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AutreFrance Culture — Le Temps du débat (sur Site radio)· 29 avril 2026 25 minContradictoireMixte

L’armée malienne est-elle au bord de l’effondrement ?

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Présentateur

France Culture, question du soir, Quentin l'a fait.

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Invité

Et alors que ce week-end, les rebelles Touareg au Mali, alliés au groupe djihadiste, ont pris le contrôle de Kidal dans le nord du pays, c'est toute une nation qui semble prête à basculer, même si les rebelles ne revendiquent pas de prendre le pouvoir. La situation est critique, le ministre de la Défense, Sadio Camara, a été tué, le chef des renseignements gravement blessé, et le général Assimi Goïta, le chef de la junte, n'a pris la parole qu'hier après des jours de mutisme. La reconquête du nord était en effet une promesse de la junte après sa prise de pouvoir par la force en 2022 et sa rupture avec la France, alliée aux mercenaires russes de l'Africa Corps, l'ancien groupe Wagner.

La junte avait réussi à reprendre Kidal en 2023 après plus de 10 ans de contrôle rebelle. Sa chute aujourd'hui interroge la force et la faiblesse de la junte et de l'armée malienne, alors que toute la région est en proie à la menace djihadiste. Alors une question, l'armée malienne est-elle au bord de l'effondrement ? Un invité ce soir pour nous éclairer et nous accompagner dans cette actualité, Abdoulou Absissé, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes docteur en histoire militaire spécialiste du Mali, associé à l'université Paris 1 IMAF, Institut des mondes africains. Merci d'être avec nous ce soir dans Question du soir.

1:34
Présentateur

Réveil chaotique à Bamako ce samedi. Depuis les premières heures du matin, des détonations et des tirs retentissent un peu partout dans la capitale malienne et plusieurs autres grandes villes du pays, à proximité d'importants sites militaires. A l'origine de ces attaques, des groupes terroristes, selon les forces armées maliennes, qui affirment maîtriser la situation.

1:54
Invité

Ils ont immédiatement essuyé des violents rivières grâce au professionnalisme et à l'engagement d'infamants. Plusieurs terroristes ont été neutralisés et des équipements détruits. Les opérations de retissage continuent. La situation est sous contrôle.

2:09
Présentateur

Pourtant, sur les réseaux sociaux, les vidéos des combattants prenant le contrôle d'infrastructures militaires se multiplient. Cette vaste opération, qui serait principalement menée par les rebelles touareg du Front de Libération de l'Azawad, aurait permis la prise de plusieurs districts de leur ancien bastion Kidal et de la ville de Gao. Des tirs ont également été entendus à Kati, près de Bamako, où se trouve la résidence du chef du gouvernement militaire, le général Assimi Goïta, mais aussi à Sevaré et à Mopti.

2:37
Invité

Reportage signé TV Cinq Monde. Et je voudrais, pour commencer, Abdoulou Abcissé, vous faire commenter les propos tenus par le porte-parole des rebelles touareg. Le régime va tomber. Est-ce que c'est aujourd'hui une chose crédible que de croire à ces propos ? Alors, si le régime va tomber ou pas, je pense que c'est un objectif des groupes rebelles. La chute du régime en place et toutes ces attaques, elles ont justement pour objectif d'affaiblir le régime et pousser notamment à la chute du régime. Mais la chute du régime, il me semble, n'est pas à l'ordre du jour, à mon avis. Pourquoi cela ne vous semble pas à l'ordre du jour ?

Qu'est-ce qui vous fait dire, au fond, que cette chute malienne peut encore tenir ? Ce qui fait dire, aujourd'hui, notre changement de régime au Mali mènerait sans aucun doute à un autre chaos et le Mali peinerait à se relever d'un autre changement de régime à l'état actuel des choses. Ça, c'est pour les conséquences. Mais alors, quelle est la force, la résilience de ce régime actuel ? Je fais tenir, aujourd'hui, il faut croire à une chose. Après ces attaques, il y a quelque chose qui s'est encore passé. Certes, il y a encore des critiques, des critiques très vivaces à ce régime-là. Mais encore, le soutien reste là.

