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InterviewRMC (sur YouTube)· 25 mai 2023 9 minComplaisantActualité / polémiqueAgriculture & alimentationÉconomie & entreprisesEnvironnement & énergie

Rousseau, FNSEA : "On refuse de retomber dans la guerre des prix"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:05OuverteRéponse directe

    Bonjour Arnaud Rousseau. Vous êtes le nouveau président de la FNSEA, le premier syndicat agricole de France.

  • 0:26OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous avez des nouvelles de vos collègues agriculteurs dans la région ?

  • 1:03OuverteRéponse directe

    C'est renégociation, la réouverture de négociation. C'est ce que demandent les distributeurs.

  • 1:24OuverteRéponse directe

    Mais vous, les agriculteurs, vous redoutez cette réouverture des négociations.

  • 1:55OuverteRéponse directe

    Il y a trois parties dans cette négociation des prix.

  • 2:31OuverteRéponse partielle

    Vous êtes protégé. Pourquoi vous êtes inquiet, alors ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:33Invité politiqueFait
    « ce qu'on refuse, très clairement, c'est de retomber dans la guerre des prix que nous avons subie pendant 10 ans. »
  • 1:41Invité politiqueChiffre
    « ça a conduit, entre autres, ça n'est pas la seule raison, mais ça a conduit à perdre près de 100 000 agriculteurs, 25% d'éleveurs. »
  • 1:53Invité politiqueFait
    « avec la non-négociabilité de la matière première agricole. »
  • 2:40Invité politiqueFait
    « Ce que prévoit la loi, c'est ce qu'on appelle la marche avant, la construction des prix en marche avant. »
  • 2:49Invité politiqueFait
    « on n'y est pas encore complètement. »
  • 2:51Invité politiqueChiffre
    « il y a 400 000 fermes à peu près en France, 17 000 entreprises de l'agroalimentaire et 4 à 5 centrales d'achat. »
  • 4:40Invité politiqueChiffre
    « quand un Français disposait de 100 euros, il mettait de l'ordre de 13% dans l'alimentation. »
  • 4:48Invité politiqueChiffre
    « On est monté à près de 18%, et peut-être un peu plus dans les familles les plus modestes. »
  • 7:21Invité politiqueChiffre
    « Sur la baguette de pain qu'Eddie vend 1,05 euros, le prix du blé de l'agriculteur, c'est 7 centimes. »
  • 8:06Invité politiqueChiffre
    « On consomme 1,5 million de tonnes de viande bovine en France tous les ans, dont près de 400 000 sont importées. »

Temps de parole

  • Arnaud Rousseau45 %
  • Présentateur40 %
  • Invité15 %

5,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

7h41, bon réveil à tous. L'invité du jour. Bonjour Arnaud Rousseau. Vous êtes le nouveau président de la FNSEA, le premier syndicat agricole de France. On va parler de la guerre des prix. Vous êtes inquiet, inquiet pour les agriculteurs, pris un peu entre nailles, entre distributeurs et industriels. Mais d'abord quand même un mot sur ce qui s'est passé cette nuit dans les Rots et le Gard. Des orages de grêle, certains viticulteurs disent avoir tout perdu en 15 minutes. Est-ce que vous avez des nouvelles de vos collègues agriculteurs dans la région ?

0:29
Arnaud Rousseau

Oui, on a eu des nouvelles hier soir d'un certain nombre d'événements climatiques dramatiques. Et je voudrais d'abord penser à ceux qui ont perdu en quelques minutes une année de récolte complète. Je pense à un certain nombre de viticulteurs. Une grande partie de l'Hérault, une partie du Gard. On attend encore des informations ce matin. Mais d'une manière générale, ça repose la question évidemment des aléas climatiques, de la couverture assurantielle. Et au moment où on est, du soutien qu'on doit apporter très rapidement à ceux qui ont tout perdu.

