Israël-Palestine : les mots de la guerre 1/18 · Hamas, du quiétisme au terrorisme
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Que désigne le mot Hamas ?
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Aujourd'hui, assiste-t-on à une véritable évolution du Hamas par rapport à ce qu'il a été précédemment ?
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S'agissait-il d'une manœuvre ou bien de divergences dans le mouvement ?
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« Que désigne le mot Hamas ? »
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« Le Hamas, c'est l'acronyme en arabe d'un mouvement qui s'intitule le Mouvement de la Résistance Islamique. »
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« Et qui est créé fin 1987 au début de la première intifada. »
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« Et qui est une émanation politique des frères musulmans. »
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« financés par l'Arabie Saoudite et par le Koweït. »
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« Qui fait le constat de l'échec du nationalisme arabe et qui pense que la relève, c'est celle de l'islam. »
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« Alors, les frères musulmans, à la fin des années 1970 et dans les années 1980, sont un mouvement quiétiste. »
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« C'est pour ça d'ailleurs qu'Israël, dans un premier temps, n'a aucun problème à voir s'étendre ce mouvement qui s'étend surtout dans la bande de Gaza. »
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« Mais donc, avec la première intifada, la première intifada est déclenchée en décembre 1987. »
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« Là, le Hamas comprend qu'il se passe quelque chose de très important, on ne veut pas rester à l'écart du mouvement. »
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« Et le lien entre les frères musulmans et le Hamas est assumé en 1988. »
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« Alors, la charte de 1988 prône un djihad contre, je cite, l'invasion sioniste. »
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« C'est une charte assez obscure, assez bizarrement écrite, qui est nettement antisémite, »
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« Ils vont assez rarement mettre cette charte en avant parce qu'elle est problématique à de nombreux égards. »
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« Mais donc, en 1988, mouvement politique qu'est le Hamas, qui crée aussi un peu plus tard une branche armée, »
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Hors série, les matins de France Culture. Israël-Palestine, les mots de la guerre.
Aujourd'hui, Hamas. Laetitia Bucaille, vous êtes professeure de sociologie politique à l'INALCO, chercheuse au CESMA. Vous êtes membre de l'Institut Universitaire de France. Et votre dernier ouvrage est un ouvrage collectif, Désir d'Islam, aux presses de Sciences Po. Que désigne le mot Hamas ?
Le Hamas, c'est l'acronyme en arabe d'un mouvement qui s'intitule le Mouvement de la Résistance Islamique. Et qui est créé fin 1987 au début de la première intifada. Et qui est une émanation politique des frères musulmans. Alors, il faut savoir que les frères musulmans ont commencé leur réseau d'activistes dans les territoires palestiniens à la fin des années 1970, financés par l'Arabie Saoudite et par le Koweït. Et qu'ils misent en fait sur la ré-islamisation de la société pour, dans un temps assez lointain, être prêts pour reconquérir la Palestine. Qui fait le constat de l'échec du nationalisme arabe et qui pense que la relève, c'est celle de l'islam.
Alors, les frères musulmans, à la fin des années 1970 et dans les années 1980, sont un mouvement quiétiste. C'est-à-dire qu'ils ne prônent pas d'activisme politique ou militaire contre Israël. C'est pour ça d'ailleurs qu'Israël, dans un premier temps, n'a aucun problème à voir s'étendre ce mouvement qui s'étend surtout dans la bande de Gaza. Mais donc, avec la première intifada, la première intifada est déclenchée en décembre 1987.
C'est un mouvement en provenance des territoires palestiniens, de la Cisjordanie et de Gaza, qui marque l'irruption des jeunes, des classes populaires sur l'espace politique palestinien, qui était jusque-là dominé par l'OLP et par l'extérieur, à l'extérieur de la Palestine. Là, le Hamas comprend qu'il se passe quelque chose de très important, on ne veut pas rester à l'écart du mouvement. Et donc, il y a des membres des frères musulmans qui créent le Hamas pour participer à l'intifada. Donc, ça fait débat à l'intérieur des frères musulmans. Certains restent attachés au quiétisme. Mais, en tout cas, il y a quand même une majorité qui se dégage.
Et le lien entre les frères musulmans et le Hamas est assumé en 1988. Donc, il y a une charte. Alors, la charte de 1988 prône un djihad contre, je cite, l'invasion sioniste. C'est une charte assez obscure, assez bizarrement écrite, qui est nettement antisémite, qui s'inspire notamment des protocoles des sages de Sion, qui parlent de complots internationaux des juifs. D'ailleurs, dont les leaders du Hamas ne vont pas forcément se revendiquer. Ils vont assez rarement mettre cette charte en avant parce qu'elle est problématique à de nombreux égards.
