Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
AutreFrance Culture — Le Temps du débat (sur Site radio)· 30 avril 2026 25 minContradictoireMixte

Comment la démocratie athénienne a-t-elle réussi à contrôler ses élites ?

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Temps de parole

  • Invité70 %
  • Présentateur26 %
  • Présentateur 23 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-nemo:12b · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:03
Présentateur

France Culture, question du soir. Quentin l'a fait. Alors que nombre de programmes politiques reposent aujourd'hui sur le dégagisme des élites qui mènerait le pays à sa perte, la démocratie athénienne de moins 483 avant notre ère avait une solution radicale, l'ostracisme. Une fois par an, au mois de janvier, les citoyens se réunissaient pour voter. Faut-il exclure pour préserver la cité ? Et si oui, chacun prenait alors un ostracone, un tesson de poterie qui a donné son nom à la procédure et inscrivait le nom de celui qui risquait de faire glisser la cité vers la tyrannie. On pouvait y ajouter un qualificatif pour mieux comprendre les raisons de l'exclusion.

Mais non, roi des imbéciles, mégaclès, éleveur de chevaux, symbole de sa richesse et de son arrogance, alors que nous apprennent les dernières recherches archéologiques et historiques sur cette pratique d'exclusion. Ce système a-t-il permis aux Athéniens de domestiquer leurs élites ? Quelles leçons politiques en tirer pour aujourd'hui ? Un invité ce soir, un historien pour nous guider à travers le temps, Vincent Azoulay. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes historien, directeur d'études à l'école des hautes études en sciences sociales, auteur de cet ouvrage passionnant et magnifique intitulé « Ostracisme ! » du bon usage de l'arbitraire en démocratie qui vient de paraître aux éditions de l'EHESS.

Merci d'être avec nous ce soir dans Question du Soir. Alors on va évidemment remonter à moins 483 avant Jésus-Christ, Vincent Azoulay, mais pour commencer, ce terme-là d'ostracisme, résonne-t-il pour l'historien que vous êtes avec le contemporain ou est-ce purement un travail, j'allais dire, éloigné de nous, de notre ère et des tumultes que nous traversons ?

1:53
Invité

Non, il ne peut pas être éloigné de nous et on ne fait jamais, en tout cas pas entièrement, de l'histoire seulement pour l'érudition et l'anticaria. On fait de l'histoire parce qu'on est aussi sommé par le présent et parce qu'on ne sait jamais ce que le passé nous réserve, finalement. Et le regarder depuis aujourd'hui, regarder cette antiquité si éloignée, en réalité est aussi un facteur de stimulation de l'imagination politique pour aujourd'hui.

2:27
Présentateur

Alors cette idée, ce mécanisme aussi, on le comprendra, tourné autour de l'ostracisme, comment résonne-t-il avec le contemporain ? C'est réfléchir à ce qu'est même notre démocratie et à la façon dont la démocratie peut s'autolimiter ?

2:42
Invité

Oui, s'autolimiter et limiter le pouvoir des élites. C'est cette double dimension que j'ai essayé d'explorer, c'est-à-dire la façon dont une institution précise permet de domestiquer les plus puissants et en même temps la manière dont elle le fait en donnant confiance au peuple mais en même temps en l'empêchant d'arriver à une forme de tyrannie de la majorité. Donc c'est ce subtil dosage qui a été résolu concrètement par les Athéniens il y a 2500 ans que j'ai voulu étudier.

3:16
Présentateur

C'est aussi une question, en tout cas c'est comme ça qu'on peut lire vos travaux, une réflexion sur la façon dont un régime dure et perdure, se perpétue. Comment la démocratie peut-elle tenir dans le temps ?

3:30
Invité

Oui, parce qu'effectivement c'est une des choses qui frappe quand on regarde la démocratie athénienne, c'est qu'elle a été résiliente, qu'elle a duré près de deux siècles et même à l'époque hellénistique encore la démocratie perdure et c'est parce qu'elle a à la fois des institutions mais aussi des mœurs démocratiques. Il ne suffit pas d'avoir des institutions pour que ça fonctionne, c'est pour ça que ça marche souvent si mal quand on essaye d'appliquer des recettes démocratiques à des pays qui n'y sont pas prêts.

