"Les pouvoirs et les lobbys détestent les écologistes" : José Bové, incarné par Bouli Lanners
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:47OuverteRéponse directe
Bully La Nurse, ça vous fait quoi d'interpréter un député européen qui ferraille contre les lobbies du tabac tout en tirant sur sa pipe à chaque plan du film ?
- 1:03OuverteRéponse directe
José Bové, vous fumez toujours ?
- 1:08OuverteRéponse directe
Un commissaire européen à la santé, maltais et de droite, se fait virer pour accointance avec les lobbies du tabac. Qu'est-ce qui vous a décidé à mener l'enquête ?
- 1:25RelanceRéponse directe
Qu'est-ce qui vous a décidé à mener l'enquête ?
- 3:08OuverteRéponse directe
Bully Laners, vous êtes acteur, militant anti-nucléaire et écologiste. Un réalisateur vous propose de jouer José Bové. Cadeau ?
- 3:30OuverteRéponse directe
Vous vous connaissiez ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:02Invité politiqueChiffre
« il est accusé d'avoir demandé 60 millions d'euros pour faire ça, pour retarder, pour faire entrer un tabac à sucer, le snus »
- 2:29Invité politiqueFait
« lundi, il y a eu un procès du directeur de l'époque de la lutte anti-fraude, qui a déjà été condamné à un an de prison avec sursis pour cette affaire »
- 2:47Invité politiqueFait
« je vous ai menti, j'ai été convoqué par le président Barroso pour mener l'enquête de cette manière »
- 7:35Invité politiqueFait
« moi, on a essayé de m'acheter le ministre de l'Agriculteur du Maroc, et je l'ai dénoncé sur France Inter »
- 8:41Invité politiqueFait
« les pouvoirs politiques et les lobbies détestent les écologistes »
- 8:51Invité politiqueFait
« on criminalise et qu'on traite des écologistes d'éco-terroristes »
Temps de parole
- José Bové42 %
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France Inter, le 7-10. Il est 7h50, Sonia de Villers, vous recevez un ancien député européen et son double, l'acteur qui joue son rôle au cinéma. Voilà, ce qui n'arrive pas à tant de députés européens que ça. Le film se déroule dans les coulisses du Parlement, justement, où l'industrie du tabac magouille au plus haut niveau, corrom, falsifie pour empêcher les élus de légiférer. Retour sur un scandale politique qui a véritablement éclaté en 2013, grâce à l'entêtement d'un député écologiste seul contre tous, rien ne le prédestinait à mener ce combat-là, si ce n'est une question de principe. Ça tombe bien, c'est le titre du film.
Alors, par ordre d'apparition de moustache, José Bové, bonjour, et Bully La Nurse, soyez le bienvenu. Bully La Nurse, ça vous fait quoi d'interpréter un député européen qui ferraille contre les lobbies du tabac tout en tirant sur sa pipe à chaque plan du film ?
Ça me fait plaisir parce que j'aime beaucoup José Bové avant de le rencontrer, et puis ça m'a permis de refumer la pipe, ce que je ne faisais plus des années.
José Bové, vous fumez toujours ?
Oui, mais je me soigne. C'est ça.
Donc plus sérieusement, un commissaire européen à la santé, il est maltais, il est de droite, c'est votre adversaire politique, il se fait virer pour accointance avec les lobbies du tabac. Vous, vous êtes de gauche, vous êtes occupé par la PAC, la politique agricole commune, et vous décidez de mener l'enquête. Donc ce n'est pas une question de poumon. Qu'est-ce qui vous a décidé ?
C'est mon adversaire principal. C'est lui qui est au sub de la santé. Donc on a les additifs alimentaires, on a les OGM, on a les pesticides, et c'est lui qui a ça en charge. Donc je dirais presque au moins une fois par mois, on est dans son bureau ou au Parlement, et on ferraille. Et là, on est en séminaire du groupe des Verts à l'époque, et j'apprends pas une dépêche qu'il est viré. Et il me dit, qu'est-ce qui s'est passé pour que le commissaire à la santé, alors qu'il a sa directive tabac à laquelle il tient, c'est son bâton de maréchal, soit poussé à la porte. Et on s'est dit, il y a un truc qui ne va pas.
Et donc là, il est accusé d'avoir demandé 60 millions d'euros pour faire ça, pour retarder, pour faire entrer un tabac à sucer, le snus, qui est fabriqué en Suède. Et qui est interdit dans toute l'Union Européenne, sauf la Suède. Et donc voilà, ça démarre comme ça. Et évidemment, on se retrouve dans un ambroglio avec, effectivement, à la tête, le président de la commission, M. Barroso, et qui tire les ficelles, et on en a la preuve aujourd'hui, puisque lundi, il y a eu un procès du directeur de l'époque de la lutte anti-fraude, qui a déjà été condamné à un an de prison avec sursis pour cette affaire. Donc ça aura mis 10 ans.