Le soutien est là et aussi bien à l'intérieur du Mali, au sein de la population notamment, et aussi au sein de l'armée. Même si on peut constater que certaines dissidences peuvent... On peut craindre des dissidences à l'intérieur, au sein de l'armée malienne. Mais la chute du régime, à ce stade, je pense que c'est allé très vite en besogne. Et c'est surtout l'objectif des groupes rebelles et des groupes djihadistes notamment. On l'a dit, la grande actualité du week-end, le point sur lequel l'inquiétude s'est focalisée, c'est le fait que cette ville du nord de Mali, Kidal, a été conquise par les indépendantistes du Front de Libération de l'Azawad et leurs alliés djihadistes.

Quel est ce symbole, au fond ? Qu'est-ce que cela représente que cette ville du nord du Mali, Kidal, soit tombée ce week-end ? C'est assez symbolique, la prise de Kidal par les groupes rebelles et leurs alliés du JINIM. Parce que, souvenons-nous, quand le régime militaire est arrivé au pouvoir, ils ont érigé comme objectif principal. Et d'ailleurs, la critique qu'ils avaient faite au gouvernement civil, c'était leur incapacité à assurer l'intégrité territoriale et donc la souveraineté du Mali. Donc, ils avaient érigé cela comme un objectif. Et la reconquête en 2023 de Kidal était un symbole très fort qui est érigé, par exemple, comme étant que le Mali venait de retrouver sa souveraineté.

Et la reprise de Kidal remet un peu en question et surtout vient porter un coup très fort, je dirais un coup fatal, à toute la stratégie et à tout le discours qui avait été tenu par les dirigeants militaires, par le pouvoir militaire en place. Donc, la reprise de Kidal, c'est un coup très, on va dire, qui vient mettre en question la stratégie des dirigeants militaires au pouvoir. Dans le même temps, ces groupes rebelles, Touareg, ces islamistes s'intéressent à une autre ville, non pas la capitale Bamako. On va en reparler dans quelques instants, car il y a aussi une actualité forte autour de Bamako, mais s'intéressent à la prise de Kati. Kati, c'est une ville du sud-ouest du Mali.

Pourquoi cette ville intéresse-t-elle aussi les rebelles ? Alors, Kati, c'est une ville, on va dire, c'est une ville garnison. Pour ceux qui connaissent Bamako ou qui ont déjà visité Bamako ou viennent visiter le Mali, Kati, c'est une ville garnison qui se situe à 15 kilomètres de Bamako et c'est le principal camp militaire du pays. C'est assez symbolique aujourd'hui. Pourquoi c'est symbolique aujourd'hui ? Parce que c'est la résidence, c'est le lieu où résident les principaux chefs du pouvoir actuel, le général Assime Guetta, le général Sayo Kamara, inscrit que le chef du renseignement, le général Kone. Donc, c'est une ville très symbolique, Kati.

Et le fait que les djihadistes ciblent la ville de Kati, c'est une atteinte aussi, c'est atteindre même le pouvoir en son cœur, le pouvoir militaire à son cœur. On attend Kati, ce n'est pas Bamako ou Koulouba qui est où se trouve le palais présidentiel, mais Kati c'est très symbolique, c'est qu'incarne aujourd'hui le pouvoir politique et militaire du pays. Donc, s'attaquer à Kati, c'est s'attaquer directement au pouvoir militaire et politique du pays. Et c'est une manière aussi de vraiment affaiblir le pays, on va dire en plein cœur du pouvoir. Et alors la capitale et Bamako, cette ville ne les intéresse pas ?

Les rebelles ont aujourd'hui annoncé vouloir former un blocus autour de la capitale. Ce sont des pratiques régulières au Mali, à Bamako, que de créer un blocus, notamment pour tenter d'amoindrir les réserves énergétiques de la capitale. La prise de Bamako, c'est une chose inconcevable aujourd'hui par les rebelles ? Alors, disons les choses, aujourd'hui, l'objectif, quand on l'analyse, ce qui s'est passé à Bamako et au Mali, disons, ce week-end dernier, c'est surtout une gradation de ce qui se passe depuis plusieurs mois. C'est-à-dire en blocus. Le blocus avait déjà eu lieu il y a quelques mois autour de Bamako.

