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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 26 mars 2026 7 minContradictoireFond programmatique

Municipales 2026 : "Le vrai pouvoir aujourd'hui, c'est celui qui va présider son intercommunalité", estime Brice Soccol

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Chapitres

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  • 0:33Invité politiqueFait
    « En toute franchise, aujourd'hui, moi je dirais que c'est l'intercommunalité, c'est le président de l'intercommunalité. »
  • 0:51Invité politiquePromesse
    « Je dirais presque tout. »
  • 1:03Invité politiqueFait
    « Le maire peut délivrer les permis de construire à autorité sur le funéraire et puis sur un pouvoir de police. »
  • 1:15Invité politiqueFait
    « Tout le reste, l'aménagement du territoire, tout ce qui est la gestion des déchets, les ordures ménagères, l'assainissement, le financement et la construction des équipements publics, vous savez, des stades, des médiathèques, tout ça relève de l'intercommunalité. »
  • 2:33PrésentateurFait
    « On va prendre l'exemple de Lyon parce qu'en fait, c'est la seule ville où on a aujourd'hui déjà l'intercommunalité parce qu'ils votent dès les municipales. »
  • 2:56Invité politiqueFait
    « C'est comme vous le disiez justement, c'est la seule ville où il y a eu une élection parce que le pouvoir économique, le pouvoir d'aménagement, le pouvoir financier, aujourd'hui, il est à la métropole du Grand Lyon. »
  • 3:35Invité politiquePromesse
    « Si votre président de communauté urbaine ou de métropole est de la même couleur politique que votre maire, ça facilite les relations, ça facilite l'aménagement, ça facilite le financement des infrastructures. »
  • 4:57Invité politiqueFait
    « M. Payon est arrivé en tête de ses élections municipales, il a été élu maire de Marseille, mais il est minoritaire à la métropole. »
  • 5:53Invité politiquePromesse
    « C'est un des éléments de la crise démocratique locale. »

Temps de parole

  • Invité politique74 %
  • Présentateur26 %

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0:00
Présentateur

Il est 6h21. Après avoir braqué les projecteurs sur les mairies, il est important de regarder aussi du côté des intercommunalités, les agglomérations, communautés de communes ou métropoles, qui disposent bien souvent de prérogatives très importantes et où les majorités politiques risquent de changer aussi ces prochaines semaines. Et si c'était d'ailleurs l'échelon le plus important au niveau local ? Bonjour Brice Socol. Bonjour. Vous êtes politologue et essayiste, spécialiste des territoires. Aujourd'hui, le vrai boss, c'est qui ? Le maire ou le patron de l'intercommunalité ?

0:28
Invité politique

Écoutez, en toute franchise, aujourd'hui, moi je dirais que c'est l'intercommunalité, c'est le président de l'intercommunalité. En fait, toutes les têtes sont déjà tournées vers l'intercommunalité. Là, on va voter pour les conseils municipaux, pour les maires. C'est important, c'est symbolique le maire parce que c'est le tiers de confiance des Français. Mais en fait, le vrai pouvoir, aujourd'hui, c'est celui qui va présider son intercommunalité.

0:48
Présentateur

Qu'est-ce qui relève d'elle ?

0:49
Invité politique

Écoutez, je dirais presque tout. Qu'est-ce qui ne relève pas d'elle ? La commune, elle a quoi comme pouvoir ? Le maire peut délivrer les permis de construire à autorité sur le funéraire et puis sur un pouvoir de police. Mais tout le reste, l'aménagement du territoire, tout ce qui est la gestion des déchets, les ordures ménagères, l'assainissement, le financement et la construction des équipements publics, vous savez, des stades, des médiathèques, tout ça relève de l'intercommunalité.

1:15
Présentateur

Et ces compétences-là, c'est définie et limitée par la loi ou c'est à la carte selon les agglos ?

