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AutreFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 4 mai 2026 43 minContradictoireMixte

Attaques au Mali : le Sahel va-t-il tomber entre les mains des djihadistes ?

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Présentateur

Cette année par le fondateur d'Amazon, Jeff Bezos et son épouse, Lauren Sanchez Bezos, qui se sont rapprochés de Donald Trump. Un couple si impopulaire que des appels au boycott du Met Gala ont été lancés, souligne le New York Times à grand renfort d'affiches, placardés dans les rues et les métros de New York. On peut y voir Jeff Bezos, vêtu d'un uniforme de lice, la police américaine de l'immigration, sous contrat avec une filiale informatique d'Amazon. Un autre visuel montre une bouteille remplie d'urine sur un tapis rouge, référence aux livreurs d'Amazon parfois contraints d'uriner dans des bouteilles pour respecter les délais de livraison, rappelle The Hollywood Reporter.

L'édition 2026 du Met Gala prend donc une tournure bien politique et ce qui comptera ce soir, ce n'est pas tant de savoir qui respectera au mieux le thème de cette année sur l'art du costume, sur la mode qui est un art, explique le magazine américain Vogue. Non, l'enjeu est plutôt de savoir qui foulera le tapis rouge de ce Met Gala et qui passera ainsi sous les fourches codines du couple Bezos, sponsor et président d'honneur de cette année.

Pas franchement connu pour leur bon goût vestimentaire, relève une éditorialiste du New York Times, pour qui Lorraine Sanchez Bezos incarne ce à quoi la mode balottée par les mutations sociales et technologiques a capitulé l'inégalité économique sous forme humaine avec ses lèvres roses et brillantes, comprimées dans un corset haute couture. Et je sais déjà que vous avez surveillé Guillaume Meryl Streep et Zendaya qui ne se rendront pas ce soir au Met Gala. Et puis en ce début de semaine, on reprend ses bonnes habitudes. Si vous avez la moindre question sur cette revue de presse internationale, écrivez-moi à l'adresse fcrdpi.radiofrance.com.

Vos remarques nourrissent aussi la chronique interactive du samedi. Merci beaucoup Catherine Dutu. Dans quelques instants, on va évoquer ce qui est en train de se dérouler au Mali. On en parle peu dans les médias, mais on est aussi là pour cela, France Culture. Et on est là aussi pour vous expliquer en quoi ce qui se déroule au Mali pourrait bien être décisif pour l'Afrique, pour le monde. C'est dans quelques secondes. Le lundi, c'est Économie. Entendez-vous, l'écho vous embarque pour une heure de découverte de l'économie, de la théorie à la pratique.

Au programme, une question d'actualité pour mieux comprendre les débats en cours, on fait le point avec deux invités, puis un retour aux fondamentaux où l'on prend le temps de raconter une histoire de cette discipline et de sa pensée qui ont encore beaucoup à nous apprendre. L'écho résonne partout, alors on lui tend l'oreille. Entendez-vous l'écho, ce lundi à 14h sur France Culture, franceculture.fr et l'appli Radio France. France Culture s'invite au Théâtre de la Ville à Paris. Qu'il vienne de Grèce, d'Italie, d'Angleterre ou du Bélarusse, les artistes des Chantiers d'Europe tissent des récits sensibles aux formes hybrides.

Avec Christos Papadopoulos, Sylvia Gribodi, Robert Wilson, cette 15e édition explore une même urgence, prendre soin. Chantier d'Europe, du 4 mai au 30 juin, au Théâtre de la Ville à Paris. Un spectacle France Culture. Les matins de France Culture. Guillaume Erner. Le Mali vit depuis une semaine une crise sans précédent. Une offensive coordonnée des djihadistes et des rebelles Touareg a frappé simultanément Bamako, Kidal, plusieurs villes stratégiques tuant. Le ministre de la Défense, forçant les mercenaires russes à quitter Kidal, reconquise à peine deux ans plus tôt. Aujourd'hui, un blocus encercle la capitale. La junte peut-elle tenir ? Bonjour Wassim Nassr. Bonjour.

Vous êtes journaliste à France 24. Vous êtes chercheur au Soufan Center à New York, spécialiste des mouvements djihadistes. On vous doit notamment, État islamique, le fait accompli aux éditions Plon. Je vais vous poser une question toute simple. Pourquoi le Mali est-ce si important alors qu'on en parle peu ? Mais bon, de toute façon, dans les médias, il y a des sujets dont on parle beaucoup et d'autres qui sont complètement gommés, tels que l'Afrique par exemple.

4:00
Invité

C'est important à deux niveaux. C'est important pour les Maliens. Peu importe s'ils sont loyaux à la junte actuelle ou actuellement au pouvoir ou pas. Parce qu'on a vu pour la première fois que ce sont les politiques conduites par cette junte. Donc, expulsion des médias, expulsion des ONG, pousser à l'exil les opposants, en emprisonner. Il y a quelques heures encore, ils ont mis en prison des opposants.

