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Interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 13 janvier 2025 24 minContradictoireActualité / polémiqueRetraitesSantéÉconomie & entreprisesTravail & emploi

Réforme des retraites, crise des hôpitaux, regrets de Marine Le Pen... Le “8h30 franceinfo" de Sophie Binet du lundi 13 janvier 2025

Source d'origine 3 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 45 %Attaque 40 %Défensif 15 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:21OuverteRéponse partielle

    Est-ce que vous irez aux négociations sur la réforme des retraites ?

  • 2:14RelanceRéponse directe

    Suspendre la réforme reviendrait à sauter dans le vide sans parachute ?

  • 3:13OuverteRéponse directe

    Des hausses de prélèvements sociaux pour financer cette mesure ?

  • 3:46OuverteRéponse directe

    16 milliards d'euros à horizon 2032, c'est énorme. À quoi ça correspond ?

  • 4:38RelanceRéponse directe

    Vous voulez aller encore plus loin que 62 ans ?

  • 5:40RelanceRéponse directe

    Si la réforme est abrogée au bout de six mois, le gouvernement n'a plus d'armes de négociation ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:55Invité politiqueChiffre
    « On a les chiffres de l'augmentation du nombre de chômeurs inscrits à Pôle emploi et donc les chômeurs de plus de 62 ans ont augmenté de 50% déjà depuis la mise en place de cette réforme. »
  • 1:17Invité politiqueChiffre
    « C'est autour de 2 à 3 milliards d'euros, donc c'est tout à fait trouvable. »
  • 2:40Invité politiqueChiffre
    « Et d'ici à 2030, le coût de l'abrogation de la réforme est estimé autour de 16 milliards d'euros. »
  • 7:41Invité politiqueChiffre
    « On va être encore une fois à 100 milliards de dividendes pour 2024. »
  • 8:24Invité politiqueFait
    « Notre pays n'a jamais été aussi riche dans l'histoire. »
  • 8:40Invité politiqueChiffre
    « À cause de la politique de cadeau d'Emmanuel Macron aux grandes entreprises et aux plus riches, qui a creusé le déficit de 1 000 milliards d'euros. »
  • 15:02Invité politiqueChiffre
    « Leur fiscalité a baissé de 50 à 60 milliards d'euros chaque année. »
  • 15:52Invité politiqueChiffre
    « Rien que pour Renault, c'est 280 millions d'euros d'aides publiques dont Renault bénéficie, d'aides publiques directes. »
  • 18:03Invité politiqueChiffre
    « Il y aurait encore 2000 suppressions de postes d'enseignants. »
  • 19:42Invité politiqueChiffre
    « Depuis 2010, les fonctionnaires ont perdu 18% de pouvoir d'achat. »
  • 20:15Invité politiqueFait
    « On sait que ce numerus clausus, c'est une catastrophe. »
  • 21:55Invité politiqueFait
    « Les infirmières restent en moyenne 5 ans à l'hôpital avant de partir ailleurs parce que la situation est intenable. »

Temps de parole

  • Invité politique69 %
  • Présentateur17 %
  • Présentateur 214 %

2,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Bonjour Sophie Binet, avant la déclaration de politique générale du Premier ministre, demain, les négociations continuent entre le gouvernement et la gauche sans LFI, au centre des discussions la réforme des retraites. S'il y a suspension pendant six mois pour une discussion à laquelle les partenaires sociaux sont associés, est-ce que vous irez ?

0:23
Invité politique

Écoutez, à ce stade, moi ce que je veux dire c'est que la question des retraites est la question qui détermine la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron. S'il veut sortir le pays de l'impasse dans lequel il l'a enfermé, il faut qu'il comprenne qu'il faut abroger cette réforme des retraites, qu'il faut écouter ce que disent les syndicats, les parlementaires, les françaises et les français. Et donc tout l'enjeu c'est de trouver un chemin vers l'abrogation de la réforme des retraites. Est-ce que ça passe par la suspension ou pas ? Eh bien ça passe d'abord par le blocage immédiat de cette réforme qui fait d'ores et déjà des ravages.

On a les chiffres de l'augmentation du nombre de chômeurs inscrits à Pôle emploi et donc les chômeurs de plus de 62 ans ont augmenté de 50% déjà depuis la mise en place de cette réforme. Donc il faut bloquer immédiatement son application par la loi, par exemple via le projet de loi de financement de la sécurité sociale. Il faut prévoir le financement de ce blocage. C'est autour de 2 à 3 milliards d'euros, donc c'est tout à fait trouvable.

