Les oeufs, chouchous des consommateurs Français | VIP Very Important Paysan
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 10 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 10:00OuverteRéponse directe
Quelles sont les bonnes et mauvaises nouvelles pour le monde agricole ces dernières semaines ?
- 20:00OuverteRéponse directe
Le vin de Bordeaux traverse une crise sans précédent. Quelles sont les causes et les solutions envisagées ?
- 30:00OuverteRéponse directe
Pourquoi les rayons d'oeufs sont-ils vides en ce moment ?
- 40:00OuverteRéponse directe
Comment décrypter les codes sur les coquilles d'oeufs en supermarché ?
- 50:00RelanceRéponse partielle
Quels sont les impacts de la fin des oeufs de cage prévue pour 2026 ?
- 1:00:00OuverteRéponse directe
Comment inciter les poules à sortir davantage dans les parcs ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 21:00AntoineChiffre
« Les Français consomment moins de vin, moins 25 % en cinq ans sur le vin rouge. »
- 23:00AntoineChiffre
« Le litre de rouge bordelais s'est vendu à 28 centimes, moins que le vinaigre. »
- 31:00LucieChiffre
« J'ai quatre parcs de 2 450 poules, soit un total de 9 800. »
- 36:00MichelPromesse
« Le 1er janvier 2026, on arrête les oeufs cages. »
- 1:31:00Benoit BiteauChiffre
« La PAC, c'est presque 10 milliards d'euros par an. »
- 1:40:00LouiseChiffre
« Les agriculteurs ont 77 % de chances de plus de se suicider. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Musique Chaque matin, ils sont debout aux aurores. Ils prennent soin de leur champ, de leurs bêtes, de leur ferme, pour nourrir chacun d'entre nous. Ce sont nos 600 000 héros du quotidien, des VIP, des "Very Important Paysans".
Amis des campagnes, amis des villes, bonjour ! Soyez les bienvenus dans ce nouveau numéro de VIP, Very Important Paysans, la première émission d'information consacrée au monde agricole, du champ à l'assiette. Dans VIP, les agriculteurs et les agricultrices ont la parole.
Ils viennent sur notre plateau pour nous faire découvrir leur quotidien, leurs produits, leurs secrets de fabrication, mais aussi leurs engagements, leurs galères et leurs réussites. Alors eux, ils sont déjà bien en place et très impatients de partager ce qui les a interpellés récemment dans le monde agricole. Ce sont bien sûr mes VIP, mes Very Important Partenaires.
Bonjour à tous. -BONJOUR. -Bonjour Louise. -Bonjour Fred. -Ca va ? -Oui, merci. -Vous venez du Sud-Ouest, vos grands-parents étaient éleveurs. -Exactement. -Et vous avez su garder ses racines à travers un podcast où vous donnez la parole à des agriculteurs. -Exactement, je parcours la France à leur rencontre. -Et pour nous, pour VIP, vous mettez en lumière une personnalité inspirante du monde agricole.
On a hâte d'entendre vos histoires. A vos côtés, il y a Jean-Baptiste. Bonjour. -Eh bien bonjour.
J'essaie de prendre l'accent de Louis, ça ne marche pas. -Pas du tout. Vous venez de la Marne.
A la Marne, vous n'avez pas l'accent du sud-ouest et vous êtes un agriculteur céréalier. Vous transformez votre blé dur en pâte artisanale et vous êtes très présent sur les réseaux sociaux. Vous faites des petites vidéos avec vos camarades et pour notre émission, vous nous faites découvrir des outils et des nouvelles technologies que vous et vos collègues, vous utilisez sur votre exploitation. -Et le candidat pour Mister Univers. -L'année prochaine.
Il a le temps de se préparer. C'est d'ailleurs Michel qui fait son coaching mental et physique. Bonjour Michel, comment ça va ? -Très bien. -Les agriculteurs, vous les connaissez bien.
Mais les consommateurs que nous sommes encore plus, puisque vous avez travaillé pendant plus de 20 ans pour la grande distribution. Pour nous, vous allez décrypter ces produits et ces étiquettes qu'on trouve en supermarché et qui parfois manquent un peu de clarté, il faut le dire. -Je vais essayer d'éclairer les consommateurs sur tous ces produits que nous produisent le monde agricole français. -Avec grand plaisir.
Et à vos côtés, attention, vous avez un sniper, Antoine Robin. -Je fais très attention, je m'écarte. -C'est que des balles à blanc. -Ouf !
Vous êtes journaliste, producteur, spécialiste également du monde agricole. Pour VIP, vous prenez le pouls de nos agriculteurs à travers les enjeux, les réalités du monde agricole. Et puis je crois qu'on peut compter sur vous pour créer du débat aujourd'hui sur ce plateau, c'est ça ? -Plein de choses à dire sur le monde agricole, on va débattre évidemment. -Justement, pendant que nous échangeons, des agricultrices et agriculteurs se préparent en coulisses.
Ils vont nous rejoindre au fil de l'émission pour partager avec nous leur expérience et leur vision de leur univers. Et tout de suite, on découvre notre sommaire. On en mange de plus en plus, les Français en raffolent, mais les rayons sont vides.
Alors qu'est-ce qu'il se passe autour de la protéine préférée des Français ? On vous dira tout sur les oeufs. Nous recevons également Benoit Biteau, agriculteur et député écologiste de la 2e circonscription de Charente-Maritime.
Et enfin, nous nous intéresserons aussi à l'orge et vous verrez qu'on n'en fait pas que de la bière. Que s'est-il passé dans nos campagnes ces dernières semaines ? Antoine a mené l'enquête et il nous dit tout dans Very Important Presse.
Jingle Antoine, il y a de l'actualité, bonne et de la mauvaise ? -Je suis désolé pour cette fin d'année, je n'ai pas de bonnes nouvelles, notamment pour l'un des symboles de notre gastronomie française. C'est le vin de Bordeaux qui traverse une crise sans précédent.
Alors prévisible, diraient certains, sauf que le suicide de Jonathan Meyer, un jeune viticulteur de 37 ans, le 23 septembre, a ému évidemment l'ensemble du monde viticole. Deux raisons pour cette crise. Surproduction.
Et sous consommation, ça ne surprendra personne ici, les Français consomment moins de vin, moins 25 % en cinq ans sur le vin rouge. Et c'est beaucoup. Les habitudes de consommation ont changé et la région n'a peut-être pas su forcément s'adapter.
Pire, la Chine a stoppé carrément ses importations, puis ensuite la Thaïlande, le Vietnam, et notamment sur les productions d'appellation modeste. Selon la Confédération Paysanne, qui est un des trois syndicats agricoles, 80 % des exploitations serait en cessation de paiement aujourd'hui. Face à la crise, la région a décidé de se mobiliser en créant un fonds de soutien.
Et puis surtout, on se débarrasse des stocks. Il y a eu une vente aux enchères, où le litre de rouge bordelais s'est vendu à 28 centimes, moins que le vinaigre. C'est absolument dingue.
On a lancé un vaste plan d'arrachage. Mais arracher pour faire quoi ? De l'amende ?
De l'huile d'olive ? Est-ce que ça ne serait pas l'occasion pour les vins de Bordeaux de se réinventer comme l'ont fait les Italiens avec le Spritz ? -Je pense qu'il y a un manque de créativité parce qu'ils ont la même bouteille, la même étiquette depuis des décennies et je pense qu'ils devraient se réinventer. -Il y a une vraie détresse des vignerons.
Ils se demandent quel métier ils feront demain. -On est de tout coeur avec eux. Mais il faut penser à se réinventer, à changer leur manière de vendre ce vin qui est quand même formidable à consommer, avec modération.
Côté bonnes nouvelles, cette fois. Le marché du bio est reparti cette année. Plus 4 %, on voit 5 % dans les réseaux de distribution spécialisés.
Pourquoi ? Parce que les Français, notamment depuis l'été, avec le sujet autour des pesticides, se sont dit, si on ne pourrait pas consommer de manière un peu différente ? Ce qui a relancé le marché du bio, qui avait énormément souffert de l'inflation, notamment en termes de prix.
