Travail le 1er-Mai : "Il ne doit pas y avoir d'ouverture", insiste la secrétaire générale de la CFDT
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Et bonjour Marie-Lise Léon, bienvenue et merci d'être avec nous ce matin sur France Info, quelles sont les solutions de la CFDT face à la hausse des prix du carburant, faut-il taxer les profits de Total Énergie en pleine crise énergétique, voilà quelques questions qu'on va aborder avec vous ce matin pendant cette demi-heure, mais d'abord commençons évidemment par ce jour, ce 1er mai, et un fait notable, cette année vous allez défiler aux côtés notamment de la CGT, ça veut dire quoi, ça veut dire que l'heure est grave ?
Non, ça veut dire que ça nous arrive régulièrement, et cette année on a souhaité marquer le coup, notamment à Paris, puisque c'est à Paris que je défilerai personnellement, c'est une année particulière, parce qu'aujourd'hui c'est une année où on a connu des attaques particulièrement frontales contre le 1er mai, et je pense que c'est important pour la CFDT d'être présente et de défendre cette journée particulière qu'on nous brandit comme un totem, pour la CFDT c'est un symbole important, un symbole d'un jour qui n'est pas comme les autres, un jour férié qui n'est pas comme les autres, et un jour de repos, un jour de reconnaissance de l'investissement des travailleurs et des travailleuses au quotidien, et je pense que c'est important d'être ensemble pour défendre cette journée.
Mais Marie-Lézion, d'abord une question sur la mobilisation, les vacances scolaires ne sont pas terminées, en tout cas pas à Paris, vous attendez combien d'années cet après-midi ?
Il n'y a pas d'objectif précis, l'idée c'est de pouvoir offrir un cadre à ceux et celles qui veulent défendre avec nous cette journée du 1er mai, donc ça sera un défilé à Paris, ça sera des événements en Haute-France, une journée festive pour la CFDT avec un concert.
Il y a moins de monde désormais.
Non, je pense que l'important c'est d'offrir un cadre qui permette de partager du temps collectivement pour défendre une journée comme le 1er mai, donc ça va se faire de façon très différente en fonction des territoires, des villes, des régions, et pour la CFDT à Paris ça sera le défilé, à République à 14h.
Le 1er mai, et on l'a beaucoup évoqué, on l'a encore évoqué ce matin sur France Info, c'est aussi la question du travail le 1er mai, avec plus ou moins cette dérogation d'ouverture accordée par le gouvernement pour les fleuristes et les boulangers cette année, avant sans doute un changement de la loi. Ce que nous indiquait ce matin le patron de la Confédération des boulangers-pâtissiers, c'est que 70% des boulangeries seront ouvertes aujourd'hui, a priori. Est-ce que vous comprenez cette ouverture ?
Je comprends qu'il y a aujourd'hui un flou réglementaire qui fait qu'il y a une zone d'insécurité juridique. Pour la CFDT, les professions de la boulangerie et des fleuristes doivent passer par des accords collectifs de branches pour pouvoir définir les modalités d'ouverture, et notamment les modalités de volontariat des salariés qui peuvent être amenés à travailler ce jour férié. Pour la CFDT, ça ne doit concerner que l'artisanat, que ce soit très clair, et uniquement ces deux branches professionnelles.
Ça veut dire quoi, pardonnez-moi, concrètement l'artisanat ? Parce qu'on pourrait vous dire des bouchers, charcutiers...
Alors bouchers, ce n'est pas dans le scope. Les boulangers qui travaillent dans des grandes chaînes industrielles, c'est non pour la CFDT. On est sur un cadre extrêmement défini, qui a été repris par le Premier ministre et l'Université du Travail. Donc pour nous, les choses sont très claires. 2026, les accords de branches n'ont pas été conclus, donc la règle c'est qu'il ne doit pas y avoir d'ouverture. Aujourd'hui, il y a un patron d'une fédération, il doit assumer, lui, il considère qu'il peut ouvrir et que 70% des boulangers peuvent ouvrir. C'est sa responsabilité. C'est de sa responsabilité. Pour mon organisation, ce qui est extrêmement important, c'est la question du volontariat.
