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InterviewRenaissance (sur YouTube)· 8 décembre 2016 24 minAutoproduitActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesTravail & emploiInstitutions & électionsEurope & international

Interview d'Emmanuel Macron par Jean-Jacques Bourdin | BFMTV et RMC

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 60 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:15OuverteÉludée

    Manuel Valls est-il le candidat de la conciliation ?

  • 0:45OuverteRéponse partielle

    François Hollande a-t-il été victime d'un piège ?

  • 2:00FerméeRéponse directe

    Si Manuel Valls gagne la primaire, débattrez-vous avec lui ?

  • 3:30OuverteRéponse partielle

    Défendez-vous le bilan de François Hollande ?

  • 6:00RelanceRéponse partielle

    Quelles mesures défendez-vous pleinement du quinquennat ?

  • 8:00OuverteRéponse partielle

    Êtes-vous le candidat de la finance ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 10:00Emmanuel MacronFait
    « Je suis clair depuis le début. On m'a beaucoup reproché, quand j'étais ministre, de ne pas être au Parti Socialiste. »
  • 12:00Emmanuel MacronFait
    « Nous rassemblons derrière ce mouvement tous les progressistes. »
  • 13:00Emmanuel MacronChiffre
    « On est aujourd'hui près de 120 000. »
  • 15:00Emmanuel MacronFait
    « Il n'y a pas un candidat de la gauche qui gagne, qui puisse accéder au second tour. »
  • 18:00Emmanuel MacronChiffre
    « Pour un couple qui est au SMIC aujourd'hui, ça fera un peu plus de 500 euros par an net de gains. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Emmanuel Macron est notre invité ce matin, bonjour. Bonjour. Emmanuel Macron, premier rendez-vous radio-télé important depuis votre déclaration de candidature.

Vous étiez à New York, et à New York vous avez appris la candidature de Manuel Valls à la présidentielle. Pour vous, Manuel Valls, est-il le candidat de la conciliation, de la réconciliation ? C'est l'un des candidats à la primaire du Parti Socialiste, et ce sont les électeurs à cette primaire qui le décideront, qui le qualifieront, c'est pas à moi de le faire.

C'est un rassembleur ? Il a plutôt été, quand il était au gouvernement, ce qu'il appelait lui-même être l'homme de la clarification. Oui, donc c'est un rassembleur.

Quand on clarifie, c'est ce qu'il a fait. On divise ? Je constate que les autres, en tout cas déclarés à ce stade, une bonne partie d'entre eux, sont des ministres qu'il avait plutôt décidé de sortir du gouvernement.

Est-ce que c'est l'homme qui a tout fait pour empêcher François Hollande d'être candidat à la présidence de la République ? Seul François Hollande peut vous le dire. François Hollande a-t-il été victime d'un piège ?

Je vous le dis, seul François Hollande peut vous le dire. J'ai, pour ma part, quitté le gouvernement depuis la fin du mois d'août, donc je ne suis pas le mieux placé pour...

Mais vous avez parlé d'un tireur couché. J'ai vu ça, c'est qui ce tireur couché ? Il y a plusieurs tireurs couchés.

Ce que je vous dis, c'est qu'on m'a fait beaucoup de procès ces derniers mois, sur beaucoup de sujets, ça ne vous a pas échappé. Moi, j'ai été clair, quand j'ai eu des responsabilités à prendre, je les ai prises. J'ai toujours dit les choses du premier jour, j'en ai tiré les conséquences, j'ai monté un mouvement politique, nous rassemblons derrière ce mouvement tous les progressistes.

Quand j'ai considéré qu'il était préférable de quitter le gouvernement, j'ai quitté le gouvernement, mais je ne l'ai jamais fait pour affaiblir un tel ou un tel, ou jouer dans des jeux tactiques d'appareils. Pour affaiblir François Hollande, et d'autres auraient pu le faire, ou l'auraient fait. Ils ont pris leur responsabilité, et c'est au président de la République ou assez proche de lui.

Silence, ça veut dire penser. Emmanuel Macron. Oui, oui, ça veut dire penser.

J'aimerais lire au fond de votre pensée, la concerneur Manuel Valls, et son attitude, et son comportement face au président de la République. J'ai lu comme vous ce qu'il avait déclaré. Il vous lance un appel d'ailleurs, Manuel Valls.

