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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 21 février 2025 26 minComplaisantActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesImmigration & asileEurope & internationalSécurité

Élections fédérales en Allemagne : un tournant majeur pour le pays et l'Europe

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:24OuverteRéponse partielle

    Votre sentiment sur la montée de l'extrême droite, le risque de rupture avec les États-Unis, les difficultés économiques ?

  • 3:06OuverteRéponse directe

    Isabelle Hoffmann, la montée de l'extrême droite est-elle le fait majeur de ces élections ?

  • 3:37OuverteRéponse directe

    Yann Vernert, l'AFD a-t-il structuré la campagne ?

  • 4:20OuverteRéponse directe

    Un basculement historique à venir dimanche ?

  • 6:31OuverteRéponse directe

    Quel impact des ingérences américaines sur la campagne ?

  • 7:54OuverteRéponse directe

    L'ingérence étrangère a-t-elle été déterminante ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 15:17InvitéFait
    « Le secteur emblématique des difficultés, c'est le fleuron de l'industrie allemande, le secteur automobile. »

Temps de parole

  • Présentateur32 %
  • Invité22 %
  • Invité 220 %
  • Invité 318 %
  • Invité 46 %

3,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

8h22 sur France Inter, suite de cette matinale exceptionnelle consacrée aux élections fédérales en Allemagne, un scrutin décisif pour l'avenir du pays et de l'Europe entière dans un monde en plein bouleversement. On vous retrouve à Berlin avec vos invités, Simon Le Baron. Oui, en direct d'un café ici, ça sert autour de nous de généreuses assiettes petit déjeuner en état. Pour vous situer à 10 minutes à pied du fameux Checkpoint Charlie et des vestiges du mur, à 20 minutes de la porte de Brandenbourg, à 24 minutes d'Alexander Platz.

Bref, on est au cœur de cette capitale où l'histoire est à chaque coin de rue et où se joue peut-être l'élection la plus déterminante depuis la fin de la guerre froide. On va tenter de comprendre pourquoi avec nos trois invités. Isabelle Hoffmann, responsable au sein de la fondation Bertelsmann de Opinions, plateforme d'études des opinions publiques européennes. Yann Werner, chercheur en sciences politiques au Centre Jacques Delors de Berlin, institut pro-européen évidemment, qui travaille au futur de l'Union. Et Dirk Schneemann, chef d'entreprise, vous dirigez un cabinet de conseil, vous êtes président du cercle économique franco-allemand de Berlin. Bonjour à tous les trois.

1:10
Locuteur

Bonjour.

1:11
Présentateur

Le café s'appelle La Perle et vous parlez tous les trois un français parfait. C'est magnifique. À mes côtés également Sébastien Baer, correspondant de France Inter à Berlin. Vous intervenez quand vous voulez Sébastien pour nous apporter votre connaissance du pays. Je voudrais d'abord entendre nos trois invités, votre sentiment entre la montée de l'extrême droite inédite depuis la seconde guerre mondiale, le risque de rupture avec les Etats-Unis, l'Ukraine, les difficultés économiques. D'un mot, chacun vraiment. Isabelle Hoffmann pour commencer. On est à un tournant historique.

1:40
Invité

Bienvenue. Évidemment, ce sont des élections très intéressantes et très tendues. Les Allemands ont perdu leur optimisme, en fait. Pendant des années, c'était un exceptionnalisme allemand. Les Allemands étaient plus optimistes, plus satisfaits de leur pays, de leur vie personnelle, que leurs partenaires européens. Et là, c'est en train de s'approcher. Yann Werner. Un pays fébrile qui est rongé par beaucoup de peurs, qui pourrait se concrétiser bientôt. Et Dirk Schneemann. Oui, on a une situation hybride entre le factuel, ce qui se passe dans l'économie, et l'émotionnel qui touche la partie, l'Ukraine, migration, etc.

