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InterviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 24 décembre 2023 23 minComplaisantMixteEnvironnement & énergieSolidarités & familleCulture, médias & sport

Emmanuelle Pouydebat, chercheur au CNRS : "Sur le monde animal, il y a encore tout à découvrir"

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:10OuverteRéponse directe

    Pourquoi employer le mot « rencontres » pour parler des animaux ?

  • 1:34OuverteRéponse directe

    Est-ce une question de degré ou de nature qui sépare les humains des animaux ?

  • 4:50OuverteRéponse directe

    Pourquoi les libellules vous fascinent-elles particulièrement ?

  • 5:29OuverteRéponse directe

    Est-ce que notre rapport à l'animal est en train de changer ?

  • 9:45OuverteRéponse directe

    Pourquoi les humains sont-ils les seuls à s'autodétruire ?

  • 11:59OuverteRéponse directe

    Pourquoi le chat de Laurence s'est-il installé chez elle ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:42InvitéChiffre
    « Il n'y a que 10 000 espèces décrites sur 2 à 10 millions d'espèces animales. »
  • 7:50InvitéFait
    « Cette soie qu'elles produisent, elle fait rêver tous les industriels parce qu'on ne peut pas la reproduire. »
  • 9:17InvitéFait
    « Les premiers éléphants, il y a plus de 50 millions d'années, a priori n'avaient pas de trompe. »
  • 10:32InvitéChiffre
    « L'espèce humaine, elle est là depuis pas très longtemps. 2, 3, 4, 5, 6 millions d'années, selon les spécialistes. »

Temps de parole

  • Invité51 %
  • Présentateur30 %
  • Invité 29 %
  • Auditeur6 %
  • Auditeur 23 %

3,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistralai/mistral-small-3.2-24b-instruct:floor · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Le grand entretien ce matin, ce dimanche matin, avec Marion Lourd, notre invitée et directrice de recherche au CNRS et au laboratoire MECADEV. Comprenez, mécanismes adaptatifs et évolutions au Muséum National d'Histoire Naturelle, c'est un projet extrêmement intéressant. Vous le verrez dans un instant, elle est auteure de « Mes plus belles rencontres animales » qui paraît chez Odile Jacob. Posez vos questions, chers auditeurs, faites-nous part de vos expériences avec les animaux également. Intervenez au 01 45 24 7000 ou sur l'application France Inter. Emmanuel Pouy-Debas, bonjour ! Bonjour, bonjour ! Et bienvenue, merci infiniment d'être avec nous.

C'est un livre passionnant, « Mes plus belles rencontres animales », c'est un livre personnel, c'est aussi un livre qui fait état de vos recherches, de la transmission de votre passion, d'un émerveillement. Ces rencontres animales, vous les avez faites dans des zoos, des parcs en pleine nature, avec des éléphants, des singes, Aldo le macaque, des chimpanzés, une girafe, des iguanes, des libellules aussi, c'est important. « Rencontres », le mot est étonnant parce que c'est un mot qu'on emploie en général pour parler d'une rencontre avec un alter ego, avec un semblable homo sapiens. « Rencontres animales », pourquoi employer ce mot ?

1:12
Invité

« C'est vrai. Rencontres parce qu'en fait, chaque espèce que j'ai étudiée et chaque individu qui en faisait partie avaient chacun une personnalité, leur propre personnalité. Et finalement, oui, j'ai vécu ça comme des rencontres avec des individus à part entière, avec toutes les émotions que ça peut procurer aussi.

