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interviewyoutube.com· 11 mai 2026 80 minAutoproduit

Grand entretien avec Médine - #AMFIS2023

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:43
Présentateur

Bonjour, heureux que vous avez réservé à Médine, que nous sommes honorés de recevoir aujourd'hui et qu'il est accepté de venir pour cette discussion, cet échange dans nos amphi d'été qui a été organisé en lien avec l'Institut Labo ici. D'abord, juste pour vous expliquer peut-être comment l'échange va se passer, on va d'abord avoir un échange avec Médine et ensuite, il va y avoir des petits papiers qui vont circuler dans la salle avec des stylos.

Donc celles et ceux qui veulent poser des questions, vous levez la main et on va vous donner les petits papiers, il y a des gens sur les côtés qui vont vous les donner et on les récupérera pour continuer la discussion avec Médine, y compris avec vos questions. Donc Médine, on est ravis de t'accueillir ici. Alors nous, on t'a invité d'abord parce que tu es un artiste, tu es un rappeur qui est engagé, engagé récemment contre la réforme de la retraite à 64 ans. On peut l'applaudir.

Et d'ailleurs, tes mots ont résonné à l'Assemblée nationale puisque j'avais utilisé une de tes chansons pour une question au gouvernement qui disait « Ils reculent l'âge de la retraite mais ils avancent l'âge de la mort » qui est venu directement dans les oreilles de Mme Borne. Tu es engagé aussi aux côtés des salariés en grève et en lutte. On t'a vu notamment auprès des raffineurs qui étaient réquisitionnés contrairement à leur droit de grève et ce qui doit être le droit de grève. On t'a vu aux côtés des dockers et aux côtés de celles et ceux qui luttaient là aussi contre le vol de deux ans de vie.

Tu es aussi un artiste qui est engagé contre toutes les formes de discrimination et de racisme et pour l'égalité. Et puis tu es aussi un rappeur engagé contre l'extrême droite dont tu es une des principales cibles. Et notamment, tu as fait récemment au Havre, le 1er mai, un concert organisé contre la venue de Marine Le Pen. Alors pour nous, c'est intéressant de discuter avec un artiste engagé comme toi. Et puis ça permet pour commencer la discussion peut-être de voir pourquoi toi tu as accepté cette invitation.

Comment est-ce que tu vois le lien entre les arts, l'art et la politique et le militantisme qui pour nous sont liés dans beaucoup de choses parce que l'art et la politique ont en commun à la fois le fait de dénoncer des injustices, d'alerter sur des choses, mais aussi et surtout, et ça dans les arts vous le faites extrêmement bien, de projeter aussi sur un autre imaginaire de société, une autre société qu'on pourrait créer. Et puis la musique est surtout un vecteur d'émancipation individuelle et collectif. Et toi en plus tu fais du rap et le rap va au rythme de la poésie. Et le rap, comme beaucoup des musiques d'ailleurs, mais aussi fait vibrer et unit des gens.

Et ça c'est un des rôles de la musique. Donc peut-être d'abord savoir pourquoi toi tu as accepté cette invitation, comment tu vois cette relation qui est parfois difficile, dans laquelle il y a aussi des limites. Et voilà, commencer déjà par cette question-là pour savoir pourquoi toi, Medine, qui fait du rap que tu ne veux pas qu'on écoute, mais que tu veux qu'on réécoute, tu es ici avec nous aujourd'hui.

4:16
Invité

Merci, merci Mathilde. Bonsoir à tous, merci pour votre accueil chaleureux, merci de me recevoir, merci de m'entendre et merci de me présenter tel que je suis vraiment et pas avec des approximations, des interprétations. J'ai accepté cette invitation dans une logique de décloisonnement, une logique de dialogue, de déconstruction mutuelle et de se remettre en question vis-à-vis de l'autre. C'est vraiment ma logique de départ, c'est pourquoi j'ai accepté l'invitation, la proposition aussi chez Europe Ecologie Les Verts, celle-ci, et puis je l'espère aussi rencontrer des militants à la fête de l'humanité également.

Ma proposition c'est celle-ci, décloisons-nous, sortons de nos chapelles, sortons de nos contextes, sortons de nos groupes et accueillons la main qui est tendue pour dialoguer avec des mondes qui ne se parlent plus aujourd'hui. Le monde politique, le monde culturel, le monde politique, la société civile, les quartiers populaires et les autres milieux. C'est ça le sens de ma venue et de l'acceptation de cette rencontre aujourd'hui. Il est toujours délicat pour un artiste de sortir de son cadre. C'est toujours compliqué, c'est toujours périlleux. La politique, comme d'autres sujets, sont des sujets clivants pour l'ensemble des gens.

C'est un peu le projet de votre travail, c'est de traiter les sujets les plus complexes pour améliorer nos conditions de vie. Et toute proportion gardée, c'est un peu ce que je fais moi dans mon travail d'artiste depuis une vingtaine d'années. Je vais au plus près de ces sujets pour les désamorcer, les comprendre, les analyser, pour leur donner un regard sur lequel il est toujours difficile de s'exprimer d'un point de vue politique, d'un point de vue militant, d'un point de vue de personnes lambda de la société civile. Pour un artiste, venir sur une scène comme celle-ci, répondre à une invitation, c'est périlleux. C'est très compliqué. Les artistes ont la boule au ventre.

Les artistes sont terrorisés de se positionner sur un sujet ou sur un autre. Ne serait-ce que de dialoguer de ces sujets-là publiquement, pour eux, ça met en péril. Peut-être un travail de dix, vingt ans pour certains, et ils sont terrorisés. L'autre sens de ma venue ici, l'autre sens d'avoir tenu, malgré les intimidations, malgré les diffamations, malgré les calomnies dont j'ai été victime pendant trois semaines, c'est d'envoyer un message à tout un chacun, et non pas qu'à mes confrères du monde artistique, mais tous ceux qui hésitent encore à prendre la parole sur des sujets parce qu'ils ne se sentent pas légitimes de s'exprimer sur ces sujets-là.

Parce qu'ils pensent que dans la construction du regard de l'autre, ou dans la construction de l'attention de l'autre, ils ne sont pas légitimes à pouvoir s'exprimer sur un sujet ou un autre. L'autre sens de ce pour quoi je suis ici, c'est aussi pour envoyer un message. Nous avons le droit de nous exprimer sur ces sujets. Nous avons le droit d'avoir un avis sans être calomnié, sans être rabaissé, sans être diffamé, et sans être renvoyé constamment à notre origine sociale, ethnique, religieuse.

8:05
Présentateur

Merci Médine, et du coup tu viens d'utiliser un mot que je trouve très important, qui est la question de la légitimité. Nous, nous ne nous faisons pas dicter nos discussions, ni par l'extrême droite, ni par les médias, donc je te l'ai dit, c'est à toi de savoir si tu veux revenir sur la polémique qui t'a été faite. Et je crois que c'est important cette discussion aussi, parce que beaucoup ont entendu parler de toi dans ces dernières semaines, sur des choses qui étaient fausses, et tu es bien plus que tout ça, et c'est ce dont on va parler sur l'engagement que toi tu as.

Mais je crois que c'est important, parce que c'est une chose que nous on a vécu à la France Insoumise de manière très forte. Comme groupe parlementaire, on a été discrédité, d'abord quand on était à 17, Caroline Fiat, première aide-soignante jamais élue à l'Assemblée Nationale, et qu'ils appelaient la députée Bac-2. Aujourd'hui, on a la chance d'avoir Rachel Kéké, élue députée, première femme de ménage jamais élue à l'Assemblée Nationale, victorieuse d'une grève de 22 mois, et à qui on explique un peu constamment que, comme femme noire, femme de ménage, elle n'aurait en quelque sorte aucune légitimité à s'exprimer. Et il y en a beaucoup d'autres.

Laurent Alexandre, qui est ouvrier de l'aéronautique, a eu ce même genre de procès. Mathilde Ligné, première ouvrière agricole jamais élue à l'Assemblée Nationale, de même. Jean-Hugradenon, député de La Réunion, qui était avant au RSA Activité, à qui un jour, alors qu'il posait une question sur la pauvreté qui gangrénait notre pays, à qui un ministre a osé dire « Vous, vous ne dénoncez pas la pauvreté, vous en vivez ».

Ce que je veux dire par là, c'est qu'il y a une sorte de contrôle sur le débat démocratique et dans l'espace public qui se fait avec une sorte de monopole de la parole légitime et d'intrus qui seraient là, alors pour beaucoup de raisons, et tu en as cité certaines, qui, pour certains, de fait de la religion réelle ou supposée, du fait d'une origine réelle ou supposée, du fait d'être une femme ou non, eh bien, en quelque sorte, seraient des intrus sur la scène du débat démocratique. Et le fait que toi, tu n'aies pas cédé à cette injonction, à se taire, je crois que c'est important pour la suite de ce qui va vivre.