2:26
Présentateur

Et on va aborder tous les facteurs déterminants de cette élection. Les sondages, pour poser le décor, sont stables. Ils donnent les conservateurs, les chrétiens démocrates de la CDU en tête, autour de 30%. Friedrich Merz, Franck Madvon l'a dit, est sans doute le prochain chancelier. Derrière l'AFD, l'extrême droite, au-dessus des 20%, deux fois plus qu'en 2021. Et puis il y a les sociodémocrates d'Olaf Scholz. Sa coalition a explosé, c'est pour ça que nous sommes là. Qui sont autour des 15% seulement, un plus bas historique, et puis les verts juste derrière. Le fait majeur de ces élections à venir, ce sera le score potentiel de l'extrême droite. C'est vraiment ça qu'on va retenir ?

Isabelle Hoffman ?

3:07
Invité

C'est certainement la partie la plus importante à observer. J'ai aussi envie de dire qu'il y a une autre histoire qui est vraiment intéressante et qui n'était pas à prévoir. C'est la poussée de la partie délinque, donc la partie de gauche, qui était quand on est estimé sous les 5%. C'est-à-dire qu'il n'aurait été pas présent au Parlement et qui a fait un comeback assez impressionnant.

3:37
Présentateur

Yann Vernert, sur l'importance de l'extrême droite dans ces élections, c'est ce parti, l'AFD, qui a structuré la campagne ?

3:44
Invité

En partie, oui. En tout cas, sur la question du droit d'asile et de la migration. Mais je trouve qu'on a une situation paradoxale quand même, parce que d'un côté, on a bien sûr les yeux rivés sur ce parti d'extrême droite. Et c'est cette tendance extrêmement inquiétante qu'on a en Allemagne de la montée de l'extrême droite. Mais d'un autre côté, ils ne jouent pratiquement aucun rôle dans la question de la coalition, puisque tout le monde a exclu tous les partis susceptibles de former une coalition. Avec eux, on catégoriquement exclut toute coalition. Donc en fait, ils ne seront pas représentés dans le processus législatif.

Ils n'ont pas vraiment de chance de participer, de mettre en œuvre leur politique. Mais bien sûr, d'alimenter les débats publics.

4:20
Présentateur

Mais tout de même, oui. Dans ce pays où, plus qu'ailleurs, depuis la Seconde Guerre mondiale, il n'y avait plus jamais ça. C'est un basculement, peut-être une rupture historique à laquelle on va assister dimanche. Diak Schneemann.

4:33
Invité

Oui, mais comme M. Wernert disait, la question de participer au gouvernement de l'extrême droite ne se pose pas maintenant. Mais si le prochain gouvernement n'arrive pas à présenter des solutions acceptables, on a un vrai problème à la prochaine élection en 1929.

4:56
Présentateur

Justement, c'est vrai qu'il y a les ingrédients, peut-être qu'on retrouve, qui ont fait la victoire de Trump aux États-Unis. Une polarisation exacerbée du débat public, des difficultés économiques, un ressentiment à l'égard des étrangers, des immigrés. Il y a une colère très forte aussi contre la bureaucratisation, la bureaucratie. Ça peut donner une pente comme celle qui a conduit à l'arrivée, au retour de Trump aux États-Unis, selon vous, dans 4 ans, si le prochain socialier ne réussit pas.

5:28
Invité

Comme on a déjà entendu parler dans l'entrée, la campagne électorale de Friedrich-Matz était basée sur l'économie. Donc la part dans le domaine de l'économie d'Allemagne, dans cette campagne, pèse très très lourd. La perte du déclassement. La perte du déclassement. Et les deux autres éléments, la migration, l'arrivée de Trump, c'est plutôt dans le sentiment, dans l'émotionnel. Mais ce n'est pas rationnel. Et pour ça, il fallait bien rester sur cette ligne de la consolidation de la base économique. Et si on arrive de faire ça, on est aussi capable de répondre aux d'autres défis qui se posent dans la sécurité, dans la migration, dans d'autres domaines.

6:30
Présentateur

On évoque Trump. Le fait marquant, l'autre fait marquant de cette campagne, en tout cas vu de France, on en a beaucoup parlé, c'est cette ingérence américaine. Elon Musk, le vice-président J.D. Vance, sur le sol allemand la semaine dernière à Munich, soutiennent ouvertement l'extrême droite, la candidate de l'AFD, la Russie. On en a parlé avec Sébastien Bayer aussi tout à l'heure dans le Zoom. C'est moins brillant, mais mène aussi une guerre informationnelle qui profite à l'extrême droite. À quel point, Isabelle Hoffmann, ses ingérences étrangères ont perturbé, en tout cas influencé la campagne ?

