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Conférence de presseLCP (sur YouTube)· 25 octobre 2024 58 minContradictoireActualité / polémiqueEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesAgriculture & alimentationNumérique

Le vin se lève | Maman, j'ai arrêté l'avion

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 42 %Attaque 29 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 86 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:05OuverteRéponse directe

    Quels sont les leviers d'action pour résister aux aléas climatiques sans perdre en qualité ni détériorer les sols ?

  • 4:10OuverteRéponse directe

    Faut-il repenser le modèle viticole face au déclin de la demande et aux catastrophes climatiques ?

  • 7:30RelanceRéponse partielle

    Les produits phytosanitaires tuent-ils la biodiversité et les sols ?

  • 10:00RelanceRéponse partielle

    Est-ce que la partie en bio résiste mieux aux aléas climatiques que la partie en conventionnel ?

  • 13:20RelanceRéponse directe

    L'irrigation des vignes est-elle une maladaptation face à la raréfaction de l'eau ?

  • 16:40OuverteRéponse directe

    La viticulture est-elle en train de changer de modèle globalement ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:40JournalisteChiffre
    « Les Français boivent trois fois moins de vin qu'il y a 60 ans. »
  • 4:00JournalisteChiffre
    « Dix pour cent du vignoble bordelais pourrait disparaître rapidement. »
  • 6:40Dominique TécherFait
    « On n'est plus dans l'aléa, tous les ans on a quelque chose. »
  • 8:00Damien BielleFait
    « Le matin, quand on est arrivés, il n'y avait plus rien, plus de feuilles, plus de rameaux. »
  • 10:50Céline WlostowicerChiffre
    « En 2023, 70 exploitations ont arrêté la viticulture bio en Nouvelle-Aquitaine, faute de rendement. »
  • 0:15Docteur GenettiChiffre
    « Je suis pour le vin, mais on ne doit jamais de toute façon dépasser trois quarts de litre par jour. »
  • 0:30Docteur GenettiFait
    « Les sportifs peuvent boire du vin, même en période de grande compétition et même s'ils ont la classe internationale, mais du vin en quantités très restreintes pendant les repas seulement. »
  • 1:00Docteur GenettiFait
    « Aux Jeux Olympiques de Londres, les Français avaient manqué de vin et cet incident avait joué sur leur état d'esprit pendant un certain temps. »
  • 1:30Docteur GenettiFait
    « À Tokyo, les Français emmènent leur vin. »
  • 4:30Hervé GilléFait
    « Au sens de l'OMS, la santé, c'est un équilibre. C'est un art de vivre aussi qui participe à un bien-être. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Salut à toutes et à tous et bienvenue à ceux qui nous rejoignent sur LCP. "La seule arme que je tolère, c'est le tire-bouchon," disait Jean Carmet, qui aimait passionnément le vin. Le vin qui, rappelons-le, bien plus qu'un breuvage, est à la fois une culture, un art et une industrie.

Avec 600 à 700 000 emplois directs et indirects et pas moins de 48 millions d'hectolitres de vin produits en 2024, la France est le premier pays producteur de vin au monde. A ceci près que la consommation recule en hexagone alors que le dérèglement climatique progresse dans nos vignobles, Raphaël. -Oui, Daphné, sécheresse, gelée tardive et le mildiou en pleine recrudescence avec le dérèglement climatique.

Plus d'une année sans coup dur pour les viticulteurs. En 2023, la conversion au bio qui est pourtant dynamique dans le secteur a même marqué le pas. La vigne reste donc un gros consommateur de produits chimiques.

Elle représente 4 % de la surface agricole en France et pourtant elle reçoit 20 % des pesticides utilisés. Autre chiffre clé, Daphné, les Français boivent trois fois moins de vin qu'il y a 60 ans et ce désamour s'accélère. Conséquence, 100 000 hectares de vignes en trouille, la surproduction, l'arrachage a déjà commencé.

Dix pour cent du vignoble bordelais pourrait disparaître rapidement. -Alors, le déclin de la demande ajouté aux catastrophes à répétition interroge. Faut-il repenser le modèle, adapter nos pratiques, relocaliser la production ?

Quels sont concrètement les leviers d'action pour résister aux aléas climatiques sans perdre en qualité ni détériorer nos sols ? La viticulture va-t-elle migrer vers le nord ? Mais alors, quid des régions viticoles du sud ?

Et à quoi ressemblera le vin du futur ? Autant de questions que nous allons poser à nos invités. "Maman, j'ai arrêté l'avion", saison trois, c'est parti et c'est maintenant sur LCP.

Générique Alors, comment continuer à lever son verre dans un monde à plus de 2 ºC ? Faudra-t-il faire moins, mieux et autrement ? Et comment résister aux aléas climatiques qui, d'exceptionnels, sont devenus la règle ?

Camille Etienne, notre éco-activiste préférée, qui carbure actuellement davantage au houblon qu'au raisin, s'en inquiète. -Bonjour, j'espère que vous allez bien. Je suis vraiment désolée, LCP, je ne pourrai pas être avec vous pendant cette chronique et pendant quelques autres suivantes pour la simple et bonne raison que j'étudie maintenant pendant un an à l'université d'Oxford.

Et d'ailleurs, je vous enregistre cette petite vidéo depuis ici. Alors, parmi les trois questions qu'on me demande peut-être le plus ici, c'est d'abord : est-ce que le matin je déjeune uniquement d'un café et d'une cigarette, ensuite, est-ce que je connais Emely in Paris, et est-ce que, s'il te plaît, quand tu rentres chez toi, tu pourrais nous ramener du bon vin français ? Eh bien, la réponse est oui, mais peut-être plus pour très longtemps, pour la simple et bonne raison que le dérèglement climatique affecte aussi la production viticole.

Eh bien, il y a des scientifiques très sérieux qui se sont penchés sur la question et qui ont publié les conclusions suivantes dans la prestigieuse revue "Nature", c'est qu'avec un réchauffement global de 2 ºC par rapport à l'ère préindustrielle, il y aurait plus de 90 % en Europe des régions viticoles qui seraient affectées et qui simplement ne pourraient plus produire faute de rentabilité. Concrètement, ce que ça veut dire, c'est que c'est 90 % du territoire viticole européen qui, simplement à cause, principalement, des canicules, des excès de chaleur, mais aussi des événements climatiques extrêmes, et enfin, des parasites ne pourraient plus produire dans des conditions rentables, donc devraient arrêter leur activité. Il faut savoir que les vignerons français s'y préparent déjà, c'est le cas, par exemple du Domaine 'Alziprato auquel je pense, qui sont en train d'aller planter des vignes dans la montagne, pour essayer de s'adapter finalement aux dérèglements climatiques.

Alors ça peut paraître anodin comme ça de parler du vin, mais c'est évidemment très important pour la culture française. On rappelle enfin évidemment que bien évidemment le vin doit être consommé, comme tous les autres types d'alcool, avec modération, mais c'est aussi avec cette même modération qu'on aurait peut-être dû considérer les limites planétaires et avec cette même modération qu'on devrait continuer d'habiter le monde. A bientôt ! -Camille, que j'embrasse sans modération, à poser très sobrement les termes du débat.

Alors pour en parler, j'accueille Bernard Farges, le président du Comité national des interprofessions des vins et lui-même vigneron à Mauriac. Face à lui, la journaliste et spécialiste du Pinard, Alicia Dorey. Une femme du terroir également, Christine Sorel, vigneronne en biodynamie à Sarrians, dans la vallée du Rhône.

Enfin, le sénateur de Gironde, Hervé Gillé. Bonjour et bienvenue à tous les quatre. En France, comme vous le savez, il y a autant de vins que de vignobles, mais 80 % d'entre eux sont exploités en conventionnel.

Or, face aux grands maux, tout le monde ne préconise pas les mêmes remèdes. Comme souvent, quand les intérêts divergent, les visions s'affrontent. "Le tout oppose", c'est un sujet d'Emma Guizot et Ibar Aibar.

Jingle Musique -Nous sommes à Pomerol, une commune réputée du vignoble de Bordeaux. Dans la région, la production viticole a baissé de 10 % cette année. Dominique Técher est viticulteur en bio depuis 1997. -Ce rang, il a particulièrement été cartonné.