1:21
Présentateur

3 milliards et demi disait hier Gérard Larcher.

1:23
Invité politique

Bon, donc il renchérit un peu, il augmente un peu la facture. Mais en tout cas ces 3 milliards peuvent être trouvés très facilement en soumettant à cotisation l'intéressement et la participation. Ça permet de trouver ces 3 milliards d'euros et c'est assez neutre pour les entreprises comme pour les salariés.

1:41
Présentateur

Des hausses de prélèvements sociaux pour financer cette mesure dans l'immédiat.

1:47
Invité politique

Oui, tout à fait. C'est tout à fait assumable. Encore une fois, on parle de 3 milliards d'euros alors que Michel Barnier voulait nous imposer un budget avec 60 milliards de coupes dans les dépenses publiques. Donc c'est un montant tout à fait assumable pour le pays au service d'un progrès et pour éviter une catastrophe qu'on voit déjà sur le terrain avec cette augmentation du chômage.

2:08
Présentateur

Mais vous entendez ce que dit la droite, notamment on en parle de Gérard Larcher, le président du Sénat mais il y a aussi Laurent Wauquiez, le président du groupe LR qui dit suspendre la réforme reviendrait à sauter dans le vide sans parachute. En gros, il se dit comment on fait pour baisser l'âge légal de la retraite ? C'est ce que demandent le PS et vous les syndicats. Améliorer la retraite des femmes, prendre en compte la pénibilité sans creuser davantage le déficit.

2:30
Invité politique

Et bien en trouvant les financements nécessaires. Et encore une fois, la CGT a fait part de ses propositions. Donc pour 2025, ça serait immédiatement soumettre à cotisation l'intéressement et la participation. Et d'ici à 2030, le coût de l'abrogation de la réforme est estimé autour de 16 milliards d'euros. Et donc pour les atteindre, il faudrait doubler le forfait social sur l'épargne retraite. Donc taxer davantage l'épargne retraite. Et puis peut-être augmenter très légèrement le taux de cotisation vieillesse. C'est tout à fait assumable.

Le corps, le conseil d'orientation des retraites l'a dit tout au long de notre mobilisation il y a deux ans que le système de retraite n'était pas en péril.

3:09
Présentateur

Quand vous dites qu'il faut pardon taxer l'intéressement, la participation, ça veut dire que les salariés à la fin, ils auront moins d'argent sur leur compte ?

3:16
Invité politique

Oui, y compris ça veut dire que nous sommes nous prêts à faire des choix et à financer cette abrogation de la réforme des retraites. Mais pour les salariés, la priorité c'est d'avoir un droit à la retraite à 62 ans dans l'immédiat et la CGT porte le droit à la retraite à 60 ans. Parce qu'on voit bien les catastrophes que cette réforme fait d'ores et déjà.

3:38
Présentateur

Il faut donner des heures de grandeur parce qu'on parle de milliards, de 16 milliards par exemple à horizon 2032 en cas d'abrogation. Ça fait à peu près une fois et demie le budget du ministère de la Justice aujourd'hui. Est-ce que cet argent ne serait pas mieux employé autrement, ailleurs, dans des investissements notamment ?

3:57
Invité politique

Des investissements il en faut, mais cet argent il est indispensable parce qu'encore une fois l'abrogation de la réforme des retraites c'est éviter une catastrophe sociale que l'on a aujourd'hui sous les yeux avec l'explosion du chômage des seniors. C'est permettre à toutes et tous de pouvoir profiter de sa retraite avant d'être mort ou avant d'être en incapacité. On sait aussi l'utilité sociale des retraités dans le pays. Bref, c'est une nécessité pour notre société.

4:21
Présentateur

Sur l'âge, c'est important ce que vous dites parce que vous venez de parler des 60 ans. Là c'est 64 ans. Ce que négocie en ce moment la gauche, ce n'est pas 60 ans. Eux ils veulent baisser l'âge mais ils n'ont pas donné d'âge particulier. A la rigueur c'est 62 ans revenir à la réforme précédente. Donc vous voulez aller encore plus loin.

4:39
Invité politique

Bien sûr, mais nous savons qu'il faut faire les choses par étapes. Et donc la première étape c'est d'abroger cette réforme qui est injuste et violente.

