Macron / Le Pen : Le choc des images #cdanslair 28-04-2017
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 46 %Défensif 24 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:57OuverteRéponse partielle
Est-ce qu'on peut dresser un premier bilan de cette semaine de campagne de l'entre-deux-tours ?
- 4:05RelanceRéponse directe
On dit 60-40, c'est ce que disent les sondages. Mais Marine Le Pen joue la partie comme si c'était 50-50.
- 7:09RelanceRéponse directe
Parce que ce débat de fond pourrait lui être fatal, c'est ce que vous voulez dire ?
- 9:05OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il a pensé que ça allait passer, que ça allait être une image acceptée ?
- 10:45RelanceRéponse partielle
Comment vous analysez la réaction d'Emmanuel Macron après la Rotonde ?
- 12:51OuverteRéponse directe
Quel message Emmanuel Macron veut-il envoyer avec sa visite à Oradour-sur-Glane ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:51PrésentateurChiffre
« Emmanuel Macron n'a réuni sur son nom que 15% des employés et des ouvriers. Jamais un président de la République en France s'est fait élire avec si peu de CSP moins, comme on dit. »
- 6:05PrésentateurChiffre
« Jacques Chirac, c'était 20%. Même Nicolas Sarkozy en 2007, c'était 24%. »
- 38:02PrésentateurChiffre
« Marine Le Pen dit « Avec moi au pouvoir, les entreprises qui délocalisent, les produits qu'elles fabriquent et qui reviennent sur le territoire français sont taxés à hauteur de 30%, je crois, s'ils reviennent sur le territoire français. » »
- 38:44PrésentateurFait
« Elle ne dit pas que ça, elle dit « L'usine ne fermera pas. Et l'usine ne fermera pas. S'il le faut, on la nationalisera ? » »
- 45:45InvitéFait
« Je vais vous lire la déclaration que j'ai faite en Conseil des ministres. »
- 45:57InvitéFait
« J'ai clairement montré quels étaient mes sentiments et ma solidarité. »
- 46:43InvitéFait
« Nous, demain, on est virés d'une boîte comme Danone. Il ne faut pas imposer comme ça à chaque entreprise de lui imposer sa loi. »
- 47:10Locuteur non identifiéFait
« Le juge passif, usé, vieillit. »
- 51:55PrésentateurFait
« Elle imprime le tempo. C'est tel qu'il met le rythme à la campagne. »
- 56:05PrésentateurChiffre
« Il est fort probable qu'ils soient entre 50 et 100. »
- 56:23PrésentateurFait
« Les socialistes qui ont la majorité absolue aujourd'hui seront peut-être encore plus faibles qu'en 1993. »
- 58:23PrésentateurFait
« Il y a quand même un rejet de la part ils ont eu une campagne très souverainiste l'un et l'autre. »
- 58:39PrésentateurFait
« où on nationalise où on augmente les salaires les plus faibles où on injecte beaucoup d'argent pour faire de la politique de la relance. »
- 1:00:35PrésentateurFait
« ça a quand même changé la donne sur les grosses ficelles de la communication. »
- 1:01:54PrésentateurFait
« il donne une image négative de l'ensemble du personnel politique sauf de Madame Le Pen. »
- 1:02:46PrésentateurFait
« elle dit maintenant je suis européenne et la sortie de l'euro elle ne l'évoque qu'au terme de deux ans de négociation. »
Temps de parole
- Présentateur88 %
- Locuteur non identifié3 %
- Emmanuel Macron2 %
- Marine Le Pen2 %
≈ 0,5 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Bonsoir à tous, bienvenue dans C'est dans l'air. La guerre fait rage entre les deux finalistes de la présidentielle. Cette campagne entre les deux tours est particulièrement tendue et disputée. Emmanuel Macron et Marine Le Pen se livrent à un combat sans merci qui ira jusqu'au paroxysme, probablement mercredi prochain, avec le grand débat diffusé sur TF1 et France 2. Une fois de plus, la télévision sera non seulement l'arbitre, mais aussi la caisse de résonance de ce match. Les deux candidats sont lancés dans une bataille de communication inédite. Le poids des mots et surtout le choc des images. On l'a vu notamment cette semaine à Amiens, autour de l'usine Whirlpool.
Emmanuel Macron et Marine Le Pen n'ont pas hésité à se mettre en scène, disons les choses, pour convaincre les électeurs. C'est une guerre qui se joue dans les médias, mais aussi sur Internet et les réseaux sociaux. Pas plus tard que cet après-midi, Marine Le Pen a lancé un appel à la France insoumise, autrement dit, tous ceux qui ont voté Mélenchon, appel lancé dans une vidéo publiée sur son compte Twitter. De son côté, Emmanuel Macron a voulu marquer les esprits également aujourd'hui, avec une visite hautement symbolique sur le site d'Oradour sur Glane. L'élection se jouera-t-elle sur l'image et la com ? On en parle ce soir avec nos invités.
Yves Tréhard, vous êtes directeur adjoint de la rédaction du Figaro et éditorialiste à Europe 1. Raphaël Baquet, vous êtes grand rapporteur au journal Le Monde, dont la Une est consacrée aujourd'hui au désarroi des électeurs de Mélenchon et de Fillon. Cécile Cornudet, vous êtes éditorialiste politique au quotidien Les Echos. Christian Delporte, vous êtes historien, professeur à l'Université de Versailles, spécialiste des médias et de communication politique. Bonsoir à tous les quatre. Bonsoir. Merci beaucoup de participer à cette émission en direct. Nous attendons bien sûr vos questions par SMS et Internet.
Alors, est-ce qu'on peut dresser un premier bilan de cette semaine de campagne de l'entre-deux-tours ? Même si on imagine qu'il n'y aura probablement pas de pause ce week-end, ça va continuer. Finalement, Marine Le Pen ne s'avoue pas du tout vaincue. Elle joue son va-tout. Elle bouscule Emmanuel Macron. Je dirais que de son point de vue, elle a quand même raison. Elle est qualifiée pour le second tour de l'élection présidentielle. Ça serait malheureux qu'elle laisse filer les choses.
Surtout qu'elle a la conviction, et elle a sans doute raison, que ce second tour ne sera pas la répétition de celui de 2002, où Jean-Marie Le Pen, d'ailleurs, avait fait une campagne très médiocre, refusant plutôt le pouvoir qu'autre chose, et n'avait même pas accédé, je crois qu'il faisait à 18% à peu près, Jacques Chirac l'écrasant haut la main. Là, le match est plus serré. Bon, des sondages donnent grosso modo du 60-40. On va voir, il y a certains scientifiques qui disent qu'il peut y avoir un vote différencié. Alors, je ne sais pas s'ils vont rentrer là-dedans. En gros, des gens qui disent qu'ils pourraient voter Macron, mais qui, au dernier moment, s'abstiendraient.
Pour faire court, c'est un peu la définition de ce vote différencié. Ce qui est sûr, si vous voulez, c'est que vous dites le choc des images, le poids des mots. C'est un peu comme d'habitude, sauf qu'évidemment, la médiatisation, la numérisation du monde fait que c'est de plus en plus important. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que la fracture qui a été relevée et observée depuis le début de cette campagne entre, je dirais, les défenseurs et Mme Le Pen en elle, je dirais, l'incarnation la plus forte d'un monde, enfin, d'un pays qui doit se refermer, qui doit se protéger, qui doit sortir de l'Europe, même si elle a encore un peu changé de discours, d'ailleurs.
Eh bien, c'est ce monde-là face à une autre France, pardon, qui est une France plus ouverte sur l'extérieur, qui est incarnée par Macron. Et au clivage gauche-droite, c'est vrai, et on le voit d'ailleurs dans les appels ou non au report de vote des autres, que le clivage, il est davantage là entre, on va dire, global, local. Alors, je voudrais revenir sur le rapport de force évoqué par Yves Tréard à l'instant, Raphaël Bacquier. On dit 60-40, c'est ce que disent les sondages. Mais Marine Le Pen, on dirait qu'elle joue la partie comme si c'était 50-50 ou 51-49.
Mais la grande différence, en 2002, Yves Tréard a raison de dire que Jean-Marie Le Pen avait été surpris, mais surtout, il n'avait pas pu faire campagne. N'oubliez pas que, cumulées toutes les manifestations, il y avait près d'un million de personnes dans la rue contre le Front National. Aujourd'hui, vous voyez bien que l'atmosphère a complètement changé, puisque une partie des électeurs de Jean-Luc Mélenchon ou de François Fillon ne veulent pas faire barrage à Marine Le Pen en votant Emmanuel Macron. Certains vont voter pour elle et d'autres vont s'abstenir. Donc, de fait, la situation a changé et de fait, elle a des chances. Elle a des chances. Donc, elle, elle veut conquérir le pouvoir.
Elle a toujours pensé qu'au fond, elle pouvait y aller. Elle veut aussi maintenir sa position de force à la tête de son parti, même en cas d'échec. Et donc, évidemment, son intérêt est de jouer jusqu'au bout de la partie. Elle a ses chances, Cécile Cornudet. Finalement, tout n'est peut-être pas joué, contrairement à ce que disent les fondeurs, les experts. Oui, parce qu'on l'a bien vu. Les gens, il y a une volatilité incroyable. Les gens sont désenchantés. On dit qu'il y a 25% des électeurs qui se sont décidés dans le dernier jour. Elle, elle pense du coup qu'elle a toutes ses chances.
