savoir.

36:32
Présentateur

Et c'est aussi à cette époque, on est au début des années 2000 que se monte la filière des buts de Chaumont. Donc ça, qu'est-ce que c'est ? C'est une organisation dont fait partie aussi ton frère qui s'organisait dans le 19e.

36:47
Locuteur non identifié

Exactement. Et qu'ils allaient au but de Chaumont. Ils faisaient du sport pour se préparer à un pré-entraînement pour la guerre, pour le djihad. Et c'est ce qu'ils faisaient, oui. Et c'est à ce moment-là où ça a été vraiment, c'était vraiment concret. Ça veut dire, je ne vais pas vous mentir dans ça, quand ils venaient à la maison, ces personnes-là, moi, je ne les voyais pas. Je n'avais pas le droit de les voir ou quoi que ce soit. Parce que nous, on était toujours à l'écart. les femmes, même notre voix ne devait pas s'entendre. Ah oui, nos chaussures ne devaient pas être à l'entrée pour que les hommes n'imaginent pas notre pointure. D'accord ?

Mais je me rappelle que beaucoup de personnes sont venues chez nous qui ont commis des attentats en France. Dont peut-être même les frères Kouachi. Peut-être. Oui.

37:36
Présentateur

Et c'était connu à l'époque ? Donc toi, tu voyais qu'il y avait tout ça qui s'organisait. Mais tu as l'impression que dans le quartier, etc.

37:42
Locuteur non identifié

Tout le monde le savait. Ah, il faut arrêter. Ah non, non, non. Là, par contre, je suis désolée de le dire. Tout le monde savait ce qui se passait. Tout le monde savait que Boubaker, il était radicalisé. Tout le monde savait. Il avait même fait un appel au jihad avant, d'accord, qu'on aille le rejoindre. la France le savait. La France le savait. Les autorités le savaient. La DST, à l'époque, le savait. Et c'est à ce moment-là où on se dit mais putain, quoi. Il se donne rendez-vous chez nous. Pourquoi il ne débarque pas et il les emmène tous ? Non mais sérieux, quoi. C'est... Je ne sais pas, c'est quand même dingue, non ? C'est incroyable.

38:16
Présentateur

Depuis la prison, ton frère, il continue à avoir une emprise sur ta vie et sur votre vie au sein de la famille. À 16 ans, il force à te marier religieusement avec Peter Shérif. Exactement. Un djihadiste qui sera plus tard impliqué dans l'attentat de Charlie Hebdo. On va revenir là-dessus après. Avant ça, est-ce que tu peux nous raconter comment est-ce que ce mariage s'est déroulé ? Comment est-ce que tu as vécu ça ?

38:39
Locuteur non identifié

Alors, ça s'est passé très vite. Pourquoi est-ce que... Vous savez, aujourd'hui, je m'en veux un peu. Je m'en veux dans le sens où je me dis mais putain, pourquoi je ne me suis pas barrée ? C'est encore là, je pense que la peur dans laquelle je vivais, elle était très très forte. Elle était... Non, je vous jure, c'est trop. C'est de la parano. On devient parano quand on vit avec Bobaker et tout. Donc déjà, il y a eu cette petite rencontre banale et qu'après, ma mère, elle me dit « Qu'est-ce que tu en penses ? Vas-y. » Moi, je lui dis « Mais non, mais non, jamais de la vie. » Elle me dit « Mais si, tu auras ton petit appart. » Ben oui, c'est ce que je voulais, bien sûr.

Je voulais me barrer de cette maison, moi. Et quand Bobaker, il m'appelle au téléphone et là, il me dit « Si, si, si, tu vas te marier avec lui. » Mais de toute façon, tu vas te marier. Il n'y a pas oui ou non. Tu vas te marier.

39:31
Présentateur

Tu as 16 ans à l'époque.

39:32
Locuteur non identifié

C'est ça ? 16 ans et demi, 17 ans. Et de là, ça s'est passé très vite. Il y a eu... Je me rappelle qu'il y avait des hommes dans le salon, je ne sais pas il y avait qui. Je n'ai aucune idée de qui il y avait. Je me rappelle que j'étais accropie à côté de la porte du salon. J'entendais et j'entendais mon frère Bobaker qui parlait au téléphone. Donc, c'est... Comment dire ça ? Il a entamé mon mariage de la prison avec un téléphone. Incroyable. Et effectivement, j'ai été mariée avec Peter Sheriff comme ça, en étant accroupie dans le couloir et lui dans le salon. Après, bien sûr, c'est bien détaillé dans le livre, mais grosso modo, c'est comme ça que ça s'est arrivé.

40:14
Présentateur

Tu le connaissais ?

40:16
Locuteur non identifié

Non, je ne le connaissais pas. Je ne savais même pas qui il était. Je savais... J'ai envie de vous dire, je pense même que je ne savais même pas son père était de quelle nationalité. Je sais qu'il est métisse, oui, parce que je l'avais vu en premier et je l'ai vu et même quand je l'ai vu, je ne lui ai pas parlé. Attention, il conduisait une voiture, il nous accompagnait, il me regardait dans le rétro et je me disais « Waouh ! » Comment il peut me regarder ? Ce n'est pas possible, je suis la zœur de Bobaker quand même, non ? Et de là, tout s'enchaîne. Et quand je dis que tout s'enchaîne, c'est trop... C'est encore une fois, c'est trop rapide. Bam, bam, bam ! Ça arrive trop vite.

40:52
Présentateur

Qu'est-ce que tu ressens quand tu apprends qu'il va te forcer à ce mariage ?