Vous voyez, j'ai des beaux rangs là-bas, j'ai de la récolte pas mal. Là, ici, je ne sais pas ce qui s'est passé. -Le printemps 2024 a été deux fois plus pluvieux que la normale.

Résultat, les maladies se sont multipliées sur les vignobles. -On sent bien qu'on est dans un climat qui est en train de déraper totalement. C'est apocalyptique.

On vous dit, il faut vous assurer. Mais l'assurance, vous savez, c'est pour un aléa. C'est pour quelque chose d'exceptionnel.

Là, aujourd'hui, on n'est plus dans l'aléa. Tous les ans, on a quelque chose. -Dominique n'est pas le seul à subir les conséquences du dérèglement climatique.

Dans la commune voisine, Damien Bielle, lui, a perdu toute sa récolte en juin dernier à cause d'une autre intempérie extrême, la grêle. -Le matin, quand on est arrivés, il n'y avait plus rien, plus de feuilles, plus de rameaux. Ça, c'est une feuille qui reste après l'orage de grêle, avec tous les trous, les impacts.

Cette feuille, elle est morte. Il n'y avait plus de raisins, il reste une grappe par-ci, par-là, au lieu de six ou huit par pied. C'est à chaque fois qu'il y a eu un grêlon qui est arrivé.

Sur tous les bois. Donc tous les bois sont abîmés. -Jusqu'à il y a peu, les orages provenant de l'océan se disloquaient avant d'arriver jusqu'aux vignes de la Gironde.

Aujourd'hui, l'intensité est si forte que le fleuve de la Dordogne ne suffit plus à faire barrage. -On n'était pas du tout habitués à avoir de la grêle qui tombe chez nous. Donc il y a eu un décalage de quelques kilomètres et c'est tombé sur nous.

C'est énormément de tristesse parce qu'on est totalement démunis par rapport à ce qui arrive. On travaille toute l'année pour ça. C'est vrai que ça fait un peu mal de voir perdue entièrement une récolte en un claquement de doigts.

Ça, ça fait mal. -Les catastrophes se multiplient pour le vignoble français, alors que notre pays est le plus gros producteur de vin au monde. Dans le bassin méditerranéen, les fortes chaleurs et sécheresses s'enchaînent. -J'ai jamais vu ça, je ne sais pas comment je vais faire. -Les dates de vendanges surviennent désormais deux à trois semaines plus tôt en moyenne que dans les années 80.

Coups Tandis qu'en Gironde, le climat humide et chaud favorise des pluies torrentielles et des maladies. Résultat, dans notre pays, la production viticole a baissé de 18 % cette année. Alors, quel avenir pour notre vignoble ?

Nous nous intéresserons particulièrement au modèle bordelais, premier département viticole, mais aussi premier consommateur de pesticides. Comment peut-il s'adapter à la crise climatique ? Deux visions s'opposent.

Cyril Giraud est militant à Génération Futur Bordeaux, et Céline Wlostowicer est viticultrice et présidente de Terre de Vignerons, une cave coopérative en Gironde. -La viticulture bordelaise utilise beaucoup de produits phytosanitaires de synthèse. Ces produits sont dangereux et on les retrouve dans la pollution du milieu, un peu partout, dans l'air, dans l'eau, dans les sols. -Aujourd'hui, dans les conditions actuelles avec le climat océanique que l'on connaît, il est nécessaire et indispensable de protéger le raisin, sans quoi on ne peut pas récolter. -Au sud de Bordeaux, à Castres-sur-Gironde. 97 hectares de vignes entourent le Château Ferrande.

Un domaine en conventionnel, comme 86 % de la viticulture française. Cédric Pla est directeur des Châteaux Castel, groupe propriétaire de ce vignoble et un des premiers producteurs de vin au monde. Ici, tout est mécanisé.

Le traditionnel tri des raisins se fait sur tapis roulant, juste avant le pressoir. Et quand il y a un défaut sur une baie, c'est toute la grappe qui part. -Alors voilà, ce type de grappes, on ne va pas les conserver.

On ne peut pas retrier. Ça représente une très faible proportion et donc on préfère évacuer toute la grappe pour éviter tout risque de goût qui ne correspondrait pas à ce qu'on attend. -Juste à côté, une immense remorque réfrigérée.

Un investissement qui a été fait il y a quelques années pour faire face à l'augmentation des températures et conserver les raisins au frais. -Pour presser les raisins, il faut les presser si possible en dessous de 10 ºC. Donc ce système nous permet de presser en dessous de 10 ºC puisqu'avec le climat qu'on a aujourd'hui, la plupart du temps, dès 8 h 00, 10 h 00, la température est largement au-dessus de 10 ºC. -Enfin, sur cet immense domaine, on ne vendange plus les raisins rouges à la main, mais avec d'autres machines encore, comme celle-ci, qui peuvent enjamber deux rangs d'un coup et trier toutes seules les raisins. -Pour récolter un hectare à la main aujourd'hui, il va vous falloir une vingtaine de personnes dans la journée, dans les grandes masses.

Alors que pour la machine, il va lui falloir une heure avec une seule personne et peut-être un chauffeur pour amener la remorque. -Des machines qui permettent de réduire les coûts de production. Mais sous leur poids allant jusqu'à huit tonnes, elles tassent les sols, détruisent la vie microbienne du vignoble et l'asphyxient.

En plus de la mécanisation, le Château a recours à des pesticides qui protègent les vignes contre les maladies et les champignons, surtout en cas de mauvaise météo. -Quelle est l'estimation que tu as ? -Aujourd'hui, on va atteindre pratiquement les rendements.

Je pense qu'on sera entre 50 et 55 hl/ha. Et on a des rendements maximums à 60. Malgré cette année qui a été quand même pluvieuse, intense pour la partie traitement. -Cette année, il a fallu traiter entre 25 et 30 % de plus que ce qu'on peut traiter d'habitude. -Et ce système de production semble efficace.

Tous les ans, le Château produit autour de 500 000 bouteilles vendues dans le monde entier. Mais traiter l'ensemble d'un vignoble de 97 hectares avec des pesticides chimiques a des conséquences sur la biodiversité, les sols et pas seulement. -Toute cette biodiversité déjà est en partie détruite par ces produits de synthèse.

Elle meurt et donc nos sols, au lieu d'être vivants, deviennent morts. On sait bien que si on utilise des produits qui tuent un certain nombre d'insectes ou de champignons, on peut comprendre qu'on ait des effets sanitaires aussi sur les humains. -Les pesticides portent atteinte à l'environnement.

Pourtant, ce qui a provoqué une prise de conscience de leurs méfaits dans le Bordelais, ce sont les problèmes de santé. Sylvie Nony et Henri Plandé sont professeurs à la retraite. Ils ont fondé l'association Alerte Pesticides Haute-Gironde en 2014.

A l'époque, c'est un scandale dans l'école de Villeneuve-de-Blaye, au nord de Bordeaux, qui leur a ouvert les yeux. Des pesticides sont épandus alors que des élèves se trouvent en cours de récréation. Les enfants sont pris de malaise et les pompiers doivent intervenir. -Pour nous, ça nous a paru vraiment impossible qu'on continue de faire des traitements phytosanitaires, comme on dit, à proximité d'établissements sensibles.

On appelle établissements sensibles les écoles, les centres aérés, les EHPAD aussi, d'ailleurs. -Moi, sur l'affaire de Villeneuve-de-Blaye, où j'étais sur une place, parce que je travaillais à l'inspection départementale à l'époque, On se rend très vite compte que les parents travaillent dans les vignes, donc évidemment ils ne vont pas porter plainte. Il y a une omerta locale qui se met en place très, très rapidement. -Un tiers de la population de la Haute-Gironde habite à moins de 50 mètres des vignes.

Ce sont environ 30 000 habitants qui se trouveraient exposés à des risques de cancer comme des leucémies, des maladies neurodégénératives ou encore des tumeurs. -Je pense qu'aujourd'hui, les vignerons ont tellement pris conscience de ces enjeux et qu'ils sont extrêmement attentifs à la façon dont ils appliquent, au respect des zones près des riverains, près des écoles. Il y a un énorme travail de fond qui a été fait. -Les distances qui sont aujourd'hui en vigueur sont de l'ordre de 3 mètres, 5 mètres, 10 mètres et 20 mètres entre la pulvérisation et la limite de propriété des riverains.

