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InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 23 mai 2025 38 minComplaisantPortrait personnelCulture, médias & sport

Monique Lévi-Strauss : le 20e siècle en héritage

Au micro : Guillaume ErnerSource d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 71 %Attaque 9 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:22OuverteRéponse directe

    Cela, à la veille de votre centième anniversaire, vous publiez un recueil d'entretiens avec Marc Lambron. J'ai choisi la vie. C'est le titre de ce recueil d'entretiens publié aux éditions Plon. Vous avez un nom, Lévi-Strauss, et un prénom, une vie incroyable aux côtés de Claude Lévi-Strauss, qui fut probablement le plus grand ethnologue du XXe siècle.

  • 1:05OuverteRéponse directe

    J'ai à côté de moi un très grand crocodile. Qu'est-ce que c'est que ce crocodile ? Il fait un peu peur.

  • 1:39OuverteRéponse directe

    Au-dessus de ce crocodile, il y a une déesse hindoue. On va la décrire un peu. Alors, elle est effectivement verte.

  • 1:57OuverteRéponse directe

    Et puis, alors là, il y a une merveilleuse table en bois. Une table en bois qui, j'imagine, ne vient pas de Bourgogne, parce que ce n'est pas le style bourguignon.

  • 2:16OuverteRéponse directe

    Et alors, c'est particulièrement énouvant d'être ici, Monique Lévi-Strauss, puisque j'imagine que tous ces objets ont été chinés par votre mari et vous-même.

  • 2:23OuverteRéponse directe

    Oui, absolument. Absolument. Et quand il était enfant, ses parents, qui n'avaient pu avoir qu'un enfant, étaient admiratifs, parce que, disons, mon mari était plutôt avancé. Oui, c'est ça, il a toujours été avancé. Oui, il était précoce, puis il avait de très bonnes notes en classe.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:52InvitéFait
    « Oui, enfin, il commençait à lire et les parents étaient pleins d'admiration et comme on voulait l'encourager, on lui donnait des cadeaux. »
  • 3:10InvitéFait
    « Et puis, disons, 5 ou 6 ans plus tard, pendant la guerre de 14-18, eh bien, on lui donnait des estampes japonaises qui ne valaient plus rien parce qu'elles n'étaient plus à la mode. »
  • 9:56InvitéFait
    « mon père a été mis en prison le 10 mai 40 parce qu'il était belge officier belge et donc les nazis le trouvaient suspect donc il a été mis en prison quelques semaines ensuite il a été dans un camp d'internement pour personnes suspectes pendant 6 mois »
  • 10:33InvitéFait
    « moi qui ai fait des cours de langue dans certains endroits où j'avais besoin de gagner ma vie je trouve qu'après 3 heures de cours on est déjà vanné et donc c'est ça que ma mère a fait pour qu'on puisse survivre financièrement »
  • 10:55InvitéFait
    « le miracle ça a été que ma mère était juive et que quelqu'un aurait pu la dénoncer auprès des allemands personne ne l'a fait et donc nous avons vécu sans être ennuyés parce que ma mère était juive en Allemagne pendant toute la guerre »
  • 11:40InvitéFait
    « j'ai vécu des moments vraiment atroces où on a été obligé d'amputer des gens des français qui travaillaient dans des carrières c'était le travail obligé quand on était prisonnier en Allemagne et ces français c'était des grands blessés qu'il fallait amputer mais malheureusement il n'y avait plus de produits pour anesthésier donc j'ai passé une journée entière dans l'hôpital de Weimar à tenir dans mes bras des français prisonniers qu'on amputait sans anesthésie et bien ça je peux vous dire qu'on ne l'oublie pas »
  • 14:53InvitéFait
    « je vais à la radio et puis là on m'a dit mais vous vous rendez compte les jours où la spikerine ne peut pas venir parce que son enfant est malade ou pour une raison X il faudra que ce soit vous qui se piquiez et avec l'accent allemand que vous avez ça passera absolument pas à l'antenne vous n'avez pas l'accent allemand mais j'avais je venais de passer 5 ans en Allemagne en passant le bachot en Allemagne vous pensez que j'avais l'accent allemand très allemand même alors j'ai dû en un mois me débarrasser de l'accent allemand pour pouvoir gagner ma vie voilà »
  • 18:22InvitéFait
    « un livre qui était écrit en anglais est-ce qu'il connaissait quelqu'un capable de lire des épreuves en anglais et Lacan lui a répondu mais vous êtes assis à côté de la personne qui s'en chargera très bien et Claude me demande vous le feriez j'ai dit oui bien sûr bon enfin ma mère était américaine et j'avais fait des études à Simmons College à Boston et vous aviez besoin d'argent et j'avais besoin d'argent donc oui et puis je savais que je savais lire des épreuves parce que j'avais vécu chez des américains qui écrivaient et qui avaient souvent des épreuves à corriger donc j'étais capable alors voilà et c'est comme ça que je suis entrée en contact avec Claude Lévi-Strauss »
  • 19:15InvitéFait
    « le Lacan que j'ai connu au début était vraiment un type très intelligent oui ça c'était en 1947 je l'ai rencontré chez les maçons j'étais à Aix-en-Provence chez une cousine qui avait une très jolie propriété et nous allions toujours manger chez les maçons donc c'est là que j'ai rencontré Lacan et Lacan quand il a su que je parlais couramment l'allemand et que je le lisais et je le traduisais très facilement et que lui ne lisait pas l'allemand comme beaucoup d'intellectuels français il savait très bien le latin et le grec mais les langues vivantes c'était pas c'était pas leur fort et il avait envie de lire Freud en allemand parce que Freud avait été traduit en français par des dames qui avaient un peu adouci la sauce si vous voulez qui avaient enfin »
  • 23:27InvitéFait
    « il a subi un certain nombre d'échecs pour une raison qu'on peut facilement expliquer il avait écrit les structures élémentaires de la parenté il était en train d'écrire d'autres livres et il voulait absolument profiter de la New York Public Library alors donc après la guerre il avait passé la dernière partie de la guerre à New York il a voulu rester à New York pour pouvoir continuer ses recherches à la New York Public Library Or tous les autres juifs ou résistants ou gens de gauche qui avaient fui la France pendant l'occupation étaient revenus en 1945 tout de suite mais lui comme il voulait profiter de la New York Public Library il est resté un an et demi de plus comme conseiller culturel et donc il est revenu après les autres et toutes les places étaient prises et naturellement il n'avait pas calculé ça du tout mais quand il est revenu tout était bloqué voilà c'est pour ça qu'il a eu une rentrée à Paris très difficile »
  • 28:45InvitéFait
    « il pensait ces choses qui étaient très à contre-courant parce que ce n'était pas du tout ce qu'on pensait autour de lui et il avait besoin de les écrire et c'est pour ça qu'elles restent ces choses parce qu'elles sont complètement en dehors en dehors des modes en dehors de ce qui se disait et c'était très pessimiste mais il était très pessimiste il était convaincu qu'il y aurait bientôt plus d'hommes ça il est »
  • 33:17InvitéFait
    « Votre mari l'a fait faire à son fils de 7 ans »
  • 33:44InvitéFait
    « La première fois j'étais très inquiète »
  • 34:04InvitéFait
    « J'étais jolie fille »
  • 34:37InvitéFait
    « Il fallait avoir quatre maîtresses ensemble comme un quadrige »
  • 35:47InvitéFait
    « Ça fait une grande différence parce qu'au début je vous assure que c'était on n'avait pas le chauffage central »
  • 36:20InvitéFait
    « Il se pensait comme un maillon dans la chaîne du savoir »
  • 37:05InvitéFait
    « Il s'était trompé plusieurs fois »