40:58
Locuteur non identifié

À ce moment-là, il n'y a pas le mot choix à la maison. D'accord ? Donc, c'est normal. Tout est normal. La violence est normale, l'emprise est normale, d'être enfermée à la maison, c'est normal, et tu fermes ta gueule. Il n'y a pas le mot choix.

41:14
Présentateur

Ta mère, elle dit quoi à ce moment-là ?

41:15
Locuteur non identifié

Ma mère, par contre, elle, elle m'encourage dans le sens où voilà, tu ne seras plus, tu seras au moins, on va dire, entre guillemets, avec un homme, tu auras ton petit appartement. Mais c'était conclu, attention, c'était conclu qu'à 18 ans, il y a le mariage civil qui ne se passe rien entre moi et Peter Shérif qu'à partir du mariage civil. Sauf que...

41:39
Présentateur

Effectivement, il y a ce mariage, tu découvres un homme extrêmement violent.

41:45
Locuteur non identifié

Oui.

41:47
Présentateur

Est-ce que tu peux nous raconter ce quotidien avec Peter Shérif ?

41:51
Locuteur non identifié

Il sort de prison en juillet. Une semaine après, il y a eu le mariage. Par la suite, il y a eu le ramadan, je ne vivais pas avec lui. J'étais chez ma mère encore. C'était conclu qu'on fasse le mariage civil. Donc, ma date de... Pour avoir mes 18 ans, c'était fin de l'année, fin de cette année-là, en novembre. Et là, il y a eu le ramadan. Quand il y a eu le ramadan, les dix derniers jours du ramadan, ma mère, elle est partie à la mosquée, on va dire, vous savez, les dix derniers jours du ramadan, on reste dans la mosquée pour lire le Coran, pour vraiment, on va dire, se rapprocher de Dieu. Et c'est à ce moment-là où il me parle du rapport qu'on devait avoir, un rapport sexuel.

Sauf que moi, je lui dis, ben non. Et en même temps, tellement que j'ai grandi avec Boubaker dans le sens où je ne dois pas dire non, je dois la fermer, quand on me dit quelque chose, je dois le faire. Ben, même là, avec Peter Sheriv, je n'ai pas dit non. Je n'ai pas dit ce non. Je ne vais pas vous mentir. Je peux aujourd'hui dire non, mais je l'avais poussé. Non, je ne l'ai pas fait. Et quand il me dit qu'il y a ce rapport sexuel, pour moi, déjà, je vais vous dire un truc, j'étais tellement enfermée dans ma maison. Vous savez que tout ça, c'était très loin dans ma tête. Vous savez, tout ce qui est rapport, flirt, bisous, câlins. Je ne connais pas tout ça, moi, avant. Il y a eu ce rapport.

Et il y a eu un seul rapport avec Peter Sheriv quand j'étais chez ma mère. Il faut savoir qu'après trois, quatre jours, j'avais du mal à m'asseoir. Je ne pouvais plus m'asseoir parce qu'il m'a fait très mal. Et encore là, je n'ai pas dit non. Je ne l'ai pas poussé. Je n'ai pas fait de réaction. Et parce que pour moi, c'était obligé, il fallait que je la ferme. Et je ne me voyais pas dire à Boubaker, oui, tu sais, Peter, non. Parce que vous savez, dans la religion, on dit qu'on est mariés, etc. Et quand je lui ai parlé du mariage civil, il m'a dit, mais tu es folle ou quoi ? Il m'a dit, moi, je ne vais pas devant ta route. Ta route, c'est une personne qui ne décide pas comme Dieu.

Ça veut dire que la mairie ne fait pas partie de notre religion. Pour lui, c'est interdit. C'est des mécréants. Donc, on ne va pas à la mairie. Et là, ça a été un choc pour moi.

44:06
Présentateur

Tu as l'impression d'avoir mis du temps à mettre des mots sur ce qui s'est passé dans cette période-là, alors que ce soit parler de viol ou de séquestration ou ce genre de choses, c'est...

44:15
Locuteur non identifié

Ça fait depuis à peu près deux ans. J'ai 33 ans aujourd'hui. À 31 ans, j'ai compris que c'était un viol. J'ai compris que j'ai été séquestrée. J'ai compris que j'ai été forcée. À 31 ans, c'est quand même...

44:36
Présentateur

Parce que le quotidien avec lui, il y avait cette forme d'emprise évidente comme il y avait avec ton frère avant. Qu'est-ce qui était différent dans ce que tu subissais pendant cette période-là ?

44:51
Locuteur non identifié

La différence, que c'était plus Boobaker. C'était une personne d'autre. C'était la seule différence. C'est que maintenant, c'était plus moi et mon frère. C'était moi et entre guillemets, mon mari. parce que même mariage, il ne veut rien dire sur le mariage religieux, en vrai. Et un jour, j'avais appelé Boobaker. Je l'avais appelé. Et il m'a dit « Tu la fermes, tu restes avec lui jusqu'à ce que je sors de prison et on verra. » Il ne m'a même pas défendu, mon frère. Je m'ai attendu. Mais il ne l'a pas fait.

45:26
Présentateur

Tu lui avais raconté que ce soit le viol, que ce soit ces éléments-là ou tu ne lui en parlais pas ?

