Déshydratation, fatigue, confusion : le chef du pôle gériatrie de Pau alerte sur les risques de la canicule
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Chapitres
Questions et réponses
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Pourquoi les personnes âgées sont-elles les plus vulnérables face à la canicule ?
- 2:03OuverteRéponse directe
Cette vigilance rouge dure depuis 4 jours, pourquoi la durée pose-t-elle problème ?
- 3:01OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que la décompensation et quels sont les risques ?
- 4:37OuverteRéponse directe
Les services de gériatrie ont-ils retenu les leçons de 2003 ?
Temps de parole
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Ici Berne Bigor, édition spéciale Canicule. Ici Matin.
Et notre invité Najat Tessadou qui est le chef du pôle gériatrie à l'hôpital de Pau. Bonjour docteur Christophe Sens.
Bonjour à toutes et à tous.
Vous êtes donc médecin gériatre. On entend souvent dire que les personnes à risque sont les personnes les plus âgées, les personnes les plus vulnérables, donc personnes âgées. Pourquoi ?
Merci de l'invitation. Non, une petite chose avant, c'est que c'est en effet important de faire attention aux personnes à risque parce qu'au-delà des records de chaleur, c'est surtout la durée sur plusieurs jours et les nuits qui sont peu fraîches. Et donc du coup, pouvoir rafraîchir les organismes devient beaucoup plus compliqué. Globalement, les personnes à risque, on parle forcément des personnes âgées. Il n'y a pas que les personnes âgées à partir de 75 ans. Vous avez les nourrissons, les enfants, les femmes enceintes et les personnes qui ont des pathologies chroniques, évolutives. Ces personnes-là sont beaucoup plus fragilisées du fait de leurs conditions.
Pour la personne âgée, pour revenir puisque je suis gériatre, il y a deux éléments physiologiques qui sont importants. La première, c'est que même si beaucoup de choses ne changent pas avec l'âge, on perd la sensation de soif. Et donc si on attend d'avoir soif pour boire, ça peut être bien trop tard. Ça, c'est le premier élément. Et dans le deuxième élément, dans le vieillissement physiologique, il y a le fait qu'il peut y avoir des problèmes de thermorégulation au niveau corporel et que les personnes vont moins ressentir, notamment la chaleur.
Oui, souvent, on nous dit, j'ai froid en fait, je ressens plus de frais.
Et donc du coup, les vêtements ne seront pas forcément adaptés aux conditions climatiques. Donc c'est pour ça que c'est quand même extrêmement important. Et puis forcément, pour les personnes âgées, il peut y avoir aussi d'autres risques, notamment liés aux médicaments, qui peuvent aussi être moins bien tolérés si on est en phase de déshidratation. Ou certains médicaments, tels que les diurétiques, qui sont là pour faire éliminer de l'eau, qui vont pouvoir favoriser la déshidratation dans ces phases-là.
Cette vigilance rouge dure maintenant depuis quasiment 4 jours, bientôt 5. C'est la durée surtout de ce phénomène qui pose problème et qui pose des risques, même si on se sent bien actuellement, ce matin par exemple. Le risque, c'est dans quelques jours qu'on peut le voir, ce qu'on appelle un peu le risque de décompenser en quelque sorte ?
Tout à fait. Il y a plusieurs phénomènes en fait. Il y a le fait que c'est arrivé quand même très brutalement. Donc nos organismes n'ont pas non plus eu le temps de s'habituer à cette montée de chaleur. Et puis en effet, cette multiplication de jours où le stress physiologique est important sur nos organismes, avec encore une fois des températures qui sont anormalement élevées la nuit aussi. Et c'est vrai que quand on n'a pas la nuit pour récupérer, je dirais corporellement, rafraîchir les locaux dans lesquels on vit, mais aussi l'organisme, ça devient plus compliqué.
Les nuits ne sont pas fraîches, vous le disiez, donc on ne récupère pas, on dort mal et ça accentue les risques.
Exactement.
Qu'est-ce que c'est exactement la décompensation, ce risque qui peut se produire ?
Alors le risque principal, c'est la déshydratation, bien évidemment. Mais après, la déshydratation peut entraîner d'autres décompensations, d'autres pathologies. Mais la déshydratation, c'est quelque chose qui peut arriver très vite, en quelques heures. Mais on va dire qu'on peut le tolérer un petit peu. Quand les jours s'enchaînent, ça devient plus compliqué. Les points d'appel, en fait, par rapport à la déshydratation, c'est le fait d'avoir une bouche sèche, le fait d'être fatigué, on va dire anormalement fatigué.
C'est des petits signes qui doivent nous alerter ?
Ce sont des petits signes qui doivent nous alerter. Le fait d'avoir des maux de tête ou des vertiges, ça c'est quand même quelque chose qui est important. Et puis si on laisse évoluer les choses, ça peut être des vertiges, des malaises, des crampes, de la fièvre. Et pour les gens qui ont notamment des troubles cognitifs, des maladies cognitives, il peut y avoir des changements de caractère ou des états de confusion qui peuvent être dus à la déshydratation elle-même.
En tant que chef de service, vous le savez, ce qu'on vit actuellement, souvent les répercussions sont visibles, notamment au service, dans les hospitalisations ou dans la surmortalité. Plusieurs semaines après, vous disiez même peut-être en septembre ?
Souvent ce que l'on voit, c'est en effet, finalement les gens arrivent à compenser le temps de l'épisode. Mais forcément il y a un épuisement physique qui peut faire que la décompensation soit plus tardive. Ce n'est pas pour autant qu'il faut faire attention aujourd'hui. Au contraire, il faut être là aujourd'hui dans l'action.
Est-ce que, dernière question Dr Sens, vous avez, les services de gériatrie ont retenu toutes les leçons de la crise qu'on a connue, de cette canicule meurtrière qu'on a connue en 2003 qui a traumatisé beaucoup de Français ?
Alors les leçons, oui, on les a, on sait maintenant, enfin, on sait que ça peut arriver surtout. On sait quels moyens, mais forcément...
C'est possible de vivre un tel événement encore aujourd'hui ?
J'espère pas en tout cas, on va tout faire pour.
Vos services sont prêts à faire face ?
On a des équipes qui sont extrêmement motivées, dédiées, toute l'année. Ce phénomène est un phénomène supplémentaire qui n'est pas aidant. Les équipes aussi sont en souffrance par rapport à la chaleur. Mais l'objectif, c'est quand même, alors sans vivre dans un monde de bisounours, mais d'essayer d'être le plus réactif possible.
Merci beaucoup, Christophe Sens, docteur Christophe Sens, donc chef de service du pôle gériatrie à l'hôpital de Pau. Merci d'avoir été avec nous. Bonne journée à vous.
Merci à vous.
Merci à vous.