Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Podcast / conversationC à vous (sur YouTube)· 31 août 2022 11 minComplaisantPortrait personnelInstitutions & électionsEurope & internationalDéfense

Gorbatchev, l’homme qui a changé la face du monde - Bernard Guetta - C à vous - 31/08/2022

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 90 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:34Invité politiqueFait
    « il demande qu'on arrête le convoi. C'est absolument inouï, invraisemblable. Ça n'existait pas. »
  • 2:06Invité politiqueFait
    « il téléphone à Sakharov, qui était en exil intérieur à Gorky, sans téléphone, dans un petit appartement, un studio, avec une armée du KGB qui le surveillait. »
  • 2:17Invité politiqueFait
    « il lui téléphone et il lui dit, je cite, « Rentrez à Moscou, reprendre votre travail pour la patrie ». »
  • 3:54Invité politiqueFait
    « il leur dit textuellement, les témoignages sont là, il leur dit « Écoutez, maintenant, vous vous débrouillez pour correctement gérer vos pays. Vous vous débrouillez pour devenir populaires. »
  • 4:48InvitéFait
    « « Il n'y a qu'un point sur lequel je ne reculerai pas, et tout le monde le sait. Je ne participerai pas à l'éclatement de l'Union. Par contre, je participerai aux réformes. » »
  • 6:44Invité politiqueFait
    « Nous l'avons connu en France. Bon, 89, il a fallu 80 ans ou plus pour que la France se restabilise dans la République. »
  • 10:20Invité politiqueFait
    « À l'époque, il lançait une fondation qui s'appelait Green Cross, c'est-à-dire une organisation internationale chargée d'alerter sur le changement climatique. »

Temps de parole

  • Bernard Guetta68 %
  • Présentateur12 %
  • Invité8 %
  • Invité 27 %
  • Invité 32 %

0,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Il restera un acteur majeur de l'histoire du XXe siècle, dernier dirigeant de l'Union soviétique, père de la paire Estroïka, ardent défenseur du rapprochement Est-Ouest, l'homme de la décennie, en 1990 pour le Time, l'année où il a reçu le prix Nobel de la paix.

0:14
Invité

Je suis très ému et profondément touché par cette décision et ça je ne peux pas le cacher. Ce n'est pas pour moi, pas pour moi sur un plan personnel, mais plutôt pour la reconnaissance d'une immense valeur et de la grande cause de la paire Estroïka, pour la destinée du monde entier.

0:46
Présentateur

Bonsoir Bernard Guetta. Bonsoir. Merci d'avoir accepté de nous parler de Mikhaïl Gorbatchev, dont on a appris hier la mort à 91 ans. Vous êtes député européen, mais dans une ancienne vie, vous avez été correspondant à Moscou pour le journal Le Monde de 1987 à 1991. Et c'est un poste que vous avez demandé à occuper, en partie à cause de Gorbatchev.

1:07
Bernard Guetta

Oui, parce que j'étais à l'époque correspondant à Washington et je vois un jour tomber une première dépêche qui dit que Gorbatchev s'est rendu à Leningrad. Ça s'appelait toujours Leningrad à l'époque. Il venait tout juste d'être nommé. Et puis son convoi entre dans la ville et puis des cantonnières. Parce qu'à l'époque, il y avait des cantonnières et pas seulement des cantonniers. Comme ça. Alors première chose, il demande qu'on arrête le convoi. C'est absolument inouï, invraisemblable. Ça n'existait pas. Et il descend. Il s'approche de ces femmes. Et il leur dit, mais que dois-je faire ? Que dois-je faire ? Demande-t-il aux cantonnières.

Et elles lui répondent, Mikhail Sergeyevich, restez près du peuple. Et il les regarde et il leur dit, plus près, ça n'est pas possible. Et là, je lis ça. Et là, je me dis, bon, mais là, ça s'appelle une rupture. C'est plus la même chose. Et puis, quelques mois après, il téléphone à Sakharov, qui était en exil intérieur à Gorky, sans téléphone, dans un petit appartement, un studio, avec une armée du KGB qui le surveillait. Il lui téléphone et il lui dit, je cite, « Rentrez à Moscou, reprendre votre travail pour la patrie ». Et reprendre votre travail pour la patrie, ça ne voulait pas, évidemment, dire reprendre votre travail de physicien nucléaire. Il avait 70 ans passés.

