Dominique Pélicot : les ratés de la justice - C dans l’air - l’invité - 05.05.2025
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Chapitres
Questions et réponses
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- 0:15OuverteRéponse directe
Pourquoi D.Pelicot n'a-t-il pas été interpellé en novembre 2010 ?
- 1:30OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui a dysfonctionné dans cette affaire ?
- 3:00OuverteRéponse directe
Quels autres dysfonctionnements judiciaires avez-vous identifiés ?
- 4:30OuverteRéponse directe
Pourquoi ces connexions entre enquêtes n'ont-elles pas été faites ?
- 6:00OuverteRéponse directe
Faut-il des profils particuliers d'enquêteurs pour ce genre d'affaires ?
- 7:30OuverteRéponse directe
Vous parlez de l'affaire N.Lelandais, pourquoi cette comparaison ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:00L.ValdiguiéFait
« D.Pelicot aurait dû être arrêté le 10 novembre 2010. »
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sur France Télévisions. A demain. ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue. C'est un livre Qui met en colère, qu'on ne lâche pas et qui met en lumière des dysfonctionnements de la police, de la justice. Une enquête fouillée et passionnante dans laquelle on découvre que, si tout avait bien fonctionné, G.Pelicot n'aurait pas vécu le calvaire qu'elle a traversé.
Je reçois L.Valdiguié, bonsoir. Vous êtes l'auteur de "Fétiche 45: les autres vies de Dominique Pélicot".
Vous êtes grand reporter pour le magazine "Marianne". On commence avec une date que vous connaissez par coeur, le 12 janvier 2022. Une juge se rend compte que D.Pelicot aurait dû être interpellé en novembre 2010.
Pourquoi? - L.Valdiguié: Elle s'appelle Nathalie Turquey.
D.Pelicot a arrêté presque 2 ans avant, à Carpentras. Elle a demandé à la brigade criminelle de vérifier une affaire dont elle ne s'est pas encore saisi, une tentative de viol d'une jeune agent immobilier à Villeparisis en 1999.
La brigade criminelle pianote sur le fichier de recherche des empreintes génétiques et découvre avec stupeur, il n'y a pas d'autres mots...
La juge l'a écrit, d'ailleurs. L'auteur de cette tentative de viol a été identifié formellement, déjà, depuis 12 ans. D.Pelicot aurait dû être arrêté le 10 novembre 2010.
Le fichier a dit que c'était lui qui avait commis cette tentative de viol. La juge est choquée mais également consternée. Elle écrit "très urgent" en gras, au procureur de Meaux, en invoquant l'article 40, qui est la massue des fonctionnaires pour dire "agissez tout de suite." Et il ne s'est rien passé. - C.Roux: Qu'est-ce qui a dysfonctionné? - L.Valdiguié: On ne le sait pas.
Quand j'ai découvert tout ça en fouillant dans les vieux dossiers, j'ai écrit au procureur de Meaux. L'actuel, il n'était pas là à l'époque...
Il est tombé de l'armoire. Il m'a lui-même dit qu'il allait se renseigner, que ce que je lui disais était forcément faux. Ca a fait son chemin, et de fil en aiguille, on m'a dit d'écrire au ministre.
J'ai écrit à G.Darmanin pour lui faire la liste de tous les dysfonctionnements judiciaires et policiers des affaires Pelicot. Le point de départ de mon livre, c'est Pelicot avant Pelicot.
Je me suis intéressé à la vie de D.Pelicot avant l'affaire de Mazan. Il y a plein d'énigmes. - C.Roux: Et G.Darmanin, à qui vous avez écrit, a ordonné une inspection sur ces dysfonctionnements judiciaires.
Il y a d'autres dysfonctionnements qu'on découvre dans ce livre, concernant une affaire qui n'est pas rattachée à D.Pelicot mais avec des similitudes dans le process. Une affaire de viol et de meurtre sur une jeune femme appelée Sophie.
Il y a des scellés, des écouvillons, du sperme de l'auteur des faits, un pull, et tout ça disparaît dans la nature. - L.Valdiguié: Il n'y a pas de trace ADN le mettant formellement en cause.
En 2010, quand il est identifié pour la tentative de viol de 1999, les choses étaient plus proches. Ca aurait tout changé qu'il soit interpellé à ce moment-là. La brigade criminelle, il leur faut des années pour se rendre compte de ça, mais en 1999 et en 1991, ces deux jeunes agents immobiliers à qui un faux client donne rendez-vous sous un faux nom, une fausse identité, un faux numéro de téléphone...
Dans les 2 cas il a des cordelettes, cutters ou un couteau, et de l'éther. Cet endormissement a les l'éther, c'est singulier. - C.Roux: Ca non plus, ça ne déclenche rien.
Vous révélez aussi l'agression d'une jeune fille de 12 ans. Elle rentre chez elle, il y a un électricien. On sait que c'est la profession de D.Pelicot à l'époque.
Il y a encore une fois de l'éther. Et il n'y a jamais, dans un fichier, quelque chose qui passe au rouge, pour se dire qu'on est peut-être confronté à la même personne, très méticuleux? Toujours la même façon de ranger les chaussures de la victime, très méticuleusement... - L.Valdiguié: La brigade criminelle fait un travail de titan.
Il n'y a pas de doute. L'auteur a donné un faux nom. Avec un faux numéro de téléphone, un faux nom, ils se rendent compte que ça correspond à des vrais gens.
Tous ces gens sont réquisitionnés, gardés à vue...
Heureusement pour eux, ils ont tout un bon alibi. Ils vont ensuite soupçonner l'employeur de Sophie Narme. Il y a de la casse dans tous les sens.
