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interviewLCP (sur YouTube)· 9 décembre 2023 13 min

Mathilde Paris, députée Rassemblement National du Loiret | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

-Elle a grandi dans une famille athée, de gauche, avant de se convertir au catholicisme et c'est sa foi qui l'a amenée à s'engager en politique jusqu'à devenir porte-parole du Rassemblement National. Générique ... -Bonjour, Mathilde Paris. -Bonjour. -Vous êtes aujourd'hui députée du Rassemblement National du Loiret.

J'ai été assez surpris de découvrir qu'après le 21 avril 2002, quand Jean-Marie Le Pen est arrivé au 2nd tour de la présidentielle, vous êtes venue à Paris exprès pour manifester contre Jean-Marie Le Pen, contre le Front National à l'époque. Pourquoi ? -Je n'étais pas du tout, à l'époque, de ce milieu-là puisque j'ai grandi dans une famille de gauche et que, pour moi, à cette époque, le FN et Jean-Marie Le Pen, c'était clairement un danger pour la République française, notamment avec ses déclarations qu'il avait pu tenir par le passé.

Il y avait... une peur, comme beaucoup de Français, à l'époque...

Après, je concède que je ne connaissais pas le mouvement de l'intérieur. J'en avais une vision extérieure qui était rédhibitoire et qui faisait qu'à aucun moment, je n'aurais pensé, un jour rejoindre ce parti avec Marine Le Pen. -Vous ne vous êtes pas tout de suite engagée.

Votre 1er engagement politique remonte à 2009. Ce n'était pas pour le Front National. Vous avez pris votre carte au MPF, le Mouvement Pour la France de Philippe de Villiers.

Vos grands-parents maternels et votre mère étaient de gauche. Votre mère a même fait partie des jeunesses communistes. Comment ont-ils vécu votre engagement au MPF ? -Le MPF, quand même, ça passait mieux que le FN, clairement, mais c'est sûr que c'était pas tout à fait... du tout, sur la même idée politique... -Ils vous en ont voulu ?

Ca a créé des disputes ? -Je dirais pas que ça a créé des disputes mais plus de l'incompréhension. Mon grand-père, surtout, était attristé de se dire : "Ben mince... "Elle est partie de l'autre côté !" Mais après, pour autant, c'était quand même...

Ils savaient que je n'étais ni raciste ni...

Ils savaient qui j'étais. Ils étaient quand même rassurés là-dessus. -Vous êtes donc passée en quelques années d'une manifestation contre J-M.

Le Pen à un engagement pour Philippe de Villiers. Qu'est-ce qui s'est passé pour opérer une telle bascule politique ? -L'événement important, c'est que je suis partie aux Etats-Unis en tant qu'étudiante, en immersion dans une famille d'accueil.

J'ai fait le lycée américain. Ca été un peu un électrochoc d'être loin de la France. J'ai pris conscience à ce moment-là de ce que c'était que d'être français, de notre héritage, de la richesse, cette richesse patrimoniale et historique de notre pays, notre culture, notre art de vivre, ce qui faisait notre identité propre.

J'ai pris conscience qu'en tant que Français, on n'avait pas cette notion-là, qu'on ne nous la donnait pas suffisamment que ce soit l'école ou dans le cercle familial et je me suis dit : ce n'est pas possible aujourd'hui que la jeunesse de France n'aie pas conscience de la chance qu'elle a d'être française, de la richesse qu'est ce pays et pour laquelle il faut se battre. -Un autre événement a bouleversé votre vie durant cette période et c'est votre conversion au catholicisme. Vous expliquez que la religion vous a aidée à traverser une épreuve personnelle.

Si j'en parle, c'est parce que vous faites le lien entre votre conversion et votre engagement politique. Pourquoi ? -Eh bien ça a été...

Très clairement, j'ai failli mourir. J'ai été anorexique. Je n'ai pas peur de le dire.

Si je n'avais pas eu cette conversion, je pense que je ne serais plus de ce monde. Ca a été...

J'ai tellement reçu que j'ai eu ce besoin de me donner aux autres et le meilleur moyen de servir, pour moi, c'était l'engagement politique. Et là, ça a été effectivement mon adhésion au Front National de l'époque, lorsque Marine est arrivée à la tête du parti... -Ca, ça s'est fait en 2011.