Mais pardonnez-moi, juste pour revenir un petit peu en arrière, vous avez évoqué le texte du gouvernement qui a été présenté cette semaine.
Ça veut dire que ce texte, il vous convient plutôt ? Non, il n'est même pas encore débattu. Ce qui nous importe, c'est qu'il renvoie, la loi renvoie le fait qu'il doit y avoir des accords, des négociations de branches qui permettent de définir les conditions pour les salariés qui pourraient être amenés à travailler dans ces secteurs.
Si vous dites qu'il y a un flou réglementaire, voire un vide, il va être nécessaire qu'il y ait une clarification.
Ça ne doit certainement pas être la porte ouverte à d'autres secteurs d'activité qui veulent pouvoir ouvrir ce jour-là, qui doit rester une journée exceptionnelle et une journée de reconnaissance de l'investissement des travailleurs et des travailleurs. Et aujourd'hui, vous avez compris le cadre légal, les contrôles, qui sera contrôlé, sanctionné, pas sanctionné ? Non, c'est extrêmement flou. Je pense que le gouvernement joue sur l'ambiguïté pour ne pas fâcher les professions qui considéraient qu'elles pouvaient ouvrir de façon extrêmement large. Donc, pour mon organisation, c'est extrêmement clair. Le 1er mai 2026 ne doit pas être différent du 1er mai 2025 ou 2024.
La règle, ce n'est pas l'ouverture. Il faut attendre qu'il y ait des accords de branche uniquement dans les secteurs de la boulangerie et des fleuristes, artisanal, pour pouvoir être fixé. Et donc, c'est rendez-vous au 1er mai 2027.
On rappelle que le 1er mai 2024 que vous avez cité, il y a des boulangers en Vendée qui ont été contrôlés et qui ont été verbalisés. Est-ce que vous comprendriez qu'aujourd'hui, des boulangers soient verbalisés au 1er mai 2026 ?
Je le comprendrais parce que je pense que ceux qui, de façon délibérée, ouvrent alors qu'elles ne le faisaient pas auparavant et qu'elles décident d'ouvrir en 2026, je pense que c'est une forme de provocation au regard du débat qu'il y a pu y avoir. Et je pense qu'en fait, au-delà de cette question du 1er mai pour les boulangers, est-ce que véritablement on peut se passer de pain frais une journée dans l'année ? Moi, j'en suis convaincue. Je pense qu'il y a des offensives politiques d'utiliser cette journée pour libérer, soi-disant, le travail qui serait trop entravé par le Code du Travail.
Fensives politiques de qui ? De quoi ?
De responsables politiques. Vous pensez à Gabriel Attal et à Renaissance ? Initialement, ce projet de loi, cette proposition-là, elle était dans une niche des Républicains. Elle a été récupérée par le Bloc Central et Renaissance. Et je pense qu'il y a une volonté de vouloir pointer du doigt un Code du Travail qui serait trop contraignant et qui entraverait l'activité économique, ce qui n'est absolument pas le sujet de 2026 et qui, j'espère, ne sera certainement pas le sujet de 2027.
En ce premier, un autre sujet de préoccupation pour vous, c'est la question des fonctionnaires. Vous publiez un baromètre du travail dans la fonction publique avec des chiffres assez préoccupants. Un tiers des agents disent subir des agressions verbales, en particulier à l'école, à l'hôpital. Qu'est-ce qui se passe et comment vous expliquez cette tension qui monte ?
Je pense que les agents des fonctions publiques sont confrontés à tous les maux de la société, les tensions sociales qui peuvent émerger et donc s'inviter. Quand on travaille dans un EHPAD, j'étais avec des responsables et des militants, des adhérents hier pour présenter justement ce baromètre de l'état du travail dans les fonctions publiques. Lorsqu'on a une enseignante comme Lysiane qui nous parle de l'agressivité des parents, Pauline qui est aide-soignante en EHPAD qui nous expliquait l'agressivité des familles lorsqu'elles sont dans l'incompréhension vis-à-vis de la situation d'un résident.