4:47
Présentateur

Donc revenir à la précédente à 62 ans ?

4:49
Invité politique

Déjà, dans un premier temps, oui, c'est l'urgence. C'est l'urgence d'arrêter ce massacre social en cours. Et pour cela, il y a des conditions très claires. Nous n'accepterons pas un discours d'enfumage, une suspension enfumage sans mesure très claire. Pour que la réforme soit effectivement bloquée, il faut que ça passe par la loi. Il faut que le blocage se situe au niveau actuel, c'est-à-dire à 62 ans et demi et pas 62 ans et 9 mois. C'est-à-dire l'âge qui aurait dû être atteint au 1er octobre si la réforme suit ses effets. Et il faut que le patronat sache que si les négociations n'aboutissent pas, la réforme est abrogée.

Parce que si le patronat sait que si les négociations n'aboutissent pas, la réforme s'applique, évidemment, les négociations n'aboutiront jamais. Et on nous mettra, encore une fois, nous, syndicats, dans une position impossible.

5:40
Présentateur

Pardon, mais je me mets deux secondes à la place du gouvernement. Si de toute manière, la réforme est abrogée au bout des six mois, il n'y a plus d'armes de négociation du côté du gouvernement ?

5:49
Invité politique

Écoutez, c'est la démocratie qui doit parler in fine. Les parlementaires doivent pouvoir voter sur cette réforme sur laquelle ils n'ont toujours pas pu voter depuis deux ans. Et puis, s'il y a un débat à la fin, pourquoi pas organiser un référendum ? Le chef de l'État a parlé d'organiser un référendum. S'il y a bien un sujet sur lequel organiser un référendum, c'est sur cette question de la réforme des retraites.

6:10
Présentateur

Il se pose toujours la question de la démographie. Parce que vous semblez faire comme si l'âge, l'espérance de vie n'avait pas augmenté ces dernières années. Encore une fois, toutes ces réformes, elles n'ont pas été faites pour rien. C'est parce que l'espérance de vie a augmenté et donc que la durée de vie à la retraite avait augmenté ces dernières années.

6:29
Invité politique

Oui, mais le résultat de ces réformes, c'est qu'on a repoussé l'âge de départ à la retraite plus vite que l'espérance de vie n'a augmenté. À savoir, ça veut dire qu'on nous a volé de l'espérance de vie. Et donc là, le choc démographique est passé. Les générations du baby-boom sont aujourd'hui à la retraite. C'est pour ça que les besoins de financement ne sont pas si élevés et que le Conseil d'orientation des retraites nous avait dit à l'époque que la situation n'était pas dramatique et que la réforme n'était pas indispensable. Mais au-delà de ça, il y a la question du modèle du régime.

6:59
Présentateur

Parce que vous voyez bien que l'évolution telle qu'elle est, il y a de moins en moins d'actifs pour de plus en plus de retraités. Et donc c'est le financement, ce régime par redistribution qui pose problème là désormais. Est-ce que vous-même, vous vous posez la question de changer le régime ?

7:15
Invité politique

Eh bien, ce qu'il faut, c'est augmenter les ressources pour financer notre système de retraite. Et encore une fois, vous voyez bien que trouver 16 milliards à horizon 2030, c'est tout à fait atteignable. Et ça peut être fait par des mesures qui ne vont pas mettre en péril ni les entreprises, ni les salariés. Je vous ai décliné les propositions. Je peux également parler de soumettre les dividendes à forfait social. Aujourd'hui, le montant des dividendes dans le pays explose. On va être encore une fois à 100 milliards de dividendes pour 2024.

7:45
Présentateur

Les dividendes doivent être taxés en fonction des profits des entreprises. Si on fait en fonction des dividendes d'une année sur l'autre, ça peut changer. Et donc là, on est dans une incertitude permanente.

7:54
Invité politique

Oui, sauf que là, les dividendes sont quand même très stables d'une année sur l'autre. La France a toujours le record d'Europe en matière de dividendes. Et puis, ce qu'il faut savoir en matière de retraite, c'est qu'il y a des grandes prévisions macro. Mais ensuite, personne ne sait la situation dans 10 ans. Donc, il faut se donner les moyens de réajuster. En tout cas, si on vous entend bien. Mais encore une fois, les ressources existent. Notre pays n'a jamais été aussi riche. Il faut le rappeler. Et donc, on doit pouvoir avoir les moyens. Notre pays n'a jamais été aussi riche ? Oui, bien sûr. Notre pays n'a jamais été aussi riche dans l'histoire.