3:56
Présentateur

Alors partons de la source même du mot ostracisme. D'où vient le terme dans, j'allais dire, dans le contemporain ? Si on interroge l'homme de la rue, l'ostracisme c'est plutôt l'inverse de ce qui était approché à l'époque que vous analysez puisqu'ostracisme aujourd'hui c'est plutôt la marginalisation, je vais y arriver, des groupes dominés.

4:18
Invité

Oui, tout à fait. Il y a un malentendu fondamental. L'ostracisme a basculé, disons, d'un côté uniment négatif et désignant donc désormais la marginalisation de groupes dominés, marginalisation collective. Et c'est un malentendu qui se crée à la fin du XIXe siècle au fur et à mesure d'ailleurs que l'Antiquité devient une référence de plus en plus éloignée. Elle est d'abord appliquée aux Juifs dans le cadre de l'affaire Dreyfus, puis aux homosexuels, aujourd'hui aux Roms, aux Tziganes, à toute une série de minorités et pour indiquer un mécanisme de relégation supposément universel qui permet, avec la stratégie du bouc émissaire, de créer de la cohésion en contrepartie.

Dans l'Antiquité, c'était l'inverse ? Alors, c'est l'inverse. Il y a des effets cohésifs de l'ostracisme, mais c'est une procédure qui cible un homme et un homme puissant et jamais plus d'un. Un membre de l'élite ? Un membre de l'élite, systématiquement de l'élite. C'est donc une façon pour le peuple plutôt de se protéger contre ceux qui se la racontent, s'y croient. Une façon de les faire descendre au niveau de tous les autres citoyens.

5:32
Présentateur

Lecture d'un extrait de la politique d'Aristote traduit par Jean Aubonnet. Les cités démocratiques semblent rechercher l'égalité avant tout autre chose. En conséquence, les gens qui paraissaient avoir trop d'influence à cause de leur richesse ou du nombre de leurs relations ou de toute autre forme de puissance politique, on les frappait d'ostracisme et on les bannissait de la cité pour une période déterminée. La légende même rapporte que les Argonautes abandonnèrent Héraclès pour une raison de ce genre. La nef Argo refusa de l'emmener avec les autres parce qu'il dépassait de beaucoup le reste de l'équipage.

Cette pratique ne profite pas aux seuls tyrans et les tyrans ne sont pas les seuls à y recourir. On la trouve pareillement dans les oligarchies et les démocraties. L'ostracisme a d'une certaine manière le même effet que de retrancher les citoyens qui dépassent les autres et de les exiler. Alors expliquez-nous très très concrètement Vincent Azoulay, qu'est-ce que frappait d'ostracisme pour reprendre l'expression employée par Aristote ?

6:39
Invité

Alors c'est précisément pas ce que raconte Aristote. Plus exactement, Aristote qui n'est pas un fervent partisan d'une démocratie radicale a tendance à rapprocher l'ostracisme de toutes les formes d'exil. Contre-Rouche, dans les tyrannies, dans les oligarchies. Or précisément, l'ostracisme ce n'est pas ça. C'est une procédure extrêmement régulée qui se déroule en deux temps. Donc à Athènes, à partir du début des années 480 avant Jésus-Christ. Et donc qui se déroule systématiquement d'abord par un premier vote sur le principe « Y aura-t-il ou non cette année un ostracisme ?

» Et puis seulement deux mois plus tard, en mars, un second vote, si le premier a été positif, qui porte cette fois-ci sur la personne à écarter momentanément pour dix ans. Et donc c'est une mesure où on ne fait pas n'importe quoi dans une forme d'emballement. Il y a un écart, ça permet des campagnes, des campagnes de rumeurs, pas forcément ragoûtantes, mais il y a un écart, ce n'est pas une mesure qui est totalement arbitraire. Il y a la création d'un espace public où se discute de façon informelle celui ou ceux qu'on voudrait mettre sur le grill et qu'on pense représenter un danger pour la communauté.

8:04
Présentateur

Qui met-on sur le grill ? Alors comment décide-t-on au fond qui mérite de passer sur ce grill ?