Donc peut-être pour continuer un peu sur cette illégitimité qu'on renvoie à certains, j'aimerais bien que tu continues un peu sur ce point-là.

10:36
Invité

Bien sûr, je ne vais pas me dérober d'explications liées à toutes ces polémiques parce que je sais qu'il y a des observateurs qui n'ont pas forcément d'avis et qui sont nombreux et qui, parfois, se laissent ou sont victimes de thématiques qui sont imposées, qui sont imposées par des gens qui sont souvent mal intentionnés, qui veulent absolument diffamer et surtout disqualifier la parole publique quand elle n'est pas choisie, quand elle n'est pas libre, quand c'est une démarche aussi spontanée que la mienne, eh bien elle n'est pas compréhensible dans des codes qui sont installés depuis je ne sais plus quand.

Cette légitimité, je viens la réclamer, je viens la réaffirmer en étant ici présent et surtout en m'expliquant sur cette polémique qui a rythmé tout l'été, qui a été horrible en tout point pour le débat public, qui a été horrible pour les luttes antiracistes, qui a été horrible pour ma propre famille, pour mes enfants, pour mes parents, qui ont été bousculés, sur qui on a dit de la diffamation horrible sur quelqu'un qui mène un combat depuis 20 ans et qui finit par être taxé de l'inverse de ce pourquoi il a combattu pendant 20 ans.

Je rappelle que c'est mon quotidien depuis un an et demi aujourd'hui, d'avoir des déplacements dans chaque ville et de me confronter à l'intimidation de groupuscules d'extrême droite, de me confronter à l'intimidation parfois de groupuscules d'extrême droite qui sont relayées par des paroles politiques, par des députés. Et cette intimidation, j'y fais face dans nombreuses villes. Je suis donc tristement habitué à ce processus de polémique. Je reçois des coups, on me diffame, on me colle des étiquettes qui ne sont pas les miennes, on m'accorde des paroles qui ne sont pas les miennes, et on fait dire à mes albums autre chose que ce qu'ils ont voulu dire depuis 20 ans.

Donc c'est important de revenir sur cette polémique. Je me suis fourvoyé en répondant à un message, à un tweet qui me qualifiait de déchet à trier. Et c'est important de rappeler d'où part cette polémique. Bien avant même ce tweet, en réalité, le simple fait que l'on m'invite dans des assemblées où la pluralité est de rigueur, ne serait-ce que pour échanger, c'était déjà un problème. Il y avait déjà un lever de bouclier de l'extrême droite, de la droite et de la majorité. Donc le problème réside bien plus haut en réalité dans cette séquence.

Quand je me fourvoie dans ce mail en répondant à Rachel Kahn qui m'insulte de déchet à trier, je me rends compte qu'il y a une charge en lien avec le terme rescapé. Il y a une charge historique et il y a une charge qui pourrait être justement mal interprétée envers les familles qui ont vécu l'Holocauste et la Shoah. Et tout de suite, je m'en amende directement. Je demande des excuses à la concernée, mais également aussi aux familles des victimes qui ont pu être heurtées par ce tweet. C'est ma maladresse. Si j'ai eu cette maladresse, je m'en suis excusé. Maintenant, il faut regarder toute l'interprétation qui a suivi.

Toutes les personnes qui ont utilisé cette séquence pour me disqualifier de la parole publique, mais qui ont surtout utilisé la lutte contre l'antisémitisme pour leur propre agenda politique, pour disqualifier des adversaires, pour les décrédibiliser. Et ça, c'est indigne du débat public. Non seulement je ne suis pas antisémite, mais je lutte contre l'antisémitisme depuis 20 ans, au plus près, sur le terrain, là où est-ce que mes détracteurs ne vont plus, là où est-ce qu'ils n'ont plus d'audience, là où est-ce qu'ils n'ont plus de légitimité, à aller désamorcer les sujets au plus près, sur le terrain.

Ça fait 20 ans que je fais ça, et je compte bien ne pas attendre qu'on me distribue un permis de lutte contre l'antisémitisme et toutes les formes de racisme pour pouvoir continuer à le faire.

15:17
Présentateur

Merci Médine. Pour continuer sur comment est-ce qu'on déverrouille la parole qui serait légitime ou non, et puis pour continuer sur ce qu'on disait tout à l'heure sur les rapports entre l'art et la politique, je voudrais te faire réagir à ce qu'a écrit Annie Ernaud, alors Annie Ernaud qui est une écrivaine qui a eu le prix Nobel de littérature et qui nous a fait le grand honneur de soutenir Jean-Luc Mélenchon aux élections présidentielles ainsi que nos idées. Elle, elle dit, « Écrire n'est pas une activité hors du monde social et politique ». J'ai toujours senti qu'écrire était intervenir dans le monde.

L'écriture, quoi qu'on en fasse, engage, véhiculant de manière très complexe une vision consentant ou non à l'ordre social, ou au contraire la dénonçant. Et elle termine en disant, « Il n'y a pas d'apolitisme au regard de l'histoire littéraire. » Toi, tu es un artiste qui est engagé politiquement, qui l'est depuis très longtemps d'ailleurs, et cet engagement n'est pas toujours le cas chez beaucoup des artistes. Tu disais souvent qu'il y avait, les artistes étaient taiseux, contraints à se taire, qu'ils avaient peur de s'engager. Est-ce que tu peux nous dire pourquoi toi ton art est aussi engagé ? D'où est-ce que ça vient ? Pourquoi c'est important pour toi ?

Et expliquer quelle est l'interconnexion que tu fais entre les deux.

16:45
Invité

Je suis de cette école de rappeurs qui ont porté une parole politique sans même en avoir l'ambition. C'est une parole politique qui est consubstantielle à cette musique, qui est consubstantielle aux personnes qui viennent de quartiers populaires, parce qu'ils font face à de l'injustice sociale, ils font face à une certaine forme de précarité, ils font face à une certaine forme de violence symbolique, et du coup, n'importe quelle expression artistique est imprégnée de ce background, de ce bagage que l'on n'a pas forcément choisi, dont on est victime, et qu'on finit par romancer, qu'on finit par poétiser, pour se sortir d'un quotidien qui est oppressant.

Donc je suis de cette école d'auditeurs, en tant qu'auditeurs au départ, et je suis abreuvé de cette musique. Je peux citer IAM, NTM, Lunatic, Idéalgy, Arsenic, des entités qui m'ont éduqué, des groupes qui m'ont éduqué, et des groupes qui m'ont politisé, malgré eux, sans même avoir l'intention de politiser la question des banlieues, mais malgré eux, ils faisaient des constats, malgré eux, il y avait de l'analyse, et il y avait de la hauteur d'esprit vis-à-vis de situations qui mettaient trop de temps à se désamorcer à travers la parole politique.

Du coup, j'ai grandi avec ça, et quand je me suis mis à écrire, eh bien j'avais envie de leur ressembler, j'avais envie de transmettre, et de faire perdurer une tradition de rappeur qui porte une parole politique. Donc ma première parole à moi, elle est politisée. Mon premier album est politisé. Parce que j'ai cette démarche de décrire un quotidien, et de décrire surtout la vie de quelqu'un qui se construit en réaction. En réaction à des frontières, en réaction à des constructions sociales que l'on peut voir dans le regard de l'autre, à des réactions à ses propres constructions. Ma première prise de parole, elle est politique.

elle m'amène jusqu'à aujourd'hui à vouloir sortir du cadre de cette musique pour interagir avec la société, et de ne pas être dans une démarche de dénonciation lointaine, où on a un avis sur les choses, comme le vieux tonton dans les fêtes de famille au bout de la table, qui se permet de tout commenter, et qui n'est plus tout à fait crédible, parce qu'on ne le voit jamais dans les manifs, on ne le voit jamais sur le terrain, on ne le voit jamais interagir avec les gens. Respect quand même à tous les tontons, on en a tous un.

Et donc, je n'avais pas envie de me cantonner à cette posture, de quelqu'un qui commente de loin l'actualité, qui commente de loin les mécanismes qui s'exercent sur les populations.