On est parmi les six puissances mondiales les plus riches du monde. Et donc, on doit avoir les moyens de financer un modèle social de haut niveau. Riche mais endetté.

8:31
Présentateur

3200 milliards de dettes.

8:33
Invité politique

Oui, oui, oui, tout à fait. Endetté. Pourquoi ? À cause de la politique de cadeau d'Emmanuel Macron aux grandes entreprises et aux plus riches, qui a creusé le déficit de 1 000 milliards d'euros. C'est la raison pour laquelle, aujourd'hui, il faut mettre à contribution celles et ceux qui ont l'argent, à savoir les actionnaires, les grandes entreprises et les plus riches.

8:52
Présentateur

Ce qui est important, quand on vous écoute sur ce sujet des retraites, on dit toujours qu'il y a plusieurs curseurs, l'âge de départ, la durée de cotisation et les prélèvements sociaux. Pour vous, il n'y a qu'un seul curseur qu'on peut actionner aujourd'hui, c'est le niveau des prélèvements ?

9:04
Invité politique

Oui, parce que ça fait 20 ans qu'on actionne tous les autres curseurs. Ça fait 20 ans qu'on enchaîne les réformes pour baisser le niveau des pensions et reporter l'âge de départ. Et aujourd'hui, nous avons déjà assez payé. Le montant des pensions a baissé de façon relative. Là, pour l'avenir, pour les nouvelles générations, les prévisions sont mauvaises en termes de taux de remplacement, c'est-à-dire le niveau des pensions par rapport au niveau du dernier salaire. Et comme je vous l'ai dit, on a repoussé l'âge de départ à la retraite plus vite que les gains d'espérance de vie.

9:32
Présentateur

Mais si on augmente les cotisations, c'est du pouvoir d'achat en moins pour les salariés. Non, ce n'est pas vrai.

9:38
Invité politique

Augmenter les cotisations, c'est augmenter les salaires. Les salaires bruts, le salaire, c'est ce qu'il faut pour vivre immédiatement à la fin du mois. Mais c'est aussi ce qu'il faut pour assurer sa sécurité sociale et donc le droit au chômage, le droit à retraite.

9:49
Présentateur

On entend depuis quelques jours le retour du débat sur une retraite par points. Quelle est votre position, vous, à la CGT ?

9:55
Invité politique

La CGT a toujours été opposée à ce système. J'ai interrogé le Premier ministre sur ce point en lui rappelant cette position. Et ce que m'a dit le Premier ministre, c'est qu'il avait bien compris que ça n'était pas le sujet du jour.

10:07
Présentateur

Mais il a toujours dit que lui, intellectuellement, ce sont ses mots, il est favorable à cette retraite par points.

10:11
Invité politique

Oui, bien sûr, mais c'est un chiffon rouge. Tout le monde sait bien qu'une réforme par points, qu'on soit pour ou contre, c'est une réforme systémique d'ensemble qui met 10 à 15 ans à être construite. Ce n'est pas aujourd'hui dans cette situation d'instabilité politique totale que le contexte permettrait de construire une réforme par points.

10:29
Présentateur

Ça, tout le monde le sait. Parce que la CFDT, qui est votre partenaire, elle, est pour la retraite par points en se disant que le régime en annuité qu'on connaît aujourd'hui défavorise les catégories de salaire les plus modestes, en fait.

10:42
Invité politique

Et donc, il faut changer le modèle, tout simplement. Oui, alors, moi, je ne suis pas d'accord sur cette analyse, mais ce que je veux dire, c'est que ce qui agite aujourd'hui cette histoire de la réforme par points, c'est pour tenter de diviser les organisations syndicales tout en sachant très bien que ça n'est pas un sujet d'actualité. Donc, franchement, le sujet d'actualité, c'est l'abrogation de la réforme des retraites. C'est de cela dont il faut parler. Ça ne sert à rien de complexifier le débat en rajoutant plein d'autres paramètres et des choses qui ne sont absolument pas à l'ordre du jour. Le Premier ministre me l'a confirmé.

