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Podcast / conversationFrance Inter (sur YouTube)· 25 avril 2023 14 minContradictoireActualité / polémiqueEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesTravail & emploiSolidarités & famille

Dix ans après l'effondrement du Rana Plaza, la mode a-t-elle changé ? Audrey Millet et Julia Faure

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:06OuverteRéponse directe

    Ces conditions de travail, Audrey Millet, existent-elles encore ?

  • 1:33RelanceRéponse partielle

    Mais pourtant, les choses ont bougé. Par exemple, en France, il y a une loi en 2017 sur le devoir de vigilance...

  • 3:12FerméeRéponse directe

    Et cette loi sera vraiment contraignante ?

  • 3:29OuverteRéponse directe

    La mode aujourd'hui, c'est encore beaucoup la fast fashion... Ça, c'est aussi une catastrophe pour l'environnement ?

  • 4:04OuverteRéponse directe

    Julia Faure, vous avez créé votre propre marque de vêtements, Loom... Vous avez des jeans dans votre collection ?

  • 4:42OuverteRéponse directe

    Expliquez-nous.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:11InvitéFait
    « Ces conditions de travail existent au Bangladesh, à Dhaka, en Inde et elles existent aussi en Europe, en Italie, à 20 kilomètres de Florence, à Prato, à Leicester. »
  • 1:47InvitéFait
    « Ces lois sont très compliquées à appliquer si on considère que l'Organisation mondiale du commerce, le libre-échange, la libre concurrence, mettra sur la première place du podium, la plus importante, la liberté d'entreprendre. »
  • 2:04InvitéFait
    « Mais ces lois, pour l'instant, de ce devoir de vigilance, on n'a pas eu de condamnation. »
  • 3:33InvitéChiffre
    « C'est une catastrophe pour l'environnement. 70% par exemple des rivières en Chine sont polluées à cause de l'industrie textile. »
  • 5:07InvitéChiffre
    « Je vous donne un chiffre. Dans les années 80, en France, il y avait 1,4 milliard de vêtements qui étaient vendus. Là, le chiffre de 2023, c'est 3,3 milliards. »
  • 6:51InvitéChiffre
    « On l'obtient en délocalisant notre industrie à l'autre bout du monde. Ça, c'est les 300 000 emplois que l'industrie française textile a perdu depuis les années 90. »
  • 7:47InvitéChiffre
    « Vraiment, on a un différentiel de 15. C'est colossal. »
  • 8:12InvitéChiffre
    « Alors, du coup, il nous coûte plus cher à produire qu'un jean fait au Bangladesh. Mais à la fin, il sort à 100 euros. »
  • 10:00InvitéFait
    « On retrouve dans nos vêtements, on fait des analyses. On retrouve du plomb, du mercure, du cadmium, du barium. »
  • 10:15InvitéFait
    « L'Université de Rome a retrouvé dans le lait maternel des microplastiques qui, en fait, finissent dans les nourrissons qui sont allaités et qui restent dedans de 20 à 30 % par mois d'allaitement. »
  • 10:33InvitéFait
    « l'école de santé d'Harvard, qui a travaillé sur des microplastiques roses, oranges, bleus, rouges, qui ont été retrouvés dans des placentas de fœtus, dans 4 placentas sur 6 »
  • 11:34InvitéFait
    « La sobriété dans le vêtement, c'est globalement revenir à notre niveau de consommation des années 80. »
  • 12:00InvitéChiffre
    « C'est 7 vêtements sur 10 qui sont vendus en France, c'est du low cost. »
  • 12:21InvitéChiffre
    « Parce que non seulement ils ont cette distorsion de la concurrence, on les met face à des salaires d'environ 100 dollars par mois. »

Temps de parole

  • Invité49 %
  • Invité 228 %
  • Présentateur23 %

1,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

C'était le 24 avril 2013. Il y a 10 ans, jour pour jour, le Rana Plaza, ce bâtiment où travaillaient 5000 ouvriers de l'industrie textile à Dhaka, la capitale du Bangladesh, s'effondrait. Faisant 1134 morts et plus de 2500 blessés, cette catastrophe a été le symbole des dérives de la mondialisation, celle de la fast fashion, cette mode consommable, éphémère et jetable de l'exploitation des salariés. Alors aujourd'hui, la mode a-t-elle changé ? Est-elle plus respectueuse des droits humains mais aussi plus éco-responsable ? Au-delà du greenwashing, ce vernis écologiste. Pour en parler, l'historienne Audrey Millet qui avait publié il y a deux ans le retentissant livre noir de la mode. Bonjour.