Et le nouveau blocus qui vient d'avoir lieu, a pour but, justement, d'asphyxier le pouvoir, d'asphyxier Bamako en soi, d'asphyxier le pouvoir politique et aussi inciter, en quelque sorte, un soulèvement populaire contre le régime en place. Et quand on dit que le pouvoir va tomber, le but, c'est la chute du régime. Donc, toutes ces actions visent à asphyxier Bamako, visent à asphyxier le pouvoir politique pour essayer de créer une certaine... pour que le peuple puisse se désolidariser, justement, du pouvoir en place. Il y a une idée tenace, Abdoulou Habsissé, dans l'opinion publique malienne, idée selon laquelle les rebelles seraient indirectement soutenus par la France. Pourquoi ?

Parce que cela permettrait à la France de garder la junte dans sa main, de garder une partie de l'armée malienne de son côté, parce que le Mali aurait nécessairement besoin de l'ancien colonisateur. Est-ce que cette idée, là aussi, vous semble crédible, une intercession de la France auprès des rebelles ? Cette idée, elle est vivace et elle ne date pas d'aujourd'hui, si je puis me permettre. Et pour analyser aussi et parler de la question de si la France soutient directement ou indirectement les groupes rebelles, il faudrait faire un peu d'histoire et ce qui serait long à faire. Mais ce qui se dit, c'est une idée très historique qui est très long à analyser.

Et aussi, quand on remonte vers la fin de la colonisation, on constate bien évidemment, à cette période-là déjà, c'est à cette période-là qu'émerge l'idée d'une sécession du Nord. Ça ne date pas de 1960. L'idée de sécession du Nord ne date pas de 1960. D'ailleurs, ça précède l'indépendance. Dès la deuxième moitié des années 50, on parle déjà de séparation, de scission du Nord, d'indépendance du Nord par rapport au reste du pays. Donc, une idée qui a été instrumentalisée, etc.

Mais à cette période-là, ce que je peux dire à ce sujet, et que mes travaux me permettent de dire, c'est que dès cette période-là, en 50-60, il y avait aussi une certaine instrumentalisation de l'antagonisme, entre guillemets, blanc-noir, c'est-à-dire la population du Nord et du Sud. Et vers la fin de la période coloniale, l'armée française avait une certaine... Si l'on peut le dire, l'armée française a toujours considéré, on va dire, par rapport aux autres colonies, le Mali, ou même plus particulièrement le Nord, comme son territoire, on va dire comme son fief, disons-le.

Et certains leaders indépendantistes ont bénéficié tout à fait du soutien de certains officiers français, notamment en termes de conseils et, je pense notamment, aux renseignements. Ce sont les renseignements français aussi qui le disent, les archives le disent. Donc voilà, c'est une idée de tir très vieille, qui est très vivace, d'accord ? Et ça a la peau de rigueur. Ça c'est pour l'histoire et aujourd'hui, alors. Quel est votre sentiment, votre analyse sur la possible instrumentalisation par la France d'un conflit comme celui-ci et un soutien direct ou indirect, vous nous le direz, de ces rebelles ?

Alors, le soutien direct ou indirect, ce qui permettrait aujourd'hui de le dire, par exemple, ceux qui disent cela, ils s'appuient notamment sur certains éléments comme par exemple la présence en France de leaders indépendantistes, des leaders rebelles. Donc voilà, ce sont ces éléments qui permettent aujourd'hui de dire à ces gens que la France est instrumentaliste et soutient indirectement ces rebelles Touareg, justement. Parce que par France aussi, son départ, on va dire, est resté un peu à travers la gorge, de la manière dont la France a quitté le Mali. Donc voilà, là, affaiblir aussi.

Ce sont des, jusqu'ici, on va dire, en l'absence de preuves tangibles, je suis historien, je travaille à l'aide d'archives et des sources qui sont très tangibles. Mais en l'absence de cela, il est difficile aujourd'hui, il m'est difficile d'affirmer des choses dans ce sens-là. Mais, bien évidemment, pas mal d'autres analystes évoquent cette éventualité-là. Alors, intéressons-nous à vos travaux, Abdoul Wahab Sissé, qui porte très largement sur l'armée malienne elle-même et son histoire. Je voudrais vous faire entendre l'extrait d'un reportage signé Arte intitulé « Mali, la résistance contre Wagner ». « Regarde, tu avances avec celui-là, tu vas jusqu'au bout, et avec l'autre, tu tournes.

