#Metoo : jusqu’où ira la prise de conscience du cinéma français ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:09OuverteRéponse directe
Les affaires qui ont éclaboussé le 7e art ces derniers mois vont-elles permettre de faire durablement changer les comportements ?
- 3:43OuverteRéponse directe
Sandrine Rousseau, vous en attendez quoi du Festival de Cannes ?
- 4:44OuverteRéponse directe
Vous parliez d'un renversement des mentalités. Est-ce qu'on peut aussi dire ça dans le monde du cinéma, plus généralement dans le monde de la culture ?
- 6:51OuverteRéponse partielle
Pourquoi les femmes réalisatrices sont-elles moins financées et où leurs projets voient moins le jour que les projets masculins ?
- 9:30OuverteRéponse directe
Pourquoi les femmes réalisatrices, finalement, sont moins financées et où leurs projets voient moins le jour que les projets masculins ?
- 11:18OuverteRéponse directe
Il y a eu 86 recommandations à l'issue de ces auditions. Quelles sont les plus importantes selon vous ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:27InvitéFait
« 18 mois de prison avec sursis pour le comédien de 76 ans, reconnu coupable d'avoir agressé sexuellement deux femmes sur le tournage d'un film en 2021. »
- 1:17InvitéFait
« Adèle Haenel, agressée sexuellement entre 12 et 14 ans, a obtenu de la justice la condamnation du réalisateur Christophe Ruggia à deux ans de prison ferme. »
- 1:32InvitéFait
« Judith Godrech avait brisé l'omerta et porté plainte contre les cinéastes Benoît Jaco et Jacques Doyon pour des violences physiques et sexuelles alors qu'elle était adolescente. »
- 2:16InvitéFait
« Le CNC conditionne ses aides financières à des plans de formation contre les violences sexistes et sexuelles. »
- 2:48InvitéFait
« Si la parole se libère, que les mesures et pistes de réforme s'accélèrent au sein du cinéma français, les professionnels s'accordent à dire qu'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. »
- 3:47Sandrine RousseauFait
« Je trouve qu'il n'y a pas de hasard dans le fait que la condamnation de Gérard Depardieu arrive le jour où le Festival de Cannes commence. »
- 4:27Sandrine RousseauFait
« Et ouf, enfin, ça s'arrête. Pas du tout, ça ne fait que se poursuivre, prendre d'autres formes, émerger ailleurs. »
- 5:00Michel GuérinFait
« La vaguelette, c'était au début pendant des années quand même, il faut dire, par rapport à 2017. La Ferventine, il s'est passé 5-6 ans, il ne s'est pas passé grand-chose. »
- 5:21Michel GuérinFait
« Ça a commencé d'ailleurs avec Juliette Binoche, moi je trouve. L'entretien de Juliette Binoche qu'elle donne à Libération en 2024, où elle dénonce pas mal de monde. »
- 6:42PrésentateurChiffre
« Les femmes réalisatrices en compétition officielle à Cannes, c'est 7 sur 22. »
- 7:02InvitéChiffre
« C'est 32% de femmes réalisatrices en compétition cette année. »
- 7:29InvitéChiffre
« En moyenne européenne, on tourne aujourd'hui autour de 26%. »
- 11:31InvitéFait
« Nous souhaitons réglementer les castings. Les castings doivent être organisés dans des locaux professionnels, pendant des heures ouvrables, en présence de deux personnes au moins. »
- 20:17InvitéFait
« Tous les porteurs de projets, d'abord, doivent remplir un questionnaire qui indique les mesures de prévention qu'ils prennent conformément au code du travail. »
- 30:27InvitéFait
« La décision a été rendue ce matin, le jour de l'ouverture du Festival de Cannes et donc cette condamnation à 18 mois de prison avec sursis pour avoir agressé sexuellement deux femmes sur le tournage du film Les Volets Verts. »
- 31:23InvitéFait
« Le tribunal correctionnel a en outre décidé de l'inscrire au fichier national des délinquants sexuels. »
- 36:13InvitéFait
« Moi, je trouve que c'est quand même un symbole qui tombe. Et c'est vrai que c'est intéressant que ce soit aujourd'hui qu'on ait... »
Temps de parole
- Présentateur54 %
- Invité19 %
- Invité 212 %
- Invité 36 %
- Invité 44 %
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J'ouvre le second débat de ce sens public consacré au mouvement MeToo, dans le cinéma, plus généralement dans le monde de la culture. Le Festival de Cannes s'est ouvert aujourd'hui avec une question. Les affaires qui ont éclaboussé le 7e art ces derniers mois vont-elles permettre de faire durablement changer les comportements ? Première réponse avec Jonathan Dupriez.
Hasard de calendrier, alors que le 78e Festival de Cannes s'ouvre ce soir, la justice vient de condamner l'acteur Gérard Depardieu. 18 mois de prison avec sursis pour le comédien de 76 ans, reconnu coupable d'avoir agressé sexuellement deux femmes sur le tournage d'un film en 2021.
C'est la victoire de deux femmes, de deux femmes sur un tournage, mais c'est la victoire de toutes les femmes derrière ce procès.
Gérard Depardieu, absent à l'audience, a annoncé via son avocat qu'il ferait appel de la décision. Gérard Depardieu a été déclaré coupable, il va bien évidemment interjeter appel. Mais ce qui est très important et ce qu'il faut retenir de cette décision, c'est que pour la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris, accusation vaut condamnation. Avant le cas de Depardieu, plusieurs affaires ont permis de faire de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles une question centrale dans le cinéma français. Adèle Haenel, agressée sexuellement entre 12 et 14 ans, a obtenu de la justice la condamnation du réalisateur Christophe Ruggia à deux ans de prison ferme.
C'est ça qui nous émeut aujourd'hui et qui l'émeut elle, c'est d'entendre le tribunal lui dire qu'elle est la victime de Christophe Ruggia. Dans son sillage, Judith Godrech avait brisé l'omerta et porté plainte contre les cinéastes Benoît Jaco et Jacques Doyon pour des violences physiques et sexuelles alors qu'elle était adolescente. Elle avait raconté son calvaire au Sénat. Tout le monde sait que dans l'industrie du cinéma, un agresseur déguisé en réalisateur fait s'ouvrir les petites filles pour qu'elles pleurent pour de vrai. Devenu politique, le combat de Judith Godrech a permis d'aboutir à la création d'une commission d'enquête parlementaire à l'Assemblée nationale.