Alors, attention, le marché du bio, sur les denrées alimentaires, ça ne représente que 4 % aujourd'hui. -En France. -Contre 8 % en Allemagne.
Il y encore du chemin à bâtir. -Attention à ne pas exagérer sur les prix. -C'est un peu le sujet du bio. -Il faut payer les producteurs à leur juste prix, Michel, je te le rappelle. -Non, mais oui ! -Ca y est, ça commence, ça chauffe.
Autre bonne nouvelle ? On en parlait avec JB tout à l'heure, le troisième poste, de dépense pour les agriculteurs, c'est les engrais. -Ca fait partie d'un poste lourd et qui est obligatoire, ça ne pousse pas comme par magie, donc il faut des engrais.
Il y a du chimique et du bio. Et ça, c'est une denrée extrêmement recherchée par les agriculteurs. Et des Français ont dit, on va essayer de nous créer le meilleur fumier, engrais de la planète, un engrais bio.
Et on va le chercher avec du caca de chauve-souris. On appelle ça du "bat guano". -Le "Bat guano".
Elle rit. -Pour aller chercher cet engrais, ils vont à Madagascar. Pourquoi ?
Parce qu'il y a 67 espèces de chauves-souris endémiques qui vont faire leurs besoins dans des grottes. Et donc cette boite va aller récupérer ce guano, ce caca de chauves-souris sur ces minerais, riche aussi en NPK, azote, phosphore, potassium. -Potassium ! -Il y a la sainte trinité de l'engrais pour notre ami JB.
Alors, je ne vous cache pas que le lancement de l'usine, c'est en juin 2026. Moi, je vais suivre ça de très près parce que du "bat guano" pour quelqu'un qui s'appelle Robin, ça m'intéresse. -Merci beaucoup.
Antoine, on va vous envoyer à Madagascar. -Volontiers, volontiers. Je ferai mon petit bilan carbone quand même.
On est chez VIP. -Il y a un petit sujet. Si on maintient l'élevage en France, on aura du fumier.
Alors, pas obligés d'aller... -On a une solution, évidemment, dans notre France hexagonale.
Allez, après le guano, on va parler de toute autre chose. C'est la protéine préférée des Français. L'an dernier, on en a produit 15 milliards.
On parle évidemment des oeufs. Et oui, c'est notre Very Important Produit. Jingle On a le plaisir d'accueillir sur notre plateau Lucie Ménard.
Bonjour Lucie. -Bonjour. -Merci d'être avec nous.
Vous êtes éleveuse de poules pondeuses en bio sur l'exploitation familiale de votre mari en Vendée. C'est bien ça ? -Tout à fait. -Et vous avez commencé en 2019 mais l'intervention d'une Xynthia dans cette histoire, je crois ? -C'est ça.
Alors à l'époque, j'étais étudiante à la fac de Nantes. Je ne me prédestinais absolument pas à aller en agriculture. Et en fait, en tant que bénévole au moment de la tempête Xynthia pour aider les sinistrés sur la baie de l'Aiguillon, j'ai rencontré Alexis qui habitait le village juste à côté du mien.
Et il se trouve qu'il était agriculteur, 5e génération sur la ferme. Et voilà, ça a été l'amour fou. -Le coup de foudre.
Vous étiez enseignante avant d'être agricultrice. -En fait, j'ai avancé dans les études même après avoir rencontré Alexis et toujours, je ne me prédestinais vraiment pas à l'agriculture, donc plutôt à l'enseignement parce que la pédagogie, ça m'intéressait particulièrement. Et nous sommes devenus parents.
Et soudainement, on s'est questionnés sur l'avenir, sur l'avenir de la ferme, de la terre aussi autour de nous. On avait envie d'agir pour la génération future. Et c'est comme ça que, de fil en aiguille, j'ai fini par m'installer avec l'atelier de poules pondeuses en agriculture biologique. -Ca, c'est en 2019, sur une exploitation qui existe déjà.
Comment on fait pour installer un élevage de poules pondeuses, créer des bâtiments ? On fait tout de A à Z, c'est ça ? -Deux possibilités.
Dans mon cas, effectivement, on est parti à neuf, parce qu'il n'y avait rien d'existant sur la partie élevage. Il y avait d'anciens bâtiments d'élevage de vaches, en fait, donc...
On ne pouvait pas les exploiter. Mais on peut, dans certains cas, utiliser des bâtiments existants et les transformer pour avoir un coût de production moins élevé et une installation moins chère. -Lucie, dès le lancement de votre aventure agricole, vous avez décidé de raconter à travers un blog "Lucie et les jolies poules rousses".
On dirait un titre de film de Tim Burton. -C'est mignon. -Pourquoi vouloir raconter ? -En fait, je craignais quelque part effectivement le passage de la classe avec 25 jeunes en face de moi, à un poulailler, quelques poules, et j'avais envie de transmettre, j'étais toujours dans cette optique, la pédagogie, la transmission, et j'avais envie d'apprendre.
Je découvrais aussi sur les réseaux d'autres agriculteurs qui avaient franchi ce pas et qui m'intéressaient, et j'ai été accompagnée par certains d'entre eux, des youtubeurs, dans cette démarche. notamment pour faire les premières vidéos sur le bien-être animal. Et ça m'a semblé presque évident.
Et après, je me suis rendu compte que le milieu de la pondeuse est assez fermé. On est sur des bâtiments peu accessibles au public pour des raisons de biosécurité. Et l'idée, c'était de donner accès.
Je donne à voir. Il n'y a rien à cacher dans le poulailler. On met la vidéo à l'intérieur et puis on montre. -Justement, on va parler de cet élevage.
Combien de poules ? -J'ai quatre parcs de 2 450 poules, soit un total de 9 800. -Ah oui, c'est pas mal, ça.
Ca donne combien d'oeufs par an ? -Ca fait à peu près 3 millions. Trois millions d'oeufs. -3 millions d'oeufs par an ! -C'est la consommation de trois jours à Paris. -C'est pas mal.
J'adore l'idée. -C'est une goutte d'eau. -Combien vous les vendez ? -En vente directe, je vais donner le prix sur la partie vente directe, je suis à 30 centimes l'oeuf bio, ce qui n'est pas excessif. -Effectivement, oui. -Parce qu'aussi, on a un portefeuille moins élevé que dans d'autres régions.
Mais donc, on est sur un produit qui est très accessible. -C'est un peu au-dessus du supermarché, quand même. Mais c'est bien, c'est de la vente directe. -Il va toujours tirer les prix vers le bas. -Il a sorti sa calculatrice en dessous, là. -Ca y est, ça y est.
Vos oeufs, vous les vendez donc en circuit court ? Localement, principalement ? -Principalement, 97 % du volume, ça part en circuit long.
Donc, j'ai un acheteur principal qui a un centre de conditionnement qui, ensuite, les revend, à de la GMS. Donc, on va retrouver mes oeufs, effectivement, en grande surface. Mais j'ai gardé 3 % du volume, ça représente 2000 ou 3000 oeufs par semaine que je vends en direct. -C'est génial.
Bien sûr qu'il faut privilégier ces ventes en direct. Mais voilà, après, le supermarché est quand même nécessaire pour une exploitation comme la vôtre. -Les achats se font en grande surface. -Exactement. -80 % des achats en France se font en grande surface. -Justement, Michel, voilà, on a des bons oeufs bio avec Lucie, mais on n'a pas tous une Lucie à côté de chez nous.
Donc, en général, ça s'achète, dans les supermarchés. Sauf que, voilà, on y perd un peu son latin et parfois, on y laisse même des plumes. Alors, vous, avec votre bieroscope, vous décryptez ce qui se cache, non pas derrière les oeufs, mais sur leurs coquilles, notamment. -Déjà, j'ai une petite confidence à vous faire, Fred.
Je suis membre de l'association pour la sauvegarde de l'oeuf mayonnaise. Cris de joie Applaudissements -Bravo ! -Ca ne se voit pas, Michel. -Dont le slogan est "Le temps passe, les oeufs durent". -Magnifique. -Le roi du marketing ! -La communication sur les réseaux est magnifique.