Ce n'était plus l'homme des grandes inventions. Ça voulait dire reprendre votre travail politique de chef de l'opposition. Et donc, Gorbatchev, le secrétaire général du parti, intronisé en Sakharov, un chef de l'opposition, c'est-à-dire le pluralisme.

2:56
Présentateur

Gorbatchev, pour vous, c'est l'un des derniers hommes politiques qui a changé le monde. Gorbatchev a changé le monde. Il a changé ma vie de manière fondamentale. Je ne l'oublierai jamais. C'est ce qu'a déclaré, avec beaucoup d'émotion, Angela Merkel, qui a grandi en Allemagne de l'Est, en RDA. Elle avait 35 ans lorsque le mur de Berlin est tombé. Mur érigé par Ronecker, que Gorbatchev appelait le dinosaure stalinien.

3:20
Invité

« Le mur de Berlin, rien n'est éternel sous le soleil. Le mur tombera quand disparaîtront les conditions qui l'ont fait naître. »

3:28
Présentateur

Gorbatchev, c'est celui qui, dans la nuit du chute du mur, n'a pas envoyé les chars soviétiques à Berlin. Il l'a laissé faire.

3:34
Bernard Guetta

Mais, vous savez, c'est même beaucoup plus important que cela. Parce que Gorbatchev arrive au pouvoir, et très très vite, il convoque l'ensemble des dirigeants communistes des pays d'Europe centrale. Pays qu'on appelait à l'époque les démocraties populaires. Et les populations de ces pays ajoutaient immédiatement deux mots, deux mensonges. Ce n'était pas des démocraties et ce n'était pas populaire. Et il leur dit textuellement, les témoignages sont là, il leur dit « Écoutez, maintenant, vous vous débrouillez pour correctement gérer vos pays. Vous vous débrouillez pour devenir populaires. Et si vous restez impopulaire, alors ne comptez plus sur l'armée rouge pour intervenir en votre faveur.

Vous tomberez. » C'est ce qu'il leur dit en arrivant. Et le message, eh bien écoutez, il a été respecté parce que Gorbatchev a laissé tomber tous les hommes politiques, tous les dirigeants communistes de cette région du monde qui ne savaient pas se rendre populaires, mais qui savaient parfaitement se rendre extrêmement impopulaires en revanche.

4:40
Présentateur

En revanche, ce qu'il ne souhaitait pas, c'était le démantèlement de l'URSS, de l'URSS. Il l'expliquait très clairement à Anne Sinclair dans l'émission 7 sur 7, quelques jours seulement avant sa démission forcée.

4:48
Invité

« Il n'y a qu'un point sur lequel je ne reculerai pas, et tout le monde le sait. Je ne participerai pas à l'éclatement de l'Union. Par contre, je participerai aux réformes. »

5:03
Présentateur

« Il a été dépassé par les événements. »

5:05
Bernard Guetta

Mais il a été, bien sûr qu'il a été dépassé par les événements pour une raison très très simple, c'est que quand vous ouvrez après 70 ans de dictature et par longue période sous Staline, de terreur absolue, monstrueuse, sanguinaire, épouvantable, quand vous ouvrez soudain les ports de la liberté, eh bien dans un premier temps, c'est ce qui s'est passé. Les gens n'y croient pas. Ils ne veulent même pas profiter de cette liberté parce qu'ils disent « Oh là là, si je participe, ça va me retomber sur le nez parce que celui-là, il va être viré ou changé de politique immédiatement.

» Et puis quand ils voient que ça prend, que réellement ça prend, mais alors là, à ce moment-là, il y a un souffle général dans tout le pays. Et ce souffle général va absolument tout emporter, y compris Gorbatchev. Mais il n'en a pas été surpris. Quand je suis arrivé à Moscou, très vite, j'ai pu rencontrer un de ses principaux conseillers. Et je lui ai dit « Mais écoutez, je ne comprends pas ce que veut Gorbatchev. » Il me répond « Mais monsieur l'État, si vous comprenez parfaitement. » « Ben non, je ne comprends pas. » « Ben si, vous comprenez parce que vous avez été correspondant en Pologne. » Et ça, ça voulait dire quelque chose d'extraordinairement clair.

Ça voulait dire « Vous avez vu le communisme en échec. » Et nous voyons le communisme en échec, en Union soviétique. Et donc, nous devons changer radicalement les choses. Mais en même temps, Gorbatchev savait... Vous savez, un Russe est payé pour le savoir. Il savait qu'une révolution, c'est des décennies de chaos, de terreurs, de sang, de massacres. Nous l'avons connu en France. Bon, 89, il a fallu 80 ans ou plus pour que la France se restabilise dans la République. Et donc, Gorbatchev avait cette hantise. Il faut sortir d'un système en faillite. Mais il faut en sortir sans que cela ne tue le pays.