Nous, on estime qu'il faudrait au moins 150 ou 200 mètres pour avoir un niveau de protection qui commence à être satisfaisant. -C'est ainsi que dans toute la région, une prise de conscience a eu lieu progressivement. Aujourd'hui, 23 % des vignobles bordelais sont passés en culture bio, sans pesticides.

Un chiffre qui a presque doublé depuis 2019. Hélène Ponty possède sept hectares de vignes en bio à Fronsac. -Ici, on est sur une parcelle de blanc, c'est du sémillon.

On va commencer par ce côté-là. On va se mettre une personne par rang parce que ce ne sont pas des rangs qui sont très longs et il n'y a pas énormément de raisins. -Ce matin, elle entame ses premières vendanges de la saison avec son équipe. -C'est parti.

Donc en prenant bien le premier rang, un rang chacun. Si vous coupez, vous me dites. Nous, on fait des vendanges manuelles déjà par tradition.

On a toujours fait ça. Moi, j'aurais un peu du mal à imaginer les vendanges autrement. C'est un peu toute une atmosphère, toute une ambiance. -Une viticulture sans machine et sans pesticides.

Hélène a fait ce changement drastique en 2019 pour un vignoble plus respectueux des écosystèmes. -L'agriculture biologique, elle travaille sur des sols vivants. L'avantage d'avoir des sols vivants, c'est qu'on a dedans tout un écosystème qui abrite aussi des auxiliaires, des cultures.

En plus, toute cette biomasse vivante qui est dans le sol, c'est une captation de carbone, et donc, ça nous permet, en agriculture biologique, de pouvoir remettre du carbone dans le sol. -Mais si leurs pratiques sont plus respectueuses des sols et de la biodiversité, les choses se compliquent aujourd'hui. Car les viticulteurs bio sont plus vulnérables face aux aléas climatiques qui s'aggravent d'année en année.

Ce jour-là, pour Hélène, un gros tri s'impose. Certaines grappes ont pourri à cause de la pluie. D'autres sont asséchées par le mildiou, ce champignon qui raffole de l'humidité. -En fait, le mildiou, ça fait des petits grains tout secs comme ça.

Donc vraiment tout ce qui est tout sec, comme si ça avait été un peu brûlé. Et là, on a quand même du jus. Si c'est de la bonne pourriture, ça peut être positif de le garder. -En viticulture conventionnelle, des fongicides efficaces sont appliqués contre le mildiou.

Ici, en bio, Hélène utilise de la bouillie bordelaise, un mélange de cuivre et de chaux, souvent insuffisante. -On recouvre les grappes et les feuilles d'un produit qui vient, en fait, protéger un peu en surface contre les pluies et puis les champignons qui peuvent se développer. Cette année, par exemple, on a eu énormément de pluies très fortes et très intenses où il pouvait pleuvoir 50 millimètres dans la nuit.

Les 20 premiers millimètres, on est protégé et puis pour le reste, on n'est plus protégé. -Sur une quarantaine de caisses de raisins ramassés, Hélène récoltera cinq hectolitres de jus de raisin contre les huit habituels. -L'agriculture biologique a aussi ses limites dans certaines conditions.

Et certains vignerons qui ont pris la décision il y a deux, trois ans d'investir, d'aller dans ce type de démarche et qui au final n'ont pas les résultats escomptés. A la fois ils ont investi, ils n'ont pas la récolte et ils ont parfois des difficultés de mise en marché. -En 2023, 70 exploitations ont arrêté la viticulture bio en Nouvelle-Aquitaine, faute de rendement.

Et en 2022, elles étaient 60 % de moins à se convertir en agriculture biologique que l'année précédente. Si le réchauffement climatique dépasse les 2 ºC d'ici la fin du siècle, les vignobles historiques de la région de Bordeaux, qu'ils soient bio ou pas, ne seront plus en capacité de produire du vin de qualité. -Camille, il le disait, certaines régions pourraient perdre du terrain, d'autres en gagner, comme la Bretagne, la Normandie, le nord de la France ou encore le sud de l'Angleterre.

Va-t-on assister à une recomposition des régions viticoles ? -C'est possible. Il y a beaucoup de questions qui sont posées sur des évolutions, à la fois des assolements et puis au niveau géographique des plantations.

Et ces questions sont parfaitement légitimes. -Mais avec plus de degrés de réchauffement, pourra-t-on encore cultiver des vignes dans le sud ? -Alors, pas le même vin et il ne faut pas faire l'impasse non plus sur des évolutions aussi technologiques et des pratiques qui nous permettent quand même pendant un certain temps de conserver les plantations tout en les faisant évoluer.

C'est une question de fond à ce niveau-là. Je voudrais dire juste que la viticulture aujourd'hui, c'est un démonstrateur justement du changement climatique. Et ça doit être aussi un démonstrateur de l'adaptation au changement climatique.

Il y a des champs du possible, mais il faut qu'on soit sur une approche globale. Et pour cette approche globale, il faut réunir l'ensemble des acteurs, l'ensemble des parties prenantes et valider les pistes. -Vous avez le sentiment qu'on est vers un changement global de ce modèle ? -Je pense qu'il est en cours.

On était un peu au pied du mur, un peu trop dans les cordes, d'ailleurs. C'est un dialogue qu'on ouvre régulièrement ensemble en disant qu'il faut que la filière réagisse, se structure et s'organise. Elle le fait bien sûr, à mon sens, pas forcément assez vite, mais on voit bien qu'aujourd'hui il y a des signaux quand même qui sont posés sur la table.

C'est ce qu'il faut retenir. -Vous êtes tous les deux, Christine Sorel et Bernard Farges, vignerons depuis plusieurs générations. On peut dire que vous avez la mémoire de la terre dans la peau.

Vous êtes en première ligne du dérèglement climatique. Qu'est-ce que vous constatez sur le terrain ? -Effectivement, par rapport au reportage qu'on vient de voir, les vendanges se sont avancées à peu près un mois en 30 ans.

Ça, c'est une évidence. -Et ça n'est pas du tout sans effet sur la vigne. Et sur le degré d'alcool ? -Alors, là, c'est une vaste question qui demanderait beaucoup d'explications.

Dans le sens où, effectivement, si on le regarde sur un plan de l'agriculture tel que nous on l'a pratiqué il y a 30 ans, effectivement, il y a des changements qui ont eu lieu. C'est vrai aussi qu'on a des cépages qui ont été rajoutés. Par exemple, chez nous, la syrah, qui est un cépage plus précoce, et donc il est cueilli plus tôt.

Donc, il y a le réchauffement climatique, effectivement, mais il y a aussi certains cépages qui ont été rajoutés, qui sont plus précoces. Et aussi, j'ai envie de dire, la méthode culturale. Nous, on a été précurseurs dans notre région.

En 90... -En biodynamie. -En biodynamie.

On était à l'époque, je crois, que la biodynamie en viticulture représentait, si je ne dis pas de bêtises, moins de 0,3 % des vignerons. -Et aujourd'hui ? -Je crois que c'est 1 ou 2, mais il faudrait vérifier. -2 %. -Les terroirs, là où sont les vignes, pas toujours, mais très souvent, dès que vous êtes sur des coteaux, dans des endroits avec des argiles, vous êtes sur des terroirs magnifiques.

Mais on les a fait mourir, ces sols, avec les produits chimiques. -Justement, Bernard Farges va nous expliquer comment on peut continuer à cultiver la vigne en tuant les sols et la biodiversité. -C'est une question qui est posée très directement. -Oui, très directement. -Juste pour revenir à la question que vous posiez à Christine et à ma collègue à l'instant, il n'y a pas de vigneron climato-sceptique en France. -Oui. -Ça n'existe pas parce que nous sommes vraiment en première ligne. -Vous êtes les premiers affectés. -Les dates de vendanges, les chocs climatiques qui sont extrêmement importants.