45:31
Locuteur non identifié

J'ai raconté... Je n'ai pas le souvenir d'avoir raconté ça. Mais j'ai essayé d'être un peu vicieuse. J'ai entre guillemets balancé quelque chose sur Peter Shérif. Une histoire de carnet qu'il avait incarné à l'époque quand il était en Irak. Qu'il a donné ça aux soldats américains. Et donc, j'ai voulu faire un peu la balance. Je me suis dit « Là, mon frère, il va péter un plomb. Il va dire « Mais je vais le tuer. C'est un traître. » Non, pas du tout. Pas de bol.

45:56
Présentateur

Et t'espérer un conflit entre les deux

45:57
Locuteur non identifié

pour que finalement

45:59
Présentateur

tu ressortes de cette...

46:00
Locuteur non identifié

Et là, mon frère, il me dit « Non, tu restes avec lui jusqu'à ce que je sors de prison. »

46:06
Présentateur

Un jour, tu parviens à t'échapper. Est-ce que tu peux me raconter comment ça s'est passé ?

46:10
Locuteur non identifié

La première fois que je me suis échappée, j'étais encore chez ma mère. C'était juste après ce premier viol. Je suis allée chez une amie de la famille et je suis partie chez elle pour que ma mère ressente. Pas pour que Peter Shérif ressente ou que Bourbou Backer ressente. Je m'en tapais deux. Moi, l'important, c'était que ma mère, elle comprenne que vraiment, j'en avais marre, que j'étais fatiguée, que je ne voulais pas de cette vie-là. Et quand je pars, bien évidemment, ma mère, elle me dit « Non, je te promets, c'est fini. » Elle me promet. Elle me dit « T'inquiète pas, c'est fini avec Peter, etc. » Et là, on me retrouve. Donc, je ne suis pas revenue à la maison. On m'a retrouvée.

On m'a re-ramenée chez ma mère.

46:49
Présentateur

Comment on t'a retrouvée ?

46:51
Locuteur non identifié

En fait, c'est l'un de mes frères, il m'a retrouvée. C'est mon frère de trois ans qui m'a retrouvée chez cette amie-là de la famille. Et je repars à la maison et là, il y a Peter Shérif qui n'arrête pas de venir et de faire des allers-retours. Et il m'offre un bouquet de fleurs. Je peux vous dire que déjà, à ce moment-là, je ne le dis pas aujourd'hui comme ça par fierté. Non, c'est réel. Quand il m'offrait des trucs, je m'en tapais complètement. Et il y a ce truc où il se passe où je vais chez sa mère. Où il m'emmène chez sa mère. Comment je suis allée chez sa mère ? Pas d'idée. Est-ce qu'il m'a dit on va lui rendre visite ?

Est-ce qu'il m'a dit peut-être que c'est mieux chez ma mère au lieu de chez ta mère ? Je ne sais pas comment ça s'est passé mais c'est vrai. J'aimerais tellement avoir des réponses moi-même. Et je me retrouve chez sa mère. Et c'est là où ça a été aggravé. Parce que quand j'étais chez sa mère j'étais dans la chambre de Peter je ne sortais pas de la chambre. Et j'ai envie de vous dire une chose avec le temps en écrivant ce livre avec la réalisatrice Magali Serre si c'est pour ça il dit que c'est très important d'avoir écrit ce livre on en parle on en parle et là elle me dit mais Fatma t'es sûre que la porte la porte de la chambre elle était fermée à clé ?

Je lui dis ah mince non en vrai je ne pense pas parce que quand j'ai fugué de chez la mère je n'ai pas le souvenir d'avoir cassé la porte de la chambre et c'est là où je me rends compte qu'en vrai de vrai j'étais dans la chambre de Peter Sherif que la porte je pouvais l'ouvrir je pouvais aller aux toilettes mais je ne le faisais pas parce que dans ma tête c'était logique il ne fallait pas que je sorte de la chambre de Peter pourquoi ?

Parce qu'il avait son beau-père à la maison il ne fallait pas que mon regard croise le regard de son beau-père c'était interdit et c'est là où on se rend compte de l'emprise où on n'a même pas besoin de te dire ne fais pas ça que toi-même automatiquement tu ne le fais pas

48:43
Présentateur

la porte elle avait beau ne pas être verrouillée je ne sortais pas

48:46
Locuteur non identifié

et c'est là la dinguerie et ça je m'en rends compte en écrivant le livre

48:50
Présentateur

et à ce moment-là il y avait la même emprise c'est-à-dire que comme tu le dis tu ne pouvais pas croiser le regard de ton beau-père il y avait cette forme d'isolement tu peux nous le décrire pour que les gens connaissent un petit peu

49:03
Locuteur non identifié

c'était une petite chambre un bureau un lit de une place un petit placard toute la journée j'étais dans cette chambre je ne sortais pas il m'emmenait avec lui le matin à la prière de l'aube il allait faire la prière dans un foyer j'y allais il m'emmenait dans la salle des femmes j'étais la seule je me rappelle que je jouais avec un tableau parce qu'il faisait des cours d'arabe dans ce foyer quand lui faisait la prière de l'aube moi je jouais à l'ardoise dans la salle de prière en vrai pour femmes j'étais toute seule et je restais dans la chambre toute la journée je me rappelle que je mangeais des miels pops ça je me rappelle toujours je ne me rappelle pas d'avoir mangé exemple un truc un plat en tout cas ce qui est sûr ça par contre sa mère n'est jamais venue me voir elle ne m'a pas fait deux plats il ne faut pas croire sa mère je l'entendais et vous savez à force de rester dans la maison enfermée on reconnait les pas moi je reconnaissais le pas de sa mère de son beau-père la porte quand elle s'ouvrait quand elle se fermait le salon la cuisine je ne sais pas à quoi il ressemble moi je sais que j'étais dans la chambre de Peter je connais les toilettes ils étaient juste en face et une salle de bain à côté de la porte d'entrée