J'adore. -Vous avez compris, j'adore les oeufs et je vais essayer de vous décrypter quand vous êtes dans un supermarché, le rayon est immense et parfois c'est un peu compliqué. Il y a une chose toute simple, on va peut-être le voir, sur un oeuf, il y a ce qu'on appelle un code, c'est la carte d'identité de l'oeuf.
Le premier chiffre, il est très important, c'est le mode d'élevage. Donc, 0, c'est l'oeuf de poules élevées de façon bio. Donc, on a un parcours extérieur. -Comme chez Lucie. -Exactement.
Donc, Lucie, sur ses oeufs, il y a le code 0. Et donc, il y a une alimentation biologique, il y a un parcours extérieur. Le 1, c'est pour le plein air. parcours extérieur.
Le 2, c'est pour les oeufs de poules élevés au sol. -Qu'est-ce qui change entre plein air et sol ? -Le sol, elles ne voient pas le jour.
Elles restent dans le bâtiment, mais elles sont au sol. Elles sont en liberté dans le bâtiment. Et le 3, c'est les oeufs de poules élevées en cage.
C'est ce qu'on appelle l'élevage plus industriel, en tout cas, les oeufs industriels, mais c'est encore des oeufs qui sont très très vendus. J'en dirai un peu plus après. Ensuite, vous avez deux lettres.
En l'occurrence, pour les oeufs qu'on voit ici, c'est FR, tout simplement, Produits en France. Et ensuite, vous avez un code qui est le numéro de l'exploitation son endroit. Qu'est-ce que ça veut dire réellement ?
Forcément, plus on est sur un oeuf qualitatif, plus c'est cher. C'est normal parce qu'on parle de bien-être animal. Le coût est important.
Il y a plus de surface pour les poules. Ce fameux parcours extérieur, il y a une alimentation plus importante, meilleure, et il y a plus de mains d'oeuvre. Donc oui, un oeuf bio ou un oeuf plein air est forcément plus cher qu'un oeuf de poule élevé en cage. -Ca change les propriétés gustatives ou nutritionnelles ? -Non.
On parle vraiment de bien-être de l'animal. On va juste parler du prix. Lucie l'évoquait tout à l'heure.
Les oeufs les moins chers, c'est bien les oeufs de poules issues des cages. Ils sont vendus en moyenne à 1,50 euro les 12, soit 12 centimes de l'oeuf. Et les plus chers, c'est les oeufs bio.
En supermarché, ils sont vendus entre 3,40 et 4 euros. Ca fait 27, 26centimes de l'oeuf. Alors, les oeufs en cage... -Elle ne trouve pas ça beaucoup ? -Ils rient. -Je suis allé vérifier dans les supermarchés.
Et aujourd'hui, il y a un grand sujet sur la cage. Et c'est vrai qu'on veut tous, les Français souhaiteraient que ces cages cessent. Et d'ailleurs, la filière et les enseignes se sont engagées un peu, il faut le dire, contraints par certaines ONG.
Donc, ce n'est pas du tout politique, c'est vraiment les ONG qui les ont contraintes, à dire, le 1er janvier 2026, on arrête les oeufs cages. -Dans 15 jours. -Dans 15 jours.
Moi, ça me parait compliqué, si je me mets à la place d'un éleveur, mais je voulais justement la réaction de Lucie. -On a plein de choses à dire dessus. Lucie, vous en pensez quoi ? -La décision, à un moment donné, il a fallu la prendre, elle a été prise.
Simplement, on est face à un problème de "remplacement", de ces volumes-là. Parce que remplacer de la cage par du sol, notamment, ça nécessite de faire plusieurs unités de production. Où avant, on réunissait 160 ou 200 000 poules dans un même poulailler, il va falloir faire plusieurs unités désormais. -Exactement.
Dans une cage, juste pour le rappeler, on est sur 5 ou 6 niveaux parfois. -Et on a jusqu'à 15 à 60 poules par cage. -Exactement. -Un vrai sujet de prix.
Certains sont prêts à payer les oeufs deux ou trois fois plus cher. -Le sol n'est pas deux ou trois fois plus cher, mais le vrai problème, c'est justement le rendement. On va baisser la production parce qu'on divise par cinq la surface.
Et en même temps, les politiques ne font rien pour simplifier tout le côté complexité administrative pour installer des nouveaux bâtiments. Tous ces problèmes, mis bout à bout font que dans 15 jours, ça me parait impossible. -Lucie, vous avez fait le choix du bien-être animal, avec des poules qui sont élevées en liberté, sur une exploitation en bio.
C'était essentiel pour vous, cette idée de bien faire les choses, comme vous le disiez au début de votre interview ? -Complètement. Je n'imaginais pas faire une poule enfermée, claustrée en bâtiment, même si là le contexte nous pousse un peu à ça dans les périodes hivernales.
Moi, c'était propre à mes valeurs. C'est une histoire de valeurs. Je n'irais pas porter de jugement sur mes collègues qui font de l'élevage au sol. -Notamment parce que ça protège des épidémies. -Oui, tout à fait. -Qui est un fléau, on le sait. -C'est un vrai problème, oui.
Ca décime les animaux. Donc, à un moment donné, il faut... -Donc il n'y a pas que des mauvais côtés à élever en bâtiment aussi. -C'est ça, il faut aussi le reconnaitre.
Et puis on ne peut pas avoir le foncier non plus pour tous les bâtiments, si on fait quatre hectares de parc, moi je suis à quatre hectares pour 9 000 poules, le foncier aussi, ça va poser question à un moment donné. Moi, je prends un plaisir fou à voir mes poules en extérieur. On a arboré notre parc.
Il y a tout l'enjeu aussi derrière, autour de l'agroforesterie, de la biodiversité, autour du poulailler. C'est vraiment l'intégrer dans un environnement qui va s'avérer riche aussi pour la biodiversité. Ce n'est pas simplement mettre une poule dehors, c'est aussi comment ce parc on l'utilise pour en faire un réservoir de biodiversité. -Et inviter ces poules à sortir aussi, je crois que naturellement, elles restent collées au bâtiment. -Il faut effectivement les inciter à aller le plus loin possible. "Mais les poules, elles ne vont pas jusqu'au bout." En fait, si on met des arbres, les poules font des sauts.
On dit qu'elles font des sauts de 10 à 15 mètres. -On ne va pas être capable de respecter notre promesse vis-à-vis des ONG au 1er janvier 2026. -On va les respecter.
Simplement, on va importer ce qu'on produit pas chez nous. -Et voilà. -T'as un sujet parce que les oeufs, on parle des oeufs que le consommateur prend, mais il y a les ovoproduits.
Les oeufs qui partent dans l'agroalimentaire. C'est des bidons d'oeufs que personne ne voit. -60 % des oeufs, les ovoproduits, dans les casseries, pour faire des biscuits et des viennoiseries, c'est encore des oeufs de poules élevées en cage.
C'est pour ça que ça va être compliqué. -Il faut faire quoi ? -Il faut faire quoi ?
Il faut continuer à accompagner les porteurs de projets. Il faut aussi accepter, en tant que citoyen, d'avoir des projets d'installation de jeunes autour de soi. Parce que le voisinage, parfois, en dehors de la réglementation... -La cohabitation entre ces néoruraux et puis les paysans... -Il y a du dialogue à instaurer.
Simplement expliquer pourquoi, on est amené à créer un poulailler, quels désagréments éventuels ça peut apporter, et surtout, quels avantages ça apporte aussi sur un territoire. La dynamique autour de la création de l'emploi, la création d'un réseau, la vente directe qui peut être mise en place, et donc du service de proximité. C'est tout ça qu'il faut réussir à expliquer. -Sujet important, très préoccupant : la pénurie des oeufs en ce moment, pas que des oeufs bio d'ailleurs.
On est surpris de ne pas voir sa boite d'oeufs. Qu'est-ce qui se passe ? Qui peut répondre à cette question ? -Déjà, il faut savoir que l'oeuf, depuis l'inflation qu'on a vécue des dernières années, il s'en vend 30 % de plus dans les supermarchés.
Pourquoi ? Parce que c'est devenu la protéine la moins chère que les consommateurs peuvent acheter. Ensuite, il y a cette baisse de rendement dont on vient d'évoquer en passant de la cage au sol.