Temps de parole

  • Invité65 %
  • Présentateur34 %

1,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistralai/mistral-small-3.2-24b-instruct:floor · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Culture Les matins de France Culture Guillaume Erner C'est donc maintenant Monique Lévi-Strauss que nous allons entendre. C'est une merveilleuse rencontre et une merveilleuse vie que la vôtre. Monique Lévi-Strauss, bonjour. Bonjour. Merci d'avoir accepté de nous recevoir. Cela, à la veille de votre centième anniversaire, vous publiez un recueil d'entretiens avec Marc Lambron. J'ai choisi la vie. C'est le titre de ce recueil d'entretiens publié aux éditions Plomb. Vous avez un nom, Lévi-Strauss, et un prénom, une vie incroyable aux côtés de Claude Lévi-Strauss, qui fut probablement le plus grand ethnologue du XXe siècle. On est ici dans un vaste appartement du XVIe arrondissement.

Énormément de livres. Vos livres, ceux de Claude Lévi-Strauss, énormément de pièces d'art d'art premier, d'art venant d'Amérique latine, du Brésil. J'ai à côté de moi un très grand crocodile. Qu'est-ce que c'est que ce crocodile ? Il fait un peu peur.

1:10
Invité

C'est un instrument de musique. Vous voyez, là, les deux boutons blancs du crocodile en bas. C'était pour les cordes, et puis, c'était aussi un instrument de frappe, si vous voulez, parce que on pouvait lever et abaisser le dessus du crâne. Ça faisait aussi partie de la musique. Et alors, d'où il vient, ce crocodile ? Il me semble qu'il vient

1:34
Présentateur

du Tibet. Au-dessus de ce crocodile, il y a une déesse hindoue.

1:40
Invité

C'est une tara verte.

1:42
Présentateur

On va la décrire un peu. Alors, elle est effectivement verte.

1:45
Invité

C'est une divinité hindoue. Je ne suis pas très férée sur le sujet, mais tout le monde qui s'intéresse à l'Inde saura ce que c'est qu'une tara verte.

1:57
Présentateur

Et puis, alors là, il y a une merveilleuse table en bois. Une table en bois qui, j'imagine, ne vient pas de Bourgogne, parce que ce n'est pas le style bourguignon.

2:05
Invité

Non, elle vient de l'Amérique latine, parce que vous voyez les deux fers au milieu montre que les deux pattes peuvent se replier.

2:15
Présentateur

Et alors, c'est particulièrement énouvant d'être ici, Monique Lévi-Strauss, puisque j'imagine que tous ces objets ont été chinés par votre mari et vous-même.