Le constat est clair, il est sans appel.
Les violences sont persistantes, elles sont endémiques et donc elles sont systémiques.
De leur côté, les acteurs institutionnels évoluent eux aussi. Le CNC conditionne ses aides financières à des plans de formation contre les violences sexistes et sexuelles. Des mesures saluées du côté des producteurs. Le fait que désormais le CNC a imposé la formation de l'ensemble des équipes, tous les salariés, artistes comme techniciens, les producteurs accueillent ça très positivement puisque c'est la seule façon, en tout cas dans l'immédiat, qu'on a de pouvoir amorcer un changement structurel et de toucher l'ensemble des collectifs de travail.
Si la parole se libère, que les mesures et pistes de réforme s'accélèrent au sein du cinéma français, les professionnels s'accordent à dire qu'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, huit ans après le début de la vague MeToo aux Etats-Unis.
Et jusqu'où ira la prise de conscience du cinéma français ? On en débat avec Sandrine Rousseau, bonsoir. Bonsoir. Bienvenue, vous êtes députée écologiste de Paris et présidente de cette commission d'enquête relative aux violences commises dans le secteur de la culture. Michel Guérin, bonsoir. Bonsoir. Bienvenue, vous aussi, vous êtes rédacteur en chef au Monde, vous y publiez notamment une chronique culturelle hebdomadaire. Fabienne Sylvestre, bonsoir et bienvenue. Co-fondatrice, directrice du Lab Femmes de Cinéma, c'est un cercle de réflexion sur la parité et la mixité, et co-fondatrice du Festival des Arcs.
On est en duplex également avec Mathieu Ripka, ancien producteur, délégué général de l'ARP. C'est la Société civile des auteurs, réalisateurs, producteurs. Bienvenue à vous et merci d'avoir accepté notre invitation. Et Sophie Dravinet, éditorialiste politique, est restée évidemment à mes côtés. Je démarre avec Cannes, ce 78e Festival de Cannes qui a démarré aujourd'hui. Sandrine Rousseau, vous en attendez quoi ? J'en attends. Je trouve qu'il n'y a pas de hasard dans le fait que la condamnation de Gérard Depardieu arrive le jour où le Festival de Cannes commence. Et je pense qu'il y a quelque chose de l'ordre du sens là-dedans.
Et j'appelle vraiment les organisateurs du Festival de Cannes à entendre ce qui s'est passé à Paris pendant qu'ils ouvrent le Festival de Cannes. Et de dire que le rapport, cette condamnation, les paroles des femmes successives ne sont pas un épiphénomène, ne sont pas un petit phénomène, ne sont pas quelque chose de temporaire qui va s'arrêter. Et ouf, enfin, ça s'arrête. Pas du tout, ça ne fait que se poursuivre, prendre d'autres formes, émerger ailleurs. Et en fait, là maintenant, j'attends par exemple de Thierry Frémaux qu'il ait un mot fort. Qu'il ait un mot fort. Pour l'instant, je ne l'ai pas entendu. J'ai entendu qu'il regardait cette condamnation en tant que citoyen.
Moi, je voudrais qu'il regarde cette condamnation en tant que responsable du Festival de Cannes. Le délégué, le responsable, le directeur du Festival de Cannes. Vous parliez d'un renversement des mentalités. C'est ce que vous avez aussi dit, Michel Guérin. Il a quand même commencé. Est-ce qu'on peut aussi dire ça dans le monde du cinéma, plus généralement dans le monde de la culture ? Oui, moi je pense qu'on peut dire qu'il y a deux vagues dans le MeToo du cinéma. Une vaguelette et une vague plus importante. La vaguelette, c'était au début pendant des années quand même, il faut dire, par rapport à 2017. La Ferventine, il s'est passé 5-6 ans, il ne s'est pas passé grand-chose.
Ici en France en tout. En France, oui, oui, en France et où on disait, la France est différente, ce n'est pas pareil. Et en fait, on avait quand même des indices un peu bizarres. Et puis, il y a une vraie vague. À partir de 2024, c'est tout frais quand même. Ça a commencé d'ailleurs avec Juliette Binoche, moi je trouve. L'entretien de Juliette Binoche qu'elle donne à Libération en 2024, où elle dénonce pas mal de monde. Tout en disant des choses, c'est quand même en force. C'est-à-dire qu'il y a eu ensuite des mises en cause de cinéastes. Enfin, il y a eu à partir de 2024, un gros... Après, on peut dire que ce n'est pas encore ça. qu'il y a du retard, je ne sais pas, d'autres choses.
Oui, on va en débattre. Mais quand même, il s'est passé quand même pas mal de choses, jusqu'au procès, donc évidemment... Et puis la commission, qui a été pour moi un moment important quand même. C'est un moment à la fois symbolique. Bien sûr. On verra plus tard si ça débouche sur des choses réelles, ce qui n'est pas gagné. Mais en tout cas, 350 personnes auditionnées, 6 mois, c'est quand même assez énorme, avec des personnalités très fortes qui sont venues, d'autres confusées, si j'ai bien compris. Mais quand même, ça a été des choses quand même très importantes. En une année à peine, il faut rappeler aussi qu'à Cannes, c'est en 2023, il y avait déjà eu...
En 2023, c'était hier presque, une pétition, une tribune plutôt, de femmes cinéastes, actrices qui disaient, on vit toujours dans un monde masculin, quoi. – Alors, je vous interromps parce qu'il y a effectivement... La commission, on va détailler les propositions que vous faisiez, on va en parler. Le procès de Pardieu, forcément, vous nous en parlerez tout à l'heure. Sophie, je reste sur ce festival de Cannes. On a compté ce qu'on fait un peu chaque année. Les femmes réalisatrices en compétition officielle à Cannes, c'est 7 sur 22. Alors, c'est peu et en même temps, c'est un record. Je crois que c'était déjà le record de 2023. Pourquoi elles sont aussi peu nombreuses déjà ?
Il faudrait qu'on revienne à cette question. On reparlera des violences dans un instant.