Tiens, vas-y, essaye. » « Je forme les débutants sur l'ordinateur avant qu'ils le fassent pour de vrai. » « Descends un peu, oriente le viseur vers le bas. » « J'ai connu les drones avec la guerre en Ukraine. Sur Twitter, j'ai vu des combattants russes et ukrainiens. C'est là que j'ai appris à piloter. J'ai regardé toutes les vidéos que j'ai trouvées sur les drones kamikazes et ceux qui lâchent des charges explosives. C'est comme ça que j'ai appris à piloter. On a ciblé les citernes d'essence, un relais de drone et l'endroit où se trouvait Wagner. Ça, c'était nos cibles. Ici, Abdoulouab Sissi, on est côté Touareg, côté rebelles. Quel est aujourd'hui l'état de l'armée malienne ?

On sait qu'elle emploie également des drones. À quel point est-elle moderne, efficace ? Et surtout, cet échec Akida laisse une opprobre pour cette armée. Alors, est-ce qu'il y a une opprobre pour cette armée ? Je dirais d'abord, si cette attaque a eu lieu, je pense qu'il y a, si on peut parler, c'est surtout une défaillance en termes de renseignements. C'est surtout... C'est le renseignement qui a échoué ? Je pense que c'est surtout une question de renseignement. Parce qu'après cette attaque, on peut le constater quand même, les forces armées maliennes ont pu réagir à ce qui s'est passé.

Donc, c'est surtout, je dirais, c'est surtout une question de renseignement de voir à quel moment, en fait, il y a une défaillance au niveau du renseignement. Et comment se porte l'armée malienne aujourd'hui ? Il est assez complexe de le dire parce que quand les autorités militaires sont arrivées au pouvoir, tout le monde avait à l'esprit la déliquescence de l'armée malienne pendant cette période-là. Et ils ont fait aussi ériger, entre guillemets, la montée en puissance de l'armée malienne comme étant un de leurs objectifs.

Et aujourd'hui, force est de constater, par rapport à certains revers et certaines défaites que l'armée malienne a connue, qu'en tout cas, même s'il y a une montée en puissance, entre guillemets, en tout cas, la capacité, elle reste encore limitée pour faire face aux menaces qui traversent le pays aujourd'hui. Ce que vous démontrez, notamment dans vos travaux, c'est que l'histoire malienne est faite de tensions fortes entre l'armée malienne et la population malienne. Comment est-ce qu'on explique justement ces tensions récurrentes, intrinsèques, systémiques, au moins depuis l'indépendance en 1960 ? Alors, le rapport entre l'armée malienne et la population, il est assez complexe.

Il est assez complexe, et je dirais plus globalement, avec la population malienne, et plus particulièrement avec les leaders civils, les pouvoirs politiques. Donc, lorsque l'armée malienne, sa place dans la nation malienne, elle n'était pas acquise, on va dire, au lendemain des indépendances. C'est s'occuper d'une position, on va dire, quelque peu marginale par rapport à la société malienne quand on veut faire une certaine hiérarchisation des classes socio-professionnelles. C'est surtout le coup d'État de 68 qui va permettre à l'armée malienne de se repositionner, de se replacer, on va dire, au sommet de la hiérarchie sociale malienne.

Et les années 68-91, qui sont marquées par une dictature militaire, ont quand même contribué, ont creusé le fossé entre l'armée et les populations maliennes. Vous parlez de l'émergence d'une bourgeoisie militaire, notamment dans cette période. Je parle de l'émergence d'une bourgeoisie militaire pendant cette période-là, en faisant référence à la constitution de cette élite militaire qui s'accapare notamment des richesses et aussi de tous les privilèges liés à la gestion du pouvoir politique. Donc, cette période est une période aussi de tension entre l'armée et la population malienne qui a conduit à la chute du régime en place en 1991.