2:24
Invité

Oui, absolument. Absolument. Et quand il était enfant, ses parents, qui n'avaient pu avoir qu'un enfant, étaient admiratifs, parce que, disons, mon mari était plutôt avancé. Oui, c'est ça,

2:40
Présentateur

il a toujours été avancé.

2:42
Invité

Oui, il était précoce, puis il avait de très bonnes notes en classe.

2:46
Présentateur

Non, mais j'ai lu surtout qu'il savait lire très vite, qu'il avait lu à l'âge de 3 ans.

2:52
Invité

Oui, enfin, il commençait à lire et les parents étaient pleins d'admiration et comme on voulait l'encourager, on lui donnait des cadeaux. Et puis, disons, 5 ou 6 ans plus tard, pendant la guerre de 14-18, eh bien, on lui donnait des estampes japonaises qui ne valaient plus rien parce qu'elles n'étaient plus à la mode. Donc, il a commencé à faire une grande collection d'estampes japonaises dont vous voyez quelques-unes là-bas.

3:19
Présentateur

Effectivement, de très belles estampes et derrière vous, alors là, j'ai carrément peur, c'est une tête givaro ? C'est une tête givaro,

3:26
Invité

voilà. Alors ça, ce n'est pas rien quand même.

3:28
Présentateur

Non. Alors là...

3:30
Invité

Vous vous rendez compte, une tête givaro, quand on tuait un givaro, eh bien, on ébouillantait la tête pour pouvoir en retirer le crâne, mais en laissant la peau, la chevelure et le visage. Donc, on arrivait, en mettant la tête dans l'eau bouillante, de retirer les os par l'intérieur. Je ne saurais pas le faire, mais...

4:01
Présentateur

Non, mais on ne vous le demande pas.

4:02
Invité

Non, non, mais c'est ce qu'on m'a raconté.

4:05
Présentateur

Voilà. En tout cas, ce qui est certain, c'est que cet appartement restitue ce qu'a été votre vie, ce qu'a été votre vie en compagnie de Claude Lévi-Strauss. Mais avant de parler de lui, j'aimerais qu'on parle de vous, parce que nous sommes dans ce quartier, donc le 16e arrondissement, qui est le quartier de Passy. C'est aujourd'hui le quartier de la maison de la radio, mais historiquement, c'est le quartier parisien de Passy. Et vous évoquez un milieu très particulier de l'avant-guerre, qui est le judéo-Passy. Et j'ai besoin, Monique Lévi-Strauss, que vous me racontiez ce qu'a été le judéo-Passy.

4:41
Invité

Eh bien, c'était en riant que mes parents et leurs amis appelaient ça le judéo-Passy, parce que ce qui caractérisait beaucoup les couples dans ce quartier, autour de l'endroit où nous sommes actuellement, c'est que les jeunes couples n'étaient pas racistes

4:58
Présentateur

du tout. Votre père était flamand, il n'était pas juif. Votre mère, elle, était juive. Et il y avait

5:06
Invité

pas mal de juifs qui habitaient ici et qui épousaient des goïs, comme on disait.

5:13
Présentateur

Des non-juifs.

5:14
Invité

Des non-juifs. Et c'était très à la mode. Et ça correspondait aussi à leurs idées, parce que nous sommes dans les années 30. Là, je fais un pas en arrière. Mes parents avaient acheté cet appartement sur plan. Et ils s'étaient mariés en 25 et ils ont acheté sur plan en 26 et ils ont commencé à l'habiter en 27.

5:44
Présentateur

Votre père est devenu, grâce à son talent, ingénieur. Oui. Alors qu'il était d'extraction modeste et votre maman, elle, n'était pas d'extraction modeste mais elle était affublée d'une mauvaise vue.

5:58
Invité

Oui. Et ma mère était persuadée que personne ne voudrait l'épouser parce qu'elle portait des lunettes très défigurantes. Enfin, elle y voyait à peine. Et elle a été très surprise que mon père la demande en mariage parce qu'il s'était rencontré à Boston où mon père avait une bourse à Harvard et ma mère finissait ses études à Simmons College.

6:25
Présentateur

Vos parents se sont donc rencontrés aux Etats-Unis. Monique Lévi-Strauss, ils sont venus en France où ils ont vécu dans ce milieu, un milieu que vous décrivez argenté, fasciné par la psychanalyse.

6:40
Invité

Ah oui, on ne parlait que de ça. Alors il faut vous dire que c'était les femmes qui parlaient de ça parce que dans les années 30, certaines femmes travaillaient mais elles étaient peu nombreuses et la plupart des femmes s'occupaient de leur maison, du train de vie de la maison et puis de l'éducation des enfants. Et donc elles se réunissaient très souvent l'après-midi et elles étaient toutes en psychanalyse. Ça c'était un must, il fallait être psychanalysé. si on voulait être à la mode et on était en psychanalyse. Vous dites que ça ne marchait pas toujours.

Oh ben, quand les femmes se réunissaient autour d'une tasse de thé l'après-midi, elles discutaient de leurs psychanalystes et elles les comparaient. Bon, et c'était leur grand amusement, c'était leur passant. Si vous voulez, elles avaient deux séances par semaine et puis le reste du temps ils en parlaient.

