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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 18 avril 2025 8 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesEnvironnement & énergie

Pâques : "Il y a fort à craindre que les enfants français, à 90%, trouvent dans le jardin des chocolats fabriqués par d'autres enfants", alerte le directeur de Max Havelaar France

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Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:26InvitéFait
    « Le chocolat est plus cher dans nos rayons. »
  • 5:17InvitéFait
    « Il n'y a pas un parent au monde qui a envie que son enfant travaille dans les champs au lieu d'aller à l'école. »

Temps de parole

  • Invité80 %
  • Présentateur20 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:01
Présentateur

France Info, l'invité éco, Camille Reveille. Bonsoir à toutes et à tous, qu'y a-t-il derrière le chocolat que nous serons nombreux à déguster à Pâques ? Bonsoir Blaise Desbordes. Bonsoir. Vous êtes directeur général de l'ONG Max Avelard France, Association de Commerce Équitable. On voit votre logo bleu et vert sur environ 6000 produits dans notre pays, notamment des tablettes de chocolat. Avant qu'on en arrive aux causes, un constat peut-être d'abord, oui, le chocolat est plus cher dans nos rayons.

0:30
Invité

Oui, le chocolat augmente, il est plus cher dans les rayons, il est plus cher aussi dans les camions, et il est plus cher sur le terrain, dans la ceinture intertropicale, où l'essentiel des 5 millions de tonnes de fèves de cacao sont produites.

0:42
Présentateur

Vous avez des chiffres de hausse peut-être, des tablettes, je voyais ?

0:46
Invité

En prix final, ça dépend beaucoup des distributeurs. Effectivement, on parle de 10, on parle de 20%. Ce qui est certain, c'est que les autres prix du cacao, c'est-à-dire le prix pour les producteurs ou le prix en bourse, parce que le cacao est une commodité boursière, a explosé ces derniers mois, à des sommets jamais atteints depuis 50 ans.

1:01
Présentateur

On était à moins de 3 000 dollars la tonne il y a deux ans, on est arrivé à plus de 12 000 je crois.

1:08
Invité

Il y a eu deux pics à 12 000 dollars en 2024, et là on est retombé autour de 8 000.

1:12
Présentateur

Et alors, est-ce que ça ruisselle ça ? Parce que les cours bondissent, c'est une chose, les deux plus gros producteurs de cacao en pays, c'est la Côte d'Ivoire, le Ghana, est-ce que ça ruisselle jusqu'au producteur ?

1:22
Invité

Non, ça ne ruisselle pas vraiment jusqu'au producteur pour une raison simple, c'est que le prix dont on vous parle, c'est un prix boursier. Ce n'est pas le prix acheté au producteur. Le prix boursier, c'est le prix des contrats financiarisés sur les marchés financiers à New York, à Londres. Et les marchés financiers, c'est un des drames de l'industrie du cacao, surréagissent. Et l'année dernière, on a eu une chute brutale de production en Côte d'Ivoire et au Ghana. Or, ce sont les deux géants de la production mondiale de cacao, et quand la Côte d'Ivoire tousse, c'est l'ensemble de l'industrie du cacao qui s'enrume, et c'est ça qu'on vit aujourd'hui.

Alors, la vraie question, c'est pourquoi la production a chuté ? Eh bien, la production a chuté depuis plusieurs années, jusqu'à ses sommets de moins 30, moins 20%, parce que, grosso modo, nous maltraitons le cacao. Nous maltraitons les hommes et les femmes du cacao, et nous maltraitons les conditions naturelles du cacao. Là-dessus vient le changement climatique, les ravageurs, les aléas de sécheresse, et vous avez donc cette chute de production. Et quand il y a moins de cacao sur le marché, bien entendu, les prix montent. Et est-ce qu'il y a une demande qui augmente ? La demande de cacao a plutôt globalement augmenté ces dernières années, et surtout, la valorisation du cacao explose.

Aujourd'hui, c'est des dizaines de milliards de dollars dans nos rayons, alors que tout au début de la chaîne, chez les producteurs, c'est bien sûr la portion congrue. On estime à peu près à 7, 8, 10% maximum la part qui leur revient quand vous achetez un œuf de Pâques ou une tablette de chocolat. Eh bien, eux, ils auront 10%.