50:12
Présentateur

et tu faisais quoi de tes journées à ce moment là

50:17
Locuteur non identifié

et bien en fait je ne faisais rien par contre je faisais encore j'ai essayé encore de faire un peu là j'ai commencé un petit peu on va dire à essayer de me rebeller non d'être rebelle voilà j'allais sur son ordinateur et là j'allais sur le tchat Skyblog c'était un forum à l'époque il n'y avait pas tout ça il y a de dinguerie quand j'en parle aujourd'hui je me trouve un peu bête et j'allais dans ce forum et je disais je veux fuguer est-ce que quelqu'un peut me dépanner

50:44
Présentateur

sur un Skyblog

50:46
Locuteur non identifié

c'est un truc de ouf non et là donc je contacte des gens j'essaye d'avoir des contacts parce qu'entre temps pour pas pour pas brûler les étapes j'avais un téléphone vous savez quand j'ai fugué la première fois chez l'ami de de la famille j'ai acheté un téléphone mais ce téléphone il sortait pas de ma valise il n'y avait pas question c'était trop précieux et là il se passe que qu'un jour Peter rentre et moi bien sûr j'ai effacé l'historique j'ai effacé bien l'historique et tout et là il y a un soir Peter il rentre il s'assoit sur la chaise il me dit viens assis toi sur mes genoux tu sais genre vraiment le truc de connard quoi il me dit assis toi sur mes genoux et je m'assois et là il me sort un truc de malade mental il me sort mes mots de passe mes conversations mes identifiants sur Skyblog et je me rappelle j'avais fait des recherches pour trouver un hôtel pas cher genre vraiment bas de gamme quoi et là il me sort tous les trucs que moi j'ai supprimé donc moi j'ai effacé les historiques j'ai tout effacé et il me sort tout et là il m'attrape il m'étrangle il me colle sur le mur comme dans les films donc j'ai les pieds en l'air et il est quand même costaud et il me redescend et il me frappe je vais pas vous dire il m'a donné trois coups de poing deux claques je me rappelle pas tout ce que je me rappelle je pensais juste au téléphone je me disais j'espère qu'il capte pas le téléphone parce que c'était en fait c'était le seul truc qui m'importait en fait parce que moi dans ma tête je sais que je vais fuguer de là-bas mais quand, comment je ne savais pas mais c'était ce téléphone qui m'importait tellement

52:21
Présentateur

parce qu'il était utile pour me barrer

52:23
Locuteur non identifié

pour sortir et tout et là il m'attrape il me frappe et après il casse son armoire il frappe encore son armoire et ce jour-là un ange est arrivé sa maman mais ma fille pourquoi tu fais ça ? je parlais pas je pleurais même pas je disais rien j'avais aucune réaction j'ai même pas pleuré

52:47
Présentateur

pourquoi tu fais ça en parlant à lui ?

52:51
Locuteur non identifié

pourquoi moi je fais ça ? pourquoi moi je le trahis ? c'était de la trahison pourquoi est-ce que moi je rentre sur internet et j'essaye de fuguer etc

52:59
Présentateur

et le téléphone il savait que tu avais un téléphone ? non justement

53:02
Locuteur non identifié

surtout pas moi c'était ça moi tant qu'il n'a pas trouvé le téléphone tout va bien même si je me suis fait frapper tabasser c'est pas grave tout va bien le téléphone est en sécurité c'est ça qui est dingue

53:12
Présentateur

tu avais ton plan

53:14
Locuteur non identifié

je pensais au téléphone

53:15
Présentateur

comment est-ce que tu arrives à fuir finalement ?

53:20
Locuteur non identifié

grâce à une baguette donc là je me rappelle j'entends donc la porte la porte qui s'ouvre à clé la porte d'entrée sa mère qui rentre et elle dit oh merde j'ai oublié une baguette et quand elle ressort j'entends pas j'entends pas la clé tourner en une fraction de seconde je prends ma valise j'ai flippé ma race je tremblais de partout je prends ma valise je descends je cours il y avait des escaliers et vous savez je descends en bas c'était comme je sais pas c'est un parking ou une cave je sais pas mais en tout cas je descends pas directement au zéro pour sortir je descends j'attends je transpire j'ai le coeur qui va s'exploser j'attends j'attends j'attends

54:00
Présentateur

donc elle était elle était dans l'appartement mais en train de chercher quelque chose non

54:04
Locuteur non identifié

elle était ressortie

54:05
Présentateur

elle était ressortie et c'est quand elle est ressortie que tu es repartie derrière

54:07
Locuteur non identifié

en fait quand j'ai entendu qu'elle a dit oh merde j'ai oublié une baguette

54:10
Présentateur

elle est ressortie

54:11
Locuteur non identifié

quand elle est ressortie et j'ai pas entendu ce bruit de la clé et là c'est là où je me barre putain oh là là c'était trop bien

