Sylvie Vassallo : "Une des façons de permettre aux enfants d'entrer en lecture, c'est leurs copains"
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« Près de 7000 nouveautés par an, 76 millions de livres jeunesse vendus l'an dernier. »
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« Il représente plus de 13% du marché du livre. »
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« Il y a une sorte de tassement, on va dire. »
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Il est 6h21, encore un exemple de l'exception culturelle française, le salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. Il existe depuis 41 ans et il n'a aucun équivalent en Europe. 2000 auteurs, 400 maisons d'édition s'y côtoient jusqu'à lundi. Et sa directrice est notre invitée ce matin. Bonjour Sylvie Vassalo. Bonjour. La littérature jeunesse, elle est extraordinairement prolifique, créative. C'est un secteur clé, porteur de l'édition. Je donne quelques chiffres. Près de 7000 nouveautés par an, 76 millions de livres jeunesse vendus l'an dernier. Il représente plus de 13% du marché du livre.
Néanmoins, le secteur marque le pas pour la première fois depuis bien longtemps, avec des chiffres en baisse aussi bien en termes de vente que de revenus. Pour vous, c'est quoi ? C'est juste un passage à vide ou votre crainte, c'est que ce soit durable ?
Alors c'est un secteur qui quand même globalement se porte très très bien et très haut en termes de chiffres. Donc oui, il y a une sorte de tassement, on va dire. C'est un peu difficile de dire, d'être prospectif sur cette idée-là. Il y a quand même énormément encore de livres vendus. C'est le troisième secteur de l'édition. La bande dessinée, c'est le second. Il y a beaucoup de lecteurs jeunes aussi en bande dessinée. Donc du côté de la vente des livres, ça va plutôt pas mal. Et puis c'est un secteur qui vend beaucoup à la fin de l'année. C'est souvent encore un cadeau qui se trouve sous le sapin, un livre pour enfants. Donc c'est difficile de clore l'année sur ces chiffres-là.
D'où l'intérêt d'organiser le salon au mois de novembre. Ce tassement quand même, comment il s'explique ? Comment vous, vous l'expliquez ?
Je l'explique par des phénomènes aussi de succès éditoriaux qui font qu'à des moments donnés, des livres vont se vendre à des dizaines et des dizaines de milliers d'exemplaires. Et puis ça s'essouffle. Le manga, c'est un peu essoufflé. Mais encore une fois, le manga jeunesse, ça compte énormément. C'est parmi les plus gros chiffres de vente. Et c'était également monté très très haut. Voilà, donc il y a des phénomènes comme ça. Il faut voir sur un temps un peu plus long pour expliquer le phénomène.
Oui, essayer de voir effectivement si les enfants lisent moins ou s'ils lisent différemment par rapport aux années ou aux générations précédentes. Et c'est tout l'intérêt d'ailleurs des états généraux de la lecture pour la jeunesse. Les conclusions vont être dévoilées dans votre salon. Ce sera lundi, dernier jour du salon. C'est des états généraux qui ont été lancés par les ministères de la Culture et de l'Éducation nationale. Vous n'avez pas les conclusions, vous ne pouvez pas nous les donner ce matin. Par hasard ?
Comme je faisais partie du comité de pilotage, j'ai une partie des conclusions, en tout cas une partie des enquêtes. Mais je n'ai pas la possibilité de les donner, c'est encore sous embargo.
Mais le but du jeu, c'est de quoi ? C'est d'identifier les risques pour les années à venir avec évidemment l'essor des écrans. C'est ça l'enjeu ?
Oui, en tout cas il y a de gros enjeux du point de vue de la lecture. De façon assez indiscutable, la lecture recule en France et pas seulement chez les jeunes. Là on fait un focus sur les jeunes, mais c'est un mouvement qui est beaucoup plus général. L'intérêt de ces états généraux, c'est d'essayer de regarder beaucoup plus en profondeur les raisons pour lesquelles les jeunes lisent moins ou lisent difficilement. Et je crois que pour la première fois, on a donné la parole tellement massivement aux acteurs du livre que sont les parents, les enseignants, les bibliothécaires, les associations, etc. Mais également aux jeunes sur ce sujet.
Et donc ça nous permet d'avoir un panorama un peu plus précis, un peu plus détaillé des raisons pour lesquelles c'est difficile pour eux de lire ou de ce qu'ils aimeraient. Et on se rend compte, je ne peux pas vraiment expliquer ce qui va être dit lundi, mais on se rend compte qu'il y a une vision assez différente. Il y a un constat qui est fait par tous sur le recul de la lecture chez les jeunes et encore au-delà. Mais il y a une vision assez différente des raisons par les adultes et par les enfants. Et je pense que pour les acteurs du livre que nous sommes, ça va être un sujet intéressant de mieux comprendre comment permettre aux enfants d'aller vers la lecture.
Oui, parce que l'offre, elle est énorme. Il n'y a jamais eu autant de variétés, de quantités, mais de variétés aussi dans les livres. Il y a 50 ans, il y avait Tintin et puis les grands classiques. Je caricature, mais aujourd'hui, c'est tellement plus varié la littérature jeunesse.
Oui, et c'est ce qu'on peut voir au salon d'ailleurs. Parce que 400 maisons d'édition, il y en a de toutes les tailles. Il y a vraiment une grande diversité d'offres éditoriales, une très grande créativité de ce secteur. Il y a des genres littéraires qui peuvent passionner les enfants, comme la poésie par exemple. C'est assez inattendu. Alors, ce ne sont pas des chiffres de vente fous. Mais par contre, c'est une vraie tendance aujourd'hui de la littérature de jeunesse. Donc, peut-être qu'un des enjeux, c'est de permettre que cette diversité rencontre la diversité du goût des enfants et des jeunes.
Et pour en revenir aux écrans, ce que je trouve intéressant aussi, c'est de voir qu'y compris sur les réseaux les plus utilisés par les enfants, par les jeunes, TikTok, où il y a des influenceurs littéraires maintenant. Il y a des millions et des millions de vidéos qui conseillent des livres. Dans les librairies, même, on voit désormais des affichettes vues sur TikTok. Les réseaux peuvent peut-être aussi inciter à lire.
Il faut garder espoir. Oui, de toute façon, il faut garder espoir. Parce que je crois que l'engouement pour ces états généraux, il y a plus de 30 000 personnes qui ont participé dans un temps qui est assez court, montre que la lecture est désirable dans cette société. En tout cas, qu'on a une préoccupation commune autour de la lecture. Et les réseaux sociaux, en fait, ce que ça montre surtout, c'est qu'une des façons de permettre aux enfants d'entrer en lecture, c'est leurs copains. C'est les succès de cours de récré. Donc, c'est les copains de la cour de récré pour les petits. Et ça peut être les réseaux sociaux pour les grands.
Quand quelqu'un de leur âge, qui leur ressemble, leur propose une lecture, ça fonctionne très bien.
Et bien, alors, aux auditeurs qui nous écoutent, aux jeunes auditeurs, allez au Salon de Montreuil, donc, avec les copains, c'est gratuit. Deuxième année que vous testez ça, la gratuité, ça marche bien. Il y a eu plein de monde l'an dernier.
Oui, parce qu'en fait, on se sent invité. Voilà, la lecture, c'est pour tous et pour toutes. Venez nous voir.
Il suffit de s'inscrire en ligne. Il faut s'inscrire juste en ligne avant d'y aller. Mais c'est gratuit. On peut y aller tous les jours, plusieurs fois. Il n'y a pas de souci. 41e édition, donc, de ce Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil, dont vous êtes la directrice, Sylvie Vassalo, merci.