Ca correspond au moment où elle prend la présidence du parti. -Oui, j'ai franchi le cap à l'arrivée de Marine. -C'est ce qui vous a convaincue de rejoindre le Front National, ce changement de présidence ? -Pour moi, Marine avait fait le ménage dans le parti pour enlever tous ceux qui avaient un profil sulfureux et qui posaient, pour moi, un problème.

Et elle était...

Son discours me satisfaisait, et elle avait cet équilibre, par rapport à mon histoire, ayant grandi dans une famille de gauche, un équilibre entre un aspect social important. Elle a vraiment une fibre sociale. Et en même temps, la fibre de défendre ce que c'est que la France, nos idéaux, nos valeurs... -De fil en aiguille, vous avez fini par vous présenter aux élections municipales à Blois en 2014.

Vous avez été élu conseillère municipale puis conseillère régionale en 2015. Vous avez échoué aux législatives en 2017 dans le Loir-et-Cher et, cinq ans plus tard, vous avez été élue dans le Loiret. En parallèle, vous avez eu une carrière professionnelle, en charge du mécénat au château de Chambord.

Quand est-ce que la politique a pris le dessus sur cette carrière professionnelle ? -Le déclic, je dirais, ça a été dans les années 2017-2018. J'ai donné naissance à mon 3e enfant et, clairement, ça devenait compliqué de gérer à la fois une vie politique, une vie familiale et une vie professionnelle en tant que salariée avec des horaires...

Un rythme quand même assez strict, on va dire. Ca devenait difficile de tout mener de front. A ce moment-là, j'ai créé ma propre entreprise parce que je ne me voyais pas ne faire que de la politique.

J'ai toujours eu besoin d'avoir quelque chose à côté. -La suite est directement liée à Jordan Bardella parce qu'il vous a nommée au bureau national du RN puis porte-parole du parti. C'est assez compliqué à assumer comme fonction.

Il faut savoir répondre à toutes les questions, à tous les imprévus possibles. Est-ce qu'on vous a formée avant de vous lancer dans le grand bain ? -Formée, pas spécialement.

J'avais déjà eu...

Il y avait une petite formation quand j'étais membre du bureau national avant que Jordan ne prenne la responsabilité de la présidence du mouvement mais après...

Je pense qu'il avait détecté que j'avais une aisance orale, j'avais déjà fait pour les législatives...

On a tous étés amenés à passer sur des plateaux à un moment. -Chaque porte-parole développe son style. Il y en a qui sont très puncheurs, d'autres plus pédagos pour expliquer...

On vous voit avec le porte-parole du groupe RN, Kévin Mauvieux. Quel est votre style, comme porte-parole ? -Moi, j'essaie de parler de la vraie vie des gens.

J'ai envie d'être ce porte-voix de la ruralité. J'habite dans un territoire rural. Je le vis au quotidien.

C'est important de donner une voix à tous ces invisibles de la société française. Etre leur porte-voix, c'est ça qui me... -En 2015, tout juste élue au conseil régional, il y a une image qui a marqué un peu les médias locaux.

Vous vous êtes rendue à la 1re session avec votre fille, encore petite, et vous l'avez allaitée pendant la séance. C'était un geste féministe pour vous, de faire ça ? -C'était pour moi quelque chose de naturel. -Je l'avais fait aussi pour mon 1er bébé, au conseil municipal de Blois...

Là, on vous voit en photo dans une cérémonie officielle avec... -J'avais l'habitude de porter mes bébés en écharpe et de les allaiter les 6 premiers mois, comme c'est recommandé.

Pour moi, en tant que femme...

On veut que les femmes s'investissent en politique. On a fait beaucoup avec la parité sur les listes électorales mais il faut aussi que l'on puisse être pleinement mères, pleinement engagées dans nos mandats électifs. Et ça, ça a encore du mal à passer.

Je me suis pris des réflexions de la part de la majorité de gauche du conseil régional, qui voyait d'un mauvais oeil en disant : "Ce n'est pas le lieu", etc. Il fallait que je me cache. On a beaucoup à faire pour faire accepter qu'une mère peut allaiter son enfant dans l'espace public. -C'est un geste féministe ? -Je ne le fais pas forcément en me disant que je fais du militantisme féminisme.