2:39
Présentateur

Et alors, vous, qu'est-ce que vous pouvez faire pour les aider, ces producteurs ?

2:43
Invité

Alors, notre ONG, Max Savlar, a trouvé un moyen, je crois, assez astucieux, c'est de convier les consommateurs à l'action. Et donc, nous avons créé un label, comme vous le disiez, sur à peu près 6 000 produits en France. Et ce label attire l'attention des consommateurs en leur disant, là, vous avez un prix minimum garanti qui permet à ces millions de cacao-culteurs extrêmement pauvres de survivre et d'avoir un prix rémunérateur. Et en plus de ce prix minimum, ils ont une prime de développement social qui leur permet justement d'investir. Quand vous pouvez investir dans votre exploitation, vous plantez des jeunes cacaoillers, vous pouvez faire du compost naturel, des bio-intrants, etc.

Et vous cassez le cercle vicieux, je dirais, du cacao non durable, du cacao qui tâche.

3:21
Présentateur

Vous dites attirer l'attention. C'est vrai, on le voit, votre logo sur la tablette. Mais ensuite, est-ce qu'on passe à l'acte ? Est-ce qu'il y a achat ? Est-ce que vous arrivez à le chiffrer ? Déjà, s'il y a un désir des Français d'acheter du chocolat équitable, et s'ils le font ?

3:33
Invité

L'intention est très bien documentée. Elle est très élevée. Au-dessus de 50%, au-dessus de 60%. Et même dans les catégories socioprofessionnelles, les moins riches de France, il y a cette intention. Oui, je sais qu'il y a un producteur derrière, notamment parce qu'ils connaissent la situation de certains producteurs français, dans le lait ou dans la viande. Et donc, ils se disent, je sais qu'il y a un producteur derrière, il a besoin d'un prix correct. On a créé le SMIG pour les salariés. Pourquoi on n'a pas de SMIG pour les paysans ? Eux, ils ont le droit de vendre en dessous de leur coût de production. C'est assez indigne. Donc oui, l'attention est forte.

Après, la possibilité de passer à l'acte, elle dépend des marques. Et nous, nous travaillons avec des dizaines d'entreprises en France, en essayant de leur dire, rendez accessible ce cacao. Et je peux vous dire que c'est possible. Il y a sur le marché des tablettes, soit de très bonne qualité, soit de qualité moyenne, qui sont à des prix accessibles. Il faut juste discriminer et chercher un peu.

4:16
Présentateur

Vous avez plutôt des bons élèves, plutôt des mauvais élèves ?

4:18
Invité

On a des bons élèves. Ceux qu'on aime beaucoup et qui font un travail incroyable, ce sont les PME françaises. On travaille avec une cinquantaine de chocolatiers très méritants. Je peux citer quelques PME régionales. En Dordogne, vous avez Bovetti. En Bretagne, vous avez Sunshine. Vous avez Saveur et Nature, qui fabrique des produits pour Pâques. Tous ces entrepreneurs engagés ont fait le choix de payer ce prix minimum. Donc, ils sont courageux. Nous, on invite bien sûr les consommateurs à chercher le label et à chercher ses marques. Vous avez aussi les distributeurs qui essayent de faire des efforts et puis d'autres qui, au contraire, sont à des prix plus élevés.

4:48
Présentateur

Je lisais une de vos déclarations, Blaise Desbordes. 95% des chocolats de Pâques n'offrent aucune garantie contre le travail des enfants.

4:55
Invité

Il y a fort à craindre que dans quelques jours, donc après-demain, les enfants français, à 90%, effectivement, trouvent des chocolats dans le jardin ou dans la maison qui sont fabriqués par d'autres enfants. À l'autre bout de la chaîne, notamment en Afrique de l'Ouest, on estime qu'il y a presque 2 millions d'enfants qui sont plus ou moins forcés de travailler pour faire survivre la famille. Il n'y a pas un parent au monde qui a envie que son enfant travaille dans les champs au lieu d'aller à l'école. Personne.

Mais ils le font parce qu'ils sont contraints, parce que, comme je vous le disais, depuis des décennies, nous maltraitons les hommes et les femmes du cacao en grattant, en essayant d'économiser quelques centimes alors qu'il est tout à fait possible de leur payer les fèves de cacao à un prix juste.