0:55
Présentateur

De l'accompagnement et notamment de la question de l'accompagnement qu'apportera l'État. On verra ça effectivement dans les prochains jours. Venons-en à ce qui vous amène. C'est renégociation, la réouverture de négociation. C'est ce que demandent les distributeurs. Leclerc, Super U, Auchan. Ils disent, voilà, les prix des matières premières ont baissé. On voudrait se remettre à la table des négo avec les industriels de l'agroalimentaire. Bercy dit, oui, il faut que tout le monde se remette autour de la table. Que ça permette de faire baisser les prix. Mais vous, les agriculteurs, vous redoutez cette réouverture des négociations.

1:28
Arnaud Rousseau

En tous les cas, ce qu'on refuse, très clairement, c'est de retomber dans la guerre des prix que nous avons subie pendant 10 ans. Et qui a conduit à de la perte de valeur, de la déflation. Et il n'y a pas une entreprise, quelle qu'elle soit, qui peut pendant 10 ans voir ses prix baisser. Ça a conduit, entre autres, ça n'est pas la seule raison, mais ça a conduit à perdre près de 100 000 agriculteurs, 25% d'éleveurs. Et ce que nous avons obtenu avec les lois EGALIM, nous a aujourd'hui conforté dans la création de valeur au niveau de l'exploitation, avec la non-négociabilité de la matière première agricole.

1:55
Présentateur

C'est-à-dire qu'il faut bien comprendre. Il y a trois parties dans cette négociation des prix. Il y a d'abord, au début de la chaîne, l'agriculteur, en effet. Ensuite, il y a l'industriel qui transforme le produit agricole qui est la matière première. Et puis, à la fin de la chaîne, il y a le distributeur. Jusqu'alors, souvent, celui qui trinquait, c'était l'agriculteur à qui on achetait de plus en plus bas et qui se retrouvait véritablement le couteau sous la gorge. La loi a imposé désormais que les industriels et la distribution ne vous achètent jamais à perte. C'est fini, ça. Ça n'existe plus. Vous êtes protégé. Pourquoi vous êtes inquiet, alors ?

2:33
Arnaud Rousseau

On n'est pas complètement protégé aujourd'hui. Ce que prévoit la loi, c'est ce qu'on appelle la marche avant, la construction des prix en marche avant. C'est-à-dire qu'à partir de coûts de production interprofessionnels reconnus, on puisse construire ces prix. La réalité, c'est que dans un certain nombre de domaines, et je pense notamment à la viande bovine, on n'y est pas encore complètement. Ce que vos auditeurs veulent savoir, c'est qu'il y a 400 000 fermes à peu près en France, 17 000 entreprises de l'agroalimentaire et 4 à 5 centrales d'achat en fonction de comment on regarde les choses.

2:59
Présentateur

Donc, c'est un entonnoir.

3:00
Arnaud Rousseau

Exactement. Nous, ce qu'on dit, c'est que d'un côté, on a des consommateurs qui nous disent qu'on a de plus en plus de mal à se nourrir. Et on est obligé de faire des coupes. Et ça, ça nous pose un problème, nous, en tant que producteurs agricoles. De l'autre côté, on a des agriculteurs qui, c'est connu, ont un certain nombre de difficultés à pouvoir faire vivre leurs entreprises. Il y a un jeu classique entre la grande distribution et l'industrie agroalimentaire de « les marges ne sont pas chez moi, mais chez vous, c'est pas vrai, c'est le contraire ».

Nous, ce qu'on dit, c'est qu'on a intérêt à remettre un peu de responsabilité pour faire en sorte, un, qu'on conserve notre souveraineté française agricole, c'est-à-dire notre capacité à continuer à produire en France des produits de qualité et faire en sorte qu'on ne détruise pas de valeur pour ne pas voir des fermes disparaître.

3:42
Présentateur

Sauf qu'il y a quand même un problème de décalage. La tonne de blé est au plus bas depuis deux ans. Pour autant, quand on est dans les rayons, le prix des pâtes, il n'est pas redescendu.