Et qualifier les rebelles Touareg du Nord ou en majorité Touareg qui avaient signé les accords d'Alger avec deux terroristes au même titre que les djihadistes qu'on venait de citer, ont fait qu'ils ont créé les conditions, en fait, pour que tous leurs opposants, aussi antagonistes soient-ils, se mettent d'accord pour se dire, ça suffit, il faut en finir. En tout cas, mettre ça en musique et mettre ça en action. Ce qu'on voit a surpris beaucoup de gens, comme vous l'avez très bien dit, et à juste titre parce que les médias sont occupés par autre chose, mais l'accord entre les rebelles du Nord et le Genime date de février 2025. D'ailleurs, j'avais moi-même dévoilé son existence dès mars 2025.

Donc ça, c'est pour le niveau du Mali. Au niveau international, c'est très important parce que vous avez mentionné les Russes. Là, aujourd'hui, on a encore une fois la preuve que les Russes ne sont pas un acteur, en tout cas un partenaire efficace aux côtés de Bamako en ce qui concerne combattre les djihadistes, mais pourtant, et paradoxalement, ils se sont avérés comme un partenaire fiable pour protéger le pouvoir, malgré la mort de Sadio Kamara, ministre de la Défense, et donc l'homme des Russes au Mali. Donc à deux niveaux, ça se joue à deux niveaux.

Ça veut dire, aujourd'hui, les Maliens constatent que tout ce qu'on leur a dit depuis un certain temps n'était pas vraiment vrai, concernant la collaboration avec les Russes et la situation dans le pays, et les autres pays africains, même les pays de l'OS, donc l'Alliance du Sahel, Niger et Burkina Faso, se rendent compte aussi dans les faits que les Russes n'ont pas les moyens, en tout cas, vraiment de faire face à cette mouvance djihadiste, on va voir l'équation de développer, qui consiste à le JNIM et l'État islamique, parce que ce n'est pas que le JNIM actif au Sahel.

6:13
Présentateur

Oui, parce qu'en fait, ce que vous avez révélé, Wassim Nassr, il y a quelques jours, c'est qu'il y avait une sorte de tenaille entre les djihadistes du JNIM et les rebelles Touareg du FLA.

6:26
Invité

Exactement, donc il y a eu pour la première fois, et ça ce qui fait que la chose est très importante, que les rebelles du Nord, donc du FLA, se sont coordonnés militairement parlant avec le JNIM, donc filiale d'Al-Qaïda au Sahel, pour lancer des attaques coordonnées sur tout le pays, et ils ont combattu ensemble, pas côte à côte, à Kidal et à Gawo Kidal, par ailleurs, qu'ils ont réussi à prendre.

Donc comme je disais il y a quelques instants, les antagonismes entre ces deux groupes, qui n'étaient pas forcément les meilleurs alliés du monde, on se rappelle, ce sont les djihadistes qui ont viré les rebelles du Nord en 2012, après la prise du Nord, on rappelle aussi que les derniers combats entre le FLA et le JNIM remontent à avril 2024, des dizaines de morts des deux côtés, donc la relation n'était pas, ce n'était pas un long fleuve tranquille, mais encore une fois, les agissements de Bamako, les choix politiques faits par Bamako, ont fait qu'ils se sont alliés, et que ce qui était sur le papier il y a un an, et que j'avais dévoilé à France 24, la mécanique s'est mise en marche, disons, il y a quelques jours, pour le résultat qu'on connaît.

Mais ceci dit, le volet militaire a réussi, maintenant il faut voir si le volet politique va réussir, donc est-ce que vraiment ces rebelles du FLA et le JNIM vont réussir à appliquer la clause, une des clauses les plus importantes dans l'accord entre eux, c'est-à-dire la gestion des zones qu'ils contrôlent désormais, donc en particulier la ville de Kidal.

7:49
Présentateur

Nous accueillons Djennabou Sissé, bonjour, vous êtes chercheuse associée à la Fondation pour la Recherche Stratégique Spécialiste des Questions de Sécurité au Sahel, on vient d'évoquer donc cette situation au Mali, le Mali est devenu l'un des épicentres du djihadisme international, et donc comme tel, c'est évidemment quelque chose d'essentiel.

8:10
Invité

Oui, tout à fait, et ce depuis plusieurs années, puisque en réalité le JNIM n'est que le successeur de DAKMI, Al-Qaïda au Maghreb islamique, qui est lui-même le successeur du GSPC algérien, et donc en fait le JNIM est un peu la continuité de la coordination des groupes associés à Al-Qaïda, et qui a été officialisé en 2017.

Et la force du JNIM et avant lui d'AKMI, ça a été justement de tirer les erreurs de 2012, à savoir l'implication de la charia qui avait été faite à l'époque de façon assez stricte au moment du conflit, et on a même retrouvé des lettres du haut commandement d'AKMI qui disaient « ça ne peut pas marcher, on a besoin des populations, il nous faut justement un ancrage local, une véritable assise locale pour pouvoir étendre notre influence et nous permettre notre expansion dans la région.

» Et c'est ce qu'ils ont fait, c'est ce qu'ils font depuis plusieurs années, ils ont vraiment une stratégie d'assise locale très poussée, avec une forte influence dans les zones rurales, parfois même des pratiques de gouvernance locale, avec une fiscalité islamique, de la justice également pour la résolution de différents territoriaux locaux. Et donc ça leur a permis justement cette expansion et de devenir aujourd'hui l'un des groupes les plus influents et même les plus meurtriers du continent.

