Jean-Philippe Tanguy : "Les autorités françaises ont sous-estimé la renaissance de l'antisémitisme"
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Questions et réponses
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- 0:40OuverteRéponse directe
Vous approuvez l'initiative de trêve humanitaire ?
- 2:26OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que ça vous inspire ?
- 3:07RelanceRéponse directe
Vous soutenez l'idée d'interdire toute manifestation en soutien au peuple palestinien ?
- 3:55OuverteRéponse directe
Est-ce que vous parleriez d'importation du conflit en France ?
- 4:39RelanceRéponse directe
Tous les échelons de la société française ? Vous-même, vous n'avez pas hésité à parler de figures antisémites au sein de la NUPES ?
- 5:29FerméeRéponse directe
Vous étiez au courant du parcours identitaire de Grégoire de Fournasse ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:28PrésentateurFait
« Israël Tzahal est une armée démocratique qui répond de ses actes devant un Parlement, devant un peuple, devant le droit international. »
- 1:40PrésentateurFait
« Le Hamas est un mouvement terroriste qui utilise malheureusement sa population comme un bouclier humain. »
- 3:49Invité politiqueChiffre
« 719 actes antisémites ont été signalés en France depuis le début du conflit en Israël et à Gaza. »
- 4:01PrésentateurFait
« Malheureusement, je pense que les autorités françaises, sans vouloir donner des leçons et réécrire les événements depuis 2004, n'ont jamais réagi à la hauteur de l'importation de ce conflit et de la renaissance de l'antisémitisme en France sous des formes très barbares. »
- 4:20PrésentateurFait
« Moi, je suis de la génération Ilan Halimi, et depuis l'enlèvement de ce jeune garçon, par ce qu'on avait appelé le gang des barbares, les autorités françaises, je pense, ont sous-estimé la renaissance de l'antisémitisme et de la haine des juifs. »
- 4:51PrésentateurFait
« où il disait que certains ne voulaient pas critiquer Israël pour ne pas gêner les affaires. »
- 5:36Invité politiqueFait
« Il distribuait notamment des soupes de cochons au sans-abri, volontairement pour discriminer les musulmans et les juifs pratiquants. »
- 6:33Invité politiqueFait
« Elle a demandé aux préfets de ne plus attribuer de logements dans les quartiers prioritaires aux ménages les plus en difficulté pour favoriser la mixité sociale. »
- 6:42Invité politiqueFait
« « Toutes les difficultés ne peuvent pas être rassemblées au même endroit ». »
- 7:21PrésentateurFait
« Il faut de la mixité sociale pour ranimer l'ascenseur social. »
- 9:22Invité politiqueFait
« Il prévoit entre autres la possibilité de retirer un titre de séjour pour non-respect des principes de la République, mais aussi de repousser la durée maximale de rétention administrative des étrangers en situation irrégulière. »
- 10:10PrésentateurFait
« nous sommes engagés dans un certain nombre de conventions internationales qui limitent notre capacité à renvoyer des personnes qui n'ont plus à être sur notre territoire chez eux. »
- 11:58PrésentateurPromesse
« le RN et Marine Le Pen veulent pénaliser l'islamisme comme une idéologie sédicieuse et que le fait d'être radicalisé, d'être acteur de réseaux islamistes, de répandre cette idéologie, doit être considéré comme un crime. »
Temps de parole
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Le 6-9, Alibadou, sur France Inter.
Notre invité ce matin, Jean-Philippe Tanguy, député Rassemblement National de la Somme, numéro 2 du RN à l'Assemblée Nationale. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue. Beaucoup de questions à vous poser. Partons de la situation internationale. Beaucoup demandent une trêve humanitaire entre Israël et le Hamas. C'est un appel qui a été lancé hier à Bruxelles par le président de la République. Le président français veut évacuer dans les meilleurs délais les ressortissants français qui se retrouvent dans la bande de Gaza. Ils sont une cinquantaine. Vous approuvez l'initiative ?
Oui. Jordan Bardella a voté au Parlement européen pour une trêve humanitaire à de nombreuses reprises. Marine Le Pen a évidemment appelé au respect des civils et à l'organisation d'une aide humanitaire pour protéger les personnes, femmes et enfants en particulier, personnes fragiles, qui sont évidemment innocentes des actions terroristes du Hamas. Mais Israël doit aussi opérer des opérations militaires pour protéger sa population, pour essayer de combattre le Hamas. Et donc évidemment, c'est une situation extrêmement compliquée. Moi, je reste aussi à ma place. Pour le moment, les informations sur les opérations qu'on a eues cette nuit ne sont pas encore très précises et c'est normal.
