François Hommeril : "Le gouvernement a ouvert la trappe à bas salaires"
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Chapitres
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Questions et réponses
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Que vous êtes-vous dit avec le Premier ministre ? Est-ce que tout s'annonce bien pour la rentrée sociale ?
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Pas le vôtre, pourquoi ?
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Vous êtes prêts à redescendre dans la rue, mais pour le moment, statu quo, c'est ça ?
- 2:19OuverteRéponse directe
Alors pour le moment, la grande question de la rentrée, c'est est-ce que les entreprises vont jouer le jeu et augmenter les salaires ?
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Donc vous n'y croyez pas à la hausse des salaires ?
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Et j'ai vu sur votre compte Twitter, vous dites ce chiffre, c'est une fable. Pourquoi ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:55Invité politiqueChiffre
« Il a dépensé, il a consacré énormément d'argent public à supprimer, à exonérer les cotisations et les contributions sur les très bas salaires. »
- 3:22Invité politiqueFait
« on a ouvert encore plus grand cette trappe. »
- 4:41Invité politiqueChiffre
« il y a 300 000 emplois non pourvus, un peu plus, un peu moins, mais c'est vrai depuis des années, ça a toujours été le cas. »
- 4:49Invité politiqueFait
« Ces emplois-là, ce sont des emplois qui ne sont pas des emplois décents au sens de l'OIT. »
- 5:11Invité politiqueChiffre
« il y a à peu près 8 millions de personnes sans emploi, il y a un peu moins de 6 millions de personnes qui sont inscrites à Pôle emploi »
Temps de parole
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Syndicats et patronats vont continuer à défiler aujourd'hui dans le bureau de Jean Castex pour parler de l'agenda social et des dernières réformes du quinquennat, notamment celle des retraites. Bonjour François Omryl. Bonjour. Vous êtes le président de la CFE-CGC, c'est la centrale des cadres. Vous, vous aviez rendez-vous hier soir, la rencontre a duré un peu plus d'une heure. Que vous êtes-vous dit avec le Premier ministre ? Est-ce que tout s'annonce bien pour la rentrée sociale ?
Non, tout ne s'annonce pas bien, mais il y a des choses qui sont quand même assez positives. Le Premier ministre a réaffirmé la nécessité d'avoir un dialogue vif, constant, ouvert avec les syndicats. Il nous a même dit, avec vous j'ai un dialogue plus franc, plus enraciné dans la réalité, ça me change un peu des politiques. Bon, c'est une petite phrase, mais je la crois assez sincère. Malheureusement, il a ses marges de malheur. Sur certains sujets, elles sont assez limitées, donc il y a des sujets sur lesquels, je crois, on a matière à bien travailler ensemble. Il y a d'autres sujets sur lesquels on a des profonds désaccords, c'est vrai.
Plusieurs syndicats, à propos de cette rentrée, ont appelé à une journée de manifestation le 5 octobre, pour la défense notamment des salaires, des conditions de travail, des emplois aussi. Pas le vôtre, pourquoi ?
Vous savez, ce n'est pas trop le truc de la CFE-CGC que d'appeler, de mobiliser les gens. C'est difficile de mobiliser les gens sur des choses qui sont trop globales. Voilà, nous, ce qu'on aime bien, ce qu'on sait faire, c'est mobiliser nos militants quand il y a un sujet précis sur lequel il y a vraiment matière à développer, un rapport de force important. Ça a été le cas sur les retraites depuis deux ans, notamment au mois de décembre et au mois de janvier 2020, où là, on s'est joint à l'intersyndical contre la réforme prévue des retraites. Il y avait un motif, on avait des arguments très précis à faire valoir, à développer.
Donc là, on s'est joint au mouvement, mais on essaye de ne pas trop se diluer dans des mouvements dont on peut imaginer qu'ils ne produisent pas beaucoup d'effets.
Donc là, vous attendez de voir si la réforme des retraites revient éventuellement ou pas. Vous êtes prêts à redescendre dans la rue, mais pour le moment, statu quo, c'est ça ?
Écoutez, si le sujet de la retraite revient sur la table, c'est très clair. Moi, je l'ai signifié hier au Premier ministre. Nous, on ne participera pas à des concertations sous la forme de ce qui a déjà existé, où on nous écoute sans en tenir compte, alors que sur la question des retraites, on a un désaccord profond sur le scénario de base.
Alors pour le moment, la grande question de la rentrée, c'est est-ce que les entreprises vont jouer le jeu et augmenter les salaires ? La croissance est de retour et le gouvernement aimeraient bien que les salariés en profitent. C'est le bon moment pour demander une augmentation à son patron ?
C'est toujours le moment de demander une augmentation. Par définition, elle est souvent justifiée. Le gouvernement, il est confronté à un problème. D'abord, ce n'est pas lui qui agit sur l'augmentation des salaires. C'est lui qui a agi depuis plusieurs années sur la diminution de ce que représente en termes de coût le salaire. Puisque le gouvernement a agi, nous, on pense qu'il a mal agi. Il a dépensé, il a consacré énormément d'argent public à supprimer, à exonérer les cotisations et les contributions sur les très bas salaires. Donc ces politiques-là, elles ont ouvert très très grand ce qu'on appelle la trappe à bas salaires.