À ce jour, je pense qu'on peut même les comparer avec les Shebabs, qui pendant longtemps étaient vraiment le groupe le plus meurtrier du continent, et maintenant le GINIM s'est vraiment imposé comme un acteur central du djihadisme.

10:14
Présentateur

Et c'est pour ça qu'on a décidé de faire cette émission. Wassim Nas, vous êtes l'un des meilleurs spécialistes du djihadisme mondial. Aujourd'hui, l'Afrique devient l'une des zones de conquête les plus importantes du djihadisme. Peut-être d'ailleurs un mot par rapport à ce qui se passe du côté de la Syrie, dans ces autres lieux où le djihadisme a plutôt tendance à perdre de l'importance, alors que là, les djihadistes au Sahel sont en train de déstabiliser le Mali, ça c'est évident, mais aussi les pays voisins, le Burkina Faso, le Niger.

10:49
Invité

Donc effectivement, vous faites bien de rappeler la Syrie, parce que ce qu'il y a eu en Syrie, c'est-à-dire la défaite d'Assad, l'arrivée au pouvoir d'un ancien djihadiste, et on en a beaucoup parlé ici ensemble, a donné, disons, un horizon aux populations qui avaient des griefs bien réelles et pas d'horizon politique, pas d'horizon économique. Donc de fait, par ricochet, le djihadisme international tel qu'on peut l'imaginer est devenu moins attractif pour ce bassin de population qui aurait pu être intéressé ou attiré par ce sujet.

Donc paradoxalement parlant, la Syrie est devenue plus stable avec l'arrivée de Chara, et aujourd'hui, on peut imaginer une résurgence de l'État islamique en Orient pour rester en Orient, plutôt en Irak. Pourquoi ? Parce que les populations sunnites, donc le bassin potentiel, je dis bien potentiel, de ces groupes en Irak est bien réel, et ces gens n'ont pas d'horizon, ni politique, ni économique dans le pays.

En ce qui concerne le Mali et le Burkina Faso, donc évidemment ces groupes, ils se basent, donc le djihadisme ou la violence politique en général, c'est le dégrive bien réel qui croise le chemin d'une idéologie et qui mène à une violence politique, qu'elle soit djihadiste ou pas, mais c'est ça le chemin qui est entrepris, en tout cas, dans ce registre-là.

Donc si au Mali, on voit que le JNIM est en train de modérer ses positions, est en train de faire appel à des alliances hétéroclites, ça veut dire avec d'autres groupes, comme le FLA, même avec des opposants politiques, par exemple, j'ai eu il y a quelques jours aussi dévoilé le fait que Umar Mariko, trois fois candidat à la présidence au Mali, ancien député marxiste, qui est toujours marxiste, a pu rentrer clandestinement au Mali pour négocier la libération de militaires et de fonctionnaires maliens entre les mains du JNIM. Il en a vu 17, il en a libéré 4. Et là, aujourd'hui, lui aussi, il appelle à une négociation ou une consultation plus large qui inclut le JNIM.

Donc, lui, et pas que lui, l'imam d'Iko, qui a été poussé à l'exil à Alger, la figure de proue de la nouvelle opposition malienne, même si elle a du mal à démarrer, c'est Sisoko. Sisoko, il est chrétien. Donc, encore une fois, on revient à ce qu'on disait tout à l'heure. Les agissements de Bamako, les décisions politiques et militaires et sécuritaires prises par Bamako ont fait que tous ces gens-là, aux intérêts divergents, se sont mis d'accord aujourd'hui pour dire que peut-être qu'il faut essayer de trouver une solution qui inclut le JNIM, le JNIM lui-même aussi, qui appelle à une résolution de conflit, à une gouvernance, certes islamique, mais avec d'autres.

Donc, ce qu'on a pu voir en Syrie, donc le chemin qui a été pris par le Front Nusra pour arriver à HTS, qui est plutôt un conglomérat d'opposants qui a fait que Assad est tombé, on peut arriver à quelque chose de similaire au Mali, même si le Mali est différent. La comparaison s'arrête là. Et même aujourd'hui, si on pose les choses de manière un peu, disons, mathématique, ça a pris au Front Nusra, on l'a dit, il y a 8 ans. Là, au Mali, avec le JNIM, le processus est enclenché, mais on est au tout début de ce processus.

Donc, on verra bien comment ça pourrait évoluer et comment ça pourrait influer aux pays limitrophes, Burkina, Niger et d'autres pays, sachant que, on en parlera peut-être, l'acteur oublié de cette crise, c'est l'État islamique. L'État islamique est là, il est toujours très actif et tous les acteurs de la région, qu'ils soient politiques, militaires ou djihadistes, régulent leur positionnement par rapport à l'État islamique.

14:11
Présentateur

Bon, l'un des symboles forts de la déstabilisation du Mali, Djennabou Sissé, c'est la mort de Sadio Kamara, autrement dit, le ministre de la Défense malien, avec un attentat suicide et, donc, non seulement un symbole, mais aussi une série de conséquences sur la déstabilisation du pays.