Bonjour. Et Julia Faure, cofondatrice de la marque Loom qui se veut éthique et durable. Bonjour. Bonjour. Et bien sûr, vos questions sont les bienvenues au standard 01 45 24 7000. L'effondrement du Rana Plaza, c'est un peu le Titanic de la mode avec ces ouvriers qui avaient vu des fissures sur les bâtiments et que leurs employeurs ont menacé de ne pas payer s'ils n'allaient pas malgré tout travailler, beaucoup en sont morts ou sont restés handicapés. Ces conditions de travail, Audrey Millet, existent-elles encore ?

1:11
Invité

Ces conditions de travail existent au Bangladesh, à Dhaka, en Inde et elles existent aussi en Europe, en Italie, à 20 kilomètres de Florence, à Prato, à Leicester. On peut s'interroger aussi sur Aubervilliers, juste au nord de Paris. Ces conditions de travail sont récurrentes depuis le XVIIe siècle pour les ouvriers de l'habillement.

1:33
Présentateur

Mais pourtant, les choses ont bougé. Par exemple, en France, il y a une loi en 2017 sur le devoir de vigilance qui oblige les entreprises à prévenir et à réparer les violations des droits humains et les dommages environnementaux.

1:45
Invité

Et vous nous dites « mais ça ne sert à rien ». Ces lois sont très compliquées à appliquer si on considère que l'Organisation mondiale du commerce, le libre-échange, la libre concurrence, mettra sur la première place du podium, la plus importante, la liberté d'entreprendre. Donc on a des lois. On a aussi la loi REACH sur les produits toxiques dans le textile. Mais ces lois, pour l'instant, de ce devoir de vigilance, on n'a pas eu de condamnation. C'est-à-dire qu'il y a eu des inspections, mais il n'y a pas eu de condamnation. Donc ils continuent à faire un petit peu ce qu'ils veulent ? Oui.

Et puis dans les inspections, il faut aussi se demander combien on a d'inspecteurs, combien on a de contrôleurs. Il faut véritablement un corps de fonctionnaire, ce qu'avait inventé Colbert, pour justement protéger le « made in France, c'est la qualité », afin d'aller véritablement inspecter, de contraindre et de faire payer des amendes très fortes. C'est-à-dire que quand on fait autant d'argent, il faut de grosses amendes.

2:37
Présentateur

Or souvent, on sait aussi que ces audits sont décidés par les entreprises elles-mêmes. Donc ils se retrouvent jugés partis.

2:43
Invité

Alors c'est ça. C'est également le cas pour des recherches, en fait, véritablement du développement et de la recherche. Lorsqu'une entreprise commande une propre recherche sur sa qualité, on s'interroge qui écrit ça, à quel point il y a des lobbying. Et on le voit bien à Bruxelles, c'est ce qui se passe. Demain, il y a une loi qui doit passer à Bruxelles sur le devoir de vigilance. On espère qu'elle passera telle qu'elle a été proposée et qu'il n'y aura pas 30 points en moins, par exemple. Et cette loi sera vraiment contraignante ? Normalement, elle est censée être contraignante si on ne la désose pas, si on ne lui enlève pas la peau sur les os.

3:20
Présentateur

Alors la mode aujourd'hui, c'est encore beaucoup la fast fashion, la mode rapide, celle de l'achat impulsif et de ses collections qui s'enchaînent dans les enseignes à bas prix. Ça, c'est aussi une catastrophe pour l'environnement, Drémié ?

3:33
Invité

C'est une catastrophe pour l'environnement. 70% par exemple des rivières en Chine sont polluées à cause de l'industrie textile. On a évidemment ces grandes poubelles, ces grandes montagnes de déchets. On parlait dernièrement du Ghana ou du désert d'Atacama au Chili. En fait, il y en a partout, il y en a partout. Tous ces microplastiques ou tous ces pesticides dans les terres empoisonnent les gens.

3:58
Présentateur

Julia Faure, vous, vous avez créé votre propre marque de vêtements, Loom, qui se veut éthique et responsable. Vous avez des jeans dans votre collection ? Oui, j'ai un jean.