1:19
Invité politique

Elles sont définies par la loi pour la majorité d'entre elles et c'est bien, c'est bien. Là, la question, c'est qu'en fait, vous savez, c'est apparu d'abord au XIXe siècle, voilà, c'est le regroupement de communes pour faciliter, pour mutualiser l'assainissement, la voirie. Puis vous avez eu les grandes lois de décentralisation de 1982, vous avez eu la loi chevènement de 99 et puis des lois techniques depuis. Et progressivement, on a renforcé le pouvoir de ces intercommunalités. Mais il faut dire à nos auditeurs que ce ne sont pas des collectivités locales, attention, ce sont des établissements publics.

1:53
Présentateur

Donc, avantage aux intercommunalités pour les prérogatives, pour les compétences, pour les budgets, qu'est-ce qui gagne ?

1:59
Invité politique

Pour les budgets, c'est évidemment l'intercommunalité qui gagne.

2:02
Présentateur

Avec quel ordre de grandeur, par exemple ? C'est quoi un budget d'une intercommunalité où il y a une grosse ville ?

2:07
Invité politique

Non mais c'est énorme, c'est énorme parce qu'en fait, ça dépend des dotations de l'État et puis ça dépend, on appelle ça des impôts, des entreprises. Les entreprises payent un impôt qui va aujourd'hui à l'intercommunalité. C'est ce qu'on appelle des groupements à fiscalité propre, on ne va pas rentrer dans la technique, mais ils ont une autonomie financière conséquente. C'est eux qui financent pratiquement toutes les infrastructures aujourd'hui sur un territoire.

2:30
Présentateur

Et donc, est-ce que ça donne une autre lecture finalement du résultat des municipales ? On va prendre l'exemple de Lyon parce qu'en fait, c'est la seule ville où on a aujourd'hui déjà l'intercommunalité parce qu'ils votent dès les municipales. C'est une exception, c'est la seule ville où c'est comme ça. Donc Lyon reste écologiste avec la victoire de Grégory Doucet. Mais Jean-Michel Aulas, qui pourrait bien, d'après ce que j'ai vu, devenir le premier vice-président de l'Aglo ? Est-ce que finalement, ce n'est pas lui qui aurait plus de pouvoir ?

2:51
Invité politique

Écoutez, oui, on peut dire qu'il a gagné, si je puis dire, sur tapis vert, même s'il y a eu une élection. C'est comme vous le disiez justement, c'est la seule ville où il y a eu une élection parce que le pouvoir économique, le pouvoir d'aménagement, le pouvoir financier, aujourd'hui, il est à la métropole du Grand Lyon. Et lorsque Grégory Doucet va continuer peut-être sa politique en matière de voirie, jusqu'à présent, elle était co-financée, elle était accompagnée par la métropole puisque c'était la même couleur politique. Donc la politique dans les grandes métropoles, dans les grandes communautés urbaines, joue un rôle déterminant.

Si votre président de communauté urbaine ou de métropole est de la même couleur politique que votre maire, ça facilite les relations, ça facilite l'aménagement, ça facilite le financement des infrastructures. Si, comme c'était le cas par exemple dans la dernière mandature à Cherbourg ou à Dinan, vous aviez un maire d'une couleur et un président d'une autre couleur, parfois c'est un peu compliqué pour arbitrer les financements et les aménagements.

3:50
Présentateur

Et comment ça se passe ? Comment se passent les relations généralement, donc entre les mairies et les agglos, quand il y a une grosse ville ou quand ce sont des communautés de communes en milieu rural ? C'est différent ?

4:00
Invité politique

Oui, c'est totalement différent. Vous savez, vous avez deux logiques dans l'intercommunalité. Alors vous avez une logique qui est d'abord, qui peut être politique. On vient d'en parler et c'est rare parce qu'en fait, initialement, notamment dans la ruralité, dans la périurbanité, dans les villes moyennes, ça se fait en bonne intelligence. C'est-à-dire qu'on peut avoir le maire d'une ville-centre qui est président de l'intercommunalité et qui gère avec des communes rurales, intelligemment, l'aménagement du territoire. On va faire une médiathèque dans telle petite ville et pas forcément dans la ville centrale.

