JUSQU'OÙ IRA CE GOUVERNEMENT DANS L'INHUMAIN ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 70 %Défensif 30 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:00Ludovic HolbeinFait
« Aujourd’hui ça fait 19 jours qu’on ne mange pas, est-ce que quelqu’un qui prend des décisions peut venir nous voir ? »
- 3:00Ludovic HolbeinFait
« Il y a une véritable montée de la violence avec de plus en plus de personnes qui sont à l’hôpital suite à des coups et blessures de la part des forces de l’ordre. »
- 6:00Ludovic HolbeinFait
« C’est tout simplement du vol. »
- 7:00Ludovic HolbeinFait
« Si la situation est pire actuellement, c’est qu’on est dans une période pré-électorale. »
- 8:00Ludovic HolbeinFait
« Excusez-moi, c’est mon langage, c’est du foutage de gueule. »
- 9:00Ludovic HolbeinChiffre
« 3% des expulsions sont suivies d’une mise à l’abri. »
- 10:00Ludovic HolbeinFait
« Il n’y a plus de confiance avec l’État. »
- 11:00Ludovic HolbeinChiffre
« Il y a 2200 repas qui sont servis chaque jour par les associations agréées par l’État dans un cadre sécurisé. »
- 12:00Ludovic HolbeinFait
« Un grand nombre de mineurs ne sont pas mis à l’abri tous les jours, ce qui rend l’État complètement hors la loi. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Aujourd’hui ça fait 19 jours qu’on ne mange pas, est-ce que quelqu’un qui prend des décisions peut venir nous voir ? Ils s’appellent Ludovic Holbein, Anaïs Vogel et Philippe Demeestère. Vous en avez forcément entendu parler ces derniers jours.
Ils ont débuté une grève de la faim depuis le 11 octobre pour dénoncer les traitements réservés aux migrants à Calais. Les diverses associations et acteurs locaux ont beau dénoncer les démantèlements quotidiens des camps de fortune, les déchirures systématiques des tentes ou encore les saisies des affaires personnelles, rien n’y fait, tout le monde ferme les yeux sur la situation depuis la fermeture de la jungle en 2016. Alors Ludovic, Anaïs et Philippe ont pris le parti d'arrêter de se nourrir pour alerter.
Lorsque nous les avons interrogés, ils entamaient leur 19e jour de grève de la faim. Ils nous expliquent le sens de leur démarche et ce qu’ils en attendent exactement. On s’est lancés effectivement, dans cette grève de la faim il y a maintenant 19 jours parce qu’en fait ce qu’il s’est passé fin septembre, il y a eu la mort la mort d’un jeune qui s’appelait Yasser, un jeune Soudanais qui a été écrasé par un camion quand il essayait de passer en Angleterre.
Le même jour en fait, il y a un gros lieu-dit qui a été démantelé, il y a 1000 personnes qui ont été délogées par les forces de l’ordre, dont des amis de Yasser. Ca veut dire qu’en fait ils ont vu leur ami mourir sous leurs yeux, et quelques heures après les forces de l’ordre sont venues pour leur ordonner de quitter leur lieu de vie. Au moment où ils ont pris cette demande, où ils leur ont fait cette demande, ils leur ont pris comme habituellement, c'est-à-dire tentes, vêtements, chaussures, etc.
Ce sont des choses qui sont malheureusement habituelles à Calais. On se rend compte aussi que à Calais ce qu’il se passe en ce moment, c’est qu’il y a une véritable montée de la violence avec de plus en plus de personnes qui sont à l’hôpital suite à des coups et blessures de la part des forces de l’ordre. Beaucoup d’humiliations.
De la nourriture qui se fait gazer, des cubes d’eau qui sont lacérés par la police, etc. Je crois que cette grève de la faim, c’était juste un cri de désespoir face à tout ça en fait. On ne savait plus quoi faire en fait ?
On était complètement démunis. Il nous a semblé que c’était le moment favorable de mettre un coup d’arrêt à ce qui est une spirale infernale. C’est un petit moyen, cette grève de la faim, mais c’est important pour briser aussi le mur d’indifférence qui s'établit autour de cette question.
On a trois revendications qui sont très simples. La première, c’est l’arrêt des expulsions qui sont quotidiennes ou qui ont lieu toutes les 48 heures des lieux de vie. C’est-à-dire que les forces de l’ordre rentrent sur les lieux de vie et demandent à tout le monde de s’en aller, prennent les affaires qui restent, sortent, et les personnes viennent se réinstaller.
On demande l’arrêt de ces expulsions. La deuxième revendication, c’est l’arrêt du vol des affaires des personnes exilées. Pendant ces mêmes expulsions, souvent les personnes n’ont pas le temps de préparer leurs affaires quand les forces de l’ordre entrent.
Elles s’en vont avec le maximum d’affaires qu’elles peuvent mais souvent elles ne peuvent pas tout prendre, elles n’ont pas le temps de démonter leur tente. On peut oublier un sac de couchage, une couverture, un sac à dos, et ces affaires sont saisies, sont mises dans une benne. Concrètement, c’est très compliqué pour les personnes de les récupérer.