7:46
Présentateur

Votre père était, dites-vous dans votre livre J'ai choisi la vie aux éditions Plon, votre père Monique Lévi-Strauss était un peu volage. Il était carrément coureur. Oui, oui. Et il a eu comment dire une mauvaise analyse des choses puisqu'il a décidé d'aller avec sa famille, avec vous mais aussi avec sa femme qui était juive travaillée en Allemagne. Eh bien,

8:18
Invité

c'est-à-dire que mon père avait un très bon métier à Paris il dirigeait un bureau d'ingénieurs et ils étaient spécialistes dans la construction de barrages et mon père trouvait que c'était un métier quand même très dur d'être tout le temps en voyage à surveiller la construction des barrages et il travaillait parfois avec des compagnies allemandes parfois avec des compagnies russes et une des compagnies allemandes avec qui il avait travaillé pour faire des barrages quelque part je ne sais pas plus où lui ont proposé de venir comme ingénieur conseil pendant deux ans en Allemagne et mon père s'est dit que ce serait quand même beaucoup plus reposant d'être ingénieur conseil et qu'on pourrait vivre en Allemagne en visitant l'Allemagne et que ce serait beaucoup moins prenant que le gros bureau qu'il avait à Paris donc il a accepté mais la famille de ma mère qui était juive lui a dit que ce n'était pas possible d'aller en Allemagne à partir du printemps 1939 et que ce n'était pas possible de courir des risques en Allemagne mais mon père a dit non il ne nous arrivera rien car nous sommes belges

9:40
Présentateur

et donc il s'est jeté ou plus précisément d'ailleurs il vous a jeté dans la gueule du loup absolument comment avez-vous traversé la guerre Monique Lévi-Strauss vous et votre mère en Allemagne

9:52
Invité

avec de très grosses difficultés parce que mon père a été mis en prison le 10 mai 40 parce qu'il était belge officier belge et donc les nazis le trouvaient suspect donc il a été mis en prison quelques semaines ensuite il a été dans un camp d'internement pour personnes suspectes pendant 6 mois mais pendant ce temps là il n'y avait plus d'argent du tout pour payer la pension où nous étions et donc ma mère qui était parfaitement bilingue puisqu'elle était américaine ayant vécu en France elle a proposé ses services à l'école Berlitz et elle faisait jusqu'à 8 heures de cours par jour moi qui ai fait des cours de langue dans certains endroits où j'avais besoin de gagner ma vie je trouve qu'après 3 heures de cours on est déjà vanné et donc c'est ça que ma mère a fait pour qu'on puisse survivre financièrement vous avez traversé la guerre par miracle par miracle le miracle ça a été que ma mère était juive et que quelqu'un aurait pu la dénoncer auprès des allemands personne ne l'a fait et donc nous avons vécu sans être ennuyés parce que ma mère était juive en Allemagne pendant toute la guerre

11:11
Présentateur

vous racontez des scènes atroces

11:13
Invité

ah oui les scènes atroces c'est parce que moi-même j'étais devenue étudiante et après avoir été au lycée allemand et fait mon habiture c'est-à-dire le bachot allemand j'ai été étudiante en médecine en pré-médecine et donc j'étais dans un hôpital à Weimar et j'étais dans cet hôpital quand on a bombardé Buchenwald et donc j'ai vécu des moments vraiment atroces où on a été obligé d'amputer des gens des français qui travaillaient dans des carrières c'était le travail obligé quand on était prisonnier en Allemagne et ces français c'était des grands blessés qu'il fallait amputer mais malheureusement il n'y avait plus de produits pour anesthésier donc j'ai passé une journée entière dans l'hôpital de Weimar à tenir dans mes bras des français prisonniers qu'on amputait sans anesthésie et bien ça je peux vous dire qu'on ne l'oublie pas

12:25
Présentateur

et puis c'est une histoire terrible aussi puisque c'est comment dirais-je la culpabilité de votre père qui s'en est j'imagine atrocement voulu de vous avoir conduit en Allemagne votre mère et vous

12:42
Invité

oui mon père s'est rendu compte que ça avait été une faute énorme de nous emmener en Allemagne il s'en voulait et il buvait il passait des nuits entières à parler à parler mais parce que il devenait fou voilà c'est une des parties très difficiles de la guerre c'est d'avoir un père qui devenait fou

13:11
Présentateur

vous l'avez revu juste après guerre

13:13
Invité

oui il est allé vivre à Bruxelles et de toute façon mes parents avaient décidé de se séparer et donc de temps en temps mon père venait à Paris et un jour je l'ai rencontré dans la rue et il m'a dit mais on est sortis vivants et c'est vrai que c'était ça le miracle on est sortis vivants de la guerre mais c'est tout ce qu'on peut en dire c'était quand même enfin 5 années vraiment difficiles pour tout le monde

13:46
Présentateur

je suis ici à quelques mètres de la maison de la radio la radio finalement c'est votre quotidien Monique Lévi-Strauss oui

