3/5 - Conférence du 02 février 2021 : Alain LAMASSOURE
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« l'élection du Parlement européen sur l'âge universel, la création du Conseil européen, le lancement du système monétaire européen »
- 2:26Invité politiqueFait
« ce qui sera fait sous Mitterrand et Kohl en 1992 »
- 3:54Invité politiqueChiffre
« douze pays avaient décidé de passer à la monnaie unique en 1999 »
- 4:18Invité politiqueFait
« le lobbying forcené de Giscard et de Schmitt, notamment, a aidé à convaincre les principaux dirigeants économiques et financiers et politiques de la nécessité d'appliquer vraiment le traité de Maastricht »
- 4:48Invité politiqueFait
« en décembre 2000, en Nice, le Conseil européen adopte un nouveau traité européen »
- 5:32Invité politiqueFait
« à peine l'encre était-elle sèche de ce traité, que ses auteurs se soient rendus compte qu'il était nul »
- 5:45Invité politiqueFait
« comment prépare-t-on un traité ? On fait travailler des diplomates »
- 5:56Invité politiqueFait
« ce dont elle avait besoin, c'était d'un traité hors norme, d'un traité quasiment constitutionnel »
- 6:52Invité politiqueFait
« la Charte européenne des droits fondamentaux de la personne humaine, qui avait été élaborée par une convention qu'avait présidée le président de la République allemande, Roman Herzog »
- 7:50Invité politiqueFait
« Valéry Giscard d'Estaing a eu quelques initiatives, il n'a pas hésité à décrocher son téléphone pour convaincre le président Chirac de proposer son nom »
- 8:57Invité politiqueFait
« à faire adopter par consensus, c'est-à-dire quasiment à l'unanimité des représentants de toutes les forces politiques de tous les pays d'Europe, un traité constitutionnel pour l'Europe »
- 11:04Invité politiqueFait
« il soumet ce texte à référendum »
- 11:10Invité politiqueFait
« manque de courage politique, très peu gaullien dans son attitude »
- 11:58Invité politiqueFait
« dans le traité de Lisbonne, on a abandonné la mission constitutionnelle, on a appelé ça traité ordinaire »
- 12:14Invité politiqueFait
« il proposerait un nouveau traité européen, reprenant ce qu'il y avait de meilleur dans le traité constitutionnel, mais qu'il ne le soumettrait plus à référendum, qu'il le soumettrait à l'Assemblée nationale »
Temps de parole
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Alain Lamassoure, vous le connaissez depuis très longtemps, mais le moment où vous avez travaillé le plus étroitement avec lui, c'était au moment de la fameuse convention. Une fois qu'il avait quitté la présidence de la République, il n'a pas du tout abandonné l'Europe, au contraire, même s'il n'apparaissait plus en première ligne jusqu'à cette fameuse convention.
Oui, effectivement. Je voudrais saluer les autres participants et notamment, j'ai vu que parmi ceux qui suivent nos travaux, j'ai d'anciens collègues européens tels que François Zobostet, je salue tous les amis. Oui, moi, vis-à-vis de Valége Cardestin, je suis en situation un petit peu particulière parce que j'ai travaillé avec lui à l'Élysée, mais pas du tout sur les sujets européens. D'ailleurs, de manière étrange, il n'avait pas de conseiller européen à l'Élysée. Il suivait lui-même les dossiers européens, les conseils européens.
Il avait comme secrétaire général pendant longtemps Jean-François Ponset, qui a été ensuite son ministre d'affaires étrangères, qui était lui-même un grand européen, qui avait participé au cabinet de Maurice Faure en l'élaboration et en négociation du travail des drogues. Et par contre, une fois qu'il a quitté l'Élysée après le 10 mai 1981, j'ai travaillé avec lui en politique et notamment j'ai suivi tout son parcours européen après l'Élysée, y compris dans une période où il espérait bien revenir à l'Élysée. Alors, il était revenu dans la politique nationale en 1989 en se faisant élire au Parlement européen et il a siégé pendant toute une mandature au Parlement européen.
Et au fond, dans son parcours européen, en quelque sorte, Péderich Cardestin a eu trois périodes. La période Giscard président, où notamment, je pense qu'on en reparlera avec son ami le chancelier allemand Helmut Schmidt, ils ont fait avancer un certain nombre de grands dossiers. L'élection du Parlement européen sur l'âge universel, la création du Conseil européen, le lancement du système monétaire européen, c'est-à-dire de toute la démarche qui, fatalement, était longue pour mettre en place la monnaie unique, ce qui sera fait sous Mitterrand et Kohl en 1992.
Donc, premier âge, le président de la République, deuxième âge, le lobbyiste, et puis, troisième période, le constituant, en quelque sorte.