Et je me construis à travers un propos artistique, je me construis politiquement, je me confronte à des réalités de cette industrie, où je me rends compte qu'il y a certains sujets qui sont encore plus clivants au sein même de cette industrie, je me confronte à l'auto-censure, je me confronte aussi à la lâcheté de certains partenaires qui abandonnent le terrain, qui disent, mais ces sujets-là ne sont pas bankables, ces sujets-là, c'est anti-commercial, il ne faut plus les évoquer, il faut être dans une forme de légèreté, et peut-être dans un second an, tu pourras revenir sur la question des luttes sociales, etc., mais ne te sabote pas.

Il y a cette réalité-là aussi aujourd'hui, qu'il faut analyser et comprendre. Et ma démarche, depuis le début, c'est une démarche de déconstruction permanente, de moi-même, de mon entourage, de mon interlocuteur, et même des auditeurs, de savoir comment eux analysent la parole d'un rappeur, et comment elle sert la question des mouvements sociaux, comment eux la réutilisent dans les manifestations.

Vous le voyez, si vous avez participé aux manifestations contre la réforme des retraites, vous avez vu les pancartes, vous avez vu les cartons, c'est les paroles de SCH, c'est les paroles de Joule, c'est les paroles de tous les rappeurs du moment qui sont sur ces cartons parce qu'ils portent une parole politique et qu'ils transcendent, accompagnent les luttes sociales. Maintenant, le plus compliqué dans tout ça, c'est de pérenniser cette action, de ne pas être dans de la dénonciation confortable et de penser que l'on va changer les mentalités ou actionner des leviers politiques concrets tout en restant dans notre zone de confort. C'est ce qui fait qu'aujourd'hui je suis ici.

C'est ce qui fait que je prends position en dehors de mes albums, mais aussi dans mes albums, parce que je pense que la parole artistique se poursuit dans la société. Elle doit se poursuivre dans notre échange. On dit que les artistes voient la même chose que tout le monde, mais ils ne la regardent pas pareil.

Donc le monde politique a tout intérêt à se nourrir de ce que les artistes regardent eux et de comment ils l'analysent, comment ils les séquencent pour pouvoir nourrir votre travail, pour pouvoir nourrir vos travaux, vos groupes de travaux, et de la même façon que, et là ça va peut-être te surprendre, de la même façon où, vous, votre engagement, vous, votre parole, vous, la façon dont vous synthétisez les choses, dont vous les exprimez, et cette tradition orale de transmettre les choses, comment elle nourrit notre travail aussi. C'est tout le sens de cette rencontre aussi.

22:55
Présentateur

Ça nous honore même. Et justement, pour continuer sur la question de l'engagement, donc récemment on vient de vivre le plus grand mouvement social depuis 50 ans dans notre pays, donc avec la lutte contre la réforme des retraites, donc dans lequel tu t'es beaucoup, beaucoup engagé, tu t'es déplacé sur des piquets de grève, tu as chanté des choses dans tes chansons.

23:20
Invité

Je n'étais pas tout seul, il y avait d'autres artistes, il faut le souligner, Adèle Haenel était présente.

23:24
Présentateur

Exactement. Donc tu t'es déplacé sur des piquets, tu as chanté des choses contre cette réforme des retraites, et tu dis, ce combat s'est en quelque sorte imposé à moi. Tu as dit ça à un moment, quand on t'interrogeait sur pourquoi tu t'étais engagé dans cette bataille qui a mobilisé l'ensemble de la société. Et je voudrais savoir pourquoi ce combat s'est imposé à toi, et puis que tu nous fasses aussi le lien, parce que tu ne viens pas de n'importe où, tu viens du Havre, tu en parles souvent, que ce soit dans tes chansons ou en dehors de tes chansons. Et le Havre a aussi une tradition, une histoire ouvrière de combat, et donc c'est aussi au Havre que tu as porté ce combat.

Donc je veux bien que tu continues sur comment est-ce que tout ça se lit, et pourquoi cet engagement s'est imposé à toi, pour reprendre tes mots.

24:12
Invité

Comme tu l'as dit, je viens de la ville du Havre, avec une tradition ouvrière, une tradition de lutte sociale, très forte, très imprégnée par le milieu portuaire, la zone industrielle. Et du coup, moi je grandis dans ce contexte-là. Je grandis avec de la famille qui travaille dans ces zones, qui sont confrontées aux situations de précarité, de précarité à l'emploi, qui sont confrontées aux situations de discrimination à l'emploi aussi. Je grandis avec ce background, et ça nourrit mon travail. Quand je dis que ça s'est imposé à moi, c'est parce que, au-delà d'être un artiste, je suis quelqu'un d'actif dans ma ville. Je suis président d'association sportive, avec mon père, mon frère.

Nous formons les jeunes athlètes jusqu'au plus haut niveau. C'est un club de boxe. L'année prochaine, d'ailleurs, une jeune femme que l'on a formée, qui s'appelle Amina Zidani, va aux Jeux Olympiques porter les couleurs de la France. Elle sort de la don de panique team. Ça, ça fait partie des actions que j'ai sur le terrain. Je m'associe aussi à des mouvements qui distribuent des repas aux étudiants en situation de précarité.

Je m'associe également, en fait, à ces mouvements que tu as cités tout à l'heure, avec différentes associations qui ont lutté contre la réforme des retraites et qui ont organisé une contrefaite quand Marine Le Pen a voulu venir un peu planter le drapeau du Rassemblement national dans notre ville. Donc, il y a une vraie dynamique militante, associative au Havre, qui me sensibilise depuis longtemps. Je suis donc sensible à la question de la réforme des retraites parce qu'il y a un tissu associatif qui fait bien son travail. Il y a des militants sur le terrain qui font bien leur travail. Leur but, c'est de faire en sorte de porter les mouvements sociaux le plus loin possible.

Donc, qu'est-ce qu'ils font, eux ? Ils viennent interpeller les sportifs, ils viennent interpeller les artistes et ils leur disent, aidez-nous. On a grandi ensemble. Nous avons grandi dans les mêmes endroits. Aujourd'hui, il y a une urgence à se mobiliser tous ensemble. Je ne peux pas rester insensible à ça. Je ne peux pas faire comme si nous n'avions pas grandi ensemble, comme si nous n'avions plus d'interaction avec ces gens et on va simplement se croiser. Vous, je vais vous voir sur un piquet de grève. Vous, je vais vous voir en manifestation. Et moi, je vais être tranquille dans mon studio à vous observer et à commenter les choses de loin.

C'est une forme de lâcheté pour moi que de réagir de cette façon-là. Ça n'est pas... Être artiste est un privilège aujourd'hui. parce que nous avons la possibilité d'exprimer ce qui nous frustre, d'exprimer publiquement et d'aller plus loin dans nos réflexions ce qui nous oppresse, ce qui oppresse nos proches, ce qui oppresse nos semblables, ce qui oppresse nos compatriotes. Nous avons la possibilité de le faire. Et ça, c'est un privilège au regard de ceux qui vivent les mêmes discriminations que nous, qui vivent les mêmes problèmes que nous, mais qui sont silenciés au quotidien et qui ne peuvent pas l'exprimer. Je me considère comme un privilégié.

Donc quand ça s'impose à moi, je n'ai d'autre choix que de porter la voix de ceux qui sont silenciés dans cette séquence.

27:52
Présentateur

Je vous rappelle que vous pouvez lever la main pour avoir des petits papiers pour inscrire des questions à Médine pour la suite. Alors effectivement, porter la voix de ceux qui sont silencieux, c'est ce que tu disais à l'instant. Nous, on est très inquiets de ce qui est en train de se passer dans le pays depuis ce que nous, nous avons qualifié des révoltes et non des émeutes, puisque le mot émeute ramène à quelque chose qui n'aurait absolument aucun sens et qui, en quelque sorte, disqualifie ce qui s'est passé suite au meurtre de Naël. Donc il y a le meurtre de Naël.

Il y a ensuite une colère qui explose dans le pays, notamment parce que vous avez les chiffres en tête, mais que la France est aujourd'hui le pays en Europe où on tue le plus pour refus d'obtempérer, avec une loi de 2017 sur de permis de tuer que nous demandons toujours à abroger et pour lequel nous marcherons le 23 septembre avec une centaine d'organisations pour dire et redire que nous refusons qu'un adolescent de 17 ans soit tué pour un pseudo refus d'obtempérer parce qu'il vient d'un quartier populaire, parce qu'il est racisé, sans que rien ne se passe dans ce pays si ce n'est des mots d'extrême droite du type re-civilisation, re-civiliser, dé-civiliser qui, je le rappelle, sont des mots qui viennent d'un penseur d'extrême droite qui s'appelle Renaud Camus et que reprend directement le président de la République.