Les journalistes feront leur travail pour savoir comment et pourquoi Israël a choisi de frapper cette nuit. Il faut quand même dire, rappelons-le, parce qu'il y a quand même beaucoup de confusion depuis quelques jours, qu'Israël Tzahal est une armée démocratique qui répond de ses actes devant un Parlement, devant un peuple, devant le droit international. Et que le Hamas est un mouvement terroriste qui utilise malheureusement sa population comme un bouclier humain et qui utilise tous les crimes les plus barbares et les plus odieux pour s'attaquer à Israël. Donc la fin justifie les moyens ? Non, la fin ne justifie jamais les moyens.
Il y a toujours le droit international, il y a un droit de la guerre. Mais nous avons d'un côté une armée régulière qui fait ce qu'elle peut pour protéger les populations respectant ce droit. Et de l'autre côté, un mouvement terroriste allié, je le rappelle, à des régimes soit théocratiques, soit des dictatures.
Alors revenons en France. Jean-Philippe Tanguy, un rassemblement à Paris en soutien au peuple palestinien a été interdit par la préfecture. Un recours a été déposé par les organisateurs. On attend le verdict du tribunal administratif à Paris. La manifestation en soutien à la Palestine est interdite. Quelle que soit sa décision, certains militants appellent quand même à descendre dans la rue. Qu'est-ce que ça vous inspire ?
Ça m'inspire que ces gens ne respectent pas l'état de droit, ne respectent pas notre démocratie. Il est normal que le gouvernement, que le préfet de police de Paris veille à l'ordre public, veille aussi au respect de nos valeurs. Or, la dernière fois qu'une manifestation est organisée à Paris, enfin l'avant-dernière fois, pardon, les Français ont entendu place de la République. Je rappelle que c'était aussi la place du mouvement Charlie. Allah Akbar, qui n'ont pas des paroles religieuses de prière, mais le cri en l'occurrence, dans cet emploi-là, de ralliement. Et dans ce contexte-là, surtout, pardon, de ralliement des terroristes et des islamistes.
Donc c'était inadmissible d'entendre place de la République, ce cri prononcé, non pas par des personnes isolées, mais par plusieurs centaines de personnes.
Donc vous soutenez l'idée qu'il faut interdire toute manifestation en soutien au peuple palestinien ?
Pour le moment, sans doute, puisque malheureusement, ces mouvements, et je le regrette, on est bien loin de la défense de la cause palestinienne des années 80-90, a été infiltrée, dévoyée, par des personnes qui ont surtout la haine d'Israël en tête, voire malheureusement la haine totale des juifs. Voilà, donc il faut dire la réalité telle qu'elle est, et ces mouvements ne peuvent pas utiliser une manifestation démocratique pour propager leur haine. Ce qu'on a entendu à Paris, mais ce qu'on a entendu dans beaucoup de capitales européennes, en particulier à Londres, où on a bien entendu l'appel au meurtre de juifs, et pas du tout la défense du peuple palestinien, est absolument terrifiant.
719 actes antisémites ont été signalés en France depuis le début du conflit en Israël et à Gaza. Près de 400 personnes ont été interpellées. Est-ce que vous parleriez d'importation du conflit en France ?
Oui, mais cela fait des années que ce conflit est importé. Malheureusement, je pense que les autorités françaises, sans vouloir donner des leçons et réécrire les événements depuis 2004, n'ont jamais réagi à la hauteur de l'importation de ce conflit et de la renaissance de l'antisémitisme en France sous des formes très barbares.
Moi, je suis de la génération Ilan Halimi, et depuis l'enlèvement de ce jeune garçon, par ce qu'on avait appelé le gang des barbares, les autorités françaises, je pense, ont sous-estimé la renaissance de l'antisémitisme et de la haine des juifs, avec tous les clichés les plus épouvantables, et qu'on entend, il faut bien le dire, à tous les échelons de la société française, malheureusement, aujourd'hui.
Tous les échelons de la société française ? Vous-même, vous n'avez pas hésité à parler de figures antisémites au sein de la NUPES ?
Par exemple, M. Bilango, qui a fait un tweet, qu'il a d'ailleurs retiré, que vos confrères de Marianne ont relevé, où il disait que certains ne voulaient pas critiquer Israël pour ne pas gêner les affaires. Donc là, on est dans le pire, pas cliché, le relant antisémite total, qui consiste à dire qu'Israël ou les personnes de confession juive auraient, je ne sais quel pouvoir, qui empêcherait le débat démocratique.