7:03
Invité

Je crois que c'est très stabilisant, déstabilisant pour l'identité allemande presque, j'ai envie de dire. En fait, après la Deuxième Guerre mondiale, il faut comprendre que la réhabilitation de l'Allemagne, dont l'imaginaire et le souvenir collectif des Allemands, où l'Allemagne de l'Ouest est intimement liée avec les Américains, le soutien des Américains. Et on a retrouvé une nouvelle maison en s'ancrant dans cette communauté de l'Ouest, créée par les Américains. Et voilà, de voir ça partir, c'est certainement pas une surprise, mais c'est un choc.

7:54
Présentateur

Yann Vernet, ça a été un élément déterminant dans la campagne.

7:58
Invité

Oui, je dirais que ça écrase les derniers jours de la campagne, vraiment, et ça pose des questions existentielles pour l'Allemagne, parce que, comme le disait Isabelle, c'est quelque chose de constitutif pour l'Allemagne, même depuis ses débuts. On parle à partir de Berlin. Pour le blocus de Berlin, c'est les bombardiers américains, les bombardiers de raisins secs, comme ils sont appelés ici à Berlin, qui ont sauvé...

8:15
Présentateur

Bombardiers de raisins secs ?

8:16
Invité

Oui, qui larguaient des marchandises et de la nourriture pour faire face au blocus imposé par Staline pour essayer de faire céder Berlin-Ouest et d'intégrer cela dans ce qui deviendra la RDA. Mais c'est toujours été un allié bienveillant. Ils sont là depuis le début, ils ont accompagné l'Allemagne dans cette réhabilitation, dans ce retour dans le concert des nations. Et c'est le meilleur allié de l'Allemagne, en dehors de l'Europe. En Europe, c'est la France, mais ils ont toujours été là, et c'est vraiment quelque chose qui ravive beaucoup de peur. C'est le pays qui protège, qui garantit la sécurité de l'Allemagne.

8:53
Présentateur

Quand le mur de Berlin a été construit, les yeux étaient rivés vers Washington. C'est devenu le premier partenaire commercial devant la Chine.

8:59
Invité

Oui, ça c'est plutôt récent, mais ça a toujours été bien sûr un marché d'exportation aussi et aussi d'importation. C'est un pays important aussi pour les Etats-Unis. Le volume commercial est énorme, réciproque. Donc il y a un excédent allemand, bien sûr. Il y a un déficit allemand dans les services. Mais en tout cas, les liens sont énormes. Et voilà, il y a de nombreux soldats américains qui sont stationnés en Allemagne. Des liens se sont créés. La plus grande base américaine en Europe, elle est en Allemagne. Donc ça a été aussi quelque chose de mutuellement bénéfique. Les Allemands en ont peut-être profité un peu plus, surtout sur les dernières années.

Mais ça n'a pas été aussi quelque chose qui a été fait de bon cœur du côté des Etats-Unis. Bien sûr, il y a aussi des intérêts en jeu. Et c'est pour ça que je voudrais souligner ce mutuellement bénéfique. On ne comprend pas pourquoi les Etats-Unis font ça. Pourquoi maintenant ils se rangent du côté des narratifs russes dans la question de la guerre contre l'Ukraine ? Il y a une incompréhension totale. Et on voit aussi que les candidats à la chancellerie ont du mal à intégrer ça sur les derniers mètres de la campagne, vraiment.

Et je pense qu'après la campagne, enfin après les élections, on va parler de beaucoup d'autres sujets beaucoup plus existentiels que ceux dont on a parlé pendant la campagne.

10:10
Présentateur

Oui, c'est-à-dire effectivement ce bouleversement mondial auquel on assiste, effectivement, et dont vous parlez très bien. Justement, un autre sujet plus intérieur, celui-là, enfin qui se pose aussi au niveau européen, c'est le sujet de l'immigration qui a occupé, vous me le confirmez Sébastien Baer, vous qui êtes correspondant ici pour France Inter, ça a été vraiment un sujet central, peut-être le thème central de la campagne.