Il dit ordre, ordre, ordre, nous disons liberté, égalité, fraternité. Alors, nous sommes inquiets parce que, suite au meurtre de Naël, d'abord, il y a eu ce communiqué de deux syndicats de police qui sont majoritaires, malheureusement, dans la police aujourd'hui qui parlent des jeunes du quartier populaire en les qualifiant de nuisibles, que derrière, lorsque vous voyez, et j'espère que vous avez toutes et tous vu, la vidéo d'Eddie qui a reçu un LBD dans la tête et ensuite a été tabassé, laissé pour mort et qui a eu 60 jours d'ITT et à qui on a dû enlever un morceau du crâne pour faire en sorte qu'ils survivent.

Il faut voir cette vidéo pour voir de ses yeux ce que ça veut dire le terme violence policière. Eh bien, lorsque Eddie a été ainsi tabassé, défiguré à vie, quelle a été la réaction de policiers à Marseille de se mettre en arrêt maladie par centaines, avec ensuite un chef de la police qui vient leur apporter son soutien et un ministre, l'ignoble Darmanin, qui explique que, oui, les policiers devraient être au-dessus des lois. Je le dis parce que, nous, ça nous crée une inquiétude sur ce qui s'est en train de se passer dans la République.

Notamment parce que, si on prend la plus faible mais signifiante part de la violence policière dans notre pays, qui commence par le fait que quand vous avez 10, 11, 12 ans dans un quartier populaire et que, généralement, vous êtes un jeune garçon, parce que c'est plus souvent aux garçons que ça arrive, on vous explique, dès le début, que vous n'appartenez pas à la République avec ces contrôles aux faciès incessants qui se font, alors qu'ils n'arrivent pas toujours, heureusement, à la mort, mais qui peuvent arriver à la mort. Et donc, nous sommes inquiets d'une police qui, aujourd'hui, est à la dérive totale et de ce que ça crée dans le débat public.

Et j'aimerais bien savoir comment, toi, tu as analysé cette séquence, comment tu as analysé les prises de parole, quelle est, toi, ta position sur cette question et comment est-ce qu'on peut continuer de soutenir les habitants des quartiers populaires en disant que tout le monde est français dans ce pays et citoyen à part entière.

31:35
Invité

Analyser cette séquence, selon moi, c'est sortir de l'émotion le plus rapidement possible. Malgré l'intensité de la violence avec laquelle un adolescent est assassiné, comment le deuil de la famille et de ses proches a été dispersé et j'étais à la manif avec mes enfants. Mon fils sur les épaules de 7 ans, ma fille, mon fils, nous nous sommes fait disperser alors que nous commémorions la mémoire de Naël, nous nous sommes fait disperser par des gaz lacrymologènes ce jour-là. C'est la première expérience violente de mes enfants de sentir le gaz dans leur gorge et les larmes couler sans avoir la possibilité d'être en recueillement vis-à-vis d'un meurtre qui vient de se passer.

Donc la violence de cette séquence, c'est de sortir de l'émotion rapidement et de ne pas s'arrêter aux commentaires et de relier ça davantage à la violence qui s'exerce à tout le reste de la société. La violence qui s'exerce en criminalisant les mouvements sociaux, la violence qui s'exerce sur les populations d'autres milieux des quartiers populaires et en les sensibilisant eux, en leur rappelant que ce qui se passe dans les quartiers depuis une trentaine d'années en matière de violence policière, eh bien, c'est exactement ce qui est en train d'arriver dans les violences de manifestation contre la réforme des retraites.

C'est la même violence qui s'exerce quand elle réprimande le monde de la santé et les infirmières qui descendent dans la rue. C'est le même mécanisme de violence qui s'exerce à l'ensemble de la société. Ma démarche est celle-ci ou ma réflexion plutôt est celle-ci. C'est, puisqu'on est tous soumis à cette violence, réfléchissons à converger pour faire reculer cette violence au plus vite et à comprendre la douleur de l'autre.

À ne pas s'indigner seulement quand ce sont nos milieux, nos groupes qui sont touchés, mais à s'indigner de la même façon, avec la même virulence et avec la même réponse quand quelqu'un d'autre est touché, quand quelqu'un d'un autre milieu, quand quelqu'un des quartiers populaires, quand un jeune homme des quartiers populaires est touché. Indignons-nous de la même façon que lorsque quelqu'un qui est réprimandé, qui est violenté dans les manifestations de lutte sociale, de lutte contre la réforme des retraites.

34:14
Présentateur

Je vais continuer parce que je parlais de ce qui se passe dans la police et il y a un autre phénomène très inquiétant, c'est la question de l'extrême droite dans ce pays. Alors récemment, en juin, il y a eu un procès de quatre néo-nazis qui avaient projeté de t'assassiner, toi, Médine, mais aussi Jean-Luc Mélenchon qui avaient projeté des attentats sur la LICRA, sur des mosquées et sur encore d'autres lieux ou organisations.

Ce procès a abouti à des peines de prison qui vont jusqu'à 18 ans de prison et toi, tu le disais un peu tout à l'heure, tu es la cible régulière de l'extrême droite, tu disais qu'à chaque concert, il y avait des groupuscules d'extrême droite qui se manifestaient de manière extrêmement violente. Peut-être que tu peux nous détailler qu'est-ce que ça veut dire d'être la cible de cette violence d'extrême droite avec en plus, bon, tu es un rappeur, Zemmour disait que le rap était une sous-culture d'analphabète pour reprendre les mots qu'il utilisait sur cet art qu'est le rap.

Et puis, un danger que nous, on analyse dans la période, je ne sais pas si tu as vu cette semaine quelque chose d'absolument incroyable qui s'est passé, un ancien président de la République, Sarkozy, explique qu'il n'est plus possible de considérer le Rassemblement National comme étant hors du champ républicain.

Donc, en quelque sorte, une alliance de plus en plus forte entre la droite et l'extrême droite et on le voit dans beaucoup de choses avec des médias qui sont de plus en plus soumis à cette extrême droitisation de la société et toi, tu as dit je sens une urgence dans la société avec la montée de l'extrême droite dont je suis l'une des cibles principales, ce dont on disait tout à l'heure c'est mon combat. Donc, est-ce que tu peux nous expliquer à la fois qu'est-ce que c'est pour toi d'être la cible de l'extrême droite et comment tu penses que nous devons combattre cette extrême droite et à quel point nous devons faire front commun contre cette extrême droite dans le pays ?

36:17
Invité

Être la cible de l'extrême droite n'est pas quelque chose d'étonnant pour moi. Ce sont des ennemis politiques que j'invective régulièrement dans mes albums, dans mes morceaux, dans mes déclarations publiques. Je savais très bien que j'allais m'exposer à une réaction de la part des camps d'extrême droite. Là où est-ce que je suis le plus surpris et ce qui, selon moi, est le plus urgent à dénoncer, c'est quand les discours d'extrême droite, quand l'argumentaire de l'extrême droite, quand le lexique et même les idéologies les plus lointaines, proches de l'ultra-droite, gangrènent le débat politique, quand les références sont utilisées par la droite, la majorité, et quelquefois jusqu'à gauche.

Et c'est ça le plus inquiétant. C'est quand on réutilise le discours de l'extrême droite qu'on le normalise et quand on en fait quelque chose qui est totalement respectable dans le débat public. Notre devoir à nous est de faire reculer cette parole qui est une parole dangereuse, qui est une parole urgente à combattre et il faut se mobiliser à tout point. Il ne faut pas laisser un seul pouce d'écart et de distance à combattre ces idées et ces argumentaires. Vous le faites, on le voit dans vos interventions publiques et vous le faites très bien. Nous le ferons sur le terrain artistique.

Vous devez vous le faire dans vos cercles, dans les associations dans lesquelles vous agissez, dans les conseils municipaux. Il faut faire reculer cette parole. C'est une urgence absolue parce qu'elle se normalise de plus en plus. Ça devient normal d'utiliser les thèses de l'extrême droite comme dans cette dernière séquence à laquelle je fais face où on utilise mon image, on utilise des paroles qui ne sont pas les miennes et on essaie de me faire des procès par association. C'est ça les méthodes de l'extrême droite. On veut disqualifier des gens en disant qu'ils sont à 4-5 poignées de main de gens qui ne sont pas respectables pour les discréditer.

Mais parler de mon travail, parler de ce que je fais sur le terrain, parlons-nous ensemble dans des espaces où on peut déconstruire ces attaques et les renvoyer dos à dos. Moi, je passe mon temps artistiquement à utiliser le langage et le lexique de l'extrême droite pour retourner ces attaques contre l'agresseur en déconstruisant les termes.