3:51
Arnaud Rousseau

Il n'est pas redescendu, alors, pour plusieurs raisons. L'une, c'est qu'on récolte du blé une fois par an, que les pâtes que vous avez en rayon en ce moment sont des pâtes qui ont souvent été fabriquées il y a quelques années. Et puis, disons-le, il y a aussi parfois un peu de reports de marge qui sont opérées.

4:05
Présentateur

De la part de qui ? Du distributeur ?

4:06
Arnaud Rousseau

De la part du distributeur, mais voilà, il peut y avoir des choses classiques.

4:09
Présentateur

Ça a été le cas sur vos huiles, d'ailleurs. Oui, je... Vous l'aviez dit la semaine dernière, parce qu'il faut le dire, en plus d'être agriculteur, vous êtes... Vous présidez le conseil d'administration d'une des plus grandes marques d'huile, le sieur Puget Isieu 4. Et là, vous aviez dit, nous, on les vend désormais moins cher, mais on ne voit pas le prix baisser dans les rayons. J'allais d'ailleurs poser la question à Dominique Chalcher de Super U.

4:27
Arnaud Rousseau

Oui, c'est ce qu'on a observé. Alors moi, encore une fois, je comprends qu'il puisse y avoir un peu de délai, mais il y a un petit jeu. Moi, ce que je voudrais, c'est plutôt appeler à la responsabilité des acteurs. On a besoin de continuer à fournir une alimentation de qualité aux consommateurs français. On a besoin de le faire à un prix abordable. Jusqu'à maintenant, quand un Français disposait de 100 euros, il mettait de l'ordre de 13% dans l'alimentation. C'est ce qui s'est passé les dix dernières années. Ça ne permet pas à l'agriculture française de vivre.

On est monté à près de 18%, et peut-être un peu plus dans les familles les plus modestes, et ça n'est pas supportable pour un certain nombre de nos compatriotes. Ce qu'on a besoin, c'est de se mettre autour de la table, de voir comment on peut, entre ce 13% pas supportable pour l'agriculture et ce 18% pas supportable pour le consommateur, trouver les voies médicales.

5:06
Présentateur

Une forme d'équilibre entre les deux. Je parlais de la tonne de blé, et justement au 32-16, il y a Edi qui vient de nous appeler. Edi, vous êtes en Saône-et-Loire, vous êtes pâtissier, donc vous en consommez effectivement du blé, de la farine. Vous ne trouvez pas normal que les prix ne baissent pas ?

5:22
Invité

Oui, bonjour à tous les autres équipes, je suis pâtissier, mais je suis surtout également boulanger. D'accord. Donc je dirais qu'au niveau farine, on en consomme quand même pas mal.

Après, moi je ne suis pas spécialement, au niveau des prix, c'est sûr qu'on entend beaucoup parler de baisse de prix dans les grandes surfaces, où ils ont directement répercuté les hausses au fur et à mesure, comme vous avez pu souvent le relayer avec des hausses allant jusqu'à 20%, même si on est plus autour de 15%, ce qui est plutôt compliqué pour nous, pour nos entreprises, parce que la fameuse baguette française qui est connue et reconnue, typiquement elle est passée de 1 euro à 1,5 euro, ce qui représentait une hausse de 5%.

Donc voilà, c'est déjà la première chose, ça fait longtemps qu'on entend parler du bouclier tarifaire pour l'énergie, pour le panier de course, mais je pense que le bouclier tarifaire, il a surtout été fait par les petites entreprises, même les agriculteurs, qui n'ont pas forcément répercuté toutes les augmentations qu'ils auraient dû avoir, de par les engrais et l'alimentation.