Et comme, en plus, son adversaire a eu un moment de flottement, pour dire ça comme ça, le soir de l'élection, en donnant le sentiment que c'était gagné et sans réagir très, très vite, eh bien, elle a lancé l'offensive dès le lendemain. En plus, elle a trouvé un vrai clivage qui peut mettre en difficulté Emmanuel Macron, qui est le clivage des urnes, qui est le clivage sociologique. On n'a jamais vu une sociologie pareille. Emmanuel Macron n'a réuni sur son nom que 15% des employés et des ouvriers. Jamais un président de la République en France s'est fait élire avec si peu de CSP moins, comme on dit. Jacques Chirac, c'était 20%. Même Nicolas Sarkozy en 2007, c'était 24%.
Et donc, elle a installé, dès qu'elle a pu, dès le lendemain matin sur un marché du Pas-de-Calais, le clivage, la France qui va mal contre la France qui va bien. Voilà, cette image, finalement, de la rotonde, ce restaurant où il a célébré le premier tour, ça lui colle à la peau. Et on a le sentiment, surtout, qu'elle a trouvé son formidable angle d'attaque, finalement, avec cette image. Oui, Marine Le Pen, c'est une enfant de la télévision. Donc, elle sait très bien comment ça fonctionne. Et tous les coups de com' qu'elle nous a fait depuis lundi matin, ça a commencé dès lundi à l'aube. Donc, on va encore en avoir pas mal, nous montre qu'elle sait utiliser les médias.
Elle sait attirer les médias. Et on y reviendra sans doute dans le cours de l'émission. Mais alors, du coup, on ne parle plus du tout du fond. Il n'y a pas de débat de fond. On a dit pendant toute la campagne, il n'y a pas de débat de fond. Alors là, pour le coup, il n'y en a plus du tout. Et elle n'a pas intérêt, finalement, à ce qu'il y ait véritablement ce débat de fond. – Parce que ce débat de fond pourrait lui être fatal, c'est ce que vous voulez dire ? – Parce qu'il pourrait être gênant, effectivement, parce qu'il mettrait sans doute ceux qui hésitent devant… – Il va avoir lieu ce débat de fond. Il y a un débat qui va… – Il y aura au moins mercredi prochain.
– Et puis on voit bien où sont les lignes de fracture, c'est-à-dire la France d'en bas, la France d'en haut, ouvert, fermé. Il y a quand même, pour les gens qui s'intéressent à la politique, en tous les cas, et les Français sont quand même très passionnés de politique, il y a quand même une différence notable entre les deux candidats. – Vous disiez à l'instant que Christian Delport, c'est une enfant de la télé, enfin, lui aussi. Ils ont 9 ans d'écart, ils sont de cette génération qui connaît parfaitement le fonctionnement des médias, et encore plus même d'Internet et des réseaux sociaux. – Oui, oui, oui, sans doute. Elle a quand même beaucoup d'expérience.
Elle est là quand même depuis très longtemps, et en grande partie, elle a grandi grâce aux médias. Je ne dis pas que ce sont les médias qui ont fait Marine Le Pen, mais elle a su les utiliser suffisamment pour modeler son image et pour arriver à l'image qu'on a aujourd'hui d'elle, qui est très différente de celle de son père. – Raphaël Bacchon. – Je dirais presque qu'Emmanuel Macron est meilleur en marketing qu'en communication. – C'est-à-dire ? – C'est-à-dire qu'il a mieux compris le marché électoral, si on peut dire. Il a compris qu'effectivement, il y avait une voie dans laquelle il pouvait se lancer contre les vieux partis, et qu'il y avait un espace.
Donc ça, il l'a bien compris, et d'ailleurs, il a une réussite de ce point de vue-là éclatante. Sur la communication, il fait beaucoup d'erreurs de communication, justement. Vous l'avez dit, la Rotonde, ce n'est pas seulement le restaurant qui est en cause, que c'est une brasserie. Le problème, c'est de donner le sentiment, en tout cas, de fêter sa victoire. C'est ça qui ne va pas. Et il fait des petites erreurs de communication, comme ça. Trop de couverture avec Brigitte, vous voyez, trop de choses comme ça. Donc, effectivement… – Trop de com', tu la com'. – Il faut faire attention, ça se manie difficilement.
Mais, effectivement, cette semaine, en tout cas, on a vu ce début de semaine, une compétition dans les images, d'ailleurs, surtout de la part de Marine Le Pen. C'était vraiment les images où il y a le poule, les selfies, le bateau, enfin, tout ce qu'on va voir là. – Il y avait en effet, Yves Réard, un problème, finalement, dimanche soir, de ton, enfin, de gravité, au-delà de la Rotonde et de la brasserie parisienne. – Raphaël a raison. Bon, je ne sais pas si on peut comparer la Rotonde et le Fouquet's, tout ça, c'est quand même assez accessoire. – Non, non, c'est pas… – Les cartes sont différentes, on a vu tout le détail.
– C'est important, et comme ça a été filmé, alors, pour le coup, il n'a pas su maîtriser sa communication, on avait l'impression que c'était déjà le soir du deuxième tour et qu'il avait gagné, et qu'en plus, avec des personnalités qui, évidemment, prêtent le flanc à la critique, pour Marine Le Pen, notamment, c'est facile, et pour une partie de la droite, Jacques Attali, enfin, ça fait très people, si vous voulez. Alors qu'on est dans une élection où, justement, il y a une révolte populaire, enfin, une révolte, il y a une…
oui, un sentiment de révolte populaire dans les urnes, à travers Mélenchon, à travers Marine Le Pen, à travers d'autres, là, ça fait quand même la France dorée, la France caviar, si vous voulez. Et c'est pas excellent, c'est sûr que c'est pas excellent. – Et autre chose, il est bien placé pour le savoir, ce qui a dominé toute cette campagne, c'est le dégagisme, c'est on ne veut pas de scénario écrit d'avance. Et quelqu'un qui, au soir du premier tour, donne le sentiment que lui a déjà écrit la fin de l'histoire, c'est très dangereux. – C'est quand même… il le sait que ça va être filmé, il le sait, il y a les motos avec les caméras, le suivent, il sait bien.
Alors, est-ce qu'il a pensé que ça allait passer, que ça allait être une image, au fond, acceptée, ou il ne s'est pas rendu compte ? Comment vous l'analysez ? – Il faut voir quelle était l'ambiance sur les plateaux de ces soirées électorales, il n'y avait pas de dramatisation, ce n'était pas la tragédie, c'était d'une grande banalité, le Front National au deuxième tour, et peut-être qu'il l'a jugé exactement comme ça, finalement. – Et de fait, c'était une incroyable réussite, ce qu'il a réussi à faire en un an. En un an, personne n'aurait pu penser qu'il passe en plus devant Marine Le Pen, qu'il franchisse toutes ses étapes. – Il ne faut pas oublier qu'en politique, tout n'est pas maîtrisé.
– Bien sûr. – Souvent, les gens ont le sentiment que tout est calculé, mais non, il y a une part d'improvisation très importante, il y a une part d'irrationnel, d'émotion, de sentiment. – Et au contraire. – Et ça, ça joue beaucoup. Et donc, effectivement, il était heureux, comme le dit Cilde, c'était une réussite de son point de vue, et c'est vrai. Il y a un an, il n'existait pas, donc là, effectivement, il est au second tour, et au fond, ça a balayé tout.
– Et il dit très souvent, moi, je ne veux pas mentir sur ce que je suis, cette brasserie, j'y suis souvent allée, avec mes collaborateurs, on a un peu construit notre réussite ici, voilà, je viens la fêter avec mes amis et mes secrétaires, où est le mal ? – Et il fait une deuxième erreur de communication, d'une certaine façon, aux yeux de beaucoup, sans doute, c'est quand il monte sur l'estrade pour faire son discours avec son épouse, et là, on a l'impression que c'est le couple présidentiel qui avance. – Ça, c'était le dimanche soir, après l'annonce des résultats.
– L'une des images les plus ravageuses, c'est quand même la télévision qui suit le cortège d'Emmanuel Macron jusqu'à la rotonde, parce que ça, on a ça au fond d'écran, et tous les Français le voient. – Il n'est pas maître de ça, si, si les télévisions… – Je ne dis pas qu'il est maître de ça, mais je veux dire, ça nous rappelle évidemment des images de Chirac en 1995, avec Benoît Duquen sur la moto.
– Oui, la différence, c'est que c'était le soir du deuxième tour, et qu'on n'avait jamais vu ça, que là, on est le soir du premier tour, et que les chaînes d'info en continu, et toutes les autres chaînes d'ailleurs, suivent, non pas seulement le candidat, mais le candidat qui est en tête de ce premier tour. Alors, cinq jours plus tard, Emmanuel Macron est à Oradour-sur-Glane, village martyr de la Seconde Guerre mondiale, c'est l'image du jour bien sûr. De son côté, Marine Le Pen a préféré utiliser les réseaux sociaux. Aujourd'hui, pour faire campagne, elle a posté une vidéo sur son compte Twitter, en forme d'appel aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon.