– Oui, alors peut-être déjà rappeler qu'en effet, c'est 32% de femmes réalisatrices en compétition cette année. C'est 30% sur l'ensemble des sélections. Ce chiffre, il faut le rapporter à deux choses. La première, c'est que dans l'histoire du festival de Cannes, donc de 46 à 2024, la moyenne de femmes cinéastes, c'était 6%. Donc 32%, c'est quand même énorme en compétition. Première chose. Et la deuxième, c'est aussi à rapporter quand même au nombre de femmes cinéastes dans la production globale. Et en l'occurrence, en moyenne européenne, on tourne aujourd'hui autour de 26%. Donc on était à 19% en 2012. On est à 26% aujourd'hui.
– On finance moins leurs films ?
– Alors en fait, ce qu'on dit en général, c'est qu'en fait, il y a deux choses qui génèrent en fait de l'exclusion des femmes du cinéma. C'est d'une part des stéréotypes de genre qui continuent en fait à exister. Et deuxièmement, en fait, des phénomènes structurels qui les éloignent, qui les écartent. Bon, et puis après, on peut aussi lier ça au fait que, en fait, ce qui se passe dans le cinéma est aussi une vitrine de ce qui se passe dans la société tout entière. Donc les petites filles et les stéréotypes de genre, elles sont confrontées à ça dans ce secteur-là comme dans d'autres.
Par ailleurs, c'est vrai que le fait qu'il y ait eu aussi peu de femmes dans l'histoire du cinéma a fait qu'il y a eu peu de rôle modèle au féminin. Et donc peu de femmes dans lesquelles des petites filles peuvent se projeter. Et on sait aussi que c'est quelque chose, en fait, qui éloigne les femmes du cinéma. Après, il y a d'autres gros sujets sur le budget parce que même dans celles qui sont là, ce qui est intéressant, moi je rappelle toujours que dans les écoles de cinéma, une personne sur deux est une femme. Au moment du premier court-métrage, c'est une sur trois. Premier, deuxième, long, c'est une sur quatre. Et à partir du troisième, long et plus, c'est une sur six. Donc il y a...
Il y a des gros budgets, moi, on fait confiance aux femmes. Je dis ça avec mes mots, mais c'est un peu ce que ça veut dire.
Oui, oui, c'est complètement ça. Il y a plus de femmes dans le cours que dans le long, dans le documentaire, que dans la fiction et dans l'animation.
Sans ce que vous dites, et vous avez entièrement raison, ça vaut pour tous les arts. Vous prenez les écoles d'art. Ce qui n'est pas une bonne nouvelle. Ah non, mais évidemment que ce n'est pas une bonne nouvelle. Mais alors, peut-être que le cinéma, c'est celui qui est le plus lent quand même. Parce qu'il y a plus d'argent, plus de personnes. Par exemple, le nombre d'étudiantes en école d'art est énorme. Et il y a de plus en plus de femmes artistes qui ont des grandes expositions. Ça va beaucoup plus vite. Sur les scènes, les chorégraphes, les danseuses. En revanche, sur le cinéma, c'est celui qui est le plus en retrait. Je me tourne donc une première fois vers Mathieu Ripka.
Question à finance là, tout à fait claire. Pourquoi les femmes réalisatrices, finalement, sont moins financées et où leurs projets voient moins le jour que les projets masculins ?
Mais il n'y a aucune raison, tout simplement. Et c'est bien le scandale, je veux dire, tout simplement. Je veux dire, il faut absolument lutter contre ce fait-là, qui est un fait, oui, de société, mais qui est encore plus amplifié dans notre discipline, dans notre art et dans notre industrie. Évidemment, c'est une industrie aussi, pas qu'un art. Et du coup, ça implique beaucoup d'interlocuteurs qui prennent des décisions, beaucoup d'argent en jeu et une certaine frilosité française, on va dire, parfois à prendre des risques, a fait que ça a été plus difficile de faire émerger de nouvelles têtes, de façon générale.
Et évidemment, vu que l'histoire du cinéma est jalonnée, malheureusement, met en avant surtout des rôles masculins dans cette histoire au long terme, et bien malheureusement, en effet, le côté modèle ou le côté initiateur n'est pas présent dans l'histoire qui est enseignée. Et ça, c'est un premier problème. Ensuite, dans les histoires montrées également, c'est un problème gigantesque. Ça veut dire que la moitié de la population mondiale, voire en France, ne peut pas raconter ces histoires et ne peut pas raconter son point de vue. Et c'est exactement ce pourquoi nous, cinéastes, en tout cas les cinéastes que je représente, nous luttons la capacité à pouvoir raconter des histoires.
Si la moitié de la population est exclue de ce place, c'est juste pas possible. C'est-à-dire que nous n'avons pas la capacité de raconter les histoires. – Alors, je referme, je reprends la parole.
Désolé de vous interrompre, Mathieu Ripka, parce que le temps file vraiment très vite. Et il faut quand même qu'on se concentre sur cette commission d'enquête. Il y a eu 86 recommandations à l'issue de ces auditions, Sandrine Ousso. Je vous propose d'écouter le rapporteur de la commission, le député centrice Erwan Balanant, qui se concentre notamment sur les castings. Écoutons-le.
– Nous souhaitons réglementer les castings. Les castings doivent être organisés dans des locaux professionnels, pendant des heures ouvrables, en présence de deux personnes au moins, et en interdisant évidemment les scènes d'intimité ou de nudité, même partielles. Évidemment, en cas de besoin sur une nudité ou sur une intimité, il faudra qu'elles soient nécessairement accompagnées d'un coordinateur d'intimité. – Sandrine Ousso, c'est l'un des aspects.
Vous parliez à l'issue de ces auditions, pas seulement du cinéma, mais du monde actuel, une machine à broyer les talents.
– Oui, c'est le titre du rapport. Et c'est réellement ça, parce que je pense qu'il faut qu'on s'arrête un tout petit peu sur le mot « talent »,
parce que le talent est souvent associé aux hommes, aux réalisateurs, et il est maître, en fait, dans ce monde-là. Mais ce qui m'a beaucoup surprise dans la commission d'enquête, c'est à quel point le talent d'Adèle Haenel, qui était quand même, par exemple, une des actrices majeures du cinéma français au moment où elle a parlé, s'est effacée du cinéma. Elle est partie comme ça. Et finalement, la perte de ce talent-là n'a généré aucune espèce de question dans le milieu. C'est-à-dire qu'il y a même eu une forme de soulagement, qu'elle ne dérange plus, une forme d'ordre établi. – Elle est partie d'elle-même parce qu'elle considérait qu'aucun effort n'était fait ? On peut dire ça comme ça ?
