La liberté est une conquête, pas un don ! - Vlog à La Réunion
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Chapitres
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:15Jean-Luc MélenchonFait
« ma venue ici a été préparée de longue date par les parlementaires insoumis réunionnais, Jean-Hugues Ratenon qui est député national, et Younous Omarjee qui est le député européen »
- 0:45Jean-Luc MélenchonFait
« le cœur de ma venue ici, c'est la célébration du 20 décembre, l'abolition de l'esclavage à la Réunion »
- 1:00Jean-Luc MélenchonChiffre
« il y a une visite qui est faite des prémices d'un musée, ça s'appelle le camp Villèle, c'est l'endroit où se trouvaient les esclaves de cette habitation où régnait un maître esclavagiste qui a possédé jusqu'à 300 esclaves »
- 5:00Jean-Luc MélenchonChiffre
« plus de 1000 personnes, des esclaves, des hommes, des femmes, des enfants ont été inhumés il y a près de deux siècles ici »
- 7:00Jean-Luc MélenchonFait
« Les femmes libres de couleur qui étaient au théâtre Fantoccini, refusèrent d'aller s'asseoir à la place qui était prévue pour les femmes libres de couleur et se portèrent auprès de leurs époux »
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J'ai atterri ce 19 décembre à l'aéroport Roland Garros à Saint Denis de la Réunion, ma venue ici a été préparée de longue date par les parlementaires insoumis réunionnais, Jean-Hugues Ratenon qui est député national, et Younous Omarjee qui est le député européen, c'est lui qui a déposé la proposition de faire reconnaître l'esclavage comme crime contre l'humanité par le Parlement européen, et le cœur de ma venue ici, c'est la célébration du 20 décembre, l'abolition de l'esclavage à la Réunion. Ce n'est pas des vacances que je viens passer ici, parce que je sais qu'on m'a soupçonné de vouloir passer des vacances, c'est très cruel de me dire ça, parce que je ne peux pas me déplacer, m'éloigner de l'Assemblée nationale autrement que pendant les périodes de vacances parlementaires, il y en a 3 par an, et donc j'ai choisi que ma première sortie éloignée après l'acte de candidature, ce soit à la Réunion. La manière avec laquelle j'ai l'intention de formuler la question de l'abolition de l'esclavage, fait que pour moi, il ne s'agit pas simplement de commémorer, mais plutôt de célébrer l'esprit d'insoumission qui a d'abord été celui des esclaves.
Je vais participer à une cérémonie qui est organisée par le conseil général. Ici il faut se rendre compte que le 20 décembre, c'est à peu près du même niveau que le 14 juillet pour tout le pays, pourquoi ? Parce que c'est la date de libération de l'esclavage, et là où je vais, où je suis invité, il y a une visite qui est faite des prémices d'un musée, ça s'appelle le camp Villèle, c'est l'endroit où se trouvaient les esclaves de cette habitation où régnait un maître esclavagiste qui a possédé jusqu'à 300 esclaves, si j'ai bien compris, donc on va visiter des choses qui s'y trouvent, on va voir des choses, et à travers cette rencontre, essayer de comprendre mieux de quoi il retourne.
Donc ça va être, le camp Villèle, un moment un peu poignant, parce qu'on va se trouver directement au contact de cette contradiction, les habitations des maîtres et les pauvres cases des esclaves. [musique] ♫ Quand tu chantes, je chante avec toi liberté ♫ Quand tu pleures, je pleure aussi ta peine ♫ Quand tu trembles, je prie pour toi liberté ♫ Dans la joie ou les larmes, je t'aime ♫ Souviens-toi des jours de ta misère ♫ Mon pays, tes bateaux étaient quelques galères ♫ Quand tu chantes, je chante avec toi liberté ♫ Et quand tu es absente, j'espère ♫ Qui es-tu ? ♫ Religion ou bien réalité ? ♫ Une idée de révolutionnaire ♫ Moi je crois que tu es la seule vérité ♫ La noblesse de notre humanité ♫ Je comprends qu'on meure pour te défendre ♫ Que l'on passe sa vie à t'attendre ♫ Quand tu chantes, je chante avec toi liberté ♫ Dans la joie ou les larmes je t'aime ♫ Les chansons de l'espoir ont ton nom et ta voix ♫ Le chemin de l'Histoire nous conduira vers toi ♫ Liberté, liberté [Applaudissements] – La chorale de l'Académie musicale de Saint Denis. – Bravo, bravo, bravo ! – Première fois que je l'entendais en français, je la connais en italien, c'est sublime, on va chanter ça.