1:28
Présentateur

» « Et je rebondis à nouveau sur ce mot de personnalité. On peut penser qu'il y a un propre de l'homme, que nous sommes séparés de la nature. Alors, est-ce que c'est une question de degré ? Est-ce que c'est une question de nature, justement ? »

1:39
Invité

« C'est peut-être une question de diversité. Il y a une grande diversité de comportements et d'intelligence chez les humains. Mais chez les animaux, chaque individu, chaque espèce est unique et chaque individu est unique aussi. Et quelles que soient les espèces que j'ai pu étudier, des mammifères ou autres, chaque individu avait ses propres comportements. »

1:59
Présentateur

« On va y finir, justement, à ces différents animaux, des projets en arborescence. Vous écrivez que j'ai appris de mes rencontres animales que tout est lié. Et tirer une ficelle me conduit vers une autre. Une question en ouvre dix. C'est infini. Cela me fait peur et m'enivre à la fois. » C'est très touchant parce qu'on a vraiment le sentiment qu'à travers ces rencontres avec des animaux, des individus à chaque fois, c'est comme si vous preniez conscience que tout était connecté, que la vie en général était connectée.

2:28
Invité

« C'est vrai que c'est touchant. Vous avez employé le bon mot, je pense. C'est une passion qui me prend depuis que je suis enfant. Et c'est vrai que c'est tentaculaire. La recherche, c'est un métier tentaculaire où vous observez quelque chose, vous vous posez une, deux, trois, dix questions, vous en abordez une, vous essayez de répondre à une question, puis il y en a d'autres qui viennent, etc. Enfin, on ne dort pas beaucoup. Mais c'est passionnant. » Ce qui est drôle, c'est que vous racontez les étapes de votre vocation. Et notamment, une des étapes, c'est la naissance de votre petit frère que vous décrivez comme un petit primate que vous avez pu observer.

Et ça nous fait revenir à cette question du propre de l'homme. Parce que vous racontez aussi l'observation des singes capucins. Alors, ils chassent ensemble, ils coopèrent, ils stockent la nourriture, ils partagent leur repas. Finalement, le propre de l'homme, c'est quoi ? À un moment, il y a un élément de réponse, c'est avoir un outil dans chaque main ? On est les seuls à savoir le faire ? Oui, non. Alors, un outil dans chaque main, non. Mais par contre, peut-être utiliser des outils pour en fabriquer d'autres qui vont être utilisés à d'autres fins, ça peut-être.

Mais moi, j'ai l'impression que, voilà, à force d'observer, de quantifier le comportement, l'espèce humaine a quand même une très, très grande diversité d'intelligence. Une grande diversité d'intelligence, là où peut-être, je dis bien peut-être, parce qu'on ne sait pas encore tout, on ne sait presque rien, finalement, encore. Sur le monde animal, il y a encore tout à découvrir. Il n'y a que 10 000 espèces décrites sur 2 à 10 millions d'espèces animales. Donc, ça vous laisse imaginer tout ce qui reste à découvrir. Mais peut-être que l'espèce humaine a une très, très grande diversité d'intelligence, là où certaines espèces vont être très fortes dans des domaines.

Mais il y a des animaux qui nous surpassent dans certains domaines, par contre.

3:57
Présentateur

Ils sont très nombreux, et dans de très nombreux domaines, effectivement. C'est un éloge à la fois de l'observation, de la recherche, mais vous en parlez comme une enfant émerveillée, justement, de votre travail. Et c'est frappant de voir, par exemple, que vous citez Einstein en exergue du livre « La science s'acquiert par l'expérience, tout le reste n'est que de l'information ». Et vous écrivez « Ouvrez vos yeux, ceux de vos enfants, de vos petits-enfants ». Il y a un travail de transmission qui a l'air d'être indispensable ou impossible à séparer de votre travail de chercheur.

4:29
Invité

Oui, je trouve que c'est vital, il faut remettre l'observation et les émotions au cœur des sciences et au cœur de notre vie quotidienne, qu'on soit scientifique ou pas. Protéger, ça commence par aimer et par s'émerveiller. Et moi, je pouvais passer des heures, quand j'étais petite, à observer des libellules et des coccinelles, et ça n'a pas changé. Aujourd'hui, vous me collez au milieu d'une forêt ou d'un parc, même en banlieue parisienne, et je vais m'asseoir et je vais observer.

