"Les vainqueurs sont LFI et le RN" qui "font une percée au détriment de LR et du PS", analyse Brice Teinturier
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Questions et réponses
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- 0:08OuverteRéponse partielle
Quels premiers enseignements peut-on tirer des résultats ?
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Est-ce qu'on assiste à une recomposition du paysage politique à un an des élections présidentielles ?
- 0:43OuverteRéponse directe
Qui sont pour vous ce matin les grands gagnants et les perdants de ce premier tour ?
- 1:19RelanceRéponse directe
La France Insoumise c'est la première fois qu'on dit ça pour des élections municipales.
- 2:05RelanceRéponse directe
Est-ce qu'on s'est collectivement peut-être trompé ou qu'on n'a pas vu qu'il y avait un décalage entre les sujets médiatiques à l'échelle nationale et ce qui était en train de se passer sur le terrain ?
- 3:25ComplaisanteRéponse directe
Votre regard à la fois de sondeur et de politologue, puisque ce qui est en train de se passer ce matin est très intéressant.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:12Invité politiqueFait
« les vainqueurs ce sont incontestablement à mes yeux, la France Insoumise et le Rassemblement National, tous les deux font une percée importante au détriment donc plutôt des LR et du PS. »
- 1:30Invité politiqueFait
« la France Insoumise ne présentait pas de liste la dernière fois, notamment, mais c'est incontestablement un succès, notamment dans les grandes villes. »
- 1:49Invité politiqueChiffre
« les 18-24 ans, ils s'abstiennent beaucoup plus que le reste de la population, comme d'habitude. Mais par rapport à la dernière fois, eux sont stables, alors que la participation a considérablement baissé. »
- 2:23Invité politiqueFait
« deux modèles d'élection municipale au sein de cette campagne et de ces municipales. Les villes de, en gros, moins de 30 000 et surtout moins de 10 000, qui représentent la moitié des Français, on est dans du classique. »
- 4:23Invité politiqueFait
« la France Insoumise, en raison de ses scores, met sous pression le PS. »
- 4:29Invité politiqueFait
« cette volonté de Jean-Luc Mélenchon d'abord de s'attaquer au Parti Socialiste, en tous les cas de faire une pression énorme sur lui, elle se vérifie et l'entre-deux-tours va être dominée par cette question. »
- 5:00Invité politiqueFait
« ils sont la plupart du temps réélus, et l'exemple emblématique, c'est Louis Alliot, évidemment, à Perpignan. »
- 5:47Invité politiqueChiffre
« Le bloc central, il est de toute façon très absent au niveau local. Il y a une quinzaine de villes qui étaient détenues par ce bloc central. »
- 6:56Invité politiqueFait
« Non, je ne dirais pas que c'est joué. Encore une fois, une élection après un premier tour peut mobiliser des électeurs, de nouveaux électeurs, donc il ne faut jamais dire qu'elle est jouée. »
- 7:20Invité politiqueChiffre
« Nous, on avait déjà, dans une de nos enquêtes, produit un écart très important. Là, il l'est encore plus. »
- 7:36Invité politiqueFait
« On ne peut pas l'exclure. D'abord, ça va dépendre de ce qui va se passer entre, effectivement, de Logu, la France Insoumise, et Benoît Payan. »
- 8:28Invité politiqueFait
« Ce qui s'est passé, c'est qu'on est effectivement parti, mais un mois avant le scrutin, il faut remettre aussi les dates en perspective, avec un très net avantage en faveur de Jean-Michel Aulas. »
- 9:09Invité politiqueFait
« l'abstention record, quand même, ça fait partie des grands enseignements de ce premier tour, elle est historique, on l'a souligné. »
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Et l'heure est donc venue de dresser le bilan de ce premier tour des élections municipales. Quels premiers enseignements peut-on tirer des résultats ? Est-ce qu'on assiste à une recomposition du paysage politique à un an des élections présidentielles ? Bonjour Brice Tinturier. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Politologue, directeur général délégué d'Ipsos BVA. Je rappelle à nos chers auditeurs qu'ils peuvent nous appeler et vous poser leurs questions au 0145 24 7000 et sur l'application Radio France. Brice Tinturier, vous avez sans doute entendu dans la matinale d'Inter François Hollande qui vous ont précédé avec Manuel Bompard, Jean-Philippe Tanguy.