Il y avait également Anthony qui est agent des routes pour un département qui nous expliquait l'agressivité de certains usagers qui passent sur une route et qui se sentent entravés. Mais pardonnez-moi, mais là c'est le constat qu'est-ce qu'on fait pour y remédier ? L'état du travail pour la CFDT, ce baromètre, il est extrêmement important parce qu'on veut mettre en lumière ce qu'est le travail. Quel est le métier de toutes ces personnes qu'on peut appeler de façon très générique les fonctionnaires, les agents des fonctions publiques ? Derrière tous ces métiers, il y a du travail qui peut être défini de façon très large.
C'est accompagner des familles, c'est assurer la sécurité d'un certain nombre d'usagers, c'est transmettre des savoirs. Et donc ce sont des métiers du lien social, ce sont des métiers qui contribuent à cette cohésion sociale. Et dans une société où les tensions sont de plus en plus fortes, ils sont en première ligne. Et donc il est de la responsabilité des employeurs d'assurer la santé et la sécurité, de protéger ses agents. Et bien la question qui est aujourd'hui posée par la CFDT, c'est quoi le dialogue social dans les fonctions publiques ? Comment on réussit à poser un certain nombre de choses ? Comment on écoute ceux qui font le travail ?
Ceux qui savent comment ça se passe et qui ont des solutions pour y remédier ?
Pardonnez-moi, ce n'est pas un problème plus global d'une société qui est un peu accroche ?
Ce n'est pas parce que c'est global qu'il n'y a rien à faire. Et un des premiers enjeux quand on échange avec les agents des fonctions publiques, c'est le manque de confiance de leur hiérarchie. Je pense qu'il y a une révolution managériale à mener dans l'ensemble des fonctions publiques. Les agents ne se sentent pas soutenus, ils se sentent contrôlés, ils se sentent surveillés. Quand ils sont parfois victimes d'agressions, ils ne se sentent pas soutenus par leur hiérarchie. C'est tout ce dont il faut pouvoir parler pour pouvoir régler ces problèmes.
Améliorer le management, comme on dit.
Oui, mais c'est essentiel. C'est essentiel quand vous êtes dans un métier où vous rencontrez des difficultés et vous ne vous sentez pas soutenus, c'est extrêmement difficile. Dans les fonctions publiques, juste une précision, le tableau est assez sombre. Néanmoins, une majorité des agents qui ont été interrogés disent qu'ils aiment leur travail, ils aiment leur métier. Néanmoins, on voit bien qu'un quart d'entre eux envisagent de partir. C'est-à-dire qu'il y a un vrai sujet d'attractivité de tous ces métiers des fonctions publiques.
Marie-Lézé, on voulait aussi vous parler d'un sujet qui concerne tous les salariés, tous les travailleurs en ce 1er mai. C'est la question du SMIC, du salaire minimum. Il devrait augmenter de 2% à l'été, la faute à l'inflation. On va parler de l'inflation, mais vraiment sur ce salaire minimum. Le gouvernement attend que l'inflation se confirme, mais pour vous, il faudrait d'ores et déjà l'augmenter. C'est une nécessité ou on ne peut pas mettre d'attendre ?
On ne peut pas attendre. De toute façon, il y a un mécanisme d'automaticité. Donc il faut que le SMIC puisse être augmenté, parce qu'il y a une inflation aujourd'hui qui est estimée à plus de 2%. Mais ce n'est certainement pas la fin de l'histoire. Pour la CFDT, quand on est l'augmentation du SMIC, il faut qu'il y ait en parallèle des négociations dans les différentes branches professionnelles qui permettent de répondre à cette augmentation dans l'ensemble des coefficients des différents secteurs professionnels. Aujourd'hui, vous avez 47 branches professionnelles, donc des conventions collectives, où il y a encore des niveaux de coefficients qui sont sous le SMIC.
Ce n'est absolument pas acceptable. Ça avait été un peu amélioré quand même ces dernières années. Sauf qu'il faut véritablement que les employeurs prennent leurs responsabilités et répondent à cet enjeu de négocier, de se mettre autour de la table et de prendre à bras le corps ce sujet du pouvoir d'achat et des difficultés qu'ont un certain nombre de salariés à boucler les fins de mois.