4:49
Présentateur

Pourquoi est-ce que vous fascine particulièrement la libellule ?

4:51
Invité

Les libellules, je trouvais ça extraordinaire, ça n'a pas changé. Non, ça n'a pas changé. Ce petit animal qui est capable de faire du vol stationnaire avant, arrière, devant, d'éviter des obstacles à une grande vitesse, je trouvais ça extraordinaire. Et d'ailleurs, je ne suis pas toute seule, ça a inspiré des industriels aussi. Vous disiez que le champ est encore très large pour la découverte sur le monde animal, peut-être aussi parce que c'est un champ qu'on a laissé un petit peu de côté pendant un moment. Il y a eu cette année un phénomène d'édition, son odeur après la pluie, qui est un récit de Cédric Sapin-defour sur son chien.

Il y a eu un phénomène de cinéma, le règne animal de Thomas Cahier. Est-ce qu'aujourd'hui, ça montre tout ça, que notre rapport à l'animal est en train de changer et que soudain, on s'y intéresse aussi parce que finalement, il n'est pas si éloigné de nous ? J'espère que c'est un retour vers la biodiversité, un retour vers l'observation. J'espère que c'est ça. Il y a effectivement, au travers des deux exemples que vous avez cités, une espèce de fascination et de peur en même temps, de peur de perdre justement cet aspect sauvage de la nature. Les humains sont des animaux, il ne faut pas l'oublier. Donc, il faut un retour vers cette biodiversité.

Il y a plein de moyens d'y parvenir, par les sciences ou dans d'autres domaines, des associations, etc. Donc oui, j'espère que c'est ça. C'est ça qui permettrait d'éviter ce qui se passe dans le règne animal, c'est-à-dire de voir exclues les personnes qui commencent, parce que c'est un virus qui transforme les gens en animaux, de voir exclues ces personnes qui se transforment en animaux. Là, vous vous plaidez plutôt pour des liens ? Pour des liens et d'ailleurs, dans le film, on voit que cette différence crée de la peur, mais crée aussi de la fascination. Et moi, je trouve que cette différence doit justement amener vers cette fascination, le questionnement, la curiosité.

On comprend, une fois qu'on ose rencontrer l'autre, et l'autre, en l'occurrence, ça peut être un animal, une fois qu'on ose le rencontrer, qu'on ose aller vers cet animal, on découvre des nouvelles choses qui sont absolument fascinantes et c'est ce lien qui est passionnant. Et j'ai vécu ce lien avec plein d'animaux différents et je comprends très bien ce lien avec le chien. Dans l'ouvrage que vous citiez, j'ai un petit chien à la maison, c'est extraordinaire. Et à côté de ça, j'ai eu des liens avec des éléphants, des orang-outans, des bernards l'hermite.

Vous créez du lien, des fois malgré vous, parce qu'en science, on essaye de ne pas trop en créer quand même, mais vous en créez malgré vous et c'est ça qui est extraordinaire. Et ça donne envie de protéger en créant du lien.

7:05
Présentateur

Même les serpents. Alors ce qui est frappant, c'est que vous travaillez donc sur les mécanismes adaptatifs, l'évolution au Muséum National d'Histoire Naturelle. Ce n'est pas qu'une recherche désintéressée, qu'un regard porté sur la nature ou sur le vivant. Vous parlez beaucoup de biomimétisme. Vous préférez le terme bio-inspiration parce que nous avons à nous inspirer des animaux. Donnez-nous un ou deux exemples.

7:29
Invité

Oui, on peut s'en inspirer dans le biomimétisme. Il y a la notion de mimer, on ne la recopie pas la naturelle. Elle est trop compliquée. C'est pour ça que je préfère bio-inspiration. Mais oui, il y a plein d'exemples. Vous parliez des serpents, c'est mal aimé. Les araignées le sont aussi. Les araignées sont absolument incroyables. Il y a des petits mâles qui font des danses pour séduire les femelles. Mais ce qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'elles produisent de la soie. Cette soie qu'elles produisent, elle fait rêver tous les industriels parce qu'on ne peut pas la reproduire. L'araignée, elle va consommer la soie, elle va la reproduire. C'est très écologique.