8:10
Invité

C'est tous les puissants. Et ça, c'est l'un des enseignements que nous apportent notamment les découvertes archéologiques, désormais nombreuses. On a des noms, on avait des noms dans les sources littéraires, maintenant on en a aussi beaucoup par les sources archéologiques. Et on s'aperçoit que c'est le gratin de la cité. Il y a uniquement des hommes, des citoyens extrêmement puissants qui exercent des magistratures. Et parmi les ostracisés, il n'y en a pas eu beaucoup, 12, peut-être 14 au maximum, c'est le wouzou d'Athènes au 5e siècle. Donc c'est des grands noms. Et ceux qui n'ont pas été ostracisés ont risqué de l'être, y compris Périclès, le plus fameux stratège du 5e siècle.

8:50
Présentateur

On reviendra évidemment sur Périclès parce que c'est un cas d'école en l'occurrence sur cette question de l'ostracisme. Mais avant cela, vous citez Vincent Azoulay, vous écrivez chaque année, il sera désormais possible d'exiler un Athénien pour 10 ans sans autre forme de procès et sans qu'aucune faute ne lui soit juridiquement imputable. Il faut préciser tout de suite que ce n'est pas l'ostracisme, une procédure judiciaire. Elle se mène en parallèle du système judiciaire.

9:17
Invité

Tout à fait. C'est une procédure politique et ce qui a représenté un immense scandale pendant une bonne partie de l'histoire quand on parlait d'Athènes, c'est qu'elle était arbitraire. C'est qu'effectivement, l'ostracisé n'a pas à avoir commis la moindre faute pour être écarté pour 10 ans. Donc, ça a été, avec le procès de Socrate, l'ostracisme a été l'un des moyens de révoquer la démocratie athénienne, de la ranger du côté d'un régime persécuteur avec les caprices de la foule ignorante qui se débarrasse sans raison de ses élites les plus douées. Et les réseaux sociaux avant l'heure, on dirait ? D'une certaine façon, oui.

Enfin, en tout cas, des réseaux sociaux organisés parce que ça se passe, certes, sur la place publique avec des rumeurs mais aussi au théâtre. Il y a des comédies extrêmement violentes qui s'en prennent à ceux qui pourraient être ostracisés. Et tout ça, marche de concert, produisant donc pas simplement de l'arbitraire. On va y revenir. C'est une mesure qui a une part d'arbitraire mais qui est en même temps extrêmement régulée. Donc, c'est une procédure qui a une part d'arbitraire et extrêmement régulée et qui produit de la domestication. Vraiment, des élites qui acceptent de jouer le jeu. C'est ça qui m'a fasciné et c'est ça qui résonne aussi avec notre belle ou moins belle aujourd'hui.

10:39
Présentateur

Alors, illustrons vos travaux, vos recherches, Vincent Azoulay, à partir d'un exemple très concret et parlons de ce pauvre mégaclès, je le dis avec ironie, qui remporta une course de char fabuleuse et il se fit ostraciser.

10:55
Invité

Eh oui, c'est effectivement l'un des paradoxes. Donc, c'est un champion olympique et c'est encore plus important qu'aujourd'hui, à l'époque, ce mégaclès. Mais, il s'en vende trop et on pense, les Athéniens pensent qu'il pourrait se servir de sa gloire sportive pour exercer un ascendant politique. Et donc, juste après avoir remporté la victoire,

11:18
Présentateur

il est ostracisé. Parce qu'il a une petite tendance, il faut le dire, à l'auto-célébration, à la satisfaction un peu hégémonique de lui-même.

11:26
Invité

Disons qu'on a retrouvé à la fois des vases qui mettent en scène par le biais de ses ancêtres la gloire familiale et puis aussi, il s'est payé le meilleur poète du temps, peint d'art, pour lui tresser des couronnes au sens poétique du terme après les avoir remportés donc en faisant concourir un quadrige à Olympie et en remportant la victoire. L'épreuve la plus prestigieuse.

11:51
Présentateur

Donc on voit que c'est tout de même, j'allais dire, un défaut de réputation, un risque qui pourrait éventuellement peser un jour sur le bon fonctionnement de la démocratie qui va conduire les citoyens athéniens à ostraciser un membre de l'élite.

12:06
Invité

Oui, c'est ceux qui ont un honneur un souci de leur honneur trop grand et le peuple athénien cherche par l'ostracisme à les faire revenir d'une certaine façon parmi tous les citoyens à les faire redescendre littéralement à les faire redescendre exactement c'est le péché du bris de démesure qui est ainsi contrebalancé par cette mesure mais par une mesure provisoire, dosée.