– Oui, mais personne ne l'a retenue. Personne n'a eu de mots pour dire que c'était un scandale qu'elle s'en aille, parce que c'était une très grande actrice. C'est une très grande actrice. Et par contre, Depardieu, on voit qu'il continue à tourner des films. Et cette espèce de deux poids, deux mesures doit quand même être interrogée. Après, sur les castings, les castings sont des lieux, mais il y a d'autres moments comme ça dans la formation d'un film. Mais les castings sont des moments de risque. Pourquoi ? Parce qu'il y a des castings sauvages, c'est-à-dire qu'on prend n'importe qui dans la rue comme ça. Il y a des castings dans des lieux qui ne sont pas des lieux professionnels.
Le casting n'est pas une relation de travail, c'est-à-dire que ça n'est pas couvert par un contrat de travail, de sorte qu'en fait, il n'y a pas de borne qui est mise. Il n'y a pas non plus de limite dans ce qu'on peut demander dans un casting, c'est-à-dire qu'on peut demander à peu près tout. Donc, dans les propositions de la commission d'enquête, il y a en effet d'encadrer ce moment-là, parce qu'on a eu de nombreux témoignages sur des comportements tout à fait inappropriés au moment des castings. Mathieu Ripka, je reviens vers vous. Réponse rapide, s'il vous plaît. Est-ce qu'on peut parler à propos de ces castings aujourd'hui ? Ça change d'espèce de zone de non-droit.
Zone de non-droit, non, mais c'est sûr que ce n'est pas organisé d'une manière absolument professionnelle. Donc, il faut un cadre pour ça, que les coordonnateurs d'intimité ont un rôle très important, les coordonnatrices d'intimité. Et ce métier-là doit être regardé comme celui des cascadeurs qui viennent aider quand il y a une cascade. Et bien, de la même manière, il faut absolument quelqu'un en cadre quand on fait une scène qui laisse voir des parties intimes. C'est exactement la même chose. Sur le casting, il est évident que certaines pratiques doivent être vraiment encadrées et régulées pour qu'on puisse le faire de manière la plus professionnelle possible, tout simplement.
Alors, vous parliez de coordinateur d'intimité. C'est nouveau, Fabienne Sylvestre, sur les tournages. Est-ce que vous pouvez nous expliquer en quelques mots, on le comprend en entendant ce mot, mais de quoi il s'agit ?
Alors, les coordinateurs d'intimité, ça existe depuis très longtemps aux États-Unis. En effet, en France, il n'y en a pas beaucoup. Il y en a cinq qui sont certifiés seulement et qui aujourd'hui... Il y en a cinq pour l'ensemble des tournages. Pour l'ensemble des tournages. Audiovisuel et cinéma. Voilà, audiovisuel et cinéma, absolument. Et en fait, l'idée, c'est qu'une formation est sur le point de s'ouvrir ou vient de s'ouvrir, je crois. Le sujet, c'est qu'il faut que les personnes soient formées, mais il faut aussi qu'il y ait une obligation de les utiliser parce que sinon, les personnes formées, finalement, ne sont pas employées. Donc ça, c'est une chose.
Et après, en quoi consiste leur rôle ? C'est tout simplement à partir de la lecture d'un scénario jusqu'à l'accompagnement du tournage de scènes de l'intime. Mais l'intime, ça peut commencer à partir d'un moment où vous parlez de choses émotionnelles. Ce n'est pas forcément des scènes de sexe qui sont stimulées ou des choses comme ça. Donc c'est un accompagnement dont on pense qu'il devrait être proposé systématiquement et qui devrait accompagner à la fois les réalisateurs et les réalisatrices, comédiens, comédiennes. Ce n'est pas une punition, c'est plutôt quelque chose, comme le disait Mathieu Ripka, comme les cascades, on ne se pose pas de questions.
C'est les cascades de l'intime un peu, les coordinateurs de l'intimité, si vous voulez. C'est-à-dire qu'on ne va pas prendre le risque de...
Michel, Guérin ? Un petit point, c'est aussi qui paye le coordinateur d'intimité ? De qui il dépend ? Parce que souvent, c'est la production du film qui s'en occupe. Et donc, si vous êtes tenu par la production, c'est quand même un peu embêtant. Donc je pense qu'il faudrait que ce coordinateur soit indépendant de la production.
Et pourquoi est-ce que c'est embêtant ?
Parce que c'est nouveau, c'est tout nouveau, etc. Je ne sais pas, moi. Non, parce que vous dites attention au lien sur l'ordination qu'il pourrait y avoir entre la production et le coordinateur. Non, mais il y a le coordinateur d'intimité, il y a le référent aux violences sexistes et sexuelles. Le référent aux violences sexistes et sexuelles, lui, c'est la personne à qui on peut parler quand il s'est passé quelque chose. Là, qu'elle soit dépendante de la production, c'est un problème. Les coordinateurs d'intimité, je trouve que c'est moins compliqué.
Mais en fait, aujourd'hui, il y a quand même des scénarios complets de films qui sont écrits où il y a juste marqué scène de sexe, où ils font l'amour. Mais en fait, rien n'est dit sur quel est le cadrage, quel est le degré de nudité, est-ce qu'il y a des draps, est-ce qu'il n'y a pas de draps ? Et en fait, on ne peut pas laisser les acteurs comme ça dans l'incertitude. C'est un point qui est frappant, qu'on voit bien dans le rapport. On le savait déjà un peu avant, mais là, on n'a pas... Et lors des auditions, c'était assez frappant.
Le nombre de cas où vous avez un tournage, vous avez, je ne sais pas, 20, 30 personnes qui sont là, pas loin, et il y a une douleur qui se crée, au vu de tout le monde. Anna Mouglalis le dit bien dans un témoignage. Il y en a eu d'autres. Sandrine Bonner, oui, il y a eu ça, mais il y a eu aussi surtout Juliette Binoche, qui l'a raconté une fois, où on lui a fait tourner une scène, et puis après, elle avait dit aux cinéastes, mais si ça ne va pas, on l'enlèvera la scène, si ça ne te plaît pas. Alors, ils ne l'ont pas enlevée, il a fallu qu'elle aille voir le producteur, Alain Sardes, et qui arrive à enlever la scène. Ça n'a pas été le cas pour toutes ces actrices.