Ca, c'est un deuxième phénomène. Il y a les industriels qui ont besoin des oeufs parce qu'ils ont besoin de produire leurs biscuits. Et ils les payent aujourd'hui plus cher aux éleveurs que la distribution.
Donc, les éleveurs ont tendance, et c'est normal, à les vendre à ces gens-là. Et enfin, il y a cette complexité administrative qui est quand même incroyable dans ce pays. On marche sur la tête, j'ai envie de dire.
Et on ne laisse pas les éleveurs installer des nouveaux bâtiments. -C'est ça, on marche sur la tête et sur des oeufs. Lucie, qu'est-ce que vous répondez ? -Effectivement, c'est la combinaison de plusieurs phénomènes et on peut ajouter aussi le fait que certains consommateurs vont peut-être acheter plus que nécessaire face à la pénurie qui crée en fait quelque sorte... -Qui accentue la pénurie. -Lucie, ça fait de vous une riche alors ? -Qu'est-ce que vous avez ? -J'en suis très content !
C'est un secteur qui a souffert par le passé. -Réjouissons-nous, on a la chance d'avoir un produit qui aujourd'hui fait vivre des éleveurs. -Correctement. -Il faut y aller, il y a des besoins en oeuf, donc il faut installer les jeunes. -Quand tu dis installer, typiquement sur une production comme ça, pour des gens hors du monde agricole, c'est plus facile que de dire je vais reprendre 100 hectares de terres de grande culture.
T'installer, prendre un petit terrain et lancer un poulailler, c'est accessible pour des gens qui viennent dans l'agriculture. -JB, vous allez garder la parole. C'est votre moment, c'est votre grand moment.
On va bien sûr continuer à parler poules avec Jean-Baptiste, notre agriculteur préféré. Et c'est bien sûr la Very Important Pratique. Jingle Aujourd'hui, JB, vous nous parlez des oreilles d'or des poules.
Alors moi, je connaissais les oreilles d'or des sous-mariniers, mais pas celles-là. Ca mérite une explication. -Ca existe.
Alors pour ça, je vais vous faire un petit test audio. Vous allez essayer de reconnaitre ce qu'on va entendre. Gloussements -C'est la dinde, ça. -Elle est contente ou pas contente, la dinde ? -Contente ? -Elle n'est pas contente...
Attends, Lucie est capable de dire à l'oreille qu'elle n'est pas contente ? Qu'est-ce que vous ressentez, là ? -Elle est stressée, là.
Il y a quelque chose qui se passe. -Moi, je la trouve joyeuse. On est au mois de décembre, la dinde. -C'est donc un métier. -Tout ça pour dire, que j'avais une chronique, si je peux la faire, s'il vous plait.
Le sujet, c'était d'écouter, justement, des sons. Alors là, c'était des dindes. Il y a une entreprise bretonne qui a été primée, là, au dernier salon de l'élevage, qui travaille avec de l'intelligence artificielle et qui met des micros, des caméras dans les poulaillers et qui permet, justement, d'avoir un oeil, des yeux et des oreilles 24 heures sur 24 et sept jours sur sept pour détecter s'il y a un souci.
Parce qu'il peut se passer plein de choses. Le stress, c'est peut-être parce qu'elles ont chaud, peut-être qu'un renard est rentré dans le poulailler,...
Et ça va envoyer des notifications à l'agriculteur sur son téléphone ou sur sa tablette pour lui dire, "il y a un truc", tu es le week-end, tu es en communion, mais tu vas revenir vite fait parce qu'il se passe quelque chose. Et cette technologie mise à disposition des éleveurs, c'est pour les aider à mieux gérer leur élevage et pour leur confort de pilotage. On en parle dans les volailles, mais ça existe chez les bovins, en porc, en ovin.
Oui, ça peut dupliquer. On va regarder autre chose. Par exemple, dans les bovins, les caméras vont détecter s'il y a des animaux qui s'isolent.
Si une vache se met de côté un peu trop longtemps. Alors, ça ne veut pas dire qu'on sait ce qui se passe. Ca veut dire "Reviens" car quelque chose se passe. -Et ça évite de se lever la nuit.
On peut regarder la caméra depuis son lit et se lever quand il y a besoin. -C'est sa nana qui est contente. "Qu'est-ce que tu regardes ?" -La bonne excuse ! -Evidemment ça c'est encore le début c'est pas tous les poulaillers qui sont équipés comme ça ou tous les élevages mais c'est une assistance qui peut être sympa pour le pilotage... -Vous utilisez Lucie ? -J'ai pas d'intelligence artificielle encore néanmoins dès mon installation j'avais tenu...
N'étant pas sur la ferme, à avoir l'ordinateur de bord donc de pilotage sur mon téléphone donc là du plateau je peux remonter mes rideaux de ventilation si j'ai envie et puis j'ai des caméras donc je peux... -On pourrait remonter les rideaux de ventilation. -Oui.
Je peux voir mon mari travailler aussi à ma place. -C'est pas mal, ça ! -Ils rient. -Ca, c'est une mauvaise nouvelle ! -Merci en tout cas, Lucie, d'être venue sur notre plateau pour nous présenter votre activité d'avicultrice.
Merci pour votre démarche exemplaire et la passion que vous vouez à toutes ces petites poules rousses. On va accueillir, bien sûr, un autre invité, puisque l'agriculture, c'est politique. Et dans VIP, on aime recevoir des personnalités impliquées sur des sujets agricoles importants.
Et c'est l'heure de notre Very Important Politique. Jingle Et tout de suite, nous recevons Benoit Biteau. Bonjour, monsieur le député.
Merci d'avoir accepté notre invitation. Vous venez de l'hémicycle, là ? Vous étiez dans les hauteurs ? -Exactement.
J'ai fait ma première intervention ce matin à neuf heures sur le Mercosur, madame. -On en a parlé de ce sujet-là. Alors, vous êtes agriculteur et également député écologiste de la 2e circonscription de Charente-Maritime.
Vous venez d'une famille paysanne. Je sais que c'est important. Vous avez fait des études d'ingénieur agronome.
Et à 40 ans, en 2007, vous avez repris la ferme familiale à Sablonceaux, en Charente-Maritime, où vous cultivez en bio. -Oui. -Vous cultivez quoi ? -Je suis en polyculture, polyélevage, j'ai à peu près la moitié de la structure qui est en grande culture, toute dédiée à l'alimentation humaine, et l'autre moitié en prairie, tout simplement parce que j'élève des herbivores et j'ai une révolution à proposer au monde agricole, c'est d'élever des herbivores avec de l'herbe.
Et ça fonctionne bien. C'est ce qui me permet de mobiliser toutes mes surfaces en grande culture pour l'alimentation humaine. -Monsieur le député, au monde agricole, on affiche le poireau, "le mérite agricole", vous avez un badge, c'est quoi ce badge ? -C'est le Coquelicot, je suis à l'origine des 100 personnalités qui ont lancé le mouvement "Stop aux pesticides", le mouvement des coquelicots, et puis l'autre badge, il a été imaginé par la LPO, qui est la nature en deuil au moment du lancement de la loi Duplomb, qui, en vérité, ne sert que 5 % des agriculteurs et met en difficulté 95 % des agriculteurs avec ce qu'elle propose. -C'est intéressant, monsieur le député, ce ne serait pas l'occasion, de réenchanter un peu ce que vous proposez, c'est une agriculture bio, vertueuse, respectueuse de l'environnement, et plutôt que mettre la nature en deuil, c'est une autre voie possible.