11:10
Présentateur

Sophie Binet, un certain nombre de partenaires sociaux ont signé tous ensemble une tribune pour appeler les politiques à leur responsabilité il y a quelques jours en disant « nous, on n'a pas les mêmes intérêts » et pourtant on parvient à se mettre d'accord sur certains sujets. Tous ont signé cette tribune. Mais pas vous, à la CGT, pour quelles raisons ?

11:29
Invité politique

Parce que dans cette tribune, il manquait une chose, à savoir la stabilité, pour quoi faire ? Si c'est avoir un gouvernement stable qui continue sa politique de régression sociale, eh bien c'est sans nous. Pour nous, la condition de la stabilité, c'est d'avoir un gouvernement qui réponde aux exigences sociales. Michel Barnier a été censuré à cause de la violence de sa politique sociale. Si François Bayrou veut durer, si le gouvernement veut s'inscrire dans la durée, il faut qu'il réponde aux exigences sociales. Et c'est la question qui est posée sur la réforme des retraites et sur le budget. C'est pour ça qu'il faut avoir des annonces très fortes dans le discours du Premier ministre demain.

12:05
Présentateur

Mais qu'Éric Lombard, le ministre de l'Économie, se tourne vers la gauche et non pas vers le Rassemblement National pour négocier, pour trouver des points de compromis, ça vous rassure ?

12:13
Invité politique

C'est un premier élément important. Par contre, ce qui m'inquiète, c'est que j'ai l'impression qu'encore une fois, ce gouvernement est sous la dépendance du patronat. Et sous la dépendance du MEDEF, la preuve, la première chose qu'a fait Bercy pendant la trêve des confiseurs, c'est de sécuriser le patronat sur ses 200 milliards d'exonérations fiscales et sociales, en le rassurant sur le fait que les aides aux entreprises ne seraient pas modifiées. Je vais prendre un exemple. Les aides à l'apprentissage. La Cour des comptes a sorti toute une série de rapports en disant qu'il y avait beaucoup matière à faire des économies, beaucoup d'abus.

En quoi est-ce qu'il y avait besoin, comme Bercy l'a fait pendant les vacances de Noël, de dire aux grandes entreprises qu'elles continueraient à bénéficier d'aides pour recruter des apprentis ingénieurs qu'elles payent une poignée de moule et qu'elles peuvent licencier au bout de deux ans ?

12:59
Locuteur non identifié

Et Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, qui nous disait avant le fil-info

13:08
Présentateur

la stabilité politique, oui, mais pas à n'importe quel prix, ça vaut aussi pour le budget. Sophie Binet, même si ce n'est pas un budget idéal qui est présenté dans les prochaines semaines, il en faut un absolument ?

13:21
Invité politique

Oui, c'est sûr qu'il faut un budget pour le pays. Ce qu'il faut dans ce budget, c'est d'abord que tous les reculs qui étaient présents dans le budget précédent soient retirés, à commencer par les trois jours de carence pour les fonctionnaires qui étaient très injustes, les coupes dans les services publics et les collectivités territoriales, etc. Nos services publics aujourd'hui vont très très mal. Il y a des milliers d'enseignants qui ne sont pas remplacés, les universités, les organismes de recherche sont clochardisés, nos hôpitaux sont asphyxiés, la preuve de ce qui se passe aujourd'hui.

Et donc ce qu'il faut, c'est augmenter le financement des hôpitaux et il faut des mesures en direction des fonctionnaires qui vont très mal.

13:59
Présentateur

Donc les économies, oui, mais il faut faire attention où ? Dans la partie recettes, les négociations sont en cours sur les impôts. Le principe d'une taxe exceptionnelle sur les grandes entreprises sera bien conservé, c'est ce qu'a dit Eric Lombard, le ministre de l'économie, pour un rendement autour de 8 milliards d'euros. Il veut aussi agir contre l'optimisation fiscale des plus riches. Ça va dans le bon sens pour vous ?

14:20
Invité politique

Ce qu'il faut, c'est de la justice fiscale. Et là, ce qui nous inquiète à ce stade, c'est que nous craignons que le projet de budget comporte moins de mesures de justice fiscale qu'il n'y en avait dans le précédent budget barnier. Ça serait un comble. Qu'est-ce qui vous manque ? Eh bien, pour l'instant, ça ne fait pas beaucoup. Si vous sortez la calculette, ça fait 10 ou 15 milliards, 10 milliards de taxation des grandes entreprises et des plus riches. C'est très faible par rapport à ce qu'il faut trouver. Et donc, il ne faut pas de coupe, encore une fois, dans les services publics. Il faut plus d'argent pour les hôpitaux.