Écoutez, je pense que tous les Françaises, les Français qui nous écoutent, savent qu'on peut très bien débattre de la politique d'Israël, de manière raisonnable, en tant qu'alliés, partenaires démocratiques, et que ce genre de tweet dit tout, malheureusement, de l'idéologie qui renaît sur notre sol. Et comme je l'ai dit, dans beaucoup de démocraties occidentales, c'est assez terrifiant.
Un article du Monde, paru hier, fait le récit du parcours identitaire du député de votre groupe, Grégoire de Fournasse, ancien membre d'un groupuscule d'extrême droite. Il distribuait notamment des soupes de cochons au sans-abri, volontairement pour discriminer les musulmans et les juifs pratiquants. Il s'est aussi affiché en photo avec un voile intégral et une pancarte. Si vous ne voulez pas finir comme moi, rejoignez les identitaires. Vous étiez au courant ?
Oui, ce parcours était connu. Grégoire de Fournasse a totalement rompu il y a de nombreuses années maintenant avec ce groupe. Il n'avait fait qu'un bref passage. Et voilà, ça est derrière nous. Et il a rejoint Marine Le Pen sur une ligne assimilationniste républicaine. Et cet épisode est derrière nous depuis longtemps.
Sujet important également en politique. Jean-Philippe Tanguy, après un discours à la Sorbonne, c'était jeudi devant les maires. La première ministre Elisabeth Borne était hier à Chanteloup-les-Vignes pour le comité interministériel des villes auprès des préfets. Et elle entendait présenter une série de mesures dites plus sociales après un volet sécuritaire présenté la veille. Elle a demandé aux préfets de ne plus attribuer de logements dans les quartiers prioritaires aux ménages les plus en difficulté pour favoriser la mixité sociale. Elle avançait, je la cite, « Toutes les difficultés ne peuvent pas être rassemblées au même endroit ».
Est-ce que vous partagez le constat et la décision de la première ministre ?
Cette décision, oui. Comme quelques annonces qui ont pu être faites par la première ministre, ce sont des demandes que le Rassemblement National, Marine Le Pen et Jordan Bardella, ont fait depuis très longtemps. Notamment celle-là, effectivement, on ne peut pas demander à des quartiers, même si ce sont les meilleurs élus locaux possibles, les meilleures associations, les meilleurs enseignants. Si vous mettez toujours les mêmes difficultés aux mêmes endroits, évidemment, c'est impossible. Il y a deux raisons. Il y a le critère social qui a été donné par la première ministre, qui est valable sur tout le territoire. Il faut de la mixité sociale pour ranimer l'ascenseur social.
Mais par contre, ce dont ne parle pas la première ministre, c'est qu'une partie de cette concentration et des difficultés sociales est liée à l'immigration permanente, qui fait que les personnes qui réussissent, y compris les personnes immigrées qui sont intégrées, assimilées, par l'école ou par le travail, qui sortent de ces quartiers, sont remplacées par des personnes arrivantes, de zones d'ailleurs, par exemple, qui ne sont pas culturellement liées à la France, donc qui sont de plus en plus difficiles à assimiler. Avant, vous aviez des personnes qui venaient des anciennes colonies françaises, qui étaient francophones, qui avaient pu connaître par ce biais-là les valeurs françaises.
Maintenant, vous avez des personnes qui arrivent d'Érythrée, de Somali, de zones anglophones, qui ne sont pas du tout...
C'est le cas aussi au moment de l'immigration espagnole, italienne, portugaise, par exemple, ou polonaise.
C'est encore plus facile d'assimiler les personnes espagnoles, portugaises ou polonaises...
Qui ont malgré tout été victimes de racisme lorsqu'elles sont arrivées en France.
Il fallait le combattre à l'époque, mais aujourd'hui, c'est beaucoup plus difficile, évidemment, d'intégrer des personnes qui sont culturellement très éloignées de notre sphère culturelle, qui ne parlent pas français par leur territoire d'origine. C'est beaucoup plus difficile de les assimiler, évidemment, que des personnes comme les Sénégalais, qui avaient pu... les enfants de Sénégalais, qui avaient pu connaître une forme d'école de la République.
Vous ne croyez pas, Jean-Philippe Tanguy, qu'on puisse apprendre une langue, que les cultures puissent dialoguer ?