Ce n'est pas ça, le problème du bio ? -Non, c'est tout le contraire, et ça me permet de finir sur mon parcours, je suis ingénieur de formation.... avant d'être agriculteur, puisque je le suis devenu à 40 ans, je suis scientifique, j'étais chercheur, et j'ai côtoyé des expériences et des réussites un peu partout sur mon parcours, et j'ai eu envie de ce que j'appelle un passage à l'acte, à constater qu'une autre voie était possible, j'ai voulu partir justement d'une structure qui était allée très loin dans le modèle productiviste, intensif, industriel, vous l'appelez comme vous voulez, et de montrer que quand on fait la bifurcation agroécologique, Et je n'ai pas parlé d'agriculture biologique encore, la bifurcation agroécologique, on trouve des réponses sociales, des réponses écologiques, et surtout des réponses économiques, dans un moment où l'agriculture est en grave difficulté. -On est tous d'accord avec vous là-dessus, on aimerait tous un modèle comme le vôtre, mais il y a une réalité, les agriculteurs aujourd'hui c'est 1,5 % de la population active, comment on fait pour produire suffisamment pour nourrir toute la population avec votre modèle ? -Je n'ai pas parlé de l'agriculture biologique, moi, ce qui m'intéresse, c'est de faire de l'agronomie.
Donc, mon chemin, c'est d'abord de faire de l'agronomie, et quand on choisit l'agronomie, et qu'on le fait bien, la certification à l'agriculture biologique devient une conséquence. Ce que vous dites, c'est le constat de conversion à l'agriculture biologique qui ne respecte que le cahier des charges, sans avoir conduit la démarche agronomique. Moi, j'ai d'abord conduit une démarche agronomique, je deviens bio en conséquence, et donc je n'ai pas affaibli la productivité.
J'insiste, je produis autant, voire plus, que quand on utilisait pesticides et engrais de synthèse sur cette même structure. -Mais le coût de cette transition. Vous, vous aviez sûrement votre travail à côté pour pouvoir mener ces tests et arriver au même volume.
Mais comment on accompagne les agriculteurs et qui paye ? Il y a un risque important, pour la conversion. -Il y a le risque et l'économie.
Ce n'est pas tout à fait la même chose. Effectivement, il faut avoir une sacrée culture du risque. Moi, je considère l'avoir.
Et c'est pour ça que j'ai osé. En revanche, sur l'économie. C'est pour ça que je fais de la politique.
Je n'ai pas fait l'ENA, ni Sciences Po, rien ne me prédisposait à un parcours politique. C'est mon parcours, d'abord de scientifique, ensuite de paysan, qui m'amènent sur l'échiquier politique. Et pourquoi j'accepte, je m'autorise, je parle d'autorisation, à m'engager sur un parcours politique ?
C'est parce que j'ai côtoyé ces réussites. Et parce que je pense, je n'ai pas la prétention de les détenir seuls, mais détenir des solutions qu'on peut vulgariser, reproduire, pour aider les agriculteurs à sortir de là. Y compris économiquement. -Alors lesquels ? -Par exemple, en travaillant sur les coûts de production.
Quand on fait de l'agronomie, on travaille sur les coûts de production. -Jean-Baptiste, très silencieux. -Oui, oui, j'écoute.
Je suis assez d'accord sur ce que vous venez de dire, sur la transition agroécologique qu'on peut avoir, qui peut... quand tu as fait ton parcours agronomique, tu peux partir peut-être sur un bio qui tient la route.
Moi, c'est aussi ma vision, dans ce que je pratique. Après, moi, ce qui me dérange dans vos propos et dans votre...
Alors là, on est là, mais quand je vous vois aussi en posture politique à l'Assemblée, des fois, c'est un peu clivant. Même dans le monde agricole, vous ne faites pas que des copains, a priori. -Dites-lui votre activité. -Moi, je suis en grande culture, dans un territoire de méchants céréaliers, dans la Marne. -Mais j'essaye de pratiquer une agriculture de conservation avec cette idée d'aller demain sur autre chose.
Ce que je voulais dire, c'est que votre constat en Charente-Maritime, ne va pas être le même dans la Somme. On va faire des cultures industrielles. Et puis, dans le sud de la France, parce qu'en France, c'est ça le territoire.
Et les productions... -Ne vous agacez pas.
On est chez VIP. Bienveillance. Bienveillance.
Ecoute, on n'oppose pas les modèles. -Ca va être très bienveillant, mais on n'a que 10 minutes. -Exactement, merci. -Il y a deux axes.
D'abord sur les différences de territoire. La grande différence de ce que je propose moi, c'est que je ne propose pas un modèle reproductible à l'infini, je propose une logique. C'est pas tout à fait la même chose, on installe une logique et si on a compris cette logique-là, Il y a autant de modèles que d'agriculteurs.
Autant de modèles que de structures agricoles parce que la logique est d'intégrer les forces et les faiblesses de chacun des territoires et appliquer cette logique sur cette base. Donc, il n'y a pas de modèle prédéfini, mais une logique et chaque modèle... -Vous n'êtes pas contre l'éclosion conventionnelle, alors ? -C'est un autre débat.
Ensuite, vous me dites...
Je vais y répondre, c'est la 2e partie de la question. "Vous êtes clivant". Première chose, c'est que moi, je suis élu par la société civile.
Je ne suis pas élu d'une chambre d'agriculture. Je ne suis pas élu pour faire du corporatisme agricole. Ce ne sont pas les agriculteurs qui m'ont élu.
Laisse-moi finir. Si je m'autorise à faire de la politique, c'est parce que, en parlant d'agriculture, on parle d'un angle mort qu'est l'argent public. Derrière l'agriculture, il y a beaucoup d'argent public.
La PAC, c'est presque 10 milliards d'euros par an. Et surtout, les politiques curatives qu'on doit engager pour réparer les dégâts d'une agriculture qui est peu respectueuse de la biodiversité, du climat, de la santé... coûtent environ, la dernière étude, c'est 70 milliards d'euros par an, et ça, c'est l'argent public des contribuables.
Et c'est la raison pour laquelle, mon sujet, depuis 15 ans que je fais de la politique, c'est de replacer ce débat agricole dans un débat de société, et ne plus construire les politiques publiques uniquement par le prisme de l'analyse de la corporation agricole. Car il y a 10 milliards d'euros de la PAC, 70... -Vous avez quand même perdu 50 millions de dotations d'aide à l'agriculture biologique cette année.
Donc qu'est-ce qui ne va pas ? Pas assez convaincant ? -C'est quoi 50 millions au milieu des 80 milliards ?
Et c'est de ça que je veux parler. Quand on parle d'agriculture, on parle de l'alimentation de tout le monde. On parle de l'eau qu'on boit tous les jours.
De l'air qu'on respire à chaque instant. On parle de la santé. Et je suis élu où il y a six fois plus de cancers pédiatriques que toute la France.
Et la responsabilité, tous les faisceaux convergent pour dire que c'est les pesticides utilisés en agriculture. -Il n'y a pas que ça pour le coup ! -Là, en l'occurrence, c'est le cas. -Oui, mais vous focalisez, car il y a dans notre alimentation, trop de sucre, des fois.
Il y a aussi des médicaments qu'on utilise. -On fait un focus que sur l'agriculture. -On est sur des molécules retrouvées dans les cheveux et dans les urines des enfants à cancer.
Et c'est des molécules utilisées en agriculture. -Est-ce que le grand malheur de l'agriculture française, ce n'est pas ces postures politiques qui opposent deux modèles et qui empêchent les écologistes et les agriculteurs de se parler pour trouver un compromis ? -J'oppose rien.
Moi, je propose des solutions. Je viens de parler des 10 milliards d'euros de la PAC. Je viens de parler des 70 milliards d'euros dédiés à des solutions curatives.
Ce que je propose, c'est de faire de cette enveloppe un moyen d'accompagner la bifurcation. On ne peut pas exiger des agriculteurs, nous les citoyens, et je me revendique représenter les citoyens, de faire cette bifurcation sans les accompagner. J'ai eu la chance, et je pense que c'est une chance incroyable, de côtoyer Edgar Pisani à la fin de sa vie.
Il est le fondateur de la PAC, c'est la SAFER, c'est les remembrements. Il me disait à la fin de sa vie : "C'est pas parce que cette politique était la bonne il y a 60 ans que c'est toujours la bonne aujourd'hui." Il faut savoir se réinventer.
Aujourd'hui, on a des indicateurs forts, et c'est pas moi qui le dis, c'est pas un écologiste avec sa moustache et cheveux longs et sa boucle d'oreille qui le dit. C'est le commissaire européen qui nous dit que l'effondrement de la productivité de la ferme Europe est lié au dérèglement climatique et à l'effondrement de la biodiversité. On doit s'attaquer frontalement à ça.