4:07
Invité

Alors, il est fabriqué où et comment ? Alors, surtout que c'est vraiment un chouette jean parce qu'on a développé la toile avec une usine d'Esvoge. L'usine, elle s'appelle Tissage de France. Je ne sais pas si vous connaissez. Vous connaissez peut-être parce que c'est aussi l'usine qui fait la toile de jean 2083. Oui, d'accord. On a développé avec eux, on a travaillé. Qui fait du durable aussi. Qui est une super marque. Je sais qu'ils pouvaient acheter les yeux fermés. Et on a mis deux ans à travailler avec cette usine pour développer une toile de jean qui troue moins rapidement que les autres à l'entrejambe.

4:35
Présentateur

Oui, parce que vous, votre souci, c'est non seulement de relocaliser, on est d'accord, mais c'est aussi de faire des vêtements durables.

4:42
Invité

Expliquez-nous. Si on reprend tous les problèmes de la mode, ils ont une racine commune. Pourquoi la pollution des eaux a explosé ? Pourquoi il y a de plus en plus de pesticides utilisés pour le coton ? Pourquoi il y a de plus en plus de déchets dans le textile au Ghana, par exemple ? C'est la conséquence directe de l'explosion des volumes de production. C'est-à-dire que l'industrie de la mode produit beaucoup plus de vêtements qu'il y a 20 ans. Je vous donne un chiffre. Dans les années 80, en France, il y avait 1,4 milliard de vêtements qui étaient vendus. Là, le chiffre de 2023, c'est 3,3 milliards. Donc, ça empire.

Ça empire, mais en fait, c'est-à-dire que les volumes de production ont plus que doublé. Et ça, c'est la conséquence. Et donc, c'est cette explosion des volumes, cette explosion de notre consommation de vêtements qui a fait exploser aussi les externalités négatives.

5:33
Présentateur

Avec des marques comme le chinois Xi'in, justement, Audrey Millet, par exemple.

5:37
Invité

Ah oui, je vous dirais même qu'on a une trinité. On a Chine, on a Fashion Nova, on a Pretty Little Things. On ne les cite pas assez, eux. On est trop sur Chine. Eh bien, c'est une marque qui, même en Chine, ne respecte pas les lois chinoises. C'est-à-dire les taux horaires. Ils font absolument ce qu'ils veulent. Et tout est en polyester. Alors, voyez les lobbies un peu derrière. C'est aussi le lobbying du pétrole.

6:01
Présentateur

Oui, mais alors, on comprend aussi, on est en période d'inflation. C'est compliqué aussi de faire des arbitrages quand on veut s'acheter des vêtements. Et on a envie de... On a le droit d'avoir envie de céder à l'impulsion. Alors, comment fait-on, Julia Faure ?

6:14
Invité

Alors, il y a quand même plusieurs choses qu'il faut avoir en tête. La première chose, c'est que notre explosion de consommation de vêtements n'a pas réduit notre budget qu'on alloue aux vêtements. Un Français, ça achète en moyenne par an 47 vêtements. C'est-à-dire que c'est juste qu'on achète plus... On dit 10 kilos par Français, à peu près. Oui, quelque chose comme ça. En fait, ce n'est pas une mesure d'économie, en fait, d'acheter beaucoup. C'est juste qu'on veut plus de vêtements moins chers. Et il faut aussi avoir en tête que cette invasion du low cost dans nos vies, c'est ça qui est responsable de notre perte de pouvoir d'achat. Pourquoi il y a du low cost dans le textile ?

Qu'est-ce que c'est ? Comment on l'obtient ? On l'obtient en délocalisant notre industrie à l'autre bout du monde. Ça, c'est les 300 000 emplois que l'industrie française textile a perdu depuis les années 90. On l'obtient en passant justement du commerce physique au commerce digital. Les gens commandent sur Chine et ne vont plus chez Camailleux. Donc ça, c'est aussi des dizaines de milliers d'emplois qui disparaissent quand il y a des chaînes comme ça qui ferment. Donc ce qu'il faut avoir en tête, c'est que le low cost se nourrit de la paupérisation de notre population. Oui. Ça s'en nourrit et l'aggrave.

Plus vous n'achetez pas cher, plus on délocalise, plus on délocalise moins en produits localement, donc plus il y a de chômage en France, etc. Ça, c'est la première partie. C'est qu'il faut bien avoir en tête le lien entre cause et conséquence du discount. Et ensuite, nous, on s'est quand même posé la question de comment faire pour faire des produits qui soient responsables et pas hors de prix. Et comment relocaliser ? Comment on relocalise quand on a un SMIC en France qui est à 1 500 euros, alors que l'équivalent au Bangladesh, c'est 100 ? Vraiment, on a un différentiel de 15. C'est colossal. C'est colossal.