Cette année, nous avons des collègues qui ont perdu toute leur récolte par le mildiou, ça a été dit. La Loire, l'an passé c'était le sud-ouest. Nous avons des collègues qui voient leurs vignes mourir de sécheresse dans l'Aude, les Pyrénées-Orientales...

Donc ces évolutions climatiques sont très brutales et nous les vivons complètement. Les sols ne sont pas morts. J'ai une partie de mon vignoble qui est en bio depuis quelques années, une partie qui est en conventionnel.

Les deux vivent quand même, je vous assure. -Petite question, est-ce que la partie en bio résiste mieux aux aléas climatiques que la partie en conventionnel ? Parce que les avis divergent sur cette question. -Je ne sais pas si on peut...

Alors vous disiez : "le tout oppose". Je pense qu'il ne faut pas opposer le modèle. On ne peut pas opposer.

On doit faire évoluer nos modèles, ça c'est sûr. De même que le modèle bio aujourd'hui doit évoluer aussi, le modèle conventionnel doit évoluer et il évolue. La transition est extrêmement rapide en viticulture.

Donc on peut se protéger en bio de certains chocs climatiques, mais ça ne préserve pas de tout. Le bio est plus sensible aux maladies parce que les produits que l'on peut utiliser sont souvent moins efficaces qu'en conventionnel. Ça ne veut pas dire qu'on sera mieux prémunis de la grêle en bio qu'en conventionnel.

Ça n'existe pas. Face au gel, ça n'existe pas. Mais sur la protection des maladies, nous savons qu'en bio, et Céline, ma collègue, l'a dit tout à l'heure aussi, on n'est plus désarmés parce que les produits sont moins efficaces.

Mais c'est connu depuis... -Juste une question.

Vous êtes d'accord pour dire que les produits phytosanitaires tuent la diversité, la biodiversité et les sols ? Vous êtes d'accord ? -Je ne suis pas scientifique, mais c'est montré, c'est prouvé, je ne peux pas le contester. -On est d'accord.

On sait qu'un sol vivant, en bonne santé, est le meilleur allié de la vigne. -Oui. -Donc il faudrait, à terme, sortir du conventionnel pour mieux se protéger des aléas climatiques. -Par principe, peut-être, mais ce n'est pas possible et ça ne le sera pas tant que l'on n'a pas des produits bio ou biocontrôle qui soient aussi efficaces que des produits conventionnels. -Vous pensez que c'est possible ?

Avec l'agroforesterie, la vitiforesterie, c'est possible de sortir du conventionnel ? -Oui, je pense que des méthodes existent. Et on voit que sur une certaine durée, les sols qui ont été travaillés en bio, en biodynamie, ont une meilleure résilience.

C'est-à-dire qu'ils sont moins sensibles au mildiou. C'est difficile de généraliser parce que, comme vous le disiez, il y a des diversités de sols qui font que les réalités sont différentes partout en France. Mais certains s'accordent à dire qu'un jour, on ne parlera plus de vin nature parce qu'il sera juste le vin et que le conventionnel n'existera plus. -Après, c'est important de dire aussi que quand vous rajoutez des préparations au biodynamie, oui, on n'a pas de produits chimiques, effectivement, quand on est en bio, on est avec la bouillie bordelaise, du soufre, et on apporte des préparations, comme l'homéopathie, mais sur des quantités infinitésimales de matière, mais qui ramènent la vie dans vos sols.

Et le fait de ramener la vie, vous développez le complexe argilo-humique. On avait peut-être plus le temps que ce que l'on a aujourd'hui pour les gens qui veulent se convertir, de faire cette transformation. Quand on a fait ça il y a 30 ans, il n'y avait pas de si gros...

Il y a eu 2002, il y a eu 2003 dans notre région, mais ça n'a pas été la norme. Cette norme, elle est en train d'être plus fréquente aujourd'hui. Et c'est là où je pense que les gens se sentent démunis.

Mais les solutions existent. -Alors, les solutions existent. L'INRAE, qui travaille sur des cépages plus résistants, affirme que ces nouvelles variétés permettraient de réduire de 90 % les pesticides.

Donc, ce sera possible de sortir du conventionnel. -Bien sûr, si nous changeons tout l'encépagement et tous les pieds de vigne de France avec des pieds résistants, qui peuvent avoir parfois des contournements à la résistance, Donc il faut être quand même vigilant. Et d'ailleurs, les plans résistants, il faut quand même les traiter une à deux fois par an pour éviter justement le contournement de ces résistances.

Mais je souhaite insister sur l'idée de progression et de transition. Lorsque le vignoble français passe de 5 % à 20 et quelques % et que des régions passent de 8 à 23 % en à peine 10 ans, c'est tout le vignoble français qui progresse beaucoup en bio. Mais lorsque nous voyons aussi l'évolution de la consommation des produits, des pesticides et des produits de défense de la vigne, qui passe de 10 % de produits de bio, biocontrôle à 65 % aujourd'hui, ça veut dire que les viticulteurs conventionnels utilisent beaucoup plus de produits bio et biocontrôle que par le passé et donc ils éliminent dans leur programme, beaucoup de produits de synthèse pour les remplacer par des produits bio ou biocontrôle. -Aujourd'hui encore, la vigne est quand même plus utilisatrice de produits chimiques que le reste de l'agriculture. -Oui, parce que c'est une...

C'est vrai. -C'est un fait. -Des chiffres incontestés. -Quand on parle de tonnage, évidemment, lorsqu'on utilise du cuivre et du soufre, qui sont des produits utilisés dans... 95 % du vignoble français.

C'est du tonnage, et même...

Paradoxalement, plus on a des vignerons qui vont vers ces produits de bio et biocontrôle, plus la quantité augmente. Donc, on doit relativiser ce chiffre-là et regarder dans la qualité de ce chiffre. -Hervé Gillé, vous parliez de la nécessité de l'adaptation.

De plus en plus de viticulteurs, dû aux canicules et aux sécheresses, irriguent leurs vignes pour pallier à la sécheresse. Dans l'ancien Languedoc-Roussillon, un cinquième des vignes y sont arrosées. C'est deux fois plus qu'il y a dix ans.

Est-ce que ce n'est pas précisément l'exemple type de la maladaptation ? -Alors, c'est une question vraiment de fond. Vous le savez sans doute, je travaille en particulier aussi sur ces sujets, sur la gestion quantitative et qualitative de l'eau.

Et ça va être un sujet presque un peu explosif, d'ailleurs. -Très explosif, les ressources se rarifient. -Il va falloir créer les conditions d'une écoute, d'une médiation, pour trouver les lignes de crête.

C'est toujours le plus difficile. Alors, d'une manière générale, l'irrigation devra s'entendre demain et après-demain. À partir du moment où on mobilise des nouveaux process, des nouvelles technologies qui nous permettent d'économiser la goutte d'eau de la meilleure façon possible.

Donc le goutte-à-goutte, par exemple, est un process qui est intéressant, si vous voulez. Mais il a un coût. Ça veut dire qu'il faudra l'accompagner.

J'insiste toujours que l'adaptation aujourd'hui et l'accompagnement doivent s'inscrire dans une démarche globale. On doit retrouver l'ensemble des parties prenantes, ça veut dire l'État derrière, ça veut dire aussi l'Europe, pour accompagner au processus de transformation. Il existe des variétés à maturation plus tardive ou des cépages plus résistants au stress hydrique ? -Oui, je ne suis pas contre les hybrides, mais je trouve que ça nie un petit peu l'idée de terroir, qu'on puisse reconnaître un vin en fonction de son terroir.

Ce qu'on constate aujourd'hui, c'est que certains cépages qu'on avait abandonnés parce qu'ils n'étaient pas assez matures, ils n'étaient pas adaptés au climat de l'époque, aujourd'hui reviennent en état de grâce et on les réutilise. C'est une sorte de mémoire végétale qui va permettre aussi de garder cet effet terroir et d'être utilisé dans les assemblages dans le futur pour garder plus de fraîcheur et plus d'équilibre. Il y a quelque chose d'intéressant à explorer avec ça. -Le profil aromatique du vin va de plus en plus bouger avec ce nouveau cépage, ces variétés. -Du coup, le terroir lui-même va évoluer... -Il va évoluer. -...qu'on ait recours à d'autres variétés ou pas. -Oui, et alors, ce que je voudrais dire, ça paraît peut-être un peu provocateur, mais je pense que certaines régions ont bénéficié du changement climatique.