Certaines ont fait la même démarche. Ce qui est quand même fascinant, c'est le nombre de scénarios où rien n'est clair. En fait, moi, je pense que l'essentiel, maintenant, c'est que ces scénarios soient beaucoup plus clairs sur toutes ces scènes. Qu'est-ce qu'on fait ? Il met jusqu'où va la main, où elle peut aller, etc. On ne peut plus se permettre de dire, on va improviser, ça va être quelque chose d'intéressant au niveau. Parce que c'est le problème de l'auteur aussi. L'auteur en France n'a pas tellement envie que ça soit toujours très clair pour laisser une phase d'improvisation, ce qui est possible. – Oui, oui, alors ça peut être un argument.
À tout de suite, le coordinateur d'intivité n'empiète pas sur le rôle de la créativité du réalisateur. – J'étais juriste en disant antérieure, plus c'est codifié avant, mieux c'est. – C'est ça. – Sandrine, on parlait d'Anna Moulalis, c'est ça, qui, elle, n'a pas pu faire retirer une scène. – Anna Moulalis, elle a eu une scène, elle a demandé à ce que la caméra ne passe pas derrière, c'est-à-dire ne filme pas son sexe, en fait, et ne fasse pas comme ça une espèce de mouvement où on voit son sexe. Elle l'a demandé, elle a fait intervenir son agent, elle a fait tous les recours possibles.
Non seulement la scène a été gardée au montage, mais en plus elle était dans la bande-annonce, ce qui, quand même, n'est pas possible, quoi. Et donc, c'est pour ça que dans les propositions du rapport, il y a le fait d'avoir, de donner sur ces scènes-là uniquement, une sorte de final cut aux acteurs de la scène, ce qui pose énormément de questions et qui est très débattu dans la communauté des réalisateurs, je le sais. Mais on ne peut pas accepter qu'une situation comme celle d'Anna Moulalis se reproduise. Alors, on va parler aussi de ce qui a déjà été mis en place, des mesures de prévention contre les violences sexistes et sexuelles. On en parle tout de suite avec Steve Jourdain.
Steve qui doit être juste derrière le rideau de sens public. Bonsoir Steve ! On rappelle qu'un certain nombre de mesures depuis la vague MeToo ont été prises, notamment en matière de conditionnalité des aides à la création. Et avant de l'expliquer, il faut nous dire ce qu'est le CNC. Le CNC, Thomas, c'est le centre national du cinéma. Il est financé par plusieurs taxes prélevées sur les billets d'entrée des salles de ciné, les chaînes de télévision, les fournisseurs d'accès à Internet et les plateformes de streaming. L'année dernière, tout cela représentait 780 millions d'euros. Et c'est cet argent qui est ensuite reversé notamment aux producteurs.
Et versé, on le disait, sous certaines conditions, notamment en matière de violences sexistes et sexuelles. Oui, et c'est récent. L'attribution des aides est effectivement soumise à de nouvelles conditions en la matière. Écoutez, le président du CNC, début avril au Sénat, il revenait sur tous ces enjeux. Écoutez.
Tous les porteurs de projets, d'abord, doivent remplir un questionnaire qui indique les mesures de prévention qu'ils prennent conformément au code du travail, premièrement. Deuxièmement, les chefs d'entreprise doivent donc suivre la formation du CNC. Et seule l'attestation de suivi de cette formation permet d'avoir accès aux aides et elle est strictement contrôlée dans le cadre de l'instruction du dossier.
Alors, de quelle formation parle le président du CNC ? Sur les tournages, tout le monde doit désormais avoir suivi une formation contre les violences sexistes et sexuelles. C'est une formation qui est prise en charge par le CNC. Elle est organisée par une association, l'AFDAS, qui donne des détails sur son site internet. Il s'agit de deux sessions, une première en distanciel, une seconde en présentiel, directement sur le lieu de tournage. Ces deux étapes sont obligatoires, Thomas, pour toute l'équipe d'un long métrage depuis le mois de février.
Et puis, on l'a évoqué rapidement, ça vaut le coup de détailler la présence de référents violences sexuelles et harcèlement sur les lieux de tournage. Ce sont des personnes qui sont physiquement présentes sur les plateaux et qui sont formées pour réagir en cas de violence. C'est un dispositif qui est obligatoire depuis l'année dernière, mentionnant aussi des mesures inscrites désormais dans le Code du travail, comme la mise à disposition d'une cellule d'alerte et d'écoute ou encore la mise en place d'une procédure interne de signalement et de traitement des faits de harcèlement sexuel.
Théoriquement, Thomas, les producteurs doivent donc se conformer à toutes ces dispositions s'ils veulent recevoir des aides du CNC. – Merci, merci beaucoup Steve pour toutes ces informations. Alors, j'essaye de voir le verre un peu à moitié plein, Fabienne Sylvestre. C'est un progrès, un premier progrès.
– Mais oui, c'est un progrès immense. Alors, moi, je dis toujours que, en fait, sur ce sujet des violences et du harcèlement sexiste et sexuel, en fait, c'est comme si c'était un virus qui s'était emparé du cinéma, mais qui s'est emparé de la société tout entière. Alors, peut-être, sûrement, avec un côté inflammatoire un peu plus fort dans ce secteur qui est très particulier. Après, le cinéma, il a un côté, il est… c'est le pire et c'est le meilleur, parce qu'on le voit, là, les formations qui sont mises en place, vous regardez dans les autres secteurs de la culture, c'est pas encore le cas.
Alors, ça ne veut pas dire qu'en fait, on est un peu sur une ligne de crête sur ce sujet, c'est-à-dire qu'à la fois, honnêtement, déjà, bravo, merci pour la commission d'enquête, vous avez fait un boulot formidable. Et franchement, ce sujet, on a l'impression que, comme vous le disiez, il a d'abord été porté par des personnes. Moi, je pense que ça a commencé bien avant 2024, quand même, parce qu'il y a Charlotte Arnoux 2018.
– Par les intensités.
– Ah oui, Adèle Haenel. Oui, mais moi, j'ai l'impression qu'elles se sont un peu toutes… La parole des unes est venue s'asseoir sur celle des autres. Judith Godrèche, mais il y a aussi eu, en fait, Camille Kouchner, il y a aussi eu Vanessa Spingora, et en fait, toutes ces paroles se sont… Donc, ces femmes ont parlé, il y a eu des paroles, et puis il y a eu, deuxièmement, en fait, les médias ont relayé, donc merci pour l'émission aussi, les politiques s'y sont mis, et en plus, il y a, en fait, tout un secteur qui, en fait, a commencé sa mue, et a commencé à véritablement comprendre que ce virus, il fallait le traiter sur toute sa chaîne.