12:34
Présentateur

Il faut mentionner un autre homme que vous avez déjà évoqué Périclès qui lui n'a pas été directement ostracisé mais son propre père a connu l'ostracisme quel effet alors cela a eu sur sa vie et aussi sur son parcours et ses choix publics ?

12:52
Invité

Oui, c'est assez fascinant Périclès parce qu'il n'a pas été ostracisé mais il a risqué l'ostracisme et puis surtout l'ostracisme l'a accompagné durant toute sa vie et d'une certaine façon s'il a été aussi fidèle à une orientation populaire c'est aussi parce que cette épée de Damoclès a continuellement pesé sur lui son père Xantipe est ostracisé entre les deux guerres médiques alors il va être rappelé mais enfin ça veut dire qu'entre 10 et 14 ans Périclès est en exil avec son père donc voilà c'est très concret C'est un traumatisme C'est un traumatisme très certainement et puis on le voit aussi après pendant longtemps ne pas s'engager dans la vie politique parce qu'il redoute l'ostracisme on le voit aussi configurer ses choix politiques en fonction de cette menace et puis on s'aperçoit que ça continue très très tard et que des pièces comiques continuent à évoquer ce risque d'ostracisme jusqu'à la fin de sa vie donc cette menace est un des éléments qui ont permis de tenir ce stratège si extraordinaire qui avait une parole qui séduisait tous les Athéniens

14:02
Présentateur

Vous l'avez dit un peu plus tôt dans cet échange Vincent Azoulay cette procédure d'ostracisme c'est une procédure en deux temps et il est intéressant passionnant de voir à quel point elle s'inscrit dans le reste de la société athénienne notamment elle s'articule avec le calendrier agricole et la façon aussi dont la saison des comédies va prendre place tout au long de l'année alors expliquez-nous ça

14:26
Invité

Oui et ça c'est une des choses qui m'a aussi beaucoup intéressé c'est effectivement la façon dont une institution se doit composer avec les nécessités de la vie des gens parce que les Athéniens ils ne sont pas toujours sur l'agora à faire de la politique ils ont des champs à labourer des commerces à faire tourner des boutiques d'artisanat ou fabriquer des choses et donc en réalité le moment de l'ostracie c'est plutôt un moment creux de la saison agricole le premier vote c'est en janvier le second c'est en mars et c'est aussi entre janvier et mars la saison théâtrale c'est-à-dire qu'il y a les Lénéennes où il y a des comédies en janvier puis les Dionysies en mars où il y a de nouveau des comédies en plus des célèbres tragédies et donc c'est un moment où les Athéniens se rassemblent bien plus volontiers parce qu'ils ont un peu plus de temps et où ils entendent notamment des poètes qui se moquent des hommes politiques qui évoquent éventuellement leur potentiel ostracisme alors sans qu'on puisse parfois savoir si les comédies ont lieu avant ou après l'ostracisme on en a quand même un certain nombre de témoignages donc on s'aperçoit que tout ça marche de concert et ce qui m'intéresse d'une certaine façon c'est justement de ne pas penser l'ostracisme comme un instrument miracle qui domestiquerait les hommes politiques mais comme un élément qui fait partie d'un tout et ce tout fait pression sur les hommes politiques de façon à les domestiquer et la comédie tout autant que l'ostracisme

15:56
Présentateur

je reste un instant justement sur ce lien entre ostracisme et comédie est-ce que l'articulation se fait se mène de manière consciente ou au fond ce sont deux univers qui s'entrelacent tout en paradoxalement avançant de manière parallèle alors ça se fait quand même

16:13
Invité

de façon consciente parce qu'on voit les poètes jouer évoquer l'ostracisme que ça soit Aristophane que ça soit d'autres poètes comme Kratinos donc les deux sont entremêlés mais l'une des choses dont il faut avoir bien conscience c'est que ces hommes politiques qui risquent l'ostracisme ils sont là au théâtre à se faire pourrir insulter comme on n'a pas idée et ils doivent rire avec les autres et faire bonne figure et donc c'est vraiment un exercice de violence symbolique