Quand certains politiques parlent d'un SMIC à 1 600 euros par mois, est-ce que pour vous c'est réaliste ?
Oui, ça peut être. La question n'est pas tellement le montant pour la CFDT. Il faut pouvoir, je termine par l'explication, il faut pouvoir effectivement vivre dignement du SMIC quand on est au salaire minimum. L'important, c'est de ne pas y rester scotché pendant des années comme aujourd'hui. C'est le cas. Le salaire minimum, c'est le salaire d'entrée dans la vie active lorsqu'on n'a pas de diplôme particulier, on n'a pas de qualification particulière. Ça ne peut pas être un salaire auquel on reste collé pendant 5-10 ans. Ça, ce n'est pas acceptable. Donc nous, on fait des propositions très concrètes pour dire que le SMIC, ce n'est pas plus de 2 ans.
Au-delà de 2 ans, un employeur qui continue de payer quelqu'un au SMIC, il ne doit plus bénéficier des exonérations de cotisations, par exemple.
Nous sommes toujours avec Marie-Lise Léon, secrétaire générale de la CFDT sur France Info.
En ce 1er mai, parmi les préoccupations du cortège dans lequel vous allez défiler à partir de 14h à Paris, il y aura la question du pouvoir d'achat qui occupera une place importante, notamment dans ce contexte de hausse des prix des carburants lié au blocage du détroit d'Hormuz. La CGT réclame le blocage des prix des carburants, comme la France Insoumise. Quelle est votre position sur cette mesure ?
Pour la CFDT, il y a des réponses à apporter de plusieurs natures à court terme. Et je pense que le rôle du gouvernement, c'est de veiller à ce que les distributeurs n'augmentent pas de façon inconsidérée les prix. Ce qu'il fait actuellement, et donc je pense que c'est une bonne chose. Sur la question du blocage ? Non, la question de surveiller le fait qu'il n'y ait pas de l'augmentation des prix des carburants, ça c'est le rôle du gouvernement, et je pense qu'il faut qu'il continue de le faire. Aujourd'hui, la question c'est qu'il faut pouvoir avoir véritablement des aides ciblées. C'est-à-dire qu'un blocage généralisé, ça bénéficie à tous, y compris à ceux qui n'en ont pas besoin.
On est face à des inégalités profondes en fonction de ces revenus. Lorsqu'on voit la hausse des prix des carburants, on est inégaux en fonction de ce qu'on gagne, mais aussi la façon dont on utilise son véhicule. Et donc, les aides ciblées pour la CFDT, ça doit être en priorité pour les travailleurs qui utilisent leur véhicule pour aller travailler. Les aides à domicile, les employés qui habitent loin de leur lieu de travail, pour lesquels il n'y a pas de mode de transport collectif, c'est ce qu'ils font. Il faut pouvoir affiner au mieux, et faire en sorte que ces aides puissent être véritablement ciblées.
Il y a cette sorte de chèque carburant, il y a ces aides sectorielles qui sont évoquées. Vu que ce que vous évoquez semble quand même coller un peu à ce que dit le gouvernement, qu'est-ce qui manque selon vous ?
Ce n'est pas que ça colle, c'est que je pense qu'il faut trouver des bonnes solutions. Qu'est-ce qui peut manquer ? Je pense qu'il faut maintenant que les employeurs prennent aussi leur part de responsabilité.
En faisant quoi ?
En faisant des vrais négo salariales, faire en sorte qu'on puisse intégrer dans ces négo salariales l'augmentation du prix de la vie et des dépenses contraintes, c'est travailler sur l'organisation du travail, revoir éventuellement les horaires, permettre la possibilité de venir en covoiturage, c'est travailler sur le télétravail par exemple. Donc il y a une multitude de possibilités. Et aujourd'hui, je pense que l'État fait sa part. Les employeurs aujourd'hui doivent aussi prendre leurs responsabilités et ne pas attendre que ce soit uniquement le gouvernement qui agisse.
C'est dans ce contexte en tout cas que l'énergéticien Total Energy annonce un bénéfice en hausse de 50% à 5 milliards d'euros pour le premier trimestre. Est-ce qu'à vos yeux, Total profite de la guerre ?