10:33
Invité

Dans la dernière ligne droite de la campagne, en tout cas dans le débat public, effectivement, c'est un sujet qui, après la série d'attaques meurtrières commises par des ressortissants étrangers ces dernières semaines en Allemagne, a été propulsé, numéro 1, et qui écrase tous les autres sujets, qui domine en tout cas beaucoup d'autres sujets. Alors l'économie, peut-être un peu moins, mais la question des infrastructures, la pénurie de logements, les problèmes de main-d'oeuvre, le financement des retraites, tout un tas de sujets qui sont des préoccupations pourtant majeures des Allemands et qui sont vraiment relégués au second plan, au troisième plan, depuis quelques semaines.

11:04
Présentateur

A quel point ça influence le vote des Allemands, cette question de l'immigration, Isabelle Hoffmann ?

11:10
Invité

Oui, c'est...

11:11
Présentateur

On voit que tous les partis, presque, ont durci leur discours.

11:13
Invité

Oui, oui, oui, oui, oui. Puisqu'en fait, je crois que tous les partis, sauf l'AFD, avaient intérêt de ne pas mettre en avant les questions de migration dans la campagne, sauf qu'ils n'ont pas eu de choix avec les attentats qu'on a vus. On sait, quand on regarde et on observe les voisins européens, que c'est dangereux comme sujet, puisque ça a tendance à servir à l'extrême droite, en fait.

11:48
Présentateur

C'est vrai que c'est un sujet, Sébastien a parlé de ces attaques meurtrières, c'est un sujet qui préoccupe beaucoup les Allemands.

11:54
Invité

Oui, oui, je crois. C'est certainement... C'est pas nouveau comme sujet. Ça a commencé... Un changement de gestion aussi des questions migratoires a commencé il y a dix ans. Donc c'est un sujet, mais qui commence à devenir de plus en plus important, aussi avec d'autres difficultés qui se mettent à premier plan. Les questions économiques d'abord, la guerre, etc. On sent que le monde est en train de changer, les Américains qui nous quittent, et puis qu'est-ce qu'on va en faire ? Et voilà, il y a certainement... Ce sont des questions aussi émotionnelles qui montent, et la migration affecte beaucoup de gens.

12:34
Présentateur

Il y a eu un durcissement, je le disais, du discours presque dans l'ensemble de la classe politique. Le paradoxe, Dirk Schneemann, c'est que... Pas seulement du discours, d'ailleurs des mesures, des programmes. Le paradoxe, c'est que l'économie allemande a cruellement besoin de main-d'œuvre, y compris de main-d'œuvre étrangère, pour se redresser.

12:54
Invité

Oui, oui, tout à fait. Mais la question de la migration, pour moi, c'est moins grave à résoudre que la situation géopolitique que nous avons parlé tout à l'heure vis-à-vis des États-Unis et de la Russie, parce que dans le domaine de la migration, nous, l'Allemagne, nous sommes dans le site pilote. On peut faire quelque chose sans attendre aux autres.

13:26
Présentateur

Vous n'êtes pas dépendant des autres pays, vous pouvez prendre des mesures intérieures.

13:29
Invité

Voilà. On peut faire, dans le cadre de Schengen et de l'Europe, on a une marge de manœuvre de faire quelque chose. Mais ce qui est beaucoup plus dur, c'est le sujet qu'on a traité tout à l'heure, parce que, par rapport aux autres pays en Europe, surtout l'Allemagne a été touchée par deux vagues de choc des anciennes alliances. 22, les Allemands de l'Est étaient choqués par la guerre de la Russie contre l'Ukraine, où on a perdu la boussole des anciens alliés vers l'Est.

Et maintenant, ce sont surtout les Allemands de l'Ouest qui sont dans une situation où ils se posent la question est-ce que l'alliance qu'on a toujours prônée des dernières décennies, est-ce qu'il y a un risque qu'on va perdre l'alliance américaine ? Et donc, deux chocs au bout de trois ans, très, très délicat.

14:32
Présentateur

L'Institut d'Allemands d'études économiques dit qu'il faut recruter au moins 1,6 million, 1,6 million d'étrangers d'ici 2029 pour alimenter, j'allais dire, l'industrie, le système de santé, également où il y a un gros problème de main-d'oeuvre. Ça nous amène à l'autre grand sujet de la campagne, c'est justement celui des difficultés économiques. Sébastien, on l'a entendu dans vos reportages. Il y a des symboles du pays, Mercedes, Volkswagen.