14:30
Invité

Oui, Sadio Kamara, c'est un symbole à plusieurs titres de l'avoir éliminé, puisque, d'une, c'est vraiment l'une des clés de voûte du régime, le numéro 2, en réalité, du régime, et en plus, c'était l'architecte du partenariat avec la Russie. Donc, en éliminant Sadio Kamara, le Gnim et le FLA envoient un symbole très fort de capacité à toucher en plein cœur du pouvoir et de toucher même, encore une fois, la clé de voûte de ce régime.

Maintenant, comme Moissime l'a souligné, c'est vrai que la Russie a tout de même été capable de jouer ce rôle de garde prétorienne auprès du régime, mais les coûts réputationnels pour le partenaire russe, pas tant, même pour la Jende, puisque la Jende, en réalité, ne peut guère s'appuyer sur d'autres acteurs que la Russie. Donc, la Jende, je pense, continuera de s'accrocher à ce partenaire, mais les coûts réputationnels pour les autres, en fait, pays africains, pour les autres potentiels partenaires qui auraient pu être séduits, sont quand même réels, d'autant que plusieurs États étaient déjà un peu réticents de franchir le pas, de s'associer avec Wagner puis Afrique Accor aujourd'hui.

Je prends notamment l'exemple du Tchad qui, bien qu'il ait un partenariat de défense avec la Russie, pour l'instant, était assez réticent à aller plus loin.

16:03
Présentateur

Djenabou, Sissé et Kamara étaient l'une des clés de voûte du régime.

16:08
Locuteur

Oui,

16:08
Invité

tout à fait, oui.

16:09
Présentateur

Une clé de voûte qui fait qu'au-delà de sa perte, au-delà de sa disparition, c'est en fait l'ensemble des relations avec Moscou qui va devoir être remise en cause avec, de surcroît, une position de plus en plus délicate pour les Russes.

16:27
Invité

Oui, alors, encore une fois, ce partenariat est hautement stratégique pour les deux côtés. D'une, pour l'agent puisque c'était vraiment au cœur de leur narratif politico-sécuritaire au moment, justement, de la fin de la coopération avec la France ils ont vraiment mis en avant la volonté de diversifier les partenaires et de notamment de s'associer avec la Russie avec ce discours selon lequel la Russie était davantage capable de répondre à leurs besoins. Et côté russe, ils ont vraiment fait de l'AES un plan central de leur stratégie d'influence en Afrique.

On a souvent dit que la RCA était le laboratoire de l'expansion de Wagner en Afrique à juste titre mais aujourd'hui l'Alliance des Etats du Sahel est également devenue un pivot central de cette stratégie. Donc, je pense que la Russie a aussi conscience qu'un camouflet au sein de l'AES serait quand même dommageable. Ceci étant dit, en effet, il y avait déjà des dissensions en interne de l'agente et également des forces armées maliennes s'agissant de l'efficacité de ce partenariat avec la Russie. On peut se rappeler de l'attaque de Tinsa Oaten en 2024 qui a fait quand même 84 morts côté mercenaires et 47 morts côté soldats maliens.

Et aussi, il y a beaucoup de frustration liée aux différences salariales entre soldats maliens et mercenaires russes liées au coût de Wagner qui était le coût évoqué était de 10 millions de dollars par mois pour un budget annuel de l'Agence Nationale de Sécurité d'État qui est lui de 20 millions de dollars. Donc, il y a des dissensions tout de même au sein de ces forces armées et je pense que l'évolution de cette junte sera déterminante. Où est Simdas ? Donc, oui, effectivement, mais il faut rappeler aussi que deux choses, que l'investissement russe, que ce soit avec Wagner ou maintenant avec Afrika Korps, il est vraiment à bas coût pour des résultats stratégiques énormes.

Donc, un des résultats stratégiques les plus importants, c'est d'avoir eu la capacité de mettre la France dehors en 2022. Donc ça, ce n'est pas négligeable. Et la capacité à supporter l'attrition, donc la mort d'homme pour les Russes est beaucoup plus importante que pour d'autres partenaires éventuels de ces pays. Par exemple, on a parlé de Tinswaten, c'était un vrai camouflet pour Wagner et c'est par ailleurs là que Wagner a changé de nom pour devenir Afrika Korps. Et le premier fait d'armes de Wagner au Mali, c'était novembre 2023, la prise de Kidal.

Donc, ce qui explique aussi pourquoi les Russes ont décidé d'accepter, disons, la main tendue ou le laisser passer du FLA et du Genim depuis le Nord, donc depuis Kidal, Tessalit, Tessit, Hagelok, sans qu'on leur tire dessus, c'est justement pour éviter un camouflet comme celui de Tinswaten, sachant que, comme l'a dit Genabou, les moyens qu'ils ont sont limités et ils ont décidé de les concentrer à quoi ? À défendre Bamako, l'aéroport de Bamako, donc faire des choix. Abandonner les villes dans le Nord était un choix tactique pour les Russes.

19:52
Présentateur

Wassim Nasr, journaliste à France 24, on vous doit État islamique, le fait accompli aux éditions Plon, Genabou Sissé, chercheuse associée à la Fondation pour la Recherche Stratégique. On se retrouve dans une vingtaine de minutes. On va évoquer les conséquences que pourrait avoir le fait que le Mali tombe entre les mains des djihadistes, un bouleversement à la fois pour l'Afrique et pour le monde, 8h sur France Culture. 6h30, 9h, les matins de France Culture. Guillaume Erner.