13:55
Invité

j'ai travaillé à la radio tout de suite après la fin de la guerre parce que quand nous sommes arrivés à Paris tout de suite après l'armistice et bien nous n'avions pas d'argent du tout et nous avons pu téléphoner à New York où se trouvait la famille de ma mère nous n'avions pas un sou ils ont cru que c'était au figuratif qu'on parlait mais c'est pas le figuratif du tout quand on n'a pas un sou et qu'on a faim ça n'a rien de figuratif et l'océan Atlantique a fait qu'ils ne comprenaient pas aux Etats-Unis on ne pouvait pas comprendre ce que ça veut dire nous n'avons pas un sou et que nous n'avions rien à manger et tout ça pour en revenir à la radio un cousin m'a dit mais moi je peux te donner une place à la radio tu peux gagner de l'argent j'ai dit je ferais n'importe quoi pour gagner de l'argent on avait faim et donc j'ai travaillé à la radio en 45 c'est la première chose que j'ai faite et on m'a dit que j'allais faire les nouvelles brèves d'une émission vers la Belgique bon et alors donc je vais à la radio et puis là on m'a dit mais vous vous rendez compte les jours où la spikerine ne peut pas venir parce que son enfant est malade ou pour une raison X il faudra que ce soit vous qui se piquiez et avec l'accent allemand que vous avez ça passera absolument pas à l'antenne vous n'avez pas l'accent allemand mais j'avais je venais de passer 5 ans en Allemagne en passant le bachot en Allemagne vous pensez que j'avais l'accent allemand très allemand même alors j'ai dû en un mois me débarrasser de l'accent allemand pour pouvoir gagner ma vie voilà

15:46
Présentateur

Monique Lévi-Strauss cette vie incroyable que vous racontez dans J'ai choisi la vie aux éditions Plon vos entretiens avec Marc Lambron on se retrouve dans une vingtaine de minutes et on évoquera votre rencontre avec Claude Lévi-Strauss et puis la manière dont celui-ci a mené ses travaux avec vous avec votre aide votre regard votre regard à la fois amoureux et exigeant 6h30 9h les matins de France Culture Guillaume Erner nous retrouvons notre invitée Monique Lévi-Strauss vous publiez vos entretiens avec Marc Lambron j'ai choisi la vie c'est le titre de cet ouvrage aux éditions Plon vous êtes vous m'avez dit quasi centenaire moi je dis la vérité Monique Lévi-Strauss et vous nous avez raconté la vie incroyable que vous avez eue dans les années 20 puis dans les années 30 comment ce quartier de Paris où nous sommes le 16ème arrondissement juste à quelques mètres de la maison de la radio ce judéo passi cette vie également terrible que vous avez eue en Allemagne puisque alors que votre mère et vous étiez juive votre père avait eu la mauvaise idée d'aller travailler en Allemagne vous y avez passé la guerre vous avez eu un retour difficile en France puisque vous n'aviez pas le sou ça aussi vous nous l'avez raconté et vous avez rencontré par hasard dans un milieu qui était un milieu très intellectuel car vous évoluiez dans un milieu qui était particulièrement lettré un homme qui était anthropologue et qui s'appelait Claude Lévi-Strauss

17:30
Invité

oui alors j'étais devenue très amie de Sylvia Bataille qui était la compagne de Jacques Lacan et j'allais souvent chez eux et ils m'invitaient très souvent à des repas et un soir ils m'avaient invité avec Balthus et Lévi-Strauss à un dîner chez eux et là Claude Lévi-Strauss a demandé à Lacan s'il connaissait quelqu'un capable de lire des épreuves d'un livre qu'il publiait en France un livre qui était écrit en anglais est-ce qu'il connaissait quelqu'un capable de lire des épreuves en anglais et Lacan lui a répondu mais vous êtes assis à côté de la personne qui s'en chargera très bien et Claude me demande vous le feriez j'ai dit oui bien sûr bon enfin ma mère était américaine et j'avais fait des études à Simmons College à Boston et vous aviez besoin d'argent et j'avais besoin d'argent donc oui et puis je savais que je savais lire des épreuves parce que j'avais vécu chez des américains qui écrivaient et qui avaient souvent des épreuves à corriger donc j'étais capable alors voilà et c'est comme ça que je suis entrée en contact avec Claude Lévi-Strauss Dites-moi il était comment Lacan ?

Alors le Lacan que j'ai connu au début était vraiment un type très intelligent oui ça c'était en 1947 je l'ai rencontré chez les maçons j'étais à Aix-en-Provence chez une cousine qui avait une très jolie propriété et nous allions toujours manger chez les maçons donc c'est là que j'ai rencontré Lacan et Lacan quand il a su que je parlais couramment l'allemand et que je le lisais et je le traduisais très facilement et que lui ne lisait pas l'allemand comme beaucoup d'intellectuels français il savait très bien le latin et le grec mais les langues vivantes c'était pas c'était pas leur fort et il avait envie de lire Freud en allemand parce que Freud avait été traduit en français par des dames qui avaient un peu adouci la sauce si vous voulez qui avaient enfin