16:42
Présentateur

ça rappel d'autres situations aussi là beaucoup très très contemporaines

16:45
Invité

oui tout à fait mais là c'est quand même toute la communauté qui est là et qui rit de ces élites au moment même où peut être mise en débat la question d'exiler momentanément l'un d'eux

16:59
Présentateur

je vous cite une nouvelle fois Vincent Azoulay extrait ostracisme du bon usage de l'arbitraire en démocratie vous écrivez disons-le l'ostracisme n'était pas qu'un moyen négatif de protéger la communauté des aspirations tyranniques de son élite il n'était pas qu'un instrument assurant la domestication d'aristocrates par trop turbubulants il était aussi une manière pour le peuple de s'enseigner à lui-même ce qu'il était capable de faire alors de quoi le peuple est-il capable quand il manie l'ostracisme

17:32
Invité

ça c'est vrai que c'est une dimension importante parce que souvent on aborde l'ostracisme du point de vue des élites ceux qui se font exiler c'est effectivement la vision des sources anciennes parce que ce sont des notables qui écrivent et donc ils se mettent dans la peau de celui qui risque d'être ostracisé donc on a beaucoup moins de témoignages sur ce que les Athéniens ressentaient lorsqu'ils procédaient à un ostracisme et c'est vrai qu'il faut se représenter la scène plusieurs milliers d'athéniens qui affluent sur l'agora qui écrivent un nom qui demande parfois de l'aide à un copain ou à un passant pour pouvoir inscrire le nom de celui qu'on veut exiler momentanément et donc c'est un des moments où le peuple voit concrètement sa puissance ce qu'on appelle le kratos dans démocratie il ne faut jamais oublier qu'il y a démos le peuple mais il y a kratos le pouvoir qui est un pouvoir et qui est un pouvoir d'écrasement qui n'est pas forcément extrêmement sympathique et donc le kratos il est là concrètement dans le tesson et collectivement et d'une certaine façon il y a une forme d'empuissantement du peuple à travers cette procédure qui voit qu'il fait une différence réellement qu'il a et qu'il tient véritablement les élites j'ai envie de dire en jouent si on pense que l'ostracisme est aussi parfois l'ostracone une arme une arme par destination parce que c'est parfois lourd

19:01
Présentateur

on n'a pas décrit d'une manière très concrète prosaïque comment cette procédure se passait lorsqu'un citoyen devait retranscrire un nom il y ajoutait parfois un qualificatif racontez-nous j'allais dire de manière très très évidente la façon dont cela se déroulait

19:17
Invité

on en a à peu près 11 000 aujourd'hui des ostracas ces tessons de poterie sur lesquels sont inscrits des noms des noms plus ou moins bien orthographiés parfois on a aussi des ostracas préparés à l'avance on voit qu'il y a des gens des petits malins qui ont essayé de préparer ces sortes d'étranges bulletins de vote

19:40
Présentateur

c'est là qu'on note mais non roi des sceaux mais non roi des imbéciles mais non roi des idiots

19:44
Invité

et alors parfois on y ajoute effectivement les raisons qui motivent le choix de la personne qu'on veut exiler et c'est vrai que c'est souvent des insultes on a Thémistoc le vainqueur de Salamine contre les Perses qui se fait traiter d'enculé c'est une attaque grave puisqu'en réalité on remet en cause son statut de citoyen ou alors c'est mon préféré Simon vraiment avec Périclès certainement l'un des hommes politiques les plus importants de l'après entre les guerres médiques et la guerre du Péloponnèse et ce Simon avait une demi-sœur avec laquelle il était accusé d'entretenir des relations incestueuses avec elle et on a un ostracon qui dit Simon fils de Miletiad prend Elpiniquet le nom de la demi-sœur et dégage Ito et donc on a comme ça toute une série de qualificatifs et vous avez parlé aussi d'éleveurs de chevaux ce qui peut nous surprendre ou d'adultères et en réalité j'ai essayé d'analyser la logique de toutes ces insultes qui font sourire mais qui en réalité dépeignent un portrait en creux des ostracisés ou ostracisables et en réalité ce qui est reproché à travers toutes ces insultes c'est d'être à la fois un traître à l'extérieur donc de potentiellement pouvoir être dans un état de collusion notamment avec les Perses et on voit aussi un certain nombre de qualificatifs fleuris autour de ce sujet là et tirant à l'intérieur et tirant à l'intérieur ça veut dire ayant des mœurs qui dépassent la mesure et ça peut se marquer notamment par l'élevage de chevaux parce que pour avoir des chevaux il fallait être extrêmement riche et que tout cela fonctionnait de concert la traîtrise à l'extérieur la tyrannie à l'intérieur