Dans des régions dans lesquelles les rouges étaient relativement austères, les blancs relativement acides, le réchauffement leur a permis d'avoir des meilleures maturations et donc d'avoir des vins qui sont meilleurs. Je pense à l'Alsace sur le pinot noir, je pense à la Champagne sur leurs vins tranquilles. Donc c'est vrai qu'il y a aussi eu ce phénomène d'ajustement qui, pour certains vignerons, et ils le reconnaissent, a été bénéfique. -Un mot sur ces vendanges plus précoces.

Elles ont un effet très clair sur le taux d'alcool. On gagne, je crois, un degré par décennie, ce qui est énorme. -C'est énorme.

Alors c'est vrai qu'en plus, aujourd'hui, il y a une inéquation complète entre le dérèglement climatique et les goûts des gens. -Ils veulent des vins de plus en plus légers. -Légers... -De moins en moins acides, de moins en moins de sulfites, et on leur propose tout à fait autre chose. -Voilà, et donc il faut s'adapter.

Alors il y a certains cépages qui permettent aussi justement de faire des assemblages avec des vins plus frais, plus légers, notamment dans le sud. Mais certains vins aujourd'hui, si on les vendangeait aux dates classiques, je dirais, atteindraient 15, 16 ºC. Et ça, ils ne seraient plus du tout vendables. -C'est une question de gamme.

Il y a une question d'évolution de la gamme. Parce qu'on a plusieurs niveaux de consommateurs, il ne faut pas croire. -Et donc il y a toute la typicité des vins en fonction du terroir.

Et donc c'est tout un travail pour trouver ces équilibres. Mais il y a aussi des vins qui correspondent à des niveaux, à des niches de consommation et sur lesquels il faut créer les conditions de pouvoir conquérir des marchés. Parce que l'adaptation, elle fera aussi qu'on aura des modèles économiques qui permettront de répondre à différents types de marchés pour pouvoir consolider ces modèles.

Sinon, effectivement, ces derniers auront beaucoup de difficultés. Donc, il faut élargir la gamme et l'adapter. -J'aimerais comprendre quelque chose.

Est-ce qu'avec le changement climatique, le salut du vin français se trouve au nord ? Y a-t-il des régions viticoles du sud qui ne pourront plus du tout produire de vin, concrètement ? -Je ne pense pas.

Si en effet il n'y a pas d'adaptation, Hervé Gillé a raison d'utiliser ce mot, et c'est d'ailleurs le choix qu'a fait la filière viticole en France après un vaste programme d'études qui s'appelait le programme LACCAVE, longue observation d'adaptation au changement climatique, avec plusieurs scénarios, et notamment celui d'adaptation ou le scénario Nomade. Nous avons choisi plutôt le scénario d'adaptation. Et l'adaptation, elle est évidemment nécessaire.

Sinon, il se passera ce que vous dites, la vigne disparaîtra de beaucoup d'endroits, voire pratiquement tous les endroits que l'on connaît au sud de la Loire, peu ou prou. Donc, l'adaptation par les méthodes culturales, par les cépages, des cahiers des charges. Il y a déjà 25 appellations en France qui ont intégré dans leur cahier des charges certains cépages grecs, d'autres, des cépages portugais... -Ah, la Grèce. -Voilà.

Donc, vous voyez des régions qui sont déjà plus chaudes. Derrière, il y a l'adaptation aussi des méthodes culturales. Christine le disait, il y a une forme de gestion des sols différente pour justement s'adapter au changement climatique.

Plus d'enherbement dans certaines régions, un peu moins dans d'autres. Le paillage, -L'exposition, la topographie. -Et cette évolution, aujourd'hui, cette transition, cette révolution agronomique dans les vignobles, elle n'est pas...

Bien sûr, elle est chez nos collègues en biodynamie bien sûr, en bio aussi, mais aussi chez les conventionnels. Il y a des fleurs partout dans les vignes, dorénavant. Il y a de la féverolle, de la vesces, de l'orge.

Nous semons tous des végétaux dans la vigne pour passer l'hiver et qui sont extrêmement positifs pour l'ensemble de la vigne. -Vous constatez ça également ? -Alors moi je pense qu'il y a une prise de conscience qui est quand même générale.

Par contre ce qu'on constate aussi c'est que certains vignerons qui sont passés en bio mais plus pour des raisons un peu cosmétiques font marche arrière parce qu'effectivement ça rend la vigne parfois plus vulnérable, il y a des baisses de production. Mais on constate que lorsque, après un passage en bio, ou même, je crois, en biodynamie, il y a une baisse de la production qui est naturelle mais qui remonte après et qui permet après sur le long terme...

Donc c'est vraiment une vision long terme. Et c'est pour ça qu'en fait le choix du bio, de la biodynamie, il faut absolument que ce soit vraiment une conviction et pas simplement quelque chose qu'on fait pour correspondre à un marché. -Il n'en reste pas moins qu'en termes de chiffres, de toute façon, la viticulture a plus de conversions en bio que l'agriculture de manière générale.

Donc, il y a peut-être une réticence, mais le mouvement général est quand même plus important en viticulture. -Est-ce que ça va assez vite, Hervé Gillé ? -Alors... -Pour amortir la casse. -Je dirais... -L'idée, c'est d'amortir la casse.

L'idée, c'est que les vignerons s'en sortent. -En tant que responsable politique, on est effectivement sur des évolutions qui touchent l'économique, le social et l'environnemental. Donc, on a envie de pousser pour que l'organisation soit la plus parfaite possible et qu'on aille le plus vite possible.

Alors, bien sûr, il y a des échéanciers qui sont à respecter, mais c'est pourquoi je parle, moi, toujours de la nécessité d'une mobilisation, d'une organisation collective qui soit la plus stratégique et la plus prospective possible. Parce qu'aujourd'hui, l'ensemble des parties prenantes sont inquiètes, et notamment les banquiers aussi qui sont derrière. Il faut regarder les choses d'un peu plus près.

Et ils ont besoin aussi de lignes de visibilité pour penser que le vignoble pourra s'adapter, mais qu'il a quand même un avenir. Et donc, il est logique de pouvoir l'accompagner dans des bonnes conditions. Et il faut créer ces éléments de la confiance.

Il faut faire en sorte aussi que chaque exploitation puisse avoir les moyens de pouvoir accompagner ces processus de changement. Ça veut dire que derrière, nous, politiques, on doit réfléchir sur la fiscalité, les moyens de les accompagner aussi au niveau européen, parce que c'est un enjeu européen, et l'adaptation doit s'inscrire dans la politique PAC, et les viticulteurs doivent également en bénéficier. Bref, vous voyez ?

Il faut créer toutes les conditions pour accompagner véritablement ce processus de transformation, jouer ensemble et jouer collectif. Et la viticulture joue de plus en plus collective, mais parfois est un monde un peu divisé et un peu parcellisé en fonction de sa gouvernance. -Vous en pensez quoi ?

La viticulture est... -Nous sommes très divers, de nombreuses régions, de nombreux crus, de nombreuses appellations, de nombreux modes de pensée régionaux, des caractères régionaux assez forts, assez marqués.

Tout ça s'améliore. Évidemment, lorsque nous subissons ces chocs climatiques qui ne sont pas forcément les mêmes, en même temps, au même moment, ça montre la nécessaire adaptation qu'on doit avoir. Vous posez la question : est-ce qu'on va assez vite en bio ?

On est allé un peu trop vite, pour l'instant, parce qu'il y a eu un taux de conversion très fort ces dernières années. Le marché n'a pas forcément répondu totalement. Donc on a quelques vignerons qui reculent.

Cette année, il y a des vignerons qui ont quasiment tout perdu parce qu'ils ont été plus en danger en bio qu'ailleurs. Ça ne veut pas dire que dans dix ans on ne soit pas à un niveau de conversion... -Bien sûr, il faut l'envisager sur un temps long. -Absolument. -Et en plus, on ne peut pas décréter qu'on veut faire passer des gens en bio ou en biodynamie.