38:51
Présentateur

Tu peux nous donner des exemples de ce que tu appelles du judo comme ça ?

38:55
Invité

J'en ai des centaines. Je me souviens d'expressions où on me taxait de Dr. Medin, Mr. Djihad. Ce genre de formules. Et ces formules, en pensant que ça va me disqualifier, en réalité, moi, je passe mon temps à redéfinir les choses. De quel djihad parle-t-on ? De quel combat parle-t-on ? On parle du djihad intérieur que je promotionne depuis longtemps, la réforme personnelle, la réforme individuelle pour s'améliorer au quotidien. Et de quel combat parle-t-on ? On parle du combat contre l'illettrisme. On parle du combat contre l'injustice sociale. Je n'ai pas d'agenda communautaire. Je ne veux pas de repas spéciaux dans les cantines.

Je veux une nourriture saine pour tout le monde, pour tous les enfants. Je ne veux pas de carrés musulmans dans les cimetières. Je veux une fin de vie décente pour les personnes âgées et un accompagnement décent pour les gens. Je ne veux pas de créneaux de piscine pour une communauté. En particulier, je veux former les jeunes athlètes qui portent les couleurs de la France jusqu'aux Jeux Olympiques. C'est ça, utiliser la force de l'adversaire pour la retourner contre eux.

40:16
Présentateur

Et c'est des choses que nous aussi on utilise dans des discours. En ce moment, on le fait puisqu'en ce moment, ils redéfinissent l'arc républicain. Donc ça nous permet aussi de trouver des mots communs entre les macronismes et l'extrême droite qui parfois sous la même bannière sont ensemble.

40:31
Invité

Genre quoi ? Comment vous retournez l'appellation d'arc républicain ?

40:36
Présentateur

On les appelle l'arc réactionnaire, les rétrogrades. Enfin, on en a plein comme ça. Mais cette manière de faire du judo en utilisant leurs termes qu'ils pensent être salissants pour nous est aussi une manière justement de pouvoir à la fois leur répondre et qui deviennent même parfois des fiertés. Alors, on nous a tout fait, on est des islamo-collabo, des islamo-gauchistes. Toi, tu t'es une islamo-racaille. Enfin bref, ils en ont fait des tonnes et je pense que c'est intéressant ce jeu de judo qui peut se faire aussi pour répondre à la fois avec fermeté.

41:07
Invité

le journaux, il les lisait, il essayait d'en comprendre le lexique et il utilisait les mots valise, les mots enfermants. Et il les décortiquait et il les retournait contre l'agresseur. En vrai, je n'ai rien inventé. J'ai piqué une méthode à MC Solar et je le remercie aujourd'hui.

41:26
Présentateur

Alors, avant d'arriver sur comment toi, tu écris tes textes, tu as dit un jour dans une interview, pour moi, une idée qui n'est pas dangereuse, n'est pas une idée et que l'art avait besoin d'être subvertif, de bouger, de bouger les gens qui écoutaient cette musique-là. C'est une chose qui nous est souvent reprochée, nous, à la France Insoumise. C'est que nous, on a aussi souvent utilisé la conflictualité parce qu'on pense que la conflictualité, c'est aussi une manière de réfléchir, d'amener à penser sur le monde et ce qui est en train de se passer autour de nous. Et donc, j'aimerais bien que tu nous expliques pourquoi une idée qui n'est pas dangereuse n'est pas une idée.

Comment toi, tu manies ça et comment tu le vois ?

42:07
Invité

C'est toute l'ADN de cette musique, selon moi, et même de l'art par extension. Mon approche de l'art doit être subversive. Si l'art ne me dérange pas, si l'art ne me bouscule pas dans mes certitudes, dans mes croyances, dans ma mentalité, eh bien, ça n'est pas de l'art, pour moi en tout cas. C'est quelque chose qui me divertit. Et c'est deux choses différentes. J'ai besoin de lire un auteur et d'être bousculé. J'ai besoin de regarder un film qui me bouscule dans mes croyances et dans mes certitudes. C'est mon rapport à l'art. Je ne sais pas si la majorité le partage, mais c'est ma façon de chercher, justement, à me déconstruire à travers la culture.

Du coup, comme j'ai cette attitude d'usager de l'art, eh bien, ça imprègne forcément mon travail. J'ai ce même rapport à l'art où, pour moi, la provocation est indispensable à provoquer un débat. C'est pour ça que j'utilise des iconographies provocantes qui font partie de cette musique, qui sont consubstantielles au rap. C'est pour ça que j'utilise des formules laconiques qui visent, justement, à interpeller. Pourquoi ? C'est pour ça que j'utilise des styles et des métaphores qui exagèrent des phénomènes de société, qui exagèrent des situations pour qu'on puisse les déconstruire en disant que c'est vrai que cette situation peut s'envenimer si jamais on n'intervient pas assez tôt.

C'est tout mon rapport à l'art qui peut être discutable. On peut en discuter. Est-ce que l'art a nécessairement besoin d'être subversif pour être considéré comme tel ? Selon moi, oui. Selon d'autres personnes, il y a une forme de légèreté, des codes à respecter pour avoir une autre approche et pour être bousculé dans nos mentalités d'une autre façon. C'est un vrai débat philosophique selon moi à avoir. Est-ce qu'on a le temps pour l'avoir ? Je ne sais pas. Est-ce que c'est l'endroit pour l'avoir ? En tout cas, merci de me donner la possibilité d'au moins de poser de la question.

44:25
Présentateur

Et du coup, là, t'expliquer à l'instant que tu avais repris de MC Solar les mots-valises là dont tu parlais. Alors, tu disais MC Solar lui, c'était avec les journaux. Toi, je t'ai vu dans un reportage où tu es en train de lire la presse sur ton ordinateur et puis tu notes conscieusement des mots les uns à la suite des autres qui doivent t'aider à écrire tes textes. Tout à l'heure, on en discutait parce que je pense qu'il y a des choses un peu similaires dans ce que nous on fait aussi sur les discours.

44:50
Invité

Vous êtes des punchliners aussi ?

44:52
Présentateur

Oui, à la fois sur les punchlines qu'on fait. Alors, il y a quelque chose qui est beaucoup plus marqué dans la musique aussi sur l'émotion que ça crée, comment ça fait vibrer, comment on s'en rappelle aussi. Mais il y a une question de style aussi qu'on met dedans. On en discutait juste avant. Donc, il y a des choses qui... J'aimerais bien savoir comment tu écris tes textes. Et puis, il y a quelque chose qui m'a beaucoup intéressée quand tu étais invité à parler devant les Normaliens où tu disais... Parce que Victor Hugo, il parlait de la mission du poète. Et tu disais de PNL à Victor Hugo, c'est la même lignée. Je me revendique de ce courant littéraire-là.

C'est comme ça que je me sens français. J'ai envie d'être français comme Victor Hugo, Brassens. Je ne me ressens pas français à travers un hymne national ni un drapeau. C'est trop abstrait pour moi. Trop réapproprié, dévoyé. Je n'arrive pas à m'enraciner à travers ces symboles. Par contre, le bon mot, le bon verbe, c'est ce qui m'émancipe. C'est à travers la décharge émotive que je me sens vraiment français.

45:51
Invité

Merci déjà de parler de ce dont on a vraiment parlé à l'ENS parce que la plupart du temps dans le débat public, on ne parle pas de ce que j'ai dit à l'ENS et on s'arrête simplement à ce que je suis supposé représenter, incarner en termes de construction sociale. Donc merci déjà de ramener le véritable propos de l'ENS. Il s'agissait de parler de style, de style qu'on utilise dans cette musique et de façon organique. C'est ça le plus intéressant qui ressort de cette conférence à l'ENS.

C'est que les rappeurs utilisent de façon organique sans même poser ou sans même avoir la démarche de se dire nous allons construire les choses en alexandrin ou alors plutôt je vais être dans une démarche hyperbolique, je vais être dans des métaphores, de façon instinctive, les rappeurs posent des mots et construisent des styles existants qui ont été théorisés, qui ont été bien rangés dans des superbes bouquins et qui racontent que ça appartient à une tradition.

Donc en réalité, nous on est tous flattés qu'on nous traite de façon horizontale et non verticale, qu'on ne voit pas l'art majeur tout en haut et l'art mineur tout en bas, qu'on ne voit pas Aragon là-haut et qu'on ne voit pas Joey Star en bas. Quand on inverse la courbe et qu'on la voit de façon horizontale, et bien ça m'enracine davantage. Je me sens français dans la façon dont l'orthogonalité a été inversée dans le regard des gens à partir du moment où tout le monde a commencé à considérer le rap comme une musique à texte, une musique à parole. Et c'est donc la francophonie qui m'enracine davantage.