Donc, c'est là où j'ai envie de vous parler du groupe Respect. Donc, c'est un groupe de professionnels qui a été créé à l'origine par deux productrices, Caroline Bonmarchand et Alice Girard, qui, elles-mêmes, avaient eu, en fait, des signalements de faits de violence sur des tournages dont elles étaient les productrices, et qui ont réuni, en fait, pendant plus de six mois, des représentants de toute la chaîne du cinéma.
On travaillait tous les vendredis matins, toute la matinée, et on a sorti un rapport l'été dernier, qui est une boîte à outils, où, en fait, c'est comme si on dépliait la frise de la fabrique d'un film, donc de l'écriture du scénario, jusque, finalement, en fait, à sa diffusion, les festivals, les salles, l'exploitation, la distribution, et de dire à tout moment où est-ce qu'on peut avoir des problèmes et à quel endroit on peut mettre des actions. Donc, c'est sur le côté en amont du tournage, donc là, ça va être faire de la prévention, des formations, c'est là où vous positionnez déjà les référents.
Ensuite, il y a, au moment du tournage, si un signalement de faits de violence survient, comment on l'accompagne ? Donc là, c'est avec l'idée qu'il y ait des enquêtes qui soient menées, enquête interne, enquête externe, une transparence, qui est aussi une mise, en fait, à distance de la personne incriminée. Donc ça, voilà, c'est une deuxième chose.
Et si ces deux aspects sont faits, c'est-à-dire qu'il y a vraiment de la prévention qui a été faite, et s'il y a eu un signalement de faits de violence, il a été bien accompagné, alors à ce moment-là, et ça, c'est un grand absent, d'ailleurs, des travaux de la commission d'enquête, il faut accompagner ce qu'on appelle les films dits abîmés, c'est-à-dire contextualisation systématique et non mise en lumière, encore une fois, si et seulement si les deux premières étapes ont été.
– Alors, on va parler du cas de Pardieu dans un instant, et je voudrais qu'on y consacre quand même plusieurs minutes, mais je voudrais vous parler dans votre rapport d'une violence systémique, et donc je voudrais savoir, et la réaction de Mathieu Ripka là-dessus, est-ce que les mesures dont vous parlez, les mesures qui sont rendues obligatoires par le CNC, permettent d'infirmer cette idée, c'est-à-dire ou d'inverser la tendance que cette violence, que ces violences ne soient plus systémiques ? – Mathieu Ripka.
– Encore une fois, tout comme Fabien, je tiens à saluer le travail mené par la commission d'enquête parce qu'il a donné la parole aux victimes d'une manière vraiment importante, et j'ai également une pensée pour toutes les victimes qui n'ont pas pu s'exprimer, et ça, ça permet justement de prolonger le travail qui a déjà été fait depuis de longs mois, par les organisations professionnelles, par les syndicats, par le CNC, par d'autres institutions, par exemple Audience qui a mis en place sa cellule d'écoute psychologique et de soutien juridique qui va être renforcée aussi, et ça, c'est un élément extrêmement important.
Il y a encore beaucoup de champs où nous pouvons agir, une systématisation sur la formation initiale, l'accompagnement des victimes, l'accompagnement des employeurs quand un fait survient, l'accompagnement des films qui ont été marqués par un fait de violence, beaucoup d'autres choses, le cadre contractuel également, de bien mettre à l'avance les conditions qui font que si jamais un problème survient, on a le droit d'agir, avec tous les droits qui s'entremêlent, le droit d'auteur, le droit du travail, le droit tout court, le droit humain.
Donc tout ça, c'est une évolution constante et que ce ne sera jamais un travail terminé, donc il faut continuer au fur et à mesure, il n'y aura pas, il y aura une étape, des étapes, et c'est sur plusieurs points de vue que ça peut vraiment changer, ça ne peut pas être que sur un seul point de vue, ce n'est pas juste certaines formations qui vont faire la chose.
– Il nous reste 10 minutes, je voudrais vraiment qu'on parle de la décision du tribunal de Paris concernant Gérard Depardieu, mais vous vouliez l'un et l'autre, l'une et l'autre, prendre la parole, je commence avec vous. – Très rapidement pour dire que le rapport, il va se déboucher sur une loi, sur une proposition de loi. Donc il y a une partie du rapport qui se transformera en loi, il y a une partie du rapport qui peut-être se transformera en politique publique pilotée par le ministère de la Culture. Mais il y a une autre partie du rapport qui dépendra d'un changement des mentalités, d'une prise en main.
– Et en fait, c'est ça en fait la question qui est posée maintenant qui est sur le tapis rouge de Cannes et sur tous les endroits de tournage, c'est quel est le changement des mentalités que vous êtes prêts à assumer et à accompagner ? – C'est la question qu'on pose, c'est le titre de notre débat, jusqu'où ira la prise de conscience ? – Moi je pense qu'il y a un changement des mentalités quand même assez fort. Et j'ai quand même un petit regret par rapport à la commission, mais je l'ai tellement dit du bien de cette commission que je peux aussi critiquer.
C'est-à-dire que par exemple sur l'affaire du dernier Tangou à Paris, on a tous demandé, moi le premier, qu'il faut contextualiser ce film, donc donner l'avis de la partie adverse. – Rappeler que l'actrice Maria Schneider… – Elle n'a pas vécu de la même façon que… – Il y a une scène de sodomie, elle n'est pas prévenue, elle parle de viol symbolique à postérieure.
– Et des avocats, vous le savez, ont remis en cause une petite façon, une approche de la commission qui est que parfois, il ne faut pas oublier que ça a été retransmis à la télévision, que des gens, vous pouvez l'entendre, l'écouter, des gens ont été mis en cause sans que l'on sache le contexte, sans qu'on sache vraiment bien qu'est-ce qui s'est passé, est-ce qu'il y a eu une procédure judiciaire contre eux ou est-ce qu'il n'y en a pas, est-ce qu'ils ont été entendus par la police ? – Oui, il y a un collectif d'avocats qui a signé une tribune après en disant que, je vais simplifier, mais que la présomption d'innocence n'avait pas été respectée.