Parce qu'on est en train de parler économique, changement climatique qui est brutal avec la nature qui prend son temps. Oui, elle est brutale sur ses actions, et en même temps, quand une vigne pousse, elle prend son temps. On parlait tout à l'heure de vins qui vont changer si on change de type de cépage.

Mais moi, j'ai envie de vous dire qu'avec les mêmes cépages dans une même vigne, parce que vous avez changé de méthode de culture, vous changez le goût de vos raisins, sans changer le raisin. Comment ça se fait ? C'est juste parce que vous avez ramené cette vie dans le sol, on en revient là, et que le goût du raisin, parce que ce qui est puisé dans ce sous-sol, il est différent, et ça se sent dans le goût du raisin.

Mais toute cette approche-là du vignoble, elle prend du temps. Et on passe notre temps à faire finalement un grand écart entre ce qu'on nous demande économiquement, ce que les banquiers veulent, ce qu'il faut qu'on arrive à fournir chaque année, sinon on ne s'en sort pas, on a des salaires à payer. On travaille aussi avec les humains ?

Je sais que c'est compliqué de travailler aujourd'hui pour trouver des gens qui veulent venir travailler, notre métier ne fait plus recette. -Hervé Gillé, comment l'État peut les aider, concrètement ? L'État et l'Union européenne ? -Alors... -L'Union européenne qui a financé beaucoup les intrants et les produits phytosanitaires. -Bien sûr, il y a toujours des paradoxes politiques qu'il faut savoir gérer à quelques niveaux. -C'est bien de le souligner. -Il y a des réunions, en ce moment, importantes sur des dispositifs aussi d'accompagnement.

Mais au-delà de cela, il y a aussi des éléments macro au niveau mondial sur des prises de position européennes. Il y a des conflits, notamment avec le marché chinois qui sont à venir, qui pourraient impacter le cognac et l'armagnac. Il faut espérer que les vignobles ne soient pas touchés.

Mais on a déjà connu ça, des renfermements de marché, à un moment donné, chinois ou aux Etats-Unis, et l'impact politique est considérable. Sur l'accompagnement de la filière, il y a eu déjà des premiers niveaux d'accompagnement, bien sûr, au niveau national, avec les dispositifs d'arrachage. Nous attendons avec beaucoup d'impatience la sortie du plan filière et surtout, qui était attendu quand même depuis déjà de nombreux mois.

Il a été un peu retardé. Mais bon, le but du jeu, c'est qu'il sorte. Nous, on sera très attentifs à ce dialogue avec le gouvernement et de quelle manière, au niveau du Parlement, on va pouvoir relayer, dans les meilleures conditions, les propositions qui pourraient être faites, malheureusement, dans un contexte budgétaire qui est terrible.

Il faut le dire. Donc qu'il va y avoir une bataille, mais les enjeux qui sont derrière la filière sont considérables, je les ai cités avant, économiques mais sociales. Il faut regarder aujourd'hui la dimension humaine.

On vit à l'heure actuelle dans certains secteurs des drames humains. Il faut qu'on y soit vraiment très attentif et c'est de notre responsabilité d'accompagner au mieux les propositions. -Effectivement, la consommation de vin baisse et il y a un tabou qui est tombé.

C'est le "French paradox", Raphaël Hitier. C'est l'heure de votre "Climatoscope" et je veux, on veut, tout savoir sur ce "French paradox". Jingle -En préparant cette émission, je me suis un peu promené sur les sites web de vignerons, grands châteaux, coopératives, et j'ai vu traîner une idée que j'avais moi-même en tête, je dois reconnaître, qui est celle de ce qu'on appelle le "French paradox", le paradoxe français : "La consommation modérée de vin protège la santé." -Elle est même bonne pour la santé. -Oui, mais j'avais quand même un doute. -Moi, j'ai entendu ça toute ma vie.

Un verre de vin c'est excellent pour nos artères. -Je suis reparti retracer cette histoire et donc je me suis rendu compte que ça avait commencé en 1981 avec un article scientifique qui était intitulé "Particularité épidémiologique de la maladie coronarienne en France". Alors, pour faire simple, il s'agit simplement de dire ou de démontrer qu'une alimentation riche en graisse animale en France ne conduit pas au taux de maladies cardiovasculaires attendu.

Alors, à l'époque, on ne parle pas de vin, ni encore de "French paradox", puisque le terme, lui, va arriver en 1986 dans la lettre de l'Organisation internationale de la vigne et du vin. Dans cette lettre, cette curiosité épidémiologique est rapporchée de la consommation de vin. Le premier élément scientifique sur ce paradoxe français intervient en 1992, c'est une étude qui montre une corrélation entre la consommation de vin et des risques réduits de maladies coronariennes.

Ceux qui boivent un peu de vin ont une meilleure santé que ceux qui n'en boivent pas du tout. Et à l'époque, déjà, les auteurs soupçonnent les polyphénols, les antioxydants qui sont présents dans le vin. Et l'année d'après, des scientifiques américains, effectivement, arrive à démontrer que le resvératrol, qui est un polyphénol très abondant dans le raisin, inhibe l'oxydation des graisses qui sont responsables des maladies coronariennes.

En gros, dans un tube à effet, il y a moins de sang coagulé quand on rajoute du resvératrol et on s'est dit : "OK, ça doit être pareil dans nos artères." Donc on avait le phénomène, la corrélation statistique et l'explication du phénomène. Donc, le paradoxe français a été adoubé dans cette décennie.

Un verre de vin par jour, c'est plutôt bon pour la santé. Mais une corrélation, ce n'est pas un lien de cause à effet et les tests sur le resvératrol ont été majoritairement faits en tube, en gros, et vaguement sur les animaux. Ensuite, le paradoxe français va se fissurer progressivement puisque des études ne retrouvent pas cette corrélation.

Et en 2016, il y a un scientifique américain qui va trouver un défaut méthodologique dans les études qui montraient l'effet protecteur. Ces études, elles consistent à comparer les gens qui ne boivent pas du tout de vin aux gens qui en boivent très peu. Mais parmi ceux qui n'en boivent pas, qu'on va qualifier d'abstinents, on avait inclus des gens qui étaient abstinents, mais qui avaient beaucoup bu.

En gros, il y avait d'anciens alcooliques dans la cohorte des abstinents. Et donc, du coup, des gens dont la santé a déjà été abîmée par l'alcool. Et quand vous comparez les deux, vous arrivez avec l'illusion à la fin que l'alcool protège partiellement la santé.

Donc le paradoxe français bat un peu de plomb dans l'aile et en 2018, c'est le coup de grâce avec une étude internationale qui suivait 28 millions de personnes sur 25 ans et dont les conclusions ont été qu'un seul verre par jour augmente le risque de développer l'un des 23 problèmes de santé associés à l'alcool. Un verre d'alcool par jour, l'augmentation du risque est faible. Mais, je cite : "Toute consommation d'alcool est nuisible pour la santé." C'est la position officielle de l'Inserm qui considère désormais le "French paradox" comme une illusion. -Vous n'êtes pas d'accords ? -Et comme c'est agréable à entendre et utile pour vendre du vin, on a un peu envie de continuer à y croire. -Bernard Farges, je vous vois opiner du chef. -Je ne suis pas scientifique, je ne vais pas rentrer dans ce sujet-là. -Vous contestez les études de l'Inserm ? -En tous cas, se faire plaisir aussi, en buvant raisonnablement du vin qu'on aura choisi, avec un vigneron qu'on aura choisi aussi, parce qu'on le connaît, avec un plat qui nous fera plaisir, avec des amis ou avec la famille. -Le paradoxe, chez vous, il n'est pas tombé. -Non, il n'est pas tombé. -Le tabou persiste. -Et en tout cas, -Vous ne parlez pas de santé. -On parle de plaisir. -Le plaisir joue. -Oui, vous avez raison.

Je pense que le...

Viser l'abstinence n'est pas forcément une bonne réponse. -Une question sur la taille des domaines. À Bordeaux, notamment, tous les vignerons qui font du vin de masse, essentiellement destinés à l'exportation, sont en train de se ramasser.