C'est l'utilisation parce que je sens qu'il y a un enracinement beaucoup plus profond dans la langue, dans l'utilisation de la langue, dans ce qu'elle a été et dans comment nous on continue à la faire perdurer et à la triturer pour qu'elle grandisse, pour qu'elle avance. C'est à travers ça que je me sens davantage français. Parce que j'interagis avec cette langue, je me revendique d'une tradition et je veux la faire évoluer. C'est en ça que je me sens français. Et j'espère que j'inspire des gens dans ce sens-là. Ou certaines personnes qui ont peut-être une difficulté à associer leurs origines culturelles et un certain enracinement dans la France.

C'est toujours compliqué d'avoir une histoire qui vient d'ailleurs et de s'enraciner davantage dans ce pays. Du coup, j'essaie de démultiplier les expériences personnelles à travers la langue française mais aussi dans des échanges. Il y a un podcast que j'ai créé depuis quelques mois où je rencontre des Français qui sont souvent issus du milieu culturel, qui ont soit écrit des livres, soit chanté des morceaux, soit issus de l'humour, du théâtre. Et je veux savoir quelle est leur porte d'entrée à eux en France. Moi, ça a été la langue française. Mais vous, quelle a été votre porte d'entrée ?

C'est un espèce de contre-discours à tout l'argumentaire que l'on veut coller sur les jeunes de quartier comme quoi ils sont anti-France, qu'ils ne pensent qu'à faire de l'anti-France et à cultiver ça. Que les rappeurs seraient consubstantiellement anti-France dans leur démarche. Or, c'est totalement l'inverse. Je cherche à démultiplier les portes pour que chacun puisse choisir sa porte et rentrer pour mieux s'enraciner sur le territoire français.

49:51
Présentateur

Et de même, c'est aussi une réponse d'ailleurs à tous ceux... Moi, je ne supportais pas ça quand je travaillais dans des associations avec des gens des quartiers populaires, d'une espèce de chose que disent les dominants un peu partout sur le fait que les gens des quartiers populaires seraient largement dépolitisés, alors que pas du tout. Et d'ailleurs, ce que tu disais sur les podcasts, ça va aussi dans ces sens-là. Au contraire, c'est juste une manière d'exclure le peuple de la politique en expliquant que si tu n'es pas assez expert, que si tu n'as pas fait telle ou telle étude, tu ne serais pas légitime là encore à en parler. Et je pense que ça, c'est aussi important à marquer.

Et moi, je dois dire qu'en tant que présidente de groupe, c'est une des choses dont je suis le plus fier d'avoir démontré avec plein de gens du groupe parlementaire que tout le monde pouvait faire de la politique et même bien mieux que celles et ceux qui s'y croient prédestinés.

50:46
Invité

Je veux juste réagir par rapport à la question de la diversité en politique qui est symptomatique de plusieurs problématiques. Il y a des facteurs économiques qui sont liés certainement à ça. On a du mal dans un quartier populaire à passer le pas de s'engager un peu plus loin parce que nous avons des priorités économiques à régler, des priorités économiques à solutionner avant de s'engager en politique. Et puis, il vient aussi ce dont on était en train d'évoquer ensemble, cette difficulté à associer un patrimoine culturel et le patrimoine français et à les faire se fusionner peut aussi être un repoussoir à s'engager un peu plus loin politiquement. C'est la question de la légitimité.

Donc, toutes ces questions de difficultés à s'impliquer davantage en politique doivent être pris en compte par les appareils. Les appareils doivent mettre en place une recherche beaucoup plus poussée, beaucoup plus sourcée pour trouver des personnes issues de la diversité qui puissent s'exprimer dans un espace libre où ils ne sont pas renvoyés à leur origine sociale, qui ne sont pas renvoyés à la particularité de leur foi ou de leur origine ethnique. C'est important que les appareils de façon générale fassent cet effort actif d'aller rechercher les jeunes, les racisés, les personnes issues de la diversité, les personnes qui se sentent non légitimes.

C'est du devoir des appareils politiques d'aller les rechercher activement.

52:27
Présentateur

On est entièrement d'accord là-dessus. Et juste pour revenir avant, les questions qui sont très nombreuses pour revenir. Donc, tu disais pour l'écriture de mes textes. Oui, t'as vu, il y a tout ça. Pour l'écriture de mes textes, tu disais, j'utilise la recherche de mots valise, de mots qui peuvent être enfermants. Et ensuite, après, comment tu construis tes textes ?

52:44
Invité

Tu veux que je te donne des skills pour pouvoir écrire des punchlines ?

52:49
Présentateur

Pourquoi pas ?

52:51
Invité

En général, je prends les mots qui me sont les plus mélodiques dans leur construction et je les range dans un dossier qui est sur mon téléphone, un listing, et je mets un espèce de puzzle de mots, de pensées. Je récupère tous ces mots, même les mots heurtants, je les prends, je les note, je les garde, je les laisse mûrir, mariner, et je me mets face à mon ordi, je lance la musique et je vois ce que ça m'inspire. Parfois, il y a des choses qui sont évidentes et d'autres qui demandent à rentrer dans le détail. Mais les constructions de phrases, c'est des techniques que je développe depuis une vingtaine d'années et je ne vais surtout pas te donner mes techniques. Il faut que je les monétise.

Si quelqu'un veut écrire des punchlines laconiques, précises et qui vont droit au but, je suis disponible pour répondre à vos invitations.

54:01
Présentateur

Voilà. Normalement, dans notre camp, on est partageux. Alors, je commence par les questions parce qu'il y en a beaucoup. Et puis, alors, je commence. Salut Medine, est-ce que tu travailles sur un nouvel album ? Première question.

54:16
Invité

En fait, je ne cesse jamais de travailler sur un nouvel album. Et d'ailleurs, le meilleur album, c'est toujours celui qui n'est pas encore sorti pour moi.

54:28
Présentateur

Ensuite, quelqu'un te pose la question, OM ou PSG ?

54:32
Invité

Waouh !

54:33
Présentateur

Le Havre ! Alors, Medine, que pourrait-on faire et qu'est-ce qui reste à améliorer ? Alors, tu as commencé à l'évoquer, mais à changer chez la gauche pour renouer le dialogue avec des gens et des milieux qui ne sont plus intéressés, voire dégoûtés de la politique.

54:52
Invité

Je crois qu'il faut qu'il faut qu'on fasse un travail mutuel, encore une fois, de déconstruction. De déconstruction sur le rapport qu'on a à l'autre et de ne pas, en fait, disqualifier l'autre. Je suis un artiste et les artistes sont très frileux à venir participer à ce genre de discussion parce qu'il y a une histoire en lien avec la gauche qui a longtemps utilisé la parole artistique, qui a longtemps récupéré la parole artistique.

Du coup, ça crée de la défiance parce qu'il ne s'agissait pas en fait de travailler vraiment avec les artistes pour construire une pensée, pour aller vraiment sur le terrain des mouvements sociaux, mais il s'agissait simplement d'inciter une jeunesse comme si toute la jeunesse était englobée dans le prisme artistique par un seul artiste, d'aller les inciter ou alors une consigne de vote. C'était un peu le rapport politique, artistique qui a longtemps rythmé le rapport des artistes avec la gauche.

Donc, on est très frileux, les artistes sont très frileux à avoir ne serait-ce qu'une interaction en pensant qu'elle va déboucher sur un véritable travail, une véritable ouverture sur les mouvements sociaux. C'est l'histoire que l'on se traîne. Mais justement, il faut sortir de ces constructions-là. La gauche est différente. les publics des artistes sont différents. Il y a des sensibilités différentes. Les artistes ont des sensibilités différentes aujourd'hui. Eh bien, dans cette pluralité, il faut qu'on trouve des espaces safe pour pouvoir le faire. C'est exactement ce que je fais en venant ici. Parce que je me sens dans un espace sécurisant.

Un espace qui me permet un espace qui ne me renvoie pas au simple fait que je sois un artiste et que je représente un électorat. Que je représente surtout des auditeurs et qu'on qualifie tous mes auditeurs de jeunes de quartier. C'est déjà insultant, en fait. Le rap est la musique la plus écoutée aujourd'hui. Elle touche toutes les couches de notre société. Le public et les auditeurs de rap sont divers aujourd'hui. Et ils sont capables d'exprimer leur sensibilité. Donc, je suis dans cette démarche de me décloisonner. Et je vous interroge aussi sur votre capacité à vous décloisonner et à nous offrir, à nous, artistes, des espaces sécurisants comme ces universités d'été.