Donc, il y a quand même quelque chose qu'il faudrait faire du côté de la législation, parce que c'est vraiment une concurrence déloyale pour les industriels français. Mais heureusement, je trouve que les marketiques et les industriels français et européens sont plein d'inventivité. Par exemple, je reprends l'exemple de ce jean qui a été développé par Tissage de France. Alors, du coup, il nous coûte plus cher à produire qu'un jean fait au Bangladesh. Mais à la fin, il sort à 100 euros. Pourquoi ? Parce qu'en fait, on a réduit notre marge. Et nous, par exemple, dans le cadre de notre marque, on ne fait ni pub, ni promo, ni incentation à la consommation, ni collection.

Et en fait, tout cet argent que des marques pourraient consacrer au marketing, nous, on décide de le consacrer uniquement à la qualité du produit et à sa responsabilité.

8:33
Présentateur

Et vous incitez justement le gouvernement à réguler le secteur, par exemple, à instaurer l'équivalent d'un Nutri-Score sur les vêtements. Ce serait une espèce d'affichage environnemental, c'est ça ?

8:45
Invité

C'est ça. En fait, l'affichage environnemental, c'est quelque chose qui est prévu par la loi et qui va être mis en place dans les prochaines années sur les vêtements. C'est-à-dire que, de la même manière que sur les produits alimentaires, vous avez une note qui vous dit s'ils sont bons ou pas pour la santé, il va y avoir l'équivalent pour les vêtements. Le risque, c'est que cet affichage ne pénalise pas la fast fashion. Cette fast fashion, c'est cette mode rapide qui s'appuie sur deux piliers, les incitations à consommer et les bas prix. Or, le risque actuel, c'est que...

9:11
Présentateur

Mais pourquoi ça ne les concernerait pas ?

9:12
Invité

Parce que, justement... Si c'est un affichage systématique sur tous les vêtements ? Parce que cet affichage, il risque de s'indexer sur les mauvais critères. Or, les deux critères principaux, si on revient à la racine du problème, la racine du problème, c'est la surproduction. Et l'essence qui a permis cette surproduction, c'est à la fois les délocalisations et les bas prix et les incitations à consommer. Si ces deux critères ne sont pas intégrés dans le calcul de l'affichage environnemental, on risque d'avoir, justement, un Nutri-Score qui n'évalue pas les bonnes choses.

On risque d'avoir un T-shirt fait en polyester à l'autre bout du monde, qui est aussi bien noté qu'un pull-bombard en cachemire fait en France.

9:46
Présentateur

Le polyester, c'est un drame, ça, Audrey Millet. Je sais que vous, vous êtes très affûtée sur toutes les questions de santé autour de ces vêtements-là. Parce qu'il y a des produits extrêmement nocifs.

9:58
Invité

Oui, oui. Donc, on retrouve dans nos vêtements, on fait des analyses. On retrouve du plomb, du mercure, du cadmium, du barium. Et je vous donnerai deux exemples absolument dramatiques pour vraiment fixer les choses. L'Université de Rome a retrouvé dans le lait maternel des microplastiques qui, en fait, finissent dans les nourrissons qui sont allaités et qui restent dedans de 20 à 30 % par mois d'allaitement. Donc, c'est extrêmement grave.

Et nous avons l'école d'Harvard également, l'école de santé d'Harvard, qui a travaillé sur des microplastiques roses, oranges, bleus, rouges, qui ont été retrouvés dans des placentas de fœtus, dans 4 placentas sur 6, donc ce n'est pas exceptionnel, et dans l'utérus des mamans concernées. Donc, moi, je parle d'un empoisonnement continu. On ne devrait pas mettre sur le marché des produits qui empoisonnent les gens. Donc, pour vous, c'est le prochain scandale de la mode ? Oui, c'est ça. Or, c'est le prochain scandale, grand scandale sanitaire. On a eu, évidemment, dans les années 70, 80, 90, la nicotine, les puits acides et les pesticides. Ça a été difficile de se battre contre les pesticides.

Et puis, on n'est pas rendu, ce n'est pas fini. Et donc, là, prochainement, on se demandera comment on va faire des bébés.