Mais on n'arrive pas à la reproduire. Et pourtant, le peu qu'on arrive à le faire, ça donne naissance à des nouvelles générations de gilets pare-balles, des fils de suture dans la chirurgie. Il y a énormément d'applications, rien qu'avec la soie des araignées.

8:08
Présentateur

Juste parce que la soie des araignées, il faut dire la force qu'elle... C'est extraordinaire. C'est absolument extraordinaire par rapport à la taille de l'animal.

8:16
Invité

Exactement.

8:16
Présentateur

Ça représente 5 fois plus dur, solide et élastique que du fil de fer humain.

8:24
Invité

Du Kevlar, c'est extraordinaire. C'est souple, c'est élastique et c'est extrêmement solide à la fois. Donc du coup, oui, il y a même des équipementiers sportifs qui l'utilisent pour des chaussures. Les applications sont énormes. Et c'est vrai que dans la bio-inspiration, aucun champ n'est épargné. Que ce soit les transports, l'écologie, la médecine, bien sûr. Enfin, il y a énormément de domaines qui peuvent s'inspirer du monde animal. Mais ça en a deux sens de mon point de vue. Que si c'est du gagnant-gagnant, c'est-à-dire qu'il y a un retour vers la biodiversité aussi et vers la protection animale aussi. Sinon, c'est du business. Et là, je ne suis plus trop d'accord.

Il y a la trompe de l'éléphant aussi. Vous travaillez avec des spécialistes de la robotique.

9:00
Présentateur

Parce que l'éléphant n'avait pas de trompe au départ. Il y a quelques dizaines de millions d'années à vous lire. On découvre qu'il n'avait pas de trompe.

9:06
Invité

Comme dans le livre d'Oréllier Kipling. Oui, c'est vrai. C'est vraiment une espèce qui me fascine. Ça fait des années que je travaille aussi sur les éléphants. En fait, effectivement, les premiers éléphants, il y a plus de 50 millions d'années, a priori, n'avaient pas de trompe. Et cette trompe s'est allongée avec des défenses aussi qui se sont diversifiées. Et on essaye de comprendre justement pourquoi cette trompe a évolué en fonction du milieu. Donc, on travaille en Afrique. Et il y a aussi des projets bio-inspirés qui en découlent. Parce que la trompe, c'est un organe polyvalent. C'est un organe à tout faire. Et ça intéresse aussi la robotique, bien sûr.

9:35
Présentateur

Notamment quand on va voir Marge. Alors, il y a de très nombreuses questions d'auditeurs. Marge, c'est le nom d'une femelle éléphant, d'une éléphante. Et alors, il y a beaucoup, beaucoup de questions d'auditeurs. Et on va commencer avec Frédéric, qui nous appelle de peau. Bonjour, Frédéric. Bonjour à tous. Et bonne fête, puisque c'est... Bonne fête à vous également. Bonne fête à tous. Alors, Emmanuel Pouille-de-Bouette, les animaux, effectivement, sont fascinants. Vous avez fort justement remarqué que les humains sont des animaux.

Alors, je vais vous le demander si cette espèce d'animaux humains, qui sont les seuls à s'autodétruire en même temps que leur niche écologique, cette espèce peut-elle vraiment être qualifiée d'intelligence ? Ça vous fait sourire, mais c'est une question sérieuse.

10:18
Invité

Merci, Frédéric. C'est une excellente question. Merci beaucoup. En fait, on ne devrait pas parler d'intelligence. On devrait parler des intelligences. Voilà. Donc, il y a des domaines dans lesquels on est très intelligent. Après, voilà, il faut reconnaître qu'à l'échelle de l'évolution, l'espèce humaine, elle est là depuis pas très longtemps. 2, 3, 4, 5, 6 millions d'années, selon les spécialistes. Et effectivement, si on raisonne à l'échelle de l'évolution, on pourrait se dire que l'espèce humaine n'est pas très intelligente à détruire sa propre maison.

