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interviewLCP (sur YouTube)· 17 mai 2025 14 min

Carlos Martens Bilongo, député La France insoumise du Val-d'Oise | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

C'est un enfant de Villiers-le-Bel qui a franchi les obstacles un à un avant d'être élu député. Ancien coach sportif, mon invité à un mental d'acier, il siège au sein du groupe La France insoumise à l'Assemblée. Générique ...

Bonjour, Carlos Martens Bilongo. -Bonjour. -Alors, il y a quelques années, votre vie était très éloignée de celle de la vie du député que vous êtes aujourd'hui.

Votre vie a ressemblait à ça. Musique électro Donc ça, c'était quand vous étiez coach sportif à Villiers-le-Bel. On est d'accord, le mec hyper musclé, c'est vous.

Rires -J'ai perdu un peu de masse musculaire. -La vie de député n'a pas aidé. -Il rit.

La vie de député n'a pas aidé. Mais oui, c'est moi. Plus jeune. -Plus jeune, plus musclé.

Mais bon, coach sportif, c'est un des nombreux métiers que vous avez exercé. Alors, je dis métier, mais au départ, ce travail de coach, il était quasi bénévole. Il y avait même une dimension humanitaire. -Exactement.

Du coup, c'était une association qu'on avait sur Villiers-le-Bel. La volonté, c'était de faire sortir les femmes de la maison en pratiquant des cours de sport en collectif. Et très rapidement, on a eu aussi une vocation humanitaire. -Là, c'est une photo de vous au Sénégal. -On organisait des voyages humanitaires dans des pays bien définis où on partait faire du sport avec des collectifs sportifs en Afrique et également ramener du matériel sportif. -Alors vous avez fini par être un peu connu dans le milieu du coaching sportif.

Est-ce que c'est comme ça que vous êtes devenu le coach d'Aya Nakamura ? -Il rit. C'est un peu ça. -Oui ?

C'est dingue. -J'ai devenu un peu une référence et un de ses managers venait de Villiers-le-Bel. Du coup, il m'avait demandé de préparer sa tournée, comme elle vient d'avoir un enfant, pour qu'elle puisse perdre du poids et avoir les capacités physiques pour tenir une tournée et ses concerts et showcases.

Et du coup, on a commencé à... -A travailler ensemble.

C'était en quelle année ? -2018-2019. -Et vous êtes restés en contact ? -On est toujours en contact.

Je suis très heureux de la voir, aujourd'hui, faire des performances mondiales et d'être une grande actrice française. -Alors si on remonte quelques années en arrière, ado, vous avez raté le brevet des collèges. Ça ne vous a pas empêché de devenir prof d'éco et de gestion en lycée professionnel.

Mais entre les deux, il a fallu franchir les obstacles un à un. Vous avez passé un BEP de tourneur-fraiseur, Un BTS technico-commercial et une licence de marketing. Là, on vous voit, quand vous travailliez dans une entreprise d'échafaudage. -Exactement. -Pour y arriver dans la vie, c'est juste une question de mental ? -Non, je pense que c'est un facteur chance, mais... le mental joue beaucoup.

C'est les épreuves de la vie. Quand on vient de Villiers-le-Bel, on a beaucoup d'obstacles dès le plus jeune âge. En fait, ça forge.

Soit on craque, on abandonne tout et on cède. Soit, en fait, ça nous rend plus forts et devant toutes les difficultés, on arrive à les surmonter. -Vous parlez des obstacles de votre enfance.

Vous vous considériez comme un enfant handicapé. C'est ce que vous expliquez dans votre livre. Pourquoi ? -Parce que j'étais bègue, et ma mère en souffrait beaucoup, je le voyais dans son regard, moi, j'en souffrais également, et du coup je prenais très peu la parole à l'école. -Il acquiesce.

J'ai commencé à parler librement... -Là, on vous voit avec votre frère et votre maman. -C'est ça.

J'ai commencé à parler librement, on va dire, à partir de six, sept ans, malgré les difficultés. -Ça a été un travail quotidien avec votre mère ? -Oui, parce qu'on n'avait pas beaucoup d'argent.

Et du coup, ma mère me dit : "Ecoute Carlos, j'ai réussi à avoir un rendez-vous chez l'orthophoniste. On va aller, on va y aller ensemble. On va apprendre mathématiquement tout ce qui va être fait pendant la séance.

On va le reproduire à la maison." -Parce que vous n'aviez pas les moyens d'y retourner ? -Non, que pour une séance.

Du coup, on a été ensemble. La dame nous a dit : "Bon, on vous revoit au prochain rendez-vous." On a dit : "Oui, on reviendra." En fait, on a tout appris et à la maison, ma mère s'entraînait.

Elle avait deux boulots, dès qu'elle terminait le soir, on reproduisait, etc. Et de fil en aiguille, peu à peu, j'ai perdu mon bégaiement. Et ça a été une épreuve très difficile et douloureuse parce que ça prenait du temps.