Eux ils sont habitués mais nous là, on pleure. Vous me l'offrez ? – Mais avec grand plaisir – Je vais l'encadrer et la mettre dans mon bureau, vous ne savez pas à quel point ça m'a ému. – C'est vrai ? – J'ai pleuré. – C'est vrai ? – Je vais la mettre dans mon bureau à l'Assemblée nationale, je connais l'air de Verdi et les paroles en italien, c'est la première fois que je les entends en français, je vais rapporter ça à mes camarades et on va chanter ça, et je dirais d'où, du camp Villèle.
La vie politique nous permet souvent comme ça, d'entrer en communion avec des moments intenses de l'Histoire de notre patrie, et moi j'en suis toujours sorti, jamais indemne et là je pense que c'est un moment que je ne suis pas prêt d'oublier, peut-être qu'il peut paraître simple comme ça, au premier regard, mais il me semble que quand on aime la France et qu'on entend ces enfants chanter "La liberté", bravo. – Ils étaient super émus. – Merci beaucoup. – Mais, cadeau. – Merci beaucoup, vous avez chanté ça avec beaucoup de cœur, et comme c'était chanté avec cœur, c'était très émouvant.
Elle me l'a offert, je vais l'encadrer et je vais la mettre dans mon bureau à l'Assemblée nationale. Voir ces jeunes enfants le chanter avec autant de cœur le chant de la liberté m'a beaucoup ému, je pense que ce sera un moment un peu de grâce, comme on en connaît dans la vie politique, quelques-uns au long d'un parcours, et voir ces jeunes gens chanter la liberté de cette manière, je me suis dit que c'était vraiment ma patrie que j'entendais elle-même. Le 20 décembre mes amis Omarjee et Ratenon m'en ont beaucoup parlé en situant l'événement dans l'histoire, l'épopée réunionnaise, et une certaine récupération par les Réunionnais de leur histoire, et ils le font sur une base qui n'est pas faite de rancoeur, d'aigreur ou d'amertume, ils le font sur une base de libération individuelle et collective, je les admire beaucoup pour ça, la société réunionnaise propose à la mère-patrie un exemple de façon de vivre, et je crois que l'Hexagone plus que jamais, devrait regarder par ici pour trouver des motifs d'apaisement dans ses relations intérieures entre les populations qui constituent la réalité française aujourd'hui, vraiment la Réunion, ne doutez pas de vous, vous avez un rôle à jouer, et il ne faut pas vous croire les petits poucets de la famille, je crois bien que vous commencez à être dans le rôle des aînés là. – Nous savons, des leçons que nous avons su tirer de cette histoire violente, que notre première condition n'est pas d'être blanc, notre première condition n'est pas non plus d'être noir, non, notre première condition c'est de partager les mêmes attributs, une tête pour penser, un corps pour s'évader et un cœur pour aimer, et à ceux qui sont trop faibles pour aimer, nous avons abandonné la haine, nous avons tourné le dos à la vengeance et au carnage, et nous avons appris de 20 décembre en 20 décembre, que commémorer ce n'est pas pardonner, commémorer ce n'est pas renier, commémorer ce n'est pas oublier, mais se demander toujours dans les 20 décembre, ce qui nous unit, et ce qui nous unit, c'est notre aspiration à vivre en femmes et hommes libres, dans l'égalité et la fraternité sur cette terre métisse, créolisée, carrefour des grandes civilisations de l'Humanité. – Bon, alors là on quitte la cérémonie qui vient d'avoir lieu, je regarde en l'air parce que je vois des eucalyptus, et que je suis un amoureux de cet arbre.
Bonsoir messieurs ! On rentre. on a eu des magnifiques discours d'Huguette Bello et de Younous Omarjee notamment il y a eu des beaux discours, mais ces deux là étaient particulièrement forts, et c'est des moments qui sont émouvants.