10:43
Présentateur

C'est le moins qu'on puisse dire. Voilà. Voire carrément stupide. Bonjour, Laurence. Allô, oui, bonjour à tous. Et bienvenue dans le 6-9 d'Inter. Vous aviez une question, une expérience à partager avec nous et avec notre invité, Emmanuel Pouydebas.

10:58
Auditeur

Voilà, oui, ce n'est pas vraiment une question. J'habite une maison, donc, dans laquelle il y a une pièce où se trouve la chaudière au sous-sol. Et il y a un soupirail qui reste ouvert en permanence. Et depuis plusieurs semaines maintenant, donc, un chat s'est installé chez moi. Il s'est fait un nid douillet avec les coussins qui étaient là. La première fois que je suis entrée dans la pièce, il est tout de suite reparti. Et puis, petit à petit, donc, il s'habitue à moi et réciproquement. Et au début, j'avais un petit peu peur que ce soit une femelle qui cherche à faire des petits. Mais non, visiblement, ça a l'air d'être un matou. Alors, il est plutôt dodu. Il a un poil brillant.

Ça n'est pas un chat abandonné. Et je me demande pourquoi il vient dormir chez moi. Voilà.

11:40
Présentateur

C'est une très bonne question, en tout cas. Merci, Laurence.

11:44
Invité

Je ne vois qu'une explication. C'est le Père Noël.

11:46
Présentateur

C'est peut-être le Père Noël sous la forme d'un chat. C'est le biomimétisme. Non, mais sans plaisanter.

11:51
Invité

Non, mais sans plaisanter, je pense que probablement que ce chat, voilà, il cherche du confort. Il cherche du réconfort. Il est bien chez vous. Visiblement, il y a tout ce qu'il faut.

11:57
Présentateur

Mais la compréhension, justement, de Laurence, vous la comprenez ? Pourquoi est-ce que le chat s'est invité chez elle ? Elle ne le comprend pas.

12:04
Invité

Non, mais je ne comprends pas tout non plus. Moi, dans le monde animal, rassurez-vous. Ce qui est sûr, c'est que c'est plein de surprises. Mais il y a probablement un climat chez vous, tant matériel avec ses coussins qu'un climat, finalement, une ambiance qui a rassuré ce matou et ça lui a donné envie de découvrir. Il a eu la curiosité d'aller chez vous. Il n'avait pas peur d'aller chez vous. Donc voilà, c'est une curiosité, un réconfort à la fois matériel et ambiant.

12:28
Présentateur

Et un compliment pour la personnalité de Laurence qui vient de nous appeler.

12:32
Invité

Assurément.

12:33
Présentateur

Il y a quelque chose de surprenant, c'est que dans votre livre, je le disais, vous rencontrez des animaux dans des eaux, dans des parcs, dans la nature, parfois, en pleine jungle. Il y a un vrai débat pour savoir s'il faut maintenir les animaux en captivité. Et pourtant, vous, vous avez vécu des expériences très fortes et même des expériences d'émerveillement, des travaux que vous n'auriez pas pu, sans doute, faire ou mener dans la nature. Bon, les eaux, les parcs, vous comprenez que beaucoup aient envie de les voir fermés et de rendre les animaux à la vie sauvage ?

13:05
Invité

Oui, mais je comprends complètement. Je comprends complètement ce sentiment. Tu parles de Toiris, du zoo de Beauval, par exemple,

13:11
Présentateur

de la Palmyre.