Et d'ailleurs, au passage, avec l'intégration du CICE en baisse de charges pérenne, comme on dit, c'est le slogan consacré, notamment par la suppression de la cotisation à l'assurance chômage pour les bas salaires, on a ouvert encore plus grand cette trappe. Et donc aujourd'hui, les employeurs, ils viennent vous dire, mais moi, je ne peux pas augmenter les salaires parce que quelqu'un aujourd'hui qui est au SMIC plus epsilon, si j'augmente son salaire, ça va me coûter cinq fois plus que ce que lui, il va toucher. Ben oui, c'est vrai.
Parce qu'en fait, on a tellement, tellement défiscalisé et désocialisé les bas salaires, qu'aujourd'hui, ça devient très très difficile et c'est très coûteux de sortir les gens de cette trappe-là.
Donc vous n'y croyez pas à la hausse des salaires ?
Si vous voulez, ça veut dire que ces politiques-là d'incitation finalement aux bas salaires, ça revient à ça, elles n'ont pas tellement produit d'effet en termes d'emploi parce qu'elles n'ont pas empêché les délocalisations et elles ont créé cette espèce d'espace immense dans lequel il est très difficile de sortir les gens. Par contre, effectivement, la pression, et notamment dans la négociation et dans certaines branches, la pression, elle va être très forte, surtout dans un contexte dans lequel, quand même, on nous annonce une inflation qui reviendrait à deux ou trois pour cent. Là, la pression sur les augmentations générales, elle va être très très forte et il faudra y répondre.
Vous dites effectivement dans certains secteurs, puisque c'est dans les secteurs où il y a des difficultés de recrutement, notamment que le gouvernement demande aux entreprises d'augmenter les salaires. les entreprises disent qu'elles ont du mal à embaucher, notamment qu'il y a 300 000 emplois non pourvus. Et j'ai vu sur votre compte Twitter, vous dites ce chiffre, c'est une fable. Pourquoi ?
C'est une fable, c'est vrai, c'est vrai, il y a 300 000 emplois non pourvus, un peu plus, un peu moins, mais c'est vrai depuis des années, ça a toujours été le cas. Ces emplois-là, ce sont des emplois qui ne sont pas des emplois décents au sens de l'OIT. Ce sont des emplois mal payés, mal considérés, conditions de travail difficiles, souvent dans des zones pour lesquelles c'est cher de se loger, c'est difficile d'accéder, etc. Dit autrement, ce sont des emplois dont les gens ne veulent pas. Et alors, c'est quoi le problème ?
Il faut forcer les gens à occuper des emplois qui ne sont pas corrects, d'une certaine façon, alors qu'aujourd'hui, il y a à peu près 8 millions de personnes sans emploi, il y a un peu moins de 6 millions de personnes qui sont inscrites à Pôle emploi, quand même, vous pourvoyez ces emplois, il en reste quand même plus de 5 millions qui n'ont pas d'emploi et qui en demandent et qui en recherchent activement. Donc, si vous voulez, c'est une question, c'est l'arbre qui cache la forêt.
Et, par ailleurs, plutôt que de dire, il faut forcer, il faut pousser les gens sur ces emplois-là, moi, je ne suis pas d'accord, il faut développer les moyens, donner les moyens à ces secteurs-là, de les rendre attractifs. Donc, on a pas mal d'exemples d'autres secteurs, notamment le secteur du nettoyage, de la propreté, dans lequel, il y a 20 ans, on nous racontait, même peut-être un peu plus longtemps, plus personne ne veut y aller. Eh bien, on a créé les moyens de rendre ce secteur attractif et aujourd'hui, on a beaucoup moins de problèmes d'embauche dans ces secteurs-là. Là où, aujourd'hui, on n'arrive pas à embaucher, il faut développer les moyens pour rendre ces secteurs attractifs.
Une dernière question, François Omry, là, on a évoqué tout à l'heure la réforme des retraites, il y a la réforme de l'assurance-chômage aussi qui doit entrer en vigueur le mois prochain. Et pour vous, quelles sont les priorités de cette rentrée et de l'année à venir avant la présidentielle ?
La priorité, c'est de restaurer un climat de confiance. Alors, évidemment, on est dans une période qui n'est pas très propice, parce qu'on est dans une période préélectorale dans laquelle, ça y est, la course à l'échalote est lancée. Tout le monde y va de son slogan, tout le monde va révolutionner les choses, alors qui en supprimant des fonctionnaires, qui en réduisant ce qu'on appelle les charges, etc. Bon, tout ça, c'est quand même un peu anxiogène. En plus, on n'est pas sorti de la crise sanitaire. La priorité, c'est de se concentrer sur les objectifs et effectivement de regarder en matière de relance économique ce sur quoi il faut cibler les soutiens, les aides.
Nous, on considère que la priorité, ce n'est pas forcément le court terme, ça paraît un peu paradoxal, mais il y a des priorités de soutien dans un pays comme la France. On pense que le soutien au haut niveau, à la recherche, au développement, aux compétences de haut niveau n'est pas suffisant et qu'il faut quelque part un peu remettre les choses dans le bon ordre.
Merci beaucoup François Meryl, président de la CFE-CGC. Vous étiez l'invité du 5-7.