Et puis, vous avez aussi des intercommunalités qui ne sont pas gérées par le maire de la ville-centre, qui sont gérées, paradoxalement, par un maire d'une commune rurale. Et là, peut-être, ça peut être parfois un peu plus compliqué parce que le maire d'une commune rurale n'a pas forcément la vision de ce qu'est une grande ville.

4:48
Présentateur

Quelles sont les agglomérations qu'il va falloir suivre dans les prochaines semaines ?

4:51
Invité politique

Écoutez, prenons l'exemple, par exemple, de Marseille. Marseille est intéressant parce que M. Payon est arrivé en tête. De ses élections municipales, il a été élu maire de Marseille, mais il est minoritaire à la métropole. Et donc, il va falloir qu'il discute, peut-être, avec des élus d'autres couleurs politiques, peut-être centristes, avec la maire d'Aix-en-Provence, le maire de Salon, pour trouver une majorité de projets. Vous avez Perpignan. Perpignan, c'est intéressant parce que Perpignan, c'est la plus grande ville de 100 000 habitants tenue par le Rassemblement National. Mais, jusqu'à présent, il ne présidait pas l'agglomération.

Donc, vous voyez, par rapport à ce qu'on a dit, les difficultés sur le plan politique, peut-être en lui, en termes d'aménagement, et je pense qu'il pourrait, puisqu'il y a deux communes qui ont basculé au Rassemblement National dans cette agglomération, il pourrait peut-être, demain, être le premier président du Rassemblement National d'une intercommunalité.

5:40
Présentateur

Brice Ocol, je le disais, les citoyens, à part à Lyon, n'analisent pas directement leurs conseillers communautaires. Donc, on ne vote pas pour eux, mais ce sont eux qui ont le pouvoir, d'après ce que vous nous dites. Vous pensez que ça participe de la crise démocratique ?

5:53
Invité politique

Pour moi, c'est un des éléments de la crise démocratique locale.

5:57
Présentateur

On ne connaît pas les gens qui nous dirigent, finalement.

5:59
Invité politique

Voilà, le maire reste le tiers de confiance de nos concitoyens. On va voir le maire quand on a des besoins, quand on a des choses à lui demander, etc. Il est à portée de baffes, mais on ne connaît pas son président d'agglomération, son président d'intercommunalité. Et ça, c'est un vrai sujet, parce qu'on a besoin que le pouvoir de proximité soit incarné. Et si on a eu un taux d'abstention aussi élevé, c'est aussi une de ces raisons-là. C'est parce que parfois, on va voir le maire, le maire dit, mais ce n'est pas moi, c'est le président de l'interco, ce n'est pas moi, c'est le département, c'est la région.

Et donc, le maire est pris en étau entre des compétences qu'il n'a pas ou qu'il n'a plus, et des citoyens de plus en plus exigeants.

6:33
Présentateur

Et alors, comment on sort de l'impasse ? Est-ce qu'il y a une réflexion politique sur le sujet ?

6:36
Invité politique

Ou tout le monde s'en fiche ? Tous les deux, trois ans, il y a le marronnier, on a une loi de décentralisation, mais je pense que c'est une priorité aujourd'hui, c'est un vrai sujet. C'est-à-dire qu'il va falloir réformer l'État, il va falloir rapprocher le pouvoir de nos concitoyens, et il va falloir définir ce que fait ou pas l'intercommunalité et la région dans les années à venir.

6:55
Présentateur

Merci beaucoup pour vos explications, Brice Socol, politologue et essayiste. Et je vais citer le livre que vous avez écrit avec Frédéric Dhabi de « L'écharpe et les tempêtes ». Et c'est publié aux éditions de Lobby, les 6h28.