Et je voyais que ma mère aussi, ça la peinait de devoir mettre beaucoup de temps et d'argent sur moi. -Dans votre livre "Noir Français", c'est le titre de votre livre, vous évoquez vos parents qui sont tous deux nés au Congo, votre mère qui a été aide-soignante puis vendeuse de bijoux, je crois, sur les marchés, et votre père qui était chauffeur dans des ambassades. Un père violent, vous en parlez dans votre livre, vous expliquez : "Il crie et frappe toute la famille, il passe la frustration de ses échecs sur nous dès que l'occasion se présente." Comment est-ce qu'on grandit avec un père violent ? -C'est très difficile parce que parfois on ne sait pas si quand on va rentrer à la maison, si maman va être en sang.

Parfois... -Ça s'est produit ?

C'est des choses que vous avez vécues ? -Je l'ai vécu. Ma mère a subi des choses terribles toute sa vie.

Et en fait, c'est une femme très forte. Malgré tout, elle n'a pas voulu que nous, les enfants, puissions entendre ce qui se passait. Elle nous envoyait, nous, très jeunes, en Belgique, en vacances, pendant chaque période de vacances.

C'était Les Semeurs de Joie, c'est un dispositif qui permettait à des familles d'accueil en Belgique, des curés, des prêtres, de nous accueillir gratuitement. Et ça permettait à des Français qui n'avaient pas de moyens de déposer leur enfant. Et ma mère travaillait, mais en même temps, c'était pour régler ses problèmes avec son mari.

Et malheureusement, la violence, elle est sociétale dans notre pays. Et il y a énormément d'hommes par rapport à des traumatismes qu'ils ont vécu. Moi, mon père, c'est après en me renseignant, j'ai su qu'il a vécu des grosses souffrances dans sa jeunesse.

Il a vu aussi sa mère être battue par mon grand-père. -C'est comme ça que vous expliquez le comportement qu'il a pu avoir. -C'est ce que j'arrive à comprendre quand je regarde dans sa vie, sa genèse. -La politique était très présente dans votre famille.

Votre mère adorait Lionel Jospin, au point qu'à 11 ans, j'ai lu que vous avez tracté pour lui, pendant la présidentielle de 2002. -C'est ça. Ma mère était super enthousiaste parce que c'est la première fois qu'elle a pu voter, en 2002.

Elle est devenue française en 98. Et du coup, super enthousiaste de pouvoir voter, très à gauche. Elle aimait beaucoup Jospin.

Avec mon père, ils avaient toujours des débats à la maison. -Mon père se disait un peu plus à droite, mais en fait, c'était pour être en conflit avec elle. "Dès que je pourrais voter, ce sera à droite, etc." Et en fait, super enthousiaste.

Et elle avait envie de changer les choses. -Vous faites beaucoup d'associatif assez jeune. De fil en aiguille, vous êtes allé vers la politique en vous engageant d'abord au PS, puis ensuite à la France insoumise.

Et vous avez été investi par LFI aux législatives, en 2022, dans la huitième circonscription du Val-d'Oise, et là, vous avez battu assez sèchement le sortant, François Pupponi, qui avait pourtant été député pendant 15 ans, qui avait été maire de Sarcelles pendant 20 ans. Comment l'enfant de Villiers-le-Bel, qui était novice en politique, a réussi à battre un vieux de la vieille, en quelque sorte ? -Nous, notre territoire, c'est un territoire où on avait Dominique Strauss-Kahn, du coup, c'est un territoire très socialiste.

On était plus ou moins tous sympathisants. On a mené une campagne assez simple, dès l'heure où M. Pupponi, lui, est allé vers le MoDem et la majorité présidentielle. il était un moment certain où les électeurs de la circonscription ne s'y retrouvaient plus.

C'est vraiment un territoire de gauche et de gauche de rupture. Et j'ai su l'incarner avec une campagne de proximité avec les populations que ce soit sur Sarcelles, Villiers-le-Bel, Garges, Arnouville et Bonneuil. Et on a transformé l'essai de cette belle campagne.

Voilà. -Avoir un enfant du quartier qui réussit à être élu député, forcément, j'imagine que les attentes des habitants de toute la circonscription sont très lourdes. Comment on gère cette pression ?

Ça doit être une pression pour vous, j'imagine. -C'est une pression particulière et énorme. Parce que les gens ont, comme vous l'avez dit, une très grosse attente.

J'ai aussi une proximité où j'ai le même numéro depuis 15 ans. Ça veut dire que les personnes du milieu associatif que je rencontrais, ils ont encore mes coordonnées et ils me sollicitent même pour des sujets même en dehors de mon mandat. J'essaie de répondre à tout. -Le 3 novembre 2022 était un jour important pour vous.

C'était le jour de votre première question au Gouvernement. Il se trouve que votre intervention dans l'hémicycle a déclenché le plus grave incident de séance de ces dernières années à l'Assemblée. On va revoir un extrait du "Journal de 20 heures". -Les personnes secourues se trouvent dans une situation d'urgence absolue.