54:21
Présentateur

à quoi ça à quoi ça ressemble ces ces premières journées

54:25
Locuteur non identifié

c'est incroyable déjà déjà quand je prends le bus quand je prends le bus déjà j'ai pas il y a un sentiment putain faut le vivre ah quand on sort en fait de tout ça on voit le monde qu'il y a dehors on se dit mais waouh il y a tout ça il y a tout ça qui existe on s'en rend pas compte quand on est enfermé on se rend pas compte qu'il y a des gens qui travaillent qui marchent qui prennent le bus qui je sais pas c'est un truc de ouf c'est bizarre et là tu sors tu vois il y a du monde et toi t'es là t'es tu sais moi j'étais bloquée et je fais quoi direct je pars déjà je vais dans un hôtel à Aubervilliers mais dans une zone industrielle dégueulasse mais je m'en foutais même s'il y avait des souris avec moi je m'en moque je rentre dans l'hôtel je m'habille je me change genre même pas je me pose je pleure déprime non pas du j'avais pas le temps c'était le 31 décembre genre le truc de fou je suis jamais sortie j'ai jamais bu d'alcool j'ai jamais vu la nuit je sais pas comment c'est et en plus en 31 décembre je m'habille je me maquille et je sors et même quand je pense à comment je me maquillais du bleu du vert bref c'est pas important c'était la nuit tout le monde était bourré

55:49
Présentateur

là t'as quel âge à ce moment là

55:51
Locuteur non identifié

j'avais 18 ans je venais d'avoir 18 ans et là je vais à Pigalle direct Pigalle

55:56
Présentateur

pourquoi Pigalle parce qu'en fait

55:57
Locuteur non identifié

c'était l'endroit où je sais que c'est un monde de nuit je sais ça symbolisait ça voilà je sais que c'est un monde de nuit je vais là-bas mais vous savez que Bastille République tout ça nous dans notre monde j'ai envie de dire on n'a pas l'impression que la nuit c'est vivant parce que nous à la maison la nuit c'est à la maison on n'a pas l'impression que la nuit il y a tout ce mouvement il se passe des choses qu'il y a des gens qui sortent non nous on s'en rend pas compte de tout ça et là je vais à Pigalle et le cocktail que je me tape oui si bière je me rappelle même plus de ce que j'ai bu mais ce qui est sûr j'étais pas bourrée quand même je croyais que j'avais trop la pêche je me rappelle que j'avais

56:33
Présentateur

toute seule à ce moment là

56:34
Locuteur non identifié

non mais non parce qu'en fait avant avant cette fugue quand mon frère Bobacker était en prison d'accord en fait j'avais je gardais deux enfants et je les emmenais à Porte de la Villette à cette époque et j'avais eu des contacts de mecs tunisiens qui venaient du bled ok qui kiffaient la bière mais je crois qu'ils avaient même pas où habiter pour vous dire bon j'avais pris leur contact d'accord et c'est là pourquoi le téléphone était très important pour moi parce que c'est trois personnes et je me rappelle leur prénom jusqu'à aujourd'hui je me rappelle leur prénom et ces trois mecs là c'est les personnes à qui je connaissais que j'avais déjà un premier contact donc quand j'avais le téléphone à la maison de la mère de Peter Sheriff quand il me frappait moi je pensais au téléphone parce que je sais que je vais fuguer un moment et qu'il fallait que je contacte ces mecs là pour sortir et je les contacte donc eux ils ont pas d'argent mais moi j'ai de l'argent

57:32
Présentateur

et cet argent qu'elle évoque ici elle l'a mis de côté grâce au babysitting qu'elle a fait plus jeune et qu'elle évoquait tout à l'heure ils connaissaient ta situation ils savaient vous savez

57:42
Locuteur non identifié

et j'ai un doute j'ai un doute parce que je sais qu'ils savaient que vraiment ma vie c'était merdique parce que vraiment je chialais à chaque fois que je bois je chiale je pleure après je vais rigoler une minute plus tard psychopathe j'étais psychopathe vraiment les gens ils doivent se dire cette meuf elle est pas normale et là l'histoire réelle Boubaker Peter non non ça j'en avais pas parlé ça c'est sûr

58:06
Présentateur

ça dure combien de temps cette période pas longtemps

58:08
Locuteur non identifié

pas longtemps pas longtemps parce qu'encore on me l'a fait en l'envers il y a un mec qui l'appelle ma mère c'est pas les trois mecs avec qui j'étais non c'était un autre qui nous connaissait parce qu'on allait au marché à l'époque de Crimée métro-rique-Crimée et en fait c'était un mec qui voulait sortir avec moi je pense et je lui avais foutu un lapin et il appelle ma mère et lui dit ta fille elle est à Pigalle j'étais debout avec un mec donc l'un des trois et là je vois ma mère avec une voiture avec sa copine donc sa copine elle conduit

58:39
Présentateur

tu l'avais pas eu depuis combien de temps ta mère ?

58:41
Locuteur non identifié

même pas deux mois même pas

58:43
Présentateur

ça faisait deux mois que t'étais en fugue voilà

58:44
Locuteur non identifié

c'est ça et encore là il y a ce truc là avec ma mère qui est inexplicable et là il y a ma mère qui descend de la voiture elle me dit Fatma Fatma et moi je dis au garçon pars-toi pars-toi et je l'attrape et ma mère elle se met par terre elle me dit si tu rentres pas si tu viens pas avec moi je me tue et je me rappelle du mec là qui était avec moi putain malgré tout malgré son alcool et tout mais il a eu quand même de la peine sur ma mère il a quand même peiné par rapport à elle et là il me dit Fatma vas-y laisse tomber et là je vais avec ma mère je monte avec ma mère j'ai même pas eu l'idée de demander de l'aide on va dire aux institutions etc parce que je sais pas j'ai toujours peur en fait j'ai toujours peur que

59:27
Présentateur

c'est la culpabilité que t'évoquais tout à l'heure qu'on t'accuse d'être toi-même proche d'eux