Tout à l'heure, on avait les enfants, une chorale qui chantait "l'Air de la Liberté" de Verdi, c'est la première fois que je l'entendais en français, c'était vraiment très émouvant, très très très très émouvant, alors c'est toujours pareil, l'Histoire, soit elle nous abasourdi soit elle nous lasse, il y a des gens qui ne supportent pas, qui trouvent que tout ça c'est du brassage, bon, on peut le comprendre, et puis il y a ceux qui entrent dans l'Histoire, et qui en ressortent abasourdis parce que tout d'un coup, ils prennent conscience de tout ce qui est en même temps présent autour de nous, c'est à dire la réalité telle que nous la voyons et nous la vivons, et puis celle qui nous a précédés, qui continuent à avoir son onde de choc dans le présent, et puis enfin il y a ceux qui tirent de l'Histoire les leçons du présent, ils trouvent de l'énergie, un encouragement, voilà, ! Je crois qu'on appartient à cette catégorie-là voilà ! On repart là ? [Musique en fond sonore, Air de la Liberté de Verdi] – 2011, c'est aussi l'année d'un événement sans précédent, celui de la découverte de ce cimetière où nous nous trouvons, plus de 1000 personnes, des esclaves, des hommes, des femmes, des enfants ont été inhumés il y a près de deux siècles ici, ici en bordure de mer, à l'extérieur du cimetière marin que vous voyez là bas, une humanité oubliée a ainsi ressurgi il y a neuf ans, avec la découverte de ces sépultures, les plus anciennes que la Réunion n'ait jamais connues et qui constituent sans doute, l'un des plus anciens ensembles funéraires du monde colonial français.
C'est un nouveau chapitre de notre histoire qui s'est ouvert, un mémorial y est édifiée en hommage aux victimes de la traite et de l'esclavage, pour que l'oubli ne soit plus jamais possible, mais aussi pour que ce souvenir terrible se transmute en nous, en chacun d'entre nous, en la promesse solennelle de réfléchir avec une ferme lucidité au monde que nous devons, que nous désirons construire. Mesdames, messieurs, le système esclavagiste a duré plusieurs siècles avec une minutie inouïe, avec une âpreté sans limite, appuyé sur des certitudes aussi inébranlables que folles, a été mis au point un système dans lequel des êtres humains avaient le pouvoir légal de déshumaniser d'autres êtres humains à raison de leur supposée race, un système où la négation de l'humanité dans l'homme fut méticuleusement organisée, réglementée, codifiée, un système totalitaire qui était, ne l'oublions pas, au cœur même de l'économie mondiale, un système que prétendait justifier l'intérêt de l'économie mondiale. Après l'abolition, c'est l'oubli et le déni qui sont organisés autour de l'esclavage, supprimer les noms, effacer les traces, cet acharnement n'épargnera pas la mort.
Les cimetières d'esclaves disparaissent, mais le silence ne dure qu'un temps. L'histoire ressurgit des profondeurs, et il y a neuf ans, la houle cyclonique a fait apparaître, réapparaître les dépouilles d'hommes et de femmes morts avant 1848 et enterrés ici. Si le cyclone Gamède a mis au grand jour des ossements, preuve d'une existence reniée.
Nos historiens eux aussi, mettent au grand jour les cadavres cachés dans les placards de l'Histoire. Les révoltes et le rôle prépondérant des esclaves réunionnais pour l'abolition de l'esclavage. L'histoire de la liberté désirée, de la liberté réclamée, de la liberté revendiquée l'arme au point, fut pendant longtemps ignorée.
Nos historiens le savent bien, eux qui procèdent à une investigation minutieuse pour retrouver les marques de notre résistance, les marques des insoumis, des rebelles, des insurgés, afin de pouvoir enfin réécrire, écrire l'histoire de notre résistance, – Monsieur Mélenchon, Président du groupe parlementaire la France insoumise, c'est à vous à présent, je vous laisse la parole. – Patrie, à cette heure où je te vois titubante, cherchant du bout des doigts dans l'obscurité d'idées confuses, qui te conduisent à montrer du doigt tel ou tel de nos enfants, je t'invite à réfléchir à l'exemple que te donne l'île de la Réunion et sa population, son peuple. Peuple français, votre avenir c'est l'esprit de la Réunion, c'est à dire que dépassants, transformant, croissant en se nourrissant, la Réunion s'est créolisée.
Et c'est parce qu'elle s'est créolisée, qu'elle est capable de pouvoir dire, ce n'est qu'un début, nous n'en avons pas fini avec notre capacité d'invention qu'est la créolisation, de transfiguration de notre identité à cet instant, vers un futur où nous serons plus proches encore les uns des autres, plus similaires, pas identiques, similaires. Mesdames et messieurs, je ne saurais finir sans évoquer ce qui à mes yeux est le plus important, c'est-à-dire que vous ne devez rien à personne, ceux qui se sont libérés de la servitude n'ont pas de gratitude à avoir à l'égard de qui que ce soit, parce que c'est par leur combat et leur irrépressible volonté de liberté, qu'ils ont imposé aux maîtres qu'ils aient à céder, ce n'est pas un don c'est une conquête. Le marronnage est un modèle de vie.
Mesdames et messieurs, la Réunion a préfiguré la révolte de madame Rosa Park. Rosa Park en refusant de s'asseoir à la place qui était réservé aux femmes noires, a déclenché le mouvement que vous savez. Mais vous autres Réunionnais, vous avez fait cela avant, en 1792.