Il dit, viens participer à la primaire, vous tutoyez, hein ? Tout à fait. Viens participer à la primaire de fin janvier, pour ne pas diviser le centre-gauche et la gauche, pour ne pas abandonner le second tour de la présidentielle à François Fillon et au Front National.

Que lui répondez-vous ce matin ? Je suis clair depuis le début. On m'a beaucoup reproché, quand j'étais ministre, de ne pas être au Parti Socialiste.

Les mêmes qui aujourd'hui me demandent d'aller à cette primaire, M. Cambadélis, par exemple. Vous êtes un peu heureux, dit-il.

Oui, il a raison. Si j'étais un peu heureux, j'aurais pas quitté le gouvernement, j'aurais pas décidé, à l'époque on me disait que j'étais fou, de rassembler des Françaises et des Français sur une nouvelle base et de prendre tous les risques, de démissionner de la fonction publique et d'aller à l'élection présidentielle. Moi, j'ai pris tous les risques.

Je suis pas dans un appareil politique, je n'ai pas de financement public, je ne suis pas resté au gouvernement tapis pour préparer tout cela. Non. J'ai pris les risques depuis le début et mes responsabilités.

Mais enfin, les mêmes, il y a 6 mois, 8 mois, M. Cambadélis, il disait quoi ? Il disait « Macron, c'est un ministre d'ouverture ».

Alors, quand ça ne l'arrangeait pas, j'étais un ministre d'ouverture et maintenant qu'en effet, ce rassemblement de progressistes que nous avons construit commence à leur faire peur, il faudrait qu'on aille se perdre dans les chicaillats de la primaire du Parti Socialiste. Mais enfin, les femmes et les hommes qui me suivent, qui ont pris leur responsabilité depuis le premier jour, qui sont pour certains des militants socialistes, des responsables, des députés, des sénateurs, pour d'autres, des femmes et des hommes du centre, ou de droite, des femmes et des hommes de la société civile qui n'en peuvent plus de ces jeux d'appareils. Depuis le mois d'avril dernier, ils me suivent.

On est aujourd'hui près de 120 000. Et je vais aller leur expliquer, attendez, j'ai réfléchi. M.

Cambadélis et M. Valls, ils ont raison. On va s'arranger.

On va faire quelque chose là, entre nous. On va régler les problèmes, puis ça ira mieux demain. Et vous pensez, en plus, vous croyez, vous, que ces primaires vont régler les problèmes ?

On les a vécues en 2011. On gagne une légitimité. Quand on passe par une primaire et qu'on la gagne, on gagne une légitimité.

Mais moi, la légitimité qui m'intéresse, c'est celle du premier tour de la présidence de la République, pour accéder au deuxième et la gagner. Parce qu'aujourd'hui, parlons-nous franchement, depuis deux ans, quand bien même je ne suis pas dans les sondages ou les analyses, sortez-moi du jeu. Il n'y a pas un candidat de la gauche qui gagne, qui puisse accéder au second tour.

Il n'y en a pas. Vous êtes le seul ? Mais aujourd'hui, je suis...

On s'en moque, je me sors du jeu pour le moment. Je dis que tout ce discours de bien-pensance ou de moralisation ne prend pas en compte qu'aucun candidat de la gauche, indépendamment de moi, n'accède pas au second tour. Mais, oui, c'est faire fi, tous ces appels, toutes ces sollicitations, de ce que nous avons construit.

Qu'est-ce qui va se passer ? Vous dites qu'on gagne de la légitimité. Moi, je veux bien.

Mais le jeu des primaires, pourquoi je le dénonce depuis des mois ? Regardez à droite ce qui va se passer. François Fillon va connaître exactement ce que François Hollande a connu en 2011.

Il a gagné, il a eu une légitimité, vous avez tout à fait raison. Ça lui permet de prendre la main sur un appareil. De l'argent, de la possibilité de faire.

Mais, en toute honnêteté, si vous êtes un homme ou une femme de droite, que j'appelle progressiste, que vous croyez, par exemple, à l'idée européenne, que vous croyez à la société ouverte, que vous voulez protéger votre société aussi face aux plus grands risques, et donc vous êtes attaché, par exemple, à la sécurité sociale, au remboursement de la maladie, vous pouvez aller voter pour François Fillon ? Vous pourrez demain, même quand vous êtes un parlementaire investi il y a quelques mois, et que vous étiez sur le contingent de de M. Juppé, par exemple.