11:19
Présentateur

Et au-delà, Julia Fort, il faut en arriver à la sobriété. Il faut appliquer, c'est le mot du moment, depuis l'été dernier, il faut appliquer la sobriété aussi à nos achats de vêtements.

11:29
Invité

Oui, et puis, ce n'est pas austère comme mot. La sobriété dans le vêtement, c'est globalement revenir à notre niveau de consommation des années 80. Est-ce que dans les années 80, les gens étaient mal habillés ? Est-ce qu'ils n'avaient pas de quoi se mettre ? Non, les vêtements étaient beaux. On avait moins de vêtements, mais on les gardait plus longtemps. Il y avait une industrie textile locale en France. Il y avait des marques intermédiaires qui se développaient en France, qui créaient de l'emploi en France. Aujourd'hui, si je vous dépeins le tableau de l'industrie textile, c'est catastrophique. C'est 7 vêtements sur 10 qui sont vendus en France, c'est du low cost.

Donc, c'est des vêtements qui sont faits dans des conditions effroyables à l'autre bout du monde. Toutes les marques sont en train de fermer. Vous avez vu les Catombe, les Camailleux, Gab, André, etc. Cette tendance, elle n'est pas prête de s'arrêter s'il n'y a pas une réaction forte au niveau de la législation. C'est la même chose du côté des marques éthiques. C'est aussi très dur en ce moment pour les industriels français. Parce que non seulement ils ont cette distorsion de la concurrence, on les met face à des salaires d'environ 100 dollars par mois. Mais en plus de ça, il y a le coût de l'électricité qui augmente.

En plus de ça, il n'y a pas de protection sur une espèce d'importation massive de produits chinois sur le marché fin. C'est-à-dire que si on ne réagit pas vite, on risque de perdre beaucoup. Et donc cette sobriété, elle est désirable. Et la seconde main, c'est une bonne idée ou c'est une fausse bonne idée ? C'est une bonne idée comme les énergies renouvelables sont une bonne idée. Il faut d'abord fermer le robinet de l'énergie fossile pour que les énergies renouvelables viennent remplacer les énergies fossiles. C'est exactement la même chose qui se passe dans le textile. Tant qu'on n'a pas fermé le robinet du neuf, la seconde main vient juste s'ajouter.

C'est-à-dire qu'on ne consomme pas moins de vêtements neufs, c'est juste qu'on consomme beaucoup de vêtements neufs, environ une cinquantaine. On parle de la même chose, ça ne change rien. Et on rachète en plus de la seconde main. Donc c'est une solution à condition qu'on ferme le robinet du neuf, à condition qu'on régule la fast fashion, à condition qu'on régule la fast fashion.

13:22
Présentateur

Et vous, vous êtes créatrice et vous dites qu'il faut en acheter moins, ce qui est quand même assez rare pour un chef d'entreprise.

13:29
Invité

Mais non, ce n'est pas rare en fait. En fait, le truc, c'est que c'est juste que les entreprises qu'on entend beaucoup, c'est celles qui vous disent d'acheter beaucoup. Mais quand vous achetez un frigo, il n'y a pas quelqu'un qui vous dit « achetez-en 50 par an ». Il y a plein de vêtements, il y a plein de produits qu'on achète.

13:42
Présentateur

Ça se porte moins facilement.

13:44
Invité

C'est vrai que ça se porte moins facilement. Non mais chez votre boulanger, il ne vous laissez pas de vous refourguer trois baguettes comme vous en avez besoin de qu'une en fait. Il y a énormément d'entreprises qui sont là pour répondre aux besoins des gens sans les arnaquer. Et celles qui essayent de vous faire acheter toujours plus en utilisant le bas prix, en utilisant les incitations à consommer, en utilisant des collections, elles vous arnaquent en fait.

13:59
Présentateur

Bon, achetez-moi, ce sera le mot de la fin. Merci à vous deux. Merci Audrey Millet, historienne. Votre dernier livre aux éditions pérégrines, Walkwashing, capitalisme, consumérisme, opportunisme. Merci à vous, Julia Faure, cofondatrice de la marque Eco-Responsable. Loum, bonne journée à vous deux. Bonne journée. Merci. Merci.

Dix ans après l'effondrement du Rana Plaza, la mode a-t-elle changé ? Audrey Millet et Julia Faure · Pourquijevote