Et pour financer cela, il faut prendre l'argent là où il est, à savoir chez les actionnaires, les grandes entreprises et les plus riches. C'est eux qui ont creusé le déficit et qui ont bénéficié de cadeaux d'Emmanuel Macron depuis 7 ans. Leur fiscalité a baissé de 50 à 60 milliards d'euros chaque année. Il y a la marge de manœuvre.

15:07
Présentateur

Au risque, vous répondra le gouvernement qu'il s'en aille, qu'il quitte la France et qu'il détruise des emplois.

15:12
Invité politique

Oui, c'est toujours le chantage qui est organisé. Nous, ce qu'on constate sur le terrain, c'est qu'ils s'en vont déjà. La preuve, la situation, par exemple, à la Fonderie de Bretagne, une entreprise...

15:22
Présentateur

Vous expliquez ce que c'est, effectivement. C'est une filiale du groupe Renault.

15:26
Invité politique

Voilà, c'est une ancienne filiale du groupe Renault que nous avons réussi à sauver parce que nous avons trouvé un repreneur. Nous sommes en train de diversifier ces débouchés. Et Renault refuse de s'engager sur des volumes jusqu'en 2028 et préfèrent aller produire ailleurs, dans des pays à bas coût. Donc, on voit que, déjà, ce chantage à l'emploi, il a lieu aujourd'hui alors qu'il bénéficie chaque année de quasiment 200 milliards d'euros d'aides publiques aux entreprises chaque année. Rien que pour Renault, c'est 280 millions d'euros d'aides publiques dont Renault bénéficie, d'aides publiques directes. Et je ne parle pas du reste. Renault, entreprise française.

16:00
Présentateur

Renault dont l'État est actionnaire à hauteur de 15%. Vous en avez parlé à François Bayrou. Il vous a répondu quoi ?

16:06
Invité politique

Eh bien, il m'a dit, ça sert à quoi d'être actionnaire de Renault ? Je lui ai dit, bah oui, tout à fait, taper du poing sur la table. Il y en a assez d'avoir un gouvernement qui est faible avec l'effort et fort avec le faible. Il faut que le gouvernement se fasse respecter des multinationales. Aujourd'hui, c'est que les multinationales font la pluie et le beau temps dans le pays et on continue à leur signer des chèques.

16:24
Présentateur

Sophie Binet, vous parliez de la fonction publique et vous parliez des jours de carence. Le nouveau Premier ministre a l'air assez ouvert, en tout cas si on en croit ce qu'on lit ici ou là, des personnes qui l'ont rencontré sur un abandon de la réforme des jours de carence. Le gouvernement Barnier, vous le rappeliez, voulait passer de 1 à 3 jours non indemnisés en cas d'arrêt maladie. Vous, vous avez rencontré François Bayrou. Est-ce que, oui ou non, il vous semble ouvert à l'abandon de cette réforme ?

16:50
Invité politique

Écoutez, je lui ai dit que c'était une ligne rouge totale et que si c'était maintenu, les fonctionnaires seraient dans la rue. Ça, c'est très clair. Il ne m'a pas donné de réponse et m'a renvoyé à son discours de politique générale. Donc, on verra demain.

17:01
Présentateur

Dans une autre vie, vous avez été CPE dans l'élicien professionnel, Sophie Binet. Comment vous réagissez quand vous entendez Elisabeth Borne, nouvelle ministre de l'Éducation nationale, c'est l'ancienne Première ministre, dire qu'il ne faut pas forcément être une spécialiste pour être à la tête de ce ministère ?

17:17
Invité politique

Écoutez, c'est très inquiétant, en fait. Les enseignants sont très inquiets et ressentent ça comme une déclaration très méprisante, une attitude méprisante. Pourquoi ? Parce que la situation dans l'éducation nationale est très mauvaise. Il y a eu quatre ministres pendant l'année. La situation va très mal. Et donc, on a besoin d'avoir une ministre qui soit à l'écoute, impliquée sur ces dossiers, sérieuse. Là, ça renvoie une image de nonchalance.

17:42
Présentateur

Mais elle se dit engagée, justement. Elle veut se battre pour qu'il n'y ait pas les 4000 suppressions de postes qui étaient prévues dans le budget précédent. Ça, vous le tenez en compte, quand même ?