59:32
Locuteur non identifié

c'est ça déjà premièrement et en plus j'ai toujours peur que mon frère en plus il sache que moi j'ai porté plainte j'ai peur j'ai peur je vais pas le faire j'ose pas le faire je pouvais pas le faire

59:42
Présentateur

et tu savais que pendant cette période du coup il te recherchait

59:45
Locuteur non identifié

alors là Peter Sherif oh là là là lui déjà je me rappelle de son message vocal il me laisse un message sur mon répondeur parce que moi j'ai appelé ma mère en vrai quand j'ai fugué le lendemain je l'appelle je lui dis maman je pleure et je lui dis je vais bien et tout vous voyez malgré tout ça j'ai toujours ce contact avec elle

1:00:06
Présentateur

donc tu revois ta mère et donc à quoi ça ressemble à partir de là ton quotidien

1:00:10
Locuteur non identifié

déjà vous savez j'étais vraiment dans une dépression extrême et cette dépression je la montrais pas parce que moi de base j'ai un caractère je suis très joyeuse très souriant une bonne vivante et personne n'a compris personne ne pouvait ressentir que j'étais en dépression et là ma mère elle m'envoie au bled elle me dit écoute Fatma laisse tomber c'est chaud tes frères ils te cherchent Peter ils me cherchent et là ma mère elle m'envoie au bled chez mes oncles sauf que mes oncles les pauvres même eux ils en ont bavé ils en ont bavé avec moi j'étais d'un oncle à l'autre

1:00:48
Présentateur

et t'avais encore un contact avec Peter Chéry pas du tout plus du tout

1:00:52
Locuteur non identifié

d'ailleurs ça a été mes derniers et même quand j'ai fugué il avait mon numéro parce que c'est sûr que c'est ma mère qui lui a donné je lui ai jamais répondu allô genre par téléphone et j'ai envie de dire en toute honnêteté je n'osais pas à lui parler j'ai peur même au téléphone ça fait peur

1:01:08
Présentateur

à quel moment tu comprends que ton frère il a un rôle important au sein de Daesh

1:01:13
Locuteur non identifié

alors là j'ai envie de dire vous savez je sais pas si vous vous rappelez de la vidéo qu'il a fait tout en noir la combinaison et tout putain c'est à ce moment là

1:01:23
Présentateur

est-ce que tu peux peut-être décrire cette vidéo pour ceux qui l'ont

1:01:25
Locuteur non identifié

alors en fait déjà moi j'étais en Tunisie à cette époque j'étais mariée et là il y a une vidéo tout d'un coup qui sort mon frère il était en Syrie avec le drapeau noir de Daesh avec deux mecs à côté mais les vêtements qu'il portait genre c'est une combinaison pas anodin quand même avec des armes et putain mais vous voyez le visage qu'il a mon frère dans cette vidéo c'est le même visage avec lequel j'ai grandi toute ma vie il a toujours ce visage crispé ce visage fermé pas de sourire c'est un truc de fou c'est impressionnant j'ai même pas de souvenirs qu'il rigolait et là dans la vidéo il dit quoi il dit oui c'est nous qui avons tué les politiciens Mohamed Brahmi et Chokri Belaïd en Tunisie et moi je vis en Tunisie à cette époque putain mais il se dit même pas merde ma soeur elle est là-bas il s'en bat les steaks en vrai et rien qu'avant cette vidéo j'ai envie de vous dire une chose encore j'ai été interrogée par la police par les services de renseignement tunisiens et il me dit ton frère il a tué Mohamed Brahmi et moi je leur dis mais non c'est politique c'est pas possible et là il sort la vidéo oui c'est nous qui avons tué et il dit que la Tunisie sera une guerre sainte une terre de guerre sainte donc de djihad et il explique aussi que entre moi il dit dans la vidéo entre nous et vous il y a des armes

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Présentateur

donc là tu réalises qu'il a pris un

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Locuteur non identifié

non mais là ça a été alors j'ai envie de dire une chose pour que les gens comprennent c'est très important je sais qu'il est violent je sais qu'il est méchant je sais qu'il a de la haine mais encore bien même cette haine et cette violence pour moi elle était que pour nous

1:03:10
Présentateur

au sein de la famille il n'y a pas longtemps

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Locuteur non identifié

j'ai dit un truc je sais pas il est sorti comme ça de ma bouche je parlais avec Magali je lui ai dit tu vois avant j'avais l'impression c'était avec Magali Serres avec qui j'écris le livre je lui ai dit avant je croyais que c'était mon monstre mais j'avais pas l'impression que c'était le monstre de tout le monde moi c'était ma frustration c'était ma peur ma peur mon angoisse mon emprise mais je savais pas qu'il faisait autant peur à l'extérieur je me rendais pas du tout compte

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Présentateur

on approche de la fin mais quelques questions quand même importantes en 2016 t'es arrêtée par la DGSI placée en garde à vue pendant 96 heures pourquoi ?