Voilà, et en appel, lundi, il a été à nouveau, il est allé à la barre en disant, je vous ai menti, j'ai été convoqué par le président Barroso pour mener l'enquête de cette manière. Et là, maintenant, tu as tout le parquet belge qui se dit, waouh !
Waouh ! Donc ça, c'était en 2013, il faut savoir que José Manuel Barroso...
Et là, maintenant, on est aussi en 2024, on est là.
Il est parti en 2014, il est parti chez Goldman Sachs, devenu patron d'une grande banque d'affaires. Bully Laners, vous êtes acteur, mais vous êtes aussi militant, anti-nucléaire, fervent écologiste, partisan de la décroissance. Un réalisateur, Antoine Rimbaud, vous propose de jouer, pas un flic, pas un entraîneur de foot, pas un docteur, pas un prof, il vous propose de jouer José Bové. Cadeau ?
Cadeau, je dis oui tout de suite. Je n'ai même pas lu le scénario, l'idée de carner José Bové, pour moi, c'était déjà oui. Vous vous connaissiez ? Non, pas du tout, et du coup, ça m'a permis de le rencontrer.
Oui, c'est ça. Alors, j'ai un petit scoop, il paraît que vous êtes cousin ?
Ouais, éloigné. Pas tant que ça, en fait, non.
Mais non, non. Cousin. Cousin. Oui, oui, oui. On ne le savait pas. On ne le savait pas, on l'a découvert en parlant, parce qu'il est venu sur l'Arzac, il fallait qu'il s'imprègne. C'est ça. Donc c'est extraordinaire.
Il s'est imprégné sur l'Arzac, mais il n'empêche que vous avez tourné véritablement au Parlement.
Européen, oui. À Bruxelles et à Strasbourg, ils nous ont ouvert les portes.
Parce que ce qu'on oublie, c'est que le Parlement, il se vide une semaine sur deux.
La chance qu'Antoine avait pour le film, c'est qu'il y a toujours cette transmise qui se fait tous les mois, où le Parlement européen va à Strasbourg et vice-versa. Donc, ce qui fait que les bâtiments sont vides pendant une semaine ou trois semaines d'un autre côté. C'est ça. On avait tout à disposition.
C'est ça. Alors, votre personnage, José Bové, dans le film, dit « Personne ne peut nous blairer ici, au Parlement. » Qu'est-ce que ça veut dire ?
Ça veut dire que moi, je suis député, mais je ne suis pas un député qui a été formaté pour être député. Je suis d'abord syndicaliste. J'ai quand même d'abord été dans l'action. Quand il n'y a plus d'autres moyens, on est dans l'action. On a fauché des OGM. Il y a eu quelques aventures avec les fast-foods. Bon, bref, tout ça, tout le monde le sait. Mais quand je suis au Parlement, on fait une liste avec Danny Convendit à l'époque, en 2009, et on dit qu'on a deux trucs, c'est l'Europe et l'écologie. Mais on ne va pas forcément le faire de la même manière que tout le monde. Donc, pour moi, c'est un engagement.
On dit souvent, enfin, c'est ce que je dis, c'est que la démocratie est un sport de combat. Et ce qui est extraordinaire à l'Europe, c'est que vraiment, d'abord, c'est une élection improportionnelle, donc toutes les voix comptent. Et donc, on peut agir, on peut faire avancer, on peut faire bouger les lignes.
Parce que justement, c'est ce que je me disais, Bully Lanners, vous sortez de ce tournage et de cette aventure de cinéma, en vous disant quoi ? L'Europe, c'est corrompu, c'est pourri, c'est le lieu de tous les lobbies, de tous les trafics d'influence, ou au contraire, c'est le lieu où des citoyens, d'un seul coup, se mettent à avoir un vrai pouvoir ?
C'est les deux. C'est-à-dire qu'il y a le Conseil et la Commission qui sont très opaques, le Parlement qui est très ouvert, et le Parlement est un outil démocratique qui fonctionne, puisque ça permet de contrôler aussi ce qui se passe à la Commission et au Conseil. Donc il y a les deux, il y a les lobbies, mais il y a les OGN aussi, les ONG qui travaillent contre les lobbies, qui font une forme de lobby pour la société civile, et le Parlement est l'outil démocratique avec les élus qui se battent pour pouvoir faire passer ou pas les règlements.
Et vous qui avez des convictions chevillées au corps, vous croyez plus en l'activisme, c'est-à-dire en l'engagement des citoyens, ou vous croyez encore à la politique, au vote ?
Je crois encore à la politique, parce que l'outil fonctionne, donc on ne peut pas faire que l'un ou l'autre. Moi j'ai besoin d'être dans la rue pour certaines choses, mais on ne peut pas légiférer dans la rue. Donc il faut que ça passe par les Parlements, tant que cet outil-là existe, donc il faut faire les deux. Et pour faire bouger les lignes dans le Parlement, parfois il faut aller dans la rue.