20:13
Présentateur

enfin je vois ce que vous voulez dire

20:15
Invité

bon et donc Lacan voulait lire le vrai Freud en allemand mais il ne pouvait pas puisqu'il ne lisait pas l'allemand quand il a su que je pouvais traduire l'allemand couramment il m'a dit écoutez venez le dimanche chez moi je voudrais qu'on traduise des passages de Freud c'est ce que j'ai fait et je dois dire que j'en ai tiré un grand profit parce que Lacan c'était en 47 à ce moment là c'était un type assez formidable et moi je lui traduisais mot à mot Freud c'est à dire sans enjeu livre mais lui il m'expliquait pourquoi Freud était si important et ce que Freud avait apporté parce que je n'étais pas en mesure de juger ce qu'il avait apporté donc si vous voulez on échangeait de très bons procédés et c'était toujours le dimanche après-midi et alors pour couronner le tout il nous invitait Sylvia et moi à dîner à la Méditerranée je ne sais pas si vous connaissez la Méditerranée c'est à l'Odéon c'est à l'Odéon et c'est vraiment un restaurant qu'on adorait alors donc la grande récompense c'était on finissait la Méditerranée et ensuite il me reconduisait en voiture chez moi donc voilà c'est comme ça que ce lacan-là je l'ai beaucoup

21:38
Présentateur

beaucoup apprécié alors vous rencontrez Claude Lévi-Strauss qui a déjà été marié une fois enfin une fois puis quand vous le rencontrez je crois qu'il est marié mais en été à Paris dans le quartier où nous sommes le 16e arrondissement je crois qu'il vous invite à dîner un soir et puis un deuxième soir si j'ai bien compris oui

22:00
Invité

à déjeuner le jeudi oui oui oui et alors je travaillais avec lui et puis il m'invite à déjeuner une fois et puis ensuite il me dit pour jeudi prochain et puis finalement il m'a dit et puis pour tous les jeudis et c'est la seule déclaration d'amour qui m'est faite

22:27
Présentateur

la seule ?

22:28
Invité

la seule oui

22:29
Présentateur

il avait la réputation d'être un peu capitolin

22:32
Invité

ah bah oui on disait ça de lui il ne l'était pas du tout avec moi mais on disait ça de lui parce qu'il n'aimait pas bavarder et il trouvait que les gens du monde c'était vraiment casse-pieds et donc

22:45
Présentateur

vous décrivez un homme qui avait une journée extrêmement minutée oui et qui détestait perdre son temps ce qu'il estimait perdre son temps

22:56
Invité

oui oui enfin on le trouvait difficile d'abord mais avec moi il n'était pas du tout comme ça on riait énormément et il a donc voulu que je travaille avec lui pour traduire tous les textes allemands sur les explorateurs en Amazonie et j'ai fait ça pendant des mois au musée de l'homme

23:19
Présentateur

parce qu'il faut dire que Claude Lévi-Strauss à l'époque où vous le rencontrez est un homme qui a subi un certain nombre d'échecs

23:27
Invité

absolument il a subi un certain nombre d'échecs pour une raison qu'on peut facilement expliquer il avait écrit les structures élémentaires de la parenté il était en train d'écrire d'autres livres et il voulait absolument profiter de la New York Public Library alors donc après la guerre il avait passé la dernière partie de la guerre à New York il a voulu rester à New York pour pouvoir continuer ses recherches à la New York Public Library Or tous les autres juifs ou résistants ou gens de gauche qui avaient fui la France pendant l'occupation étaient revenus en 1945 tout de suite mais lui comme il voulait profiter de la New York Public Library il est resté un an et demi de plus comme conseiller culturel et donc il est revenu après les autres et toutes les places étaient prises et naturellement il n'avait pas calculé ça du tout mais quand il est revenu tout était bloqué voilà c'est pour ça qu'il a eu une rentrée à Paris très difficile

24:43
Présentateur

et c'est à ce moment là qu'il a une idée une idée soufflée par Jean Malory qui était un grand explorateur spécialiste du pôle qui a fondé une collection nommée Terre humaine où il a publié le premier ouvrage Les derniers rois de Thulé et Jean Malory lui propose d'écrire un livre

25:05
Invité

oui il lui propose d'écrire un livre mais la seule condition c'était que ça devait être écrit en quatre mois et demi et puis Claude qui en avait assez d'aller enfin il avait été candidat au collège de France il a été battu deux fois il était battu partout où il se présentait parce qu'il arrivait trop tard et il en avait assez de tout ça et quand Malory lui a proposé d'écrire un livre il s'est dit je vais me lâcher après tout je vais écrire tout ce que je veux et c'est ce qu'il a fait en écrivant Triste Tropique

25:47
Présentateur

pour moi Triste Tropique est l'un des plus beaux livres existants en français je suis très ému de vous rencontrer vous raconter comment par trente pages il vous fournissait le tapuscrit il tremblait dites-vous et c'est la raison pour laquelle il avait une machine à écrire un peu une tonne oui de quoi ça parle Triste Tropique pour les auditeurs qui ont la chance de ne pas l'avoir encore lu

26:17
Invité

de quoi ça parle c'est à dire que dans ce livre Claude a sorti tout ce qu'il n'avait pas dit jusque là tout ce qu'il s'était retenu de dire parce qu'il avait toujours écrit sur des sujets bien formatés c'est le grand attrait de Triste Tropique c'est qu'il s'est complètement lâché

26:38
Présentateur

et il raconte la manière dont il a conçu l'anthropologie la manière dont il a passé la guerre au Brésil ses voyages la façon dont il a envisagé la chose humaine en lisant Rousseau mais aussi en allant chez des peuplades qui étaient des peuplades qui n'avaient jamais été explorées qui n'avaient jamais été étudiées il raconte également la fin des peuples premiers c'est un ouvrage qui est emprunt d'un certain pessimisme et est-ce qu'on peut dire d'une certaine misanthropie à l'égard de la civilisation moderne ?