1:03:53
Locuteur non identifié

ça ça a été ma chute libre ça a été la chute libre de toute ma vie c'est pas j'en veux pas j'ai encore pleuré j'en veux pas à la France j'en veux pas à la DGSI dans le sens mais ça m'a tuée c'est à dire que moi à ce moment là en 2016 faut savoir que j'avais divorcé du père de mes enfants je faisais mon maximum pour m'en sortir vraiment parce qu'à un moment j'étais tombée dans l'alcool j'ai commencé à m'en sortir ça veut dire je sortais plus en semaine j'ai repris mon travail j'étais vraiment carrée je voulais avoir un appart et là il y a la DGSI qui débarque qui m'emmène pendant 96 heures déjà je pense que j'ai envie de le dire c'est que c'est là où je me rends compte que ma famille elle est spéciale je me rendais pas compte avant parce que moi j'ai grandi dans ça en vrai

1:04:42
Présentateur

c'est quasiment la norme voilà

1:04:43
Locuteur non identifié

c'est ça en fait c'est là où je me rends compte que putain quoi c'est quand même c'est chaud parce qu'en fait quand tu parles au moment où tu parce que moi avant j'en parlais pas de ma famille j'en parlais pas j'exprimais pas et c'est à ce moment là où je me suis rendu compte qu'on était une famille déséquilibrée totalement où il y avait un vrai problème c'est à dire qu'on était à côté de la plaque totale et c'est là où je m'en suis rendu compte et ça ça m'a tuée dans le sens où quand on me dit tu as peut-être la taquia je lui dis comment ça c'était le mec qui m'auditionne je lui dis comment ça la taquia il me dit oui peut-être que tu fais semblant d'aller en bois d'aller dans les chats boire de l'alcool

1:05:24
Présentateur

comme une couverture comme une couverture

1:05:27
Locuteur non identifié

je suis au merde alors donc si je porte un voile je suis peut-être radicalisée et si je ne porte pas et je vais dans les boîtes et je vois peut-être que tu fais comme si non là j'ai dit là c'est trop et à ce moment là où je sors de la DGSI je plonge dans la cocaïne je plonge je nage dedans piscine je nage dans la cocaïne c'est à ce moment là où vraiment je suis rentrée dans une parano ma vie par contre à ce moment là précis elle a été en stand-by quand je dis stand-by c'était deux ans de ma vie cocaïne tous les jours sans un jour sang et alcool à volonté c'était pas ça a été la chute libre ça a été horrible ça a été horrible en plus j'étais devenue parano parano de fou parce que là déjà j'ai appris que vraiment que mon frère il était bien placé de fou dans l'organisation parce qu'encore bien vous savez le fait que mon frère était un haut gradé etc j'ai envie de vous dire je suis désolée mais vous savez des fois quand on le lit dans des journaux je me dis ils abusent un petit peu mais là c'était chaud quand même c'était chaud

1:06:31
Présentateur

et fin 2024 donc tu te retrouves au milieu d'une autre affaire celle du procès des attentats de janvier 2015 contre la rédaction de Charlie Hebdo donc ton ex-mari Peter Sheriff est accusé d'être impliqué dans la préparation de cet attentat il sera d'ailleurs condamné à la réclusion criminelle à perpétuité tu es donc appelé à témoigner au procès j'ai deux questions là-dessus en janvier 2015 quand t'apprends comme tout le monde ces attentats contre Charlie Hebdo et pas que contre Charlie Hebdo d'ailleurs mais là on parlait précisément ici de Charlie Hebdo est-ce que tu te doutais que potentiellement il y a certaines personnes que tu connaissais dans ce cadre là

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Locuteur non identifié

pas du tout non vraiment je suis vraiment transparente et j'ai envie de vous dire même si j'aurais douté je l'aurais dit aujourd'hui oui je doutais non vraiment pas du tout

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Présentateur

et t'es appelée à témoigner lors de ce procès est-ce que t'as hésité à témoigner et comment tu l'as vécu

1:07:23
Locuteur non identifié

alors déjà quand j'ai reçu le courrier déjà j'ai chialé de fou malade parce qu'en vrai c'est une chose en fait j'ai l'impression que j'ai envie de sortir de ça mais ça me rattrape encore bien même le fait d'écrire un livre c'est autre chose c'est mon choix c'est moi qui a voulu écrire ce livre pour raconter un peu mon histoire et raconter l'emprise auquel je vivais et qu'on peut s'en sortir malgré tout on peut avoir cette force mais que la justice m'appelle pour encore ça ça m'a gavée en vrai et je ne m'en suis pas rendue compte au moment d'aller témoigner contre Peter Sheriff j'avais pas compris le sens j'avais pas compris que c'était pour les victimes j'avais pas compris moi ça m'a saoulé de venir pour sa gueule en vrai et je l'ai dit au procès vous savez moi quand je parle je suis vraiment transparente j'ai dit mais ça me fait chier mais ça me saoule d'une force incroyable de venir pour sa gueule à lui quoi ça m'a énervé et c'est là où on me dit mais c'est pour les victimes et là il y a tout qui change là tu vois il y a toute cette idée dans ma tête qui change mais tout d'un coup bam je dis ah ouais là je vais faire un truc là je peux vraiment parler

1:08:28
Présentateur

tu peux aider des victimes

1:08:30
Locuteur non identifié

en fait ce que je voulais qu'ils comprennent c'est que vous savez je vais vous dire une chose sur Peter Sheriff ça l'a pas tellement dérangé d'être accusé comme terroriste mais ça l'a dérangé que je dis qu'il m'a violé ça par contre il a mal pris il a vraiment mal pris

1:08:44
Présentateur

et pour préciser Peter Sheriff a été condamné à la prison à perpétuité en octobre 2024 pour avoir aidé Sheriff Kouachi l'un des deux terroristes de l'attentat de Charlie Hebdo ainsi que pour la séquestration en 2011 de trois ressortissants français au Yémen

1:08:59
Locuteur non identifié

quand on dit que c'est un terroriste qu'il a tué qu'il a fait des trucs c'est pas grave mais quand j'ai dit qu'il m'avait violé ça l'a rendu fou et ça a été la première fois qu'il prend la parole