Des espaces qui nous permettent de dialoguer, qui ne nous engagent pas à donner des consignes de vote, qui ne nous engagent pas, qui simplement sont des endroits intellectuels où on peut réfléchir ensemble sur des questions de société.

57:47
Présentateur

Merci, Médine. Et d'ailleurs, sur cette question, le questionnement que tu nous retournais légitimement dessus, aujourd'hui, c'est un espace qu'on a créé justement pour la discussion. Et j'espère qu'il y en aura beaucoup d'autres. Et notamment, on a la chance depuis cette année d'avoir l'Institut Labo ici qui permet de réfléchir et d'inviter que ça soit du géographe internationalement connu aux artistes, aux professeurs, à plein de gens, et qui justement offre des espaces comme ça où il n'y a pas de demande particulière qui est faite à chacun et à chacune de s'engager aux côtés de la France insoumise, mais qui permettent de réfléchir et de mettre en quelque sorte une intelligence en commun.

Et justement, tu parlais des grandes causes sur lesquelles il fallait penser ensemble. Il y a deux questions qui concernent l'écologie. Alors la première, je te la lis. Es-tu sensible aux luttes pour le climat et que penses-tu de la désobéissance civile comme stratégie d'action ? Et la deuxième qui va ensemble. Comment expliquer le peu d'engagement du rap pour les questions écolos en 2023 alors que le groupe Assassin le faisait déjà dans les années 90 ?

58:54
Invité

Assassin.

58:55
Présentateur

Assassin. Merci.

58:57
Invité

Est-ce que je suis sensible aux questions d'écologie ? J'ai l'impression que ça s'impose à nous encore une fois comme le sujet sur la réforme des retraites. Ce sont des sujets qui s'imposent à nous et il ne s'agit pas de savoir si j'y suis sensible ou pas. Il s'agit de trouver une réponse concrète ou plutôt une action concrète qui vient de la société civile selon moi à aborder les questions climatiques à aborder les questions qui sont liées à l'écologie venant de la société civile et de ne pas attendre une réponse politique à ces questions-là. Je donne un exemple qui vaut ce qu'il vaut.

Mon frère qui est éducateur sportif mène des actions dans les quartiers du Havre un en particulier qui s'appelle le Bois de Bléville ils ont mené une action de façon autonome de façon spontanée dans leur propre quartier du Bois de Bléville où ils ont mené la campagne Nettoie ta street.

Il s'agissait en fait de cliner l'environnement de dépolluer le quartier des encombrants parce qu'il y a une espèce de mécanique longue à se mettre en place pour pouvoir justement sortir les encombrants là du quartier pour que leur espace de vie soit un espace de vie respectable un espace de vie dans lequel ils se trouvent où il fait bon vivre où ils aiment vivre dans cet espace malgré les questions de précarité malgré les questions d'injustice sociale et cette démarche est spontanée et vient de la part des jeunes qui se sont mis dans cette dynamique là eux-mêmes et n'ont pas attendu que quelqu'un vienne leur donner la main vienne leur dire comment faire pour être dans une démarche et une logique écologique pour leur environnement c'est ce en quoi je crois ce sont des démarches qui viennent de la société civile et non pas dans une espèce d'écologisme moral lointain qui vise à donner des conseils qui vise à donner des injonctions et culpabilise la société alors que nous sommes capables nous-mêmes à notre échelle de nous mettre en marche pour en faveur de ces questions écologiques

1:01:14
Présentateur

d'autant que ils culpabilisent plein de gens notamment les plus pauvres de ce pays alors qu'on sait que c'est d'abord et avant tout une organisation de notre modèle économique total et autre Monsanto je disais moi j'ai souvent l'habitude de dire Monsanto personne n'a jamais décidé qu'ils avaient le droit de nous empoisonner toutes et tous on n'a jamais voté ça ni vous ni moi ni personne et en quelque sorte on continue avec des gens à qui on donne pour le coup des permis de tuer et des multinationales qu'on laisse continuer pour le profit et donc ça aussi ça implique des changements qui alors il y a des changements individuels mais qui sont surtout des changements collectifs et je pense que la majorité sociale du pays est très prête à le faire et ce qu'il faut combattre c'est d'abord et avant tout les multinationales qui nous tuent notre avenir alors il y a Antoine 11 ans qui te pose une question vous avez commencé à quel âge le rap

1:02:05
Invité

je suis né quasiment avec cette musique du coup j'ai commencé le rap en étant auditeur pour moi à partir du moment où est-ce que tu deviens auditeur tu appartiens à une culture tu appartiens à un mouvement et tu t'inscris forcément dans une dynamique culturelle importante qui a fini par dépasser tout le monde parce que comme je le disais à plusieurs reprises c'est la musique la plus écoutée aujourd'hui mais j'ai commencé très tôt en tant qu'auditeur j'étais enfant avec les premières émissions que les quarantenaires peuvent connaître Sydney HIP HOP il n'y a pas beaucoup de vieux

1:02:47
Présentateur

on est l'avenir

1:02:49
Invité

on est peu nous sommes peu après j'ai commencé à écrire vraiment j'avais l'âge de 12-13 ans à peu près

1:02:59
Présentateur

ok merci alors Médine vous bousculez je vais y arriver l'intelligentsia médiatico-politique qui depuis des années impose dans le débat la vision du musulman qui serait rétrograde misogyne et violent à contrario vous vous inscrivez dans un ensemble de luttes sociétales avec des gros guillemets puisque on ne fait pas trop la distinction on dit que c'est aussi des luttes sociales droit des femmes des LGBT contre l'antisémitisme etc comment vous voyez l'articulation de toutes ces luttes ensemble et en lien avec les autres luttes sociales merci

1:03:29
Invité

mon discours depuis longtemps a toujours c'est toujours confronté à la réalité des discriminations qui étaient vécues par d'autres frères et sœurs de douleur c'est comme ça que je les appelle aujourd'hui parce que comprendre que les mécanismes de discrimination de racisme de violence qui s'exercent contre soi c'est toujours plus simple que de comprendre lorsqu'ils sont appliqués sur d'autres milieux sur d'autres groupes et au fur et à mesure de ma carrière j'ai mis du temps à le comprendre pourquoi ?

parce que c'est toujours compliqué de sortir de son milieu et de rencontrer des personnes différentes grâce au rap grâce à cette musique j'ai eu la chance de rencontrer des gens différents cette musique m'a amené à voyager à rencontrer des gens à rencontrer d'autres groupes et j'ai entendu les récits des gens j'ai entendu les récits des gens différents qui ne venaient pas de mon milieu social et j'ai vu qu'ils avaient les mêmes problématiques ils avaient la même violence qui s'exerçait sur leur sensibilité qu'elle soit religieuse de leur appartenance ethnique mais aussi sur leur genre aussi sur leur orientation sexuelle et du coup ma logique c'est j'ai rien inventé encore une fois comme certaines punchlines que je reprends et que je réutilise c'est de m'inscrire après tant d'années de rencontres après tant d'années de travail sur les mécanismes qui s'exercent sur les populations musulmanes et qui tentent de les exclure du reste de la société ma démarche c'est de comprendre la douleur des autres et surtout de la faire converger d'une espèce de convergence de ces douleurs d'une espèce de convergence de lutte face à la convergence des haines la convergence de ceux qui s'organisent de ceux qui s'organisent pour disqualifier discréditer toutes les toutes les parties de la société qui ne correspondent pas à leur idéologie rétrograde aujourd'hui mon discours est celui-ci c'est cette violence qui s'exerce sur les populations musulmanes sur les jeunes de banlieue sur les jeunes issus de l'immigration sur les racisés et bien il faut la combattre de la même façon que cette violence qui s'exerce sur les populations LGBTQIA plus de la même façon qui s'exerce sur les féministes de la même façon de cette violence qui s'exerce sur les mouvements sociaux je ne fais pas de distinction et je veux je cherche des partenaires activement pour lutter contre ces mécanismes

1:06:17
Présentateur

autre question Médine alors quel est ton top 3 des rappeurs français du moment ça ça doit être dur et autre question complémentaire qu'est-ce que tu penses du rap français en ce moment