Comme à chaque fois il y a une bataille du récit, qui sont pour vous ce matin les grands gagnants et les perdants de ce premier tour ?
D'abord il faut avoir en tête que le tour décisif c'est dimanche Pau-Saint. Ce n'était pas hier soir. Donc on a des résultats qui vont bouger, on a des dynamiques qui vont se mettre en place parce qu'il y aura des retraits, ça a déjà commencé, des fusions, etc. Malgré tout, les grands vainqueurs ce sont, je ne dirais pas de grands vainqueurs, mais les vainqueurs ce sont incontestablement à mes yeux, la France Insoumise et le Rassemblement National, tous les deux font une percée importante au détriment donc plutôt des LR et du PS.
La France Insoumise c'est la première fois qu'on dit ça pour des élections municipales.
Oui, alors c'est aussi parce que la France Insoumise ne présentait pas de liste la dernière fois, notamment, mais c'est incontestablement un succès, notamment dans les grandes villes. En fait la France Insoumise, ce qui est le plus remarquable, c'est qu'elle a réussi son pari de mobiliser une partie de la jeunesse et de mobiliser aussi des quartiers populaires, notamment à Saint-Denis, élection en sa faveur dès le premier tour. Et ça, c'était tout à fait incertain, c'était très difficile, ce sont des catégories très abstentionnistes.
Malgré tout, ce qu'on voit bien dans notre enquête, c'est que par exemple, les 18-24 ans, ils s'abstiennent beaucoup plus que le reste de la population, comme d'habitude. Mais par rapport à la dernière fois, eux sont stables, alors que la participation a considérablement baissé. Et ça, c'est le fruit en partie du travail de la France Insoumise.
Brice, est-ce que ça veut dire qu'on s'est collectivement peut-être trompé ou qu'on n'a pas vu qu'il y avait un décalage entre les sujets médiatiques à l'échelle nationale, les polémiques autour de Lyon, les soupçons d'antisémitisme et ce qui était en train de se passer sur le terrain ?
Alors oui, en partie, mais pardon, je n'ai cessé de souligner qu'on avait aussi, c'est le deuxième enseignement, deux modèles d'élection municipale au sein de cette campagne et de ces municipales. Les villes de, en gros, moins de 30 000 et surtout moins de 10 000, qui représentent la moitié des Français, on est dans du classique, où l'enjeu local est le principal levier, où les bilans perçus sont bons, où on renouvelle les maires sortants, etc. Et je disais, je n'ai cessé de dire, attention, il y a une autre mécanique à l'oeuvre dans les villes, notamment de plus de 100 000. Là, ce sont des mini-présidentiels hyper personnalisés et c'est là que la France Insoumise avait une fenêtre de tir.
On a probablement minimisé, ou pas assez vu, à quel point elle pouvait percer. On surveillait un certain nombre de villes, on voyait venir du Roubaix, du Saint-Denis, etc. Mais pas à ce niveau-là, ça c'est incontestable.
Parce que c'était quand même exactement la stratégie qu'a menée Jean-Luc Mélenchon. La France Insoumise a réussi à atteindre chacune des cibles qu'il s'était fixé.
Oui, moi je n'ai cessé, là encore, de dire que ce serait un petit laboratoire, un petit test de la pertinence de la stratégie de la France Insoumise. Et la réponse, c'est que la France Insoumise a plutôt réussi son coup.