5:30
Présentateur

Qu'est-ce qui doit être fait, alors, selon vous ? Quel régulateur européen, mondial ? Qu'est-ce qu'il faut faire en urgence ?

5:36
Invité

Nous, nous pensons qu'il faut des initiatives de place. Il faut que le gouvernement français ait le courage, avec les instituts statistiques et pourquoi pas avec l'ONU, de publier ce que c'est qu'un prix digne. Le jour où, dans la transparence d'Internet, on verra ce que c'est qu'un prix juste, ce sera beaucoup plus difficile pour certains traders, pour certains spéculateurs de négocier à des prix si bas et de ruiner les paysans du cacao. Donc, la transparence, ça peut beaucoup faire. Et puis, bien sûr, l'engagement des consommateurs, l'engagement des marques, là aussi, l'explication. Et puis, nous tous, ce n'est pas si difficile que ça de consommer un peu moins et un peu mieux.

On sait qu'aujourd'hui, c'est ça l'actualité de notre caddie.

6:10
Présentateur

Consommer un peu moins et un peu mieux. Je vous parlais de l'échelon européen. Il y a une nouvelle norme européenne, zéro déforestation, qui arrive. Qu'est-ce que ça entraîne pour ces producteurs-là ?

6:19
Invité

Ça les oblige à géolocaliser leurs parcelles et à nous communiquer l'endroit où elles se trouvent afin que des inspecteurs puissent vérifier que ces parcelles ne sont pas dans des zones déforestées. Parce que l'Europe, effectivement, à partir du 1er janvier 26, va interdire tout le cacao qui pourrait venir de zones où la forêt tropicale a été détruite. Mais l'hypocrisie qui est derrière cet enjeu, c'est que si vous continuez à payer beaucoup trop peu cher une fève de cacao, vous obligez le paysan à déforester. Pourquoi ? Parce que sur une vieille parcelle de 20 ans, vous avez un rendement de 400 kilos de cacao par hectare.

Mais si vous défrichez la forêt tropicale, vous avez 800 ou 1000 kilos par hectare. Donc on les oblige finalement à faire quelque chose qui est mauvais pour tout le monde, c'est-à-dire la déforestation mondiale. Sachons payer les quelques centimes de plus par kilo et ce genre de problème pourra être résolu et l'or d'enrée entreront dans l'Union européenne sans problème. Qu'est-ce qu'il faut faire alors ? Que doit faire l'Europe ? L'engagement. L'engagement, la transparence, se saisir, arrêter de penser colonial, arrêter de penser qu'on peut toujours avoir des ressources comme ça à bas prix en étant indifférent au sort. Ça va se retourner contre nous.

La géopolitique nous montre aujourd'hui que nous ne pouvons pas déstabiliser des territoires entiers pour gagner encore une fois quelques dollars. Pour quelques dollars de plus, nous pouvons avoir de la stabilité, des gens qui vivent de leur travail, des bons produits, meilleure qualité aussi pour l'environnement parce que quand vous entrez dans une démarche de qualité, vous faites attention, il y a moins de pesticides, moins d'engrais. Tout ça, c'est des cercles vertueux qu'on peut vraiment enclencher, nous les consommateurs, mais nous aussi la société civile. Je ne sais pas s'il faut attendre tout des gouvernements.

Ils ont malheureusement montré quand même une certaine impuissance ces dernières années.

7:49
Présentateur

Appel aux consommateurs donc pour conclure cette interview.

7:51
Invité

Absolument, aux consommateurs, aux citoyens qui sont derrière et puis à la discrimination. On a besoin aujourd'hui de consommateurs qui ne sont pas des automates et qui vont aller chercher un petit peu des signes de qualité, des labels et bien sûr le commerce équitable, c'est lui qui plante les arbres, c'est lui qui donne la capacité de vivre aux producteurs, donc choisissez-le. Il n'y a presque 5% aujourd'hui donc on a de la marge dans le chocolat français.

8:10
Présentateur

Merci beaucoup Blaise Débord, directeur général de l'ONG Max Avelard France. Vous êtes ce soir l'invité éco de France Info.