27:19
Invité

enfin je n'irais pas jusqu'à dire misanthropie mais il était persuadé que le monde ayant été créé sans les hommes finirait sans les hommes il était persuadé que les hommes n'étaient pas pour durer toujours ça persuadé

27:36
Présentateur

et alors c'est un livre d'une beauté inouïe et je vais vous faire un aveu Monique Lévi-Strauss depuis que je suis à la radio je me suis fait le serment de lire un extrait de Triste Tropique à la fin de l'année généralement à Noël d'une manière ou d'une autre cet extrait est le suivant je vais vous le lire et je le lis devant la femme qui l'a lu avant tout le monde il y a les peuples premiers la lectrice première la lectrice première c'est vous cet extrait est le suivant ce n'est pas seulement pour duper nos enfants que nous les entretenons dans la croyance au Père Noël leur ferveur nous réchauffe nous aide à nous tromper nous-mêmes et à croire puisqu'ils y croient qu'un monde de générosité sans contrepartie n'est pas absolument incompatible avec la réalité et pourtant les hommes meurent ils ne reviennent jamais et tout ordre social se rapproche de la mort en ce sens qu'il prélève quelque chose contre quoi il ne donne pas d'équivalent vous vous souvenez de cet extrait de la manière dont il l'a écrit Monique Lévi-Strauss

28:40
Invité

si vous voulez il pensait ces choses qui étaient très à contre-courant parce que ce n'était pas du tout ce qu'on pensait autour de lui et il avait besoin de les écrire et c'est pour ça qu'elles restent ces choses parce qu'elles sont complètement en dehors en dehors des modes en dehors de ce qui se disait et c'était très pessimiste mais il était très pessimiste il était convaincu qu'il y aurait bientôt plus d'hommes ça il est

29:15
Présentateur

oui que la civilisation était arrivée à son terme

29:18
Invité

voilà voilà et que enfin que tout s'abîmait autour de lui

29:25
Présentateur

c'était un immense penseur un penseur écologiste pourrait-on dire même si à l'époque on n'employait pas le terme non

29:33
Invité

oui bien sûr il était écologiste mais profondément parce qu'il pensait que enfin tout ce qu'on faisait ça abîmait le monde vous voyez le fond des mers que tout était abîmé qu'il n'y avait plus aucun respect et qu'on ne pouvait rien contre ça c'était la tendance et puis il pensait peut-être qu'il y avait d'autres êtres vivants sur d'autres planètes que c'était très possible mais que la enfin que la terre en tant que terre c'était c'était presque fini

30:13
Présentateur

et c'est ce qui rend en fait Triste Tropique aussi poignant c'est qu'on a l'impression que lorsqu'il parle de ses visites au Brésil de l'Inde il avait un rapport très ambivalent avec l'Inde de l'Islam là aussi il avait quelques inquiétudes au sujet de l'Islam et bien il a l'impression de voir un monde qui s'effondre

30:34
Invité

oui il avait cette impression tout le temps tout le temps tout le temps

30:39
Présentateur

et alors donc ça c'est le livre qui l'a rendu immensément célèbre parce que Triste Tropique c'est un million d'exemplaires c'est un ouvrage qui est publié dans le monde entier mais à côté de cela il poursuit une oeuvre scientifique il poursuit une oeuvre autour de ce qu'il a appelé l'anthropologie structurelle et donc Claude Lévi-Strauss s'inscrit dans le structuralisme et on apprend dans le livre que vous publiez vos entretiens avec Marc Lambron j'ai choisi la vie aux éditions Plon on apprend qu'il était très proche du linguiste Roman Jacobson ce qui est très important parce que il a fait un pont en quelque sorte entre les sciences humaines et la linguistique Claude Lévi-Strauss

31:21
Invité

absolument il était très très ami de Roman Jacobson le seul ennui qu'il y avait c'est que quand Roman venait à Paris nous lui prenions toujours une chambre dans un hôtel qui était à côté de chez nous nous habitions rue Saint-Lazare à Notre-Dame-de-Lorette et l'ennui avec Jacobson c'est qu'avec la vodka il durait toute la nuit et Claude avait absolument besoin d'aller dormir il dormait beaucoup il dormait 8 heures par nuit mais non-stop il se couchait à 10 heures et demie et c'était non-stop jusqu'au matin

31:58
Présentateur

il avait de la chance

31:59
Invité

oui c'est aussi parce qu'il dormait tellement bien qu'il pouvait tellement travailler dans la journée il ne faisait pas de sieste il travaillait sans arrêt sans arrêt

32:10
Présentateur

il adorait parler de structuralisme il adorait parler comme tous ces gens que vous avez rencontrés parce que ce livre est un tourbillon alors un tourbillon avec vous avez un regard acéré vous dites la vérité c'est à dire vous dites Aragon Malraux Breton ils s'y croyaient

32:28
Invité

ils étaient très désagréables à fréquenter parce que des gens qui se croyaient enfin aussi vénérable c'est quand même lourd à supporter ah oui