Là, votre regard à la fois de sondeur et de politologue, puisque ce qui est en train de se passer ce matin est très intéressant. On apprend notamment qu'à Toulouse, des discussions sont en cours en vue d'une fusion. On rappelle ce qui s'est passé à Toulouse. En numéro 2, le candidat insoumis, François Picmal. En 3, François Brianson, le candidat socialiste, qui pendant toute la campagne a cessé de dire qu'il n'y aurait pas d'alliance avec la France Insoumise. Or là, il est derrière LFI et on se dirige vraisemblablement vers une fusion, ce que nous confirmaient à demi-mot tout à l'heure Manuel Bompard. Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que tout ce qui était dit avant, c'était du jeu politique qu'en fait, on oublie tout. Finalement, il n'y a plus suffisamment de différences entre LFI et LPS qui empêchent une telle fusion ?
Ça veut dire que face à une logique qui est une logique de est-ce qu'on gagne ou est-ce qu'on perd, et bien tout simplement, les acteurs à minima locaux sont prêts à s'unir malgré toutes les déclarations. Alors, à Toulouse, le candidat de la France Insoumise était considéré comme un candidat plutôt modéré au sein de la France Insoumise. Ça peut éventuellement aider. Mais ce qui se passe, c'est que la France Insoumise, en raison de ses scores, met sous pression le PS. Et c'est ça la nouvelle donne.
C'est que cette volonté de Jean-Luc Mélenchon d'abord de s'attaquer au Parti Socialiste, en tous les cas de faire une pression énorme sur lui, elle se vérifie et l'entre-deux-tours va être dominée par cette question.
Alors, au Rassemblement National, on disait 17 villes gagnées, Jean-Philippe Tanguy nous a dit 23, il me semble, ce matin, au premier tour. Ballotage favorable à Toulon, à Nice, on parle d'enracinement ce matin, c'est le mot juste ?
Dans les villes, en tous les cas, où le Rassemblement National était déjà sortant, il y en a peu, mais c'est quand même important, ils sont la plupart du temps réélus, et l'exemple emblématique, c'est Louis Alliot, évidemment, à Perpignan. Ce qui permet au Rassemblement National de dire, regardez, ça on s'y attendait aussi, là où nous sommes maires, et bien, et d'un beau nom, c'est massif, les électeurs nous apprécient. Et puis, il y a des conquêtes progressives. Ce n'est pas massif, mais c'est véritablement, d'abord une dynamique qui se confirme, et ensuite, une dynamique plutôt de progression.
Avant de parler, de prendre quelques exemples de grandes villes, pour que vous tentiez de nous dire ce qui va se passer dans les jours qui viennent, on a peu parlé du bloc central. Est-ce que ça veut dire qu'il n'y a rien à dire ? Est-ce que ça veut dire que la seule chose à dire, c'est qu'Edouard Philippe est en meilleure posture que ce qu'on pouvait envisager quand on voyait le sondage qui avait été fait au Havre ? Qu'est-ce qu'on peut dire des performances du bloc central ?
Le bloc central, il est de toute façon très absent au niveau local. Il y a une quinzaine de villes qui étaient détenues par ce bloc central. Donc, il a surtout cherché à éviter d'être très présent, à part le cas, évidemment, d'Edouard Philippe, qui était extrêmement important pour sa campagne présidentielle. Donc, il y a peu à dire, si ce n'est que le traditionnel vote sanction, quand il y a nationalisation de l'enjeu, ne pouvait pas fonctionner. Là aussi, ce sont des choses que nous avons beaucoup dites, en raison du fait qu'Emmanuel Macron ne peut pas se représenter et qu'il y a peu de sortants au niveau local, un vote sanction n'avait pas beaucoup de sens.
Et c'est pour ça, d'ailleurs, que la polarisation a pu se faire dans les grandes villes, mais plutôt au bénéfice soit du Rassemblement national, un peu moins dans les grandes villes, soit de la France insoumise, beaucoup dans les grandes villes.
Alors, les trois premières villes de France, justement, Paris, Marseille, Lyon, dans les trois cas, il y a du suspense, le second tour n'est pas joué. On va commencer par Paris, Emmanuel Grégoire, le candidat socialiste à 38%, plus haut que ce qu'on attendait. Contre-performance de Rachida Dati, est-ce que c'est joué à Paris ?