1:06:39
Invité

waouh c'est une autre conférence c'est dans le chapiteau d'à côté je crois en vrai il faut faire une contre soirée il faut faire un after pour parler de ça mais ce que je pense de cette musique j'adore parler de cette musique du coup j'ai envie de monopoliser la parole longtemps et parler que de ce sujet là maintenant cette musique est salvatrice cette musique m'a sauvé et elle peut vous sauver cette musique gagne à être connue gagne à être comprise et j'ai pas envie de parler de de rap à travers ma déformation professionnelle de rappeur j'ai surtout envie que tout le monde la comprenne j'ai surtout envie d'interroger le regard de ceux qui n'écoutent pas de rap et qui ont peut-être un avis sur cette musique peut-être même un jugement sur cette musique d'interroger le regard et de leur capacité à faire un effort de compréhension de cette musique à comprendre ses codes à comprendre son esthétique pour aller au fond du propos parce qu'en réalité ce dont le rap est victime souvent ce dont le rap à quoi il est renvoyé comme étant une musique violente et bien je ne peux pas m'empêcher d'avoir la même analyse sur le terrain sociologique on renvoie les rappeurs à prétendument ce qu'ils sont ou ce qu'ils seraient de la même façon qu'on renvoie les jeunes de banlieue à prétendument ce qu'ils sont ou ce qu'ils seraient parce que nous n'avons pas la capacité nous observateurs de déconstruire notre propre regard celui que l'on porte sur cette musique comme celui que l'on porte sur des milieux avec lesquels on n'a pas d'interaction je veux que les regards changent sur cette musique et que tout le monde fasse un effort de comprendre l'esthétique de cette musique les codes pour mieux aborder le propos final de cette musique voilà et je

1:08:48
Présentateur

joker sur les trois rappeurs

1:08:49
Invité

les trois rappeurs du moment

1:08:52
Présentateur

ouais c'est la question

1:08:54
Invité

en vrai je crois que je vais botter fort en touche

1:08:58
Présentateur

alors ensuite autre question je ne suis pas partageur qui peut-être est difficile alors c'est arrivé sur deux papiers donc je te la pose la mairie du Havre c'est pour quand ? première question et ensuite deuxième question comment as-tu c'est pas vrai

1:09:17
Invité

c'était pas écrit ça c'est toi qui as écrit cette question

1:09:19
Présentateur

regarde c'est pas mon écriture et deuxième question comment as-tu vécu LV qui t'a lâché slash paternalisé dans les médias ton objectif politique c'est de devenir maire du coup avec ou sans parti

1:09:33
Invité

la bagarre pour la fin c'est écrit en rouge

1:09:38
Présentateur

orange ça va

1:09:40
Invité

fallait écrire en vert cette question la mairie du Havre mais moi j'ai une action politique au Havre depuis longtemps il ne s'agit pas de savoir qui va porter le projet politique ou pas ma préoccupation c'est de savoir si mes enfants vont aller dans des écoles avec une meilleure considération pour la profession avec des écoles qui sont des établissements et des infrastructures fiables avec qui vont manger correctement à la cantine de savoir quelle est la politique sportive pour mon club de boxe en tant que président c'est des préoccupations que j'ai est-ce que j'ai besoin d'un appareil politique pour pouvoir porter ces idées et ces préoccupations pour l'instant ça n'est pas à l'ordre du jour je vais continuer mon action sur le terrain comme je le fais vous voulez me faire dire un truc que j'ai pas envie de dire

1:10:41
Présentateur

tu dis ce que tu veux

1:10:43
Invité

je sens dans les yeux il y a des attentistes j'ai pas prévu de m'insérer dans un appareil politique ou un autre pour pouvoir le faire je crois que les appareils politiques ont tout intérêt à me consulter en tant qu'expert et ont tout intérêt à consulter la société civile en tant que personne plus compétente que eux sur un bon nombre de questions

1:11:15
Présentateur

c'est vrai que

1:11:24
Invité

dans cette séquence il y a eu des attitudes déplacées de la part de gens qui m'ont invité et ça n'a pas été simple pour moi de les encaisser parce que quand on est invité à un anniversaire et qu'il y a tati machin qui veut pas qui veut plus que tu viennes parce qu'elle s'est fait mettre la pression par quelqu'un d'autre j'ai envie de dire c'est le plus gêné qui s'en va et moi moi personne personnellement je me suis pas défilé j'ai été à l'anniversaire j'ai dit ce que j'avais à dire je suis resté à la fête et ça m'a aussi interrogé sur ma capacité ma capacité à dépasser les considérations des uns et des autres à dépasser peut-être les critiques et les attaques pour porter un propos et de ne pas se laisser intimider encore une fois c'est pas parce que c'est pas parce que il y a une personne ou deux qui ne souhaitent pas nous entendre ou qui pensent que c'était une erreur que qu'on m'invite que les militants sur le terrain étaient d'accord avec ces personnes et précisément c'était l'inverse j'étais accueilli de façon respectable chaleureusement quand je me suis présenté aux universités d'été d'Europe Ecologie Les Verts par les militants et c'est le plus important c'est ce qui m'intéresse

1:12:51
Présentateur

il reste deux questions pour toi et une question pour moi alors question pour toi en quoi tes origines algériennes et l'histoire de l'Algérie ont-elles influencé tes combats ?

1:13:08
Invité

il y a des déserts dans la salle j'ai entendu en quoi ça a influencé mes combats et bien souvent quand je parle de mes origines algériennes j'en parle toujours de façon à travers à travers comment dire une période de l'Algérie à laquelle je me suis sensibilisé et qui a pour moi son sens aujourd'hui c'est cette fameuse période de post-indépendance 64 71 à peu près une période où l'Algérie était la mecque des révolutionnaires c'est une période qui m'a beaucoup touché et c'est de cette façon là que je me sens algérien c'est une c'est une période qui convergeait contre l'impérialisme c'est une période qui convergeait contre le capitalisme c'est une période qui accueillait toutes les sensibilités révolutionnaires et qui faisait d'Alger un endroit central névralgique pour porter les causes et les luttes des damnés de la terre et c'est de cette façon là que je me sens algérien du coup ça imprègne mon travail artistique ça imprègne mon cheminement politique aujourd'hui parce que c'est de cette façon là que je milite sur le terrain c'est dans un esprit de convergence comme Alger la mecque des révolutionnaires de de 64 à 71 c'est de cette façon là que je me sens algérien et de cette façon là que je milite aussi aujourd'hui dans dans une logique de convergence

1:14:56
Présentateur

alors ensuite il y avait une question pour moi sur quels sont les artistes qui t'inspirent et t'alimentent politiquement alors je vais reprendre ceux que j'ai cité à l'assemblée j'ai cité Medine j'ai cité Kenny Arcana madame la marquise écoutez cette chanson j'ai cité Gaëlle Fay qui a fait des textes très poétiques j'ai cité Kerry James et j'adore écouter la chanson Rakaï quand j'arrive à l'assemblée et puis après il y en a beaucoup d'autres que j'écoute et en tout cas pour moi la musique c'est très important dans l'énergie aussi que ça donne et que ça permet de transmettre et qui me fait vibrer voilà je vais rester là dessus et alors la dernière question a été pour toi Medine est-ce que t'as le droit de renvoyer à ce soir mais est-ce que tu peux chanter une chanson

1:15:44
Invité

et il y a un concert juste après cette rencontre pourquoi vous voulez spoiler le concert qui va avoir lieu dans quelques heures maintenant je suis pas Medine France quand je vois les étudiants devant le Crous faire la queue pour obtenir la moitié d'un casse-croûte encore un texte qu'on vilipande ça faisait longtemps normal que je prenne les premiers coups si je suis toujours en avance sur mon temps je suis pas Medine Algérie des généraux un seul héros c'est le peuple et y'aura jamais à changer les rôles je me sens algérien comme ceux qui ne l'étaient pas à la base Jacques Vergès France Fanon et la grand-mère d'Edith Piaf à ce soir

1:16:40
Présentateur

merci infiniment Medine

1:16:57
Invité

avec plaisir Mathilde merci merci pour votre accueil

1:17:00
Présentateur

échange à poursuivre et donc ce soir vous l'aurez compris il y aura un concert de Medine donc venez-y nombreux et nombreuses et surtout le 23 septembre il y a une convergence inédite d'organisations politiques associatives syndicales et de collectifs qui marcheront contre le racisme systémique dans la police contre les violences sociales pertes publiques donc il faudra qu'on y soit très nombreux et nombreuses et qu'on réponde ça partout et Medine les derniers mots seront les tiens parce que je trouve que ça correspond bien à la séquence je vais d'abord te citer tu pourras dire après ta conclusion ce qui ne brise pas ton dos te rend plus fort a plus forte raison si tu fournis l'effort remue la terre et l'épreuve se déterre à l'école de la vie où tu mors la poussière vainqueur et le regard et le coeur à l'ouvrage merci infiniment Medine

1:17:58
Invité

merci à tous