« Médias, symboles, réseaux sociaux », c'est toute la campagne qui est finalement résumée dans ces deux séquences. « Tout est bon pour séduire les Français ». Marie-Charlotte Duluc, Léa Baraco, Stéphane Lopez et Pierre de Horme.
C'est une visite, hommage. Aux côtés d'Emmanuel Macron, le dernier survivant d'Oradour-sur-Glane, village martyr de la Seconde Guerre mondiale, raconte.
« Il y a 642 victimes, il n'y a que 52 corps identifiés, il y a encore certains avec simplement un portefeuille. »
Alors que le Front National est rattrapé par des polémiques négationnistes, Emmanuel Macron tente de prendre l'avantage sur Marine Le Pen en se posant en garant des valeurs républicaines.
« Si vous êtes président, je voudrais que vous conserviez le village, que le village ne tombe pas en vie, qu'on continue à commémorer les 642 victimes. C'est mon souhait le plus cher. »
« C'est notre souhait à tous. » « Vous pouvez compter sur moi. » « Merci. » « Si je suis élu président, je reviendrai le 10 juin. » « Merci. »
Bataille des images. À Paris, son adversaire contre-attaque. Ce même après-midi, elle lance un appel de ralliement aux insoumis de Jean-Luc Mélenchon.
« Je considère comme beaucoup que Jean-Luc Mélenchon a mené une campagne de premier tour qui était une campagne respectable. Respectable parce qu'à la différence de la campagne qu'il avait menée en 2012, celle de 2017 a été plus apaisée et plus positive. Il ne s'agissait plus de s'en prendre comme à l'époque aux patriotes, mais au contraire de s'adresser à la nation et de viser son unité. »
Aller chercher les électeurs, de l'extrême-gauche jusqu'à la droite. Comme hier soir à Nice où François Fillon est arrivé en tête du premier tour. Pendant plus d'une heure, Marine Le Pen lâche ses coups contre son adversaire.
« Monsieur Macron et son projet mondialiste, oligarchique, immigrationniste, individualiste et ultra... »
« C'est impossible de... Macron, on va le cuisiner aux petits oignons et aux piments d'Espelette. »
A chacun sa recette, celle de Macron, une visite en banlieue.
« Bienvenue à Sarcelles, bienvenue à Sarcelles ! »
Après les sifflets des ouvriers de Whirlpool la veille, il arrive à Sarcelles, sous les acclamations. Au milieu des enfants, il joue les footballeurs d'un jour. Macron, candidat des banlieues, l'attaquant marque des points.
« La visite, ça nous fait du bien à Sarcelles. Parce que comme il est là, il est intéressé par nous, par nos enfants et tout. Donc bravo, on préfère bien qu'il soit président. » Marine Le Pen, elle ne fait campagne qu'avec les gens qui sont d'accord avec elle. Nous, on est ici, dans un quartier populaire, avec des gamins. Je lui suggère de venir à Sarcelles, on verra l'accueil qui lui sera réservé.
Dans cette banlieue qui a voté massivement Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron vient mettre en garde contre la tentation de l'abstention.
« La France, ça n'est pas ce visage haineux et rétréci que porte Mme Le Pen. Je ne la laisserai pas porter, ce visage de la France. Je ne la laisserai pas banaliser ce qu'est le parti du Front National, qui est un parti xénophobe. »
Un duel à distance, en attendant le face-à-face la semaine prochaine, lors du débat d'entre-deux-tours.
« Question SMS. Marine nous mène en bateau. Emmanuel joue au foot. Est-ce que c'est à la hauteur de l'événement ? » « Oui, on ne peut pas leur reprocher. Il y a toujours eu des images un peu comme ça. Ce qui est plus intéressant, ce sont les symboles. Le foot, c'est aussi un peu le symbole de la banlieue, des gamins qui arrivent à s'en sortir par le sport. Ce qui est intéressant dans les images de Mme Le Pen qui va dans ce qu'on appelle la France des oubliés, voir les pêcheurs. » C'est une forme d'exclus, puis les autres exclus qui votent beaucoup pour d'ailleurs les extrêmes et beaucoup pour Mme Le Pen. Et puis lui, il va avoir d'autres exclus. J'ai regardé les votes à Sarcelles.
Il fait le double de voix Macron que Le Pen. Le double de Le Pen. C'est Mélenchon qui arrive en tête, mais Macron fait 4500 voix, je crois, alors que Marine Le Pen en fait 2000 et quelques. Donc il fait le double de voix. Et la banlieue, c'est tout un symbole, parce que c'est quand même ces grandes agglomérations. C'est la France des grandes villes. Et la France des grandes villes a plutôt voté Macron. Non, mais il dit aussi, Emmanuel Macron, qu'il va dans un endroit où elle ne peut pas se rendre. Mais oui, c'est ça. C'est parce que là, elle n'a pas d'électorat. C'est ce qu'a prouvé le premier tour. Elle a un électorat qui est plus faible, on va dire.
Donc ce sont d'un côté la France des petites villes, le gros du roi, et la France des grandes villes, Sarcelles. Et puis deux, forme d'exclusion. L'exclusion, la France des oubliés, celle qu'elle cultive, la France périphérique. Et puis de l'autre côté, la banlieue, l'immigration, qui... Lui, il a un discours qui se veut un discours de tolérance. Elle, elle a un discours qui se veut un discours de protection, si vous voulez. Elle protège les pêcheurs contre la concurrence sauvage, les réglementations européennes et les pêcheurs des pays et des projets. Et alors elle y va, elle met le ciré, elle monte sur le bateau très très tôt. 6h du matin.
De façon de rappeler aussi la France qui se lève tôt, ce symbole est là aussi. C'est-à-dire que là, Emmanuel Macron a choisi aussi d'appuyer sur les deux choses qui font mal à Marine Le Pen. D'abord, elle a fait une première erreur en nommant comme président par intérim Jean-François Jalc, qui non seulement il y a 20 ans commémorait la mort de Pétain, mais qui effectivement a tenu des propos négationnistes. Donc elle a en catastrophe dû le remplacer. Donc là, évidemment, c'est une des failles. Parce que c'est ce qui rappelle le Front National de toujours, en tout cas, des débuts.
Et la deuxième chose, effectivement, l'électorat de Jean-Luc Mélenchon, qui hésite justement entre l'abstention ou voter Macron, on voit bien les arguments qui circulent, c'est que les premières victimes du Front National seront les immigrés. Donc on voit bien que c'est ça aussi qui peut fédérer, qui peut faire basculer, qui peut convaincre des électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui sont encore très amers de ne pas avoir réussi, qui sont aussi souvent très méfiants, voire vindicatifs à l'égard d'Emmanuel Macron. C'est évidemment un des arguments qui peut jouer. Et à tel point que cet après-midi, Marine Le Pen lance un appel à la France insoumise.
À la France insoumise, elle lance un appel à quoi ? À faire barrage à Emmanuel Macron, comme une sorte de Front républicain inversé, comme si toute la valeur était inversée. La formule n'est pas anodine, bien sûr. Pas du tout anodine. Elle espère vraiment convaincre, convaincre certains électeurs. En fait, elle, elle a deux pistes parallèles. C'est les électeurs de Mélenchon et les électeurs de François Fillon. Mais c'est vrai que dans cette semaine, elle a surtout mis l'accent sur les électeurs de Jean-Luc Mélenchon parce qu'il y a eu cette prise de position de Jean-Luc Mélenchon qui a surpris tout le monde et qui pensait, elle, aller ouvrir une voie.
Donc, elle, toutes ces images de la semaine, c'est vraiment des images à Rungis, dans la ruralité, sur un bateau de pêcheur, dont des images de la France qui va... des soumis. Des soumis à la mondialisation. Et donc, c'est vrai que pendant toute la première partie de la semaine, Emmanuel Macron a été plutôt en défensive. Et puis, il y a eu une sorte de retournement au milieu de la semaine avec l'épisode de Whirlpool sur lequel, je pense, on reviendra. Oui, absolument. On va y revenir dans quelques instants. Et donc, là, il était encore sur son terrain. C'est elle qui l'avait fait venir sur le terrain des ouvriers.
Et là, depuis deux jours, en banlieue et aujourd'hui à Auradur-sur-Glane, il essaye de l'amener sur ses points de force à lui, Auradur-sur-Glane. C'est réveillé, c'est en fait montrer à tous ceux qui sont tentés par l'abstention que Marine Le Pen, c'est celle qui a eu les propos sur le Veldiv, que c'est la fille de son père. D'ailleurs, il ne l'appelle jamais Marine Le Pen. Il dit toujours Madame Le Pen pour qu'on fasse bien le lien avec son père. Donc, voilà, il essaye de la faire venir sur le terrain. Un mot, en effet, sur Auradur-sur-Glane. Donc, ce village qui a été, on le sait, incendié par les nazis le 10 juin 1944. 642 victimes.