15:04
Invité

Oui, alors bien sûr, il y a tout un tas de secteurs économiques qui sont en difficulté. On peut parler de la sidérurgie, les fabricants de machines outils, la chimie aussi, qui sont des gros consommateurs d'énergie, les prix d'énergie qui flambent. Mais le secteur emblématique des difficultés, c'est le fleuron de l'industrie allemande, le secteur automobile, avec les grands constructeurs, BMW, Mercedes, Volkswagen. Et aussi, il ne faut pas l'oublier, tout ce tissu de centaines de milliers de sous-traitants, d'équipementiers automobiles, qui sont en grande difficulté et qui délocalisent, qui ferment des usines ou qui licencient.

15:34
Présentateur

Le miracle économique allemand, Yann Werner, c'est terminé ?

15:38
Invité

Alors, ça a toujours été un peu le cauchemar allemand, même quand, dans les meilleures années, en 2013, c'était « Ah, nous sommes champions de monde à l'exportation. Mais combien de temps est-ce que ça va durer ? » Donc, il y a toujours eu cette rhétorique, on va dire, de « Combien de temps est-ce qu'on va y arriver ? On n'est pas très bon ? Est-ce que les États-Unis font ci ? »

15:53
Présentateur

Mais vu que chez nous, en France, dans le débat public, on entendait très souvent des références à l'économie allemande. C'était vraiment une référence qui revenait très souvent.

16:03
Invité

Oui, c'est une remise en cause, bien sûr. La situation est sérieuse en Allemagne. Elle n'est pas dramatique. Et bizarrement, je trouve que l'ironie du sort, c'est un peu que l'Allemagne soit maintenant classée troisième puissance économique mondiale. Donc, elle a pris le pass sur le Japon. Il y a des effets aussi de monnaie, etc., qui jouent, etc. Enfin bon, c'est un problème luxueux, quand même, par rapport à beaucoup d'autres pays. Mais bien sûr, il y a ce risque que peut-être l'industrie à haute intensité énergétique parte et qu'il n'y ait pas un remplacement adéquat. Alors, il y a un débat controversé là-dessus. Est-ce que la restructuration est déjà en cours ?

Est-ce que finalement, il ne faudra pas faire tant que ça ? Est-ce qu'il faudra parler plus aussi du marché européen et faire des réformes de ce côté-là ? Mais on a aussi un petit peu le problème qu'évoquait Dirk Schneeman, c'est que les alliés partent rapidement. Donc, la Chine, on a vu, ce n'est plus vraiment un marché d'exportation pour l'Allemagne. Les Chinois exportent beaucoup plus vers l'Allemagne que l'inverse. Si les États-Unis servent vraiment la vis des droits de douane, ça va devenir compliqué. Donc, l'Allemagne essaie de voir un peu où on peut faire d'autres accords commerciaux, mais aussi de se rassurer sur ses fondamentaux, c'est l'Union européenne.

17:11
Présentateur

On parlait tout à l'heure de peur du déclassement. Isabelle Hoffman, c'est un déterminant du vote, vous qui étudiez l'opinion, qui est très important.

17:18
Invité

Oui, revenons très rapidement vers cette question. Est-ce que c'est terminé la force économique allemande ? On était déjà là au fin des années 4-20, début des années 2000. L'Allemagne, l'homme faible de l'économie européenne, etc., etc. Donc, je crois que ce sont des cycles. Ce n'est pas la fin de l'histoire qu'on a vécu aujourd'hui. Quoique, c'est un point tournant. Il faut comprendre qu'encore une fois, l'identité allemande est très intimement nouée avec sa force économique et son rôle dans le monde. Oui, je crois qu'il faut bien distinguer entre la performance de l'économie allemande, donc la création de la valeur en Allemagne, et la performance des entreprises allemandes.

Quand on regarde la bourse, elle monte, elle monte, elle monte. Ça montre que la performance des sociétés allemandes dans les taxes est au rendez-vous. Mais la création de valeur, ça ne se passe pas en Allemagne, ça se passe ailleurs. Ça, c'est le problème.