Les femmes libres de couleur qui étaient au théâtre Fantoccini, refusèrent d'aller s'asseoir à la place qui était prévue pour les femmes libres de couleur et se portèrent auprès de leurs époux, à l'endroit où il leur semblait décent et correct de se trouver, ce mouvement engagea un processus de révolution qui à la Réunion comme dans l'Hexagone, a trouvé sa force la plus accomplie dans la révolte des femmes, car on oublie que la grande révolution de 1789 ne le devient vraiment que quand les femmes vont chercher le Roi, la Reine et le petit mitron à Versailles et les ramènent de force dans Paris. De même à la Réunion, c'est par cette révolte particulière des femmes libres de couleur, que commence l'affirmation de ce qui ensuite va donner le mouvement sans-culotte, parce qu'elles ont voulu que ça s'appelle comme ça, ici comme à Paris, et les Clubs des chaumières, club de femmes révolutionnaires républicaines, oui c'est ici que cela a commencé, et ces clubs ont donné lieu ensuite en 1794, à la première forme insurrectionnelle de gouvernement local, du fait de la victoire du sans-culottisme dont on me dit qu'il n'a duré que quatorze mois. Mais c'est la durée de la Commune de Paris, et la Commune continue à nous illuminer, accepter les lumières qui viennent des femmes de votre patrie, peuple de Réunion.
Souvenez-vous que la liberté ne fut acquise que par la révolution. C'est la Révolution de 1789, qui la première va poser l'abolition de l'esclavage, quand bien même il aura été rétabli par un autre régime, le Consulat et l'Empire, c'est la République qui en 1848, à peine née, va accepter l'idée qu'il ne doit plus y avoir d'esclavage parce que les esclaves se sont révoltés. La République en tant que chose commune, bien commun, est absolument à l'opposé de tout ce qui pousse d'une façon ou d'une autre à la servitude.
En ce sens, la République est un régime à jamais inachevé, chaque homme, chaque femme choisit son destin autant qu'il le peut, comme il le peut, mais autant qu'il le veut, cultivant avec amour et tendresse la liberté qui est en nous, cultivons avec amour et tendresse la liberté qu'il faut faire naître dans le cœur de nos enfants, pour qu'ils apprennent demain, toujours, à être du côté de la victime, plutôt que du côté du bourreau, pour qu'il ait le courage de dire qu'il n'a pas d'histoire commune avec lui. A mon tour d'achever, hier, je vous ai dit mon émotion au camp Villèle, il y avait ces jeunes gens, si petits, qui nous ont chanté sur l'air de Verdi, l'Hymne à la Liberté. Ce que vous ne savez pas, c'est qu'à la sensation inouïe que cette petite chanson ouvrait en moi, j'avais le souvenir des poèmes de Louise Michel, mais pendant qu'ils chantaient ces enfants, il y avait une voix que j'entendais à certains moments plus fort que la leur, eh bien c'était celle d'Huguette, à côté de moi, qui connaissait les paroles par cœur, et sa voix, en quelque sorte, surlignait le récit que je me faisais de mon bonheur, à cet instant, d'avoir pu partager ça avec vous, je ne saurais pas vous le décrire, les mots des fois manquent pour décrire les belles choses, alors qu'on est si volubile pour décrire les autres, mais c'est cet instant de bonheur partagé, si grand et dont on ne ressort pas indemne, sur lequel je voudrais conclure en vous lisant, je n'aurai pas le talent de chanter, et à plus forte raison, l'audace de le faire devant vous, "Je chante avec toi liberté".
Quand tu chantes, je chante avec toi liberté. Quand tu pleures, je pleure aussi ta peine. Quand tu trembles, je prie pour toi liberté.
Dans la joie ou les larmes, je t'aime. Souviens-toi des jours de ta misère Mon pays, tes bateaux étaient des galères. Quand tu chantes, je chante avec toi liberté Et quand tu es absente, j'espère.
Qui es-tu ? religion ou bien réalité ? Une idée de révolutionnaire ?
Mais je crois que tu es la seule vérité, La noblesse de notre humanité. Je comprends qu'on meure pour te défendre, Que l'on passe sa vie à t'attendre, Quand tu chantes, je chante avec toi Liberté Dans la joie ou les larmes, je t'aime. Les chansons de l'espoir ont ton nom et ta voix, Le chemin de l'histoire nous conduit vers toi, Liberté, Liberté. [Applaudissements] [Musique chantée par les enfants] – Sous-titrage : Le Crayon d'oreille -
Jean-Luc Mélenchon