Je pense qu'on est dans un cadre assez exceptionnel. Nous sommes dans une situation exceptionnelle, des profits exceptionnels. Et je pense qu'il doit y avoir des réponses exceptionnelles. La première des réponses qu'attend la CFDT dans le groupe, c'est un véritable partage de la valeur créée. Et aujourd'hui, ça n'est pas le cas. Il y a eu des discussions notamment salariales. C'est-à-dire des primes pour les salariés déjà. Des primes et puis une juste reconnaissance du travail. Total Energy, c'est un immense groupe. Tous les salariés ne sont pas logés à la même enseigne.
Et nous, notre rôle, c'est de faire en sorte que des filiales comme Jinson, des filiales comme Argédis puissent aussi être mieux reconnues.
Marie-Lise Léon, il y a beaucoup de salariés chez Total.
Ensuite, quand je parle de situation, mais oui, mais c'est important. Moi, je suis syndicaliste. Mon boulot, c'est aussi de défendre les droits des travailleurs dans ce groupe qui ne sont pas de même nature. Et c'est un groupe où il y a de profondes inégalités de traitement en fonction de votre statut et de la filiale dans laquelle vous vous trouvez. Et ça, je ne trouve pas ça. Ce n'est pas juste. Il faut pouvoir élargir le champ de cette négociation. Quand je dis qu'il y a une situation exceptionnelle, aujourd'hui, je pense que la question de la taxation exceptionnelle, elle doit aussi être posée. Elle doit aussi être posée.
Quelle est la légitimité de ce type de profit dans un cadre géopolitique extrêmement complexe ?
Comment on taxe ? Parce que, pardonnez-moi, en 2022, la question s'était posée à peu près dans les mêmes termes au début de la guerre en Ukraine. Une taxe avait été mise, sur la question du raffinage notamment, et elle avait rapporté beaucoup moins que prévu, seulement 69 millions d'euros, contre au début 3 à 6 milliards annoncés. Concrètement, est-ce qu'on a les outils pour aller taxer ces super-profits de manière efficace quand on sait que c'est une multinationale qui fait du profit partout, qui paye ses impôts en grande partie à l'étranger ?
Comment on fait ? Là, c'est aux législateurs de se creuser la tête et de trouver le bon levier pour pouvoir agir efficacement. Je suis d'accord sur le fait qu'aujourd'hui, les outils ne sont pas adaptés, qu'il y a des possibilités de stratégie d'évitement qu'il faut pouvoir réguler et donc faire en sorte que... Et je pense que c'est important que le gouvernement et les responsables politiques ne soient fermes sur leur objectif de dire qu'aujourd'hui, il faut que Total Energy puisse redistribuer une partie et qu'en Total, une partie avec les outils législatifs peut-être à inventer pour pouvoir faire en sorte...
Mais quand Total dit, il soit effectif. Quand on écoute Total, ils disent mais nous, on fait déjà des efforts parce qu'on a ce prix de bloquer 1,99€ à la pompe dans nos...
Mais même avec un prix bloqué, on voit bien que les profits sont exceptionnels et démesurés au regard de ce qu'ils font habituellement. Donc je trouve ça très sain qu'on ait ce type de débat aujourd'hui et que les responsables politiques soient clairs sur les objectifs, charge ensuite à eux de trouver les moyens pour pouvoir le mettre en œuvre.
Alors, également dans l'actualité, cette polémique qu'il y a pu avoir à gauche à propos du député François Ruffin, député de la Somme, ex-insoumis, possible futur candidat à l'élection présidentielle qui a causé des remous notamment du côté justement de ses anciens alliés et ses anciens amis de la France insoumise. Il a évoqué la question de l'immigration et pour lui, faire appel à une immigration de lui travail excessif peut-être dangereux. C'était mardi sur France 2.
La France ne doit pas faire appel à des médecins algériens, tunisiens, roumains. Elle doit avoir ces médecins qu'elle forme et qui nourrit son système. Moi, je suis hostile à l'immigration pour le travail. Je ne veux pas que ce qu'on a fait hier sur l'industrie, sur les météorologies, sur Renault, on le refasse aujourd'hui sur les services.