18:31
Présentateur

Oui. On est toujours en direct de Berlin pour cette matinale exceptionnelle à deux jours des élections fédérales allemandes avec Isabelle Hoffman de l'Institut Opinion, avec Yann Werner du Centre Jacques Delors et avec Dirk Schneemann du Cercle économique franco-allemand. Un mot, parce que c'est une question d'une de nos auditrices, Marianne, sur l'application de France Inter, sur une grande absente de la campagne, la question de l'écologie, qui avait animé la précédente campagne il y a quatre ans, un peu moins de quatre ans. Les Verts avaient frôlé d'ailleurs les 15%. On n'en a presque pas parlé. Isabelle Hoffman ?

19:07
Invité

C'est intéressant, puisqu'il y a une partie de l'électorat qui est certainement concernée par des questions économiques toujours. Quoique, comme les Verts étaient au pouvoir et ils ont quand même pris des pas assez décisifs dans la direction de la décarbonisation, ça a des effets positifs, des effets négatifs. Et politiquement, ça n'a pas joué dans leur faveur. Ça a aussi créé, avec une partie de la population, une incertitude sur comment je pourrais chauffer ma maison avec la flambée des prix énergétiques, etc. Oui, la question énergétique

19:48
Présentateur

et la fin de la dépendance au gaz russe qui a énormément joué.

19:50
Invité

Voilà, voilà. Et politiquement, aussi dans les réseaux sociaux, c'est les Verts énormément attaqués. C'est les parties les plus attaquées dans ce jeu numérique d'attaque et contre-attaque.

20:03
Présentateur

Alors que l'Allemagne a paradoxalement accéléré sa transition écologique.

20:06
Invité

Tout à fait, tout à fait. Sébastien Vert. Oui, la question climatique, c'était le thème très clairement numéro 1 en 2021. Omniprésent dans la campagne. Et là, il est relégué en 3e, 4e, voire 5e position. 12% des Allemands disent que c'est une préoccupation. Pour eux, cette année, c'est deux fois moins qu'il y a 3 ans et demi, 4 ans.

20:25
Présentateur

Friedrich Merz, un mot sur celui qui est le probable futur chancelier. 69 ans, il a succédé à Angela Merkel à la tête de la CDU, donc le parti conservateur, chrétien démocrate. Franck Matvon le disait tout à l'heure dans Géopolitique, il se présente comme, quelque sorte, l'anti-Merkel. Qu'est-ce que ça veut dire, Yann Werner ?

20:46
Invité

Oui, bon, ils ont une relation très compliquée hier, parce que c'est elle qui l'a plus ou moins éjectée du monde politique allemand pendant un bon moment.

20:52
Présentateur

Au début des années 2000, et puis il est revenu.

20:54
Invité

Voilà, mais je dirais qu'au niveau de l'écologie, on ne sait pas vraiment où sont ces priorités. Dans le doute, plutôt la compétitivité qu'une transition écologique accélérée. Mais les objectifs de notre alliée climatique pour 2045 sont maintenus. Ce sera très intéressant de voir ce qu'il va faire au niveau européen aussi, parce que, par exemple, dans le programme des chrétiens démocrates, il y a l'annulation de la fin du moteur de la vente de véhicules à combustion en 2035. Mais c'est un projet phare d'Ours de la fin de Lyon, qui est aussi chrétien démocrate.

21:22
Présentateur

Et la présidente de la Commission européenne.

21:23
Invité

Voilà, qui est... Elle a été très proche d'Angela Merkel, qui a porté ça en 2019. Bon, là, elle change un peu de cours, mais ce sera très intéressant de voir aussi comment il va se positionner sur ce sujet-là, et à quel point aussi ses partenaires de coalition vont influer sur ce dossier-là, parce qu'on a pris une grande érection. Il y a beaucoup d'investissements qui ont été faits. Changer de cap, maintenant, ça risque d'être quand même compliqué.

21:44
Présentateur

Et au-delà de la question de l'écologie, il a deux grandes promesses dans son programme électoral, Friedrich Merz, la baisse des impôts et le durcissement en matière d'immigration. Dirk Schneemann, vous le décrivez comment ? Celui qui sera votre chancelier, probablement, dans trois jours.

21:58
Invité

Alors, la question, pour moi, ce n'est pas vraiment qui est le futur chancelier. La vraie question, c'est avec qui ? Alors, quel gouvernement le chancelier va ou peut constituer ?