J'ai décidé de consacrer ces matins à ce qui est en train de se dérouler au Mali parce qu'en une seule journée, le 25 avril dernier, des djihadistes du Djinim alliés au rebelle Touareg ont frappé simultanément le cœur du pouvoir malien, tuant le ministre de la Défense à son domicile sans parent de Kidal, encerclant Bamako, une offensive d'une ampleur inédite depuis 2012 avec des conséquences importantes, bien sûr, sur la situation au Mali, mais aussi sur l'allié russe, mais aussi, bien sûr, sur la question occidentale avec l'offensive française dont on voit aujourd'hui à quel point elle pourrait n'avoir servi à rien.

Et puis, enfin, bien sûr, sur le fait que le Mali et plus généralement l'Afrique est devenue une véritable terre de conquête des djihadistes. Nous en parlons avec Wassim Nasr qui est journaliste à France 24, chercheur au Soufan Center à New York. On lui doit à l'État islamique le fait accompli et Djenabou Sissé, chercheuse associée à la Fondation pour la Recherche Stratégique. On vient d'entendre Jean-Luc Mélenchon évoquer sa candidature à la présidentielle et dire que les temps étaient des temps extrêmement difficiles et précaires, notamment sur le plan géopolitique.

Djenabou Sissé, vous qui êtes une spécialiste des questions de sécurité au Sahel sur l'Afrique, quelle est la situation dans ce vaste continent avec cette percée djihadiste au Mali mais aussi au Burkina Faso, au Niger avec la présence de Boko Haram, avec la présence de l'État islamique. Que peut-on dire ?

22:03
Invité

Oui, on a en effet un arc de crise qui se constitue dans la bande sahélo-sahérienne qui se traduit d'une part par l'expansion du djihadisme dont on a déjà parlé avec notamment le JINIM mais également l'État islamique au Sahel mais à cela s'ajoutent d'autres crises une vaste crise de gouvernance qui est notamment l'une des principales causes profondes en réalité de l'émergence du djihadisme on a une vraie crise du contrat social entre un certain nombre d'États de la région et les populations qui se traduit également par une marginalisation de communautés ethniques et qui constituent justement les principaux viviers de recrutement pour ces groupes armés qu'ils soient djihadistes ou rebelles.

A cela s'ajoutent également de nombreux facteurs de crise humanitaire à travers la crise alimentaire qui est favorisée d'une part par le changement démographique le changement climatique et par ricochet les tensions agro-pastorales qui peuvent exister au Sahel et dans un contexte en plus de réduction des budgets d'aide et en particulier USAID L'économie

23:25
Présentateur

est une économie qui est aujourd'hui peu favorable ?

23:30
Invité

Tout à fait et puis dans cette région ce sont des États où l'agriculture reste souvent le principal secteur économique le principal secteur d'activité or entre la crise agro-pastorale le changement climatique et la réduction des budgets d'aide alimentaire à commencer par USAID qui était notamment le premier budget d'aide sur ce secteur-là pour un certain nombre de pays on a un terreau très favorable à l'aggravation de la crise humanitaire dans la région

24:08
Présentateur

Wassim Nassr qu'est-ce qui peut se passer maintenant au Mali ? Quels sont les différents scénarios possibles ?

24:14
Invité

Écoutez il y a plusieurs scénarios possibles celui qui se dessine c'est que qui s'est dessiné pardon c'est que les oppositions maliennes ont quand même accepté de s'allier avec des rebelles et les rebelles ont accepté de s'allier avec des djihadistes ça c'est une première et un scénario disons de la prise de Bamako telle qu'on a beaucoup entendu parler c'est pas comme ça que ça va se matérialiser si Bamako si la junte va tomber à Bamako ça ne sera pas autrement qu'à travers une alliance encore une fois hétéroclite où les djihadistes et les rebelles arrivent à convaincre les opposants maliens en grande partie en exil ou emprisonnés etc.

à faire alliance avec eux pour qu'il y ait une gouvernance disons certes islamique mais qui est d'une certaine manière qui éviterait d'une certaine manière une prise de la capitale de force parce que là ce scénario n'est pas à l'heure du jour les djihadistes peuvent évidemment asphyxier Bamako ils coupent par ailleurs les routes de manière assez périodique et quand ils arrivent à un accord avec la junte avec les militaires ils lèvent le blocus pour raison ou pour autre ils ont par exemple ils sont très bien arrivés à un accord avec la junte pour libérer un otage émiratif contre 50 millions de dollars il y a quelques mois donc ces gens là se parlent maintenant ce qui pourrait se dessiner c'est que ces discussions deviennent politiques c'est-à-dire qu'on passe à la phase suivante et qui obligerait tout et chacun à voir ses ambitions à la baisse ça veut dire les rebelles qui avaient l'ambition d'une indépendance de l'Azawa donc une partie du Mali verraient cette ambition à la baisse pour une autonomie les djihadistes qui veulent l'application de la Sharia accepteront une application de la Sharia mais qui ne seraient pas comme celle qu'on a vu qui a été citée par Djennabou en 2012 je ne dirais pas plus légère tout est dans l'application comme dans la loi tout est dans l'application vous disiez