Vous allez voter les réformes que portera François Fillon ? Mais s'il devait être élu, il a déjà ses frondeurs de demain. La primaire, pense-t-on, va régler les choses à gauche ?

Mais on l'a vécu en 2011. On l'a vécu. Est-ce qu'elle a réglé les problèmes ?

C'est le monde de l'hypocrisie. Mais je pense que c'est le...

M. Valls, Mondebourg, Amont et les autres ne peuvent pas s'entendre après. C'est le monde de l'hypocrisie.

On vient d'en voir, on en a vu les déchirements pendant 5 ans. Et Payon, Vincent Payon, maintenant. Jean-Jacques Bourdin, on en a vu les déchirements pendant 5 ans.

Qu'est-ce qui a profondément affaibli ce quinquennat ? Les divisions, on pensait que les primaires les avaient réglées, du premier jour elles ont réapparu. Donc ce que je dis, et c'est toute la démarche que nous avons conduite à En Marche depuis avril dernier, c'est de dire que les vraies divisions ne sont plus là où les partis politiques veulent les construire.

Elles sont entre les progressistes et les conservateurs. Moi, celles et ceux qui me suivent, ils sont au clair. Et ils ne me manqueront pas sur les sujets clés.

On est pour l'innovation, la réforme économique et sociale...

Je vais venir, parce que vous allez présenter votre programme samedi. ... pour réussir dans la société.

Il est temps, disent certains. Oui, mais je vais vous dire. C'est ça le plus important.

Moi, le programme, je l'ai construit. Je l'ai construit avec les Françaises et les Français. On a été au-devant d'eux.

On les a écoutés. J'en ai rendu compte longuement, au mois de septembre et au mois d'octobre, de ce diagnostic. Parce qu'il y a eu une mobilisation formidable.

Et puis, j'ai travaillé. On a construit. Et on a construit, c'est le livre que j'ai sorti il y a une dizaine de jours, Révolution, une vision, un projet cohérent.

Les mesures sans projet cohérent, quand vous n'expliquez pas où vous voulez aller, ça ne sert à rien, elle se détricote. Je vais y revenir. J'ai deux questions à vous poser.

La première, si Manuel Valls gagne la primaire, écoutez bien, écoutez bien, est-ce que vous accepterez de venir ici débattre avec lui ? Oui. Oui, bien sûr.

Si Manuel Valls gagne la primaire, vous venez débattre avec lui ici ? Bien sûr. Et j'accepterai tous les autres débats que vous me proposeriez avec tous les autres candidats significatifs de ce premier tour.

Est-ce que vous défendez le bilan de François Hollande, président de la République, de ce quinquennat ? Franchement, je vais vous dire franchement, et je vous réponds toujours franchement. Mais je sais, je sais.

Je défends parfaitement tout ce que j'ai conduit comme ministre, et je défends certaines des mesures de ce quinquennat, il y en a d'autres avec lesquelles je suis moins à l'aise et sur lesquelles je reviendrai. Lesquelles ? J'aurai l'occasion de m'en exprimer.

Lesquelles ? Mais j'aurai l'occasion de m'exprimer au cas par cas, je ne vais pas ici venir à des choses. Non mais pour prendre, pour être très concret sur ce que je défends pleinement, je pense que ce qui a été fait par Bernard Cazeneuve, qui est aujourd'hui Premier ministre et qui a été ministre de l'Intérieur pendant ces deux années, ce sont des bonnes mesures, je les défendrai.

Ce sont des bonnes mesures, et je considère qu'il faut les défendre devant une opinion publique. Vous ne défendez ni l'augmentation du nombre de chômeurs, vous ne défendez pas l'augmentation des impôts, vous ne défendez...

Non mais attendez, c'est pas des mesures...

L'augmentation du nombre de chômeurs, c'est pas une mesure. Oui, c'est pas une mesure. C'est le résultat...

De mesures ? Non, c'est le résultat d'une situation en France, depuis d'ailleurs des décennies, parce qu'il faut bien le dire, la France a cette spécificité que depuis 35 ans, nous n'avons pas traité le problème de chômage de masse, donc je ne vais pas l'imputer au quinquennat de François Hollande. Sur les impôts, ce serait un peu facile d'en faire l'inventaire maintenant, je l'ai dit, j'étais conseiller à l'époque, je suis donc solidaire de tout, ce serait trop facile.