Malgré ça, ils cherchent des agressions à l'éther...
Il y en a eu au moins 2. Il y en a une à Paris, l'autre en région parisienne. Avec le découpage de la police, la préfecture de police de Paris, la PJ de Versailles, les connexions ne se font pas. - C.Roux: Pourquoi?
Qu'est-ce que vous identifiez comme dysfonctionnements, notamment dans la manière d'attribuer des enquêtes? Vous dites que sur ce genre d'enquête, il faudrait des profils particuliers d'enquêteurs? - L.Valdiguié: Un policier m'a appelé pas plus tard que ce matin pour me dire qu'il avait lu mon livre.
Et il m'a dit: "C'est vieux comme les écoles de police. Il y a toujours la thèse A et la thèse B. La BAC arrête en flagrant délit un voleur d'autoradio avec 3 autoradios dans sa sacoche.
Soit on l'envoie en flagrant délit tout de suite, soit on perquisitionne chez lui...
Et une perquisition, ça fait d'autres enquêtes, ça prend du temps. Mais c'est à ce prix qu'on peut arrêter les agresseurs en série. On a un trou dans la raquette sur tout ce qui est crime sériel. - C.Roux: Vous en parlez très bien.
Vous parlez aussi de l'affaire N.Lelandais, qui découpe une mèche de cheveux sur la petite Maëlys. Vous dites que ce n'est pas n'importe qui, qui fait cela...
C'est l'auteur d'un crime qui veut savourer, revenir sur ce qu'il a fait. Vous rendez aussi hommage à un homme. Sans lui, D.Pelicot aurait peut-être continué de commettre des méfaits.
Il s'appelle Laurent Perret, il est sous-brigadier. - L.Valdiguié: C'est un génie de la police.
La brigade criminelle a passé des milliers d'heures à enquêter en vain. Lui, il est sous-brigadier à Carpentras. Ce monsieur de 59 ans, qui fait ça pour la 1re fois, qui pleurniche déjà en disant qu'il a eu une pulsion, qui fait tout pour se faire excuser...
Il a l'intuition qu'il faut creuser. Et il creuse. Il regarde son téléphone.
Evidemment, il n'y a pas de réseau dans le commissariat, il doit se pencher pour rattraper le wi-fi de la mairie. Il a l'intuition qu'il faut creuser. Ils font une première perquisition chez lui.
Il ouvre son ordinateur et il se rend compte qu'il y a des photos, que D.Pelicot ment... - C.Roux: D.Pelicot se présente comme un homme bien, qui exagère un peu en regardant sous les jupes des filles...
Mais il faut juste l'entendre pour être sûr qu'il lui ment les yeux dans les yeux. - L.Valdiguié: Et il le fait en disant qu'il n'utilise pas les réseaux sociaux.
Il ment aussi pendant 18 mois, car D.Pelicot a déjà été arrêté en 2010, 10 ans avant. Il ne s'était rien passé.
Il avait eu 100 euros d'amende. Dans un centre commercial, il avait photographié sous les jupes de femmes. A l'époque, le délit de voyeurisme n'existait pas encore.
Laurent Perret, il lui demande ce qu'est cette infraction de 2010. Et D.Pelicot, il dit que ça ne lui dit rien du tout...
Il faudra 18 mois au parquet de Meaux...
Ca aussi, c'est un petit détail. Il faudra 18 mois au parquet de Meaux pour envoyer à Avignon la procédure qui montre qu'il avait déjà fait ça 10 ans avant. - C.Roux: Et c'est lui qui fait l'audition de G.Pelicot? - L.Valdiguié: Cette audition bouleversante, le 2 novembre.
Il ne connaît pas encore les noms des complices, mais il a tout compris. - C.Roux: Il demande à G.Pelicot de parler de son mari, de leur sexualité.
Elle ne sait pas ce qui l'attend. - L.Valdiguié: Elle ne comprend pas.
Lui est extrêmement gêné, d'ailleurs. Il va y aller tout doucement. - C.Roux: Il a été promu, décoré? - L.Valdiguié: A ma connaissance, non.
Quelqu'un du ministère de l'Intérieur me disait il n'y a pas longtemps qu'il faudrait quand même qu'on le décore. En tout cas, il fait l'unanimité. Il est l'honneur de la police française. - C.Roux: Il s'appelle Laurent Perret.
Vous parlez aussi de la période de 1987. D.Pelicot s'est aujourd'hui séparé de G.Pelicot.
Là, il y a tout un tas de disparitions. Vous dites qu'il faut repasser aujourd'hui, avec ce que l'on sait de D.Pelicot, sur cette période et ces disparitions, revoir les itinéraires de sa vie très heurtée. - L.Valdiguié: En remontant le fil de sa vie...
Une juge lui demande s'il a eu ses premières pulsions à 59 ans. Evidemment que non. Donc il faut remonter le fil.
Il y a une année charnière dans sa vie, c'est 1986-1987. Quand il se rend à la maternité pour la naissance de son 3e fils, une infirmière lui dit: "Vous venez de rater le papa." Il vient de perdre sa maman.
Il va se séparer de G.Pelicot pendant quelques mois en 1987. Ils vendent La maison.
C'est la seule maison dont ils sont propriétaires. S'il y a une année de rupture dans la vie de D.Pelicot, c'est 1987. - C.Roux: Sa fille, Caroline, dit qu'elle n'a plus de père.
Elle considère qu'il est un prédateur. Vous le pensez aussi? - L.Valdiguié: Rendez-vous compte du nombre de viols à domicile...
Pendant X années avant, il est à l'extérieur du domicile.
Gérald Darmanin