32:41
Présentateur

vous parlez de Raymond Aron il n'était pas rigolo rigolo

32:45
Invité

non lui lui n'était pas du tout non Raymond Aron était très gentil c'est pas ça non mais des gens comme Breton c'était insupportable qu'est-ce qu'il avait Breton il se croyait un pape

32:58
Présentateur

et il voulait qu'on soit à ses pieds mais alors Claude Lévi-Strauss lui a quand même fait une blague parce qu'il n'était pas content après Breton et alors comme il n'était pas content après Breton parce qu'il lui avait donné un texte et que Breton s'était comporté de manière un peu cavalière le texte d'après que Breton lui a demandé votre mari l'a fait faire à son fils de 7 ans c'était pour lui montrer qu'il se fichait de lui

33:22
Invité

c'est tout

33:22
Présentateur

je trouve ça très drôle

33:23
Invité

mon mari il ne manquait pas de drôlerie je peux vous dire que c'était un des types les plus divertissants que j'ai connu d'ailleurs je ne serais pas resté 60 ans avec lui s'il n'avait pas été aussi drôle

33:34
Présentateur

oui mais alors à côté de ça vous racontez que comme Claude Lévi-Strauss Lévi-Strauss divorçait à peu près tous les 5 ans vous étiez un peu inquiète

33:44
Invité

la première fois j'étais très inquiète parce que j'adorais vivre avec lui j'ai vraiment apprécié mon mari c'était un grand privilège pour moi de vivre avec lui c'était un grand privilège pour lui de vivre avec vous enfin il ne m'a jamais dit mais il l'a peut-être pensé vous racontez

34:02
Présentateur

que vous étiez courtisée par beaucoup d'hommes

34:04
Invité

j'étais jolie fille oui c'est assez incontestable enfin comme tout le monde non moi j'ai jamais été pardon je veux dire toutes les jolies filles sont courtisées mais je ne l'ai pas été plus qu'une autre j'étais normalement

34:19
Présentateur

vous racontez aussi que certains hommes étaient un peu cavaliers René Char par exemple

34:26
Invité

oui René Char si vous voulez c'était de ces français à l'époque où c'était la grande mode il fallait avoir quatre maîtresses ensemble comme un quadrige si vous voulez il fallait avoir quatre maîtresses qu'on voyait tout le temps et il fallait que ces maîtresses acceptent d'être une parmi les quatre enfin vraiment une situation de harem et moi je ne voyais pas pourquoi il pensait qu'il pouvait s'offrir toutes les femmes qu'il voulait et puis c'était très à la mode de montrer qu'on avait plusieurs maîtresses ça se faisait beaucoup à l'époque je veux dire ça passait de mode ça maintenant les hommes ne se vendent plus d'avoir quatre maîtresses à la fois mais à l'époque c'était vraiment c'était comme ça qu'il fallait faire

35:17
Présentateur

vous racontez à quel point vous avez vécu avec Claude Lévi-Strauss une forme de grande intimité intellectuelle comment vous avez accompagné ses travaux comment vous avez accompagné aussi ses succès parce qu'à partir du moment où il vous a rencontré dans sa vie et bien sa vie est devenue plus belle ce que je comprends et puis elle est devenue aussi plus réussie sur le plan professionnel

35:44
Invité

et aussi sur le plan financier ça fait une grande différence parce qu'au début je vous assure que c'était on n'avait pas le chauffage central non mais il faut vivre à Paris sans chauffage central il descendait les cendres tous les matins il remontait le charbon et le bois enfin oui ça existait

36:07
Présentateur

il travaillait énormément vous l'avez accompagné sa vie durant quelles étaient les oeuvres auxquelles il tenait le plus parce que vous racontez qu'il se pensait vraiment comme un maillon dans la chaîne du savoir

36:20
Invité

oui c'est ça il se pensait comme un maillon dans la chaîne du savoir il n'était pas plus orgueilleux que ça il ne se pensait pas comme un maître non il n'est pas du tout comme breton il ne se pensait pas comme quelqu'un au dessus de la mêlée mais il pensait qu'il avait sa place comme un maillon et que le savoir c'est comme ça chaque savant apporte une maille qui fait progresser

36:46
Présentateur

la connaissance oui de manière d'ailleurs très étrange parce qu'il disait par exemple il refusait de donner ses avis politiques considérant par exemple ne pas être compétent pour cela ce qui est quand même assez rare parce que habituellement les universitaires s'engagent non

37:04
Invité

mais lui il s'était trompé il s'était trompé plusieurs fois et donc il pensait qu'il ne devait pas donner d'avis il ne devait pas essayer d'influencer les autres il avait ses opinions mais il ne voulait absolument pas convaincre les autres

37:19
Présentateur

bon moi vous m'avez convaincu en tout cas Monique Lévi-Strauss avec J'ai choisi la vie ce livre d'entretien que vous publiez aux éditions Plon ce sont des entretiens avec Marc Lambron et puis je pense qu'il faut vraiment inciter les auditeurs à lire Triste Tropique c'est vraiment l'un des plus beaux voyages qu'on puisse faire parmi les choses de l'esprit et puis les choses du monde merci mille fois Monique Lévi-Strauss de nous avoir reçus chez vous ce matin

37:51
Invité

merci aussi de m'avoir écouté