Oui, vous avez même conseillé François Hollande pour la présidentielle de 2012, vous l'avez conseillé de lutter contre la finance. Oui, vous êtes amusant. A l'époque, je m'étais exprimé sur les 75%, les gens savent très bien ce que j'en avais pensé, il y a des choses, quand vous êtes conseiller, vous conseillez des choses, vous pouvez être suivi, il y en a d'autres, vous ne l'êtes pas, et vous pouvez être en accord ou en désaccord, ma déontologie c'est que, comme vous êtes un conseiller, vous ne le dites pas.

Mais c'est une vraie différence entre se taire et être responsable. Quand j'ai été ministre, j'étais un responsable politique, je pouvais venir à votre micro, ce que j'ai fait, défendre des choses, j'ai échoué pour en faire passer, j'en ai réussi d'autres, je suis responsable de tout ce qui s'est passé. Quand vous êtes conseiller, ce n'est pas le cas.

Mais enfin, sur la fiscalité, soyons œcuméniques. Il y a eu deux chocs fiscaux ces dernières années. Il y a eu le choc fiscal de François Fillon en 2011, et il y a eu le choc fiscal de 2012-2013.

Mais il n'y en a pas qu'un. – Bien, Emmanuel Macron, qu'avez-vous dans le ventre ? Beaucoup s'interroge, se demandent qui vous êtes. – On va les rassurer. – Vous allez le savoir, vous allez les rassurer.

Alors, candidat de la finance que François Hollande voulait combattre, candidat papier glacé avec plusieurs, une de magazines dont Paris Match regrettait pu accepter, candidat du mépris pour les illettrés. Je résume un peu. – Alors, candidat de la finance. – Attendez, attendez, des jeunes français qui ont envie de devenir milliardaires, candidat qui regrette l'absence, ça vous fait sourire, d'un roi en France, qui pense que la France n'ira pas mieux en travaillant moins, qui estime que la vie d'un entrepreneur est plus dure que celle d'un salarié, et qui pense que le meilleur moyen de se payer un costard, c'est de travailler. – Alors, candidat de la finance.

Si j'étais le candidat de la finance, je ne serais pas venu en politique. Par contre, je suis un candidat qui a travaillé. Oui, il n'y en a pas beaucoup.

Moi, j'ai eu une expérience dans la vie professionnelle. J'ai été fonctionnaire pendant plus de cinq ans de ma vie, parce que j'ai réussi les concours de la République et j'en suis fier, et j'ai démissionné de la fonction publique par cohérence, parce que je voulais prendre justement tous les risques, et qu'on ne puisse pas me dire, vous demandez aux Français de prendre des risques, et puis vous, si ça ne marche pas, vous retournez dans la fonction publique. Donc j'ai démissionné.

Et puis j'ai été dans la banque. Vous savez, il y a des centaines de milliers de Français qui sont dans la banque. Il ne faut pas les insulter.

Et j'ai beaucoup appris. Et ça m'a été utile tous les jours comme ministre. Et ça m'est utile tous les jours, et ça le sera demain.

Parce que c'est mieux quand on parle des grands problèmes de la finance internationale, du financement d'une économie, de savoir de quoi on parle. Mais avoir un métier dans les mains, ça rend libre. Et moi je préfère avoir le métier de banquier, d'homme qui a été dans le privé, de haut fonctionnaire, que d'avoir le métier de la politique pour toute la vie.

Parce que c'est celui-là qui vous rend justement lié à des jeux d'appareil. Ensuite, vous me parlez candidat papier glacé. La belle affaire.

Vous connaissez la presse comme moi. Si elle me met sur ses couvertures, c'est que ça doit faire vendre. Le jour où je ne ferai plus vendre, Jean-Jacques Bourdin, on ne me mettra plus sur les unes.

Je ne suis dupe de rien. Mais vous n'allez pas me le reprocher. Vous l'avez regretté ou accepté après ?

Mais non, je n'ai pas regretté ou accepté. J'ai regretté quelque chose qui n'a pas été refait, qui était des confidences de notre couple sur notre couple. Ça s'est fait une fois.