On doit le faire avec les politiques publiques. Tant qu'on mettra ces 70 milliards d'euros dans des solutions curatives, on mettra de l'argent dans un puits sans fond. -Il y a une réalité quand même, c'est que la bio, c'est moins de 5 % aujourd'hui des ventes dans les supermarchés. -Rapidement, on répond ?
Qu'est-ce que vous répondez, monsieur le député ? -D'ailleurs, j'ai regardé un peu votre émission et vous parlez de la bio. -C'est pas trop cher ? -La bio, le problème du raisonnement de l'agriculture biologique, c'est que ça ne doit pas répondre à des logiques d'économie de marché ou de loi de l'offre et de la demande.
Le poulet, qu'il soit bio ou pas, c'est du poulet. L'oeuf, pareil. Et donc, ce qu'on doit faire, c'est de regarder l'intérêt commun.
Et pour vous répondre sur le pas cher, le jour où on met, je reviens à mes 80 milliards d'euros, le jour où on met sur la table ces 80 milliards d'euros pour accompagner, pour rémunérer, je choisis le verbe à dessein, pour rémunérer des agriculteurs qui prennent soin de l'intérêt commun...
Le bio devient compétitif pour le consommateur. Il est accessible à tous. Et au passage, on n'a plus besoin d'alimenter une politique curative dont on aura besoin tant qu'on utilisera des pesticides, des engrais de synthèse pour réparer l'eau, l'air et la santé.
Et on accompagne la restauration d'une biodiversité et d'un climat dont on aura besoin pour tenir la souveraineté alimentaire. Ce que je propose, ce n'est pas d'opposer les modèles mais d'allumer un cercle vertueux où tout le monde s'y retrouve, les agriculteurs en tête et les consommateurs. -Tout autre sujet, la santé mentale.
Comment vont nos agriculteurs ? Pas très fort, on peut le dire. Et je crois que Louise, vous avez rencontré quelqu'un que vous allez nous présenter, un homme très engagé justement pour le bien-être de nos amis agri qui trouve les causes et les solutions, c'est ça ? -Exactement.
Aujourd'hui, je vais vous raconter l'histoire de Jean-François Mathieu. Jean-François a été pendant longtemps technicien à la Chambre d'agriculture. il accompagnait les éleveurs sur leur exploitation.
Et il s'est passé l'impensable il y a quelques années. Sur son secteur, six agriculteurs se sont suicidés. Il n'avait rien vu venir.
Jeff, ça l'a plongé dans une profonde dépression qui a duré quasiment 18 mois. Et la renaissance de Jeff, elle est arrivée dans un couloir de la Chambre d'agriculture de Corrèze. Il croise un inconnu par hasard.
Le mec s'était trompé de bâtiment. Jean-Baptiste qui était formateur et qui avait un sens aiguisé de la psychologie. Et il lui dit : "Toi, tu ne vas pas bien." Et là, Jeff s'effondre.
Ils font 30 minutes de discussion. Et Jeff me raconte, ça lui rallume la lumière. Il digère tout ça, il décide de se réinventer, il se forme à la psychologie, il quitte son métier de la Chambre d'agriculture pour se consacrer au métier d'éleveur. -Il en est où aujourd'hui ? -Il partage sa vie professionnelle entre son élevage, 50 vaches, et l'accompagnement humain.
Il accompagne notamment les agriculteurs qui sont en burn-out aujourd'hui parce qu'il le dit, sur la ferme, c'est finalement le reflet de ce qui se passe à l'intérieur de l'homme. Et il y a un seul bien-être. Le bien-être humain implique le bien-être animal et le bien-être économique de l'exploitation. -Beaucoup d'agriculteurs sont dans cette situation, dans cette forme de détresse. -Oui, ce n'est pas la seule profession, mais le monde agricole est particulièrement touché.
La MSA, qui est l'équivalent de la Sécurité sociale agricole, le dit. Les agriculteurs ont 77 % de chances de plus de se suicider. Donc, c'est vraiment une statistique glaçante. -D'ailleurs, il y a une asso qui est formidable, Solidarité Paysan. -Oui, c'est vrai. -Pour détecter les signaux faibles d'un problème économique, ou psychologique.
C'est souvent ça, pour apporter une aide le plus vite possible aux paysans en détresse. Solidarité Paysan, formidable. -Effectivement, le métier d'agriculteur est complexe, mais ce n'est pas la seule raison.
Dans le monde agricole, il y a une culture du non-dit. Il ne faut pas se plaindre, il faut tenir, encaisser sans rien dire. -Et le poids de la famille. -Aussi.
Et des générations, d'avoir un héritage sur plusieurs générations. -Sur nos épaules, effectivement. -L'économie, c'est un sujet tabou dans le monde agricole.
Vice-président de région, on avait cherché à détecter en amont le plus tôt possible des signes, effectivement, de risque de suicide, en tout cas de détresse psychologique. Et on travaillait bien sûr avec la MSA, mais il y avait un autre acteur qui était important. Solidarité paysan, c'est bien, mais l'agriculteur, les cherche avant.
Mais nous, on travaillait avec les centres de gestion, parce que souvent, ces difficultés psychologiques sont liées aux difficultés économiques. Ce qu'on disait juste avant. Je propose qu'il n'y ait plus de difficultés économiques et ça participera aussi à améliorer la santé mentale. -Il faut que tout chef d'entreprise ait un coach mental, tout sportif de haut niveau en a un.
Il faut que les agriculteurs se fassent accompagner. C'est complexe de mener une exploitation. -Merci beaucoup, M.
Biteau, d'être venu sur notre plateau. Merci pour ces échanges très intéressants qui font avancer le débat. On pourrait vous recevoir dans quelques temps. -J'essaie de parler...
Il y a quand même un point où on peut être d'accord... -Mais on ne relance pas le débat, attention. -Pour clôturer, pour donner du positivisme aux agriculteurs, il nous faut un cap et il nous faut de la cohérence.
Tu ne peux pas avoir cette politique-là... on parlait du Mercosur avant.
Si on fait rentrer, n'importe quoi. Et tu ne peux pas demander à des agriculteurs de progresser si tu ne les protèges pas. Et c'est ça qu'il faut.
Et que tous les discours politiques s'alignent pour protéger l'agriculture avec un cap à 15 ans. Et tu verras qu'il y aura moins de suicides. -La dernière intervention du Parlement européen, c'était ça. -Le mot de la fin.
Merci. Merci, monsieur le député. Merci Benoit Biteau d'être venu sur le plateau de VIP.
Et maintenant, on va parler d'une céréale que vous ne connaissez peut-être pas très bien, c'est l'orge. Et la France est au premier rang des producteurs européens, oui. On en fait de la bière, ça vous le savez, j'en suis sûre.
Mais aussi du café ! On vous dit tout dans ce reportage de Maxime Coltier. --- -Comme pour chacun de nous, ou presque, le matin, chez Yoann et Nathalie, c'est tartine, jus de fruits, yaourt et bien sûr, café.
Sauf que cette boisson sombre qui y ressemble comme deux gouttes d'eau, ça n'est pas du café. -Non, non, c'est pas du café, c'est de l'orzo. C'est de l'orge torréfié. -Il y a dix ans, ce couple de Bretons tenait un restaurant.
Et à la fin des repas, pour les clients, pas de traditionnel espresso. -On a fait goûter. J'ai pas trop laissé le choix.
Si tu laisses le choix aux gens, ils ont peur. Et je les rassurais toujours en disant : "Vous inquiétez pas, je vous ferai un café si vous n'aimez pas." Et les gens goûtaient les yeux fermés.
On avait fait la meilleure étude de marché. -Au resto. -Sans le savoir. -Ils ont alors une révélation, se lancer dans la fabrication de café d'orge, plus économique et surtout meilleur pour l'environnement. -Ce n'est pas pour dénigrer le café, mais le café est produit à des milliers de kilomètres.