Absolument, on peut le faire quand les phénomènes sont sous contrôle et dans des ampleurs raisonnables. Le problème aujourd'hui, c'est effectivement qu'on a perdu le contrôle sur l'immigration, et que donc on a perdu le contrôle sur l'assimilation, et c'est bien ça le problème. Le modèle français, c'est un modèle qui accueille les personnes, qui les traite avec dignité, qui leur donne accès, évidemment, à l'école, aux services publics, par le travail, par la volonté de s'assimiler, ils peuvent s'assimiler.
Quand les services publics sont débordés, quand des territoires entiers ne connaissent une majorité, voire une très grande majorité d'étrangers et pas de français, vous ne pouvez plus les accueillir dignement et vous êtes totalement débordés. C'est bien le problème auquel on assiste depuis les années 80.
Alors, le projet de loi immigration sera débattu au Sénat début novembre. Il prévoit entre autres la possibilité de retirer un titre de séjour pour non-respect des principes de la République, mais aussi de repousser la durée maximale de rétention administrative des étrangers en situation irrégulière. S'ils sont fichés S ou s'ils sont délinquants, ce sont quelques-unes des demandes du Rassemblement National. Vous voterez une partie du texte ?
Oui, une partie. Ces mesures-là, évidemment, nous, on n'est jamais pour, vous savez, M. Badou, la politique du pire. Donc, on voit qu'il y a une inflexion, de toute façon, de l'ensemble des politiques, on l'a dit avec Mme Borne, M. Darmanin, vers ce que propose le Rassemblement National, après s'être fait traiter de tous les noms, malheureusement, depuis des années. Donc, tout ce qui va dans le bon sens, nous le voterons.
Malheureusement, la philosophie générale de ce texte reste en deçà des réalités, en particulier la capacité de voter une réforme constitutionnelle, puisque nous sommes engagés dans un certain nombre de conventions internationales qui limitent notre capacité à renvoyer des personnes qui n'ont plus à être sur notre territoire chez eux. et donc, il faut voter, d'ailleurs, les Républicains... Vous pensez, par exemple, à la Cour européenne des droits de l'homme ? Oui, par exemple, nous ne voulons pas en sortir. Donc, pour ne pas en sortir, il faut rétablir la priorité, pardon, la supériorité de la Constitution française sur les conventions internationales.
C'est d'ailleurs, les Républicains se sont alignés sur cette demande qu'avait fait Marine Le Pen avec un texte qu'elle avait proposé sous le mandat précédent. Je constate que les Républicains, une fois plus, après avoir dit qu'ils ne voteraient pas pour Marine Le Pen contre M. Macron, sur cet exemple-là, comme sur tant d'autres, se sont alignés sur nos propositions.
Même si la Cour européenne des droits de l'homme a pour vocation de défendre et de protéger les principes fondamentaux des droits humains ?
C'est pour ça qu'on ne veut pas en sortir. C'est d'ailleurs pour ça qu'on en dossier à l'Union européenne. L'Union européenne n'est pas membre de la CEDH. Elle n'est pas membre de la CEDH. D'en être membre pour assurer ses droits. Par contre, il faut toujours préserver la supériorité de la Constitution sur les conventions. Sinon, la démocratie n'a plus de sens.
Si les Françaises et les Français votent pour des décisions qui ne sont pas appliquées ensuite à cause de jurisprudence, qui peuvent d'ailleurs, les juges peuvent s'éloigner, il faut le dire, ce sont des êtres humains comme les autres, ils peuvent s'éloigner des textes pour faire une jurisprudence qui est un peu abusive, il est normal que les citoyens puissent réaffirmer leurs décisions démocratiques sur la jurisprudence.
Le RN demande l'expulsion de tous les fichés S étrangers. Qu'est-ce qu'il faudrait faire pour tous ceux qui sont fichés S et qui sont Français ?
Il y a plusieurs façons, selon la gravité évidemment de la situation. La première chose, c'est les sortes, par exemple, si c'est des jeunes, les sortir évidemment du système scolaire, de la formation, pour les isoler, pour les recadrer. Certains peuvent aussi, il faut le dire, perdre la nationalité française s'ils sont binationaux. s'ils sont radicalisés dans des procédures de radicalisation. C'est pour ça que le RN et Marine Le Pen veulent pénaliser l'islamisme comme une idéologie sédicieuse et que le fait d'être radicalisé, d'être acteur de réseaux islamistes, de répandre cette idéologie, doit être considéré comme un crime.
Sinon, évidemment, vous ne pouvez pas combattre les fichés S français.
Jean-Philippe Tanguy, député RN, merci d'avoir été notre invité à suivre.
Sur Inter, le journal.
Jean-Philippe Tanguy