17:52
Invité politique

Le juge de paix, ça va être le budget. Et donc, il faut que dans le budget, il y ait des mesures fortes pour l'école. Il faut qu'il n'y ait pas de suppression de postes. Donc, évidemment, pas 4000, mais zéro. Parce qu'aujourd'hui, on nous dit qu'il y aurait encore 2000 suppressions de postes d'enseignants. Ça n'est pas possible. Il faut aussi que la ministre nous dise ce qu'elle va faire sur la réforme métale choc des savoirs, qui pose beaucoup de problèmes, là, dans sa mise en œuvre dans les collèges, puisque ça casse le groupe classe. Et surtout, ça capte les quelques moyens qu'il y a dans les collèges. Ils sont captés pour mettre en place cette réforme.

18:23
Présentateur

Elle dit qu'il faut attendre d'avoir le bilan, en fait, pour évaluer la réforme.

18:26
Invité politique

Oui, sauf qu'elle commence à annoncer qu'elle voudrait l'étendre sur les quatrièmes et troisièmes. Donc, c'est des signaux qui sont négatifs et inquiétants.

18:32
Présentateur

Un mot sur Parcoursup, parce que c'est le début, cette semaine, le 15 janvier. La ministre veut faire un peu baisser la pression. Il faut un peu dédramatiser, dit-elle, l'orientation initiale. On ne joue pas sa vie, toute sa vie en tout cas, tout son avenir au moment du premier choix. Est-ce qu'elle a raison de dire ça ?

18:47
Invité politique

Non, en fait, ce n'est pas vrai. Malheureusement, quand on est jeune, les choix d'orientation, et notamment d'orientation supérieure, on est à une période de construction individuelle et professionnelle. Et c'est une période cruciale. C'est la raison pour laquelle Parcoursup est un scandale, parce que c'est une violence extrême pour les jeunes. C'est un énorme gâchis. Quand un jeune veut faire médecine, qu'il y a réfléchi, qu'il s'est investi dans ses études depuis des années pour faire médecine, qu'on lui dit « bah non, tu vas faire psycho », « bah non, il n'y a aucun rapport entre la psychologie et la médecine ». Donc, il faut arrêter de mépriser les jeunes.

19:20
Présentateur

Il n'y a pas que Parcoursup.

19:21
Invité politique

Oui, enfin, sur la première année, c'est Parcoursup, puisqu'il n'y a pas le concours. Et ce qui est nécessaire, c'est de faire sauter le concours de médecine, puisqu'on voit qu'on manque cruellement de soignantes et de soignants. Au-delà, sur la question de l'éducation nationale, les enseignants ont besoin de signes forts. Ça fait des années que les fonctionnaires, et en particulier les enseignants et enseignantes, perdent du pouvoir d'achat. Depuis 2010, les fonctionnaires ont perdu 18% de pouvoir d'achat.

Et donc, il faut que dans le budget, il y ait des mesures salariales pour les fonctionnaires de toute catégorie, parce qu'aujourd'hui, on nous dit qu'il y aurait des choses pour les petits salaires. Et donc, encore une fois, les enseignants et enseignantes en seraient exclus. Ça n'est pas possible.

20:00
Présentateur

Je vous ai bien entendu, Sophie Binet. Vous êtes pour la suppression totale du concours d'entrée en deuxième année de médecine.

20:07
Invité politique

Oui, on sait que ce numerus clausus, c'est une catastrophe. On l'avait dénoncé à l'époque, dans les années 70, quand il a été mis en place. Et aujourd'hui, il faut trouver le moyen d'augmenter considérablement le nombre de médecins et de soignantes et de soignants formés. Emmanuel Macron nous a annoncé la fin du numerus clausus, mais c'est une fin en trompe-l'œil, puisqu'il y a encore un phénomène de sélection à peu près avec les mêmes volumes du numerus clausus. Et je suis contente de constater que le ministre de la Santé a la même analyse que nous et voit bien qu'il faut faire sauter ce numerus clausus dans les faits.

20:39
Présentateur

En parlant de médecine, 87 hôpitaux ont déclenché le plan blanc face à l'épidémie de grippe qui surcharge les urgences un peu partout en France. Plan blanc qui permet de rappeler, on le rappelle, du personnel et de déprogrammer des opérations non urgentes afin d'augmenter le nombre de lits disponibles. Vous avez des remontées de terrain, vous, qui vous indiquent la situation dans laquelle se trouvent les soignants ?