Je n'ai pas parlé des unes. Les unes, ça n'est pas moi ou mon couple qui les commandons. Bon, c'est vous, les journalistes en général, ou ceux qui ont des titres de presse, qu'ils font parce qu'ils pensent que ça fait vendre.

Donc on va arrêter de tourner en rond. Je ne suis pas détenteur de titres de presse. Je ne fais pas les unes de la presse.

Je l'ai fait tant que ça fait vendre. Donc vous n'allez pas me le reprocher. Voilà.

Donc c'est autre chose que du papier glacé. J'ai existé avant et j'existerai après. Et surtout, si vous n'aimez pas le papier glacé, je vous conseille de lire Révolution.

C'est un livre, il fait plus de 300 pages, et c'est moi qui l'ai écrit à la main. Et puis après, par contre, sur toutes les autres péripéties de la vie médiatique, moi j'assume tout. De la vie politique.

Et politique. De votre fonction. Il y a une constante.

Quand j'ai blessé des gens, je m'en suis excusé, je suis allé les voir. Mais il y a une constante. Je crois au travail.

Donc oui, je suis le candidat du travail. S'il y a une chose à laquelle je crois, dans une société qui doute, dans une société qui parfois, sur le plan économique, social, voire moral, est en train de s'affaiblir, c'est que ce qui nous donne une place dans la vie, c'est le travail. Ce qui fait qu'on est reconnu, c'est le travail.

Et ce que je veux pouvoir faire, c'est justement donner à chaque Français, dans un monde en pleine révolution, la possibilité de trouver sa place par le travail. Pas forcément l'emploi à plein temps pour tout le monde, on le sait bien, parce que ce monde va changer. J'y viens.

Mais le travail. J'y viens. Donc ça, je l'assume.

J'y viens parce que samedi, vous présentez votre programme. Il n'y aura pas tout le programme. Tout le programme, mais une bonne partie.

Je vais commencer à donner des axes prioritaires dans ce rassemblement important que nous allons faire. Est-ce que vous allez évoquer le pouvoir d'achat des Français ? Oui.

Comment ? Le pouvoir d'achat et le travail. Moi, j'appelle ça le syndrome du vin du mois.

Vous savez, quand on arrive au vin du mois, qu'on n'a plus rien, qu'on n'arrive pas à boucler son mois, qu'est-ce que vous allez offrir aux Français comme amélioration de leur pouvoir d'achat ? Alors, ce que je veux, c'est permettre à chaque Française et Français de pouvoir vivre plus dignement de son travail. Et donc, pour réussir justement ce processus, on a besoin de répondre à un problème, c'est de diminuer l'écart qu'il y a entre le salaire brut et le salaire net.

Aujourd'hui, quand vous êtes au SMIC, vous touchez 1139 euros net par mois. Ça coûte, on le sait, à votre employeur, près de 1600 euros. Et donc, pour cela, ce que je veux faire, c'est supprimer les cotisations maladie et les cotisations chômage que paye le salarié.

Pas l'employeur, le salarié. Ce qui fait que pour un couple qui est au SMIC aujourd'hui, ça fera un peu plus de 500 euros par an net de gains parce que je vais le financer par de la CSG. Donc, on va supprimer ces cotisations et on va, de l'autre côté, augmenter pour tout le monde.

Mais ça veut dire que qui paiera ? Ce que le salarié va perdre d'un côté...

Non, justement. Alors ? Justement.

Alors comment ? Parce que la CSG a une base beaucoup plus large. Oui.

Et donc, ce sont les revenus du capital, ce sont aussi des revenus de remplacement, c'est un peu le salarié, ce sont les retraités hors les petites retraites. Parce que l'engagement que je prends ici, devant vous, c'est que toutes les petites retraites auront leur pouvoir d'achat protégé avec moi. Et en particulier, les 40% de retraités qui ne payent pas la CSG, qui payent cette CSG à taux super réduits, ceux-là, non seulement, ne verront aucune augmentation de leur CSG, mais leur pouvoir d'achat protégé.

Parce qu'ils ont, durant ces dernières années, de gauche et de droite, été profondément touchés. Ceux-là, je veux les protéger. Pour le reste, les retraités les plus aisés ont plus de moyens, et ils ont souvent du patrimoine.