21:36
Présentateur

comment domestiquer les élites sans les dégoûter du pouvoir sans les inciter à ne jamais jamais revenir et à participer justement à la chose publique

21:46
Invité

ça c'est vraiment le cœur du livre pour moi et c'est ce que j'ai compris au fur et à mesure en travaillant sur l'ostracisme c'est que l'ostracisme est vraiment dosé il y a bien sûr une part d'arbitraire mais les athéniens ont veillé à ce que la mesure ne soit pas trop sévère pour devenir contre-productive d'une certaine façon et ça se voit très bien quand on étudie les carrières des ostracisés ils reviennent tous les seuls cas comme Thémistocle d'ostracisés qui ne reviennent pas c'est parce que par ailleurs ils sont condamnés à mort dans d'autres procédures en réalité tous les ostracisés reviennent parce que la mesure est extrêmement dosée on ne perd pas sa citoyenneté on ne perd pas la jouissance des revenus de ses terres et on revient de toute façon au pire dix ans après et très souvent avant si le peuple décide de vous rappeler parce qu'il pense qu'il va avoir besoin de vous et tout cela concourt à faire de l'ostracisme une mesure qui domestique mais qui en même temps ne conduit pas ceux qui ceux-là même qui en sont victimes à se révolter ou à faire sécession je cultive mon jardin et puis débrouillez-vous il y en a marre de me faire taper sur la tête

23:02
Présentateur

Qui aimeriez-vous ostracisé aujourd'hui Vincent Azoulay ?

23:06
Invité

Oh c'est pas joli joli de demander ce genre de de questions

23:10
Présentateur

Non plus sérieusement une réflexion sur la démocratie que vous menez quelle place l'ostracisme pourrait-elle avoir aujourd'hui dans notre démocratie contemporaine ?

23:21
Invité

Alors il y a eu il y a des tentatives même encore aujourd'hui notamment aux Etats-Unis où bien sûr ils ont Trump sur les bras de réhabiliter l'ostracisme comme on avait pu le faire sous la révolution française ou dans les cités-états de la renaissance italienne Et Robespierre notamment ?

Oui Robespierre notamment qui a d'abord justifié l'ostracisme avant lorsqu'il a été soumis au risque d'être lui-même ostracisé de changer d'avis disons c'est entre 1791 et 1792 mais disons qu'aujourd'hui avec Trump il y a un certain nombre de spécialistes de sciences politiques ou des juristes aux Etats-Unis qui imaginent des façons d'accommoder l'ostracisme à la sauce contemporaine alors c'est intéressant on peut se livrer un exercice d'imagination mais à mon sens c'est pas forcément la manière la plus productive de faire travailler le rapport entre antiquité et monde d'aujourd'hui ce qui me semble important c'est surtout de réfléchir aux questions que les Athéniens ont essayé de résoudre en mettant en place cet ostracisme pour protéger leur toute jeune démocratie et ces questions c'est celles qu'on a abordées c'est-à-dire comment domestiquer les élites sans les faire fuir ou se révolter et comment faire que le peuple puisse croire véritablement son pouvoir sans trop s'y croire c'est-à-dire sans trop verser dans la tyrannie de la majorité et de ce point de vue-là ce sont des questions

24:58
Présentateur

d'aujourd'hui Merci beaucoup Vincent Azoulay historien directeur d'études à l'école des hautes études en sens social on recommande très très chaudement la lecture de cet ouvrage intitulé ostracisme point d'exclamation il m'a marqué je le redis du bon usage de l'arbitraire en démocratie qui vient de paraître aux éditions de l'EHESS c'est un immense merci à celles et ceux qui ont pensé fabriquer cette émission à mes côtés Bertie Bourdon Bruno Barada Rodier et Ken une émission réalisée et mise en onde par les racines

Comment la démocratie athénienne a-t-elle réussi à contrôler ses élites ? · Pourquijevote