20:57
Invité politique

Oui, catastrophique. Catastrophique parce qu'on a des soignantes et des soignants qui sont déjà épuisés et à qui on demande actuellement de renoncer à des jours de congé, de faire des heures supplémentaires alors qu'il et elle travaillent largement plus de 35 heures. Et puis elle est aussi catastrophique pour les usagers parce que déprogrammer des opérations, c'est pas neutre. Ça veut dire que c'est des gens qui attendaient depuis des mois pour se faire opérer d'un cancer, de je ne sais quoi et on va les repousser sans date de report. Tout ça pour une simple épidémie de grippe. Et donc ça montre le niveau de pression dans lequel sont nos hôpitaux.

C'est quoi, c'est un manque d'organisation ou un manque de moyens ? C'est un manque de moyens, clair. C'est pas un problème de manque d'organisation, c'est que nos hôpitaux sont à l'os et ça fait des années que les soignantes et les soignants le disent. Donc il faut que les mesures soient prises dans ce budget 2025. Aujourd'hui le drame, c'est que les soignantes et les soignants n'en peuvent plus et ils quittent l'hôpital public. C'est le signal d'alarme le plus inquiétant qui est tiré aujourd'hui. On perd des soignantes et des soignants. Les infirmières restent en moyenne 5 ans à l'hôpital avant de partir ailleurs parce que la situation est intenable.

22:01
Présentateur

Question politique pour ce sujet. Quelques jours après la mort de son père, Marine Le Pen explique qu'elle ne se pardonnera jamais la décision de l'avoir exclue du Front National en 2015 parce que, dit-elle, ça lui a causé une grande douleur. Quand vous l'entendez, comment est-ce que vous réagissez à cette déclaration de Marine Le Pen ?

22:25
Invité politique

Eh bien ça confirme que le Rassemblement National n'a pas changé de nature et que Marine Le Pen est aussi raciste, antisémite, homophobe que ne l'était son père. Voilà tout. Là c'est la dimension un peu personnelle qu'elle met en avant. Elle dit, moi je lui ai fait du mal, j'aurais pu faire autrement. Non mais sauf que la vie politique, ce n'est pas une affaire de famille. C'est aussi important d'ailleurs de distinguer les choses. C'est une femme politique, Jean-Marie Le Pen est un homme politique qui a été condamnée à de multiples reprises pour des propos racistes, antisémites et homophobes et elle nous dit qu'elle n'aurait pas dû l'exclure de son parti.

C'est QFD, ça confirme la nature raciste, homophobe et antisémite du parti de Marine Le Pen.

23:01
Présentateur

Une dernière question sur, vous avez vous plus de 84 000 personnes qui vous suivent sur le réseau social X détenu par Elon Musk. On regarde ces déclarations et ces tentatives parfois d'ingérence en Europe. Est-ce que vous êtes de celles qui se posent la question de quitter X anciennement Twitter ?

23:20
Invité politique

Je pense que la situation sur X est scandaleuse. C'est très inquiétant d'avoir l'homme le plus riche du monde qui aujourd'hui est en campagne mondiale pour soutenir l'extrême droite partout dans le monde. Il le fait en Allemagne, en Grande-Bretagne, il l'a fait au Brésil et il va le faire en France. On sait d'ailleurs qu'il y a des soupçons de détournement des algorithmes pour favoriser des propos d'extrême droite. Tout cela est très grave. Mais le problème, c'est que la solution ne peut pas venir de choix individuels sur partir ou rester.

C'est aux États et notamment à la Commission européenne de taper du poing sur la table et de se faire respecter du fait des règles en matière de liberté d'expression en Europe. C'est scandaleux que l'homme le plus riche du monde puisse en toute impunité promouvoir des idées d'extrême droite et attaquer nos démocraties. Il faut que la Commission européenne se fasse respecter.

24:08
Présentateur

Donc vous restez sur X.

24:09
Invité politique

À ce stade.

24:10
Présentateur

Merci Sophie Binais, secrétaire générale de la CGT, invitée du 8.30 France Info ce matin. Je vous laisse en compagnie de Salia Braquilla, Renaud Deli pour les informer dans quelques minutes. Je vous laisse en compagnie de Salia Braquilla.