26:17
Présentateur

vous disiez collectivement tout à l'heure que l'application stricte avait été jugée contre-productive

26:23
Invité

exactement et elle est inapplicable et ce qui est appliqué aujourd'hui et même du temps de la présence de l'armée française c'est plutôt une application de la Sharia de manière assez coutumière je vous donne un exemple très concret par exemple vu que la brousse est contrôlée par le JNIM ils ont arrêté ce qu'on appelle des coupeurs de route donc des brigands des bandits au lieu de les exécuter ou de couper la tête et les pieds comme l'état islamique fait à Menaka alors on parle ils les ont interdits de tomboucteau pendant 6 mois vous voyez donc c'est ça aussi qui est à prendre en considération et si une certaine pacification est atteinte comme en Syrie par exemple ou comme même en Afghanistan même si le régime taliban est rejeté mais il y a une certaine pacification et on a vu que les nouvelles autorités syriennes sont acceptées c'est pas parfait mais à cause de cette pacification retour dans le concert des nations etc.

si cet exemple est suivi d'une certaine manière au Sahel où tout le monde voit ses ambitions à la baisse pour quelque chose de plus viable on pourrait imaginer quelque chose comme ça pourquoi et pourquoi c'est important parce que ça serait en opposition à l'acteur le plus violent qui a le plus de potentiel qui est l'état islamique c'est l'état islamique en janvier il a attaqué l'aéroport de Niamey en faisant une certaine jonction et de transfert de compétences humaines entre sa filiale vous parliez de l'Afrique tout à l'heure en général sa filiale autour du lac Tchad et sa filiale au Sahel et on a vu l'opération contre l'aéroport de Niamey où les russes étaient présents il y a eu le coup de feu aussi mais ils ont quand même ils ont resté plusieurs heures à se battre au sein de l'aéroport international de Niamey la base 101 qui était la base française donc là on parle d'une capitale vous voyez donc une pacification ou arriver à un accord avec ceux qui veulent bien discuter et qui serait quelque chose de positif en opposition à ceux qui ne veulent pas discuter et qui sont les plus aujourd'hui qui ont le plus grand potentiel d'expansion en Afrique même si le Genime reste l'acteur le plus fort parce que comme l'a très bien dit Djanabou à cause ou grâce à son ancrage territorial et parce qu'aussi il est devenu de fait ce que n'est pas encore le cas de l'état islamique un acteur certes djihadiste mais aussi trans-ethnique Djanabou

28:29
Présentateur

on vient de l'évoquer avec Wassim Nasr la jeune est aujourd'hui sous pression on l'a évoqué rapidement il faut y revenir cela remet en cause également la stratégie russe dans la région

28:43
Invité

oui tout à fait la stratégie russe et ça Wassim l'a très bien rappelé c'est une stratégie qui repose avant tout sur une minimisation des coûts l'idée pour les russes est justement de fournir des services de sécurité en échange d'un accès à des ressources locales ou à une influence politique à travers notamment les votes à l'ONU ou autre mais le retour sur investissement pour eux est énorme et en réalité quand on regarde réellement ce qu'investissent les russes dans la région et même plus largement à l'échelle du continent en termes d'échanges économiques c'est pas grand chose l'ensemble des échanges entre la Russie et le continent africain c'est environ 20 milliards d'euros là où l'ensemble des échanges entre la Chine et le continent africain c'est 295 millions d'euros milliards d'euros pardon donc on est quand même sur des volumes d'investissements qui sont très marginaux il n'y a pas d'aide au développement donc c'est principalement des livraisons d'équipements militaires et quelques déploiements de supplétifs ça coûte pas grand chose pour les russes et donc c'est quelque chose qu'ils peuvent pérenniser et c'est pour ça qu'à mon sens quelle que soit l'issue de la guerre en Ukraine c'est une stratégie qu'ils peuvent maintenir sur la durée et leur permettre en particulier en termes de guerre informationnelle leur permettre des avantages très significatifs maintenant tout dépendra en effet de l'évolution de leur image puisque jusqu'à présent ils ont beaucoup capitalisé sur le fait d'être un peu un nouvel acteur même si en réalité ils avaient déjà des partenariats avec les pays de l'Afrique qui dataient déjà de la guerre froide mais voilà ils ont capitalisé sur cette image d'acteurs sans passé colonial de nouveaux acteurs influents sur le continent mais à mon sens plus ils seront actifs et du coup plus il y aura des dommages notamment en termes de perte civile ou autre plus leur image s'effritera donc il y a quand même de vrais enjeux pour eux en termes de coûts réputationnels qui peuvent mettre à mal la pérennité de ce partenariat

31:27
Présentateur

Wassim Nasr l'autre aspect donc à l'échelle régionale c'est la présence de l'état islamique qui est aujourd'hui non seulement présent en Afrique mais est-ce que l'on pourrait dire que c'est aujourd'hui sa principale terre de conquête