Alors, c'est une image forte, évidemment, de voir Emmanuel Macron dans ce village martyr. C'est un déplacement très symbolique. Quel message il veut envoyer ? Moi, je mettrais en parallèle Sarcelles et Auradur. C'est-à-dire ? Parce qu'il occupe son terrain. Et il estime également que sur Auradur, Marine Le Pen ne viendra pas. Pas plus qu'elle n'est venue à Sarcelles. Et d'une certaine manière, le candidat s'inscrit dans l'histoire. Il y a le passé qui est Auradur. Et il y a l'avenir parce qu'à Sarcelles, c'était la jeunesse. Une jeunesse très diversifiée. Une jeunesse qui lui a marqué un certain enthousiasme.
À propos de Marine Le Pen, quelque chose que je trouve assez intéressant, pourquoi nous parlons de Marine Le Pen ? C'est également parce que, et de Mélenchon, parce que Mélenchon s'est exprimé le même jour. Elle a essayé de court-circuiter Jean-Luc Mélenchon en lançant sa vidéo ce matin. Sachant que, parce qu'elle a quand même attendu cinq jours pour ça. Elle l'a lancé sur Twitter, son appel. C'est pas un hasard non plus. C'est pas un hasard non plus. On sait que les Insoumis, la France Insoumise, est très active sur les... Avant même que Jean-Luc Mélenchon ne s'exprime, on avait déjà beaucoup commenté la vidéo de Marine Le Pen. Du coup, on est obligé de faire ça.
Elle a dit une chose sur Twitter, qu'elle s'était refusée à dire. Au contraire, elle niait. Quand on faisait souvent la comparaison, avant le premier tour, sur le plan économique entre elle et lui, entre le programme de la France Insoumise et le programme du Front National, elle disait, mais non, pas du tout, parce que souvent on la taxait d'un programme néo-communiste et tout ça. Et là, elle reconnaît qu'il y a des points de concordance évidents entre ce qu'avançait Jean-Luc Mélenchon et ce qu'elle a toujours avancé. Alors, le silence de Jean-Luc Mélenchon a pris fin cet après-midi, un peu après 17h.
Vidéo sur sa chaîne YouTube dans laquelle il ne donne pas de consigne de vote pour le second tour de la présidentielle. Regardez.
Moi, j'irai voter. D'abord parce que dans le programme, il écrit le vote obligatoire. Donc j'essaye au moins d'être cohérent avec le programme que j'ai défendu. Après, ce que je vais voter, je ne vais pas le dire. Mais il n'y a pas besoin d'être grand clair pour arriver à deviner ce que je vais faire. Mais pourquoi je ne le dis pas ? Pour que vous puissiez rester regroupés. Pour que vous puissiez rester regroupés. Et franchement, est-ce qu'il y a une seule personne d'entre vous qui doute du fait que je ne voterai pas Front National ? Tout le monde le sait.
Voilà.
Il ne votera pas Front National. Effectivement, ce n'est pas une surprise. Mais il ne donne pas de consigne de vote. Alors pourquoi est-ce qu'il s'acharne à ne pas donner de consigne, Raphaël Baquet ? D'abord parce que son électorat est très divisé. Pas sur le fait de voter Front National, encore qu'une partie, on le voit dans les enquêtes d'opinion, peut voter Front National, mais parce qu'il est surtout divisé entre l'abstention et le vote Macron. Et donc, il dit « chacun sait ce que je vais voter ». Non. On ne sait pas s'il va s'abstenir ou voter Macron. On ne sait pas. Il a les deux choix.
Alors vu le discours qu'il tenait sur Emmanuel Macron, imaginez que c'est plus difficile de voter pour lui, mais à vrai dire, on n'en sait rien. Il dit dans cette vidéo « c'est l'extrême finance contre l'extrême droite ». Oui. Il continue de tenir des propos très sévères sur Emmanuel Macron. À mon avis, il y a deux raisons pour lesquelles il n'appelle pas à voter pour Emmanuel Macron. La première raison, c'est qu'il veut donner l'image, et en plus il y a des législatives après, il veut donner l'image d'être toujours anti-système, c'est-à-dire de ne pas participer à une espèce de conformisme qui a, d'après lui, porté d'ailleurs Marine Le Pen de si haut dans les sondages et dans les élections.
C'est-à-dire, eh bien, ne pas écouter le peuple. Et le peuple, il est en révolte, d'après lui, contre les élites. Ça, c'est une première raison. La deuxième raison, qui est très importante, c'est que pour Jean-Luc Mélenchon, Macron, c'est la créature d'un homme qui déteste. C'est la créature de François Hollande. Il déteste François Hollande, et Macron, c'est l'enfant. Le fils spirituel ? Oui, enfin, je ne sais pas si c'est le fils spirituel. Selon lui ? Pour lui, c'est une créature de Hollande.
Donc, comme Hollande, il a voulu tuer le PS, il va s'employer maintenant à faire les mille misères à En Marche, qui, en plus, a ce symbole, comme disait Raphaël, de la mondialisation, de ce qui écrase les faibles. Et puis, il veut reconstruire la gauche, il veut que ce soit lui qui reconstruise la gauche, il veut être l'opposant numéro un à Emmanuel Macron. Et finalement, il est dans la même posture que des gens de droite aussi, des gens des Républicains. Ils sont tous concernés de ce qui s'est passé, de ce vieux monde politique qui s'effondre, et ils ne veulent pas laisser Emmanuel Macron tout seul.
Donc, ils disent, d'accord, s'il faut voter Emmanuel Macron contre Marine Le Pen, d'accord, mais il y a derrière quelque chose à reconstruire, il ne faut pas le laisser en face-à-face avec Marine Le Pen, donc exister dans la période. Alors, c'est pour ça qu'on a toute la nuance des positions vis-à-vis de Emmanuel Macron. Et d'ailleurs, il annonce dans cette vidéo, Jean-Luc Mélenchon, qu'il va sans doute mener la campagne des législatives. Ce qu'il y a derrière, c'est d'abord... Mais oui, mais il se préserve. Il ne faut pas oublier quand même que l'électorat de Mélenchon est très fragile. Il y a un mois, il était à moins de 10%. Là, il a quasiment doublé ce que l'on prévoyait.
Il pourrait être à 19%. D'où le débat qui fait rage à l'intérieur de son propre camp. Effectivement, il joue le coup d'après. Il faut garder l'unité des troupes, au moins jusqu'au mois de juin, au moins jusqu'aux législatives. Juste un mot, vous, le spécialiste des médias, de la communication politique, l'historien, lorsque vous voyez que cette déclaration est faite sur une chaîne YouTube, celle de Mélenchon, que Marine Le Pen s'exprime sur son compte Twitter aujourd'hui, ça n'existait pas il y a 5 ans, évidemment, ce genre de... Non, ça n'existe pas. Voilà. Ça n'existait pas. Je veux dire qu'on ne squeezait pas les médias. C'est ça. On s'exprimait à travers les médias.
Et moi, je pense que grâce aux réseaux sociaux, grâce à ces chaînes YouTube, on retourne à quelque chose qu'on connaissait bien qui s'appelle la propagande. Nous ne sommes plus dans un phénomène de communication. Nous sommes dans un phénomène de propagande où le leader s'adresse directement à ses troupes sans passer par les médias. Mais vous avez totalement raison. D'ailleurs, la vidéo de Jean-Luc Mélenchon commence. Il dit « J'ai choisi ma chaîne YouTube parce que personne ne m'interrompra. Je peux dire ce que je veux. Personne ne va venir m'embêter. » Et la propagande, c'est ce qui correspond le plus à des figures populistes. Et le populisme, il le revendique.
Ce n'est plus un gros mot dans cette campagne. On se revendique populiste. Juste un mot sur Nicolas Dupont-Aignan. Il n'a toujours pas donné sa consigne. On a l'impression qu'il ne va rien dire. Il y a des considérations sans doute financières. En 2012, il avait accordé ses voix au candidat de la droite, moyennant quelques finances. Il n'a pas atteint les 5. Il ne faut pas oublier qu'il ne va pas être remboursé. Il n'a pas atteint les 5. Il est juste en dessous des 100. Donc, c'est très important pour lui. Et puis après, il faut peut-être un peu durer le plaisir parce qu'il attend de voir ce que Marine Le Pen pourrait lui proposer. Bien.
Retour à présent sur ce qui a peut-être été le tournant de cette campagne d'entre-deux-tours. L'incroyable journée des deux candidats à Amiens autour de l'usine Whirlpool. Marine Le Pen accueillie avec chaleur et sympathie en apparence par une partie des ouvriers. Emmanuel Macron sifflé, conspué à son arrivée par des salariés en colère. Que s'est-il vraiment passé ? Une bataille de mots et de com' où rien ne devait être laissé au hasard. Julien Launet et Thomas Buyer. Amiens, théâtre électoral. Ce jour-là, quelques kilomètres seulement les sépare. Mais en direct sur les chaînes de télévision, Emmanuel Macron et Marine Le Pen apparaissent côte à côte. Contraste saisissant.
Il est à peine 13h, mercredi, quand la candidate du Front National débarque à l'improviste sur le site de Whirlpool. Au même moment, son adversaire est à la chambre de commerce et d'industrie pour rencontrer l'intersyndicale. Il vient de se faire voler la vedette.