Donc, c’est tout simplement du vol. La troisième revendication, c’est l’instauration d’un dialogue réel, raisonné et citoyen entre les associations non mandatées par l'État et les autorités. L’ouverture du dialogue pour nous commence par le fait d’accéder à notre première revendication.
C’est une preuve de bonne volonté, de bonne foi de la part des autorités de nous entendre et ensuite de l’arrêt de ces expulsions-là découlera déjà forcément beaucoup moins de vols d’affaires et on peut travailler sur ce sujet-là. C’est un engagement aussi qui nous permet de dire que ça y est, on est enfin dans un dialogue avec les autorités. Si la situation est pire actuellement, c’est qu’on est dans une période pré-électorale et donc comme dans les marchandages dont les exilés peuvent être l’objet avec la Grande-Bretagne, on voit bien comment à travers les discours de monsieur Zemmour et de madame Le Pen, il y a une pression qui s’exerce sur le gouvernement qui s’empresse d’y répondre avec une image de fermeté.
Ils se dissimulent derrière des mots “accueil”, de “mise à l’abri”, autant d’éléments de langage qui sont en trompe-l'œil Excusez-moi, c’est mon langage, c’est du foutage de gueule. Quand on a commencé cette grève de la faim, les gens nous demandaient : “Mais vous êtes obligés de faire une grève de la faim pour ça ? N’y a-t-il pas d’autres moyens ?”.
Du coup, on expliquait effectivement que tous les moyens avaient déjà été mis en oeuvre, les pétitions, les manifestations, les recours juridiques, le défenseurs des droits est intervenu plusieurs fois, la CNDH aussi, le rapporteur de l’ONU, et aujourd’hui, on voit que même une grève de la faim qui en est à son bientôt vingtième jour, on va arriver dans la troisième semaine, ne permet toujours pas d’avoir des choses qui ne devraient même pas se discuter. La situation est aussi dramatique d’un point de vue presque démocratique. On est complètement ignorés et c’est vraiment aussi dramatique à ce niveau-là.
Je crois madame la députée qu’il ne faut pas tomber dans la caricature. Il y a effectivement régulièrement des camps démantelés. Démantelés pourquoi ?
Pour mettre les personnes à l’abri, dans les centres d’accueil où leur sont proposées des solutions. Il faudrait voir ce que signifie une mise à l’abri exactement. Déjà les expulsions sont quotidiennes, donc des mises à l'abri ne suivent pas chaque expulsion.
Des mises à l’abri, il va y en avoir peut-être une fois par mois, quand elles ont lieu. Ici elles sont forcées, on ne dit rien aux gens, on prend les gens, on les force à monter dans des bus. 3% des expulsions sont suivies d’une mise à l’abri.
La plupart de ces mises à l’abri, sur ces 3%, combien de personnes après un jour même s’en vont, reviennent à Calais, car aujourd’hui la politique ne leur permet pas de demander l’asile. Il n’y a plus de confiance avec l’État. Quand vous êtes harcelé tous les jours, quand vous êtes matraqué, quand on vous gaze la nourriture, comment voulez-vous faire confiance quand on vous propose de monter dans un bus pour aller examiner votre situation ?
Je ne peux pas laisser dire qu’il n’y a pas de distribution de repas, c’est faux. Il y a 2200 repas qui sont servis chaque jour par les associations agréées par l’État dans un cadre sécurisé. Ok, c’est peut-être une réalité, mais nous ce qu’on voit sur le terrain c’est qu’il y a des gens qui viennent nous voir en nous disant : “Ça fait trois jours que je n'ai pas mangé”.
C’est bien beau de dire “On sert 2200 personnes, on met tant et tant de mineurs à l’abri” c’est peut-être une réalité, n’empêche qu’un grand nombre de personnes continuent à ne pas manger quotidiennement, qu’un grand nombre de mineurs ne sont pas mis à l’abri tous les jours, ce qui rend l’État complètement hors la loi. La réalité du terrain, c’est que quand on y va, vous allez sur un lieu de vie le matin, les gens dorment dans la boue, sans tente, sans sac de couchage, sans plastique. La réalité du terrain, elle est là.
Les discours et les chiffres des gens qui ne viennent jamais voir ce qu’il se passe, qui n’y connaissent rien et qui même s’ils viennent voir vont tout simplement mentir, à un moment donné stop, ça suffit ! Il y a une urgence qui est déjà la nôtre et qui est aussi celle des personnes exilées qui dorment dehors avec une trêve hivernale qui commence lundi, qui ne peut pas permettre d’avoir une réunion dans cinq jours. On a représenté nos revendications, les trois demandes dont on parlait tout à l’heure.
Didier Leschi les a entendues. C’était un moment d’échanges fructueux avec cette idée qu’il y a des situations difficiles à prendre en charge et pour cela trouver les meilleures solutions. De toute façon quoi qu’il arrive, il est arrivé en tant que médiateur en nous expliquant bien que c’était un haut fonctionnaire de l’État, qu’il n’était pas homme politique et qu’il ne pouvait pas prendre de décision.
Aujourd’hui, ça fait 19 jours qu’on ne mange pas, est-ce que quelqu’un qui prend des décisions peut venir nous voir ? Si notre santé se dégrade en fait, ce sera de la faute de l’État. Jusqu’où ils nous laisseront aller dans l’inhumanité, dans leur inhumanité ?