13:12
Invité

Non, mais je comprends complètement. Quand on est dans un parc zoologique, voir les animaux enfermés, ça reste une souffrance, pour moi, la première. Bon, après, moi, j'ai, comme beaucoup d'enfants d'un milieu populaire, aller au zoo, c'était source d'émerveillement. Ça n'a pas changé. Il y a des millions d'enfants qui s'émerveillent en allant au zoo. Ça peut donner l'envie de protéger. Ça émerveille. Moi, ça a créé ma vocation. Ça a contribué à faire naître ma vocation. Aujourd'hui, je travaille beaucoup à essayer d'améliorer le quotidien justement de ces animaux. Le bien-être. Voilà. Je ne suis pas toute seule. Heureusement, on est beaucoup à s'impliquer là-dessus.

Et il ne faut pas oublier aussi que ça a permis de réhabiliter l'intelligence de certaines espèces. Les gorilles, quand j'ai débuté, passaient pour des andouilles parmi les grands singes parce qu'on considérait qu'ils n'utilisaient pas d'outils en milieu naturel. Et quand j'ai travaillé sur les gorilles en captivité, on a pu montrer qu'ils étaient tout à fait capables d'utiliser des outils. Donc, voilà. Le contexte expérimental est là pour montrer jusqu'où les animaux sont capables d'aller. Sachant qu'évidemment, la vraie vie, c'est en milieu naturel et c'est là où ça reste le plus magique de les observer, évidemment. Bien sûr.

Il y a eu une interdiction des animaux sauvages dans les cirques qui n'est pas encore prévisée en ce moment les règles du bien-être animal. Alors, il y aura des meilleures règles par exemple sur le transport, des animaux, des trajets plus courts, un espace minimal, une lutte contre le commerce illicite des chiens et des chats. Par contre, l'interdiction du broyage des poussins, par exemple, n'est plus au programme. Est-ce que vous avez l'impression qu'on essaye de finalement diminuer la législation qui était prévue ? Comment vous voyez ces avancées ou pas assez avancées peut-être ?

Oui, je les vois de toute façon de manière positive parce que déjà, ça veut dire qu'on s'y intéresse c'est qu'on essaye de faire bouger les choses. Donc, il y a quand même beaucoup de gens qui sont impliqués y compris d'ailleurs pour la protection des animaux dans leur milieu naturel parce que ça reste une source dramatique, je pense, aux requins, enfin, entre autres, un massacre d'animaux en milieu naturel qui est dramatique. Je vois ça quand même d'un œil positif parce que ça veut dire que ça avance. Il y a beaucoup d'instances qui s'y intéressent que ce soit au local ou au niveau national. Maintenant, évidemment, il y a encore tout à résoudre.

Et ce serait quoi la priorité d'après vous qui êtes chercheuse spécialiste ? Moi, ma priorité personnelle, celle sur laquelle je peux agir, c'est les animaux dans nos animaleries pour les scientifiques et dans les parcs zoologiques parce que j'y travaille très concrètement et sur les endroits où je travaille dans le milieu naturel. Ma priorité, c'est ça. C'est les chimpanzés en Ouganda, l'animalerie dans laquelle je travaille dans mon laboratoire, le jardin des plantes où on travaille avec le muséum national naturel où il y a plein de gens qui sont impliqués pour le bien-être. Ma priorité personnelle, c'est ça.

Maintenant, la priorité globale d'un point de vue général, c'est la souffrance animale, c'est juste insupportable. On a les moyens aujourd'hui de lutter contre la souffrance animale, ça doit être une priorité.

15:52
Présentateur

Et d'ailleurs, ce qui est frappant, c'est que de nombreux auditeurs, auditrices, nous écrivent pour parler justement de la sensibilité des animaux, de leur souffrance et c'est le cas de Bérangère qui trouve que nous sommes extrêmement en retard et Marion en parlait il y a un instant. Pourquoi sommes-nous en retard pour les lois qui imposeraient le respect, l'interdiction de faire du mal et à l'échelle internationale ? Il y a Christine qui dit qu'elle a une pensée pour les millions d'animaux sensibles sacrifiés à Noël. La période que nous vivons, elle n'est évidemment pas anodine.