Madame Le Pen est donc venue à Mien parce que j'y venais. Bienvenue à elle. Mais Madame Le Pen n'a pas compris comment fonctionnait le pays. Nous n'avons définitivement pas les mêmes ambitions ni les mêmes projets. Madame Le Pen, elle fait, elle, de l'utilisation politique puisqu'elle va haranguer des militants politiques sur un parking.
Devant une caméra de chaîne d'information en continu, Marine Le Pen surgit là où Emmanuel Macron ne l'attendait pas. Version officielle, elle a quitté précipitamment une réunion à Paris pour se rendre au chevet des ouvriers. En réalité, le coup d'éclat est programmé. Distribution de viennoiserie et tractage avant sa venue. Eric Richermoz, bière à la main, a préparé le terrain. Lui, le jeune secrétaire départemental FN proche de Florian Philippot. Une visite surprise en trompe l'œil. Déjà la veille, sur le piquet de grève, on évoquait un probable déplacement.
Elle vient quand ?
Vous pouvez nous expliquer, non ? Pas aujourd'hui ? Je ne sais pas si c'est...
Ah non, pas aujourd'hui, eh ! C'est aujourd'hui ? Ah bah non ! Je ne peux pas aujourd'hui !
Ah non, ne me dis pas que Marine, elle vient aujourd'hui. Ne me dis pas, ne me dis pas ça. En prenant de vitesse Emmanuel Macron chez lui à Amiens, Marine Le Pen a un double objectif. Elle cherche à le court-circuiter et surtout à capitaliser au sein de l'électorat ouvrier. Elle met bien en scène et elle se met en scène dans une situation où elle est à l'aise et surtout où elle est capable de créer de la proximité. Il faut créer de la chair en campagne électorale. On n'est pas là pour faire une réunion de technocrates avec des gens qui viennent apporter des solutions techniques à un problème compliqué.
On est là pour créer de l'émotion, de la proximité avec des gens qui vous font part de leurs problèmes et qui attendent que vous soyez dans l'écoute et la proximité. Deux heures environ après Marine Le Pen, le candidat d'En Marche vient à son tour sur le site de Whirlpool. Atmosphère électrique. Emmanuel Macron peine à se frayer un chemin. La situation semble lui échapper.
Mégaphone à la main, il n'y arrive pas et il s'agace. Emmanuel Macron va réussir à reprendre la main.
Pour échanger avec le personnel de Whirlpool, il tient la presse à l'écart, derrière les grilles. Son équipe filme la discussion et elle seule a le droit d'en faire une diffusion en direct via Internet.
Vous avez une intersyndicale qui a pris ses responsabilités. Et ça, je vous le dis, c'est pour ça que je ne suis pas venu sur le site d'abord.
Et c'est pour ça que vous ne retrouverez jamais chez moi le comportement clientéliste qu'il y a eu ce matin avec Mme Le Pen. Si ça vous fait plaisir, eh bien, très bien suivez ça.
C'est le cinéma, on est d'accord.
Moi, je verrai toujours d'abord l'intersyndicale, surtout quand elle prend ses responsabilités, ce qui a été le cas. Maîtriser l'image avec ses propres moyens, une stratégie innovante qui peut s'avérer payante.
C'est la nouveauté de la campagne, c'est le fait que les candidats peuvent se filmer tout seuls. Ils n'ont plus besoin de la télévision et ça s'adresse à la communauté des fans. C'est du live, mais en même temps, ça reste après ça que la vidéo continue à exister. L'histoire qu'ils ont racontée avec ce matériau de communication-là était de dire, elle, elle est restée 10 minutes pour faire des selfies. Macron lui a passé l'après-midi, il a fini par s'entendre avec eux et par discuter avec eux.
Un sondage réalisé à l'issue de cette séquence Whirlpool montre que l'écart avec Marine Le Pen se resserre. Emmanuel Macron perd 4 points, il est crédité de 59% des voix. Elles vont rester, ces images. Je crois que dans 10 ans, dans 15 ans, on en parlera encore. Christian Delporte, est-ce qu'au-delà de ça, est-ce qu'elles ont fait du mal à Emmanuel Macron, même si on dit qu'à la fin, il a réussi à reprendre un peu la main ? On en parle parce que c'est du spectacle et que le spectacle, ça intéresse les médias et notamment la télévision. Parce qu'au fond, on dit que Marine Le Pen a fait un bon coup de com' mais qui juge le coup de com' ? C'est avant tout les journalistes.
C'est eux qui nous disent que c'est un bon coup de com' Alors ces images vont peut-être rester. Ce qu'il y a, c'est que ces images passent aussi. Une image chasse l'image. Voilà. Alors ce qui n'était pas du tout sexy, évidemment, c'était Emmanuel Macron avec l'intersyndical ou en conférence de presse par rapport à ce qui se passait sur le site de Whirlpool. Mais ces images passent. Ces images passent. Et je ne suis pas sûr que l'on retienne l'ensemble de l'heure et demie d'Emmanuel Macron. D'autant que ce qui tourne à sa avantage, c'est la fin. Puisqu'il repart en serrant les mains. Alors qu'il a été hué au tout début. Elle a bien joué le coup quand même, non ? Cécile Cognude.
Elle a fait un coup. Vous l'avez dit. Parce qu'il faut rappeler ce qui s'était passé. Emmanuel Macron voulait aller rencontrer les salariés de Whirlpool mais ne voulait pas aller sur le site de Whirlpool. Pourquoi ce qu'il disait à la presse ? C'était parce que la direction de la société ne voulait pas. En tout cas, il avait fait cette conférence de presse à la Chambre de commerce et d'industrie. Et le sachant, elle, elle va directement chez Whirlpool pour signifier, moi, je suis du côté des salariés. Et finalement, c'est elle qui l'a fait venir dans l'arène. Et là où finalement, elle lui a peut-être rendu service, c'est qu'elle l'a réveillée.
Il ne voulait pas du tout faire cette campagne-là d'entre-deux-tours. Emmanuel Macron voulait se poser en président, déjà installer la parole rare. Il était à réfléchir à ce qu'un président a la Mitterrand. Je ne pense pas qu'il voulait du tout faire ça. Et elle l'a finalement contraint à revenir au milieu de l'arène. À faire ce qu'il savait faire très très bien et qu'on a un petit peu oublié dans cette campagne. C'est-à-dire que c'est quelqu'un qui se frotte aux gens, qui y va, qui leur explique. Et il y avait eu toute la séquence du costume, vous vous souvenez. Ça avait été retourné contre lui. Mais il a affronté les gens. Donc là, il l'a affronté.
Et en plus, il y avait un autre piège qui était celui de la démagogie, des images de Hollande à Florange, debout sur son camion à promettre la lune à Florange. Et il n'est pas tombé dans ce piège-là. Il a au contraire fait tout un discours de responsabilité en disant « Bon, je viens vous voir, mais je ne vous promets rien. On fera de la formation professionnelle. Ce n'est pas très sexy. Mais je ne peux pas vous promettre plus et je reviendrai vous voir. » Donc finalement, il y avait deux pièges. Marine Le Pen, qui voulait le montrer déconnecté, et ce souvenir de François Hollande à Florange. Et je pense qu'il les a déjoués tous les deux.
Mais ce qu'on voit, c'est qu'Emmanuel Macron a une difficulté, comme d'ailleurs beaucoup de candidats, et notamment les candidats les plus en vue, à gérer l'abondance des médias. Et je suis désallée d'ailleurs en tant que journaliste de dire ça, mais il y a un vrai problème depuis déjà plusieurs élections, depuis déjà 2012 d'une certaine façon. C'est-à-dire que les candidats « importants », ceux qui ont une chance d'être au second tour, ou ceux qui y sont déjà, sont entourés d'un mur de caméras.
Si vous suivez Emmanuel Macron, ou si vous aviez suivi Marine Le Pen ou François Fillon, c'est pareil, il y a 150 journalistes avec des caméras, des perches, plus tous les badauds qui filment avec leur smartphone. C'est vraiment un énorme problème pour les candidats d'accès aux électeurs. Et on entend bien dans votre reportage les gens qui disent « Alors, vous êtes venus pour les télés ou vous êtes venus pour nous ? » Donc effectivement, là, on voit que ce qu'il a initié, ce qu'il a réussi d'une certaine façon, c'est à virer les journalistes pour n'avoir que sa propre caméra sur son compte Facebook.
Mais comme le dit Christian Delporte, le problème c'est que qui verra finalement cet épisode ? Qui verra cet épisode où il a retourné la situation ? C'est vrai. Mais est-ce que beaucoup de gens l'ont vu ? Ce qui est intéressant aussi, c'est de voir que finalement, on va retenir de cette journée-là, les images. Mais on oublie le contenu de ce qui est dit. Et le contenu est très important. Parce qu'il faut voir ce que dit Marine Le Pen. Marine Le Pen, alors là, elle est dans la fermeture la plus totale en disant « Bon, les entreprises... » Parce que le sujet, c'est quoi ? Cette usine fermée est appelée à fermer pour être délocalisée en Pologne. Pour des raisons de coût.