Alors, le lobbyiste, ce que j'appelle le lobbyiste, ça va durer de 1980, dans les années 80, disons, jusqu'au début du XXIe siècle, en partie pendant cinq ans au Parlement européen, en dehors du Parlement européen, à travers un comité pour l'Union monétaire de l'Europe, qu'il a créé et co-présidé longtemps avec Edmund Schmitt, et qui a joué un rôle extrêmement important pour convaincre l'opinion publique, à commencer par les premiers intéressés qui étaient les financiers, les banquiers, le monde économique, les milieux économiques, les entreprises, les syndicats, de la nécessité de passer du grand marché à l'Union monétaire, et période qui méritera, je le dis à Éric Roussel et aux autres historiens qui participent à notre échange, et qui méritera une étude particulière, entre 92 et 99, il s'est passé quand même sept ans, pendant lesquels douze pays avaient décidé de passer à la monnaie unique en 1999, et ont été obligés de mettre leurs finances nationales en ordre pour mériter d'entrer dans l'Union monétaire.
Ça a été une période très difficile où il y a eu des hésitations dans tous les pays. Il y a eu des hésitations en Allemagne, il y a eu des hésitations en France, notamment quand Jacques Chirac était président de la République, et où le lobbying forcené de Giscard et de Schmitt, notamment, a aidé à convaincre les principaux dirigeants économiques et financiers et politiques de la nécessité d'appliquer vraiment le traité de Maastricht.
Alors, troisième âge, le constituant, il s'est passé là un phénomène qui est extrêmement rare, qui n'arrive pratiquement jamais, en décembre 2000, en Nice, le Conseil européen adopte un nouveau traité européen qui était destiné à permettre le grand élargissement aux pays d'Europe centrale et orientale libérés du communisme, et donc il fallait adapter les institutions, et le système de décision européen, et les compétences de l'Union, pour faire en sorte que la grande Europe fonctionne aussi bien que la petite, ou pas plus mal que la petite.
Et, là où je dis, c'est un phénomène qui n'arrive jamais, à peine l'encre était-elle sèche de ce traité, que ses auteurs se soient rendus compte qu'il était nul, et qu'il ne permettrait pas de faire fonctionner la grande Europe. Et chose encore plus extraordinaire, ils en ont compris la raison. C'était le mode d'élaboration. Ça avait été préparé comme un traité, et comment prépare-t-on un traité ? On fait travailler des diplomates. Or, l'Europe en est arrivée à un point tel que ce dont elle avait besoin, c'était d'un traité hors norme, d'un traité quasiment constitutionnel. Et c'est à ce moment-là qu'il y a eu une convergence d'éléments favorables qui ont permis à Valéry J.
Cardestin de réapparaître comme le diable de la boîte, en quelque sorte. Je s'y dis avec beaucoup de respect et prenant de ma part d'affection. Mais il a fallu quand même une conjonction assez extraordinaire. Le besoin d'un nouveau traité européen, toute affaire cessante. Le besoin d'une nouvelle méthode.
Le fait que le Parlement européen, à cette époque, a eu l'intelligence de proposer comme méthode une convention, c'est-à-dire on laisse de côté les diplomates, exactement, on garde les diplomates, mais surtout, on constitue une grande assemblée avec des représentants de tous les peuples, des représentants élus, des parlementaires de tous les peuples, y compris aussi des parlementaires européens, et cette méthode de la convention avait déjà été expérimentée pour élaborer un texte magnifique qui est la Charte européenne des droits fondamentaux de la personne humaine, qui avait été élaborée par une convention qu'avait présidée le président de la République allemande, Roman Herzog, un homme extrêmement respecté.
Dans le système allemand, l'homme fort ou la personne forte, c'est le chancelier ou la chancelière. Mais il y a un président, chef d'État, qui est en général très respecté. Et Roman Herzog était un juriste qui avait mené ça de manière tout à fait satisfaisante. Du coup, quand tout le monde s'est mis d'accord pour dire qu'il faudrait utiliser cette note de la convention, réunir une autre convention, constituée selon la même type de composition, on ne peut pas garder le même président, il y a eu un président allemand, pourquoi pas un président français.
C'est là que Valéry Giscard d'Estaing a eu quelques initiatives, il n'a pas hésité à décrocher son téléphone pour convaincre le président Chirac de proposer son nom. Et donc, il s'est retrouvé à la présidence d'une assemblée improbable, tout à fait étonnante, qui a travaillé pendant 18 mois, qui comprenait 200 personnes, avec des représentants des gouvernements, des institutions européennes, la Commission, le Parlement, et aussi de tous les parlements nationaux, c'est-à-dire de tous les partis politiques de tous les pays d'Europe, de la grande Europe, il y avait même à l'époque, on avait même invité, au moins comme observateur, les Turcs.