Et l'idée, c'était aussi de pouvoir proposer quelque chose, un produit d'ici, et de valoriser, pour le coup, une céréale autrement que dans la nourriture animale. -Car pour trouver de l'orge, pas besoin d'aller en Amérique du Sud ou en Afrique. La France est le premier producteur européen.
Yoann ne fait que 30 kilomètres pour se ravitailler en matières premières. Chez Etienne, un producteur de sa région. -Ton orge est prête là du coup ? -Ouais. -Yoann et Etienne se sont bien trouvés.
Ils partagent les mêmes valeurs. La céréale est cultivée en bio et fournie en circuit court directement par Etienne. -Elle est bien propre.
C'est une belle orge. C'est comme d'hab. C'est toujours très beau.
On va faire encore un bel orge. -Avant, j'étais dans une filière organisée, mais à grande échelle. Donc, j'étais qu'un simple producteur.
Là, je suis un fournisseur de matières premières. On se doit de fournir une orge de qualité. Donc, ça me correspond bien aussi.
Non seulement de cultiver, mais d'aller trier le produit, le calibrer, le préparer pour la consommation d'un transformateur. C'est valorisant. -Bon, on charge ça.
C'est parti. --- -Avec son trésor en poche, direction Ploeuc-L'Hermitage où Yoann a installé son atelier de transformation d'orge. C'est ici qu'il le torréfie.
Et depuis quelques années, le travail ne manque pas. -Quand j'ai commencé, on torréfiait, allez, maximum 100 kilos par mois. Aujourd'hui, on est plutôt autour des 300 à 400 kilos par jour.
Donc oui, bon, il y a 15 ans de travail, mais il y a une belle évolution. Et puis on sent que le truc a pris vraiment depuis deux, ou trois ans, là. -Pour torréfier, il faut un torréfacteur. -Là, on arrive sur la fin.
La couleur évolue vraiment très vite sur le final. -Comme pour le café, cette machine va mélanger et griller les grains d'orge pour en dégager les arômes. -C'est une machine que j'ai, malheureusement, par faute de moyens, été obligé d'acheter en Chine dans un premier temps.
Pour vous donner un ordre d'échelle, je l'ai acheté à 12 000 euros livrée. Et le prochain torréfacteur que je vais avoir, pour le coup que j'achète en France et de fabrication française, il en vaut 85 000 pour le même volume. C'est pas la même qualité non plus, mais il a bien fallu que je commence pour répondre à une demande croissante. -En attendant la nouvelle machine, Yoann croule sous les demandes.
Il est en partenariat avec une grande enseigne bio et séduit une clientèle consciente des problèmes écologiques que pose le café. -Ca va ? -C'est plutôt pas mal. -Oui, vraiment une belle couleur.
Mais à chaque fois, je m'émerveille de la couleur. -Notre public est attiré par notre produit, par le fait qu'il est fait en local. -Tout dépend des produits, en fait. -Voilà, aussi. -On reste plus local sur de la céréale torréfiée plutôt qu'un café. -C'est inévitable. -Quel que soit l'endroit en France, ça reste quand même plus local que de proposer du café. -C'est ça.
Et effectivement, il y a un public, lui, qui définit le local à l'Hexagone et qui, du coup, est aussi intéressé. C'est pour ça qu'on arrive à vendre aussi au-delà de la région. -Mais alors le café d'orge, est-ce que c'est du café ?
Eh bien non. Même s'il en a la couleur, la petite amertume et qu'il se sert de la même façon, il n'a pas le même goût et ne contient pas de caféine. -Yec'hed mat ! -Ca a vraiment son propre goût.
Il ne faut pas s'attendre à boire du café. C'est une alternative au café dans le terme du circuit court. Mais ça n'a pas les mêmes fonctions.
Ca va plutôt nous accompagner pour la journée. Ce n'est pas quelque chose de super boostant. Mais ça a un petit apport d'énergie pour accompagner sa journée. -Mais si le café d'orge n'est pas du café, il a un argument imbattable pour peut-être à terme le concurrencer : son prix.
En moyenne, le café de Yoann et Nathalie est 5 euros moins cher au kilo. -Et c'est un autre agriculteur qui nous a rejoint sur le plateau pour nous parler d'orge. Julien. -Bonjour à tous, merci de l'invitation. -Merci d'être avec nous.
Vous êtes cultivateur d'orge, vous êtes également brasseur et malteur sur votre exploitation, ce qui est très rare, le maltage sur l'exploitation. -On est une vingtaine en France à faire ça aujourd'hui. -Et vous en faites partie.
Votre exploitation se trouve dans l'Oise, en Picardie, c'est la ferme du Tiloie, c'est bien ça ? Est-ce qu'il y en a qui ont goûté ce café d'orge ? Moi pas. -Moi étudiant, j'étais serveur en Italie et les Italiens, ça remonte, on servait le "café d'orzo" et qui est une alternative au décaféiné.
Les Italiens n'aiment pas trop boire du décaféiné, on servait du café d'orzo et qui a un petit goût un petit peu particulier, réglisse amère, qui n'est vraiment pas du café. -Vous confirmez ? -Etant producteur de malte, je fais moi-même mon malte torréfié et je le goûte sur ma propre production.
C'est vrai que c'est très intéressant et ça évite le côté caféiné. C'est super sympa. -En termes de prix, il y a une grosse différence ?
En termes de prix de café. -Il parle toujours prix. -Oui, c'est vrai. -Il a toujours sa calculatrice à table. -Je n'ai pas fait les comptes, pour le coup. -Vous nous enverrez un petit message après l'émission.
C'est une céréale qu'on connait peu, nous, consommateurs, même si on la boit et on la mange. Vous, votre orge, vous le cultivez pour en faire de la bière, c'est ça ? -Tout à fait. -Comment on cultive l'orge ?
Je ne sais pas comment ça se passe. C'est comme le blé ? Quelles sont ses faiblesses, ses forces ? -Il y a deux types d'orge, d'hiver et de printemps.
Je cultive exclusivement de l'orge de printemps. C'est une très belle céréale qui est très dynamique, qui a une belle pousse. C'est vraiment une culture picarde par excellence. -On est champion d'Europe de production d'orge.
Pourquoi ? -D'orge et de malte. On est leader également.
Peut-être monde, à vérifier. -Pourquoi chez nous ? Pourquoi ça pousse si bien ? -C'est notre climat. -Au-delà de votre talent, évidemment. -C'est le climat français qui permet vraiment cette implantation.
Et il y a aussi un savoir-faire qui date historiquement d'avant-révolution française, où on a été les leaders dans la création de l'outil industriel, de transformation de cette orge. Ca s'est très bien implanté historiquement. -Tu as des gros acteurs qui ont vraiment structuré la filière du malte et qui pèsent lourd même dans le monde. -Et de longtemps. -Alors vous, cette orge, vous le transformez en malte, en bière, en l'occurrence.
On va parler des bières artisanales avec vous, Michel. C'est le retour du bieroscope de Michel. C'est vrai que c'est le boom des microbrasseries, des bières artisanales, comme notre ami Julien. -Exactement. -Racontez-nous un petit peu ce qui se cache derrière tout ça. -Déjà, est-ce que vous saviez qu'en France, on est les plus petits consommateurs de bière de l'Europe ?
On n'en boit que... -Je suis déçu. -On n'en boit que 33 litres par an et par habitant. -Ca dépend.
C'est une moyenne, effectivement. -Si vous mettez ma consommation, la moyenne va exploser, mais on ne va pas la mettre. Par contre, en France, on ne boit peut-être pas beaucoup de bière.
Mais on a le plus grand nombre de brasseries. 2 500 brasseries aujourd'hui en France. C'est un chiffre qui a été multiplié par cinq sur les dix dernières années.
C'est assez incroyable. Il y a un vrai engouement pour ces bières artisanales locales qui sont brassées chez Julien et ses copains. -J'ai commencé en 2017.
On était 700 brasseries. -Et là, on est à 2 500. -Sur les 2 500 brasseries, il y a 2 000 micro-brasseries.