C'est une usine de sèche-linge. Marine Le Pen dit « Avec moi au pouvoir, les entreprises qui délocalisent, les produits qu'elles fabriquent et qui reviennent sur le territoire français sont taxés à hauteur de 30%, je crois, s'ils reviennent sur le territoire français. » Ce qui paraît complètement infaisable. Pourquoi ? Parce que l'Union européenne, comme on est toujours dans l'Union européenne, c'est impossible à faire. On ne peut le faire que si on sort de l'Union européenne, ce genre de pratiques. Parce que c'est de la concurrence, évidemment, c'est marquer une barrière qui n'est absolument pas communautaire. Donc... Elle ne dit pas que ça, elle dit « L'usine ne fermera pas ».
Et l'usine ne fermera pas. S'il le faut, on la nationalisera ? Exactement. Alors qu'on passe, il y a un candidat qui dit... Et lui, il dit « Je ne promets rien, si elle disparaît, il faut impérativement qu'on crée de nouveaux emplois avec de la formation et des choses comme ça. C'est évidemment beaucoup moins sexy. Mais d'un côté, vous avez la parole, alors je vais m'attirer les foudres de ceux qui... Mais une parole qui est quand même excessivement démagogique, parce que qui est complètement irréalisable. Et de l'autre côté, vous avez quelqu'un... Je ne sais pas si c'est plus réalisable d'ailleurs, parce qu'il y a des exemples de Florens avant nous.
Le site de Florens a quand même réussi en partie, je crois, à offrir aux salariés licenciés des formations, des choses comme ça. Mais c'est ça qui est intéressant, c'est de voir que le discours est très différent. Ce qui est fou aussi, c'est qu'à Bercy, par exemple, au ministère de l'Économie et des Finances, on n'a pas beaucoup apprécié cette journée, le show des deux candidats, parce qu'on estime que ça a perturbé les négociations pour trouver un éventuel repreneur. C'est-à-dire qu'on est là en train de se demander si finalement ça a servi plutôt l'un ou plutôt l'autre. Ça a peut-être avant tout desservi les salariés qui se basent pour trouver...
Là où il y a de la com, c'est que ça fait des semaines et des semaines qu'ils espéraient qu'un candidat vienne, par les deux et que... Et là où il y a de la com de la part de Marine Le Pen, c'est qu'elle n'a pas souhaité rencontrer l'intersyndicale. Oui, bien sûr. Mais là, pour le coup, c'est assez intéressant sur les deux candidats. Il y en a un, c'est Marine Le Pen directement avec le peuple, fini l'écorce d'intermédiaire, et Emmanuel Macron qui essaye de réhabiliter un dialogue. Question SMS, si on essaie de mettre aussi du fond dans tout ça et de s'intéresser au-delà des images, bien sûr, à ce que pèse, regardez réellement le vote ouvrier. C'est la question qui nous est posée.
Quel est le poids réel du vote ouvrier ? Au fond, pourquoi ces deux candidats vont se battre comme ça pour ces salariés ? C'est sûr que le vote ouvrier, il va davantage, et ça on le sait, vers Marine Le Pen. Il allait aussi vers Jean-Luc Pélenchon que vers Emmanuel Macron. C'est une des faiblesses de Emmanuel Macron. On a longtemps dit que les jeunes ont beaucoup voté pour Emmanuel Macron, contrairement à ce qu'on disait. Peut-être plus d'ailleurs que pour Marine Le Pen. Mais le vote ouvrier, des gens modestes et des gens un peu déclassés, il n'y a pas que les ouvriers, et bien ces gens-là, ils votent massivement pour Marine Le Pen.
Et cette séquence-là, il ne convainc sans doute pas un seul des ouvriers sur place. L'important, c'est au-delà d'éviter que trop de gens aillent dans l'abstention. À propos d'images et de photos, les affiches de campagne, vous les avez vues, Christian Delporte, on va les regarder ensemble. J'aimerais avoir votre sentiment à tous sur ces... Alors ça a fait beaucoup rigoler, d'ailleurs, il faut le dire, et ricaner sur les réseaux sociaux. On a dit que c'était photoshopé, ça veut dire retouché. C'est pas faux. Évidemment. Alors, qu'est-ce que ça vous inspire, ces deux affiches ? Elles sont quoi ? Elles sont classiques ?
Alors, en ce qui concerne Emmanuel Macron, oui, elle est plutôt classique, y compris dans le slogan, parce que vous mettez ensemble, vous mettez France, vous vous inversez. Vous avez déjà des slogans qui ont existé. Vous retrouvez Chirac, vous retrouvez Sarkozy, etc. On a le portrait d'un homme qui cherche la présidentialisation, qui cherche la crédibilité. C'est quelque chose de classique. C'est beaucoup moins classique en ce qui concerne Marine Le Pen. Alors, le slogan, lui, est très clivant, parce que c'est choisir la France. Donc, si on choisit la France en vote à Le Pen, ça veut dire qu'Emmanuel Macron est le candidat de l'étranger. Mais c'est l'image qui est assez amusante.
À la fois, on a une bibliothèque qui nous rappelle, évidemment, la bibliothèque présidentielle que tout le monde connaît dans les portraits officiels. Et puis, on a la posture, le comportement de Marine Le Pen, d'une France apaisée, très working girl. Il y a des décalages comme ça. En jupe. C'est très rare qu'elle joue cette bibliothèque. En plus, parce qu'elle est rarement en jupe. Alors, ce qu'elle a expliqué, c'est pour montrer qu'en France, on pouvait découvrir un genou, donc une tête. Non, mais ce n'est pas non plus totalement hasard. Le vote féminin, parce que le Front National, c'était plutôt un... Plus maintenant. C'est plus équilibré aujourd'hui ? Oui, oui. Et à 49% féminin.
Et même Emmanuel Macron a un peu sous-performé auprès des femmes. L'affiche des candidats, Raphaël Baquier, est-ce que ça joue vraiment un rôle ? Ça joue un rôle très marginal. Ce qu'on voit, c'est que ça confirme plutôt une stratégie de Marine Le Pen, effectivement, d'apaiser, de faire moins peur. Et puis, alors, cette bibliothèque, là, c'est une surprise, parce qu'on ne peut pas dire que les mairies Front National soient très en pointe sur la culture. C'est même les premières qui, quand même, coupent les subventions à la culture. Donc là, évidemment, c'est une espèce de contre-emploi, mais on voit bien sa stratégie de ratisser plus large.
Chaque présidentielle réserve son lot de moments clés qui entrent dans l'histoire ou font basculer une campagne. Souvenez-vous de la claque de François Bayrou à un gamin qui lui faisait les poches, à François Hollande, debout sur une camionnette à Florange. Retour sur ces images fortes qui ont fait décoller ou au contraire abîmer des candidats. Gladys Lapite.
24 février 2012, le candidat François Hollande se fraye un chemin parmi les salariés des Hauts-Fourneaux de Florange. Du haut d'une camionnette syndicale, il s'engage, s'il était élu, à sauver ses emplois menacés.
Ce qui compte, c'est de parler et de tenir parole, parce que c'est ça qui fera la différence au moment du choix, je l'espère, de l'élection présidentielle.
Le sauveur Hollande, soutenu par les syndicats, l'image marque un tournant dans la campagne de 2012 et Florange devient le symbole d'un candidat proche des ouvriers. L'inverse de son adversaire, le président sortant Nicolas Sarkozy, chahuté quelques jours plus tard à Bayonne. Hué par des indépendantistes basques, il est contraint de rebrousser chemin avant de trouver refuge dans un café. À l'extérieur, ça dégénère.
Cet incident a coupé le lien qui est en train de se reconstruire direct entre le candidat et les Français, parce que c'est bien de faire des meetings, d'aller parler aux convaincus, même s'ils sont très très nombreux, il y a eu des meetings formidables, la Concorde, Trocadéro, etc. Mais il faut aussi être parmi les Français, les rencontrer un peu au hasard.
L'opposition de deux hommes, deux styles. Déjà en 1980, octobre, quatre personnes sont tuées dans l'attentat de la rue Copernic. À six mois du premier tour, Valéry Giscard d'Estaing se contente de lire un communiqué depuis l'Elysée.
Je vais vous lire la déclaration que j'ai faite en Conseil des ministres.
Pendant ce temps-là, son rival François Mitterrand est sur le terrain, aux côtés de la communauté juive.
J'ai clairement montré quels étaient mes sentiments et ma solidarité. Et d'autre part, j'y ai déclaré, comme vous le savez, que j'étais l'ami, le parti socialiste aussi, de la communauté juive, et que cette communauté connaissait des jours de malheur. Et bien au-delà d'elle, la France et les Français, il était normal que nous fussions auprès d'elle.
L'image d'un homme impliqué et compatissant qui participera à sa victoire le 21 mai 1981. Pour d'autres candidats à l'Elysée, la gestion de l'actualité en pleine campagne est plus compliquée. En 2002, face à la détresse des salariés de Danone Lue, menacés de plan social, Lionel Jospin apparaît froid, cassant.