Mais donc, en 1988, mouvement politique qu'est le Hamas, qui crée aussi un peu plus tard une branche armée, mais qui se veut être en fait le rival de l'OLP et de son mouvement principal, qui est le Fatah. En fait, l'objectif du Hamas, c'est d'être une alternative à l'OLP, de s'imposer sur l'espace politique palestinien. Et il va à la fois coopérer avec l'OLP pendant l'intifada et en même temps être en position de rivalité.
Là où les choses vont considérablement se dégrader, c'est à partir du moment où il y a les accords d'Oslo et la mise en place de l'autonomie palestinienne en 1994, qui commence donc à Gaza et à Jéricho, qui va s'étendre à des villes de Cisjordanie, puisque le Hamas, à partir de ce moment-là, opte pour une violence inédite avec les attentats suicides. Avril 1994, c'est les premiers attentats suicides commis par le Hamas, qui sont présentés comme une riposte au massacre d'Hébron, perpétré par un colon juif israélien dans la mosquée d'Hébron, qui tue des fidèles en prière.
Et donc, bien entendu, cette série d'attentats suicides, qui visent délibérément des civils en Israël, va peser considérablement sur le processus de paix. Et donc, le gouvernement israélien va faire pression sur l'autorité palestinienne pour qu'elle neutralise le Hamas. Donc, à partir de ce moment-là, il y a des rapports qui se tendent considérablement entre le FATA, l'OLP, l'autorité palestinienne, et le Hamas, dont les chefs se retrouvent à être arrêtés par l'autorité palestinienne.
Aujourd'hui, assiste-t-on à une véritable évolution du Hamas par rapport à ce qu'il a été précédemment, Laetitia Buccaille ?
Alors, il y a eu des étapes importantes. En 2017, le Hamas a produit un document de principes généraux qui apparaissait comme une inflexion du mouvement. Alors, le Hamas ne renonçait pas du tout à la violence, puisqu'il affirmait que la résistance armée était un choix stratégique pour combattre Israël. Mais il évoquait la possibilité d'un État dans les frontières de 1967, avec Jérusalem comme capitale et avec le retour des réfugiés, en disant que c'était un consensus, que c'était une formule de consensus national et qu'il fallait en tenir compte. Donc, on pouvait peut-être miser sur le fait que le Hamas allait vers une forme de modération politique.
Et d'ailleurs, certaines déclarations de ces chefs politiques allaient en ce sens, avec ces chefs politiques qui admettaient qu'Israël était une réalité et qu'il fallait compter avec.
Mais alors, est-ce que s'il s'agissait, puisque maintenant on s'interroge évidemment Laetitia Bucaille sur cela, s'agissait-il d'une manœuvre ou bien de divergences dans le mouvement ?
Évidemment, c'est difficile de le dire, parce qu'on ne sait pas exactement quel est le contenu des discussions en interne. Sans doute, comme d'autres mouvements, le Hamas est clivé entre des partisans d'une solution politique, qu'on pourrait qualifier de modérés, et d'autres qui sont plus radicaux, qui misent justement sur la lutte armée, sur le terrorisme. Et on peut imaginer qu'il y a des tensions entre ces différentes tendances, des discussions, mais qui n'apparaissent pas forcément au grand jour, puisque le Hamas est un mouvement, c'est discipliné, où on obéit aux chefs et on obéit aux décisions politiques.
Mais ce qu'on pourrait dire, en tout cas, c'est que plusieurs mouvements, d'autres mouvements de libération nationale ou des mouvements nationalistes en Europe, sont tiraillés entre ces différentes tendances. Et alors, est-ce que l'évolution de ces mouvements est en fait un leurre, une illusion ? C'est-à-dire, est-ce qu'on peut attendre d'un mouvement islamiste qui, à un moment donné, finalement, il évolue politiquement et devienne réaliste, pragmatique ? Est-ce que c'est une illusion complète ? Ou bien, est-ce qu'on doit penser qu'effectivement, ces mouvements évoluent en fonction d'opportunités politiques qu'ils ont ou qu'ils n'ont pas ?
C'est-à-dire que le Hamas, depuis les accords d'Oslo, essaye de s'imposer sur l'espace politique pour être un interlocuteur, mais qu'il n'est jamais devenu un interlocuteur, ni pour les Israéliens, ni pour les Occidentaux, qui exige, avant toute chose, que le Hamas rejette la violence, reconnaisse les accords d'Oslo et reconnaisse Israël. Mais évidemment, le Hamas n'a pas intérêt à remplir ces trois conditions sans rien obtenir en échange. Donc, il ne l'a jamais fait. Est-ce que l'inflexion de 2017 était la traduction d'une certaine tendance du Hamas ? Est-ce que c'était un leurre pour masquer d'autres évolutions ? C'est difficile de le dire aujourd'hui.
Merci beaucoup Laetitia Bucaille.