On va augmenter un peu la CSG. Pour l'ensemble des actifs et des revenus du capital, on va augmenter un peu la CSG. Par contre, on va substantiellement baisser les cotisations salariales.

Le résultat de tout ça...

Sur tous les salaires. Sur tous les salaires, pour les indépendants aussi. Et pour les indépendants aussi.

Et donc, le résultat de tout ça, c'est qu'ils ne paieront plus de cotisations sur le chômage et la maladie. Et ce qui fait que le gain net de pouvoir d'achat pour des salariés du privé, un couple qui est au SMIC, ce sera au moins 500 euros par mois. Voilà.

Donc ça, c'est la première grande mesure que vous avancez. C'est une mesure importante parce que c'est celle qui permet, Jean-Jacques Bourdin, c'est celle qui permet de mieux vivre de son travail. C'est celle qui permet la différence plus importante entre les revenus de remplacement et les revenus liés au travail.

C'est celle qui permet justement de faire qu'on ne finance pas tout. Toutes les sécurités qui sont indispensables dans notre société sur le travail et par le travail. Parce que quand nos concitoyens disent « On paye trop de charges », c'est terrible.

Les artisans, les commerçants qui nous écoutent, mais les salariés aussi, à qui le patron tous les jours dit « Tu me coûtes cher » et qui n'ont pas le sentiment à la fin du mois, en effet, de le mesurer. C'est parce que notre système a été conçu à la fin de la Seconde Guerre mondiale dans un monde où il y avait peu de chômage et qui était un monde de l'assurance où sur le salaire, par le salaire, on payait beaucoup de choses. Et on pouvait payer beaucoup de choses.

Il faut maintenant progressivement changer ça. On a su le faire sur la maladie. Il faut aller au bout.

Et il faut le faire sur le chômage. Et donc, oui, c'est un gain de pouvoir d'achat pour tous les salariés non salariés, c'est-à-dire pour tous les travailleurs français qui ne sera pas payé par les patrons et donc qui ne réduira pas leur compétitivité. Emmanuel Macron, le temps de travail.

Parce que là, vous avez avancé une idée qui a fait débat. Qui a fait dire beaucoup de bêtises, même à votre antenne, par certains responsables politiques. Je les ai entendus.

Bon, alors, précisez les choses. Est-ce que les jeunes travailleront plus et les plus de 50 ans travailleront moins ? Mais enfin.

Mais j'ai entendu ça. Oui, vous n'avez pas entendu. Vous avez mal lu dans ces cas-là où vous avez entendu les gens qui aiment déformer ce qu'on dit.

J'ai simplement dit quoi ? On est dans une société qui a profondément changé. Le rapport au temps de travail est-il le même à tous les âges, dans toutes les situations, dans tous les secteurs ?

Non. Le temps de travail, 35 heures par semaine postées, est-ce qu'il est facile à organiser, pertinent, quand vous êtes dans une industrie automobile ? Oui, ça marche bien, on sait le faire, c'est organisé, c'est pour ça que ça fonctionne.

Et on n'y touche pas ? J'explique et je vais vous dire. Le temps de travail, 35 heures, le même pour tout le monde, dans les hôtels, cafés, restaurants ou à l'hôpital, ça a été facile à mettre en œuvre ?

Pas du tout. Demandez au cafetier, demandez à l'hôpital public si ça a été facile de le mettre en œuvre partout pour tout le monde. Non.

Nous rentrons dans un monde où quand même dans les âges de la vie, on a des préférences différentes. Et c'est ça ce que j'expliquais. Quand vous êtes un jeune qui rentre dans le travail, vous avez plus d'énergie, vous avez envie d'apprendre votre métier.

Votre employeur d'ailleurs vous dit « Toi, tu ne sais rien faire, je ne vais pas te prendre à 35 heures au SMIC. » Vous dites « J'ai l'énergie de travailler plus. » Après, vous allez avoir des enfants.

Vous avez peut-être envie d'un peu plus de temps pour les élever. Il est fou ce monde où on a du temps à 60 ans quand ses enfants sont grands et qu'on n'a parfois pas pu les élever. Demandez à un couple de franciliens qui travaillent 35 heures mais qui a 2 ou 3 heures de transport quotidien s'il arrive à élever ses enfants comme il le voudrait.