Nous, demain, on est virés d'une boîte comme Danone. Il ne faut pas imposer comme ça à chaque entreprise de lui imposer sa loi. Ce n'est pas comme ça. L'économie n'est pas organisée. On est là. Nationaliser les élus. Nationaliser les élus. Nationaliser les emplois. Mais à chaque fois qu'il y a un plan social, on doit nationaliser.
Une phrase malheureuse ajoutée aux nombreux autres prononcés par un candidat qui apparaît de plus en plus hautain. Dans un avion qui le ramène de la Réunion, il critique Jacques Chirac. Le juge passif, usé, vieillit. Après neuf jours de polémique, il finira par s'excuser.
Ça a souligné le caractère un peu réservé, un peu tourné un peu sur lui-même de Lionel Jospin. C'était un peu l'antithèse de Jacques Chirac qui, lui, cultivait l'empathie, la sympathie, etc. Donc c'est révélateur évidemment d'un caractère.
Parfois, la spontanéité peut aussi profiter à un candidat en mal de notoriété. 2002 toujours, François Bayrou tente de dialoguer avec des jeunes à Strasbourg pendant que l'un d'eux lui fait les poches. Un geste vu comme paternel, symbole de l'autorité. Il profitera à François Bayrou. En deux semaines, il gagnera plus d'un point d'opinion favorable dans les sondages et terminera quatrième de l'élection présidentielle.
Question SMS. La multiplication des chaînes d'infos en continu a-t-elle modifié le comportement des candidats Christian Delporte ? Ah oui, certainement. Oui, bien sûr qu'elle l'a modifié parce qu'il faut alimenter la chaudière en permanence. Et justement, il ne faut jamais avoir un train de retard. Il faut prendre l'initiative. C'est ce qu'a très bien compris Marine Le Pen. Mais le storytelling, comme on dit, le fait d'inventer une histoire tous les jours, ça a toujours existé. Ça existait avant les chaînes d'infos. C'est quoi ? C'est renforcé ? C'est différent ? C'est tous les jours, toutes les heures ? C'est sans doute renforcé. Je veux dire, il faut un événement tous les jours.
Et plus on s'approche de l'échéance, on s'aperçoit d'ailleurs que dans cette campagne du second tour, c'est pire qu'avant. Je veux dire, l'après-midi n'est plus le même événement que le matin. Jusqu'où ça va aller ? Au moins jusqu'au débat de la semaine prochaine. Vous parlez du storytelling. On en a beaucoup parlé du temps de Nicolas Sarkozy quand il a gagné l'élection de 2007. Moi, je ne trouve pas qu'il y ait eu tellement de storytelling. Il n'y a pas eu de fabrication d'histoire. Il n'y en a qu'un qui a fabriqué son histoire. C'est Emmanuel Macron. Parce que les autres, Fillon, il n'a pas pu parce qu'il était pris dans cette histoire alors qu'il n'était pas très connu du grand public.
C'était un storytelling imposé. Voilà, imposé. Hamon, il n'y a pas eu de storytelling. Marine Le Pen, on connaît par cœur. Mélenchon ? Alors Mélenchon un peu mais surtout, surtout Emmanuel Macron. Et il y avait intérêt puisqu'il était quasiment inconnu du grand public il y a un an et demi, deux ans. Donc, il y a vraiment une histoire qu'il a essayé de raconter sur lui-même. Et c'était un peu exactement ce qu'avait fait en 2007 Nicolas Sarkozy. Alors, le débat. Le débat télévisé mercredi prochain. J'aimerais avoir votre opinion, bien sûr. Raphaël Baquier, est-ce qu'il va être décisif ? Quelle doit être la stratégie de Marine Le Pen et d'Emmanuel Macron ? Ils vont y arriver dans quel état ?
Épuisé ? Bon, d'accord. Ils ont intérêt à s'y préparer parce que ça va être quand même très compliqué. Un débat, ça ne fait pas basculer tout. Ça ne fait pas gagner 10 points, si vous voyez. Non. Mais ça peut confirmer des éléments. On voit bien Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal. Ségolène Royal s'était laissé vraiment balader face à un Nicolas Sarkozy complètement tranquille. En 2012, c'était l'inverse avec Hollande Sarkozy. Donc là, effectivement, Emmanuel Macron a intérêt à s'y préparer, à vrai dire. Parce qu'il joue gros. Parce qu'il joue gros. Elle est la challenger. C'est lui qui a à perdre au fond. Donc c'est le plus difficile. Et c'est lui qui d'une certaine façon a le plus à perdre.
Oui, il a le plus à perdre et en plus il ne l'a jamais vraiment affronté. Pardon, c'est toujours le cas des favoris. C'est toujours le favori qui a quelque chose à faire par rapport au challenger. Mais si on regarde les débats, je ne dis pas que le suivant donnera le même résultat, mais si on regarde les débats depuis 1974, ils n'ont strictement rien changé. Parce qu'on est trop proche de la date. Vous avez raison. Mais ne dit-on pas que Jean-Luc Mélenchon a profité quand même des débats télévisés avant le premier tour ? Alors je demande qu'on regarde très attentivement les sondages juste avant l'émission. Moi je pense... Vous pensez que ça n'a pas influencé ?
Il était au début de la dynamique. Ce qui s'est passé, c'est que ça a attiré l'attention vers lui et le candidat que l'on attendait dans ces débats, c'est Jean-Luc Mélenchon. Et donc c'est le principe de la poule et de l'oeuf. Ce qui est sûr, c'est que Marine Le Pen, on le sait, je l'ai appris, le rythme effréné de sa campagne là, il est fait pour piéger Emmanuel Macron et pour qu'il arrive épuisé au débat. Vous avez raison, elle imprime le tempo. Elle imprime le tempo. C'est tel qu'il met le rythme à la campagne. Tous les médias l'ont dit depuis le début de la semaine. Bah oui, puisqu'elle va voir les ouvriers de Whirlpool, il est obligé d'y aller.
Elle se lève à 5h du matin pour aller sur un bateau au Rue du Roi. Donc lui, il a... Maintenant, il a décidé d'ailleurs de ne plus donner aucune indication sur ses futurs déplacements. C'est-à-dire qu'il a des déplacements tous les jours, mais on ne sait pas où c'est. Mais il s'est mis en marche parce que, c'est le cas de le dire, les premiers jours de l'entre-deux-tours, il était quand même assez en retrait. Il s'occupait des investitures pour les législatives. Alors bon, on était loin de la campagne du deuxième tour. Et là, ce qu'elle veut, c'est qu'il arrive essoré, parce qu'elle a une forme d'enfer, qu'il arrive essoré mercredi soir.
Cécile Cornudet, un débat présidentiel d'entre-deux-tours, c'est aussi le moment où on juge si le candidat est présidentiel. Oui, manifestement, c'est ce que veut essayer de jouer Emmanuel Macron. Alors, je ne pense pas qu'elle soit en si grande forme que ça. À la fin du premier tour, on disait au contraire qu'elle était un petit peu fatiguée. Mais ce qui me frappe en voyant votre... Elle a l'air requinquiée, en effet, quand on la voit sur le bateau. Ce qui me frappe dans votre sujet juste avant, c'est que finalement, de cette campagne présidentielle, on a eu peu d'images très fortes. Peut-être le trocadéro de François Fillon.
Et les images fortes, ça a été les images des débats, je pense, parce que c'était une nouveauté. Et donc, ce débat est quand même très important. Et puis, c'est un match tellement de deux perces. C'est le jour et la nuit. C'est le feu et l'eau. Je ne sais pas qui est le feu, qui est l'eau, mais ça va être un spectacle. Le problème, c'est qu'on reconstruit l'impact des images a posteriori, si vous voulez. Si Fillon avait gagné, on dirait le trocadéro. C'est vraiment le moment où sa campagne a basculé. Vous voyez, donc c'est ça la vraie difficulté. Et quand on regarde les images de Jospin qui dit on ne va pas nationaliser chaque entreprise, à vrai dire, il dit quand même une évidence.
Il dit une évidence, mais comme il a perdu, on en fait le point de départ de son dérapage. Et puis, c'est la première fois qu'on va avoir face à face. Enfin, c'était le cas en 1995. Mais il n'y a pas le président sortant ou il n'y a pas une grande figure de la politique française. Emmanuel Macron, c'est un tout jeune. Et Marine Le Pen, c'est la première fois qu'elle arrive au second tour. Elle est dans le paysage politique depuis sa plus tendre enfance, mais elle est aux commandes depuis pas si longtemps que ça. Donc, c'est vraiment un débat new look par rapport à tout ce qu'on a connu. Et lui, il en a fait très peu.
Mais elle, autant elle est très bonne en interview, autant dans les débats, elle n'est pas toujours très bonne. Je retire ce que j'ai dit en 1995 si Jacques Chirac avait déjà fait celui de 88. Oui, qui avait été extrêmement tendu, on s'en souvient, avec François Mitterrand. Voici maintenant vos questions. SMS et Internet. Marine Le Pen a tenté un coup médiatique en renonçant à la présidence du Front National dès lundi soir. C'était une grosse ficelle. Raphaël Baquier. Oui, mais d'ailleurs, elle s'est un peu trompée puisqu'on l'a dit tout à l'heure, elle avait choisi Jean-François Jalc pour la remplacer et qu'elle a été obligée de le re-remplacer une deuxième fois par Steve Rillois très vite.