On arrive à la fin d'un modèle ? -Je pense que oui parce que ce qu'on constate à Bordeaux, c'est en fait une sorte de polarisation entre des grands creux classés qui continuent à vendre, même s'ils vendent moins qu'avant, et c'est l'arbre qui cache la forêt parce qu'eux fonctionnent, parce qu'ils ont une image, une force de frappe qui est énorme. Après, on a des vignerons, des domaines qui sont incarnés.

Aujourd'hui, les gens veulent du récif, que les domaines soient rattachés non pas à des propriétaires ou à des groupes d'assurance ou que sais-je, mais vraiment à des personnes. Et on voit que des domaines à taille humaine, qui eux ont une histoire et qui notamment marchent très bien aux États-Unis, etc., eux continuent à bien marcher, mais ils sont un peu à la marge.

Ils sont souvent en biodynamie, etc. Je pense que de toute façon, même chez les grands, il faudra revenir sur des exploitations à taille humaine qui sont beaucoup plus agiles et beaucoup plus à même de réagir facilement aux aléas climatiques. -Mais l'adaptation...

On a parlé des chocs climatiques jusqu'à présent, les chocs commerciaux ont été très nombreux depuis 2018, avec un marché chinois qui était très important, pour de nombreuses régions, notamment le Bordelais. Mais nous avons vu un retournement du marché chinois parce que les Chinois ont noué des accords commerciaux avec l'Australie, le Chili...

Ensuite, les taxes de Trump liées à un conflit Airbus-Boeing. Donc, vous voyez, on sort... -Mais ce qui nous intéresse ici, c'est vraiment la transition... -Oui, mais le lien du choc commercial fait que l'affaiblissement de la résilience des entreprises par les chocs commerciaux permet plus difficilement... -De s'adapter. -...au choc climatique. -Christine Sorel, faudrait-il, au fond, revenir à une viticulture régénérative, une pratique ancestrale sur de plus petits domaines ?

Est-ce qu'on serait mieux armés ? -Alors, c'est sûr qu'il faut être...

C'est important d'avoir une taille humaine, c'est-à-dire qu'avec vos mains et votre équipe que vous avez avec vous, humainement, combien pouvez-vous prendre soin d'hectares de vignes pour avoir des bons raisins, pour pouvoir faire du bon vin ? Puisque c'est ça le processus. On est planté d'une certaine façon, dans nos régions sud, les rangs de vignes sont plantés plus larges parce qu'il fait chaud.

Plus vous montez vers le nord et plus vous avez de rangs qui se sont serrés les uns à côté des autres. Que font certaines régions ? Elargir.

Donc, je ne sais pas si on peut parler de réduction de domaine ou si on va parler de changement d'espacement pour pouvoir réguler ce changement climatique qui fait que, nous, on l'a vécu dans le sud, donc il y a longtemps qu'on a commencé, quand on entend parler de 50 hl/ha, on ne sait même pas ce que c'est depuis très longtemps. Pas parce qu'on nous l'a interdit, mais parce que 35 he/ha, on ne pourrait pas produire plus. Alors, il y a des endroits qui pourraient le faire.

Mais si on fait ça, on va devoir irriguer. Il faut se poser la question de l'équilibre. On a tous eu cette réflexion-là.

On a tous eu l'envie de se dire : "Tiens, on sent que dans le vin, il ne se passe pas...

On n'a plus ce qu'on devrait avoir. D'où ça vient ?" On a découvert qu'en fait, la biodynamie, ce n'est pas un dogme, c'est quelque chose qui existait il y a 80 ans, voire avant.

Quand on regarde une de nos vignes, qui a 90 ans, qu'on a réappris le geste de taille, qu'on appelle aujourd'hui la taille douce, c'est-à-dire qu'on respecte le flux de sève. Si vous prenez un tuyau, on l'explique à n'importe quel consommateur, on lui dit tu prends ton tuyau et tu le vrilles comme ça, il ne sortira pas d'eau. C'est ce qu'on a fait à la vigne.

Et vous regardez une vigne il y a 80 ans, on savait ce que c'était qu'um flux de sève. Donc, on réapprend des gestes qu'on a oubliés, des gestes ancestraux. Et donc, effectivement, on réadapte nos parcelles en fonction de ce que chaque année, il se passe. -Ce que vous me dites, c'est que l'avenir du vin est peut-être à chercher dans le passé, dans les cépages oubliés, les pratiques ancestrales ou les 10 000 ans d'histoire paysanne. "Le monde de demain", c'est un sujet d'Emma Guizot et Ibar Aibar.

Jingle -Allez, ma petite. Viens. Tu vas où ?

Allez. -À Porte-de-Benauge, au sud-est de Bordeaux, Gérald Massieu se prépare pour les vendanges de ses cinq hectares de vignobles. -Paquita.

Bon, elle est un peu têtue. Il rit -Le viticulteur produit du vin en agriculture biologique depuis 2004. Et en attendant la date de récolte, son âne et sa mule s'assurent qu'aucune mauvaise herbe ne perturbe le développement de ses pieds de vigne.

Un désherbant naturel qui lui évite d'utiliser des pesticides chimiques. -Le chiendent, c'est cette plante. C'est une plante qui est très concurrente pour la vigne.

Si jamais on laisse le siège chiendent... c'est un peu une des difficultés en bio d'ailleurs, quand on n'utilise pas d'herbicide, c'est d'arriver à trouver cet équilibre pour que la vigne ait suffisamment de vigueur.

Et si le chiendent est trop implanté, de ce fait, la vigne peut arriver à ne plus pousser. Il rit -En guise de récompense, Prince, son âne, est autorisé à manger aussi du raisin. -Il est bon, Prince, ce raisin ?

Mmh ? Est-ce qu'il est bon ? -Gérald peut se permettre de lui en offrir.

Sa récolte s'annonce belle cette année encore. Anne Calderoni, oenologue et conseillère en vin, est venue s'en assurer. -Il y a un bel équilibre. -Elles sont encore épaisses. -Si la météo reste comme ça, 15 jours, 3 semaines, ce serait parfait.

Disons qu'on est sur une très basse récolte. -Oui. Il rit Disons que je n'en espérais pas autant. -Non seulement il n'utilise pas de pesticides... mais il enrichit aussi les sols en matière organique, avec des arbres fruitiers qu'il a plantés lui-même. -Là il y a un pommier, il y a deux cerisiers, un plant de sauge et un figuier.

Voilà, donc ça fait partie de la richesse de la diversité. Et les oiseaux, d'ailleurs, viennent se nourrir de tout ça aussi, de tous ces fruits. -Faire coopérer des arbres et des cultures agricoles, c'est le principe de l'agroforesterie.

Gérald protège aussi les petits bois qui entourent ses vignes et qui apportent de la fraîcheur et préservent la biodiversité. C'est dans cette forêt qu'il a découvert une grotte à 20 mètres sous terre. -Il faut faire attention à la tête. -Jamais à court d'idées, le viticulteur compte y aménager une chambre froide pour éviter les caves climatisées. -Là, il y a au moins presque un mètre de pierre, de calcaire, de poudre de calcaire que voudrais enlever pour avoir suffisamment de hauteur et ensuite stocker mon vin dedans.

Puisque là, c'est à 12 ºC toute l'année, donc pas besoin d'artifice, de clim ou autre, donc c'est top. -C'est super, c'est les conditions idéales pour stocker du vin. On n'a pas de grosses variations de température. -Utiliser l'existant pour produire son vin tout en respectant le vivant, un système qui semble efficace, tous les ans, le vigneron produit 18 000 bouteilles. -Vous pratiquez aussi l'agroforesterie ? -Alors nous, on a des forêts autour des parcelles, il y a des animaux sauvages, il y a des insectes, on sait, il y a des études qui ont montré depuis plus de 30 ans que même les insectes ou certains petits animaux ne vont pas venir, ne vont pas quitter la forêt pour venir dans vos parcelles si c'est sans rien, tout nu. -Il faut de la biodiversité. -D'où la biodiversité.

Et il y a des vignerons, effectivement, nous on ne le fait pas, qui dans les parcelles, aujourd'hui, mettent des arbres. -Bernard Farges, vous avez des arbres fruitiers ? -Non, mais j'ai beaucoup d'arbres, nous sommes dans une région où il y a beaucoup de forêts, d'arbres et de bosquets, souvent sur des haies, mais aussi énormément d'arbres sont plantés dans le vignoble. -Vous êtes l'incarnation du "en même temps" macronien.