Et Giscard a réussi, avec une maestria absolument exceptionnelle, à faire travailler pendant 18 mois cette assemblée tout à fait étonnante, et à faire adopter par consensus, c'est-à-dire quasiment à l'unanimité des représentants de toutes les forces politiques de tous les pays d'Europe, un traité constitutionnel pour l'Europe.
Et le consensus a été tel qu'à la fin, le dernier jour, il n'y a pas eu de vote, il s'est débrouillé, c'est là qu'il a fait preuve d'une maestria invraisemblable, il s'est débrouillé pour faire adopter, petit à petit, toujours sans vote, mais après de très longues discussions, chapitre après chapitre, l'architecture générale, la répartition des compétences, le rôle des institutions, l'élection du président du Conseil européen, l'élection du président de la Commission européenne, etc. Et puis, le dernier jour, il a fait constater qu'on était arrivé à un point acceptable par tout le monde, sans vote.
Et ce qui est assez remarquable, c'est que quand vous n'avez pas de vote, vous ne pouvez pas dire que c'est adopté à l'unanimité. On appelle ça, en termes diplomatiques, le consensus. Il y a consensus lorsque personne ne s'oppose au point de claquer la porte. Il y avait, parmi les 200, un certain nombre d'eurosceptiques, peu nombreux. Je reviendrai sur le problème de l'euroscepticisme juste après. Ils étaient organisés, ils étaient sept. Il y avait des Britanniques, il y avait un Danois qui s'appelait M. Bondé, il y avait aussi un ou deux Français.
Et à la fin, les eurosceptiques, au lieu de contester le consensus et de dire, « Non, il n'y a pas de consensus, et donc faites voter si vous voulez, mais nous, on votera contre. » Ils ont été tellement impressionnés qu'ils ont adopté une déclaration dans laquelle ils disaient, « Nous ne nous opposons pas au consensus. Nous n'y participons pas, mais nous ne nous opposons pas. » Et donc, c'est ainsi qu'est né le traité constitutionnel. Alors, malheureusement, par suite, notamment, de l'extrême maladresse et du manque de courage politique du président Chirac. Extrême maladresse, il soumet ce texte à référendum.
Manque de courage politique, très peu gaullien dans son attitude, alors qu'il perd ce référendum, notamment à cause de son impopularité, et malgré, à l'époque, à l'époque, la popularité du projet européen, il reste en fonction, si bien que l'idée a prévalu depuis que les Français, ce jour-là, avaient massivement rejeté l'Europe. Et donc, malheureusement, le traité constitutionnel n'a pas vu le jour. Évidemment, pour Giscard, ça a été une défaite très amère. Ce qui est amusant, si je puis dire, c'est que nous avons réussi, dans le traité de Lisbonne, on a abandonné la mission constitutionnelle, on a appelé ça traité ordinaire.
Et là, je salue le courage du président Sarkozy, qui, lui, a osé proposer aux Français, et il s'est fait élire président de la République, car il s'enfonçait, il proposerait un nouveau traité européen, reprenant ce qu'il y avait de meilleur dans le traité constitutionnel, mais qu'il ne le soumettrait plus à référendum, qu'il le soumettrait à l'Assemblée nationale. Ce nouveau traité, nous avons été un petit nombre à y travailler, a repris 95% des dispositions du traité constitutionnel, sauf l'essentiel, qui était l'élan, qui était l'enthousiasme, qui animait les conventionnels de 2003, mais qui s'est brisé net en 2005, et qui s'est brisé, hélas, pour 15 ans, voire pour une génération.
Et Giscard en a été meurtri, d'autant plus meurtri qu'il était évident pour tout le monde que dans la fonction de président à temps plein du Conseil européen que prévoyait ce traité, et qui d'ailleurs a vu le jour avec le traité de Lisbonne, disons qu'il s'y voyait. Et il est vraisemblable que si le traité constitutionnel avait été ratifié unanimement, il aurait été un des candidats difficilement contournés. Bon, ne faisons pas du chrony, mais voilà. Et donc il en a été très triste, au point d'ailleurs de, en quelque sorte, désavouer le contenu.
Et à la fin, tout à fait à la fin de sa vie, l'épilogue, si on a le temps, on en dira un mot tout à l'heure, au fond, il préparait plutôt une nouvelle démarche, en considérant que la démarche traité constitutionnelle avait échoué. En réalité, le référendum a échoué, l'élan a été brisé, mais la démarche a finalement réussi. et la démarche a la démarche,
la démarche a la démarche,
Alain Lamassoure