Christine poursuit, personne ne parle d'eux, ils sont invisibilisés, ramenés à l'état de produits à découper et à cuire. Comment est-il possible de faire preuve d'autant d'indifférence ?

16:34
Invité

L'indifférence humaine et la cruauté humaine a fait ses preuves, je pense, malheureusement, que ce soit pour les animaux mais aussi pour les humains, pour les autres humains. Vous, à titre personnel,

16:46
Présentateur

est-ce qu'il faut manger les animaux ?

16:48
Invité

Alors moi, je ne suis pas végétarienne.

16:49
Présentateur

Vous n'êtes pas végétarienne ?

16:50
Invité

Je n'ai pas de leçon à donner de ce côté-là. La seule chose, c'est que c'est clair que dans l'élevage, il y a tellement de progrès à faire que le mot est faible. Après, ma manière d'analyser ça en tant que scientifique, c'est qu'on met encore aujourd'hui l'humain au sommet d'une pyramide imaginaire de l'évolution de l'intelligence. On met l'humain au sommet d'une suprématie évolutive qui est assez insupportable. On est une espèce animale parmi les autres et il ne faut jamais oublier que si on ne protège pas les autres animaux, on ne se protégera pas nous. S'il faut penser égoïstement. Je dis bien s'il faut penser égoïstement.

17:24
Présentateur

Bonjour Christine. Vous nous appelez de la Réunion. Bienvenue dans le 6-9 d'Inter.

17:29
Invité

Oui.

17:31
Présentateur

Vous aviez une question pour notre invité, Emmanuel Pouy-Debas.

17:34
Auditeur

Une question, oui, ou plutôt une réflexion sur effectivement tout ce qu'on fait subir aux animaux et qui pour moi est complètement insupportable. Du coup, je ne mange plus d'animaux. Je mange encore des oeufs et un peu de sous-produits. Mais bon, bref. Mais je me dis aussi que soi-disant, nos progrès technologiques soi-disant sont censés améliorer notre vie et moi j'ai l'impression qu'au contraire, ça va nous empêcher d'évoluer vers de l'adaptation parce qu'on a de moins en moins besoin de s'adapter dans la mesure où que ce soit les robots, toutes les connexions, les applications de ceci, de cela pour voir quand on court, si on respire bien, si on va trop vite, si on ne va pas assez vite.

Moi, je pense qu'à un moment donné, on va être un foutu de s'adapter à des conditions difficiles alors que dans le règne animal, justement, cette connexion avec la nature et cette absence de pollution technologique fait que l'animal, s'il en reste et si on ne les tue pas tous, nous sommes quand même supérieurs en termes d'adaptation.

18:51
Présentateur

Justement, on va demander à Emmanuelle Pouydebas ce qu'elle en pense. Merci, Christine, de nous avoir appelés depuis la réunion et je vous remercie particulièrement puisque vous vous êtes arrêtés au bord de la route pour passer ce coup de fil et nous y sommes sensibles. Mais c'est intéressant parce que c'est vrai qu'il y a cette question de l'évolution. C'est comme si nous, nous cessions de vouloir, comment dire, nous adapter.

19:12
Invité

C'est très intéressant. Je vais prendre un exemple très concret qui est l'exemple du GPS qui nous est inspiré des fourmis. D'ailleurs, merci les fourmis pour optimiser les trajets. On sait très bien que depuis qu'on utilise le GPS pour se déplacer, on a perdu en capacité cognitive et notamment tout ce qui est lié au déplacement, à la navigation, etc. Et même en confiance en nous-mêmes puisque je suis sûre que parmi les auditeurs il y en a qui ont vécu ça ou votre GPS vous dit prenez la première à droite, vous voyez bien qu'il ne faut pas la prendre mais vous la prenez quand même.

Donc on perd en capacité, en confiance en nous et on perd aussi en navigation mais par contre les technologies il faut aussi le voir ça peut être très positif dans le sens où par exemple en ce moment on essaye...