1:09:07
Présentateur

parce qu'il y en a un qui toute la dimension de terrorisme c'est ce qui c'est quelque chose qu'il défend exactement il est fier

1:09:15
Locuteur non identifié

ils sont fiers mais totalement et quand il débarque avec un costume gris c'est une blague comment tu te sens aujourd'hui aujourd'hui je me sens très bien j'ai d'ailleurs porté plainte contre lui et je sais pas si ça va en vrai je sais pas si ça va conclure à quelque chose cette plainte mais ça a été une chose en vrai quand je suis partie à la brigade et que j'ai porté plainte

1:09:38
Présentateur

c'était récemment

1:09:39
Locuteur non identifié

ouais c'est très récent ça fait même pas deux semaines c'est j'attends pas en vrai qu'il soit jugé

1:09:48
Présentateur

t'as porté plainte pour viol du coup pour viol exactement

1:09:51
Locuteur non identifié

et j'ai envie de dire quelque chose à toutes ces femmes ou hommes franchement qui sont victimes de quelque chose tu sais le fait d'aller porter plainte c'est pas que la sanction après de franchir ce pas d'aller parler c'est écrit qu'une personne de la justice t'écoute quand tu sors de là-bas t'as l'impression qu'une montagne est descendue de tes épaules et ça c'est un message que j'ai envie de donner à toute personne victime de quoi que ce soit il faut l'ouvrir et il faut en parler

1:10:20
Présentateur

c'est vrai qu'il y a parfois la crainte que quand on porte plainte on soit pas entendu ou que ce soit classé sans suite parce que justement

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Locuteur non identifié

c'est un viol

1:10:29
Présentateur

et donc il y a une absence potentielle d'éléments qui permettent de

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Locuteur non identifié

mais c'est ça que j'ai envie de dire c'est pas grave

1:10:33
Présentateur

toi t'as le sentiment que ça t'a permis à minima

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Locuteur non identifié

de malade de fou

1:10:37
Présentateur

quand bien même il n'y a pas de condamnation pour une autre chose

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Locuteur non identifié

même si ça sera classé sans suite

1:10:41
Présentateur

le fait de libérer

1:10:42
Locuteur non identifié

de le libérer de le dire d'être écouté d'être entendu c'est différent et vous savez ce qui est le plus dur c'est de franchir ce pas déjà franchis ce pas là il faut le faire essaye de le faire mais vraiment c'est un message parce que moi quand je l'ai fait là en toute honnêteté j'ai même pas relancé l'avocat j'ai même pas relancé mon avocat je l'ai pas relancé en disant qu'est-ce qu'il se passe non tranquille zen je l'ai fait non est-ce que j'ai réussi à le faire c'est l'important il faut le faire

1:11:09
Présentateur

qu'est-ce que tu souhaites pour tes enfants aujourd'hui

1:11:12
Locuteur non identifié

oh là là la liberté mais c'est même pas la liberté genre attendez je vais pas laisser mon fils à 14 ans sortir jusqu'à minuit non c'est mort c'est pas de cette liberté que je parle de réfléchir de penser à ce qu'il veut de donner son avis même si c'est pas le même que le mien même si son avis sera tordu qu'il fasse des erreurs et qu'il en apprenne et qu'il va faire des bêtises il n'y a pas de problème mais je veux que mes enfants ont des études qu'ils étudient qu'ils quand ils grandissent ils ont un appartement qu'ils soient indépendants et que ma fille ne soit pas à la merci ni de son frère ni de son père parce qu'aujourd'hui c'est mon mari qui s'occupe de mes deux enfants de mes aînés et il appelle papa il s'en occupe merveilleusement et j'en suis très contente je suis très contente d'ailleurs de ça aujourd'hui je veux que mes enfants déjà le plus important pour moi c'est que j'aurai appris une de ces religions incroyables ok moi la religion que j'ai appris à mes enfants c'est la vraie être bienveillant aider les pauvres aider les orphelins aider les voisins d'avoir la sagesse de retenir sa colère d'être bon envers les gens de jamais parler mal si quelqu'un ne t'aime pas toi c'est pas grave tu le laisses il veut te frapper c'est pas grave laisse-le pas de haine pas de violence à la maison et qu'ils aient un choix un putain de choix de vivre qu'ils choisissent leur vie en vrai moi c'est ça que je veux et je veux apporter une bonne éducation parce que l'éducation d'aujourd'hui ça fera les hommes de demain c'est très important très très important et je pense que aujourd'hui j'ai en vrai j'ai tout gagné j'ai vraiment tout gagné parce que j'ai j'ai dit ce que j'ai dit j'ai raconté mon histoire j'espère que ça pourra aider quelqu'un en toute honnêteté même si c'est pas que pour la radicalisation pour n'importe quelle emprise qu'elle soit on peut s'en sortir on peut se sauver qu'on soit drogué alcoolique et il faut pas être culpabilisé parce qu'on se drogue ou parce qu'on est alcoolique c'est pas grave on peut trouver de l'aide on doit la chercher d'abord pour la trouver c'est tout

1:13:08
Présentateur

Fatma merci beaucoup

1:13:10
Locuteur non identifié

merci à vous

1:13:11
Présentateur

un très grand merci pour ton temps je sais que c'est pas forcément facile de revenir sur tout ça et vraiment un très grand merci pour ton

1:13:20
Locuteur non identifié

merci à vous de m'avoir écouté merci beaucoup merci