Non, je ne dirais pas que c'est joué. Encore une fois, une élection après un premier tour peut mobiliser des électeurs, de nouveaux électeurs, donc il ne faut jamais dire qu'elle est jouée, sauf si vous avez vraiment un des candidats qui est à 45 dès le premier tour. Donc il y a du suspense. Donc il y a de l'enjeu, il y a du suspense. L'avantage, malgré tout, et vous l'avez dit, est du côté d'Emmanuel Grégoire, parce que l'écart avec Rachida Dati est important. Nous, on avait déjà, dans une de nos enquêtes, produit un écart très important. Là, il l'est encore plus.
Sur le Marseille, on le disait, Benoît Payan, le maire sortant de gauche, et Franck Aliso, le candidat du Rassemblement National, sont dans un mouchoir de poche. Est-ce que la ville peut vraiment, dimanche prochain, basculer au Rassemblement National ?
On ne peut pas l'exclure. D'abord, ça va dépendre de ce qui va se passer entre, effectivement, de Logu, la France Insoumise, et Benoît Payan. Et puis, l'enjeu, et là, c'est pour l'instant une boîte noire, ce sont les voix qui se sont portées sur Martine Vassal, qui a fait un score extrêmement faible. Maintenant, pour le second tour, et même si elle se maintient, vous aurez des électeurs qui voteront utile. Alors, est-ce que pour eux, voter utile...
C'est faire front au Rassemblement National, ou au contraire, le soutenir face à Benoît Payan ?
Et c'est pour ça que s'il y a une fusion, quel que soit le terme, avec la France Insoumise et Benoît Payan, eh bien, ces électeurs de droite ont peut-être plus de mal à aller soutenir un Benoît Payan face à Franck Aliso.
Un petit mot de Lyon. Qu'est-ce qui s'est passé avec Jean-Michel Aulas, que vous donniez largement en tête, qui se retrouve finalement derrière Grégory Doucet, ou en tout cas très proche ? Qu'est-ce qui s'est passé ? C'est sa campagne qui n'a pas imprimé ?
Ah, je crois beaucoup. Ce qui s'est passé, c'est qu'on est effectivement parti, mais un mois avant le scrutin, il faut remettre aussi les dates en perspective, avec un très net avantage en faveur de Jean-Michel Aulas. Et puis, progressivement, et tous les instituts l'ont constaté, on a eu un resserrement, parce que la campagne de Jean-Michel Aulas, les campagnes, ça sert, ça fait bouger les électeurs, eh bien, la campagne s'est avérée très mauvaise pour ce candidat.
Alors, après, vous avez raison, nous n'avions pas, personne n'avait à ce point le resserrement, ce qui montre, encore une fois, que dans les grandes villes où il y a de l'enjeu, et d'ailleurs, c'est là où ça a participé, je pourrais revenir quand même sur la participation aussi, c'est un enjeu majeur, mais quand il y a de l'enjeu, les électeurs se mobilisent. Donc, un mot, si vous me le permettez, sur l'abstention record, quand même, ça fait partie des grands enseignements de ce premier tour, elle est historique, on l'a souligné, mais justement, dans ces villes-là, vous avez une participation qui est supérieure, dans de nombreux cas, à celle de 2014. Vous vous rendez compte ?
On a un écart considérable de participation en 2026, mais dans ces villes, c'est mieux qu'en 2014. Et dans la plupart de ces villes aussi, les jeunes, les 18-24 ans, sont toujours moins nombreux à se mobiliser que les plus âgés, mais ils sont souvent à un niveau, et globalement, à un niveau identique. Notre enquête comprend le vote des Français. La sociologie des abstentionnistes le montre, à un niveau identique, en termes de mobilisation, qu'en 2016, alors même que, là, on a eu une sous-participation. Donc, il s'est passé énormément de choses, aussi, sur cette question de la mobilisation. On a une radicalité qui a investi le champ communal, et notamment dans les grandes villes.
Eh bien, écoutez, c'est toujours passionnant d'analyser les résultats des scrutins avec vous. Merci, Brice Tinturier.