Alors en 2013, José Bové, vous en avez tiré un film, donc vous vous lancez dans un livre, un livre qui est devenu un film aujourd'hui. Vous vous lancez donc dans cette enquête avec votre petite équipe et les masques vont tomber les uns après les autres. Derrière ça, il y a une vaste histoire de corruption. Et le cas Target, on est en 2022, c'était il y a deux ans. Énorme séisme en matière de trafic d'influence. Des règles ont été mises en place, certains les jugent pas tout à fait assez suffisantes. Mais ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l'affaire de 2013 n'avait pas servi de leçon ?
Ce qui est terrible, c'est qu'aujourd'hui tout a été focalisé évidemment sur l'Europe, parce que c'est là où il y a tous les pouvoirs. Et effectivement l'Europe gêne tout le monde. L'Europe gêne les empires, la Chine déteste l'Europe, la Russie déteste l'Europe, et les Etats-Unis auraient préféré que l'Europe ne se fasse pas. Donc on est là aujourd'hui en train de représenter quelque chose qui est difficile. Donc on a toutes les pressions. Et les pays viennent sur ces pressions. Il y a le Qatar, il y a le Maroc, maintenant on a des soupçons sur la Russie, mais il faut que l'enquête aboutisse. Donc on verra si les députés RN ont effectivement été payés par les Russes, j'en sais rien encore.
On a la Chine, la tête de liste de l'AFD, donc le parti d'extrême droite allemand, son assistant serait, entre guillemets, un agent chinois. Là on est en train de devenir fou. Mais justement, on en parle. Et c'est ça qui est important au Parlement européen, c'est qu'il y a la transparence. Et à chaque crise on essaye d'avancer. Je rappellerai juste que moi, on a essayé de m'acheter le ministre de l'Agriculteur du Maroc, et je l'ai dénoncé sur France Inter, je l'avais dénoncé ici, et il y a un an et demi quand vous receviez le commissaire Breton, j'étais intervenu, il a porté plainte contre moi, pour diffamation. Mais ça fait plus d'un an et demi, j'attends toujours. Donc voilà.
Et ce qui est rigolo, c'est qu'on se retrouve aujourd'hui avec ces nouveaux scandales. Donc il faut continuer à pousser, et c'est ça qui fait la force du Parlement.
Alors votre personnage, José Bové, raconte à sa stagiaire dans le film, l'époque des fauchages volontaires, la justice qui s'acharne, la prison, plusieurs courtes peines à l'époque. Je cite votre personnage, au début tu crânes, puis tu te rends compte que ça te détruit, ils ont gagné, j'ai plus du tout envie d'y aller. Cette affaire montre que vous aviez encore du jus, mine de, mais vous diriez José Bové que les activistes écologistes d'aujourd'hui sont plus réprimés que ce que vous avez connu, ou moins réprimés que ce que vous avez vous connu ?
Je dirais qu'en fonction des périodes, les formes, c'est en fonction du rapport de force. C'est clair que les pouvoirs politiques et les lobbies détestent les écologistes. C'est quand même des empêcheurs de tourner en rond. Donc il y a effectivement un rapport de force. Moi je suis très choqué quand on criminalise et qu'on traite des écologistes d'éco-terroristes. C'est un mépris total pour les victimes du terrorisme. Donc je crois qu'il y a un moment, il va falloir qu'il y en a qui se ressaisissent et qu'on puisse continuer à porter la parole de l'intérêt général.
Boulie la nurse ?
Je confirme, en France, effectivement, la répression est beaucoup plus grande qu'en Belgique par exemple. Ah oui ? Oui, c'est incomparable. C'est incomparable. En Belgique, on arriverait à... Non, c'est incomparable. La stigmatisation, la criminalisation des militants écologistes, en France, elle est hallucinante.
Oui. Boulie la nurse, j'ai lu que vous vouliez vous retirer du cinéma. Est-ce que ça va être votre dernier film ?
Non, non, non, il y a encore... De toute façon, il y a encore Hippocrate qui va sortir bientôt la saison 3. Mais non, non, je fais un pas de côté. Je vais faire un petit tour et puis je reviens.
Vous ne voulez pas nous raconter ce que c'est le petit tour parce que c'est tellement joli ?
Le petit tour, c'est le théâtre de marionnettes que j'ai ouvert avec mon épouse, qui est l'héritage d'un théâtre de marionnettes familial. Il y a ça, et puis il y a la peinture, et puis il y a surtout ne rien foutre, c'est important aussi.
Le nom de ce petit théâtre de marionnettes ?
Le théâtre transmissionnaire de la couverture chauffante.
Le théâtre transmissionnaire de la couverture chauffante. Merci à tous les deux. Une affaire de principe sort mercredi prochain au cinéma, et c'est un film d'Antoine Rimbaud. Il y a notre ami Thomas VDB qui joue un chouette gars dans ce film. Merci à tous les deux. Merci à tous les deux.
Merci à tous les deux.
José Bové