Mais c'est une forme de féminisme, pour moi, effectivement. -Vous avez un collègue du groupe RN qui ne partage visiblement pas votre conception de la place des femmes dans la société. Je voulais vous faire réagir à ce qu'il a dit lors débat sur le projet de loi pour le plein emploi. *-Nous, nous partons du principe qu'une mère au foyer, elle est peut-être mieux à la maison à s'occuper de ses enfants plutôt...

Protestations dans l'hémicycle Eh oui, mais bien sûr, n'en déplaise à mes collègues, Si elle le souhaite, il vaut mieux qu'elle reste à la maison à s'occuper de ses enfants, si elle le souhaite, plutôt qu'elle aille...

Plutôt que vous l'envoyiez dans un dispositif où elle va devoir réaliser 15 heures d'activité. -Ca doit vous mettre hors de vous, ça ! Non ?

Ca ne... -Au début, parce que je n'ai eu que le début...

Il y a eu une polémique sur les réseaux. C'est vrai, j'ai un peu bondi. Mais j'ai compris le contexte, par rapport aux heures de RSA qu'on voulait imposer, les heures de service... -On a l'impression qu'il répond de façon spontanée et qu'il se reprend, se disant qu'il a dit une bêtise. -C'était surtout de la maladresse de sa part.

Effectivement, il ne s'agit pas d'imposer aux femmes de rester au foyer. On est beaucoup à être contentes d'avoir une vie à côté et c'est une source d'épanouissement pour nous, aussi. En 2014, vous avez qualifié l'avortement de crime contre l'humanité en le comparant aux mécanismes mis en place par l'idéologie nazie.

Ce sont les termes que vous aviez employés à l'époque. Vous faites partie des 33 députés qui ont voté contre la constitutionnalisation du droit à l'IVG. On peut être féministe et s'opposer au droit des femmes à disposer de leur corps ? -Je réfute le terme "droit des femmes à disposer de leur corps" parce que, si vous voulez... -Pour vous, l'IVG, c'est pas... -Il y a un être humain en construction donc on est pas seuls dans cette histoire.

C'est important de le rappeler. Je m'inscris plus dans la ligne de Simone Veil. Personne ne dira que Simone Veil était contre le droit des femmes.

Le droit à l'avortement a été complètement dévoyé. Elle avait mis des garde-fous et voulait que ce soit le dernier recours quand on avait étudié toutes les solutions possibles pour garder un enfant. Ce qui me choque, c'est qu'on ne fait rien pour aider les femmes, justement, soit à avoir des moyens de contraception.

C'est un vrai sujet. Beaucoup de femmes, maintenant, ont une espèce de... de défiance vis-à-vis de la pilule et des moyens de contraception. donc beaucoup de femmes n'utilisent plus ces moyens de contraception et, effectivement, se retrouvent dans des situations compliquées.

Et il y a aussi la question de la responsabilisation des hommes parce qu'un bébé, on ne le fait jamais toute seule. Souvent, on élude cette partie-là parce que c'est évidemment la femme qui, derrière, assume toutes les conséquences, seule, très souvent, d'un avortement et je pense qu'il y a beaucoup de choses à faire, pour aider les femmes, pour responsabiliser les hommes, et rien n'est fait. Et justement, cette constitutionnalisation de l'IVG ne va absolument pas régler ces problèmes. -On va passer à un sujet plus léger, notre quiz, à présent.

Je vais vous proposer des débuts de phrases et vous allez devoir les compléter. "Avec Sandrine Rousseau, "je partage..." -Je dirais... pas grand-chose.

La cause des femmes ? Mais on n'a pas le même positionnement, c'est certains ! Elle rit. -On l'a compris. -Mais quand même ce combat féministe, on va dire.

Chacun à sa façon. "Dans mon camping-car, je..." Je vais à la rencontre des habitants de ma circonscription.

J'ai choisi de faire une permanence mobile. Je me déplace chaque semaine dans une commune différente de ma circonscription qui est assez étendue. Aujourd'hui, les gens sont de plus en plus méfiants vis-à-vis de la politique et d'aller à leur rencontre, ça permet de faire de la politique autrement. -"Entre porte-paroles, "on se dit souvent..." -Alors là... -Vous parlez entre vous, j'imagine, après les émissions. -Oui...

Après, honnêtement...

Je pense qu'entre porte-parole, on est quand même assez solidaires. On est sur la même ligne, y a pas de souci. -Merci, Mathilde Paris, d'être venue dans l'émission.

SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA Générique ... ...