19:53
Présentateur

Mais le GPS ça vient vraiment de la manière dont les fourmis s'orientent ?

19:56
Invité

Oui, certains programmes de GPS sont inspirés des déplacements des fourmis qui ont été modélisés en algorithme et qui montrent qu'elles sont capables de prendre des raccourcis pour rentrer à la colonie. Donc ce sont des programmes mathématiques qui ont été utilisés pour développer des logiciels de déplacement qui permettent par exemple à des camions qui récupèrent les déchets de faire moins de trajets donc c'est très écologique aussi. C'est pour ça que je dis vraiment merci les fourmis !

Et après l'aspect technologique il peut être intéressant par exemple l'intelligence artificielle on s'en sert aujourd'hui moi dans le cadre d'un programme de recherche que je coordonne aussi pour détecter les émotions des animaux parce que parfois le mal-être d'un animal il est flagrant on est d'accord il n'y a pas besoin d'avoir de l'intelligence artificielle mais des fois on a du mal à savoir si les animaux qu'on étudie ou qu'on observe sont stressés ou pas donc là l'intelligence artificielle peut nous aider sur la détection d'émotions des visages donc l'aspect technologique il peut être évidemment je suis complètement d'accord avec vous Christine problématique en termes d'adaptation et justement pour nous aider à innover et à trouver des solutions par nous-mêmes mais d'un autre côté certains outils technologiques peuvent vraiment être salvateurs y compris pour la biodiversité.

20:55
Présentateur

Il nous resterait peu de temps oui.

20:56
Invité

Ce qui est intéressant Emmanuel Pouydeba c'est que la répartition des tâches chez les animaux n'est pas toujours genrée au sens traditionnel du terme je pense aux balistes aux poissons balistes qui vous a attaqué pendant que vous nagiez parce qu'ils protégeaient ces petits ce qui aurait été traditionnellement une tâche peut-être féminine puisque c'est plutôt encore malheureusement socialement les femmes qui s'occupent des enfants.

Il y a plein d'exemples dans le monde animal il y a beaucoup de papas qui sont investis en l'occurrence oui je me suis fait charger par un baliste parce que je m'étais probablement sans m'en rendre compte trop approché des oeufs qui le protégeaient donc il a bien fait il m'a foutu dehors c'était très bien il avait tout à fait raison et c'est vrai que chez des primates aussi dans notre même famille il y a des mâles qui sont investis chez les singes titis chez des ouis titis etc il y a beaucoup de mâles qui s'impliquent pour leur bébé au point que moi au début au tout début de ma carrière je m'étais trompée j'étais persuadée d'étudier la maman et son bébé et en fait j'étudiais le papa et son bébé donc voilà

21:46
Présentateur

et d'ailleurs c'est intéressant parce que quand vous abordez dans votre chapitre la question des femelles vous dites que paradoxalement elles sont moins étudiées tout à fait par les chercheurs que les mâles

21:57
Invité

tout à fait c'est en train de changer mais il y a un gros biais effectivement les mâles sont beaucoup plus étudiés que les femelles et c'est très problématique pour comprendre les mécanismes évolutifs

22:06
Présentateur

et il vous racontait aussi une rencontre mais là pour le coup c'est une rencontre extrêmement émouvante et forte c'est celle d'Yves Coppens un très très grand monsieur que nous aimions que nous admirions et pour lequel vous avez non seulement de l'affection mais qui a changé votre vie vous auriez pu être tennisman ou tenniswoman professionnel c'est vrai Emmanuel Bouydebas mais il se trouve que grâce à lui et grâce à Lucie vous avez changé de parcours merci infiniment d'avoir été notre invité joyeux Noël mes plus belles rencontres animales c'est chez Odile Jacob à suivre sur Inter la revue de presse et la météo de Maman Noël et la météo

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Locuteur

et la météo de Maman Noël et la météo