Depuis le début, elle veut, même sur ses affiches, même son slogan, la campagne bleue marine, ça fait longtemps qu'elle veut se démarquer du Front National et elle se fait appeler marine pour éviter de dire Le Pen. Mais enfin bon, en même temps, tout le monde a bien compris qu'elle était. Il n'y a que des grosses ficelles j'ai l'impression dans cet entre-deux-tours. C'est comme si on avait eu un premier tour où il n'y avait pas eu les débats qu'on avait voulus, pas les affrontements, chacun était dans son couloir et là tout d'un coup, il y a l'affrontement final et donc du coup, il y a une débauche de com.
Si les électeurs confirmaient leur choix du premier tour aux législatives, à quoi ressemblerait l'Assemblée nationale ? C'est un grand inconnu. Si, on peut le dire un peu mais c'est ridicule si je puis dire de calquer puisque ce n'est pas du tout les mêmes enjeux. Ce n'est pas un vote national, c'est un vote par circonscription. Il y a l'équation de chacun des candidats aux législatives qui comptent. Mais on peut prévoir une chose déjà, c'est qu'ils sont deux actuellement députés frontistes à l'Assemblée nationale. Oui, ils sont plus. Il est fort probable qu'ils soient entre 50 et 100. Même, ça dépend évidemment du deuxième tour s'il y a une dynamique de Marine Le Pen.
Si Marine Le Pen est présidente de la République. Ce qu'on est sûr aussi c'est que les socialistes qui ont la majorité absolue aujourd'hui seront peut-être encore plus faibles qu'en 1993. C'est-à-dire qu'ils seraient en dessous des 50 députés. Et donc ça veut dire... Et puis la France insoumise, aujourd'hui il y a 15 députés de niveau gauche si vous voulez. il est possible qu'ils soient plus nombreux. Pour qui a voté la classe moyenne ? Est-ce qu'on a une idée du vote ? La classe moyenne c'est une définition tellement large que c'est trop difficile de répondre. Tout le monde se dit de la classe moyenne.
La pipolisation des politiques souvent décriées n'est-elle pas cependant payante électoralement ? Ça c'est à la fin qu'on le voit. Pour l'instant c'est très difficile de le dire. Il y a eu relativement peu de pipolisation dans cette campagne sauf de la part d'un candidat qui avait une histoire à raconter et qui s'appelle Emmanuel Macron. Macron et Le Pen pourraient-ils présenter plus clairement leur entourage et leur éventuel futur gouvernement ? Ça c'est vrai que c'est une question qu'on se pose pour les deux candidats d'ailleurs. Raphaël Baquet avec qui gouvernerait-il ? Qui serait le Premier ministre ? À vrai dire ça va dépendre aussi pas mal et de l'élection et des législatives.
Vous voyez Emmanuel Macron comme Marine Le Pen d'ailleurs si elle était élue mais le Premier ministre et même une partie de ses ministres seront choisis en fonction aussi du rapport de force de sa majorité ou pas. Est-ce qu'il a une majorité en marche ? Il devra faire un gouvernement avant la législative. Il y aura un premier gouvernement un premier Premier ministre. Et là le premier Premier ministre on met souvent infidèle puis après vous voyez la majorité qui est issue des législatives. Comment expliquer que les électeurs de Mélenchon vont voter Le Pen ? Il y a une grande porosité entre les deux électorats parce qu'il y a des thèmes encore une fois communs.
Deux thèmes principalement c'est le rapport à l'Europe même si ni chez l'un ni chez l'autre il est très clair on ne sait pas trop comment il sortirait de l'Union Européenne et de l'euro mais il y a quand même un rejet de la part ils ont eu une campagne très souverainiste l'un et l'autre plus marquée chez Marine Le Pen mais qui existe aussi chez Mélenchon et puis vous avez tous les thèmes économiques qui sont une économie très dirigée dirigiste étatique où on nationalise où on augmente les salaires les plus faibles où on injecte beaucoup d'argent pour faire de la politique de la relance il y a une différence c'est que les impôts augmenteraient beaucoup plus avec M.
Mélenchon qu'avec Marine Le Pen mais il y a quand même des points communs si vous voulez ce qui les sépare aujourd'hui c'est le discours sur l'immigration même si Mélenchon il a un petit peu à moins de risque il a reculé par rapport à 2012 c'est le discours sur l'immigration principalement puis il y a un effet mécanique Mélenchon a récupéré un certain nombre d'électeurs du Front National qui du coup retournent au berg pourquoi la com est-elle encore efficace alors que tout le monde envoie les grosses ficelles bonne question parce qu'on est dans un emballement tout va très très vite donc on ne s'en rend pas compte et que il faut bien le dire les médias audiovisuales nous y aident il y a une responsabilité disons-le il y a une responsabilité des médias j'allais dire une irresponsabilité je veux dire en matière journalistique un train qui arrive à l'heure ça n'intéresse personne un train qui déraille nécessairement ça intéresse et bien lorsqu'on fait dérailler volontairement le train comme l'a fait Marine Le Pen à Whirlpool évidemment la presse il y a une chose qui est tout à fait étonnante c'est jadis ou naguère plutôt quand il y avait les meetings des candidats ils n'étaient jamais retransmets à télévision parce que vous n'aviez pas les chaînes d'infos qu'on dit un meeting à 15h ne pouvait pas être retransmis sur une grande chaîne en même temps depuis 1988 depuis Mitterrand et la campagne ces meetings sont faits pour la télévision ils étaient à l'époque faits pour le 20h ils étaient faits pour des extraits au 20h tandis que là vous allez tout en direct avec les formules consacrées anglaises les images fournies par le bon gars le bifor l'after on vous décortique tout tout ça ça a quand même changé la donne sur les grosses ficelles de la communication ce qui est étonnant pour Marine Le Pen c'est que la France apaisait son relooking tout ça on avait dit c'était pour élargir son électorat et au premier tour ça n'a pas si bien marché que ça elle n'a pas vraiment réussi à gagner sur les catégories sociales supérieures elle est restée vraiment sur son électorat de base et là dans le second tour on se dit que peut-être elle peut quand même être apparue avec cette communication répétée apaisée plus finalement acceptable quand on voit les sondages aujourd'hui quand on voit l'absence de front républicain dans la rue contre elle elle a quand même gagné quelque chose même si c'était énorme on apprend que Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan se sont rencontrés aujourd'hui à Paris et Nicolas Dupont-Aignan sera l'invité du journal de France 2 pour probablement annoncer un choix que nous découvrirons donc ce soir question SMS à nouveau pourquoi Emmanuel Macron n'est-il pas plus précis pour démontrer l'irréalisme et l'incohérence du programme de Marine Le Pen il ne le fait pas assez ?
il l'a fait beaucoup et il va continuer à le faire très probablement c'est d'ailleurs très probablement là-dessus qu'il va s'affronter aussi lors du débat l'échec du quinquennat en matière de chômage ne donne-t-il pas une image négative de l'ancien conseiller et ministre de l'économie de François Hollande ?
il donne une image négative de l'ensemble du personnel politique sauf de Madame Le Pen parce qu'ils sont depuis 40 ans quand même le chômage en France est un chômage de masse alors qu'il y a moins de chômeurs dans les grands pays européens nos voisins en Angleterre en Allemagne et c'est vrai que c'est un des handicaps de toute manière à gérer il a le handicap d'être la figure du mondialisme dirait Le Pen et l'autre handicap c'est d'être considéré un peu comme l'héritier de la politique qui a été menée pendant le quinquennat Marine Le Pen mise-t-elle tout sur l'image pour éviter d'expliquer et de chiffrer son programme économique et social ?
c'est vrai qu'on l'a évoqué tout à l'heure ça en effet moins on parle enfin plus on parle de l'image et moins on parle du fond et du contenu elle a dit cette semaine des choses sur le fond elle a passablement atténué sa position sur l'Europe elle dit maintenant je suis européenne et la sortie de l'euro elle ne l'évoque qu'au terme de deux ans de négociation si au terme d'un référendum si elle n'est pas arrivée à convaincre cette question n'est pas sur la profession de foi il n'y a plus de souveraineté monétaire qui sera envoyée en effet à tous les électeurs en revanche on continue à dire on est chez nous dans les meetings on parle aussi quand même du fond ce n'est pas seulement une question d'image elle a des propositions il n'y a pas de thématique dominante ou elle pourrait être prise au piège de la thématique dominante un score élevé de Marine Le Pen même s'il ne la porte pas au pouvoir pourrait-il influencer la vie politique et si oui de quelle manière oui et puis ça voudra dire beaucoup pour le troisième tour parce que le troisième tour c'est les législatives merci beaucoup à tous les quatre merci d'avoir participé à cette émission merci à l'équipe qui a préparé ce C'est dans l'air dans un instant Anne-Sophie Lapix pour C'est à vous ce soir la redif est à 22h40 très bonne soirée sur France 5 à demain pour le C'est dans l'air du samedi
Emmanuel Macron