31:41
Invité

c'est sa principale terre d'activité vous avez raison et par ailleurs rappelons quand même que l'Afrique était sa première terre d'expansion c'est-à-dire même au coeur des combats au Levant en Irak Syrie avec la coalition donc on est en 2014 l'état islamique était déjà investi en Libye depuis 2013 et feu Aboubakr le Bagdadi donc le chef à l'époque de l'état islamique avait envoyé ses bras droits en Libye à Derna pour implanter le groupe là-bas donc les ambitions de l'état islamique en Afrique sont même antérieures à sa perte territoriale à la perte de son califat en Orient il a mis beaucoup de moyens pour attirer des allégeances de groupes préexistants ce qui fait aujourd'hui qu'il est présent en RDC en Mozambique qu'il est présent en Somalie qu'il est présent au Sahel sur les trois pays donc Burkina, Niger Burkina, Niger et Mali et surtout la filiale la plus territorialisée et où il administre vraiment un territoire sa filiale au Nigeria Quels sont les arguments de ce groupe état islamique pourquoi fait-il des émules ?

Il fait des émules parce qu'il se greffe sur des territoires où les guerres sont déjà très anciennes et où il donne en gros pour vulgariser un petit peu un savoir-faire clé en main à des groupes préexistants donc par exemple C'est à quoi il crée des franchises ? Exactement c'est des franchises donc c'est des groupes préexistants le meilleur exemple c'est l'AFD en ADC donc c'était un groupe un petit groupe qui agissait certes avec des penchants islamistes mais qui n'étaient pas tous djihadistes etc.

Donc ils ont voué allégeance à l'état islamique et maintenant l'état islamique leur donne un savoir-faire qu'ils n'avaient pas avant et eux appliquent disons le playbook ou les préceptes de l'état islamique à la lettre et par ailleurs on voit par exemple que les attaques contre la communauté chrétienne en Afrique que ce soit un RDC ou un Mozambique c'est l'application littérale des préceptes de l'état islamique et évidemment aussi il y a toujours les griefs les griefs ethniques des zones où ils sont présents par exemple juste pour sans trop vous voyez aussi dans les détails au Niger le bassin de recrutement c'est les peules tolobées donc c'est des peules qui couraient derrière le bétail et auquel l'état islamique a donné une certaine capacité et qu'il les a disons qu'il leur a donné comme me disait le président Bazoum qui est toujours par ailleurs pris en otage par l'agent au Niger il m'a dit le statut social des peules tolobées de la région de Tilaberry et des anciens brigands a changé avec leur appartenance à l'état islamique et c'est dur de faire marche arrière donc et je terminerai là dessus et le fait qu'ils arrivent à recruter chez les peules tolobées en majorité au Niger ça ne leur a pas encore permis de recruter chez les peules des autres communautés au Burkina et au Mali par exemple pourquoi ?

pour la simple raison et je terminerai là dessus que les autres sont plutôt recrutés par le JNIM donc aujourd'hui de fait ce qui empêche la descente de l'état islamique vers les pays du golfe de Guinée c'est le JNIM donc ça met la communauté internationale et les pays de la sous-région face à un dilemme vu que c'est le JNIM qui fait face à l'état islamique faut-il discuter avec le JNIM et quand on discute avec le JNIM ça le transforme ou ça le renforce en tant qu'acteur politique beaucoup plus important donc aujourd'hui c'est à cela que la communauté internationale est en train de faire face on n'est pas en 2012 et les acteurs ont changé leurs demandes ont changé leurs capacités ont changé et c'est à cela qu'il faudra s'adapter

35:12
Présentateur

Genabou si c'est alors on comprend bien qu'il y a donc une sorte de progression par franchise de l'état islamique mais le coût à payer est très élevé notamment pour les populations comment cela se fait-il que celles-ci adhèrent ou n'adhèrent pas d'ailleurs à cette progression ?

35:31
Invité

Alors oui c'est un sujet où on a souvent une lecture assez binaire des réactions populaires on a tendance à penser en effet que soit elles adhèrent soit elles n'adhèrent pas en réalité sur le terrain la situation est un peu plus complexe on est plus soit en effet face à un rejet donc par exemple dans le sud du pays à Bamako donc au Mali les communautés sont moins acquises aux causes djihadistes mais tout simplement parce que le cœur du pouvoir y est localisé et donc les facteurs d'expansion du djihadisme y sont moins concentrés même si en effet on observe quand même au sud du pays un début d'expansion du gynime et dans les zones rurales où le gynime a une énorme assise locale la situation est quand même plus contrastée on fait davantage face à des formes de complicité passive puisqu'on est dans des zones où il y a un vide étatique où parfois la seule présence ou plutôt la seule forme d'autorité est incarnée par les groupes armés et donc dans ce cadre les populations composent avec un nouvel acteur qui propose des formes de gouvernance locale et donc qui les amène à tolérer ou accepter cette présence puisque parfois le choix c'est soit accepter soit justement risquer la mort donc je pense qu'on ne peut pas non plus aller jusqu'à dire qu'il y a un soutien populaire massif des populations dans ces zones-là souvent c'est plutôt des formes de coercition qui permettent justement au groupe de se maintenir et surtout l'absence de l'état en fait qui laisse les populations face à un choix un peu impossibles où elles sont obligées de tolérer ces groupes-là J'ajouterais juste quelque chose par rapport à ça c'est tout à fait vrai mais il y a deux facteurs aussi qu'on oublie par exemple il faut juste regarder le dernier rapport de Human Rights Watch sur les morts de civils au Burkina Faso en 2023 et aujourd'hui et on constate que sur les 1800 morts 1200 ont été commis par les armées et les milices supplétives donc quand les gens sont tués et chassés de leur village ils se réfugient dans la brousse avec les enfants et dans la brousse qui les accueille ?