Est-ce que vous comprenez sur le fond, Marie-Lise Léon, ce que dit François Ruffin ? Pour nos auditeurs qui ne vous voient pas, vous faites l'amour.
Non, je pense que c'est un débat extrêmement intéressant. Je ne suis pas complètement sûre que François Ruffin ait été claire sur ses intentions. En ce qui concerne la CFDT, on est convaincus que l'économie française ne tient pas sans immigration. Aujourd'hui, vous avez des secteurs entiers qui tiennent l'hôtellerie, la restauration, le bâtiment, les travaux publics. Nous avons besoin de ces personnes qui viennent pour diverses raisons, soit pour travailler, soit pour préserver leur propre vie, individuellement, familialement. Et donc, je pense que nous ne pouvons pas vivre dans un pays où les frontières sont totalement fermées économiquement.
Mais ce n'est pas ce que propose François Ruffin, pardonnez-moi. Lui, ce qu'il dit, c'est que le patronat, quelque part, profite d'une certaine forme d'opportunité, de tirer les salaires par le bas, grâce aux étrangers qui viennent apporter la main-d'œuvre et travailler en France.
Je partage l'idée qu'on doit avoir des filières de formation pour pouvoir faire en sorte que ceux qui sont aujourd'hui sur le territoire puissent se former et devenir médecins, cuisiniers ou ouvriers des travaux publics. Les filières, elles doivent se renforcer en France et permettre de répondre aux besoins aujourd'hui économiques sur l'ensemble de ces secteurs. Mais néanmoins, je ne pense pas qu'aujourd'hui, et je ne sais pas si c'est ce qu'il a en tête, on puisse se dire qu'on peut faire fonctionner le pays sans cette population immigrée.
Mais pardonnez-moi, ça n'est pas vrai, pour être très clair, ça n'est pas vrai que, pour le patronat, ça peut être, entre guillemets, pardonnez-moi le terme, mais une bonne affaire de faire venir des gens.
Je n'irai pas dans ce cynisme-là. Vous ne croyez pas que ce soit possible ? Il y a des employeurs qui profitent, qui travaillent notamment, qui font travailler des personnes sans-papiers, qui ne les accompagnent pas dans leurs démarches administratives, qui ne veulent pas les régulariser, etc. Ça existe, ça existe. Mais je pense qu'aujourd'hui, et là, pour le coup, c'est un véritable enjeu pour les années à venir, au regard de notre démographie, il faut pouvoir dire de façon extrêmement claire, et les employeurs doivent pouvoir aussi le dire de façon extrêmement claire, nous avons besoin de cette main-d'œuvre immigrée.
Et donc, il n'y a pas de fonctionnement de l'économie française sans avoir ces personnes qui travaillent.
Ce discours de François Ruffin, on est plus habitué à en l'entendre, par exemple, dans les rangs du Rassemblement National, il traduit quoi, selon vous ? Est-ce que c'est une peur que la gauche laisse ce thème-là à l'extrême droite ?
Non, je pense qu'il faudra lui poser la question pourquoi il fait ce type de sortie et pourquoi ça agite autant, moi. Moi, en tant que responsable syndical, ce qui m'intéresse, c'est de sortir de l'hypocrisie, du fait qu'aujourd'hui, il y a des formations politiques, notamment à l'extrême droite, qui considèrent qu'il suffirait de fermer les frontières pour pouvoir faire travailler tout le monde et diminuer le chômage. Ça n'est pas vrai, ça ne fonctionne pas comme ça. Et donc, il faut pouvoir dire de façon extrêmement claire et limpide « Nous avons besoin de la population et de cette main-d'œuvre immigrée. Il y a des secteurs entiers qui fonctionnent grâce à elle.
Et donc, c'est respecter ces personnes dans leur dignité, dans leurs conditions de travail et leur permettre des conditions d'accueil dignes. C'est vraiment l'essentiel. »
Merci beaucoup Marie-Lise Léon, secrétaire générale de la CFDT, d'avoir été avec nous ce matin sur France Info. Merci beaucoup Camille Vigon-Lequat. Le Nouvel Obs, restez sur France Info.