On sait aussi que dans cette période que vous décrivez, je parle des années 60-70, les armées africaines, au sens large, constituent un enjeu diplomatique de premier plan dans le cadre de la guerre froide, dans ce cadre-là géopolitique. Comment l'armée malienne se positionne ? Est-ce qu'elle se rapproche de l'une des deux grandes puissances en présence ? C'est très intéressant et c'est très intéressant comme question. Parce que durant cette période, si l'on regarde, le Mali accède à son indépendance dans une situation assez particulière. Assez particulière et qui a entraîné des bruits et des ruptures avec la France. Donc, le Mali se rapproche de l'URSS de l'époque.

Donc, les premiers, on va dire, les officiers maliens, l'équipement militaire malien provenaient de l'URSS et de ces satellites. Mais ce qui est très intéressant à observer et qui constitue aussi une certaine particularité entre ce qui s'est passé en 60-68 et aujourd'hui, c'est-à-dire, le Mali s'est rapproché de l'URSS sans pour autant rompre définitivement avec le bloc de l'Ouest. C'est-à-dire, les unités d'élite de l'armée malienne, ce qu'on appelle aujourd'hui les berets rouges, les commandos parachutistes, unités d'élite, ces unités d'élite sont formées, sont constituées par les États-Unis en 1961.

Or, quand on prend le bloc, le gros de l'armée, les autres contingents de l'armée sont constitués d'équipements et sont entraînés par l'Union soviétique. Donc, il y a une sorte de syncrétisme entre le bloc de l'Est et le bloc de l'Ouest. Malgré la rupture qui avait eu lieu entre la France aussi et le Mali vers la fin des années 60, en 66-67, le Mali s'est rapproché, c'est aussi à tenter des rapprochements avec la France pour essayer de trouver des compromis sur les questions d'équipement et autres choses. Donc, les autorités de cette époque n'ont pas forcément rempli totalement tous les liens avec l'Est ou l'Ouest, mais jouaient un peu le jeu de la guerre froide aussi.

Vous l'avez dit, les militaires au Mali gardent le pouvoir entre 1968 et 1991. À partir de 1991, quelle place s'occupe l'armée dans la société malienne parmi le pouvoir politique également ? Vous expliquez qu'il demeure incontournable malgré tout. L'armée demeure incontournable. En 1991, le pouvoir militaire chute à l'issue d'une vague d'une contestation populaire réprimée dans le sang par l'armée. Et l'armée n'avait pas une... Comment on va le dire ? Elle n'était pas vraiment bien vue des populations pendant cette période-là.

Mais ce qui va se les autoriser, à mon avis, les autorités de la transition, Amalutou Manitouré, qui a dirigé, qui a fait le coup d'État et dirigé la transition, je pense que les autorités de la transition à cette époque-là ont joué un rôle important. C'est-à-dire essayer d'arriver à dissocier de 23 années de dictature militaire, à dissocier les leaders qui ont dirigé cette période-là, à dissocier leurs actions à l'armée dans sa globalité. Donc, c'est ce travail-là, à mon avis, qui a été très important à faire et qu'à la fin des années 90, entre 90, 91, jusqu'au début des années 90, lorsque le pouvoir civil arrive avec Alfa Oumar Connarré.

Donc, le procès qui va avoir lieu, le procès-crime de sang, il est d'ailleurs notoire de noter, il est d'ailleurs intéressant de noter que dans ce procès, les officiers qui vont être condamnés, ce sont principalement des officiers qui ont occupé des postes politiques. Donc, pas forcément des officiers qui ont occupé des postes qui étaient à la tête du commandement, on va dire, pour combat militaire.

c'est-à-dire, le pouvoir politique, Moussa Traoré et ses, on va dire, et ses lieutenants sont condamnés, ils portent la responsabilité, on va dire, politique, morale de la chose, mais qui d'autre, par exemple, porte la responsabilité pénale de cette chose-là, c'est-à-dire les autres officiers qui ont ouvert le feu, notamment sur les populations. Donc, après cet événement majeur, l'armée ne s'est jamais retirée de la vie politique du pays. Elle n'est pas sur le devant de la scène, on va dire, elle s'est faite petite parce qu'elle sort d'une période de répression très sanglante. Mais derrière, en filigrane, l'armée demeure toujours un acteur incontournable de la vie politique malienne.