22:16
Présentateur

Pas avec l'extrême droite, même s'il a fait voter un texte contre l'immigration, récemment, symbolique, mais qui a provoqué une onde de choc ici en Allemagne. Il y a eu des manifestations. Est-ce que la frontière est poreuse ?

22:28
Invité

Alors là, l'ordre des vérités, nous aurons au plus tard lundi matin.

22:38
Présentateur

Lui dit qu'il ne gouvernera pas avec l'extrême droite. Vous n'êtes pas si sûr que cela ?

22:42
Invité

Je me souviens à une parole qui a fait le tour en Allemagne il y a plusieurs années. Personne n'a l'envie de construire une mure. Et donc, tout le monde sait ce qui s'est arrivé après. Et j'espère bien qu'on va avoir un gouvernement démocratique avec des partis qui se présentent. et tout le reste, on verra à partir de lundi.

23:15
Présentateur

Avec quelle coalition ? Quel gouvernement, Isabelle Hoffman ?

23:18
Invité

Peut-être qu'il faut aussi comprendre que ce n'est pas seulement son choix. Il a aussi son parti et tous les débutés qui doivent le voter. Donc, on a vu même au moment de ce vote maintenant très connu il y a deux semaines, on voyait beaucoup de mal à l'aise avec ce qui s'est passé.

23:36
Présentateur

L'AFD qui a voté avec la CDU ou inversement ?

23:39
Invité

Voilà, voilà, voilà. Et il faut aussi comprendre s'il fait un score. Bon, le score va être nettement mieux que les élections précédentes. mais ça dépend aussi un peu de son mandat, voilà.

23:55
Présentateur

Autour de 30% le score.

23:57
Invité

Si c'est plutôt vers 35, c'est beaucoup plus fort que si c'est plutôt 29.

24:02
Présentateur

Et tout cela, ces discussions qui vont commencer à partir de lundi, Yann Werner, d'un mot pour terminer, leur importance pour l'Europe ?

24:09
Invité

C'est très important d'avoir une voix allemande justement dans ce qu'on est en train de vivre ici au niveau global. Et pour qu'on puisse réagir en européen, il faut que les Allemands prennent leur place aussi. C'est quand même 25% du PIB européen, par exemple, au niveau militaire, commercial, etc. C'est une voix très importante, pas dominante. Plus dominante ? Non, elle a vraiment besoin de ses voisins. C'est très clair. Tout le monde le dit, c'est écrit dans tous les programmes aussi. C'est un peu la bonne nouvelle aussi qu'on va plutôt vers un gouvernement de stabilité, probablement.

Mais en tout cas, ça va prendre encore quelques semaines et mois avant qu'on ait vraiment cette voix allemande dans un gouvernement régulier.

24:47
Présentateur

Et le dernier mot, Sébastien ?

24:49
Invité

Oui, le suspense va encore durer quelques semaines, voire quelques mois, Simon, parce que traditionnellement, la formation d'une coalition, elle est pour parler, l'écriture, la rédaction d'un contrat de coalition prend quelques semaines, quelques mois. Friedrich Merz a promis un nouveau gouvernement d'ici le 20 avril. On verra s'il peut tenir les délais.

25:02
Présentateur

On suivra ça avec vous, évidemment, ici en direct de Berlin. chantier des défis historiques, en tout cas pour ce futur chancelier, redresser l'économie allemande et définir la nouvelle place de l'Allemagne en Europe, dans le monde à l'heure où les Etats-Unis se détournent de leurs alliés historiques. Ce n'est pas rien. Merci beaucoup de nous en avoir parlé tous les trois. Isabelle Hoffmann de la plateforme Opinion, Institut Bertelsmann, Yann Werner du Centre Jacques Delors de Berlin, Dirk Schneemann, président du Cercle économique franco-allemand de Berlin. Merci Sébastien Baer, correspondant de France Inter à Berlin. Merci Fabien Gosset et Amélista Delman qui sont avec nous également.

Et merci à Oumout et Dilek qui nous accueillent très très gentiment dans ce café La Perle, ici à Berlin. Et merci à vous Simon Le Baron, un grand entretien à réécouter bien évidemment sur l'application Radio France.

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