Conventionnel et bio, en même temps. -Je ne suis pas sûr que vous le présentiez comme étant positif. -Si, si. -En tout cas, j'assume... -Vous êtes en pleine transition, vous transitionnez Je vous sens en train de transitionner.

Oui, comme tous mes collègues. Parce que justement, le tout oppose, je suis opposé à ça. -Je me moque gentiment de vous. -Je le prends très bien, je vous assure.

Cette idée d'opposer les modèles ne me semble pas être source d'évolution et d'adaptation. Amener le plus de monde possible dans la transition, avec le temps, et je remercie Christine d'avoir rappelé ça, est extrêmement important et extrêmement positif. -Est-ce que vous saviez que l'Alsace est la région de France qui compte le plus de jeunes repreneurs de domaine et 95 % y sont en bio, en biodynamie ou en conversion ?

C'est quand même un sacré marqueur de changement, ça. -En Alsace, oui. Après, il y a aussi la proximité avec l'Allemagne qui fait qu'ils sont très sensibles à la biodynamie.

Historiquement, ils ont toujours été très sensibles à la biodynamie. Mais c'est vrai qu'il y a une scène viticole de jeunes aujourd'hui en Alsace qui est très enthousiasmante. Et je trouve que c'est plutôt positif parce qu'en plus, l'Alsace a eu une image assez mauvaise pour certaines raisons après-guerre par rapport à ses vins.

Et aujourd'hui, on trouve des vins absolument exquis. -Il y a des vignerons dans trois pays transfrontaliers qui ont eu l'idée de se fédérer autour de la Moselle. Vous avez entendu parler de cette association ?

Ils gèrent 10 000 hectares de vignobles. C'est unique en Europe. Est-ce que la mutualisation des terres, des coûts et des risques pourrait être aussi une piste ? -Mutualisation, interpropriété, peut-être.

En tout cas, là encore, il n'y aura pas de modèle unique. Je le dis, je le redis. Il y a des propriétés de toute petite taille qui vont très bien s'adapter, qui vont très bien s'en sortir.

D'autres plus grosses qui iront. Mais la mutualisation du partage d'expérience est extrêmement importante. -Moi, je voudrais parler de mutualisation avec le vivant.

Que vous me disiez en quelques mots ce qu'est la biodynamie. Prête ? -Oui !

La biodynamie c'est la recherche des équilibres. La recherche des équilibres entre ce qui se passe dans le sol et ce qui se passe dans la partie aérienne. La plante est reliée entre les forces du soleil et les forces de la terre, comme tout être vivant.

Donc, cette plante, elle ne peut pas bouger. Elle est domestiquée par l'homme. Le but du jeu, c'est d'arriver à lui apporter tout ce qu'elle ne peut pas avoir si on lui met des produits chimiques.

Ça commence toujours en automne avec une préparation qui va ramener la vie dans les sols. Le monsieur qui nous a fait pratiquer la biodynamique, François Boucher, nous avait dit : "Vos sols changeront de couleur." Alors, on n'y croit pas trop.

Nos sols, en un an, sont devenus noirs. Pourquoi ? Parce qu'ils sont devenus vivants, comme dans une forêt. -Vous avez remis des microbes. -Et ensuite, vous avez toute une partie sur les feuilles, vous passez les préparations, dont une, pour être très simple, c'est une cuillère à café de poudre de quartz pour 600 litres d'eau que vous dynamisez, donc vous créez un vortex.

Quand le vortex est formé, vous partez dans l'autre sens, on appelle ça le chaos. C'est la naissance de toute chose, pas la destruction de toute chose. Et vous pulvérisez cette préparation que vous avez faite pendant 20 minutes dans vos vignes.

Pour l'avoir vécu, on me croit, on me croit pas, c'est pas le propos. Je l'ai vécu, sur des fleurs de vignes, j'ai brûlé nos fleurs de vignes. -Bernard Farges prend des notes, il est en train de...

Je vous ai vu prendre des notes. -On met en commun nos moyens. -C'est passionnant. -Il va venir vous voir. -Avec plaisir.

On essaie de convaincre autour de nous aussi, par l'exemple. -Vous êtes convaincu ? -Oui et non. -Comment ça, oui et non ? -Je vais vous dire pourquoi.

Moi, je suis très à l'écoute. Je pense qu'effectivement, les cultures dépendent toujours de la complexité de l'environnement dans lequel elles se situent. Donc, il y a des interactions qui sont très fortes, effectivement, et il faut les respecter.

Après, il y a parfois certaines propositions qui sont faites qui m'interrogent quand même. Le vortex, j'ai un petit peu plus de difficultés pour tout vous dire. Mais sinon, j'y suis très attentif.

Je pense qu'il y a vraiment, dans la qualité des sols, dans le fait de rentrer dans la complexité de son environnement pour produire, est un élément qui est primordial. Donc l'agroforesterie, effectivement, en fait partie, très honnêtement. Quand on parle des politiques de l'eau et de permettre à l'eau de pénétrer dans les sols, c'est très important.

C'est pour ça que là où on peut, il faut mettre des "etc." Et pour engendrer une forme de biodiversité qui participe à un équilibre. Donc ça, effectivement, j'y adhère. -Il faut inviter Hervé Gillé aussi chez vous.

C'est l'heure de notre coup d'oeil dans le rétro. Comme chaque mois, Charlotte Epale est allée fouiller dans les archives de l'INA et elle nous a exhumé ceci. "Hier encore", c'est maintenant, c'est bien sûr à consommer sans modération.

Jingle -Docteur Genetti, êtes-vous pour ou contre le vin ? -Je suis pour le vin, mais on ne doit jamais de toute façon dépasser trois quarts de litre par jour. On peut dire aussi qu'une notion qualitative du vin intervient.

Et les vins frelatés, un peu tourmentés par les uns et les autres, seront des vins beaucoup plus nocifs. -D'autre part, vous êtes médecin sportif, donc vous devez avoir pour les sportifs des normes encore plus sévères. -Les sportifs peuvent boire du vin, même en période de grande compétition et même s'ils ont la classe internationale, mais du vin en quantités très restreintes pendant les repas seulement.

D'ailleurs, aux Jeux Olympiques de Londres, les Français avaient manqué de vin et cet incident avait joué sur leur état d'esprit pendant un certain temps. -Ça avait amené des contre-performances ? -Non, pas de contre-performances, mais des incidents psychologiques.

À Tokyo, les Français emmènent leur vin. -A Tokyo, les Français emmènent leur vin. Vous en pensez quoi, les uns et les autres ? -Que du bien. -C'est super. -Comme tout, c'est toujours une question d'équilibre.

J'adhère aussi au sens... -Une question de biodynamie. -Vous y êtes ! -Vous y êtes.

Hervé Gillé, vous y êtes ! -Je suis ouvert par rapport à ça, par contre, il y a certains éléments qui me questionnent. Mais au sens de l'OMS, la santé, c'est un équilibre.

C'est un art de vivre aussi qui participe à un bien-être. Donc, avoir une consommation modérée, mais qui participe à un bien-être, peut participer aussi à une bonne santé, je crois. -Ça sera le mot de la fin.

Et pour bien choisir ce que vous buvez, je vous conseille l'appli "Dans ma bouteille", qui vous informe sur le degré d'alcool, le taux de sucre, les additifs, sulfites ou résidus de pesticides présents dans une bouteille, l'équivalent un peu de Yuka pour les vins et spiritueux. Et puis je vous signale bien sûr votre essai, Alicia Dorey, "A nos ivresses" chez Flammarion. "L'ivresse est une inépuisable matière à récit, autant qu'un miroir de notre société." C'est à consommer sans modération.

Et pour conclure, rappelons ce que disait Saint-Exupéry : "Nous n'héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l'empruntons à nos enfants." En conclusion, et ce sera le mot de la fin, il faut raisin garder. C'est l'heure de se quitter pour mieux se retrouver le mois prochain.

D'ici là, prenez soin de vous et buvez avec modération. Musique Sous-titres par Sarah Bastoul.