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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 27 septembre 2025 8 min

Une sanction historique était attendue pour Nicolas Sarkozy #cdanslair 26.09.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

J.Fourquet, vous êtes directeur du département opinion à l'Ifop. L.Valdiguié, vous étiez dans la salle d'audience quand la décision est tombée.

Racontez-nous ce que vous avez vu et perçu. - L.Valdiguié: Tout le monde s'attendait à une décision lourde.

Depuis le 8 avril, la date de fin de ces 38 audiences, tout le monde s'attendait à quelque chose d'historique. Même si toute la défense avait plaidé la relaxe. Tout le monde est rentré dans la salle d'audience avec un peu de tension.

On guette toujours s'il y a beaucoup de policiers autour de la salle. Dans ces audiences, en général, il y a des escortes. Là, il n'y en avait pas.

Il y avait des policiers, mais une ambiance normale. La présidente a commencé par lire son dispositif en prenant le truc à l'envers et en disant d'entrée de jeu qu'il y aurait 3 relaxes. Elle a cité 3 relaxes.

On a compris que les autres allaient être condamnés. N.Sarkozy a su d'entrée, à la première minute, qu'il serait condamné, qu'il n'aurait pas la relaxe.

Elle a continué. "68 infractions..." C'est hyper long, hyper juridique, hyper complexe.

On s'y perdait. Elle a lu les infractions. Le tribunal, c'est un grand tricot.

Le tribunal a détricoté tout ce qu'avait construit le PNF. Le tribunal avait écarté la corruption, blanchi et relaxé E.Woerth.

Il n'était pas poursuivi pour des histoires de financement de la campagne. Tout ça pour dire que ça partait bien pour N.Sarkozy. - A.Casse: Vous vous êtes dit qu'il allait échapper à la prison? - L.Valdiguié: On savait qu'il était condamné pour association de malfaiteurs.

Le Parquet national financier avait mis la barre à 7 ans. On a tous compris que la barre était en train de descendre. Les avocats, côté défense...

Tout le monde s'échange des textos. C'était long et technique. Tout le monde pensait que ça allait bien se passer.

A un moment donné, elle avait presque fini. Des policiers sont rentrés sur la droite. C'est cette grande salle Victor Hugo avec des bancs blancs.

C'est une pente douce. Sur la porte de droite, des policiers se sont installés sur le bord. Le commandant, le chef de la police, avait une matraque dans le dos.

Ca m'a paru bizarre, cette matraque dans le dos. Il n'a jamais ça, le commandant. Il était entouré d'une grappe de policiers.

Les avocats l'ont vu aussi. Tous les avocats voient que quand il y a des policiers qui s'installent à la porte de la salle à la fin d'une audience, il peut se passer quelque chose. Elle a égrainé les peines.

Elle avait campé le décor juridique. Elle a appelé un banquier suisse qui a mis en musique tous les financements, qui a rendu opaque les 500 000 euros qui ont permis à C.Guéant de bénéficier d'un appartement en échange de tableaux qui n'en valaient que 30 000.

Son avocat avait plaidé que s'il allait en prison, il serait le 3e plus vieux détenu de France. Il a 80 ans. Il a été condamné à 4 ans de prison ferme.

Elle a dit: "Monsieur, compte tenu de la gravité de ce qui vous est reproché, nous ordonnons un mandat de dépôt." Les 2 policiers se sont rangés derrière lui. L'ambiance a changé du tout au tout. - A.Casse: Ca veut dire qu'il va être incarcéré? - L.Valdiguié: Il était sous escorte policière.

Juste après, A.Djouhri, pareil, 6 ans de prison. C'est plus que les réquisitions.

Le 3e à se lever, c'est N.Sarkozy. On n'entendait pas voler une mouche dans cette salle.

Plus un son. La salle était bondée. "Bonjour, monsieur N.Sarkozy." Elle lui a lu le dispositif des faits d'une exceptionnelle gravité. 5 ans ferme.

Mandat de dépôt différé. Il y a eu un frisson et un bruit dans la salle. N.Sarkozy est venu avec toute sa famille, ses 3 fils, ses 2 frères, sa soeur, sa femme, tous ses proches.

Tout le monde a compris qu'il n'allait pas aller en prison aujourd'hui, donc les policiers ne se sont pas approchés, mais qu'il allait être convoqué. Il allait être convoqué par le PNF. - A.Casse: Comment il a réagi quand les décisions sont tombées? - L.Valdiguié: Il y a eu un murmure, une onde, un frisson.

Des gens ont dit quelque chose. La présidente avait dit d'entrée de jeu: "Je vous préviens, je ne tolérerai aucune manifestation dans cette pièce." Ca a duré 2 secondes.

Il n'a absolument rien dit. Il s'est assis. Elle a continué les peines pour les autres.

Ca a duré 5 ou 10 minutes. L'audience a été suspendue. Il y a eu tout le volet des parties civiles.

Dans cette audience, il y avait sur les bancs de gauche toutes les familles de l'accident du DC-10 UTA. Toutes ces familles ont été reçues comme parties civiles. Au-delà des peines, le tribunal a estimé que ces familles, leurs parties civiles étaient recevables et qu'elles devaient être indemnisées.

C'était une victoire judiciaire pour ces familles. Les policiers ont eu beaucoup de mal à évacuer la salle. N.Sarkozy était au 1er rang.

Il s'est levé et a fait un bloc avec ses avocats et sa famille. - A.Casse: Il a eu le temps de se concerter?

Il a pris la parole. C'était prévu? - L.Valdiguié: Ce n'était pas prévu.

C'est lui qui l'a décidé. On voyait bien qu'il y avait un groupe et il était au centre. Le tribunal a accepté que les deux qui partaient en prison le soir même puisse s'entretenir avec leur famille et les avocats.

Il y a eu un brouhaha. Ils ont fait évacuer tout le monde. C'est là qu'il est sorti et qu'il a fait sa déclaration.

Comment vous avez vécu cette décision? Si on continue l'histoire, il sort et s'exprime devant les caméras. Il dit: "La haine n'a aucune limite." Comment vous avez perçu cette réaction?

Est-ce qu'elle a des accents trumpiens? - N.Saint-Cricq: Je n'étais pas étonnée de la réaction.

Les fois précédentes, il y avait une technique de justification qui était de crier en disant que les juges avaient fait un complot contre lui et que c'était une victime. Le connaissant, je savais que son ton n'allait pas être dans le désespoir, mais plutôt dans la colère devant la volonté de ne pas se laisser abattre. Il a tendance à se battre.

C'est quelqu'un qui veut gagner. Il a du caractère. Personnellement, je me suis dit que ce n'était pas possible.

Tout le monde dit que c'est le 1er président de la République depuis la guerre...

C'est quelqu'un avec qui on a partagé la vie politique.