Et donc, il a essayé à la fois, vous savez, d'appuyer sur l'accélérateur, le frein, de régler, etc. Et puis, il y a un moment où tout lui a sauté au nez. Est-ce qu'il faut l'en critiquer ? Moi, je ne crois pas. Je crois au contraire qu'il faut admirer cet homme. Parce que Mme Merkel dit « Il a changé ma vie. » Mais il a changé la vie de toute l'Europe centrale. Et il a changé la vie jusqu'à Poutine pendant 20 ans de tous les soviétiques. De tous les soviétiques. Il a changé la vie du monde entier parce qu'il a mis fin à la guerre froide. Oui. Les soviétiques, ils ne lui rendent pas grâce du tout. Non. Les soviétiques ne lui rendent pas grâce du tout.

Mais écoutez, d'abord, moi, je voudrais apporter une nuance à ce qu'on entend constamment depuis hier soir, partout en France et ailleurs, que les Russes le détestent, etc. Oui, beaucoup de Russes le détestent. Les mêmes Russes qui applaudissent l'invasion de l'Ukraine. Parce que oui, ça existe, les gens qui applaudissent l'invasion de l'Ukraine. Mais il y a toute une autre partie des Russes. Ceux qui sont muselés aujourd'hui. Ceux qui sont muselés par la terreur de ce régime. Qui ne peuvent rien dire. Qui ne haïssent pas du tout Gorbatchev. Et certainement pas la perestroïka et les changements qu'il a introduits. Alors non, moi, je m'inscris complètement en faux.

8:20
Invité

Mais il y a quand même un sentiment complètement mélangé. Mais il est devenu le symbole de la complexité de la relation entre l'Est et l'Ouest. Gorbatchev, c'est quand même le show. Je ne vous dis pas du tout le contraire. Quand on regarde les réactions aujourd'hui des dirigeants. Donc il y a eu Angela Merkel qui dit « il a changé ma vie ». Il y a Joe Biden qui parle d'un leader rare. Emmanuel Macron d'un homme de paix qui a ouvert un chemin de liberté aux Russes. Et qui a changé notre histoire commune. Poutine, il dit la même chose. Il dit « il a changé notre histoire ». Sauf qu'on ne sait pas dans les mots de Poutine si c'est en bien.

8:47
Bernard Guetta

Vous croyez que Poutine est tellement représentatif de la Russie. Alors ça, ça fait une grande différence entre nous. Moi, je ne le crois pas. Je ne le crois pas du tout. Poutine a une base sociale, a une base politique. Oui, c'est absolument vrai. Mais est-ce que c'est toujours 70% ? J'en doute fortement. Est-ce que c'est toujours 50% ? J'en doute fortement. Est-ce que ce sera toujours 15% dans 6 mois ? J'en doute encore plus.

9:11
Invité

Non, mais alors il est adulé par l'Occident Gorbatchev. Il est devenu une icône de la pop culture. Donc on a vu homme de l'année pour le Times, homme de la décennie, populaire au point de faire des appareils sur le cinéma. Il y a le chanteur Renaud qui lui rend hommage dans « Welcome, Gorby ». Il participe même à des publicités. Mais il y a la publicité américaine que je voulais vous montrer qui résume un peu toute la situation. La pizade.

9:32
Bernard Guetta

Mais oui.

9:33
Invité

C'est Gorbatchev. Merci. C'est-à-dire que c'est-à-dire que nous sommes politiques. Vous savez, sur cette publicité,

10:11
Bernard Guetta

il m'aurait demandé conseil, je lui aurais dit « Ne la faites pas ». Je regrette qu'il l'ait faite. C'est évident. Mais embêtant. N'oublions pas une chose. À l'époque, il lançait une fondation qui s'appelait Green Cross, c'est-à-dire une organisation internationale chargée d'alerter sur le changement climatique et sur les dangers qui pesaient sur notre planète. C'était à l'époque encore relativement visionnaire. Il n'avait pas un sou pour l'or, c'est ça. Et il a accepté de faire non pas une publicité, mais deux publicités pour financer le lancement de cette organisation Green Cross. Alors, encore une fois, je pense qu'il a eu tort de le faire. On le voit bien ce soir.

Mais sachons pourquoi il l'a fait. – Sous-titrage Société Radio-Canada –