c'est le JNIM et donc c'est les futurs combattants moi-même les gens du JNIM m'ont dit on accueille les enfants et demain ils seront en première ligne en parlant du Burkina Faso deuxième facteur dont j'aimerais parler c'est que le JNIM et l'état islamique sont en guerre dans cette région depuis 2019 il y a eu des rivières de sang entre les deux groupes et ces combats rangés se déroulent dans des zones qui sont peuplées et donc les populations de ces zones de combat entre les deux groupes sont sommés de choisir entre l'un ou l'autre parce que l'état comme Djanabou l'a dit n'est pas là je vous donne juste un exemple très concret Tel Attaï au Mali donc la ville est attaquée par l'état islamique il prend la ville il tue les gens il y a des gens qui s'échappent parce que ceux qui les tuent ils les accusent d'être avec le JNIM d'accord ?

bon le JNIM reprend la localité c'était il y a quelques années ceux qui sont restés des civils sont accusés d'être loyaux à l'état islamique donc il les tue et donc d'autres qui s'échappent et les deux groupes qui se sont échappés sur quelques mois sont rattrapés par l'armée avant d'arriver à Gao et assassinés parce que supposé soutien aux djihadistes donc voilà dans quelle situation se trouvent les populations civiles donc avant de dire qu'il y a adhésion au groupe il y a des choix qui sont contraints des choix de sécurité mais ceci dit petit bémol quand une adhésion se fait à un bas âge et elle dure 10 ans ça en fait des combattants aguerris à la fin parce que la dogmatisation se fait à la longue et la dogmatisation est devenue beaucoup plus prononcée pour la simple raison que ces groupes se battent donc il est beaucoup plus simple de justifier une attaque contre l'armée française ou contre les russes beaucoup plus compliqué de justifier une attaque contre les armées locales mais beaucoup plus difficile de justifier une attaque entre djihadistes dogmatiquement parlant donc la dogmatisation des uns et des autres devient beaucoup plus prononcée au niveau des combattants

39:59
Présentateur

et on voit également à cet égard Djennabou Sissé que la France a en grande partie perdu non seulement son influence dans la région mais aussi son Paris

40:12
Invité

à mon sens il y avait tout de même une diversification et un renouvellement qui était nécessaire l'opération Serval avait été un succès puisqu'elle a effectivement permis de stopper l'avancée des djihadistes l'opération Barkhane était beaucoup plus compliquée puisqu'il s'agissait de stabiliser une région peut-être huit fois plus grande que la France avec 5000 soldats et surtout il y a eu une hyper-militarisation de la stratégie qui en fait n'était pas efficace pour la stabilisation de la région mais quelque part je pense aussi que tout ce qui s'est passé ces dernières années était nécessaire et il fallait justement renouveler l'approche renouveler les partenariats à mon sens il est très sain en réalité que les partenaires africains se tournent vers d'autres partenaires et il n'y a pas il y a voir de monopole d'un acteur ou d'un acteur ou un autre donc je pense que encore une fois la situation ne doit pas nécessairement être simplifiée et qu'au contraire c'était un passage obligé

41:27
Présentateur

un mot de conclusion Wassim Nasr

41:29
Invité

à ma conclusion je dirais que le choix en tout cas du tout militaire contre le djihadisme a échoué dans le monde on le voit par ailleurs il y a plusieurs exemples qu'on a donnés tout à l'heure et le choix d'un retour aux manières de contre-insurrection donc qui inclut la puissance militaire mais aussi la négociation doivent être considérés de manière nouvelle par ailleurs je viens de signer un papier pour CTC West Point donc c'est l'école de guerre américaine où j'argumente sur le fait que la négociation doit faire partie des moyens de pacification sans pour autant abandonner l'outil militaire si on sort des mouvements djihadistes on va vers d'autres mouvements historiquement parlants si on parle de l'IRA si on parle de l'ETA si on parle de l'OLP en son temps à un certain moment il a fallu négocier et ce sont quand même des gens qui posaient des bombes et qui hijaquaient des avions donc avec le djihadisme aujourd'hui on sait que le tout militaire ne marche pas et il faut trouver d'autres solutions et s'il y a des acteurs aptes ou capables de discuter il faut discuter avec mais aussi il faut voir nos priorités quelles sont nos priorités est-ce que la priorité pour la France ou pour les pays occidentaux c'est d'avoir disons des barres à whisky à Tombouctou ou d'avoir des sociétés apaisées certes gouvernance islamique peut-être mais laquelle comme on disait à tout à l'heure

42:47
Présentateur

Wassim Nasr journaliste à France 24 chercheur au Soufan Center à New York on vous doit à l'état islamique le fait accompli Djennabou Sissé chercheuse associée à la fondation pour la recherche stratégique et à l'état

43:01
Locuteur

de la réalité