Les prévisions météo indiquent une détérioration du climat. -Qu'il retourne en Afrique ! -Qu'il retourne en Afrique, est-ce le député qui est visé à titre personnel ou il, les migrants ? -Pas du tout. -Pour l'insoumis Carlos Martens Bilongo, aucun doute. -Aujourd'hui, on m'a renvoyé à ma couleur de peau.

Je suis né en France, je suis député français et je ne pensais pas qu'à l'Assemblée nationale, j'allais me faire insulter. -Une version contredite par son auteur, ce député Rassemblement national. -Je ne parlais pas du député qui était en train de poser la question.

Je parlais du bateau passeur de migrants. -Aujourd'hui encore, vous n'avez pas changé d'avis. Vous en êtes convaincu, cette phrase, elle vous visait vous ? -Cette phrase est raciste.

Peu importe qui elle vise. Mais elle me vise moi parce que je suis en train d'évoquer le bateau en question, le Sun Viking. Il faut savoir que le sujet de l'immigration avait été évoqué par différents députés.

À aucun moment un député n'avait subi cette phrase-là. Et malheureusement, c'est la phrase qui m'a été envoyée. Et...

ça montre en fait aujourd'hui toute cette violence qui existe, le manque d'empathie, ce racisme aussi ambiant qui est dans la société et ce qui est un reflet de l'Assemblée nationale est un reflet de la vie de tous les jours à l'extérieur. -Quels mots qui vous viennent, aujourd'hui, pour décrire ce que vous avez ressenti ce jour-là ? -J'étais abasourdi, surpris.

Je ne pensais pas vivre ça à l'Assemblée nationale, comme je l'évoque. Avant mon mandat, j'étais professeur d'économie dans le XVIIe arrondissement... -Et vous auriez voulu réagir différemment quand vous vous êtes refait le film de ce qui s'est passé ? -Non, beaucoup de gens m'ont dit que j'avais très bien réagi.

Parce que je suis quelqu'un de très calme. Je suis un sportif, je fais de la boxe, etc. J'ai l'habitude de recevoir des coups.

Et c'est pas un coup physique, là, qu'on reçoit, c'est une parole très blessante qui transperce. Moi, tout de suite, je pense à ma mère, je pense à Rosa Parks également, sur le même moment. Et en fait, je reste figé, je réponds pas du tout.

Mais je me dis : "Ouah ! Il l'a fait ici." -Dans l'hémicycle. -Me renvoyer à quelque chose qui est inacceptable, en fait.

C'est une ignominie et c'est odieux. -Les semaines qui ont suivi, vous avez reçu des menaces de mort, des dizaines de messages racistes. Même chose, un an et demi plus tard, quand votre collègue Raphaël Arnault a posté cette photo qu'on va voir accompagnée de la légende "RN pas content".

On vous y voit à ses côtés à l'Assemblée avec les députés Aly Diouara et Sébastien Delogu. Vous vous attendiez à ce que cette photo déclenche autant de messages racistes ? -Je ne pensais pas. -Qu'est-ce qui a provoqué ces messages dans cette photo pour vous ? -Moi, je suis convaincu que la présence d'un jeune, de Villiers-le-Bel, qui puis est député noir, dérange.

C'est ça le sujet. -Mais dérange encore aujourd'hui ? -Oui et c'est une vérité. -Vous posez la question dans votre livre "Noir Français".

Vous racontez le racisme que vous avez connu bien avant d'être député, notamment dans le cadre de votre travail. Et vous interrogez : "La France est-elle prête à faire de la place à tout le monde, surtout aux Noirs ?".

Après trois ans de mandat, vous répondez quoi à cette question ? -Il y a encore un travail à faire. C'est malheureux et on le voit à chaque fois.

Juste pour une photo, une simple photo. Vous imaginez, il y a eu plein de plateaux le lendemain, une heure après, pour donner leur posture, etc. Un avocat a dit : "On dirait la cour d'appel des assises." Pourquoi ?

Parce qu'un banc est rouge et vous avez deux noirs et un français, un autre français d'origine...

Enfin, quatre français d'origines diverses. C'est terrible, en fait. -On va passer au quiz à présent.

Vous allez donc devoir compléter les phrases que je vais vous proposer. "Je m'appelle Carlos Martens car..." Carlos Martens, c'est... -C'est le curé qui a accepté de recevoir mes frères et soeurs en Belgique.

Et vraiment, je le remercie parce qu'il a donné une bouffée d'oxygène à ma mère en ce moment difficile. -"Pour rester en forme quand on est député..." -Faire du sport. -Oui, mais vous le disiez, vous avez un peu perdu des muscles. -J'ai perdu, mais... -On peut garder la forme ? -Il faut garder la forme. "Un jour, les Girondins de Bordeaux..." C'est votre club de coeur.

Mais bon, là, ils sont loin. -Là, on jouait la montée en N1. Moi, je suis supporter historique des Girondins de Bordeaux Et là, on est condamné à rester encore une fois en National 2.

C'est une grosse difficulté. -Merci beaucoup d'être venu dans "La Politique et moi." -Merci à vous.

Générique