– Voilà, l'aspect contradictoire n'était pas là, et moi je trouve que c'est dommage que… – Ce n'est pas la présomption d'innocence, c'était le contradictoire, mais une commission d'enquête ne peut pas inviter des personnes mises en cause par des faits judiciaires lors d'une enquête judiciaire, donc on n'a pas fait ça, il n'y a pas eu de personnes qui étaient prises à partie dans une procédure judiciaire, du moins nous ne les avons pas interrogées sur ces questions-là. – Pourquoi c'est pas un huis clos alors, quand les gens sont mis en cause ? – Mais parce qu'on n'a pas le droit de les interroger là-dessus. – Vous voyez le problème que ça pose ?
– Non, pas du tout, puisque la justice c'est la justice, non mais la justice c'est la justice et on laisse la justice faire une enquête. Nous, il faut éclairer des travaux parlementaires, c'est ça l'objet de la commission d'enquête et c'est ce que nous avons fait. Et nous n'avons jamais empiété sur le domaine de la justice. Après, sur le dernier tango à Paris… – S'il y a des noms qui sont cités sans la possibilité de se défendre. – Mais il n'y a pas eu de noms qui ont été… – Regardez sur internet en deux secondes et demie. – Non mais il n'y a pas eu de noms qui ont été cités.
– Moi, j'ai sidéré quand même de voir deux, trois cas où je suis allé voir et je me dis « mais c'est dingue » parce que là, j'ai une autre version des faits. – Non mais après, il n'y a eu d'autres personnes… – Et pourquoi on ne dit pas en 30 secondes avant pour dire « voilà, on va vous écouter madame, vous avez tout le temps que vous voulez, c'est très bien, mais sachez que… » – On vous croit, on vous croit, on vous croit. – Et sachez que… – Non mais là, je ne veux pas laisser dire ça parce qu'il n'y a aucune victime qui a parlé de faits qui tombent sous le coup de la loi. Aucune, aucune. C'est qu'en fait, elles ont parlé d'autres choses et non, nous n'avons pas franchi ce rubicon.
Nous avons respecté absolument le cadre de la Constitution française qui était de s'intéresser aux affaires en dehors de la justice qui n'était pas traitée par la justice et qui pouvait éclairer le débat parlementaire. – Bon, allez, on termine là-dessus et on ouvre le dernier chapitre consacré à Gérard Depardieu puisque, effectivement, coïncidence ou volonté du tribunal de Paris, la décision a été rendue ce matin, le jour de l'ouverture du Festival de Cannes et donc cette condamnation à 18 mois de prison avec sursis pour avoir agressé sexuellement deux femmes sur le tournage du film Les Volets Verts. Amélie, c'est l'une des plaignantes, disait son émotion ce matin. On l'écoute.
– Je suis très émue. Moi qui étais plutôt bavarde jusque-là, aujourd'hui, j'ai du mal à m'exprimer. Je pense que tout a été parfaitement bien dit par Maître Durieux. Je suis très émue, je suis très, très satisfaite de cette décision. C'est pour moi une victoire, vraiment. Et une grande avancée, un pas en avant. On avance, on avance. – Merci, merci. La justice a été rendue, j'ai l'impression.
– Et Sophie Gérard Depardieu, au cours de ce procès, de son procès, il ne s'est pas remis en cause.
– Eh bien à aucun moment, Thomas, jamais. Mardi, le tribunal l'a pourtant reconnu coupable d'agression sexuelle sur deux femmes en 2021 lors du tournage du film de Jean Becker, Les Volets Verts. Et il a été condamné donc à 18 mois de prison avec sursis. Le tribunal correctionnel a en outre décidé de l'inscrire au fichier national des délinquants sexuels. Son avocat, Maître Jérémy Assous, a indiqué qu'il allait faire appel. Ce même avocat qui s'en était pris aux plaignantes lors du procès. Il leur avait crié menteuse, hystérique ou encore allait pleurer s'approchant de leur banc en les pointant du doigt.
– Gérard Depardieu devra aussi payer pour cette maltraitance de préport à juger le tribunal. D'autres femmes ont témoigné d'agressions entre 2007 et 2015. L'une d'elles a justifié son silence. À 20 ans, c'est difficile d'aller au commissariat et de porter plainte contre M. Depardieu.
– Mais ce matin, au tribunal de Paris, Gérard Depardieu n'était pas là.
– Il n'était pas là. L'acteur est actuellement au Portugal, dans l'archipel des Açores, pour être précise, pour un film dirigé par Fanny Ardent, sa très ancienne camarade et complice, une production à 100% portugaise. L'actrice, âgée de 76 ans, n'a de cesse de défendre celui qui dit adorer les femmes et distingue la féminité des femmes qui sont dans l'hystérie. D'autres procès attendent Gérard Depardieu, dont un pour viol, contre l'actrice Charlotte Arnoux en 2018. Cette actrice s'est tournée vers Fanny Ardent pour tenter de lui faire entendre raison pour qu'elle renonce à cet acteur. Parfois, a donc dit Charlotte Arnoux, c'est bien d'être sur une même rive de justesse.
Ça ne veut pas dire faire partie des moutons. Le juste, ça a du bon, la nuance aussi. Elle poursuit, l'idée n'est pas de condamner un homme pour la vie, mais déjà, pour qu'il soit réhabilité dans son propre milieu, faudrait-il qu'il fasse le nécessaire ? Et le nécessaire, c'est reconnaître les crimes et délits qu'il a commis tout au long de sa vie. Rien juridiquement n'empêche de continuer à jouer. Ce monstre sacré devenu vieillard libidineux, fantasmant sur les moules des femmes et des fillettes, rien sauf la défense, peut-être. Il est un homme puissant, influent, bankable. Rares sont celles qui osent s'opposer à lui.
Hommage donc à celles qui osent, à Anouk Grimbert en particulier, qui avait déclaré à elle en 2023 « Tous ceux qui ont travaillé avec Gérard Depardieu savent qu'il agresse les femmes ».
– Et donc Gérard Depardieu qui tourne ce nouveau film de Fanny Ardent, le titre c'est « Elle regardait sans plus rien voir ». Il n'est pas interdit de travailler. – C'est quand même incroyable. Je ne savais même pas quel était le titre. – Évidemment. Alors il n'est pas interdit de travailler. – Non, mais c'est toute la question de la réhabilitation. Déjà, pour être réhabilité, il faut accepter la sanction. Donc c'est la première étape. Et dans la deuxième étape, tout le monde a le droit à la réhabilitation. C'est un droit fondamental. Par contre, personne n'a un droit qui lui est dû à remonter sur scène, à être en tête d'affiche, à être sur une scène de concert comme l'a été Bertrand Cantat.