6:23
Présentateur

Vous avez joué votre rôle, en fait, c'est ce que vous nous dites, Teddy. Mais est-ce qu'aujourd'hui, vous comprenez aussi ce que nous dit à l'instant Arnaud Rousseau de la FNSEA, c'est-à-dire qu'il y avait une sorte de... Ça n'était pas possible, ça n'était pas acceptable, ça n'était pas normal de payer si peu cher l'alimentation jusqu'alors. Il y en a forcément un qui trinquait, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, vous dites que c'est vous les entreprises qui assurez le bouclier tarifaire, mais jusqu'alors, c'était les agriculteurs qui l'assuraient au fond ce bouclier tarifaire, en quelque sorte.

6:52
Invité

Non, mais c'est exactement ça. Et puis d'ailleurs, on est chacun, je pense, d'un bout et l'autre de la chaîne. Et le problème, il est peut-être... Voilà, comme votre invité le disait, au milieu de la chaîne, pourquoi est-ce que le blé est à 220 euros la tonne et que nous, on continue à payer le kilo de farine encore 50% plus cher qu'il y a un an ?

7:11
Présentateur

Et vous continuez, en effet, à le payer au prix d'avance. Parce que vous nous dites sur les pâtes, ça, je veux bien comprendre Arnaud, les pâtes, elles ont été peut-être fabriquées il y a un an, mais là, quand on achète la farine, c'est un peu plus rapide quand même, non ?

7:21
Arnaud Rousseau

Sur la baguette de pain qu'Eddie vend 1,05 euros, le prix du blé de l'agriculteur, c'est 7 centimes.

7:28
Présentateur

D'accord.

7:29
Arnaud Rousseau

7 centimes. Donc, vous voyez bien...

7:31
Présentateur

7 centimes qui arrivent dans la poche de celui qui a produit le blé.

7:34
Arnaud Rousseau

Vous prenez la baguette de pain qui vaut 1,05 euros. Sur ce 1,05 euros de la baguette de pain, 7 centimes, c'est le blé de l'agriculteur. Donc, vous voyez bien qu'il faut faire porter l'effort où il nécessite d'être porté. Nous, ce qu'on dit, c'est qu'on a besoin de protéger notre souveraineté. Et regardez ce qui s'est passé depuis quelques jours sur la viande bovine. On explique que pour tout un tas de raisons, il faut moins d'éleveurs en France.

7:55
Présentateur

J'allais y venir. C'est même la Cour des comptes qui s'en mêle et qui explique que le cheptel bovin, que le nombre de vaches en France serait trop élevé, qu'il faut réduire le nombre de vaches en France.

8:05
Arnaud Rousseau

Inacceptable. Inentendable. On consomme 1,5 million de tonnes de viande bovine en France tous les ans, dont près de 400 000 sont importées. Le sujet, c'est plutôt comment on fait pour entretenir une activité de viande bovine en France, soutenir les éleveurs et réduire l'importation. Production bovine faite dans des conditions qui sont pour 80% nourries à l'herbe. Comment on fait pour conserver ça en France, donner de la dynamique, renouveler les générations, parler à la société de la qualité de cette production, plutôt que d'expliquer doctement qu'il n'y a qu'à supprimer un certain nombre de producteurs et qu'on aura à régler le problème.

C'est fallacieux de le penser, c'est simpliste et c'est clairement pas acceptable pour le monde agricole.

8:43
Présentateur

Et on entend effectivement votre colère ce matin, Arnaud Rousseau. Votre inquiétude même, est-ce que si on réduit le nombre de vaches en France, on se tourne davantage vers l'importation ? C'est un peu ce que menaçait d'ailleurs de faire quelqu'un comme Michel-Edouard Leclerc aller chercher la viande ailleurs, en Pologne, au Portugal ou ailleurs. Vous défendez bien sûr les agriculteurs français. Merci d'être venu dans ce studio. Vous êtes président de la FNSEA, premier syndicat des agriculteurs. Il est 7h51.

Rousseau, FNSEA : "On refuse de retomber dans la guerre des prix" — Arnaud Rousseau · Pourquijevote