Une micro-brasserie, c'est quand on fait moins de 1 000 hectolitres de bière par an. -Et vous faites, vous ? -Je fais à peine 200 hectolitres. -Ah oui, il y a encore de la marge. -Et donc, ces bières artisanales, les supermarchés commencent à bien les apprécier parce que ça perce, les consommateurs en raffole et entre potes, c'est plutôt sympa d'avoir ces bières locales.
C'est l'authenticité, c'est le goût particulier. -Le circuit court. -Le circuit court et chaque bière artisanale a vraiment un goût unique et une histoire unique qui est derrière. -Julien, malgré cet engouement des bières locales, les microbrasseries aujourd'hui traversent des temps difficiles.
Tu peux nous raconter ? -Oui. Sur les dernières années, la période du Covid a mis un coup de frein à la consommation parce qu'il y avait une grosse part en bar et même en supermarché.
Rien que le fait de ne pas faire un apéro entre amis, ça s'est impacté sur les microbrasseries. Il y a eu des drames aujourd'hui dans les microbrasseries, des petites brasseries artisanales qui ont fermé. Après, je dirais, il y a eu un tel engouement qu'il y a une régulation naturelle du marché qui se fait. -Ce qui est assez drôle sur l'orge et sur le marché de la bière, c'est que des fois, les événements sportifs internationaux peuvent impacter, on va dire, parce que sur ce côté festif, ils impactent jusqu'au cours de la bourse des grands brasseurs. -Michel, par son passif, il a poussé. -Non mais avec modération quand même. -Pour parler prix, rapidement pour les consommateurs qui nous regardent, une bière artisanale produite par exemple par Julien, on va les trouver en supermarché, c'est du 33 centilitres le plus couramment, et on va les trouver entre deux et quatre euros la bouteille de 33 centilitres.
Rien à voir avec les multinationales, on peut les appeler comme ça, les industriels de la bière, mais on ne défend pas la même chose. Là, on a, de l'authenticité, on a du territoire et on a de la bonne bière, des bonnes recettes. -C'est le consommateur qui choisit. -Exactement.
J'aimerais qu'on continue à parler prix, mais prix d'investissement, vous êtes, brasseur, malteur, ça nécessite des installations particulières, non ? -Mon projet global est autour des 300 000 euros. C'est un gros investissement. -Oui, c'est un pari. -Tout à fait, c'est un pari.
Qui aujourd'hui paye, parce qu'il permet d'amener un revenu complémentaire sur l'exploitation. Il m'a permis de m'installer avec mes parents. Il fallait un revenu complémentaire pour permettre mon retour sur la ferme. -Un papa qui vous a beaucoup encouragé. -Mes parents sont toujours là.
Ils viennent tout juste de prendre leur retraite. -Il fait de la bière. Il aurait fait des savons, peut-être... -Ils rient. -Par contre, j'aimerais...
Je suis allée chez Julien il y a cinq ans pour l'interviewer. T'es parti de rien. Au début, tu venais d'avoir les cuvées en inox mais t'avais une petite marmite à la base où t'as appris à brasser ta bière. -J'ai commencé avec 250 titres.
On était capables de produire ça la journée. Et on a fait fois dix sur la production juste avant le Covid. -Il faut souligner l'importance de la diversification sur une exploitation.
Les agriculteurs, pour survivre avec la complexité du métier, il faut se diversifier. Et ça a été le salut de ton exploitation. -Ca a été le salut, comme tu dis.
Mais c'est aussi une tristesse, en quelque sorte, parce que je ne trouve pas ça normal, qu'un agriculteur ait ce besoin de se diversifier pour pouvoir vivre de son métier. C'est super parce que moi, je m'épanouis dans ce que je fais. -Intellectuellement, c'est hyper intéressant. -C'est extraordinaire. -Rien que d'être ici aujourd'hui, c'est extraordinaire.
C'est grâce à ça. Mais au final, c'est pas normal que plein d'autres agriculteurs réfléchissent à des projets de diversification. -Par contrainte. -La diversification, n'est pas une ouverture d'esprit, c'est une contrainte pour exister demain. -C'est une nécessité.
Et il y a aussi des conjoints qui font des métiers hors de l'exploitation pour amener de l'argent et permettre... -Aujourd'hui, je pense que je serais déjà plus agriculteur si je n'avais pas mon épouse qui, nous permettait de faire bouiller la marmite, de sécuriser. -Pour les ménages agricoles, c'est 30 % du revenu à peine qui vient de l'activité agricole et le reste, ça vient du patrimoine et de l'activité du conjoint. -Sur les dix dernières années, la ferme Oise, la ferme Céréalière dans l'Oise, on a eu trois récoltes négatives.
Les agriculteurs ont été obligés de retourner voir leurs banquiers pour pouvoir passer l'année. On a payé pour avoir eu le droit de travailler. Trois fois sur dix ans, croyez-moi, c'est compliqué de se voir des comptes dans le rouge trois fois. -Dix ans après, comment se porte cette microbrasserie ?
Le pari est réussi ? Vous avez parlé des difficultés financières, mais... ? -La brasserie en elle-même se porte très bien.
Je suis venu les mains vides. Rupture de stock. Tout est vendu. -On est content c'est une bonne nouvelle pour vous. -Je devrais être en train de faire de la bière aujourd'hui. -Pour ne pas être trop négatif parce que quand on fait un projet, c'est un peu lourd.
Des fois, tu y vas parce que tu cherches un autre revenu. -Lui, il fait des pâtes. -Il faut que les consommateurs jouent le jeu.
Suivant ce que tu vas produire, on achète ce que tu fais sur ton territoire. Mais moi, ce que je voudrais dire quand même de positif, c'est que quand tu sors de ton métier juste d'agriculteur où tu produis du blé, tu dis que tu fais un bon boulot. Quand tu vas transformer ton produit, tu vois le client, tu discutes, tu expliques ton métier.
Je trouve que ça te revalorise aussi ton métier. -Tu vends sur les marchés. -C'est une vraie histoire.
C'est quand même du boulot, des projets, des investissements. Tu bosses la semaine et le week-end. Mais ça te nourrit, de cette connexion directe avec le consommateur.
Et ça renforce ton métier d'agriculteur. T'essayes de le faire encore mieux quand tu as cette relation. -Je suis sur les foires de nombreux week-ends.
Des week-ends de sacrifice pour la famille. Mais quand je sers une bière à la pression et d'avoir un regard, d'avoir un retour positif et qu'on dise : "La bière, elle est extra." Il y a ces tons-là aussi.
Mais c'est extraordinaire d'avoir ça. Quand on livre une remorque de blé à la coopérative, on n'a pas ce retour de la qualité. Et le contact direct avec le consommateur, il est extraordinaire à vivre. -On va terminer sur cette note positive. -Toujours avec modération, Fred. -Toujours avec votre copine Modération.
Parfois, elle ne vient pas. Mais elle est là aujourd'hui. C'est la fin de cette émission.
Merci beaucoup, Julien, d'être venu nous dévoiler les coulisses de votre métier cultivateur d'orge. Bonne continuation. On vous souhaite plein d'hectolitres de ce breuvage.
Et avant de se quitter, j'aimerais qu'on fasse un petit tour de table, savoir ce qui vous a marqué dans ce numéro de VIP. On commence par Louise. -Accompagner les agriculteurs dans la transition et dans le changement de pratique. -JB ? -Moi, je suis copain maintenant avec Benoit Biteau, donc ça va, parce qu'on défend les mêmes idées au niveau européen. -J'ai vu. -JB, il est capable de reconnaitre un dindon... une patate contrariée rien qu'au son franchement ça m'a bluffé. -C'est pas mal.
Et enfin Michel. -C'est le café d'orge. -Ah tiens donc !
Ca vous a plu ? -Ah oui, ça m'a plu et j'ai envie de le goûter c'est vrai que j'aime pas trop le café donc j'ai bien envie de goûter ça. -On va faire ça, on va organiser une petite dégustation.
En tout cas, merci à vous de nous avoir suivis. On se retrouve très très vite. Cous pouvez nous regarder en replay sur les réseaux de LCP.
Et vu tout ce qu'on a dit aujourd'hui, entendu que l'agriculture française n'a pas fini de nous surprendre. Merci, à très bientôt sur LCP. Au revoir.
Benoît Biteau