Et aujourd'hui, plus que jamais, la jante actuelle présente, comment est-elle perçue, considérée par la population malienne ? De quelle assise sociale jouit-elle aujourd'hui ? Alors, il faut faire une, comment dire, regarder, on peut faire un peu un peu recul pour voir comment, quand ce pouvoir est arrivé, les militaires sont arrivés au pouvoir. Ce qui est remarquable, c'est à noter, c'est que tous les régimes qui arrivent, les régimes militaires qui sont arrivés, ils ont eu le soutien de la population parce qu'ils ont été acclamés par les populations. Aussi bien en 68, en 91, si je ne peux plus nuancer, c'est qu'en 2020 lorsque le général Asimugoueta est arrivé au pouvoir.

Donc voilà, la gestion du pouvoir politique par les civils, faite de, par exemple, de corruption et de tout ce qui va avec, entraîne une frustration au sein de la population qui fait que lorsque ces régimes chutent, forcément, les populations attendent, accueillent cela comme une réjouissance. réjouissance. Et est-ce que ça dure alors ? Est-ce que ça dure ? Alors aujourd'hui, il faudrait peut-être faire un sondage et que c'est très difficile d'être au Mali aujourd'hui pour faire un sondage pour voir l'assise mais ce qui est certain c'est que les critiques qu'ils ne pouvaient pas avoir liées en 2000 commencent à émerger aujourd'hui.

Lorsque le chef de l'agent Assimi Goïta a pris hier la parole pour parler de la crise actuelle qui traverse le Mali, il y avait à ses côtés un homme plus ou moins discret qui est l'ambassadeur de Russie au Mali. Évidemment, cela pose la question de l'ingérence de la Russie auprès du gouvernement malien, de la junte malienne et de l'armée en particulier. Alors, que pouvez-vous nous dire à ce sujet ? Alors, est-ce qu'on peut le voir, est-ce qu'il faut le voir comme une ingérence russe ou pas ? Mais je dirais que ça illustre encore le choix stratégique diplomatique des dirigeants en place.

C'est-à-dire, le choix de la Russie et qui a un choix assumé parce qu'il y a pas mal de discours qui ont été tenus sur l'efficacité du partenariat entre le Mali et la Russie. Mais là, le fait de s'afficher aussi et d'accueillir l'ambassadeur russe montre aussi que le régime assume ce choix politique et ce choix diplomatique-là, le choix de la Russie et je ne pense pas qu'il soit sur le point de changer de cap. L'ancien groupe Wagner Africa Corps qui œuvre sur des missions bien précises en soutien à l'armée malienne, que représente-t-il comme soutien ? Est-ce un soutien efficace, important, nécessaire même pour cette armée nationale ? Est-ce un soutien efficace ?

Ça, difficile de dire dans la mesure où les régions Kidal est tombée. Donc, voilà. Et on voit que ce groupe Africa Corps se sont retirés de Kidal à l'arrivée lorsque les djihadistes et les groupes le Front de Libération de la Jawad ont occupé le lien. Donc, l'efficacité aujourd'hui est très difficile à mesurer. Très difficile à mesurer dans la mesure où l'accès à l'information à ce stade-là demeure très difficile. Donc, c'est une question d'accès à l'information et d'avoir des éléments de réponse sur l'efficacité de ce partenariat-là. Le seul élément de réponse qu'on peut avoir, ce sont les discours des dirigeants politiques, des dirigeants militaires aujourd'hui en place et qui l'ont fait.

Est-ce que réellement, on peut, par exemple, est-ce qu'on a toute la vérité sur la chose ? C'est une question. Mais en tout cas, c'est quelque chose qui est assumé aujourd'hui et que les dirigeants en place ne reviennent pas là-dessus, ne remettent pas en question. Merci beaucoup, Abdouloua Abcissé, d'être venu au micro de France Culture, docteur en histoire militaire, spécialiste du Mali, associé à l'université Paris 1, IMAF, institution des mondes africains. Et merci également à celles et ceux qui ont préparé cette émission. Bruno Barada, Rodier Eken, Bertie Bourdon, une émission mise en nom déréalisée par Léa Racine. Merci.

25:28
Locuteur

Merci. Merci. Merci. Merci.

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