Non. Quand vous avez, après, entre 45 et 55 ans, vous avez de l'énergie, les enfants sont plus grands, vous avez envie de retravailler plus et puis après 55 ans, vous avez le droit d'être fatigué, que vous soyez par exemple instituteur devant des classes chahutées dans des secteurs difficiles, vous pensez que c'est facile de toujours faire autant d'heures de cours ? Non.

Donc on voit bien que notre société, elle a évolué, elle n'est plus monolithique. Et donc, ce que je dis, c'est dire pour toute la France, pour tout le monde, pour tous les âges, on va travailler 35 heures par semaine, c'est sans doute un peu réducteur. Bon, alors, comment va-t-on travailler sous une présidence Macron ?

Donc là-dessus, je dis, un, on doit protéger le pouvoir d'achat des Françaises et des Français en leur donnant de la liberté, donc je ne suis pas pour changer le temps de travail par la loi. Premier point, c'était mon désaccord avec Alain Juppé. Quand j'entends certains responsables politiques, M.

Bayrou par exemple, qui a soutenu Alain Juppé et qui aujourd'hui défend la main sur le cœur les heures supplémentaires de tous les Français, je lui dis, vous n'avez pas lu le programme que vous avez soutenu, vous avez soutenu un programme qui supprimait toutes les heures supplémentaires entre 35 heures et 39 heures. De grâce, soyez cohérents, la vie politique en meurt. On en parlait tout à l'heure pour les primaires, avec des gens qui ne savent plus où ils habitent, on en parle maintenant pour les responsables politiques.

Ils défendent il y a deux mois la suppression des heures supplémentaires entre 35 et 39, et maintenant, la main sur le cœur, ils défendent le pouvoir d'achat des Français. Soyons raisonnables. Ensuite, ce que je dis, c'est que pour réussir à faire cela, je maintiens 35 heures dans la loi, mais je donne la possibilité, comme sur tout un tas d'autres sujets du droit du travail, de déroger au niveau de la branche ou au niveau de l'entreprise par un accord majoritaire.

C'est donc un changement de philosophie qui permet non pas à l'individu placé seul face à son employeur, parce qu'on sait bien que c'est une relation qui est profondément inégale, mais à l'individu protégé par le syndicat de l'entreprise ou le syndicat de la branche de faire valoir davantage ses droits, d'être plus adapté au terrain et donc de pouvoir négocier des accords plus intelligents. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que quand vous êtes un salarié de Arc International, à Arc, entreprise où je me suis rendu plusieurs fois, dans le Pas-de-Calais, votre espérance de vie, elle est de moins de 65 ans.

Donc, vous devez trouver par des accords d'entreprise et des accords de branche une autre façon de travailler, une autre façon d'être protégé, une autre médecine qui vous permettra d'ailleurs de prendre en compte aussi votre pénibilité pour partir plus tôt à la retraite. Quand vous êtes dans le secteur informatique, que vous avez plein d'énergie, vous devez pouvoir négocier en effet d'autres heures de travail, un temps de travail, mais négocier par accord, je crois, à la République contractuelle, parce qu'elle est plus intelligente, parce qu'elle est plus proche du terrain, parce qu'elle donne une vraie flexibilité, mais une bonne flexibilité à l'employeur comme aux salariés. Bien, Emmanuel Macron, beaucoup de sujets.

Nous allons aborder beaucoup de sujets dans la demi-heure qui suit sur RMC, notamment l'international, la Syrie. Un mot quand même sur Ségolène Royal à Cuba, ça vous a choqué ces propos ? Je ne vais pas commenter des commentaires, je pense que...

Non mais, Ségolène Royal était dans un contexte, donc je n'ai pas écouté parce que j'étais aux Etats-Unis exactement ce qu'elle a dit. Je pense que on a le droit sur le sujet...

De dire des bêtises ? Non, on n'a jamais le droit de dire des bêtises. On peut en dire, ça arrive à tout le monde.

Je pense que il y a un romantisme révolutionnaire, surtout vu de Paris, il y a aussi un droit d'inventaire. Résolument, parce qu'il ne faut pas faire d'angélisme, le castrisme a été un moment de libération. Vous condamnez ces propos ?

Je ne suis pas un censeur. Je ne les aurais pas tenus. Bien.

Vous ne les auriez pas tenus. Il est 8h57, Emmanuel Macron avec nous, avec les auditeurs d'RMC, pendant une demi-heure.