En fait, ce sont des décisions collectives qui n'ont rien à voir avec la réhabilitation. Travailler, oui, être en haut de l'affiche, c'est autre chose. – Fanny Ardent qui avait prononcé cette phrase quand elle avait été appelée à la barre lors du procès de Gérard Depardieu. Je vais la citer. « Toute forme de génie porte quelque chose d'extravagant, d'insoumis, de dangereux. Il est et le monstre et le saint. » Michel Guérin, monstre sacré, on pourrait presque dire, c'est vraiment propre nom, monstre sacré, que l'expression a été inventée ou colle parfaitement à l'histoire de Gérard Depardieu. Et peut-être aussi à la mensuétude du cinéma français.
Non, mais si, monstre, et sacré aussi, parce qu'on ne l'a pas touché. – Oui, mais d'ailleurs, dans l'histoire de Depardieu, ce qui est intéressant, le public tranchera. Je pense qu'il tourne ce film, je ne suis pas sûr qu'il ait beaucoup de contrats par celui-là. C'est très lié à une amitié très personnelle avec Fanny Ardent. Je pense que sa carrière est vraiment derrière lui. Voilà, on peut trouver l'histoire totalement affligeante. Qu'est-ce que je vous dise ? – Non, la question, alors je l'ai peut-être mal posée, mais la question, c'est sur le laisser-faire du cinéma français, parce que c'est un géant du 7e art. – Je crois qu'on est dans une chose très particulière.
Fanny Ardent, Depardieu, incertainment du film, il n'y en a pas d'autre. – Je parle de l'histoire précédente. – Donc c'est terminé pour lui ? – Moi, je pense que oui. Je vois mal comment… – Alors, allez-y, et puis je vais retourner à Mathieu. – Le film précédent, juste avant, qui a été fait au moment où, déjà, ça tournait très mal pour lui, il y a été une catastrophe au niveau des entrées. Voilà, vous ne pourrez jamais empêcher. Ou alors, c'est le droit qui l'interdit. Bon, voilà, mais ça, c'est une chose. Mais sinon, qu'est-ce que vous ne pouvez pas empêcher un producteur, demain, dans un pays d'Amérique latine ou en Russie, je ne sais pas où, de tourner un film avec Depardieu ?
– Je reprends… – Ça s'appelle, c'est le libéralisme qui, voilà, et c'est la société… – Fabienne Silvestre, je reprends la citation d'Anne Oud Grimbert, « Tous ceux qui ont travaillé avec Depardieu savent qu'il agresse les femmes ». Donc la question, c'est effectivement, depuis combien d'années, c'était un bas bruit du cinéma français et qu'on le laissait faire.
– Moi, je trouve que c'est quand même un symbole qui tombe. Et c'est vrai que c'est intéressant que ce soit aujourd'hui qu'on ait… – C'est vrai. – Aujourd'hui que ça tombe aujourd'hui, ce procès, on est comme ça…
– Le jour de l'ouverture du film, le tribunal de Paris a bien choisi son tour.
– Et je trouve que c'est aussi un symbole de voir à quel point, en fait, le secteur du cinéma est en train de bouger sur ces questions. C'était honnêtement pas si lointain qu'on avait un président de la République qui disait « c'est notre fierté, enfin aujourd'hui, pardon ». – Il fait honneur à la France. – Voilà, il fait honneur à la France. C'est plus possible, plus personne ne dirait ça. Moi, ce qui m'intéresse aussi, c'est de voir que Depardieu, il n'est plus bankable. C'est-à-dire que Depardieu, jusqu'à il y a 2-3 ans, en fait, son nom apportait des spectateurs et donc de l'argent. Aujourd'hui, c'est plus ça. Donc je trouve qu'on voit quand même le chemin parcouru.
Après, il y a le côté aussi, on ne tire pas sur une ambulance, parce que là, aujourd'hui, bon, bah…
– Mais si on remonte 10 ans en arrière, effectivement, Mathieu Ripka, quand il était, reprenons cet anglicisme, « bankable », est-ce que ça lui donnait une sorte d'impunité ? Aux yeux des producteurs, aux yeux des réalisateurs qui le faisaient travailler ?
– Ce qui est certain, c'est que le réalisateur a une place très particulière en France. On lui donne beaucoup d'importance. Et c'est une très bonne chose pour plein, la réalisatrice ou le réalisateur. C'est une bonne chose pour plein de choses, pour permettre la création et une vision. Toutefois, ce réalisateur a aussi, évidemment, un rôle important pour instaurer, dans son tournage, une dynamique, justement, qu'il prenne conscience des réalités, des violences sexuelles et sexistes. Et c'est en ça que le réalisateur peut vraiment faire un changement. On parlait de changement sociétal, là, c'en est un.
L'autre chose qu'il faut prendre en compte, c'est que le cinéma et les œuvres sont des œuvres collectives. C'est là aussi un élément très important, parce qu'il faut comprendre qu'il y a beaucoup de gens qui s'impliquent pour faire un film. C'est une chose très difficile à fabriquer. Et que cet ensemble peut être mis en danger, parfois, tout comme les victimes. Et qu'il est très important de mettre en place le système qui permet de dénoncer ces violences et de sortir de l'omerta. Et par exemple, une assurance qui fonctionne vraiment sur ces sujets serait vraiment quelque chose de précieux.
Merci beaucoup, Mathieu Ripka. Ça fait partie de vos propositions, parce qu'effectivement, l'omerta, elle s'explique aussi par des raisons financières. Oser dénoncer un scandale d'agression sexuelle sur un film, c'est évidemment... C'est de mettre en danger. Mettre en danger l'équilibre financier de ce film. Merci à tous d'avoir participé à notre débat qui était passionnant. Je vous dis à demain, 18h à 22h pour un nouveau Sens Public. Vous nous retrouvez sur publicsena.fr, vous nous réécoutez en podcast. Et puis notez que c'est Marine Tondelier, la secrétaire nationale des écologistes, qui sera l'invité de la matinale. À demain, à 8h. Belle soirée.